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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 18:28

L'un des plus connus parmi les classiques muets de son auteur, Male and Female, connu en France sous le titre de L'admirable Crichton (Du nom de la pièce dont le film est une fidèle adaptation), représente une étape décisive dans la carrière d'un auteur qui a, à son apogée (Vers 1918) pratiqué une mise en scène d'une grande sophistication, mais va désormais revoir ses ambitions. Ce film en porte un peu la marque, le metteur en scène n'ayant plus rien à prouver en matière d'élégance, et sans doute a-t-il aussi trouvé, avec sa troupe (Thomas Meighan, Theodore Roberts, Gloria Swanson, Bebe Daniels...) des acteurs sur lesquels se reposer, et un cadre théâtral bien charpenté, qui lui permet d'économiser ses moyens. Ses plans se font plus longs, et l'alternance entre l'intérieur (Bourgeois, bien sur) de la première partie du film, et les extérieurs (Exotiques, comme il se doit) de la deuxième, lui font élargir le cadre, et on peut remarquer qu'il se concentre beaucoup moins sur le détail dans la deuxième heure, et laisse le soin aux acteurs d'exprimer l'essentiel. Désormais sa chez lui, la composition se fera plus statique.

 

Parmi les constantes de l'oeuvre, nombreuses dans ce film, on notera une de ces fameuses scènes de bain, systématiquement associé à la classe sociale de l'héroïne (Une armée de bonnes s'occupe de Swanson ici-ne serait-ce que pour la cacher à notre regard; on retrouvera d'ailleurs une scène semblable dans la Princesse aux huitres de Lubitsch) ainsi qu'à la futilité féminine, souvent évoquée dans ses comédies.

L'histoire du film est connue, qui procède de deux thêmes: d'une part, une étude satirique des moeurs de la Haute société, vue du point de vue d'un domestique dévoué et moraliste, qui prend une tournure inattendue lorsque ce petit monde fait naufrage et que le valet, de par ses capacités, devient littéralement le roi. D'autre part, l'émergence d'une histoire d'amour entre la maitresse et son domestique revient au thême déja exploré des rapports inter-classes, ce qui nous renvoie à The golden chance. Cet aspect du film permet la scène la plus célèbre du film lorsque Meighan et Swanson se voient transportés à l'antiquité, et que l'on assiste eberlués à des visions d'un kitsch retentissant, incluant une Gloria jetée aux lions, avec une vraie Swanson et un vrai lion(Elle en parlait encore 60 ans plus tard, avec une certaine émotion); comme de juste, cette dernière scène, qui nous rappelle les métaphores malencontreuses de Don't change your husband, est restée la plus célèbre du film, et est certainement un sommet en matière de ridicule : une vraie faute de goût, qui préfigure aussi bien les orgies déplacées de Manslaughter que l'ensemble des films antiques de l'auteur. Mais le reste, distrayant et spirituel, est un beau moment de cinéma muet, léger,avec un coté "rêve éveillé" qui en fait un lointain cousin des futurs courts de Buster Keaton, avec ce voyage dans les îles, plus burlesque que satirique, et les scènes dans laquelle les enfants de bonne famille, vêtus de peaux de bêtes, se soumettent de façon presque masochiste au bon vouloir de leur domestique apportent un coté bouffon à l'ensemble, qui contraste avec la gravité du retour final à la civilisation.

 

En bref, voici une oeuvre finalement assez étrange, mais attachante, qui est d'autant plus représentative de la carrière de DeMille que, outre les aspects repris de l'oeuvre antérieure, le metteur en scène y fait allusion à son Squaw man: prenant acte du fait que leur amour est impossible, Crichton et sa maitresse se séparent: elle va rester en Angleterre et lui va épouser la bonne, et immigrer vers les Etats-Unis, ou ils vont trouver le bonheur en achetant un ranch: DeMille cite ouvertement des plans de son premier film (Dont il a fait un remake en 1918) dont il reprend la composition, et en reprend également le sens, terminant ainsi le film sur une comparaison entre le vieux monde et l'ancien, qui tourne bien évidemment à l'avantage de l'Amérique, le seul pays ou Crichton peut être lui-même. Autre écho de l'oeuvre, certains thêmes de ce film seront repris dans le mineur (Mais très distrayant) Four frightened people de 1933. Male and female est donc assez clairement une vraie synthèse de l'oeuvre de son auteur.

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Published by François Massarelli - dans Muet Cecil B. DeMille 1919 *
11 juin 2011 6 11 /06 /juin /2011 17:35

Le premier film de Carl Dreyer est un essai, partagé entre mélodrame et cas de conscience, entre foi et doute, entre honneur et famille... ce n'est pas une franche réussite, mais il fourmille de petites balises de l'oeuvre à venir. Et au passage, si certaines de ses oeuvres ont clairement souffert du passage des ans, Dreyer est au moins l'un des rares grands cinéastes à s'être illustré durant le muet, dont on possède tous les films de la période...

Dans cette adaptation d'un roman contemporain, Dreyer dresse le portrait d'un homme, un magistrat honoré, dont le passé resurgit lorsque sa fille naturelle doit être jugée pour infanticide. Il affronte alors l'histoire familiale, sa propre faute, et s'interroge sur son devoir. Le film commence sur une structure temporelle alambiquée: on a d'abord un prologue qui expose la faute passée du père du héros, qui a fauté avec une femme mais s'est marié avec elle, et estime qu'il n'aurait pas du accepter cette compromission. Il a fait jurer à son fils de ne pas se compromettre. Puis, après l'exposition, un  nouveau flash-back consacré cette fois au fils répète avec insistance cette figure de l'amour illégitime. Du coup, le film est en plein mélo, mais le recours à un autre point de vue lorsque la jeune femme expose les circonstances de la mort de son enfant rééquilibre le tout.

Dreyer a beaucoup recours à des décors nus mais chargés de petits motifs, qui soulignent parfois le tourment intérieur. Le jeu des acteurs est du pur années 10, et je pense que d'autres Scandinaves avaient clairement dépassé cette phase théâtrale; Dreyer saura mieux diriger ses acteurs plus tard... Mais le film, qui se passe essentiellement de nuit, est esthétiquement très inventif, avec de belles utilisations de la lumière, et des ombres chinoises très intrigantes. Mais on est encore devant un metteur en scène qui se cherche, intéressé par la matière de l'affect et du tourment humain, mais qui a encore du mal à faire passer la tempête intérieure de ses héros...

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Published by François Massarelli - dans Carl Theodor Dreyer 1919 Muet *
20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 17:25

Sunnyside est, dans la continuation de A dog's life et Shoulder arms, un film de trois bobines. Ce serait le dernier, puisque après ce film Chaplin allait consacrer du temps à un court métrage (deux bobines) puis une année à un long métrage, un vrai. Mais ce que trahit ce film, dont le titre est à peine ironique, c'est le bonheur dans lequel Chaplin libre se trouve, à une époque décidément apparement libre de soucis. Le film est d'ailleurs contemporain du tournage des séquences documentaires de How to make movies, qui voient un Chaplin facétieux se laisser aller à la joie d'avoir son propre studio. Cet esprit de parfait bonheur tranquille a envahi le film.

Non que le personnage qu'il incarne ait une vie facile: dans ce village rural, situé comme il se doit en pleine vallée Californienne, Chaplin est l'homme à tout faire: garçon de ferme, barbier, réceptionniste de l'hôtel... l'homme qui l'exploite est interprété avec autorité par Tom Wilson. La première bobine plante le décor, et montre l'exploitation du héros, ainsi que son fatalisme tranquille, avec un petit passage onirique durant lequel Chaplin interprète en rêve un ballet avec quatre bacchantes à peine vêtues. Puis, nous dit un titre, il est temps de passer à la romance: Chaplin aime en effet une jeune femme locale, interprétée par Edna Purviance, et celle-ci le lui rend bien. La séquence durant laquelle Charlie rend visite à sa bien-aimée est gentille comme tout mais aussi très drôle. Puis un homme de la ville apparaît, et là, les choses se gâtent...

Si Chaplin imagine un suicide ici, il ne faut pas y voir pour autant une quelconque noirceur, le film reste une parenthèse bucolique dans l'oeuvre de Chaplin. C'est, bien sûr, beaucoup plus soigné que Work, et d'ailleurs le film profite bien d'avoir été tourné pour une large part en plein air. Les acteurs jouent à fond la gentille moquerie, et on n'est pas loin avec ce film du cycle de comédies rurales de Griffith. il y a un peu, mais pas trop, d'opposition entre la ville corruptrice et la campagne saine, à travers ce personnage, principalement rêvé, d'étranger, mais il est frappant de constater que celui-ci est à peu près aussi élégant que Chaplin dans la vraie vie, lui ressemble un peu, et semble même porter ses vêtements. N'y cherchons pas de message, Sunnyside est un film qui ne porte pas à conséquence, qui nous permet de rire avec tendresse. Une scène coupée de ce film circule généralement, celle durant laquelle le garçon de ferme improvisé barbier improvise une coupe à ce pauvre Albert Austin. Une fois de plus, la scène est longue, minutieuse, et il a sans doute fallu du courage pour la couper... Elle anticipe, mais juste un peu, sur The great dictator, ce qui confirme le cheminement des idées chez Chaplin, qui engrange, préserve, et finalement ressort ses idées au moment opportun, 20 ou 25 ans plus tard.

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Published by Allen john - dans Charles Chaplin Muet 1919 **