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Sous ce titre faussement Italien se cache un film Danois, une fois de plus très éloigné de ce qu'on attend du pays de Dreyer... Sandberg était sans doute le principal réalisateur de films populaires mais ambitieux, ou ambitieux mais populaires selon les cas. Si le célèbre Klovnen, réalisé l'année suivante, apparaît avec sa fin tragique et sa durée hors normes comme appartenant à la deuxième catégorie, on retrouve avec ce film fortement romantique redécouvert aujourd'hui à la faveur de la diffusion d'une copie Américaine (aux superbs teintes), un mélodrame classique, et surtout couronné par une fin heureuse... Dans la copie disponible en tout cas. Je pense que la version Danoise a disparu et elle devait avoisiner les 2 heures et 15 minutes. En l'état, sans doute raccourci pour assurer une distribution aux Etats-Unis, notoirement frileux à l'égard du cinéma européen et ce dès les années 20, c'est une solide intrigue de 1 heure et 46 minutes...
Un prologue établit le fin fond de l'histoire: à Rome en 1830, Olaf Malm, un sculpteur Danois (Olaf Fonss) vit le parfait amour avec son modèle, Sigrid (Henny Geermann), une jeune femme de la bonne société de Copenhague dont le père est le commanditaire d'une sculpture. Mais l'artiste ne sait pas que l'oeuvre est destinée à être utilisée comme appât par les parents pour marier leur fille. Quand il le découvre, le jeune artiste détruit la statue et disparaît à la faveur d'une catastrophe naturelle: une inondation furieuse qui aurait emporté son corps... Pendant ce temps Sigrid a annoncé à ses parents qu'elle est enceinte d'Olaf.
Vingt ans après, le fils (Einar Hanson) de la fiancée malheureuse, exilé par son beau-père, a lui aussi de sérieux ennuis amoureux dans la même ville de Rome, en raison de la bêtise et de la frilosité d'un père qui cherche avant tout le confort financier et cherche à l'acquérir par le mariage de sa fille (Karina Bell)... Et justement, elle va se marier avec le prince Pisani (Version américaine), ou le Conseiller d'Etat Gram (version danoise), interprété par Egill Rostrup: un bien triste personnage, en vérité...
Après Nerfs Brisés (le mystère de Park Hill), le metteur en scène a touché au succès, et a sans doute à coeur de montrer sa versatilité. Ici, les studios de la Nordisk, tout en dépêchant la troupe jusqu'en Italie (ce qui était déjà le cas pour la pétillante comédie Kan Kvinder fejle? en 1924) pour quelques scènes-clés, ont mis les moyens: reconstitution de Copenhague en 1850, plans de truquages pour une inondation et un raz de marée inattendu, et une intrigue à tiroirs qui permet de multiplier les grands tableaux avec beaucoup de figurants, dont un carnaval 1850 qui anticipe généreusement sur Les Enfants du Paradis... Certaines scènes, probablement, justifiaient le titre Danois qui a disparu de l'intrigue pour la version américaine: celle-ci s'intitule Mists of the past (Brumes du passé) et escamote toute mention de la voie Fra Piazza del Popolo, une artère de Rome qui est supposée accueillir la diaspora des artistes Danois en mal de soleil et d'huile d'olive...
C'est un film en tous points ambitieux (aussi bien par les moyens engagés, que par la durée affichée), et l'intention est de viser une distribution internationale: la cinématographie danoise est à la peine depuis la fin de la guerre, et les tentatives de retrouver un peu de la superbe des années 10 sont nombreuses. A ce titre, Sandberg n'est jamais en reste, lui qui a beaucoup fourni, dans tous les genres, et en visant le plus souvent le public populaire. Ce film, l'avant-dernier pour les studios Danois, est une preuve de plus de sa volonté de réussir dans le mélodrame...
Donc c'est un mélo aux multiples attractions, dans des décors soignés, à l'interprétation fort adroite... Si on est prêt, bien sûr, à accepter le quinquagénaire Olaf Fonss, vieux routier des studios Danois, en jeune artiste. Les secrets du passé s'accumulent, les coups de théâtre pleuvent, la mise en scène est constamment claire et lisible. Sandberg n'était pas un révolutionnaire et pronait une efficacité à toute épreuve... Si le film est dans la ligne de ses mélodrames toujours bourgeois, il s'élève, mais pas forcément dans la scène (certes spectaculaire, même si les effets spéciaux restent un peu en deçà de ce que les Allemands ou les Américains auraient pu faire) de l'inondation nocturne: non, la séquence la plus marquante pour moi reste la confrontation à tiroirs entre Egill Rostrup et Einar Hanson, sous l'oeil de Karina Bell, qui interprète donc l'amoureuse de l'un et l'épouse de l'autre... Meilleur est le méchant, plus réussi sera le film, disait Hitchcock. Dans ce cas, ce long métrage est un grand film, car Egill Rostrup est un méchant formidable, et le prouve en particulier dans cette scène, au cours d'un duel improvisé, qui est fait d'énergie, de rage... et de coups sur la tête!
En bref, même si Sandberg fera bientôt mieux, avec son film le plus ambitieux, c'est quand même une belle preuve de son talent, qui paie d'autant plus paradoxalement qu'à aucun moment, il ne semble vraiment apporter une idée nouvelle: juste un savoir-faire d'une belle et tranquille précision.
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