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En 1928, Marion davies a fini de consolider sa position sur deux fronts: d'une part elle a établi de façon évidente sa maîtrise de la comédie, et chaque film qui la présente en vedette, distribué par la tatillonne MGM, est contrôlé en large partie par elle-même. L'expression générique utilisée au studio, A Robert Z. Leonard production, est une amabilité de principe, une façon de faire semblant de placer le metteur en scène au centre. Il n'en est rien: le boss sur le plateau, c'est elle... Et d'autre part elle a fini par réussir à faire comprendre à son compagnon William Randolph Hearst de la laisser faire des films comme elle l'entend. Donc c'en est fini des grosses priductions dramatiques, son terain de jeux, c'est la comédie... Pétillante, loufoque, optimiste et parfois même étourdissante.
Cette liste d'adjectifs, c'est une description de The Cardboard Lover, justement. Un film dans lequel Davies interprète une jeune étudiante Américaine en congé à Monte-Carlo avec ses congénères, mais ceux-ci disparaissent du film au bout de cinq minutes, car Sally a trouvé de quoi s'occuper à l'écart du groupe: elle chasse les autographes, et quand elle a vu le tennisman André Briault (Nils Asther), elle a décidé qu'elle aurait sa signature, coûte que coûte... Mais ce ne sera pas facile, d'une part parce que la bonne amie du fringant sportif, Simone (Jetta Goudal), n'a pas d'affection particulière pour les étudiantes qui tournent autour du jeune homme, et d'autre part parce que trois faits vont la distraire de sa mission: elle ne fait pas partie du même monde que lui et il ne se laissera pas approcher; ensuite elle est le témoin d'un échange entre Simone et une autre célébrité, le baryton De Segurola (dans son propre rôle!) indiquant assez clairement que Simone n'est pas fidèle à son André; enfin, le principal problème, c'est que Sally tombe irrémédiablement amoureuse, et qu'elle n'est pas du genre à ne pas s'acharner... Mais quand André comprend que Simone le trompe, il propose à Sally de jouer sa nouvelle fiancée, afin de rendre Simone jalouse, et donc amoureuse.
Difficile de résumer une intrigue qui va à cent à l'heure, qui se repose entièrement sur les épaules de l'actrice, et qui est taillée entièrement pour so humour, son style, et son univers. Et ça) marche de bout en bout, car non seulement elle est magistrale, mais elle n'est pas la seule: Jetta Goudal, une actrice plastique révélée chez DeMille, se prête sans problème au jeu, en incarnant une caricature de starlette; Je signalai tout à l'heure la présence étonnante d'un baryton dans son propre rôle, et il n'hésite pas à se présenter comme le pire des goujats dans sa première scène: apprenant qu'il est une célébrité, Sally s'approche avec son carnet d'autographes, et il écrit une phrase que nous ne lirons pas. Mais Sally, elle, la lit et le prend très mal... Tenen Holtz incarne le valet d'André, et il joue beaucoup de son visage expressif pour commenter en giuse de choeur grec, la petite guerre entre Sally et Simone. Et il a choisi son camp, il ne peut de toute façon pas supporter Simone, et c'est tirrésistible... Enfin, Nils Asther n'est pas connu pour la comédie, loin de là, mais il est excellent. Une scène, dans laquelle il doit se faire enlever un cataplasme par son valet, est hilarante par sa lenteur sadique, et l'acteur se lance à fond dans les pires grimaces, les deux d'ailleurs semblent jouer au ralenti...
Marion davies a tout fait pour faire ce qu'elle veut ici, et elle se déguise (en groom, avec un jeu d'expressions faciales très drôles), mais aussi elle imite: on se souvient de The Patsy (King Vidor, 1928) dans lequel elle imitait visuellement Lillia Gish, Gloria Swanson et Pola Negri, ici elle s'amuse à incarner Jetta Goudal dans une scène au cours de laquelle elle tente de ''guérir" André de son affection pour sa fiancée douteuse... Et c'est non seulement drôle, c'est bluffant. Et le tout dans le silence de rigueur. Oui, car The Cardboard Lover est le dernier film muet de Marion Davies, qui n'était pas forcément très à l'aise avec la nécessité de plus en plus évidente de passer au cinéma sonore et parlant. Elle était bègue, pour commencer, et son univers, comme celui de Chaplin, c'était le cinéma muet. On sait maintenant qu'elle a parfaitement négocié le virage, donc tant mieux, mais cette dernière salve en tant que bouquet final de son style muet, mis en scène par un réalisateur avec lequel elle avait déjà travaillé (ils ont collaboré sur deux films au début de la carrière de l'actrice) est une merveille à voir de toute urgence...
A noter: un blu-ray existe, sorti cet été chez Undercrank aux Etats-Unis, et... Bonne chance pour le trouver.
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