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31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 08:57

La morale, dans un film, est une chose à définir selon des critères, bien sur, variables. Michael Mann l'a bien compris, lui qui a souvent raconté les aventures de malfrats dotés d'une éthique (Thief, Heat, Collateral, Public Enemies), ou de membres influents de la société, voire de policiers et autres donneurs de leçons aux méthodes floues, et aux parcours douteux (Le profiler qui se rapproche au plus près de la folie des tueurs sur lesquels il enquête dans Manhunter, le policier de Heat, le journaliste de The Insider, l'un des policiers de Miami Vice, et enfin le membre du FBI dans Public Enemies!). Chez ce metteur en scène, donc, la frontière entre le bien et le mal est mal définie, et l'éthique devient facilement une règle de vie pour des gens amenés à sortir de la légalité. On retrouve bien évidemment cet univers avec ce film, mal accueilli à sa sortie, qui concerne cette fois un monde bien particulier, celui des pirates informatiques et autres hackers. Effet de mode? Je pense qu'on aurait tort de considérer ce film comme une sorte de tentative démagogique de surfer sur l'image actuelle de ces pirates d'un nouveau genre, tant Michael Mann a tout fait pour sortir de la peinture d'un monde virtuel. Le film entier démontre justement qu'il n'y a pus rien de virtuel, et on débouche sur du concret, du physique, et pour tout dire du sale.

Un pirate informatique s'est infiltré dans le programme de sécurité d'une centrale nucléaire Chinoise, et a provoqué une explosion des pompes des réacteurs. puis le même s'est introduit dans le système d'une bourse locale à Chicago, déclenchant un dérèglement de la bonne marche des cours. Les Etats-Unis et la Chine sont donc prêts à collaborer, afin de coincer ce terrorisme d'un genre nouveau. Les "enquêteurs" dépêchés par les deux côtés vont par contre être une étrange triade: le Capitaine Dawai Chen (Leehom Wang) est un militaire qui a fait ses études aux Etats-Unis; Nicolas Hathaway (Chris Hemsworth) est un hacker surdoué qui purge une peine de prison de 13 ans pour une escroquerie. Les deux ont créé, lors de leur séjour ensemble à l'université, le programme qui a été utilisé par les "terroristes", et Hathaway a tout à gagner dans l'affaire, puisque il accomplira sa mission en échange de la liberté et de la réhabilitation. Enfin, pour aider les deux génies de l'informatique, Lien (Tang Wei), la jeune soeur de Chen, va elle aussi faire la preuve de son adresse en matière de jonglage sur ordinateur. Mais d'une part, Lien et Nicolas vont rapidement tomber amoureux l'un de l'autre. Ensuite le hacker sous haute surveillance va utiliser des méthodes illégales qui vont bien sur porter leurs fruits, mais aussi remettre en question ses possibilités de réhabilitation. Enfin, la chasse à l'homme virtuelle va vite se transformer en une guerre sanglante dans laquelle tous les coups seront permis.

Le metteur en scène, célébré pour la rigueur de sa mise en scène de film en film, a choisi cette fois un dispositif étonnant, consistant en un recours à la vidéo légère, et à des caméras portées au plus près de l'action. Le résultat débouche sur une impression d'urgence, et le film a parfois l'allure d'un documentaire. Une bande-son très travaillée, qui va également dans le sens d'une recréation de la vérité, enfonce le clou d'ailleurs. Mais la façon dont Mann joue sur le point de vue de tous ces gens qui ont, à des degrés divers, une forme de génie pour voir et sentir les choses à cent à l'heure dans le monde virtuel, mais des perceptions bien différentes dans le concret d'un monde réel, débouche une fois de plus sur un opéra de la morale et du doute, violent et âpre. On peut trouver à redire du choix de Chris Hemsworth qui est parfois un peu trop testostéroné à mon gout pour le rôle qu'il interprète, mais le film est engageant, et trois scènes d'action spectaculaires nous rappellent s'il en était besoin que Mann est le metteur en scène de l'une des fusillades les plus virtuoses de l'histoire du cinéma (Heat). ET les deux acteurs Chinois, d'ailleurs vus ensemble dans le superbe Lust, Caution de Ang Lee, sont excellents. On reverra ce film, et à coup sur il aura encore plus à nous donner dans les années qui viendront, comme les autres oeuvres du metteur en scène.

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Published by François Massarelli - dans Michael Mann