Sans aller jusqu'à faire comme certains commentateurs, et considérer ce film comme une sorte de prélude à la science-fiction (je pense que les nombreuses versions du Voyage dans la lune, à commencer par celui de Méliès, se qualifient d'autant mieux, bien sûr), voici en tout cas un film bien intrigant, et pour tout dire unique, sans parler du fait qu'il est un peu perturbant:
Deux hommes ont en effet inventé une machine qui transforme les saucisses en chiens... Mais aussi le contraire. Un acheteur peut donc leur demander de confectionner un caniche (mais pourquoi?), un berger allemand, ou un setter, à partir de modestes pièces de charcuterie...
Oui, chez Edison, on cherchait, on cherchait... Mais parfois, on trouvait mieux. Et sinon, cette obsession de la saucisse dans le cinéma des origines, c'est fou, quand même!
Des enfants jouent. Le plus jeune reste au sol, et est bientôt envahi d'une meute de chiots...
Il aura donc fallu le talent de l'un des premiers metteurs en scène important, si ce n'est le premier, du cinéma Américain, qui à cette époque avait déjà réalisé (l'année précédente) ses deux fimls les plus importants, pour établir que des fois une mauvaise idée reste bien une mauvaise idée: car le principe de laisser les chiots envahir bébé, pour créer un effet comique, débouche surtout sur une navrante situation: par leur enthousiasme, les nombreux chiots finissent par devenir trop pressants, et le bébé pleure toute la misère du monde. Cet ancètre du zapping est très embarrassant à regarder...
...Et comme une mauvaise idée n'est jamais perdue, il y aura même au moins un plagiat!
Il ne reste quasiment rien de ce film, juste un fragment de 90 seconds, probablement situé à la fin de ce qui ressemble clairement à un conte, avec costumes...
Le film n'est sans doute pas révolutionnaire narrativement, mais se distingue du tout venant par un dispositif intéressant: Porter y utilise des caches en forme de feuilles d'arbres, toutes de formes différentes, donnant ainsi du sens au titre!
En cette année 1908, les metteurs en scène de chez Edison ont clairement décidé d'expérimenter avec les incrustations, comme ils l'ont déjà fait dans Fireside reminiscences.
Ici, on imagine une journée particulière de Cupidon, qui aimerait tant rester chez lui, mais qu'on envoie faire son travail... Et il s'y rend en renaclant. Pour s'occuper, l'espiègle angelot sème la discorde parmi les deux tourtereaux qu'il a rapporchés, et ça lui occaionnera de sortir amoché de la maison du couple...
c'est très anecdotique, mais d'une part il y a quelques (discrets) truquages à la Méliès, et d'autre part, des incrustations de l'image d'Epinal d'un Cupidon qui survole la ville à la recherche de ses"victimes"...
Prologue: un homme trouve sa femme dans les bras d'un autre, et les chasse, sans se préoccuper de savoir qui était l'intrus...
Des années plus tard, il se remémore sa vie conjugale, jusqu'au jour fatal. Mais l'épouse est précisément à la porte, suppliant pour revenir: l'homme mystérieux était son frère... C'est leur enfant qui aidera à la réconciliation.
Le film est livré sans le moindre intertitre, un signe que le matériau était dejà particulièrement recyclé! Ce genre d'histoire en tant que telle faisait déjà le tout-venant des nickelodéons, donc le propos de Porter et Dawley était sans doute d'expérimenter: en l'occurrence, avec les incrustations d'image, notamment dans la scène qui donne son titre au film: devant sa cheminée, l'homme laisse vagabonder ses souvenirs, qui apparaissent alors sur le feu...
Un couple vit au plus près de la montagne, ils ont un nouveau né. L'homme part pour couper du bois, mais le bébé reste sans surveillance: un aigle le prend pour le ramener dans son nid. Une expédition se forme, à sa tête, l'homme (David Wark Griffith), qui va secourir l'enfant au péril de sa vie...
C'est un petit film modèle, finalement, qui permet au plus important réalisateur du début de la décennie suivante de faire sa première aparition, du moins la première notable. Ce film doit sans doute l'avoir marqué, car on retrouvera souvent cette dynamique, faite d'un mélange de descrition, d'urgence et de montage très clair. L'enjeu lui conviendra aussi, puisqu'ici il est question de son principal dada: une menace sur le bonheur d'une famille, mise en perspective dans un suspense important...
Le film a été partiellement tourné en studio à Fort Lee, ce qui se voit (la cabane dans la montagne, photo suivante), mais l'essentiel est en fait tourné en extérieurs, dans les bois. Ce qui est un atout important... Mais on retiendra aussi l'animation impeccable (même si un peu lente) de l'attaque de l'aigle.
Dans ce qui est l'un des derniers films, sinon le dernier, de Porter en 1907, les deux auteurs putatifs (on ne sait toujours pas exactement s'ils étaient partenaires, ou s'ils se relayaient de film en film) posent les jalons d'une comédie qu'on hésite un peu à qualifier de "sophistiquée"...
Un employé de bureau se fait sermonner pour le fait qu'il est systématiquement en retard. Il trouve un moyen de se réveiller tot en imaginant un système "ingénieux"... Mais il se fait entrainer par un véhicule, qui l'amène, en pyjama, au bureau, plusieurs heures avant l'ouverture!
Oui, c'est sophistiqué, car contrairement aux lois déjà en vigueur pour le burlesque, notamment chez Vitagraph, ce film ne cherche pas à jouer la carte du grotesque. Il se situe dans un monde socio-énonomiquement identifié, avec un protagoniste qui travaille et qui met son poste en jeu...
Dans une très bonne famille, le plus jeune rencontre une petite fille qui n'a personne pour jouer avec elle... Quand ils parlent de Noël, ils ne se comprennent pas: lui parle du père Noël, elle n'y croit pas. Et pour cause, puisqu'elle vient d'un foyer très pauvre, et sa mère n'a pas les moyens de lui offrir des cadeaux...
Exécuté avec en tête l'idée de poursuivre l'expérience de l'année passée, durant laquelle Edison avait déjà sorti un film dans la même thématique (The Night before Christmas), ce petit film renouvelle avec une certaine sensibilité le concept des films de Noël! Encore une tradition qui finirait par devenir incontournable...
Un homme souhaite épouser une jeune femme qui est la fille d'un propriétaire de chevaux. Mais ce dernier ne voit pas cette union d'un bon oeil... Il finit par accepter que le jeune homme participe à une course pour déterminer qui sera le vainqueur de la main de sa fille...
Le film est très obscur, retrouvé il est vrai sans intertitres, mais il semble bien que ce soit son état original... il est très probable que ce soit un remake ou plutpot un plagiat d'un autre film de la concurrence et qu'il ait été décidé que les spectateurs seraient sans doute familiers avec l'intrigue!
N'empêche ce film appartient en plein à une époque formative, durant laquelle on commence à raffiner les ingrédients du mélodrame, à travers cette course, ces péripéties (avec évidemment parmi les participants à la course, un inévitable traître sans scrupules!), et cette durée limitée à une bobine, mais dans laquelle chaque centimètre carré de pellicule est utilisé. Le cinéma classique est en marche...
Un jeune homme se fiance avec une jeune femme, celle-ci est très heureuse...Jusqu'à ce jour fatidique où elle aperçoit clairement, dans un parc, son fiancé avec une autre. Elle le somme de s'expliquer (dans une petite scène téléphonique), et il bredouille qu'il s'agit de sa soeur. La fiancée qui n'est pas duo=pe annonce arriver directement, accompagnée de sa famille... C'est alors que le copain d'université arrive opportunément chez le héros, qui lui propose de jouer le rôle de sa soeur...
C'est vaguement en cousinage avec Charley's aunt, une pièce qui a reçu un énorme succès à Broadway (et qui fut filmée avec rien moins que Syd Chaplin lui-même en 1925). Au-delà de l'impossibilité de gagner pour le héros, qui n'a évidemment jamais eu de soeur, est donc un menteur, et mérite toutes les punitions qui lui tomberont sur le coin de la figure, le film est intéressant pour ses à-côtés: quand la fiancée arrive avec ses parents, on voit très vite que le père est en fait un vieux cochon, qui passe son temps à soulever le pudique voile qui couvre la nudité d'une statue, par exemple...