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1 juillet 2023 6 01 /07 /juillet /2023 07:03

Pour commencer, je suppose qu'on pourrait dire sans trop de chances de se tromper... que Sally Meyer (Ernst Lubitsch), le Berlinois du titre, est un obsédé sexuel! Un personnage de comédie à l'ancienne, qui habite la farce en se comportant avec les dames d'une façon peu conseillée: dès que son épouse quitte la pièce, il est prêt à lutiner la bonne... Sentant le soupçon s'installer il persuade un médecin de dire à son épouse qu'il a grandement besoin de changer d'air, et se rend donc dans les Alpes pour séduire des femmes. L'intention première était de se rendre en Autriche, mais il se retrouve en Bavière suite à une erreur, flanqué d'un déguisement Tyrolien pour tout le reste du film...

C'est du Lubitsch "première manière" dont on sait qu'il l'a faire cohabiter dans on oeuvre Allemande avec des films différents, dont certains très ambitieux. Rien que cette même année, il tourne trois autres films qui sont parvenus jusqu'à nous: les loufoques et avant-gardistes Die Austernprinzessin et Die Puppe, et l'imposant Madame DuBarry... Par bien des côtés, cette farce burlesque ressemblerait presque à un film de vacances à côté.. Mais Meyer aus Berlin vaut justement en tant que document sur l'évolution d'un cinéaste (et d'un acteur) qui ne va pas tarder à abandonner complètement cette partie de son univers, tout en se situant dans des décors qui seront exploités de nouveau dans ses films (en 1920, il tournera deux films en montagne, et aux Etats-Unis, Eternal love, un mélodrame...).

C'est aussi un moyen de voir le personnage qui a rendu Lubitsch célèbre et populaire, et surtout d'y déceler quelque chose que ses comédies et ses drames futurs aux Etats-Unis allaient escamoter plus ou moins durant près de 20 ans. Car Lubitsch en Allemagne, dans son rôle d'acteur de comédie, ne faisait pas mystère de ses origines, et tout renvoyait effectivement à un personnage Berlinois ET Juif. Un caractère qui serait devenu probablement "trop ethnique" et trop embarrassant dans le cinéma des années 20 (durant lesquelles le cinéma Européen, on en a de multiples preuves, flirte avc un antisémitisme populaire et "normalisé"). Mais Lubitsch en faisait une marque de fabrique...

Meyer, flanqué de son costume Tyrolien, est en roue libre, tentant de séduire une jeune femme qui le mène par le bout du nez, et lui reste un modèle de non-sophistication absolue, avec son chapeau à plume qui est totalement déplacé... Pour le reste ce n'est pas la halte la plus fascinante de son oeuvre, c'est une comédie un peu lourde à l'humour d'un autre siècle... littéralement. Mais cette tendance comique était partie intégrante de son style à l'époque où cet immense cinéaste s'est révélé... 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Ernst Lubitsch 1919 Comédie **
4 juin 2023 7 04 /06 /juin /2023 09:45

L'itinéraire de Madame du Barry, petite couturière montée en grade, de canapé en lit, jusqu'à devenir la favorite de Louis XV... Commencé dans le cadre plaisant et tranquille d'une maison de couture, cela finira sur l'échafaud, en 1792...

Pola Negri est la vedette incontestée d'un film où Lubitsch, rompu à la comédie mais pas seulement, emploie une troupe de gens qu'on a déjà vus et qu'on reverra: Emil Jannings est un Louis XV formidable, Henny Porten interprète une courtisane jalouse, et on verra aussi Harry Liedtke, Victor Janson, ou Reinhold Schünzel. Le film est long, imposant même et on sent bien que le but de la production était de montrer, alors que le pays est en pleine débâcle, la puissance du cinéma Allemand, intronisant de fait Lubitsch à sa tête. 

C'est vrai qu'il est étonnant de voir ce film quand on est habitué au style volontiers excentrique de ses comédie, mais aussi de ses drames (Die Weib der Pharao). A la lenteur majestueuse souvent préférée par les metteurs en scène Allemands, Lubitsch choisit de préférer le rythme de ses comédies, laissant ses acteurs et son intrigue opérer la mutation vers le drame. Il en résulte un film qui acquiert une puissance phénoménale, et qu'on pourra justement rapprocher de Ann Boleyn, tourné avec Henny Porten et Lubitsch l'année suivante.

En choisissant de raconter l'histoire par l'anecdote, et de montrer le pouvoir par celle qui en profite pour s'élever (en n'étant jamais très regardante pour les méthodes), Lubitsch modernise le film historique, et imprime une bonne fois pour toute sa marque sur le cinéma, faite de petites vignettes, d'un sens de l'observation et du détail, et inévitablement compte tenu du sujet, d'une coquinerie assumée! Et le film, qui fut accompli à grand renfort de publicité, a pu installer définitivement le metteur en scène au sommet. 

Et ses deux principaux interprètes, quin'avaient aucun problème à jouer dans un registre propice au mélange des genres, n'ont pas été pour rien dans cette invention de ce qu'on appellera plus tard la "Lubitsch touch".

 

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Published by François Massarelli - dans Ernst Lubitsch Muet 1919
22 mai 2023 1 22 /05 /mai /2023 15:57

Ossi (Ossi Oswalda) est la fille du très puissant et très riche magnat Américain de l'huître (Victor Janson). Apprenant qu'une autre gosse de riches a réussi à se marier avec un noble, elle fait un gros caprice. Son père visite un entremetteur qui l'aiguille vers l'authentique prince (désargenté) Nucki (Harry Liedtke). Avant de se prononcer, Nucki envoie son valet (Julius Falkenstein) en reocnnaissance, mais Ossi est tellement impulsive qu'elle le prend pour Nucki, et... l'épouse sur le champ.

Ce film fait partie d'une série d'oeuvres de Lubitsch qui étirent la comédie vers le grotesque de façon prononcée, la meilleure étant probablement Die Puppe, également avec Ossi Oswalda. Si le grotesque dominait, il n'était pas compliqué de voir dans cs oeuvres un reflet du monde contemporain, et cette Princesse aux huîtres, est beaucoup plus Berlinoise qu'Américaine!  Lubitsch, à travers le puissant Américain, se paie assez gentiment la tête des nantis de tout poil, et s'amuse à leur oppose un prince sans le sou qui partage sa chambre de bonne avec un valet.

Mais derrière la façade du grand n'importe quoi, il commence à expérimenter avec une comédie beaucoup plus raffinée qu'il n'y paraît, en profitant des décors très géométriques (dont il s'amuse en nous montrant Falkenstein qui patiente tant bien que mal en improvisant des pas de danse sur les motifs grandioses du carrelage) de Rochus Gliese et Kurt Richter... Il transpose cette géométrie à sa propre ise en scènes, préfigurant les mondes clinquants des cours de pacotille dans lesquelles il situera tant de films des années 30; il effectue même un brouillon loufoque de sa danse endiablée de So this is Paris. C'est plus qu'une curiosité, donc: comme une sorte de comédie en totale liberté, par un metteur en scène qui se situe d'emblée à l'écart de toute allusion au chaos de l'Allemagne de 1919...

 

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Published by François Massarelli - dans Ernst Lubitsch 1919 Muet **
17 mars 2023 5 17 /03 /mars /2023 18:48

Paul Körner (Conrad Veidt), violoniste virtuose, doit subir l'odieux et incessant chantage d'un ancien amant, qui le menace de le dénoncer à la police au nom de l'article 175 de la loi Allemande, qui criminalise l'homosexualité; quand Paul rencontre un élève et qu'ils tombent tous deux amoureux, le chantage de Franz Bollek (Reinhold Schünzel) s'intensifie... Il fait en plus face à une tempête familiale, ses parents ne comprenant que trop bien le problème de leur fils...

C'est à l'instigation du Docteur Magnus Hirschfeld, qui en a écrit le scénario avec lui, que Richard Oswald s'est lancé dans ce film. Hirschfeld était un pionnier de la sexologie, dont le cheval de bataille était l'étude et l'aide apportée aux gens dont la sexualité était différente. Une dimension documentaire du film (qui a quasiment disparu dans les très fragmentaires copies qui ont pu être sauvegardées) s'intéresse d'ailleurs de manière très frontale à une transgénéralité assez rarement évoquée dans des oeuvres de plus d'un siècle, et ce sans tabou ni parti-pris négatif.

D'ailleurs, le film revêt un caractère très militant, dans lequel Oswald injecte une solide dose de cinéma tel qu'il le pratiquait déjà: il s'intéresse au cauchemar vécu par le personnage de Veidt, le violoniste qui ne sait pas encore qu'il est à la croisée des chemins. Une scène remarquable est vue du point de vue du jeune élève, qui occupe alors tout l'avant-plan, pendant que derrière lui, donc cachés par lui, Körner et Bollek se battent... Conrad Veidt, en homme délicat, torturé et même désespéré, est totalement dans son élément, et son portrait très sensible est très inattendu pour un film de 1919.

Le film n'est sans doute pas exempt d'une ertaine tendance aux clichés (les gays de 1919 sont souvent présentés comme des gens de la bourgeoisie, surtout, aisés et cultivés. Le maître-chanteur cultive un double "crime", l'un, légalement parlant seulement, celui d'être gay, et l'autre, à tous points de vue, celui d'être un maître-chanteur particulièrement retors. Cette vision d'une criminalité très représentée ches les personnes à la sexualité 'différente' quittera peu le cinéma des trois décennies à venir... Enfin, les bars spécialisés sont les lieux d'étranges danses, plutôt que d'orgies...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Richard Oswald 1919 *
5 mars 2023 7 05 /03 /mars /2023 08:46

Un fragment d'un film, sur lequel on peut quand même dire un certain nombre de choses: on y aperçoit Fritz Kortner, un acteur qu'on connaît bien (Schatten, de Arthur Robison, ou Die Büchse der Pandora, de Pabst), grimé en haut dignitaire Egyptien, dans les bras d'une dame dont les avances sont particulièrement évidentes... Ca dure 42 secondes, et c'est tout ce qui nous reste d'un film, le deuxième de son auteur, qui participait d'une tendance générale du cinéma en cette fin de décennie: imiter, au moins partiellement, la structure particulière d'Intolerance à travers le collage de plusieurs histoires entre elles... Le film partage avec Les pages arrachées du livre de Satan, de Dreyer, le motif diabolique, et l'histoire du cinéma nous apprend que le film aurait été produit/supervisé par le vétéran Robert Wiene.

Qu'y-a-t-il à dire de plus sur ces 42 secondes? Eh bien, tout d'abord, le fait qu'il s'agisse d'un fragment érotique est assez ironique, finalement, puisqu'à l'époque de son travail dans les studios Allemands, Murnau avait la réputation de n'être pas du tout fiable sur ce point... Pour autant qu'on puisse en juger, le film présente du frotti-frotta un rien générique, du reste, ce qui ne contredit pas totalement cette réputation! Sinon, qu'on puisse aujourd'hui examiner un fragment de l'oeuvre de Murnau comme si c'était un fragment du Graal, en dit long sur le statut du cinéaste. 

Un grand regret, aussi, qu'on n'ait pas pu retrouver d'autres fragments (sans parler d'une éventuelle version intégrale), de ce film dans lequel Conrad Veidt incarnait Satan!

Enfin, le fragment a été récupéré dans un scénario à la Cinema Paradiso: une bobine de chutes conservées, généralement de passages censurés dans les paroisses Européennes tatillonnes, qui nous donne ici accès à la fois à un moment qui fut interdit, mais aussi à l'unique matière restante d'une oeuvre d'art perdue. Dit comme ça, c'est joli... Sans doute plus que le film, remarquez.

 

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Published by François Massarelli - dans 1919 Friedrich Wilhelm Murnau Muet *
6 février 2023 1 06 /02 /février /2023 15:28

Le professeur Illington, hélléniste distingué, a appelé sa fille Damophilia, ce qui n'est pas un prénom très facile à porter, c'est la raison qu'elle invoque pour se faire surnommer Phil... Et Phil est un vrai garçon manqué. Ce qui scandalise d'ailleurs l'entourage, en particulier un couple de vieux notables rigoristes. Quand le professeur Illington décède, ces braves gens sont désignés tuteurs... Mais Phil qui n'entend pas subir leur méthodes éducatives, s'enfuit déguisée en homme. Elle rencontre alors un autre professeur de Grec, qui est revenu de tout et en particulier des femmes: ils sympathisent, et «Phil» prétend avoir une sœur jumelle qui pourrait devenir l'assistante du professeur...

C'est un film étonnant, d'abord par la façon qu'il a de poser les jalons de plusieurs genres et de passer sans effort de l'un à l'autre: à la comédie, il emprunte l'intrigue sentimentale entre deux personnes, dont l'un reste à conquérir, et un certain penchant pour la caricature, sans parler de la réjouissante différence entre les deux humeurs des personnages principaux... Au mélodrame, on part ici d'une situation dramatique, quand Phil perd son père, et écope de deux tuteurs infects! Et une intrigue secondaire fait intervenir quelques clichés du genre aussi...

Et puis tout le film tient par la grâce d'Evelyn Greeley, qui interprète le rôle de Damophilia, véritable électron libre dans une société qui ne peut que se méfier de sa liberté de penser. Le personnage ose défier l'ordre établi (une scène la voit défendre fièrement le costume dans lequel elle danse, typique de la danse progressive de l'époque autour de Ruth St-Denis), et les bien-pensants un poil trop hypocrites, et surtout n'a aucun complexe à se déguiser en homme. C'est d'ailleurs en se déguisant en homme qu'elle trouvera l'âme sœur, un professeur devenu méfiant à l'égard des femmes... Tiens tiens...

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Published by François Massarelli - dans Comédie 1919 Muet **
5 mai 2022 4 05 /05 /mai /2022 17:09

Lors d'une petite fête à laquelle se retrouvent plusieurs amis, dans une propriété cossue sur les bords du lac de Côme, un adultère se termine mal: Savina (Italia Almirante), l'épouse du propriétaire des lieux Paolo (Vittorio Rossi Pianelli) a fauté avec un des invités, mais le mari, contrairement à nous, n'a pas vu que c'était un jeune avocat (Ettore Piergiovanni). Répudiant son épouse, il lui intime l'ordre de disparaître et prétend à son ami avocat qu'il l'a tuée. Il lui demande, sans réaliser qu'il s'adresse à son rival, de le défendre dans un procès retentissant, d'autant plus qu'il n'y a pas de cadavre... L'avocat s'exécute, et salissant toujours plus la mémoire de celle qu'il a séduite, en rajoute pour obtenir l'acquittement de son client. Pendant ce temps, Savina peine à rester à l'écart...

Ca commence comme un mélodrame délirant, mais la façon dont les intertitres, assez nombreux, nous présentent la situation, trahit déjà une profonde ironie. Et c'est à la décadence de cette bourgeoisie, qui acquitte un homme qui prétend avoir tué sa femme dans une affaire d'honneur, mais le condamnerait pour avoir inventé ce meurtre de toute pièce, que Genina s'attaque dans un jeu de massacre d'autant mieux orchestré qu'il se pare de toute la sophistication qu'il lui a été possible de produire... 

La presse de l'époque a beaucoup eu de mal à s'y retrouver, et de fait, c'est, à travers le décalage entre l'action, les moyens mis en oeuvre, le jeu des acteurs et les notions liées au point de vue, un film qui se situe à la fois dans la lignée des oeuvres d'un Evgueni Bauer (dont je doute qu'il ait été distribué en Italie à cette époque, donc il s'agirait d'une coïncidence), des films Danois des années 10 (ceux-là ont été vus partout), et à l'opposé du cinéma lyrique des divas du muet, des films contre lesquels Genina et d'autres metteurs en scène semblaient réagir...

 

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Published by François Massarelli - dans muet Augusto Genina 1919 *
9 mars 2022 3 09 /03 /mars /2022 18:02

Ernest Shackleton a tout fait pour marquer de son nom la conquête du pôle, et on lui doit l'une des plus paradoxales expéditions: sur-préparée, mais sur-chargée des pires ennuis, incluant quand même... la perte du bateau dans les glaces. Il fallait le faire. Mais ce qui aurait pu n'être qu'un désastre (une expédition qui arrive en vue du continent, mais doit rester bloquée dans les glaces) se transforme en une étrange non-épopée des plus poétiques: on y verra d'abord les hommes partir avec enthousiasme, puis constater l'incapacité de continuer, puis tromper leur ennui avant de devoir sauver leur peau...

L'expédition a eu lieu entre 1914 et 1917, mais le film a attendu longtemps avant de pouvoir être présenté sous la forme qu'on connaît aujourd'hui: dans un premier temps, Hurley et Shackleton (ce dernier étant déterminé à lever des fonds pour repartir) ont effectué le traditionnel circuit des explorateurs: des ciné-conférences, avec des séquences et des images fixes (cartes et photos) triées sur le volet... Mais Hurley travaillait pendant ce temps à sa version qui en 1919 a bénéficié d'une forte publicité, dans un pays dont l'intelligentsia méprisait le cinéma de fiction au profit du documentaire, on se doute que leur film a été très bien accueilli...

Et pour cause: non seulement aujourd'hui on a la chance de pouvoir voir une copie absolument magnifique de ce documentaire sur une expédition malchanceuse, mais on n'est pas près d'oublier l'incroyable série de séquences montrant le bateau pris dans les glaces. Hurley joue du suspense en structurant son film autour, justement, du destin du navire, l'Endurance... Les images qui le voient se désagréger n'ont rien perdu de leur puissance... 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1919 **
19 décembre 2021 7 19 /12 /décembre /2021 08:22

L'explorateur Jacques d'Athys (René Cresté) revient d'orient avec une protégée, la petite Tih-Minh (Mary Harald), qui lui aurait sauvé la vie (on n'en saura guère plus sur ce sujet); ils s'aiment et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes, si leurs voisins du côté de la propriété Niçoise des D'Athys n'étaient trois espions interlopes: l'asiatique Sitka (Louis Leubas, qui sera affublé de cette appellation qui fleure bon une certaine xénophobie, durant toute la série), le mystérieux docteur Gilson (Gaston Michel) et l'étrange Marquise Dolores de Santa Fe (Georgette Faraboni), dotée de puissants pouvoirs occultes. Très vite, les trois affreux s'en prennent à Tih-Minh. Jacques, ainsi que son fidèle domestique Placide (George Biscot), vont avoir du pain sur la planche...

En 1919, Feuillade qui est toujours sous contrat à la Gaumont est encore sous surveillance: en dépit de son phénoménal succès, Les Vampires s'est attiré les foudres des apôtres de la bienséance et des bonnes moeurs imposées, et ce style de feuilleton est désormais impensable pour la firme de la Marguerite. Plus grave, la situation politique ambiante, sous l'influence d'une victoire assumée sur l'Allemagne, donnera encore plus de gages à ces attitudes conservatrices dans le contexte de la "chambre Bleue Horizon", une assemblée nationale dominée par une droite pressée de se mêler de tout... C'est dans ce contexte que le cinéaste a été prié de revoir le dosage de ses feuilletons: moins de crime, moins de turpitudes, et le curseur placé résolument du côté du bien. La première manifestation de ce retour aux bonnes moeurs était Judex, un film qui sera détesté par une partie de ceux qui aimaient les 5 Fantômas de Feuillade et évidemment Les Vampires. Puis d'autres films suivront, dont cette étonnante série...

Comme souvent avec le metteur en scène, les quatre ou cinq premiers épisodes contiennent les meilleurs moments, ceux qui installent le mystère et les grandes lignes. Les suivants seront surtout là pour prolonger en attendant une conclusion. C'est dès le premier épisode qu'on voit la teneur de ce que va nous raconter Feuillade: des enlèvements à la pelle, dont la victime sera presque toujours Tih-Minh, justifiant du même coup le titre (car il faut bien reconnaître qu'en dépit de quelques initiatives, la jeune femme est plutôt passive, voire, je tremble au moment de l'écrire, un peu idiote); des mystères comme la présence d'une trentaine de femmes, dépenaillées, muettes et amnésiques, dans la villa des espions, un mystère qui n'est pas totalement expliqué dans le film; des intrusions nocturnes; des déguisements... Bref, la routine de ces films, si ce n'est qu'on nous fait souvent comprendre que le mal, c'est mal, et le bien, c'est bien.

Après avoir assisté à l'émergence chez Feuillade de la magnifique Irma Vep, et vu le prolongement de cette dernière par Musidora qui interprétait la mystérieuse Diana Monti dans Judex, on sera frappé par l'absence d'un personnage féminin vraiment intéressant dans Tih-Minh: la famille d'Athys est complétée par la mère (une sainte femme), la soeur (admirable de dévouement et qui ne posera jamais vraiment de questions; Tih-Minh, la pauvre, est ballottée d'enlèvement en enlèvement, et souvent ses initiatives prouvent qu'elle est essentiellement une petite fille écervelée! Georgette Faraboni en médium et hypnotiste incarne le mal, mais elle n'est pas suffisamment charismatique pour faire de la concurrence à Musidora. Jane (Ou Jeanne) Rolette, qui joue la domestique fiancée de Placide est sans doute la mieux lotie... Bref, Feuillade n'est sans doute pas le plus féministe des cinéastes, mais ici il finit par justement mettre en scène cette pénurie en revenant constamment sur les dangers qui menacent l'héroïne paradoxale en titre! Et cette mise en abyme s'accompagne d'une sorte de présentation ironique du monde, dans laquelle Jacques d'Athys, bourgeois bien né qu'on imagine catholique jusqu'au bout des ongles, comme Léon Gaumont et Feuillade lui-même, d'ailleurs, est le valeureux héros... Mais regardez le film, et vous verrez: sans Placide et Rosette, point de salut, comme Judex sans Cocantin, Daisy Torp et le Môme Réglisse, comme Philippe Guérande sans Mazamette dans Les Vampires!

Comme pour conjurer toute chance d'influence néfaste du cinéma (un député dira à cette époque que le crime est enseigné dans la salles de cinéma, à la faveur d'une obscurité complice qui rend possibles tous les comportements déviants), c'est un peu comme dans Judex: on ne verra pas ici la police, étrangement absente de ces exactions dans lesquelles trois pays, trois fripouilles, un diplomate et un explorateur de bonne famille s'affrontent avec insistance. Un rêve éveillé, en somme... C'est la meilleure lecture pour ce feuilleton sans queue ni tête, aux images délibérément poétiques de l'arrière-pays Niçois...

 

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Published by François Massarelli - dans 1919 Muet Louis Feuillade **
3 septembre 2021 5 03 /09 /septembre /2021 17:27

Cheyenne Harry, le hors-la-loi, sacrifie tout, y compris ses copains bandits, à la survie d'un enfant nouveau-né qu'ils ont trouvé dans le désert... 

On reconnaît ici l'intrigue de The three Godfathers, les deux versions: celle de Richard Boleslavski en 1936 et celle de John Ford en 1948, qui rendait ouvertement hommage à Harry Carey récemment décédé... Et si ce film de 1919 est antérieur, il ne s'agit même pas de la première version! C'est la deuxième fois que l'histoire était filmée, et la première fois sous la direction d'Edward LeSaint, c'était déjà avec Carey.

Officiellement, le film de Ford est perdu, mais on peut trouver sur la chaîne Youtube du Eye institute d'Amsterdam, un fragment intrigant de 2:55 qui ne peut être qu'issu de ce film. L'actrice qui y joue est bien Winnifred Westover, qui ne jouait pas dans la première version, et en moins de trois minutes, le fragment regorge de touches typiquement Fordiennes. C'est situé selon toute vraisemblance vers la fin du film... Ces moins de trois minutes sont-elles tout ce qui a été conservé du film? 

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Published by François Massarelli - dans Western John Ford Muet 1919