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29 octobre 2026 4 29 /10 /octobre /2026 19:25

Doublepatte (Carl Schenström) et  Patachon (Harald Madsen) vivent dans un petit appartement à Copenhague en face de deux jeunes femmes avec lesquelles ils ont une complicité de voisinage: pour rien au monde ils ne manqueraient ces conversations d'une fenêtre à l'autre, qui tournent parfois à un concours farfelu de mimes... Madsen, qui rend parfois des services à la voyante qui habite sur leur palier, apprend de cette dernière qu'il va probablement devenir riche, et trouver l'âme soeur, mais pas avant d'avoir triomphé d'un ennemi redoutable. Pour ce dernier, il est vitre trouvé, c'est un voisin irascible qui habite le même étage. Mais un avocat lui annonce qu'il va hériter la fortune considérable d'un Américain excentrique...

Sorti en décembre 1929, à l'heure où le cinéma du monde entier s'adonnait aux joies étranges du parlant, du balbutiant, du chantant, du bêlant, du bégayant, ce film a le bon goût d'être muet, une situation qui va durer pour Carl Schenström, Harald Madsen et Lau Lauritzen jusqu'à la sortie en mars 1932 de leur dernier long métrage silencieux, I kantonnement, réactualisation du burlesque troupier. Ce film qui nous occupe est assez typique, dans la mesure où l'intrigue, simple comme bonjour et traitée de façon linéaire avec suffisamment de quiproquos et de confusion pour maintenir l'intérêt, permet aux deux acteurs de faire exactement ce pour quoi ils sont devenus des superstars mondiales en leur époque: des numéros physiques, un authentique ballet de pantomime de haute voltige, dans les situations suivantes:

Ils sont vendeurs de bananes sur la côte, et attendent leurs clients sur un radeau et risquent en permanence de se retrouver à l'eau; comment piquer le petit déjeuner du voisin quand il pourrait sortir à n'importe quel moment et vous coller une baffe terminale? ...on les verra en hommes-sandwiches, déguisés en hommes de la bonne société pour vendre des vêtements, mais s'efforçant de ne jamais montrer leur dos à leurs fiancées, car on y lit la réclame du magasin, et elles ne sont pas au courant qu'ils sont fauchés... Puis on les retrouve aux prises avec des fantômes dans un souterrain!

C'est vivace, bon enfant, assez typique de Lauritzen et de ses productions élégantes tournées sur la côte en plein été, avec des jolies filles, dont Nina Kalckar et Marguerite Viby (ici de droite à gauche), qui une fois n'est pas coutume, diront toutes les deux "Oui" à la fin...

 

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Published by François Massarelli - dans Schenström & Madsen Lau Lauritzen Muet Comédie 1929 *
27 octobre 2026 2 27 /10 /octobre /2026 19:30

Le titre signifie "Afrique, droit devant!", et ça s'explique aisément: alors que Schenström-le-maigre (Doublepatte) et Madsen-le-petit-rablé (Patachon) travaillent dans une taverne à matelots, une émeute provoque un raid. Parmi les clients, il y a deux charmantes jeunes femmes qui ont fait le mur de leur somptueuse propriété pendant un bal costumé, et dont les soupirants les ont lâchement abandonnées. Les deux héros inattendus les déguisent en marins, pour traverser le port, mais se font attraper par l'équipage d'un cargo qui les embarque de force: direction l'Afrique, donc, où une partie du film a été tournée.

...Ou plus précisément les Canaries, mais une chose est sûre: ce n'est absolument pas au Danemark que ce film au budget probablement conséquent (une preuve de l'importance de l'équipe Lauritzen-Schenström-Madsen pour la Palladium) a été tourné... Parmi les nombreuses péripéties du film, il y a une évasion, un enlèvement de masse par des indigènes, et diverses tentatives de fraterniser entre les Danois d'un côté, et une tribu Africaine où "Doublepatte et Patachon" sont tellement bien intégrés qu'ils se voient dotés d'épouses...C'est l'un des meilleurs ilms, mais aussi sans aucun doute le plus politiquement incorrect avec sa tribu Africaine qui semble regarder avec une certaine envie l'embonpoint de Madsen, ses guerriers noirs en pagne (mais avec des chaussures pour courir dans la jungle), et tout un ramassis d'approximations autour de la différence entre les européens (qui gagnent l'admiration de la tribu en se livrant à des petits trucs de prestidigitation) et les noirs (qui ne perdent pas une occasion de danser pour manifester leur joie)... 

Mais cette mainmise des deux héros sur la tribu ne les empêche pas de tout faire pour s'enfuir, en compagnie toujours de ces deux jeunes femmes dont ils sont responsables, et d'un cuisinier fort sympathique; par contre, dans ce film dont le titre Allemand était Kannibalen, nos héros n'hésitent pas à laisser la tribu agir comme bon lui semble avec deux malfrats qui sont à leurs trousses.

Quoi qu'il en soit, c'est une occasion fort plaisante de voir l'art naïf mais précis de ces pionniers du rire, dont l'humour bon enfant puise aussi bien chez Chaplin (ces sentiments si frontaux) que chez Roscoe Arbuckle (les gestes de précision dans la taverne), et dont les héros sont si faciles à suivre: leur gestuelle, leurs mouvements, leur jeu et les expressions de leurs visages dictent la mise en scène précise et efficace de Lau Lauritzen. et en plus, contrairement à tellement de cas similaires (Prenez Three's a crowd, de Langdon, par exemple), eux au moins ils ont une belle récompense à la fin.

Et puis, dans ce film, pour une fois, la formule chère à Lau Lauritzen, pour au moins deux films sur trois, se voit ajouter un atout considérable: les deux femmes qui accompagnent nos héros, dans tout ce film, sont non seulement des soeurs, privilégiées, filles et héritières potentielles d'une grande fortune et vaguelent bien dans leur époque, des "jazz babies" firandes d'excitation, de soirées en cachette, suivies par des bellâtres tout aussi privilégiés qu'elle. Non, cette fois, non seulement Lauritzen n'a pas pris des actrices clônées l'une sur l'autre, voire des jumelles entrainées à danser en reflet l'une de l'autre (c'était très à la mode, les Dolly sisters, par exemple, remplissaient les salles de music hall), mais il a engagé deux jeunes femmes dissemblables, complémentaires, et dotées d'une vraie personnalité: Solveig Oderwald-Lander et Katy Valentin, la blonde et la brune ou la brune et la blonde, interprètent deux jeunes femmes aux tempéraments bien distincts. La blonde, pour sa part, est sportive, exubérante, et se passionne pour la boxe. Et elle n'aime pas qu'on lui marche sur les pieds... La brune, plus discrète, est la personne raisonnable du duo: celle qui tempère les excès, même si elle aime à se laisser entrainer par sa soeur volcanique... Mais le moment venu, sa soeur, justement, la protège. Le temps dévolu à ces deux personnages, la façon dont elles complètent le duo des deux héros, et leur emboitent le pas sans jamais être traitées strictement comme des stéréotypes de jeunes femmes, mais bien comme des personnes à part entière, est l'un des atouts majeurs de ce film, qui je le répète, est l'une des grandes réussites de Lau Laurizten avec ses deux acteurs fétiches. ...Tout en étant copieusement un film de son temps, avec une vision tellement idiote des peuplades Africaines qu'elle en est totalement impossible à prendre au sérieux.

 

 

 

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Published by François Massarelli - dans 1929 Lau Lauritzen Schenström & Madsen Muet Comédie *
22 octobre 2026 4 22 /10 /octobre /2026 14:53

Les deux acteurs Carl Schenström et Harald Madsen, respectivement un grand longiligne et un très petit râblé, étaient des stars au Danemark, de 1921 à 1942, soit jusqu'à la mort de Schenström. Mais cette célébrité ne s'arrêtait pas aux frontières, comme le prouve la liste de leurs surnoms: Fy og Bi en Danois, pour "Fyrtaarnet og Bivognen", soit le phare et le side-car, Pat und Patachon en Allemagne, Long and short en Grande-Bretagne, et Doublepatte et Patachon en France; si le format de la plupart de leurs films, le plus souvent réalisés par Lau Lauritzen, reste le long métrage, ils ont souvent été considéré comme l'inspiration pour Laurel et Hardy, ce qui ne tient pas complètement debout, pour un certain nombre de raisons: leurs films n'ont jamais réellement percé aux etats-unis, même si certains y ont été projetés; Laurel et Hardy ont été "couplés" dans des films avant d'être un duo, et leur dynamique s'est créée toute seule, poussant le studio à répéter l'expérience; et enfin Roach a toujours mis ses acteurs en équipe, dès 1915: Lonesome Luke était aussi une équipe, avec Snub Pollard et Bebe Daniels autour de Harold Lloyd.

Mais la présence physique inversée des deux acteurs, leur complémentarité, et le fait que de film en film, bien qu'il ne s'agisse jamais vraiment des mêmes personnages, ils aient peu ou prou maintenu le même rapport, pousse évidemment à la comparaison. Par contre, autour de Schenstrom et Madsen, le film leur échappait; ils étaient constamment une sorte de cerise sur le gâteau, au milieu d'une intrigue qui ne les concernait que peu, et vagabondaient de boulot en boulot, le grand menant le petit... Ils assistaient aux amours malheureuses de jeunes bellâtres pour des filles de bourgeois. Quelque fois, ils les aidaient. Dans certains films, Lauritzen a été ambitieux: Son Don Quichotte (1926) en particulier dépassait le cadre de la comédie, et imposait un jeu bien différent aux deux acteurs; la durée de 135 minutes en faisait un film autrement plus important que les aimables comédies de 80 minutes qui composaient l'essentiel du duo. Parfois, enfin, ils s'exportaient, et sous la direction d'un autre (Monty Banks, Gustav molander, Urban Gad, ou Hans Steinhoff par exemple), jouaient pour d'autres filmographies: Suède, Norvège, Allemagne, Grande-Bretagne, comme Asta Nielsen avant eux, le Danemark étant décidément un petit pays.

Pour terminer ce tour d'horizon, il convient d'ajouter que leurs films possédaient un air de famille, parfois obéissant à une formule, et qu'il y avait des passages obligés: il devaient se situer dans un environnement qui permette des belles prises de vue de la nature Danoise, il y avait des jolies filles, baigneuses en maillot... La vie des gens était celle du Danemark des années 20, un pays en apparence tranquille, sous les influences Scandinaves au nord, germaniques au sud, et empreint de ces deux cultures...

Schenström, contorsionniste, et Madsen, acrobate et clown, artiste de cirque aux multiples talents, sont d'abord une présence physique, enfantine. Quoi qu'ils fassent, ils ne peuvent qu'être visuellement ridicules, une exagération qui n'est pas forcément soulignée par les autres protagonistes. Ils vont ensemble, ce qui n'exclut pas qu'un scénario les fasse se rencontrer dans un film. Madsen est le plus lunaire des deux, avec sa cambrure exagérée à la Chaplin, et sa petite taille, sans oublier son air volontiers ahuri. Mais c'est aussi le plus bouillonnant, souvent celui par lequel le malheur arrive... Schentröm a beau jouer plus facilement l'adulte, il a des éléments enfantins lui aussi, une immaturité notamment sexuelle, qui passe par une timidité manifestée physiquement. Et l'un comme l'autre est amené parfois à s'impliquer corporellement, quitte à se baigner dans une eau gelée...

Filmens Helte est l'un des meilleurs longs métrages du duo, d'ailleurs le plus vu ou revu, qui a fait l'objet d'une reprise en salle sous forme d'une compilation en 1979, et dix ans plus tard en France. Le film est amusant, montrant comment les deux héros sont amenés en catastrophe (le mot est très bien choisi) à remplacer au pied levé les deux jeunes premiers d'un film, tourné par un metteur en scène autoritaire à la Stroheim (avec le monocle, bien entendu). Ils ont été sélectionnés dans la salle d'attente du bureau de placement des figurants, avec clairement l'intention de choisir les plus minables pour vexer ceux qu'ils remplacent... On assiste par ailleurs aux tribulations des jeunes premiers, qui ont quitté le plateau en raison d'un conflit avec le producteur, père de  leurs fiancées. Tout finira bien: le film désastreux sera un succès, les jeunes acteurs seront réintégrés, et le producteur consentira aux mariages.

Voilà, c'est tout... C'est pourtant l'un des meilleurs films du duo et de Lauritzen, car le gimmick du cinéma, l'intrigue calée sur un tournage, tout concourt à rendre le film totalement facile à suivre, et le public n'a pas besion d'avoir une bonne connaissance de la sociologie des années 20 pour apprécier le film. Difficile d'ailleurs d'imaginer que l'idée ne soit pas venue plus tôt à Lauritzen, sa scénariste (l'ancienne actrice Alice O'Fredericks) ou même aux deux acteurs tant en 1928 c'était un terreau établi pour la comédie, et pas que pour la comédie d'ailleurs: Chaplin, mais aussi Mack Sennett l'ont déjà exploré, ce dernier dans plusieurs films; le film Souls for sale, de Rupert hughes (1923), mais cette même année 1928 Show people, de King Vidor, en a aussi fait le principal terrain de jeu de Marion Davies. Bref, c'est dans l'air...

Et puis, pour une fois, les deux "héros" du cinéma sont enfin le centre du film, son intrigue principale, et sa source potentielle des problèmes comme des triomphes... Ces deux professionnels du cinéma, dans la vraie vie, jouent de façon extrêmement convaincante deux personnes foncièrement différentes qui ne comprennent rien à la machinerie qui se met en place autour d'eux. A ce titre, la scène des baffes, bien que gâchée par l'abondance d'intertitres, est une merveille: le réalisateur essaie de diriger Doublepatte qui doit coller une baffe à Patachon. Ca traine parce que ce dernier ne veut pas qu'on le gifle, et parce que son ami est trop timide. Mais quand ça finit par marcher, un pugilat d'une folle énergie se déclenche... Et la bonne, voire très bonne idée, c'est une légère rectification du tir quand nous voyons les extraits du film projeté: car cette fois, ils sont ineptes, certes, mais au moins ils jouent!

La caricature est sans doute peu inventive: j'ai parlé du monocle, mais on peut aussi pointer du doigt, d'un côté l'autoritarisme du metteur en scène, qui se dégonfle totalement devant son patron producteur... Le premier tournage est assez spartiate, avec une poignée de techniciens, afin de rendre le tout constamment lisible pour le spectateur. Mais il faut avoir vu les deux acteurs, dans la salle d'attente, scruter le visage de toute personnae qui passe, et changer leur apparence en catastrophe en fonction des choix des techniciens: quand un barbu est choisi, ils sortent hâtivement de leur chapeau une fausse barbe... Leur lenteur, comme toujours, contraste jusqu'au clash avec la frénésie du metteur en scène, et pendant ce temps-là, les deux filles du producteur filent le parfait amour avec les bellâtres qui se doutent bien qu'ils finiront par être réintégrés au studio. Il n'empêche que le film qui se fait finira par être un grand succès, et quand on leur propose un contrat, les deux héros décideront pourtant de "réfléchir à cette suggestion, mais nous ne promettons rien" et de partir main dans la main... Toujours aussi touchants, décalés et tendrement saugrenus.

Ce film est disponible en streaming sur le site du Danske Film Institut, sans sous-titre toutefois:

https://www.stumfilm.dk/en/stumfilm/streaming/film/filmens-helte

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Published by François Massarelli - dans Muet 1928 Lau Lauritzen Schenström & Madsen Danemark DFI *
14 octobre 2026 3 14 /10 /octobre /2026 23:30

Il y a du rififi au royaume de Pélicanie! Suffisamment pour motiver le retour de la Princesse Wajda, héritière du trône, pendant qu'un roi de pacotille dont les dents rayent le parquet règne sur un gouvernement corrompu... Mais comme Wajda (Elisabeth Frederiksen) s'est reconvertie dans le music-hall, elle revient au pays flanquée d'un souffleur (Carl Schenström, le grand maigre, également connu dans nos contrées sous le sobriquet de Doublepatte) et d'un maquilleur (Harald Madsen, le petit rabougri qu'on a surnommé quant à lui Patachon) qui vont plus ou moins lui servir de gardes du corps... et se laisser berner par des espions! Mais peu de monde a repéré que le maquilleur est un sosie du roi, à moins que ce ne soit le contraire...

Ce dernier détail laisse vaguement entendre  que le film serait une parodie du Prisonnier de Zenda, mais ce n'est jamais vraiment le cas... C'est un film intéressant, en tout cas, pour lequel les deux compères du duo comique le plus apprécié d'Europe sont dirigés, non par Lau Lauritzen, mais par l'obscur Valdemar Andersen, qui s'en débrouille avec beaucoup de métier. Les meilleurs moments, d'ailleurs, sont à prendre dans la première partie située dans un music-hall: on sent les deux compères à leur aise, et le lieu leur inspire quantité de gags. Dans la partie "aventures en Pélicanie" du film, on a tendance à les séparer... Et c'est rarement une bonne idée, le Don Quichotte de 1926 l'a démontré... Pourtant ça fonctionne assez bien ici: de fait, les personnages échappent un peu aux hairudes; pour commencer ils ne sont nullement des vagabonds et leur mise est plus civile qu'à l'accoutumée.

Moins dirigés que d'habitude, les deux acteurs restent aussi fascinants à regarder, par contre, et inventent des foules de petits détails loufoques, comme le fait de repasser un pantalon en se frottant vigoureusement le fessier dessus, les fauteuils vivants, voire la brosse à dents bien calée sur l'oreille droite au moment du coucher... Le film se déroule sans accroc jusqu'au bout.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1928 Schenström & Madsen *
30 août 2026 7 30 /08 /août /2026 16:08

Carl Schenström (Doublepatte) et Harald Madsen (Patachon) n'avaient plus grand chose à prouver, à la fin des années 20: non seulement leurs comédies, le plus souvent réalisées par Lau Lauritzen, étaient des succès énormes partout où elles étaient montrées (soit partout en Europe!), mais en prime leur Don Quichotte (1926) tourné en Espagne, leur avait donné un légitimité enviable... Pour autant, les films tournés ensuite, jusqu'à celui-ci, étaient des comédies plus classiques. Vester Vov-vov, le précédent, était un de leurs meilleurs films, combinant comédie, mélodrame et la magie d'un tournage en extérieurs qui montrait la côte de la Mer du nord sous un jour très poétique. Ce nouvel opus est plutôt tourné vers la comédie et l'aventure, avec un script assez délirant!

Le premier tiers est du très classique: un jeune homme (Herling Schroeder) et une jeune femme (Karin Nellemose) s'aiment; elle est pensionnaire d'une institution pour jeunes filles comme il faut, et lui est riche: autant dire qu'il est prêt à tous les caprices pour être avec elle. Les premières séquences le voient s'introduire dans l'école, et la surveillante (Ingeborg Gandrup) tente de le repérer. A la place, elle découvre Doublepatte et Patachon qui ont trouvé refuge dans le jardin. Pour les remercier de leur diversion, le jeune homme les "engage" dans un stratagème qui va vite prendre l'eau: il se font passer tous les trois pour l'équipage d'un yacht qu'il a emprunté à son oncle et proposent à l'institution scolaire un voyage pour les jeunes femmes, tous frais payés...

...Ce qui aurait fait un sujet suffisant pour une comédie. Mais ce n'est que le prologue! Après l'expédition désastreuse en bateau, les jeunes femmes sont plus surveillées que jamais. Les deux héros trouvent un emploi dans une mystérieuse fabrique de briques explosives, et Elinor, la jeune pensionnaire, est appellée par son oncle qui a besoin d'elle (et de son héritage) pour financer une expérience scientifique... qui se trouve justement être celle de fabriquer les briques en question, les «pierres-tonnerre» du titre... Tombé sous le coup d'un ingénieur tourné escroc (Anton de Verdier), l'oncle (Charles Wilken) ignore qu'il est en train de préparer un coup d'état, avec l'aide d'hommes sans trop de scrupules!

Oui, en effet, c'est du grand n'importe quoi, parfaitement assumé! On n'échappe pas à la mode de la peur des Rouges, l'ingénieur-agitateur (en fait surtout un escroc, qui envisageait purement et simplement de partir avec l'argent de l'héritière) étant identifié comme un Russe ou un slave, sous le nom de Rostow, avec une tunique adéquate... L'essentiel, c'est bien sûr le duo des deux héros, qui après Vester Vov-vov dans lequel le petit Madsen semblait prendre un peu plus le leadership, se recentre, en les montrant égaux devant l'aventure... Ils ont ici une présence constamment physique. Karin Nellemose, qui fait facilement penser à Bette Davis en ses jeunes années, est une actrice intéressante, jouant avec force de son regard, sans jamais en faire trop, ni pas assez...

 

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Published by François Massarelli - dans Lau Lauritzen Muet 1927 Comédie Schenström & Madsen *
22 août 2026 6 22 /08 /août /2026 22:29

Sur les rudes côtes de la mer du nord, vit une petite communauté de pêcheurs, dans un petit village. Une vieille dame, Malin (Petrine Sonne) qui vit à l'écart, a adopté un enfant perdu, une vingtaine d'années auparavant: elle vit toujours avec lui (Erling Schroeder), qui bien sûr a bien grandi! Il est amoureux de la belle Karin (Karin Nellemose), mais le père de celle-ci (Jorgen Lund) est totalement opposé à leur mariage et ils doivent se cacher pour se voir... Il a promis Karin à un riche négociant (Karl Jorgensen) qui fait la pluie et le beau temps au village... Mais le lieu est depuis quelques temps la proie d'une certaine psychose, en raison de l'apparition nocturne de fantômes, qui poussent les gens à se terrer chez eux la nuit venue...

Deux vagabonds arrivent (Carl Schenström, le grand dépendu, et Harald Madsen le petit râblé), et avec l'autorisation de Tom et de sa mère Malin, s'installent au bord de la mer, dans une petite cabane pour y pêcher... Leur séjour sera rude, car non seulement ils vont affronter les villageois rigolards et hostiles, la tempête quasi permanente, perdre leur toit, couler un bateau en allant pêcher, mais en prime, ils vont aussi résoudre les deux mystères du lieu: d'où vient réellement Tom? et quelles activités louches se cachent donc derrière les apparitions de fantômes?

C'est un film de long métrage, très long même si on le compare aux canons hollywoodiens du genre: à l'époque, les films de Lloyd, Chaplin, Langdon et Keaton dépassaient rarement une heure et vingt minutes, mais ici, on arrive à environ cent minutes, soit une heure quarante. C'est que Lau Lauritzen, qui vient d'ailleurs de réaliser avec ses deux protégés un long métrage mammouth autour d'une adaptation de Don Quichotte, avait trouvé avec ses nombreuses comédies mettant en scène le duo Schenström-Madsen, un succès jamais démenti, et savait que le public le suivrait. On pourra toujours se plaindre que c'est un peu trop long, que les intrigues qui sont accumulées comme autant de feuilles de lasagne sont probablement trop nombreuses (ce qui est assez juste): mais tous les films du duo fonctionnent comme une mise en parallèle de la petite vie (ou survie) pépère des deux personnages d'un côté, et d'une communauté de l'autre; et la plupart du temps, le constat est sans contestation possible un échec: l'impossibilité pour ces deux enfants mal grandis de s'intégrer est évidente. 

Dans ce film pourtant, leur comportement proactif étonne: ils vont en effet, et sciemment, résoudre deux énigmes alors que d'une certaine façon il ne leur est rien demandé! Mais c'est aussi parce que pour Lauritzen, et pour le public danois (et le reste de l'Europe car ces films s'exportaient rudement bien), les gens qui vivent autour des héros ont gardé une vraie importance. Le metteur en scène a d'ailleurs souvent (quand il n'a pas bâclé la ptâche, ce qui lui est hélas arrivé) pris la précaution de filmer ses histoires dans un Danemark tangible, et c'est particulièrement vrai ici, dans cette rude communauté de pêcheurs qui sont loin d'être des rigolos, avec leur folklore... Avec ses naufrages aussi, dont un qui est filmé dans des conditions assez proches d'une vraie catastrophe. De plus, en lieu et place de la sempiternelle ballade sur la plage avec des girls en maillot trop grands pour elles (on les appelait les Lau's Beauties!), les jolies filles qui peuplent la salle où une danse folklorique est organisée, sont en costume national... 

Mais c'est toujours nos deux Doublepatte et Patachon qui volent la vedette, puisque dans la scène du bal, ils commencent par être rejetés par absolument toutes les femmes, et finissent par se résoudre à danser ensemble. Mais l'originalité de leur lecture du charleston (absolument hilarante) est non seulement un moment de grâce pour le spectateur, mais aussi un moment qui va révéler doucement, sans excès d'émotions, les deux personnages au reste de la distribution. Rien que pour ça, et pour l'excellente tenue du slapstick génial développé sur la plage, en plein vent (et avec un solide dose de sable dans la bouche) par les deux acteurs, le film, extrêmement soigné, et porteur de toute la poésie si particulière des films réussis du duo, vaut vraiment la peine.

 

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Published by François Massarelli - dans 1927 Lau Lauritzen Muet Schenström & Madsen *
26 mai 2026 2 26 /05 /mai /2026 21:05

Quand un cinéaste s'acharne au-delà du raisonnable, tout peut arriver, y compris n'importe quoi. Mais quand il sait qu'il a raison, et que contre vents et marées, contre la production, les coupes budgétaires, le doute et même contre le bon sens, il a décidé que le film doit se faire, parfois, ça donne de l'or: Chaplin, Stroheim, Christensen et bien sûr Orson Welles sont tous passés par là. On devrait, aujourd'hui, connaître ce film comme on connaît les classiques de ces grands noms... Mais l'histoire a été injuste envers Sandberg, comme d'ailleurs avec le cinéma Danois dans son ensemble, dont on retient essentiellement un nom de réalisateur aujourd'hui, je vous laisse deviner lequel. Non que ce ne soit mérité, et non que j'estime que Sandberg puisse rivaliser sur la distance avec tous ces grands artistes.

Mais ce film, qu'il a voulu faire voire refaire puisque c'est un remake, et sur lequel il a littéralement hissé le drapeau noir, terminant le film en solo après avoir essuyé le refus de la Nordisk qui jusqu'alors le produisait, eh bien ce film, donc, est un chef d'oeuvre, un mélodrame admirable qui justifie la dithyrambe... 

Le matériau de base, c'est donc le film de 1917 avec Valdemar Psilander, énorme succès dans un pays qui affectionne la noirceur dans le mélo, et doté d'une trame à toute épreuve, pour 1917 du moins: un clown, qui travaille dans un petit cirque minable, est fou amoureux; un homme de la ville vient lui apporter une promesse d'immense succès s'il accepte de se rendre à la capitale pour y devenir une star; il le fait, mais va graduellement perdre son épouse qui s'est laissée séduire par le tentateur mentionné plus haut; elle va en mourir, et le clown qui sombre dans l'alcoolisme va finalement prendre le prétexte d'une représentation pour tuer son rival en public, durant la représentation... De cette intrigue, on retiendra l'inéluctabilité du destin, l'ironie, et le choix apparemment obligatoire entre bonheur et succès, l'un ne pouvant aller avec l'autre.

Tous ces thèmes sont présents dans ce nouveau film, mais Sandberg va beaucoup plus loin en accentuant d'autres aspects, déjà présents mais uniquement en filigrane. Son nouveau film, qui dure le double du précédent, va prendre son temps aussi et creuser les personnages. Beaucoup d'entre eux n'étaient que des silhouettes à l'identité plaquée (le clown naïf, le séducteur à moustache, la femme futile et frustrée, les braves vieux artistes, etc), dans ce nouveau film le metteur en scène les dote d'une identité, d'une histoire, d'une essence...

Deux choix étaient cruciaux: le premier est celui des acteurs, et sans surprise quand on connaît le cinéma Danois des années 20, Sandberg fait appel à des acteurs de plusieurs pays: à un solide casting Danois, il ajoute le Suédois Gösta Ekman pour interpréter Joe Higgins le clown; deux acteurs Français, l'un de tout premier plan, viennent compléter la liste: si on se souvient assez peu d'Edmonde Guy, modèle et actrice spécialisée dans les petits rôles "plastiques", en revanche, comment oublier Maurice de Féraudy, l'inoubliable interprète de Crainquebille et des Deux timides? Ici, il est le beau-père complice, un rôle de vieux de la balle, profondément humain. Sinon, Karina Bell, actrice fétiche de Sandberg depuis David Copperfield (1922), joue Daisy, le belle écuyère, et Robert Schmidt lui aussi Danois, sera le séducteur Marcel Philippe, qui était un comte sans envergure dans le film initial. Ici, le rôle a été transformé de fond en comble et son arc qui va durer sur tout le film permet au personnage d'acquérir une dimension bien plus intéressante... Tout en restant, bien évidemment, le méchant incontesté du film, cela va sans dire. Le deuxième choix pour Sandberg est lié à son envie de dépoussiérer, voire d'aérer cette histoire, et sans aucun doute à la présence deux acteurs Français: de nombreux extérieurs sont tournés en France, notamment dans les rues de Paris, où Sandberg a lâché ses acteurs, au milieu de la foule; tournant à distance.

Le personnage sur lequel tout le film repose, celui du clown "Joe Higgins", est joué avec conviction par Gosta Ekman, qu'on connaît ici surtout pour sa contribution à Faust de Murnau, mais dont il ne faut pas oublier qu'il a lui-même été une immense star, participant au deuxième age d'or du cinéma suédois, tout en étendant son champ d'action dans toute la Scandinavie et les pays Germaniques. Son visage si particulier, lunaire même, passe beaucoup mieux pour faire passer l'innocence de ce personnage trahi, que pour interpréter Faust, si vous voulez mon avis! Mais dans ses mains, Joe Higgins gagne en complexité, et Sandberg en a fait un nouveau personnage: désormais, Joe Higgins assume clairement le statut de star au point d'en développer un complexe de supériorité marqué par une vanité excessive. Quand il interdit à son épouse d'accepter les cadeaux de Marcel, elle lui répond gentiment que lui accepte tous les cadeaux qui lui sont faits... Ce à quoi il rétorque que c'est pour son talent. La scène de la révélation de la tromperie reprend l'idée du premier film, en situant cette révélation dans un miroir, mais la scène est étendue, et contient plusieurs éléments de référence explicite à la vanité, à l'égarement même du personnage de Joe qui a perdu Daisy en se perdant lui-même. Au final de vengeance du premier film, on substitue ici une scène durant laquelle Joe VEUT tuer Marcel Philippe, mais la peur donnera à ce dernier une crise cardiaque: une ironie dans laquelle passent des allusions à l'impuissance, mais aussi au fait que finalement Joe comme Marcel sont tous deux victimes du péché d'orgueil du clown... Et si Sandberg ne cherche jamais à frimer, il multiplie les petites touches de mise en scène pour faire de chaque séquence un merveilleux moment de cinéma. Par exemple, quand Marcel, Daisy et Joe marchent ensemble après que ce dernier a eu la révélation de leur duplicité, ils s'enfoncent dans une rue noire, inquiétante... Quand Daisy se jette à l'eau, le reflet du nom de son mari en lettres de lumière apparaît sur la surface de la rivière... Ajoutez à ça un sens aigu de la composition, une utilisation hors pair de la figuration et de la profondeur de champ... 

Ce sera malgré tout son dernier grand film, et c'est dommage. Il faut croire qu'en 1926, il n'y a pas de place pour une telle production, aussi soignée soit-elle. On a au moins la chance d'en disposer dans une très belle version, intégrale et telle que l'a voulu son metteur en scène. Celui-ci reprend donc la thématique de son premier film, avec cette image de ville corruptrice face à une ruralité simple et humaine. Un sujet encore de saison, puisque l'année suivante Murnau allait réaliser Sunrise... Mais Klovnen enrichit le mélodrame d'une façon inventive, systématique, et ce avec un bonheur constamment renouvelé...Si ceci était l'unique film de Sandberg, il aurait définitivement sa place dans l'histoire, et pas seulement en bas d'une page.

En attendant, en bas de cette page, justement, voici le film:

https://www.stumfilm.dk/en/stumfilm/streaming/film/klovnen

 

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Published by François Massarelli - dans 1926 Muet DFI A.W. Sandberg *
10 avril 2026 5 10 /04 /avril /2026 23:48

Anders Wilhelm Sandberg ambitionnait, lorsqu'on l'avait promu réalisateur dans les années 20, de devenir le maître de la comédie au Danemark... Mais le créneau était déjà pris: Lau Lauritzen occupait de façon incontestable ce terrain. Néanmoins, à la vision de ce film, on peut se dire que l'idée a du avoir du mal à lui sortir de la tête... C'est une comédie policière particulièrement farfelue, dont le succès a dépassé les frontières au point qu'il est plus facile de trouver le film ou des renseignements le concernant sous son titre Anglais: The Hill Park Mystery, ou The Park Hill Mystery, puisque on trouve les deux! 

Le journaliste Erik Brandt (Gorm Schmidt) est arrivé à la rédaction de son journal à Copenhague, avec à nouveau la résolution d'une enquête. Grâce à son acharnement, il est venu à bout d'un tueur redoutable... mais n'a pas dormi depuis bien longtemps. Il se rend donc chez lui avec un chèque conséquent, et deux semaines de vacances pour rattraper ses nuits en retard, et comme le dit un intertitre, "n'aurait pas du regarder par la fenêtre".

...Car il y a vu un meurtre, simple, bête et brutal. Dans le parc avenant à sa propriété, un homme est accosté par une femme (Olga D'Org) qui fait tomber ses cigarettes, et quand l'aimable citadin les ramasse, il se prend un coup sur la tête, qui le laisse raide mort pendant que la femme disparaît. La police n'ayant que peu d'envie de le croire, le jeune détective va se lancer aux trousses d'une tueuse qui est d'autant plus redoutable qu'elle est particulièrement avenante, et pas insensible à son charme elle non plus...

Les deux acteurs ne sont pas des inconnus pour qui fréquente le cinéma de Sandberg: Olga d'Org interprétait Estella, dans la splendide adaptation par le réalisateur des Grandes espérances de Dickens, le film étant sorti en 1922... Et sinon, Gorm Schmidt, qui jouait souvent les jeunes premiers dans les longs métrages de Lau Lauritzen avec Doublepatte et Patachon, a souvent joué des rôles importants chez Sandberg, ne serait-ce que celui de David Copperfield en 1922... Il était rompu au ton du mélodrame comme à celui de la comédie. ...Et il le prouve ici.

Impossible de toute façon de prendre vraiment au sérieux ce film qui lance un détective compétent mais très très fatigué, dans des aventures où le cocasse le dispute à l'absurde. Sandberg s'est clairement énormément amusé, en variant les décors avec un goût certain, une pointe d'extravagance dans le farfelu (on pense parfois au ton particulier du Brasier Ardent, la flamboyance en moins), et bien sûr ne rate aucune occasion de relancer le mystère en prenant systématiquement le point de vue du héros, c'est à dire celui de l'homme qui n'a en réalité rien compris du tout! 

Sandberg se paie même le luxe de se placer dans son film, et de chasser sur les terres de Lauritzen dans une jolie séquence à la mer avec ses baigneuses en maillot. Il se dégage de ce film pour le plaisir un parfum enivrant de parfaite carte postale du muet, sans un gramme de drame, ce qui est quand même frappant pour une production Danoise! Bref, ce film oublié du réalisateur de Klovnen est plus que recommandable, il est donc hautement recommandé.

https://www.stumfilm.dk/en/stumfilm/streaming/film/nedbrudte-nerver

 

 

 

 

 

 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1923 Comédie A.W. Sandberg DFI *
5 février 2026 4 05 /02 /février /2026 23:47

La jeune Charity (Mary, dans la version visionnaée, interprétée par Mae Marsh) épouse le fringant soldat William (Paul, interprété par Ben Hendricks Jr): le mariage se déroule fort bien, mais il s'ennuie. Quand son régiment est appelé pour une opération en Inde, il sent que c'est une opportunité pour lui...

Des mois plus tard, il vit la belle vie en Inde, mais s'ennuie de nouveau: il part en mer, pendant la croisière sur un petit voilier, il s'approche trop près d'une jeune femme: son petit ami est à la barre, il fait tomber l'officier! Il sera sauvé par une jeune femme (Laska Winter), une nouvelle victime!

Le film est réduit à deux courtes bobines et totalise désormais 20 minutes, sauvées grâce au format 9,5mm. Tout y est donc fortement réduit, et on devine que le remontage du long métrage (initialement 70 minutes) a précipité les choses! La version disponible, la seule existante, concentre en 20 minutes tous les actes répugnants d'un fragueur invétéré, qui déclenche sur son passage le trouble chez toutes les femmes rencontrées ou presque... On se demande un peu pourquoi, mais voilà, de même que le monsieur est moustachu, séducteur et diabolique, les femmes y sont romantiques et naïves. Autre temps...

C'est le dernier film de long métrage (ou du moins c'était) de l vénérable Vitagraph. La compagnie va être absorbée dans la Warner, via la création de sa branche Vitaphone. C'est un film réalisé par le pionnier du studio, J. Stuart Blackton, l'un des derniers pionniers de la première décennie du cinéma aux Etats-Unis (en ces années 20, il partage cet honneur avec Sidney Olcott et David Wark Griffith). Lui aussi a fait évoluer son style, pour autant qu'on puisse en juger par cette version abrégée. Néanmoins une chose évidente, c'est le soin de l'équipe de tourner u plus près d'un rivage, en plene tempête... Ce qui donne un film on ne peut plus tonique, dans lequel hélas la part de Mae Marsh, qui joue l'épouse légtime souvent trahie, reste bien modeste...

 

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Published by François Massarelli - dans J. Stuart Blackton Muet * 1925
18 janvier 2026 7 18 /01 /janvier /2026 13:50

Dr Mabuse der Spieler a beau être trois fois plus long que ce film, il n'en reste pas moins d'un abord plus facile, tant Thea Von Harbou et son mari avaient du mal à être clairs, à cette époque reculée. Pourtant, ce petit film est intéressant à plus d'un titre.

Son intrigue tient du mélodrame compliqué: Harry Yquem (Ludwig Hartau), un homme jaloux, souhaite acheter à son épouse un bijou, pour lequel il a la mauvaise idée de contacter un receleur (Rudolf Klein-Rogge). Lors de l'entrevue, il rencontre un homme qu'il pense être l'ancien amant de son épouse Florence (Carola Toelle): Werner Kraft (Anton Edthofer). Celui-ci est en fait à la recherche de son frère jumeau William... Mais celui-ci a mal tourné. Les deux hommes sont dans les ennuis jusqu'au cou...

Mais le plus important est que cette intrigue cache une intrigue de dissimulation, de cachotteries de toute beauté, qui nous rappellent que Lang vient juste de trouver sa muse: il avait déjà tourné Das wandernde Bild sur un script de Thea Von Harbou, et il y en aurait d'autres...

Du coup, le film devient immanquablement contemporain du fameux "suicide" de Frau Lang, qui se serait tuée après avoir vu son mari dans les bras de sa scénariste toute nouvelle: une autre affaire brumeuse, de cachotteries et de traumatismes... Sinon, Lang donne ici enfin à Rudolf Klein-Rogge, son futur interprète de Mabuse, un rôle à sa mesure, celui d'un sous-fifre des bas-fonds, inquiétant et louche à souhait. Là aussi la suite sera des plus intéressantes.

Mais ce film, s'il est déjà un pur film de Lang, fait de chassé-croisés entre passé et présent, de gens qui regardent et soupçonnent, le tout tourné en studio, est encore un peu léger. On pourra au moins penser que derrière son inachèvement, il y a une répétition générale des feux d'artifices à venir: à ce titre, le début du film est sans appel... On y voit pour commencer un bar circulaire, autour duquel des clients louches consomment dans la fumée. Puis une rue (de studio, ça se voit tout de suite, d'autant que c'est un extérieur qui ressert encore et encore, la Decla-Bioscop n'ayant pas alloué un budget très conséquent) qui nous révèle son petit monde, parmi lesquels ses clochards aveugles, et un crieur de journaux qui s'avère être une petite main du banditisme; un homme qui est venu de nulle part s'égare dans une rue louche, et doit descendre dans une cave encore plus sordide afin d'y rencontrer un receleur... L'atmosphère de cette "taverne Upton" où Klein-Rogge règne en maître est fascinante. Dans l'univers de Lang, Mabuse et Spione sont en gestation.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Allemagne Fritz Lang 1921 *