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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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29 janvier 2023 7 29 /01 /janvier /2023 16:57

Texas (Texas Guinan) est l'heureuse propriétaire d'un ranch, mais elle passe ses nuits à veiller sur ses bêtes qui attirent la convoitise de tous les desperados du coin. Une seule solution, engager un "night rider", un veilleur de nuit qui passera du temps avec les bêtes à l'heure où out le monde est couché sauf les bandits. Quand elle propose son idée en ville, un cow-boy lui rit au nez en disant qu'elle ferait mieux de se marier...

Donc elle l'épouse sur le champ, sauf que d'une part elle ne tardera pas à comprendre qu'elle n'a pas fait le bon choix... et qu'en prime c'est l'un des voleurs de bétail! Heureusement un valeureux employé veille au grain...

C'est mené sans tambour ni trompette ni temps mort, et c'est assez typique des films de Texas Guinan qui tout en assumant le destin d'une héroïne du muet qui se respecte (elle va trouver l'amour, donc), est aussi et surtout une forte personnalité qui ne s'en laisse pas conter! En 25 minutes, c'est un court métrage d'une grande qualité et qui ne se prend pas trop au sérieux, e louchant souvent du côté de la comédie...

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Published by François Massarelli - dans Western Muet Texas Guinan
29 janvier 2023 7 29 /01 /janvier /2023 08:53

Une jeune femme (Louise Glaum) qui n'a pas de situation trouve une opportunité: devenir cuisinière sur un ranch, mais... on cherche un homme plutôt qu'une femme. Elle se déguise, et obtient aisément le travail. Mais une fois sur place elle ne tarde pas à révéler son identité... aux autres femmes présentes. Elles la protègent et vont l'aider à trouver l'âme soeur...

C'est assez différent de ce que proposaient les comédies environnantes, de la Vitagraph ou bien sûr de la Keystone: si l'exposition est vite expédiée (le film ne fait qu'une bobine), la comédie aussi d'une certaine façon. C'est indicatif de ce que sera la comédie chez Christie, qui essaiera toujours de trouver une voie en dehors du grotesque qui dominait la comédie burlesque...

Le film reste intéressant pour sa faculté à mêler la comédie avec les codes du western. Ici le déguisement n'est pas tant un ressort burlesque qu'un empêcheur de tourner en rond! Il n'y a pas la tentation, comme dans d'autre films (A woman, de Chaplin, par exemple), de jouer avec les frontières des genres... C'est gentil et ça se laisse regarder. Mais la compagnie de Christie fera mieux.

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Published by François Massarelli - dans Muet Western Comédie Al Christie
27 janvier 2023 5 27 /01 /janvier /2023 19:16

Running Wolf, un guerrier important d'une tribu Native Américaine (donc, des "indiens"), est en âge de se marier mais il ne trouve pas la perle rare dans sa tribu... Il entend parler de la légende d'une tribu étrangère, des guerriers moins sophistiqués, mais dont les dirigeants sont trois frères qui ont unis leurs pouvoirs de conquête et de manipulation. Leur soeur est paraît-il d'une beauté incroyable... Running Wolf se met donc en quête...

Les deux personnages principaux sont interprétés par des vedettes inattendues dans ce contexte, car pour figurer des indiens des plaines, Ince a fait appel à deux acteurs d'origine Japonaise sous contrat, Sessue Hayakawa et Tsuru Aoki. Ils se sont d'ailleurs mariés quelques temps après, et si on fait un peu travailler son imagination, on arrivera à les accepter dans ces rôles!

Le film est excellent, bien qu'il repose sur une posture assez franchement raciste (l'idée d'un degré dans la sauvagerie, avec une tribu "avancée" ou "civilisée", et une autre clairement montrée comme restée à l'état sauvage!), ce qui ne surprendra pas trop quand on sait que Thomas Ince a souvent professé des idées assez cousines de celle du KKK! Mais le film est malgré tout un fascinant court métrage qui ose des ruptures de ton impressionnantes, et confronte deux acteurs l'un à l'autre dans des scènes au romantisme assez inédit...

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Published by François Massarelli - dans Thomas Ince Muet Western
26 janvier 2023 4 26 /01 /janvier /2023 18:34

Un (mélo)drame se joue dans une famille Américaine : un couple avec enfant se déchire, et le père et sa fille décident de partir avant que ça ne dégénère… La fille grandit, et le père qui a tenté sa chance dans l’ouest en a fait, pour la protéger, un véritable garçon manqué. Arrivés dans un ranch, ils trouvent un travail tous les deux, et la fille est priée par son père de dissimuler sa vraie identité… Mais un cow-boy s’attache à elle…

Il est inévitable, en 2023, de se poser la question de cet attachement : qu’est-ce qui le motive ? S’agit-il d’un amour inconditionnel et immédiat entre un homme et quelqu’un qu’il croit être un homme ? Il serait quand même assez hâtif de vouloir faire du film, comme cela semble être le cas (dans la compilation Cinema’s First nasty women), un plaidoyer en avance de plus d’un siècle sur son temps sur la nouvelle donne des genres. Et je ne peux pas vraiment suivre l’historienne Laura Horak quand elle propose de faire de ce film un ancêtre de Brokeback mountain

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Published by François Massarelli - dans Muet Western
23 janvier 2023 1 23 /01 /janvier /2023 16:33

Une jeune femme d'une tribu Indienne se fait agresser dans un saloon par un blanc raciste, et Dick Sutton, un valeureux pionnier, s'interpose. Mais en guise de vengeance, le sale type enlève la petite fille du héros... La jeune femme qu'il a sauvée va tout faire pour sauver l'enfant.

C'est, d'une part, un film sur l'héroïsme d'une protagoniste, qui ne manque ni d'énergie ni de ressources. La première fois qu'on la voit, Lillian St Cyr (nue authentique native) est un peu la damoiselle en détresse, mais elle saura se rattraper... Elle se déguise en homme, s'introduit sur un campement de bandits, et traverse un précipice à l'aide d'une corde, avec un enfant sur le dos (et sans trucage, même si le précipice est probablement plus modeste qu'il n'y paraît). 

D'autre part, comme certains films de Griffith de l'époque et comme ne tarderont pas à le faire des films de Thomas Ince, c'est le point de vue des Américains Natifs (on disait des Indiens à l'époque) qui nous est donné, par un metteur en scène et une actrice mariés, qui se revendiquaient de ces peuplades. Des films qui furent de façon intéressante bien accueillis, et étaient même inclus dans le circuit de distribution de compagnies prestigieuses, dont Pathé qui a produit ce court métrage. 

Une ouverture d'esprit dont ne profiteront évidemment pas les Afro-Américains (un protagoniste de ce film est d'ailleurs un acteur blanc en black face, placé dans le film pour dénoncer le racisme des protagonistes...), et on pourrait aussi se plaindre du cliché qui consiste à faire des bandits voleurs d'enfants des gitans subliminaux, par l'utilisation de foulards sur les têtes de certains et certaines d'entre eux... 

On n'en sort jamais.

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Published by François Massarelli - dans Muet Western
12 octobre 2022 3 12 /10 /octobre /2022 17:29

Quel étrange film... Un drame westernien, situé en plein Arizona, et avec un shérif valeureux, interprété par... Roscoe Arbuckle, dans un rôle à peine teinté de comédie. Et pour couronner le tout, le film a été son plus grand succès critique, avant d'être retiré de la circulation pour cause de scandale...

Jack Payson trahit son meilleur ami, Dick, qui est parti faire fortune en laissant sa petite amie Echo derrière lui, car il veut faire fortune pour l'épouser. Jack dit à Echo que Dick est mort, tué par les Indiens... Quand a lieu le mariage, Dick revient et comprend en regardant par la fenêtre, il disparaît sans laisser de traces. 

Dans le cadre d'une enquête, le Shérif Slim (Roscoe Arbuckle) est aiguillé vers son ami Jack par un témoin plus que louche, et avant de se rendre à la police, Jack révèle la vérité à Echo... Puis il s'enfuit pour retrouver Dick, poursuivi par Slim et un posse imposant, ainsi qu'une troupe de renégats menée par le témoin qui souhaite se débarrasser de Jack!

Ouf, pas simple, tout ça... Tout se passe comme si le scénario de Tom Forman (futur réalisateur de Shadows avec Lon Chaney) essayait d'accumuler autour de la star désignée Rocsoe Arbuckle toutes les péripéties western possibles et imaginables! Et on finit par ne plus trop s'intéresser à l'histoire, mais plutôt à la façon dont Arbuckle semble s'installer presque en contrebande dans le rôle d'un shérif efficace et valeureux, extrêmement bon camarade mais très malheureux en amour. Sinon, il y un indien qui fait, à un moment, une cascade tellement spectaculaire qu'on jurerait qu'il s'agit de Buster Keaton.

 

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Published by François Massarelli - dans Roscoe Arbuckle 1920 Muet Western Comédie
24 juillet 2022 7 24 /07 /juillet /2022 17:49

Deux hommes venus de nulle part (enfin, presque: l'un vient de Kansas City, l'autre du Texas) arrivent au Wyoming par le train: Dempsey Rae (Kirk Douglas) a une longue expérience de cow-boy, pendant que Jeff (William Campbell) ne demande qu'à en acquérir une... Ils se font embaucher par le mystérieux patron du ranch "Triangle" qui vient de s'installer, et qui promet d'être un géant de l'élevage: on parle de milliers de têtes. Pour se protéger, et préserver les chances pour leur bétail de se nourri dans la prairie, les fermiers du coin commencent à se fournir en barbelés, ce qui déplait fortement à Dempsey Rae, attaché à une prairie ouverte à tous... Quand le propriétaire du Triangle arrive enfin, ses employés ont la surprise de découvrir qu'il s'agit d'une femme (Jeanne Crain). Très rapidement, celle-ci est déterminée à s'attacher la loyauté de Dempsey...

Dans les années 20, Vidor voyait grand et brassait les "grands sujets" avec des moyens impressionnants, en particulier pour The Big Parade. Ce film semble bien loin de ce style ramassé en moins de 90 minutes, tourné largement en décors naturels qui ne ressemblent pas tant qu'on le voudrait au Wyoming, situé nettement plus au Nord que les décors habituels du western, généralement trouvé plus près des studios. C'est un film Universal, avec une star particulièrement importante, donc là encore, on s'attendrait à ce que ce soit une oeuvre de commande.

En fait, il n'en est rien: Vidor, sans doute pour la dernière fois, retrouve un souffle et un lyrisme, et brasse de manière virtuose les grands thèmes westerniens: la marche inéluctable du progrès, de la civilisation, incarnée ici par un personnage très ambigu, celui de la patronne un rien carnassière qui se joue de ses employés et n'hésite pas à jouer de sa séduction. Pourtant, elle ne défie pas le bon droit, elle laisse avec plus ou moins de réticences ses employés le faire pour elle! Elle est opposée à l'éternel romantique Dempsey Rae, qui défend une conception plus libertaire de la prairie et de l'élevage, mais n'hésite pas quand il le faut à faire des choix inattendus pour préserver le bon droit: ainsi, malgré son aversion pour les barbelés, il va s'allier aux petits fermiers... Vidor s'attaque au mythe du cow-boy surhumain, à travers une scène qui montre Kirk Douglas se moquer des acrobaties auxquelles se livrent les maniaques de la gâchette. Le film pose aussi une réflexion sur la place des hommes et des femmes dans l'ouest, évalue le droit et la liberté la force et la loyauté, avec une dose de sensualité (Jeanne Crain et sa baignoire!) qui lui appartient, et qu'on a déjà vue à l'oeuvre dans tant de films... Et tout ça en ayant quand même choisi son camp: du côté du droit, certes. Mais du côté, aussi, du paria et de la prostituée (Claire Trevor, tiens donc!).

Et en plaçant tous ces éléments dans un western classique et rempli de scènes définitives, il signe son dernier chef d'oeuvre, pas moins.

 

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Published by François Massarelli - dans King Vidor Western
16 janvier 2022 7 16 /01 /janvier /2022 09:15

1925: dans le Montana, deux frères, les Burbank, dirigent un ranch. Tout les oppose, Phil (Benedict Cumberbatch) est un rustre qui vit au plus près de la nature, alors que George (Jesse Plemons), le délicat, aspire à une vie sobre et simple. Phil est obsédé par le souvenir de son mentor, un cow-boy disparu 20 années plus tôt. Quand au hasard d'une transhumance des bovins ils font une halte à Bleech, un petit village perdu, ils mangent dans un petit restaurant tenu par Rose (Kirsten Dunst), la veuve d'un médecin, et son fils Peter (Kodi Smith-McPhee). Pendant que Phil amuse la galerie en se moquant cruellement de l'adolescent, George est intéressé par Rose, qu'il revient voir de temps à autre. Quelques semaines plus tard, il annonce à son frère qu'il s'est marié avec elle...

Commence pour Rose un parcours du combattant: la vie au ranch est difficile à cause de Phil qui est odieux avec elle. En l'absence de George, elle commence à boire plus que de raison, et n'a plus qu'une motivation: éviter son beau-frère. De son côté, celui-ci va revenir sur sa première impression et devenir l'ami de Peter: l'adolescent se laisse faire, et tout en continuant ses études de médecine, il accompagne Phil dans ses sorties et reçoit son enseignement de la vie à la dure...

Une veuve, accompagnée d'un enfant, qui épouse un brave homme un peu gauche, avec un homme qui a fui la civilisation pas loin, sans oublier le fait que Rose joue, très mal d'ailleurs, du piano. Oui, on y pense, et c'est inévitable: le film reprend le schéma de The piano, mais ce n'est ni la même intrigue, ni le même sujet... Jane Campion a toujours aimé inventer des personnages qui sont seuls en toutes circonstances, y compris accompagnés, et ses quatre individualités ici sont quatre personnes démunis face aux autres. Phil recourt à l'agression, la provocation et se fait toujours plus rustique qu'il n'est vraiment. Celui qui fut un brillant étudiant avant de rencontrer un cow-boy pour lequel il a éprouvé une véritable passion, choisit de ne pas se laver plus parce qu'il sait que ça choque tout le monde (en plus d'être assez peu ragoûtant) que parce qu'il n'en aurait ni le temps ni l'opportunité: après tout, il a une salle de bains... George, lui, est un homme doux et fragile, un peu simplet aussi. Comme Baines dans The piano, il n'entend rien à la musique, mais il souhaite plus que tout rester dans la société des hommes. Des deux frères, c'est celui qui est moins à l'aise sur un cheval que dans un dîner, avec tenue de soirée... C'est lui qui a gardé un contact avec ses parents, Phil ne leur parlant manifestement plus. Rose était mariée à un médecin, dont on apprendra qu'il s'est suicidé au terme d'une vie d'alcoolique: c'était en 1921, en pleine prohibition et dans le Montana on n'a pas attendu 1919 pour interdire l'alcool: c'était déjà effectif en 1916. Ce qui veut dire que tout l'alcool consommé dans le film est probablement de l'alcool de contrebande, et qu'en 1921 le Dr Gordon a perdu la vie en consommant du poison: le suicide n'était qu'un point final... L'alcool reste l'échappatoire de Rose devant la vie dure que lui mène Phil, et qui n'est finalement qu'un symptôme d'une situation plus large, j'y reviendrai. Elle est, en tout cas, confrontée à l'échec de sa vie, aussi bien quand elle s'avère incapable de défendre son fils face à ses consommateurs dans son restaurant, ou bloque devant un piano alors que naïf de mari a invité se parents et le gouverneur de l'état (Keith Carradine) afin de l'écouter jouer... Enfin, Peter se défend comme il peut, c'est à dire assez mal au début. Etudiant en médecine, il tranche sur les cow-boys par sa gaucherie physique (grand, maigre, peu à l'aise dans son corps), et il est inévitablement la cible des moqueries des employés du ranch dès que Phil le décide; il confectionne des fleurs  en origami, une occupation que Phil se fait un plaisir d'assimiler à de la faiblesse; il ne sait pas tenir à cheval, et il a "un ami" qu'il refuse de laisser venir au ranch, parce qu'il sait que ça ne passerait pas bien avec le beau-frère de sa mère... Mais il veut aussi être chirurgien, et dans une scène étonnante, on découvre qu'il a de la ressource: il tue un lapin de sang-froid pour le disséquer...

Phil a vampirisé le ranch, tout ce qui s'y passe est ce qu'il a voulu, et George semble n'être qu'un pantin pour lui, qui maintient un semblant de vie sociale (le Montana de 1925, ce n'est pas Broadway, on s'en rend compte assez vite). Mais il y a plus: Phil a une vie intérieure, un souvenir qui le hante, celui de Bronco Henry... Le mentor, celui qui a appris aux deux frères tout ce qu'il fallait savoir dans leur métier, celui dont les reliques sont constamment revisitées par Phil et montrées à Peter dans un geste patrimonial: une selle exposée dans une grange, avec une plaque commémorative, est la version officielle d'un mausolée à son souvenir... Mais Peter découvre qu'une cabane hâtivement construite à l'écart du ranch contient d'autres objets, plus secrets: notamment des magazines fin de siècle de "culture physique", soit un beau prétexte pour étaler des corps d'athlètes nus. Peter, qui a surpris Phil se baignant nu dans une rivière (il porte autour du cou une autre relique, une serviette blanche, ou qui le fut, marquée aux initiales de Bronco Henry...) a compris le lien qui unit Phil et son ancien maître... Il a compris aussi assez vite quel lien Phil souhaiterait établir avec lui. C'est en toute connaissance de cause qu'il accepte ses "enseignements". Et Rose l'a sans doute aussi compris, puisqu'elle fait tout pour empêcher Phil de lui "voler" son fils...

Mais ce que le film conte en priorité, c'est, d'une certaine façon, la disparition de la femme. Chez Jane Campion, l'affirmation de la féminité est toujours un combat, qui passe par la sexualité (In the cut, The piano, Sweetie), la vie sociale (Portrait of a lady, Two friendsA girl's own story), le vêtement (The Piano), la famille (Sweetie), l'éducation (An angel at my table), la spiritualité (Holy Smoke), la confrontation enfin à la masculinité, en essayant de trouver un pied d'égalité (Top of the lake, en particulier la première série, mais aussi Bright star, The piano voire In the cut et Holy Smoke). dans le moyen métrage After hours, en 1984, elle montrait aussi les difficultés de la jeune femme a faire valoir ses droits face à une affaire de moeurs... Mais ici, le combat semble perdu d'avance, et pour longtemps: Rose, avant même d'être confrontée à Phil, a connu une vie difficile et on imagine (le film n'est jamais explicite à ce sujet, mais on peut y lire entre les lignes) que la mort du Dr Gordon a été autant une délivrance qu'une malédiction. C'est en tout cas l'impression qu'il ressort d'une discussion entre Phil et Peter sur l'alcoolisme de sa mère... Mais au ranch, les deux femmes à domicile (on reconnaît Genevieve Lemon, Sweetie, qui revenait également dans The piano et Top of the lake) sont des domestiques totalement dévouées à tout ce que leur imposera ou demandera Phil. L'arrivée des parents Burbank donne un moment l'illusion d'une soudaine irruption de la vraie vie, mais l'incapacité de Rose à jouer du piano, et la gêne causée par l'irruption odoriférante de Phil, cassent toute possibilité pour Rose de vraiment s'affirmer, ce dont George, bien sûr, ne verra rien du tout! C'est une fois la menace partie que Rose recevra un signe de sa belle-mère, le don d'un ensemble de bijoux, qui est un geste d'une grande force: un signe d'espoir... Au passage, si les femmes ont des difficultés à s'affirmer, on notera que le père Burbank, un vieux barbu un peu à côté de la plaque, est le type même d'un père faible, dépassé par les événements, qui renvoie un peu au père de Sweetie... les abus sexuels en moins. Kirsten Dunst joue magnifiquement de son physique entre deux âges, et ne lâche rien sur la déchéance physique qui accompagne l'alcoolisme; chez Jane Campion, les femmes vieillissent, on se souvient de Nicole Kidman dans China Girl, ou des hippies sexagénaires dont certaines déambulaient nues dans la Nouvelle-Zélande de l'autre saison de Top of the lake

Cette difficulté à faire exister la femme s'accompagne de la description d'une emprise, même si elle ne sera qu'apparente: bien sûr, Phil est le maître de son ranch, et s'il a décidé de faire de Peter son ami et disciple, on l'imagine aller au bout de l'expérience... Mais notons aussi que l'ensemble du film se résout dans une lente montée vers son dernier quart d'heure, et qu'on y verra que chaque geste qui aura précédé est lisible sur un certain nombre de niveaux. Quand on voit Peter déposer sur la tombe de son père des fleurs en origami, est-ce un hommage naïf, ou une affirmation militante de sa propre différence, comme un défi vis-à-vis de celui qui a bien failli détruire sa mère? Peter a reçu, symboliquement, un héritage: celui d'un passage de son père par une corde, et c'est cet objet même qui va être utilisé par Phil pour attirer vers lui le jeune garçon; Peter, lui aussi, va utiliser cette corde, mais il va aussi se l'approprier à sa façon en en changeant le sens. Le film montre plusieurs aspects de cet héritage intime, à travers les personnages de Phil et Peter exclusivement. Les autres sont exclus de ce type d'échange... Ils sont exclus aussi d'un passage par le mythe: le titre, par son recours à un obscur psaume (qui est cité visuellement quand Peter consulte la Bible) installe déjà l'idée d'une violence et d'une menace qui ressortent du mythe. Phil affirme à ses hommes qu'il a vu, lui, dans la montagne, quelque chose qu'ils ne verront jamais: le seul à le rejoindre sur ce point, c'est Peter, qui ira justement seul dans la montagne pour se livrer à une expérience sur un veau mort, une de ces carcasses victimes de l'anthrax, indiquées par Phil qui ne s'en approche jamais. Un geste qu'on prendra dans un premier temps pour une tentative de faire une expérience afin d'apprendre la médecine. Mais on a tort... Enfin, Phil et Peter sont, excluant de fait les autres humains qui les entourent, deux conceptions opposées de la masculinité. Ils dominent le film, dans une atmosphère d'homo-érotisme assumée et lente, et The power of the dog est l'histoire de l'affirmation décisive d'une personnalité. Un élément qui permet à tout ce qu'on apprendra sur le chemin de ne jamais être gratuit...

Depuis toujours Jane Campion sait magnifiquement intégrer ses personnages dans un décor, et elle est particulièrement servie par les paysages qui sont le théâtre du film: ce n'est pas le Montana, en l'occurrence, mais la Nouvelle-Zélande, où filmer a été bien plus pratique en cette période délicate. Qu'elle ait réussi à aller au bout de son projet est un incroyable exploit, et elle a vraiment bien profité de ses paysages. C'est à couper le souffle: l'ombre de Days of heaven passe parfois dans le champ. La musique de Jonny Greenwood, ses cordes entre deux époques et son piano maladroit s'intègrent très bien dans cette histoire de domination et de vengeance, et on retrouve le sens légendaire du détail de la cinéaste: vêtement, décor, objets, mais aussi tâches de vieillesse, boucles, plaies, saleté ou paires de chaussures: chaque détail compte, comme ce doigt aperçu en très gros plan dans The piano, qui touchait par un minuscule trou dans le bas, la peau de Holly Hunter. Les montagnes grandioses, les initiales d'un mort sur une serviette, l'infiniment grand ou le ridiculement petit, chez Jane Campion chaque image compte. Chaque film compte aussi, et The power of the dog, merveilleux retour au cinéma (enfin, presque) de Jane Campion est l'un des plus beaux de ses 10 meilleurs films...

 

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Published by François Massarelli - dans Jane Campion Western
4 novembre 2021 4 04 /11 /novembre /2021 09:09

Don Miguel Farrel (Forrest Stanley) revient en Californie après avoir participé à la première guerre mondiale... Mais quand il revient, sa famille et son ranch ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes... La propriété est désormais dans les mains d'un banquier agressif de l'est, qui s'apprête à la revendre à un riche Japonais (Warner Oland), et celui-ci a des méthodes malhonnêtes pour arriver à ses fins. Miguel Farrel va donc devoir ruser... Heureusement, le banquier a une fille (Marjorie Daw), qui se range du coté de Miguel, et celui-ci peut aussi compter sur ses fidèles collaborateurs, pour atteindre son but: rassembler 300 000 dollars afin de racheter son ranch avant qu'il ne tombe, horreur, dans les mains de spéculateurs Japonais...

On ne fait pas toujours ce qu'on veut... Prenez un cinéaste en 1922, par exemple: quelles que soient ses aspirations, un contrat c'est un contrat, et celui qui liait Frank Borzage à la Cosmopolitan de William Randolph Hearst ne faisait pas exception à la règle. Donc après une poignée de films effectuée en toute (relative) liberté par le metteur en scène, en accord avec ses aspirations, disons, spirituelles, il lui a fallu obéir à une injonction, et réaliser un film non pas selon son coeur, mais bien conformément aux volontés du patron, qui visait probablement la fonction de gouverneur de Californie... D'où un profond sentiment de malaise devant un film qui montre ouvertement l'hostilité vis-à-vis des Asiatiques (d'ailleurs tous rangés dans le même sac, puisqu'un Chinois se fait traiter de "Jap" sans que personne n'objecte) comme un comportement normal et noble, et démontre, manigances à l'appui, que les "Japs" en veulent aux terres de Californie, et c'est une abomination de les laisser faire... Par ailleurs, les français ne sont pas mieux lotis: un immigré local est présenté comme un lâche, veule, et un mauvais payeur...

Borzage fait donc contre mauvaise fortune son travail, et rend parfois ce film imposé, disons, distrayant, en demandant à Forrest Stanley une énergie impressionnante. Il se souvient aussi du western de ses années 10, et s'inspire de ces montagnes arides et de ses plaines pour mêler poursuites en voiture et cavalcades à dos de quadrupèdes. S'il égratigne les immigrés asiatiques, le film est relativement généreux vis-à-vis des hispaniques, afin probablement de flatter l'électorat local: comme beaucoup de vieilles familles Californiennes, Miguel Farrel est donc d'origine Espagnole et Catholique, ce qui ne l'empêche pas de se comporter en bon capitaliste courageux et malin à la fin du film.

Bref: distrayant, mais franchement mineur dans la filmographie d'un réalisateur qui nous a beaucoup donné d'oeuvres si différentes et meilleures que celle-ci... Quant à Hearst, il a fini par renoncer. Tout ça pour ça!

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1922 Frank Borzage Western
2 novembre 2021 2 02 /11 /novembre /2021 16:48

Le "Calgary stampede" est une occasion Canadienne pour les cavaliers de l'ouest de faire la démonstration de leurs prouesses sous la forme d'un rodéo géant, avec prix à la clé. Le genre de chose que Dan Malloy (Hoot Gibson) ne voudrait rater pour rien au monde... Sauf qu'il est accusé du meurtre du père de sa petite amie. A tort, bien entendu... déjouant les pièges des enquêteurs de la police montée, Dan se cache dans une exploitation et dissimule ses talents en attendant son heure...

C'est un tout petit film, l'un de ceux dont on peut dire que le fait même qu'il ait survécu est son plus grand mérite... Hoot Gibson, déjà un vétéran du western, et un authentique cavalier doué, n'a pas le charisme tranquille et paradoxal qui était celui d'Harry Carey et que John Wayne allait bientôt reprendre, il n'a pas non plus le côté grand gaillard positif de Tom Mix, ou la noirceur inquiète de William Hart, pas plus que la jeunesse débrouillarde et un brin immature de Gary Cooper.

Et pourtant, bizarrement, ça marche! Blaché, un vétéran lui aussi, dont c'est le dernier film, savait tirer parti d'un décor, et se fait plaisir dans la première partie avec un autre type de stampede, une ruée de bisons... Il sait aussi mener un film d'un point à un autre et profite évidemment du petit suspense de la dernière partie: Dan participera-t-il aux réjouissances du Stampede, révélant ainsi son identité, ou continuera-t-il à se cacher?

 

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Published by François Massarelli - dans Western Muet 1925