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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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24 juillet 2022 7 24 /07 /juillet /2022 17:49

Deux hommes venus de nulle part (enfin, presque: l'un vient de Kansas City, l'autre du Texas) arrivent au Wyoming par le train: Dempsey Rae (Kirk Douglas) a une longue expérience de cow-boy, pendant que Jeff (William Campbell) ne demande qu'à en acquérir une... Ils se font embaucher par le mystérieux patron du ranch "Triangle" qui vient de s'installer, et qui promet d'être un géant de l'élevage: on parle de milliers de têtes. Pour se protéger, et préserver les chances pour leur bétail de se nourri dans la prairie, les fermiers du coin commencent à se fournir en barbelés, ce qui déplait fortement à Dempsey Rae, attaché à une prairie ouverte à tous... Quand le propriétaire du Triangle arrive enfin, ses employés ont la surprise de découvrir qu'il s'agit d'une femme (Jeanne Crain). Très rapidement, celle-ci est déterminée à s'attacher la loyauté de Dempsey...

Dans les années 20, Vidor voyait grand et brassait les "grands sujets" avec des moyens impressionnants, en particulier pour The Big Parade. Ce film semble bien loin de ce style ramassé en moins de 90 minutes, tourné largement en décors naturels qui ne ressemblent pas tant qu'on le voudrait au Wyoming, situé nettement plus au Nord que les décors habituels du western, généralement trouvé plus près des studios. C'est un film Universal, avec une star particulièrement importante, donc là encore, on s'attendrait à ce que ce soit une oeuvre de commande.

En fait, il n'en est rien: Vidor, sans doute pour la dernière fois, retrouve un souffle et un lyrisme, et brasse de manière virtuose les grands thèmes westerniens: la marche inéluctable du progrès, de la civilisation, incarnée ici par un personnage très ambigu, celui de la patronne un rien carnassière qui se joue de ses employés et n'hésite pas à jouer de sa séduction. Pourtant, elle ne défie pas le bon droit, elle laisse avec plus ou moins de réticences ses employés le faire pour elle! Elle est opposée à l'éternel romantique Dempsey Rae, qui défend une conception plus libertaire de la prairie et de l'élevage, mais n'hésite pas quand il le faut à faire des choix inattendus pour préserver le bon droit: ainsi, malgré son aversion pour les barbelés, il va s'allier aux petits fermiers... Vidor s'attaque au mythe du cow-boy surhumain, à travers une scène qui montre Kirk Douglas se moquer des acrobaties auxquelles se livrent les maniaques de la gâchette. Le film pose aussi une réflexion sur la place des hommes et des femmes dans l'ouest, évalue le droit et la liberté la force et la loyauté, avec une dose de sensualité (Jeanne Crain et sa baignoire!) qui lui appartient, et qu'on a déjà vue à l'oeuvre dans tant de films... Et tout ça en ayant quand même choisi son camp: du côté du droit, certes. Mais du côté, aussi, du paria et de la prostituée (Claire Trevor, tiens donc!).

Et en plaçant tous ces éléments dans un western classique et rempli de scènes définitives, il signe son dernier chef d'oeuvre, pas moins.

 

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Published by François Massarelli - dans King Vidor Western
16 janvier 2022 7 16 /01 /janvier /2022 09:15

1925: dans le Montana, deux frères, les Burbank, dirigent un ranch. Tout les oppose, Phil (Benedict Cumberbatch) est un rustre qui vit au plus près de la nature, alors que George (Jesse Plemons), le délicat, aspire à une vie sobre et simple. Phil est obsédé par le souvenir de son mentor, un cow-boy disparu 20 années plus tôt. Quand au hasard d'une transhumance des bovins ils font une halte à Bleech, un petit village perdu, ils mangent dans un petit restaurant tenu par Rose (Kirsten Dunst), la veuve d'un médecin, et son fils Peter (Kodi Smith-McPhee). Pendant que Phil amuse la galerie en se moquant cruellement de l'adolescent, George est intéressé par Rose, qu'il revient voir de temps à autre. Quelques semaines plus tard, il annonce à son frère qu'il s'est marié avec elle...

Commence pour Rose un parcours du combattant: la vie au ranch est difficile à cause de Phil qui est odieux avec elle. En l'absence de George, elle commence à boire plus que de raison, et n'a plus qu'une motivation: éviter son beau-frère. De son côté, celui-ci va revenir sur sa première impression et devenir l'ami de Peter: l'adolescent se laisse faire, et tout en continuant ses études de médecine, il accompagne Phil dans ses sorties et reçoit son enseignement de la vie à la dure...

Une veuve, accompagnée d'un enfant, qui épouse un brave homme un peu gauche, avec un homme qui a fui la civilisation pas loin, sans oublier le fait que Rose joue, très mal d'ailleurs, du piano. Oui, on y pense, et c'est inévitable: le film reprend le schéma de The piano, mais ce n'est ni la même intrigue, ni le même sujet... Jane Campion a toujours aimé inventer des personnages qui sont seuls en toutes circonstances, y compris accompagnés, et ses quatre individualités ici sont quatre personnes démunis face aux autres. Phil recourt à l'agression, la provocation et se fait toujours plus rustique qu'il n'est vraiment. Celui qui fut un brillant étudiant avant de rencontrer un cow-boy pour lequel il a éprouvé une véritable passion, choisit de ne pas se laver plus parce qu'il sait que ça choque tout le monde (en plus d'être assez peu ragoûtant) que parce qu'il n'en aurait ni le temps ni l'opportunité: après tout, il a une salle de bains... George, lui, est un homme doux et fragile, un peu simplet aussi. Comme Baines dans The piano, il n'entend rien à la musique, mais il souhaite plus que tout rester dans la société des hommes. Des deux frères, c'est celui qui est moins à l'aise sur un cheval que dans un dîner, avec tenue de soirée... C'est lui qui a gardé un contact avec ses parents, Phil ne leur parlant manifestement plus. Rose était mariée à un médecin, dont on apprendra qu'il s'est suicidé au terme d'une vie d'alcoolique: c'était en 1921, en pleine prohibition et dans le Montana on n'a pas attendu 1919 pour interdire l'alcool: c'était déjà effectif en 1916. Ce qui veut dire que tout l'alcool consommé dans le film est probablement de l'alcool de contrebande, et qu'en 1921 le Dr Gordon a perdu la vie en consommant du poison: le suicide n'était qu'un point final... L'alcool reste l'échappatoire de Rose devant la vie dure que lui mène Phil, et qui n'est finalement qu'un symptôme d'une situation plus large, j'y reviendrai. Elle est, en tout cas, confrontée à l'échec de sa vie, aussi bien quand elle s'avère incapable de défendre son fils face à ses consommateurs dans son restaurant, ou bloque devant un piano alors que naïf de mari a invité se parents et le gouverneur de l'état (Keith Carradine) afin de l'écouter jouer... Enfin, Peter se défend comme il peut, c'est à dire assez mal au début. Etudiant en médecine, il tranche sur les cow-boys par sa gaucherie physique (grand, maigre, peu à l'aise dans son corps, il est inévitablement la cible des moqueries des employés du ranch dès que Phil le décide; il confectionne des fleurs  en origami, une occupation que Phil se fait un plaisir d'assimiler à de la faiblesse; il ne sait pas tenir à cheval, et il a "un ami" qu'il refuse de laisser venir au ranch, parce qu'il sait que ça ne passerait pas bien avec le beau-frère de sa mère... Mais il veut aussi être chirurgien, et dans une scène étonnante, on découvre qu'il a de la ressource: il tue un lapin de sang-froid pour le disséquer...

Phil a vampirisé le ranch, tout ce qui s'y passe est ce qu'il a voulu, et George semble n'être qu'un pantin pour lui, qui maintient un semblant de vie sociale (le Montana de 1925, ce n'est pas Broadway, on s'en rend compte assez vite). Mais il y a plus: Phil a une vie intérieure, un souvenir qui le hante, celui de Bronco Henry... Le mentor, celui qui a appris aux deux frères tout ce qu'il fallait savoir dans leur métier, celui dont les reliques sont constamment revisitées par Phil et montrées à Peter dans un geste patrimonial: une selle exposée dans une grange, avec une plaque commémorative, est la version officielle d'un mausolée à son souvenir... Mais Peter découvre qu'une cabane hâtivement construite à l'écart du ranch contient d'autres objets, plus secrets: notamment des magazines fin de siècle de "culture physique", soit un beau prétexte pour étaler des corps d'athlètes nus. Peter, qui a surpris Phil se baignant nu dans une rivière (il porte autour du cou une autre relique, une serviette blanche, ou qui le fut, marquée aux initiales de Bronco Henry...) a compris le lien qui unit Phil et son ancien maître... Il a compris aussi assez vite quel lien Phil souhaiterait établir avec lui. C'est en toute connaissance de cause qu'il accepte ses "enseignements". Et Rose l'a sans doute aussi compris, puisqu'elle fait tout pour empêcher Phil de lui "voler" son fils...

Mais ce que le film conte en priorité, c'est, d'une certaine façon, la disparition de la femme. Chez Jane Campion, l'affirmation de la féminité est toujours un combat, qui passe par la sexualité (In the cut, The piano, Sweetie), la vie sociale (Portrait of a lady, Two friendsA girl's own story), le vêtement (The Piano), la famille (Sweetie), l'éducation (An angel at my table), la spiritualité (Holly Smoke), la confrontation enfin à la masculinité, en essayant de trouver un pied d'égalité (Top of the lake, en particulier la première série, mais aussi Bright star, The piano voire In the cut et Holly Smoke). dans le moyen métrage After hours, en 1984, elle montrait aussi les difficultés de la jeune femme a faire valoir ses droits face à une affaire de moeurs... Mais ici, le combat semble perdu d'avance, et pour longtemps: Rose, avant même d'être confrontée à Phil, a connu une vie difficile et on imagine (le film n'est jamais explicite à ce sujet, mais on peut y lire entre les lignes) que la mort du Dr Gordon a été autant une délivrance qu'une malédiction. C'est en tout cas l'impression qu'il ressort d'une discussion entre Phil et Peter sur l'alcoolisme de sa mère... Mais au ranch, les deux femmes à domicile (on reconnaît Genevieve Lemon, Sweetie, qui revenait également dans The piano et Top of the lake) sont des domestiques totalement dévouées à tout ce que leur imposera ou demandera Phil. L'arrivée des parents Burbank donne un moment l'illusion d'une soudaine irruption de la vraie vie, mais l'incapacité de Rose à jouer du piano, et la gêne causée par l'irruption odoriférante de Phil, cassent toute possibilité pour Rose de vraiment s'affirmer, ce dont George, bien sûr, ne verra rien du tout! C'est une fois la menace partie que Rise recevra un signe de sa belle-mère, le don d'un ensemble de bijoux, qui est un geste d'une grande force: un signe d'espoir... Au passage, si les femmes ont des difficultés à s'affirmer, on notera que le père Burbank, un vieux barbu un peu à côté de la plaque, est le type même d'un père faible, dépassé par les événements, qui renvoie un peu au père de Sweetie... les abus sexuels en moins. Kirsten Dunst joue magnifiquement de son physique entre deux âges, et ne lâche rien sur la déchéance physique qui accompagne l'alcoolisme; chez Jane Campion, les femmes vieillissent, on se souvient de Nicole Kidman dans China Girl, ou des hippies sexagénaires dont certaines déambulaient nues dans la Nouvelle-Zélande de l'autre saison de Top of the lake

Cette difficulté à faire exister la femme s'accompagne de la description d'une emprise, même si elle ne sera qu'apparente: bien sûr, Phil est le maître de son ranch, et s'il a décidé de faire de Peter son ami et disciple, on l'imagine aller au bout de l'expérience... Mais notons aussi que l'ensemble du film se résout dans une lente montée vers son dernier quart d'heure, et qu'on y verra que chaque geste qui aura précédé est lisible sur un certain nombre de niveaux. Quand on voit Peter déposer sur la tombe de son père des fleurs en origami, est-ce un hommage naïf, ou une affirmation militante de sa propre différence, comme un défi vis-à-vis de celui qui a bien failli détruire sa mère? Peter a reçu, symboliquement, un héritage: celui d'un passage de son père par une corde, et c'est cet objet même qui va être utilisé par Phil pour attirer vers lui le jeune garçon; Peter, lui aussi, va utiliser cette corde, mais il va aussi se l'approprier à sa façon en en changeant le sens. Le film montre plusieurs aspects de cet héritage intime, à travers les personnages de Phil et Peter exclusivement. Les autres sont exclus de ce type d'échange... Ils sont exclus aussi d'un passage par le mythe: le titre, par son recours à un obscur psaume (qui est cité visuellement quand Peter consulte la Bible) installe déjà l'idée d'une violence et d'une menace qui ressortent du mythe. Phil affirme à ses hommes qu'il a vu, lui, dans la montagne, quelque chose qu'ils ne verront jamais: le seul à le rejoindre sur ce point, c'est Peter, qui ira justement seul dans la montagne pour se livrer à une expérience sur un veau mort, une de ces carcasses victimes de l'anthrax, indiquées par Phil qui ne s'en approche jamais. Un geste qu'on prendra dans un premier temps pour une tentative de faire une expérience afin d'apprendre la médecine. Mais on a tort... Enfin, Phil et Peter sont, excluant de fait les autres humains qui les entourent, deux conceptions opposées de la masculinité. Ils dominent le film, dans une atmosphère d'homo-érotisme assumée et lente, et The power of the dog est l'histoire de l'affirmation décisive d'ne personnalité. Un élément qui permet à tout ce qu'on apprendra sur le chemin de ne jamais être gratuit...

Depuis toujours Jane Campion sait magnifiquement intégrer ses personnages dans un décor, et elle est particulièrement servie par les paysages qui sont le théâtre du film: ce n'est pas le Montana, en l'occurrence, mais la Nouvelle-Zélande, où filmer a été bien plus pratique en cette période délicate. Qu'elle ait réussi à aller au bout de son projet est un incroyable exploit, et elle a vraiment bien profité de ses paysages. C'est à couper le souffle: l'ombre de Days of heaven passe parfois dans le champ. La musique de Jonny Greenwood, ses cordes entre deux époques et son piano maladroit s'intègrent très bien dans cette histoire de domination et de vengeance, et on retrouve le sens légendaire du détail de la cinéaste: vêtement, décor, objets, mais aussi tâches de vieillesse, boucles, plaies, saleté ou paires de chaussures: chaque détail compte, comme ce doigt aperçu en très gros plan dans The piano, qui touchait par un minuscule trou dans le bas, la peau de Holly Hunter. Les montagnes grandioses, les initiales d'un mort sur une serviette, l'infiniment grand ou le ridiculement petit, chez Jane Campion chaque image compte. Chaque film compte aussi, et The power of the dog, merveilleux retour au cinéma (enfin, presque) de Jane Campion est l'un des plus beaux de ses 10 meilleurs films...

 

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Published by François Massarelli - dans Jane Campion Western
4 novembre 2021 4 04 /11 /novembre /2021 09:09

Don Miguel Farrel (Forrest Stanley) revient en Californie après avoir participé à la première guerre mondiale... Mais quand il revient, sa famille et son ranch ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes... La propriété est désormais dans les mains d'un banquier agressif de l'est, qui s'apprête à la revendre à un riche Japonais (Warner Oland), et celui-ci a des méthodes malhonnêtes pour arriver à ses fins. Miguel Farrel va donc devoir ruser... Heureusement, le banquier a une fille (Marjorie Daw), qui se range du coté de Miguel, et celui-ci peut aussi compter sur ses fidèles collaborateurs, pour atteindre son but: rassembler 300 000 dollars afin de racheter son ranch avant qu'il ne tombe, horreur, dans les mains de spéculateurs Japonais...

On ne fait pas toujours ce qu'on veut... Prenez un cinéaste en 1922, par exemple: quelles que soient ses aspirations, un contrat c'est un contrat, et celui qui liait Frank Borzage à la Cosmopolitan de William Randolph Hearst ne faisait pas exception à la règle. Donc après une poignée de films effectuée en toute (relative) liberté par le metteur en scène, en accord avec ses aspirations, disons, spirituelles, il lui a fallu obéir à une injonction, et réaliser un film non pas selon son coeur, mais bien conformément aux volontés du patron, qui visait probablement la fonction de gouverneur de Californie... D'où un profond sentiment de malaise devant un film qui montre ouvertement l'hostilité vis-à-vis des Asiatiques (d'ailleurs tous rangés dans le même sac, puisqu'un Chinois se fait traiter de "Jap" sans que personne n'objecte) comme un comportement normal et noble, et démontre, manigances à l'appui, que les "Japs" en veulent aux terres de Californie, et c'est une abomination de les laisser faire... Par ailleurs, les français ne sont pas mieux lotis: un immigré local est présenté comme un lâche, veule, et un mauvais payeur...

Borzage fait donc contre mauvaise fortune son travail, et rend parfois ce film imposé, disons, distrayant, en demandant à Forrest Stanley une énergie impressionnante. Il se souvient aussi du western de ses années 10, et s'inspire de ces montagnes arides et de ses plaines pour mêler poursuites en voiture et cavalcades à dos de quadrupèdes. S'il égratigne les immigrés asiatiques, le film est relativement généreux vis-à-vis des hispaniques, afin probablement de flatter l'électorat local: comme beaucoup de vieilles familles Californiennes, Miguel Farrel est donc d'origine Espagnole et Catholique, ce qui ne l'empêche pas de se comporter en bon capitaliste courageux et malin à la fin du film.

Bref: distrayant, mais franchement mineur dans la filmographie d'un réalisateur qui nous a beaucoup donné d'oeuvres si différentes et meilleures que celle-ci... Quant à Hearst, il a fini par renoncer. Tout ça pour ça!

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1922 Frank Borzage Western
2 novembre 2021 2 02 /11 /novembre /2021 16:48

Le "Calgary stampede" est une occasion Canadienne pour les cavaliers de l'ouest de faire la démonstration de leurs prouesses sous la forme d'un rodéo géant, avec prix à la clé. Le genre de chose que Dan Malloy (Hoot Gibson) ne voudrait rater pour rien au monde... Sauf qu'il est accusé du meurtre du père de sa petite amie. A tort, bien entendu... déjouant les pièges des enquêteurs de la police montée, Dan se cache dans une exploitation et dissimule ses talents en attendant son heure...

C'est un tout petit film, l'un de ceux dont on peut dire que le fait même qu'il ait survécu est son plus grand mérite... Hoot Gibson, déjà un vétéran du western, et un authentique cavalier doué, n'a pas le charisme tranquille et paradoxal qui était celui d'Harry Carey et que John Wayne allait bientôt reprendre, il n'a pas non plus le côté grand gaillard positif de Tom Mix, ou la noirceur inquiète de William Hart, pas plus que la jeunesse débrouillarde et un brin immature de Gary Cooper.

Et pourtant, bizarrement, ça marche! Blaché, un vétéran lui aussi, dont c'est le dernier film, savait tirer parti d'un décor, et se fait plaisir dans la première partie avec un autre type de stampede, une ruée de bisons... Il sait aussi mener un film d'un point à un autre et profite évidemment du petit suspense de la dernière partie: Dan participera-t-il aux réjouissances du Stampede, révélant ainsi son identité, ou continuera-t-il à se cacher?

 

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Published by François Massarelli - dans Western Muet 1925
26 octobre 2021 2 26 /10 /octobre /2021 17:14

Trois bandits attaquent une banque au Mexique; l'un d'entre eux est abattu en pleine ville, les deux autres s'enfuient avec l'or... Mais ils n'ont plus qu'un cheval, et tirent au sort pour savoir lequel va partir et en chercher un autre, au risque d'être tenté de ne pas revenir et de garder le butin pour lui. Rio (Marlon Brando) perd et doit donc attendre, pendant que Dad (Karl Malden) part chercher un cheval, et... disparaît sans demander son reste. Rio va donc croupir cinq années dans un bagne à Sonora. En s'évadant il n'a plus qu'un seul but: se venger de son ancien partenaire... Il retrouve sa trace: il est devenu shérif à Monterey (Californie). Rio et son copain Modesto, évadé avec lui, se joignent à deux bandits qui souhaitent justement s'occuper de la banque de Monterey...

C'est une histoire de vengeance, mais rien ici n'est classique: ce qui se met en travers du parcours de Rio, qu'au passage tout le monde appelle "Kid" (sauf Modesto qui l'appelle Chico, ce qui revient au même), ce sont les sentiments et les passions: retrouvant Dad Longworth qui lui sort un bobard pour justifier de l'avoir abandonné, Rio joue la comédie de l'amitié, mais son copain semble sincère... Décidant pour commencer à accomplir sa vengeance de coucher avec la fille de Dad, Rio se surprend à regretter d'avoir manqué de respect à celle dont il tombe amoureux. Et inattendu pour un western de 1961, non seulement il va devenir père, mais en plus la belle Hispano-Indienne va survivre à toutes ces péripéties!

Le roman dont le film est adapté est librement inspiré de la vie de Billy The Kid, et c'est vrai qu'on retrouve beaucoup de l'impulsivité juvénile dans le personnage de Rio; c'est aussi un personnage qui n'a rien d'un psychopathe (contrairement à beaucoup de bandits du film, à commencer par l'inquiétant Bob Amory, interprété par Ben Johnson, et qui sous un air amical cache la mentalité d'un tueur sadique), et on sait que l'image de "Billy" était très positive à Hollywood, comme celle de Jesse James... Pourquoi, on se le demande, mais ce n'est pas le sujet ici!

Bref, c'est un western qui ne ressemble à aucun autre, et qui s'installe de façon indolente dans un entre-deux qui fait penser à ces rites pré-explosion dans les films de Leone, ou à ces moments de calme qui précèdent les batailles dans les films de Hawks! Mais Rio, sa vengeance toujours au coin de la mémoire, est en danger de se faire attraper par la belle vie au bord des belles plages de Monterey, où le lyrisme des vagues semblent lui brouiller la vue...

Ca aurait pu être une réalisation de Stanley Kubrick, sur un script de Sam Peckinpah, ce qui laisse rêveur, ou un peu inquiet... Mais l'un et l'autre ont été virés, et Brando a donc assumé la réalisation, et... Ô surprise, l'homme était doué: un véritable sens de la composition, qui lui fait faire des merveilles avec le format large mais pas trop du VistaVision, et un sens du timing et du décor qui font constamment merveille. Il a dirigé ses acteurs en costume, et a bien sûr privilégié une improvisation de tous les instants, ce qui a eu pour effet de faire exploser le budget: les scènes étaient tournées et retournées, sous tous les angles possibles, jusqu'à ce que le bon mélange soit trouvé. Le résultat, en tout cas, vaut le détour, maintenant qu'une vraie version restaurée de ce qui fut longtemps un cauchemar pour cinéphiles à cause d'un statut "domaine public" et d'ne exploitation sans vergogne de matériaux de seconde zone. 

 

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Published by François Massarelli - dans Western
22 octobre 2021 5 22 /10 /octobre /2021 16:34

1862: alors que la guerre, et avec elle la menace des raids confédérés, se rapproche, une famille s'interroge: les Birdwell sont quakers, et donc foncièrement opposés à toute violence, et encore plus à tout participation politique à un conflit: comme le rappelle souvent la mère de famille (Dorothy McGuire): "Thou shalt not kill"... Mais Mattie (Phillys Love), la fille de la famille est amoureuse de Gard, le fils d'un voisin qui lui s'est engagé dans les troupes de l'union; le fils Birdwell, Josh (Anthony Perkins), admet que ça le démange. De son côté, Jess Birdwell, le père (Gary Cooper), est plus occupé à tricher un peu avec les préceptes de son épouse (il est obsédé par l'idée de battre son meilleur ami à la course avec son cheval, une quête narcissique et frivole incompatible avec la moralité quaker) qu'à se prononcer sur la guerre...

Le film commence comme une chronique douce, tendre et parfois gentiment drôle sur la vie à l'écart (pas totalement, ils y a toute une communauté de quakers), d'une famille à part: totalement Américaine dans sa façon de prendre la vie, mais à l'écart des auto-satisfactions propres à l'âme Américaine, et de la glorification de la possession... Ils vont pourtant, chacun à sa façon, être amenés à se battre pour ce qui est à eux, et pour des valeurs qui englobent justement, et c'est paradoxal, la paix... Du reste, objectivement, le combat du Sud ne peut les intéresser puisqu'ils sont résolument anti-esclavagistes...

Le film est construit sur une lente montée de la menace de la guerre, qui pourrait bien être prise pour de la comédie pure pendant toute la première partie. Le temps pour nous de découvrir et d'apprécier les personnages. Wyler semble laisser la famille installer son propre rythme, indolent et timide, mais ne cesse de placer Dorothy McGuire, véritable cheffe de clan, dans le champ; les crises, les renoncements, les choix drastiques de cette famille, tout sera en fait vécu selon son point de vue, que ce soit la venue d'une troupe de Sudistes en vadrouille qui menacent de s'en prendre à son oie apprivoisée, ou la découverte que son mari a échangé son cheval contre une jument qui a probablement participé à la guerre d'indépendance, mais qui est de fait très rapide!

Le film, sans crier gare, rejoint avec sa gentille famille quaker, les quasi-obsédés divers et variés de l'oeuvre du cinéaste, ainsi que ses personnages en conflit intérieur (Dodsworth, par exemple), mais aussi la famille prise en otage par Humphrey Bogart dans Desperate Hours...

 

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Published by François Massarelli - dans William Wyler Western
7 octobre 2021 4 07 /10 /octobre /2021 15:31

Un homme vient de mourir dans la petite ville de Shinbone: Tom Doniphon, un vieil homme que peu semblent pleurer... Pourtant, Ransom Stoddard, l'un des sénateurs de l'état, un homme illustre, a fait le déplacement avec son épouse, et celle-ci, devant le cercueil qu'elle veille seule avec deux très vieux amis, va attendre patiemment que son mari ait fini de raconter à trois hommes de la presse l'histoire du défunt, une histoire intimement liée à la sienne... Des années auparavant, Stoddard (James Stewart) était un relativement jeune homme quand il est venu s'installer dans l'Ouest. Et il avait des idéaux: jeune avocat, il rêvait de participer à l'établissement de la civilisation dans les coins les plus reculés des vastes territoires américains. Mais son premier contact avec l'Ouest serait aussi sa première rencontre avec un hors-la-loi, Liberty Valance (Lee Marvin); celui-ci partageait avec Tom Doniphon (John Wayne) une maîtrise d'un outil dont Ransom Stoddard ignorait tout: l'arme à feu... 

Les trois hommes vont s'opposer mutuellement, d'une façon complémentaire: Doniphon et Stoddard ont la même vision d'un Ouest pacifique, dans lequel les gens peuvent mener leur petite vie en toute tranquillité: pas Valance, qui croit ouvertement à la loi du plus fort, à plus forte raison quand c'est lui. Mais Doniphon et Valance partagent aussi une valeur, celle de la violence, le moye de pression sur les honnêtes gens pour l'un, et le moyen de se débarrasser du crime pour l'autre.... pas Stoddard, persuadé qu'il est de pouvoir civiliser Shinbone, et par là même l'Ouest tout entier, par le droit, la politique et la démocratie... Ce qui fait finalement bien rire les deux autres.

L'ouest vu sous l'angle du conflit entre loi et violence: c'est un intéressant terrain de jeu pour Ford, mais ce n'est pas la première fois: dès The Iron Horse, en 1924, il se posait déjà en conteur de l'arrivée de la civilisation dans l'Ouest, incarnée par le train, bien sûr. Three bad men (1926) était aussi à sa façon une épopée, qui racontait les "land rushes", ces mises à disposition du public de territoires à conquérir, comme en Oklahoma ou au Wyoming, avec à la clé une promesse de réfléchir à la création d'un état. En 1946 enfin, My darling Clementine baignait sa légende de l'Ouest (le fameux marshal Wyatt Earp et le non moins célèbre règlement de comptes à OK Corral) dans un arrière-plan à la fois lyrique et discret, montrant dans la ville de Tombstone l'arrivée permanente de nouveaux citoyens potentiels... Mais pour les deux derniers films cités, nous pouvions voir qu'il y avait pour certains une peur de cette arrivée de la civilisation: les trois gangsters du titre du film de 1926, ou encore l'aventurier Doc Holliday qui semblait posséder la ville de Tombstone à l'écart de toute interférence de la loi, ces personnages empreints de légende même si Holliday était un personnage tout à fait historique, nous préparaient à un regard à la fois tendre et nostalgique sur toute une époque.

The man who shot Liberty Valance est la somme de ces éléments, car le sujet sans ambiguité est précisément l'arrivée de la civilisation dans l'Ouest, incarnée par Ransom Stoddard, le futur gouverneur, sénateur et même peut-être, il se murmure, vice-président: un homme arrivé sans armes mais avec des livres de droit. Un homme qui va tout faire pour contribuer à la fois à l'élévation de sa communauté (et le début, avant que le film ne plonge vers un flash-back, nous montre qu'il y a réussi puisque dans cette ville aux murs refaits à neuf, tout le passé semble avoir été oublié!) et à l'élaboration d'un état en bonne et due forme pour rejoindre la fédération des Etats-Unis. 

Il s'oppose donc légitimement aussi bien à son ami Doniphon qu'à Liberty Valance... Sauf que, nous montre Ford, seul et sans passer par les méthodes de Doniphon, Stoddard aura bien du mal à faire triompher le bon droit. John Ford nous montre donc de quelle façon l'histoire va avancer, et le fait intelligemment, d'une part en prenant un point d'appui au XXe siècle (le film doit commencer aux alentours de 1905, j'imagine) soit dans sa propre jeunesse; ensuite, il utilise des ressources cinématographiques dont bien sûr il possède le secret: l'une d'entre elles est de réaliser son film, une production ambitieuse pour la Paramount, en noir et blanc, ce qui est inattendu: d'une part tous les westerns de Ford depuis 1955 sont en couleurs, ensuite en 1962, le noir et blanc est un style totalement passé. Mais justement: ce retour au style de sa jeunesse permet au cinéaste de brouiller les pistes, en se livrant à quelques scènes nocturnes du plus bel effet... Et pour finir, il assène une magistrale leçon de perspective et de point de vue, tout droit sortie de Rashomon, pour nous expliquer qui a vraiment tué Liberty Valance.

Car comme le titre l'indique, ce film sur l'arrivée de la civilisation, de la loi et de l'ordre dans les coins reculés des Etats-Unis, pour le plus grand bonheur de ses citoyens, qu'ils soient anglo-saxons (Hallie, future Mrs Stoddard, jouée par Vera Miles), Scandinaves (John Qualen dans son sempiternel rôle de Suédois à fort accent), Afro-Américains (Woody Strode, le "boy" de John Wayne, un rôle d'ailleurs un peu ambigu) ou même Hispaniques (les enfants du marshal, Andy Devine), est titré d'après un acte de violence: si la civilisation est arrivée, c'est parce que quelqu'un a eu le courage de tuer un sale type. Bref, voilà qui contredit sérieusement les beaux discours de Ransom Stoddard, non? C'est toute la saveur de cette contradiction, cet aveu d'échec cinglant qui est au coeur de toute l'histoire d'un pays, qui fait l'importance de ce film tardif de John Ford, parfois étonnamment maladroit: comme d'habitude, le metteur en scène a systématiquement privilégié le tournage en une prise, a laissé la saoûlographie de certains acteurs - John Carradine, Edmond O'Brien - prendre le pouvoir (et y a certainement participé allègrement), et Ford a aussi confié les rôle principaux à des acteurs qui font sérieusement leur âge: difficile de croire que John Wayne ait 35 ans ici, et difficile aussi d'imaginer que Ransom Stoddard soit "un jeune avocat" plein d'avenir quand on voit à quel point James Stewart trahit ses 54 ans!

Mais voilà, non seulement on se fait à ces défauts, car ils sont partie intégrante du style de Ford, mais aussi il faut voir ce beau film classique, le dernier chef d'oeuvre du metteur en scène vétéran, un film-somme dans lequel il réussit magistralement des scènes-clé comme la mort de Valance, justement, ou la façon dont ce dernier inculque un leçon cuisante à coup de fouet à James Stewart (ce qui va avoir des répercussions bien entendu sur les prétentions civilisatrices): Lee Marvin, en bandit, y est magistral de bout en bout, c'est un méchant réussi, sans restrictions... Le metteur en scène se glisse sans problème dans ce qu'on a appelé le western révisionniste (qui revenait donc sur les habitudes prises dans le western, de truquer la vérité, d'accabler les indiens, d'opposer le bien et le mal, etc), d'autant qu'il n'a pas attendu les années 60 pour interroger le genre et ses sales manies... Quand au constat, célèbre, sur la légende qui dans l'ouest devient la vérité acceptée par tous, il place fermement John Ford, conteur extraordinaire de l'Amérique du XXe siècle, aux côtés de celui qu'il s'était amusé à citer dans My Darling Clementine: William Shakespeare.

 

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Published by François Massarelli - dans John Ford Western
3 septembre 2021 5 03 /09 /septembre /2021 17:27

Cheyenne Harry, le hors-la-loi, sacrifie tout, y compris ses copains bandits, à la survie d'un enfant nouveau-né qu'ils ont trouvé dans le désert... 

On reconnaît ici l'intrigue de The three Godfathers, les deux versions: celle de Richard Boleslavski en 1936 et celle de John Ford en 1948, qui rendait ouvertement hommage à Harry Carey récemment décédé... Il ne s'agit pourtant pas de la première version!

C'est la deuxième fois que l'histoire était filmée, et la première fois sous la direction d'Edward LeSaint, c'était déjà avec Carey. Officiellement, le film est perdu, mais on peut trouver sur la chaîne Youtube du Eye institute d'Amsterdam, un fragment intrigant de 2:55 qui ne peut être qu'issu de ce film. L'actrice qui y joue est bien Winnifred Westover, qui ne jouait pas dans la première version, et en moins de trois minutes, le fragment regorge de touches typiquement Fordiennes. C'est situé selon toute vraisemblance vers la fin du film... Ces moins de trois minutes sont-elles tout ce qui a été conservé du film? 

 

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Published by François Massarelli - dans Western John Ford Muet 1919
4 juillet 2021 7 04 /07 /juillet /2021 08:49

A la fois un western, et un film noir... C'est une production indépendante de Milton Sperling pour la Warner, réalisée avec une tripotée de gens sous contrat au studio: Max Steiner, James Wong Howe, et bien sûr Raoul Walsh, qui a cette fois encore usé de toute sa surprenante science du genre (car il n'e a pas réalisé tant que ça!) et poussé le genre vers de nouveaux développements, inattendus et inoubliables...

Un enfant, Jeb Rand, est recueilli dans des circonstances dramatiques par une mère (Judith Anderson) de deux autres enfants, un garçon et une fille. Elle l'élève et si ce n'est une rivalité parfois inquiétante entre les deux garçons, la petite famille va vivre tranquille, à l'écart. Mais on en veut à Jeb, d'ailleurs il va subir une tentative d'assassinat encore adolescent. Pourquoi? Quel est le secret du jeune garçon, enfoui depuis l'enfance, et qui se cache derrière ce souvenir obsessionnel d'une paire d'éperons? Devenu adulte, toujours en conflit larvé avec son frère adoptif Adam, Jeb (Robert Mitchum) va être tenté par l'indépendance, mais il aimerait aussi se marier avec Thor (Teresa Wright), la petite soeur...

Largement plus nocturne que diurne, ce film situé au Nouveau-Mexique évite constamment de se limiter à une narration strictement linéaire, et on y suivra les flash-backs de diverses longueur, que le script de Niven Busch a parfaitement su limiter à l'essentiel et qui s'inscrivent admirablement dans l'ensemble; la photo crépusculaire est magistrale, et la tension installée par la menace permanente qui pèse sur Jeb, ainsi que par les questions fortes (qui est-il? pourquoi veut-on le tuer? qui est sa mère adoptive et quelle est sa part dans son malheur?), nous cloue littéralement au film... Et la division virtuelle d'un homme en deux entités conflictuelles, Jeb et Adam, est passionnante: l'un sera fermier et l'autre un héros. La rancoeur est inévitable...

A l'heure où la psychanalyse s'invitait dans le cinéma mais plutôt sous la bannière du film noir, on n'attendait pas qu'un western réussisse aussi magistralement l'exercice, mais c'est un fait: ici, le traumatisme a le bon goût de ne pas prendre toute la place, tout en ménageant une part non négligeable de travail pour le spectateur qui pourra prolonger les révélations s'il le souhaite car si le film pose des questions, elles amènent certes des réponses... Mais elles amèneront évidemment aussi beaucoup d'autres questions. Et le happy-end très rapide du film ne limitera en rien les spéculations...

Bref: un chef d'oeuvre de Raoul Walsh, certes moins enlevé que ses films de guerre de la même époque, et avec un héros bien différent de ses personnages incarnés par son ami Erroll Flynn, mais quelle réussite! Au fait, au générique, c'est Teresa Wright qui a la première place... Une situation qui n'allait pas tarder à changer pour Robert Mitchum. 

 

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Published by François Massarelli - dans Western Raoul Walsh
6 juin 2021 7 06 /06 /juin /2021 17:51

1836: vers la fin de la révolution Texane pour sortir le territoire de l'influence du Mexique et installer une République, un assaut des armées mexicaines sur la mission Alamo, tenue par une poignée de soldats Texans, va se solder par la mort de ces derniers... Et le renouveau d'un fort sentiment de revanche nationaliste du futur 48e état des Etats-Unis, après le traitement qu'auront subi les défenseurs. 

Justement, combien? On ne sait pas exactement tant la bataille de Fort Alamo est passée dans la légende. Entre 180 et 280 soldats, mercenaires, volontaires et d'autres seraient morts au fort, et bien que parmi les décès il y avait un certain nombre de figures majeures de l'histoire Américaine (dont bien sûr l'éternel héros Davy Crockett, symbole de la Frontière avant que le Far West ne vienne compliquer les choses), il est aujourd'hui bien difficile de démêler les faits de la légende en ce qui concerne cette bataille, érigée de nos jours en cause nationaliste et patriotique célèbre: au Texas, comme aux Etats-Unis.

Que John Wayne ait voulu en faire un film, et ce dès 1945, était évidemment compréhensible dans ce contexte: l'acteur-producteur ne faisait justement pas mystère de ses idées patriotiques et multipliait les productions guerrières dans lesquelles il expiait, en officier de plus en plus gradé, sa non-participation au deuxième conflit mondial... Mais Alamo s'est vite transformé en obsession personnelle, au point d'en faire une affaire de famille: au fil des années il s'est décidé à en être le metteur en scène, et il a travaillé sur le script avec James Edward Grant, un de ses scénaristes préférés; par dessus le marché, le jeune fils Patrick est arrivé sur le projet pour effectuer des recherches historiques...

Mais relisez plus haut: "le mot "historique" sera difficile à maintenir, tant la légende a pris le pas sur la vérité. Ecoutons donc le vieux John Ford, dans ces conditions, et admettons que puisqu'on ne sait plus très bien, autant "imprimer la légende": s'il y a bien un point sur lequel les historiens aujourd'hui s'accordent, c'est sur le fait que le film de Wayne est tout sauf historique!

Incidemment, Alamo participe à la mode de ce que j'appelle le filmouth, des oeuvres démesurées qui entendent faire concurrence à la télévision par leur abondance de grands et gros moyens... Et ça ne va pas très bien se passer puisque comme Cleopatra trois ans plus tard, le film de Wayne va subir des coupes et des recoupes, sortant en version exclusive (202 minutes) d'abord puis en version rabotée pour l'exploitation principale (167 minutes): c'est cette dernière version qui est aujourd'hui considérée comme officielle, alors que les fans lui préfèrent l'autre... J'y reviendrai.

Nous suivons donc les deux semaines qui précèdent la fin de la bataille, avec l'état des lieux du général Sam Houston (Richard Boone) qui confie le sort du fort à deux troues disparates: l'armée régulière du colonel Travis (Laurence Harvey), et les volontaires civils du colonel Bowie (Richard Widmark); la raison d'être du futur siège est plus ou moins noyée dans le flou qui entoure le conflit, savamment entretenu par les dialogues abstraits et fatalistes de Grant. Les deux colonels seront bien vite rejoints par un autre, le trappeur du Kentucky, ancien député, venu avec ses troupes et ses bonnets de raton laveur, Davy Crockett (John Wayne): le grand acteur voulait interpréter le rôle de Houston, mais a du accepter d'incarner un personnage de premier plan pour satisfaire les commanditaires de la United Artists, qui se voyaient mal promouvoir un film de John Wayne dans lequel celui-ci ne serait apparu que sur un dixième du spectacle! Le rôle lui convient parfaitement, d'autant que Crockett n'était plus tout jeune au moment des faits, et le metteur en scène a été très scrupuleux: son personnage ne sera pas le dernier à passer de vie à trépas.

Oui, c'est comme le Titanic: Alamo, tout le monde meurt, on le sait très bien, il n'y avait pas moyen d'y échapper! C'est même un de ces "échecs sublimes" qui poussent les Américains à s'exalter, ce qui est sans doute la raison pour laquelle ces grands enfants ont si longtemps été si attirés par la cause indéfendable du Sud dans un autre conflit qui s'st soldé par un ratage grandiose: la guerre Civile du Sud contre le Nord, dite Guerre de sécession par chez nous. D'ailleurs Bowie, dans le film est discrètement mais sûrement propriétaire d'un esclave, un vieux majordome qui lui est dévoué corps et âme. Ce n'est bien sur jamais dit, pas plus que n'est expliquée la présence sur le fort d'un petit garçon noir, qui colle aux basques de la fille du sous officier interprété par Ken Curtis. Je ne pense pas qu'il s'agisse ici de message subliminaux envoyés à la droite de la droite, mais plutôt d'une certaine forme d'image d'Epinal Hollywoodienne, qui avait la peau dure: les esclaves heureux et bien traités, qui déclenchent immédiatement des larmes dans les yeux de ceux qui observent leur dévouement.

Cet échec sublime est l'occasion pour Wayne, très bien secondé par Grant, de décocher quelques flèches à l'égard des dangereux ennemis de l'Amérique éternelle: comme il le fera de plus en plus, l'acteur se lance dans une diatribe enflammée sur la République, pour justifier l'intervention de Crockett (qui, à propos, était démocrate!) à Alamo. Le patriotisme "larmes aux yeux" est un des fils rouges du film, et c'est à ce niveau qu'on voit bien que la version intégrale, celle de l'édition "roadshow", est nettement plus équilibrée que la version plus communément disponible. Dans cette version courte du filmouth (oui, à 167 minutes, c'est une version courte), les passages qui ont été supprimés y ajoutent une grande part (parfois redondante, mais passons) d'humanité simple, de chaleur humaine, et ça a tendance à tempérer les délires patriotiques, tous plus ou moins maintenus dans la version courte: notamment le dialogue entre Ken Curtis, Joan O'Brien (qui joue son épouse) et Laurence Harvey: les Mexicains autorisent le départ des épouses et des enfants, mais l'épouse du capitaine Dickinson décide de rester, parce que c'est son devoir d'épouse de soldat'. C'est tourné assez frontalement, et n hésite entre la gêne et l'admiration... Mais cette dernière n'est rendue possible que dans la version longue, tant la version courte réduit les scènes de vie au fort à la portion congrue, les personnages finissant par devenir un peu plus des vignettes.

Dire que le film est une réussite serait une exagération, mais ce n'est pas le désastre qu'on a parfois un peu facilement voulu décrire... Il y a ici un tour de force, celui de maintenir l'intérêt sur trois heures alors qu'on connaît tous la fin! Et la chaleur décrite plus haut, la façon dont les discussions parfois enflammées débouchent sur une sorte d'oecuménisme politique, la clarté des scènes, toutes sont bien évidemment traitées de façon frontale et linéaire par Wayne: son inspiration thématique vient de Ford, mais son admiration de la ligne claire d'un Howard Hawks est évidente dans le film. Et il ne perd pas de vue le grand spectacle non plus, la façon dont la bataille finale est amenée est très impressionnante. Dans les scènes domestiques, ou de comédie, qui précèdent les batailles finales, Wayne n'est pas aussi brouillon que Ford à la même époque, il se retient, et garde une vraie rigueur... Il y a des longueurs, mais il n'y a pas de gaucherie ici, juste une certaine efficacité, accompagnée d'une vision qui se situe, aussi souvent que possible, en hauteur: car dans le fort qu'il a fait construire, le metteur en scène / producteur / acteur s'est plu à placer sa caméra au pus haut pour tirer des vues d'ensemble d'un fort attaqué par mille mexicains vert, rouge, et bleus, et défendu par de patriotes en loques. De voir au milieu de cette armée de figurants lointains la toque en raton laveur du grand Davy Wayne reste impressionnant, à notre époque de facilitation de tout et de n'importe quoi par le numérique. Bref: c'est du spectacle, et du grand. Un moyen de passer trois bonnes heures (ou moins si on le veut) en compagnie d'un échec grandiose, qui participe à sa façon de l'esprit Américain.

Pour finir, tordons le cou à une légende: non, John Ford n'a pas tourné le film: il a bien tenté de s'incruster, mais Wayne lui aurait confié la réalisation de scènes factices pour garder le contrôle sur son film. Vrai ou pas vrai? Encore une fois, "print the legend"!

C'est donc ce film qui nous est restitué aujourd'hui, tant bien que mal: les fans continuant à réclamer des années durant la version longue, elle est mise à notre disposition dans deux sorties HD en région B: dans les deux la version longue est un bonus, mais dans la version Allemande (présence de sous-titres Anglais et Allemands, pas de français), au moins ça a été fourni respectueusement, en 720p, en 16/9, ce qui n'est semble-t-il pas le cas de l'édition française.

 

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Published by François Massarelli - dans Western John Wayne