
Ce film était dans l'air depuis 1993, et Michael Mann n'a été que le dernier des réalisateurs intéressés par le projet, longtemps après que Will Smith n'ait pris une option pour le personnage du légendaire boxeur Cassius Clay, qui a changé son nom en Mohammed Ali. Mais le réalisateur n'a pas pour autant traité le sujet à la va-vite, il l'a fait comme toujours avec rigueur et un sens impressionnant du rythme...
Au moment où le film commence, la ségrégation bat son plein dans le Sud, et celui qu'on appelle encore Cassius Clay se prépare à combattre pour son premier titre de champion du monde, contre le tenant du titre Sonny Liston. Le combat a lieu à Miami, et parmi ceux qui gravitent autour du boxeur, figure en bonne place son ami Malcolm X. Le film montre de quelle façon le leader de la Nation de l'Islam, Elijah Mohammed, va jouer Ali contre X, en favorisant le jeune boxeur (Auquel on donne un nom alors qu'il n'est pas sensé encore en être digne) contre le prédicateur. De combat en combat, le film reste dans les coulisses de l'histoire: on voit de quelle façon Ali refuse de partir au Vietnam, lançant une bataille juridique contre l'état. On voit surtout de quelle façon le boxeur procède, par éclats médiatiques, et souvent humoristiques, pour avancer sa carrière et se maintenir, avec culot, au sommet...
Les combats ne sont pas tout dans le film, mais Mann les approche avec une certaine gourmandise. Il joue à chaque fois sur l'urgence, en poussant le spectateur à les regarder comme si rien n'était joué d'avance. Le reste est passionnant, avec une impression d'assister à tout un pan des années 60 et 70 (Le film ne couvre que la période 64-74) qui est occulté habituellement... Car Mohammed Ali, c'est une histoire repeinte en noir, celle qu'on n'a pas encore intégrée parce que jusqu'aux années 60, l'histoire des Etats-Unis est essentiellement une affaire de blancs. Outre Mario Van Peebles en Malcolm X, l'entourage de Mohammed Ali permet à de nombreux acteurs Afro-Américains de s'illustrer avec brio, de Jeffrey Wright à Jamie Foxx en passant par Jada Pinkett Smith ou Gianni Esposito. Surtout, le film prend fait et cause pour Ali, un nouveau héros paradoxal pour l'auteur de Heat, qui comme tant d'autres sollicite la confrontation, dont il se nourrit et nourrit sa légende. Un regret toutefois, le fait que Ali vive en permanence dans la publicité, dans les médias, mais donne l'impression de n'avoir aucune vie privée. Je n'ai pas dit de "vie intérieure", mais c'est vrai qu'avec Will Smith, on pouvait sans doute difficilement éviter ce côté si uniformément culotté du personnage...