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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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6 juin 2021 7 06 /06 /juin /2021 17:51

1836: vers la fin de la révolution Texane pour sortir le territoire de l'influence du Mexique et installer une République, un assaut des armées mexicaines sur la mission Alamo, tenue par une poignée de soldats Texans, va se solder par la mort de ces derniers... Et le renouveau d'un fort sentiment de revanche nationaliste du futur 48e état des Etats-Unis, après le traitement qu'auront subi les défenseurs. 

Justement, combien? On ne sait pas exactement tant la bataille de Fort Alamo est passée dans la légende. Entre 180 et 280 soldats, mercenaires, volontaires et d'autres seraient morts au fort, et bien que parmi les décès il y avait un certain nombre de figures majeures de l'histoire Américaine (dont bien sûr l'éternel héros Davy Crockett, symbole de la Frontière avant que le Far West ne vienne compliquer les choses), il est aujourd'hui bien difficile de démêler les faits de la légende en ce qui concerne cette bataille, érigée de nos jours en cause nationaliste et patriotique célèbre: au Texas, comme aux Etats-Unis.

Que John Wayne ait voulu en faire un film, et ce dès 1945, était évidemment compréhensible dans ce contexte: l'acteur-producteur ne faisait justement pas mystère de ses idées patriotiques et multipliait les productions guerrières dans lesquelles il expiait, en officier de plus en plus gradé, sa non-participation au deuxième conflit mondial... Mais Alamo s'est vite transformé en obsession personnelle, au point d'en faire une affaire de famille: au fil des années il s'est décidé à en être le metteur en scène, et il a travaillé sur le script avec James Edward Grant, un de ses scénaristes préférés; par dessus le marché, le jeune fils Patrick est arrivé sur le projet pour effectuer des recherches historiques...

Mais relisez plus haut: "le mot "historique" sera difficile à maintenir, tant la légende a pris le pas sur la vérité. Ecoutons donc le vieux John Ford, dans ces conditions, et admettons que puisqu'on ne sait plus très bien, autant "imprimer la légende": s'il y a bien un point sur lequel les historiens aujourd'hui s'accordent, c'est sur le fait que le film de Wayne est tout sauf historique!

Incidemment, Alamo participe à la mode de ce que j'appelle le filmouth, des oeuvres démesurées qui entendent faire concurrence à la télévision par leur abondance de grands et gros moyens... Et ça ne va pas très bien se passer puisque comme Cleopatra trois ans plus tard, le film de Wayne va subir des coupes et des recoupes, sortant en version exclusive (202 minutes) d'abord puis en version rabotée pour l'exploitation principale (167 minutes): c'est cette dernière version qui est aujourd'hui considérée comme officielle, alors que les fans lui préfèrent l'autre... J'y reviendrai.

Nous suivons donc les deux semaines qui précèdent la fin de la bataille, avec l'état des lieux du général Sam Houston (Richard Boone) qui confie le sort du fort à deux troues disparates: l'armée régulière du colonel Travis (Laurence Harvey), et les volontaires civils du colonel Bowie (Richard Widmark); la raison d'être du futur siège est plus ou moins noyée dans le flou qui entoure le conflit, savamment entretenu par les dialogues abstraits et fatalistes de Grant. Les deux colonels seront bien vite rejoints par un autre, le trappeur du Kentucky, ancien député, venu avec ses troupes et ses bonnets de raton laveur, Davy Crockett (John Wayne): le grand acteur voulait interpréter le rôle de Houston, mais a du accepter d'incarner un personnage de premier plan pour satisfaire les commanditaires de la United Artists, qui se voyaient mal promouvoir un film de John Wayne dans lequel celui-ci ne serait apparu que sur un dixième du spectacle! Le rôle lui convient parfaitement, d'autant que Crockett n'était plus tout jeune au moment des faits, et le metteur en scène a été très scrupuleux: son personnage ne sera pas le dernier à passer de vie à trépas.

Oui, c'est comme le Titanic: Alamo, tout le monde meurt, on le sait très bien, il n'y avait pas moyen d'y échapper! C'est même un de ces "échecs sublimes" qui poussent les Américains à s'exalter, ce qui est sans doute la raison pour laquelle ces grands enfants ont si longtemps été si attirés par la cause indéfendable du Sud dans un autre conflit qui s'st soldé par un ratage grandiose: la guerre Civile du Sud contre le Nord, dite Guerre de sécession par chez nous. D'ailleurs Bowie, dans le film est discrètement mais sûrement propriétaire d'un esclave, un vieux majordome qui lui est dévoué corps et âme. Ce n'est bien sur jamais dit, pas plus que n'est expliquée la présence sur le fort d'un petit garçon noir, qui colle aux basques de la fille du sous officier interprété par Ken Curtis. Je ne pense pas qu'il s'agisse ici de message subliminaux envoyés à la droite de la droite, mais plutôt d'une certaine forme d'image d'Epinal Hollywoodienne, qui avait la peau dure: les esclaves heureux et bien traités, qui déclenchent immédiatement des larmes dans les yeux de ceux qui observent leur dévouement.

Cet échec sublime est l'occasion pour Wayne, très bien secondé par Grant, de décocher quelques flèches à l'égard des dangereux ennemis de l'Amérique éternelle: comme il le fera de plus en plus, l'acteur se lance dans une diatribe enflammée sur la République, pour justifier l'intervention de Crockett (qui, à propos, était démocrate!) à Alamo. Le patriotisme "larmes aux yeux" est un des fils rouges du film, et c'est à ce niveau qu'on voit bien que la version intégrale, celle de l'édition "roadshow", est nettement plus équilibrée que la version plus communément disponible. Dans cette version courte du filmouth (oui, à 167 minutes, c'est une version courte), les passages qui ont été supprimés y ajoutent une grande part (parfois redondante, mais passons) d'humanité simple, de chaleur humaine, et ça a tendance à tempérer les délires patriotiques, tous plus ou moins maintenus dans la version courte: notamment le dialogue entre Ken Curtis, Joan O'Brien (qui joue son épouse) et Laurence Harvey: les Mexicains autorisent le départ des épouses et des enfants, mais l'épouse du capitaine Dickinson décide de rester, parce que c'est son devoir d'épouse de soldat'. C'est tourné assez frontalement, et n hésite entre la gêne et l'admiration... Mais cette dernière n'est rendue possible que dans la version longue, tant la version courte réduit les scènes de vie au fort à la portion congrue, les personnages finissant par devenir un peu plus des vignettes.

Dire que le film est une réussite serait une exagération, mais ce n'est pas le désastre qu'on a parfois un peu facilement voulu décrire... Il y a ici un tour de force, celui de maintenir l'intérêt sur trois heures alors qu'on connaît tous la fin! Et la chaleur décrite plus haut, la façon dont les discussions parfois enflammées débouchent sur une sorte d'oecuménisme politique, la clarté des scènes, toutes sont bien évidemment traitées de façon frontale et linéaire par Wayne: son inspiration thématique vient de Ford, mais son admiration de la ligne claire d'un Howard Hawks est évidente dans le film. Et il ne perd pas de vue le grand spectacle non plus, la façon dont la bataille finale est amenée est très impressionnante. Dans les scènes domestiques, ou de comédie, qui précèdent les batailles finales, Wayne n'est pas aussi brouillon que Ford à la même époque, il se retient, et garde une vraie rigueur... Il y a des longueurs, mais il n'y a pas de gaucherie ici, juste une certaine efficacité, accompagnée d'une vision qui se situe, aussi souvent que possible, en hauteur: car dans le fort qu'il a fait construire, le metteur en scène / producteur / acteur s'est plu à placer sa caméra au pus haut pour tirer des vues d'ensemble d'un fort attaqué par mille mexicains vert, rouge, et bleus, et défendu par de patriotes en loques. De voir au milieu de cette armée de figurants lointains la toque en raton laveur du grand Davy Wayne reste impressionnant, à notre époque de facilitation de tout et de n'importe quoi par le numérique. Bref: c'est du spectacle, et du grand. Un moyen de passer trois bonnes heures (ou moins si on le veut) en compagnie d'un échec grandiose, qui participe à sa façon de l'esprit Américain.

Pour finir, tordons le cou à une légende: non, John Ford n'a pas tourné le film: il a bien tenté de s'incruster, mais Wayne lui aurait confié la réalisation de scènes factices pour garder le contrôle sur son film. Vrai ou pas vrai? Encore une fois, "print the legend"!

C'est donc ce film qui nous est restitué aujourd'hui, tant bien que mal: les fans continuant à réclamer des années durant la version longue, elle est mise à notre disposition dans deux sorties HD en région B: dans les deux la version longue est un bonus, mais dans la version Allemande (présence de sous-titres Anglais et Allemands, pas de français), au moins ça a été fourni respectueusement, en 720p, en 16/9, ce qui n'est semble-t-il pas le cas de l'édition française.

 

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Published by François Massarelli - dans Western John Wayne
31 mai 2021 1 31 /05 /mai /2021 15:21

1885: Brant Royle (Gary Cooper), le fils d'un ancien propriétaire d'une ville de Géorgie, revient au pays pour y relancer le business de sa famille. Mais au pays, tout est tombé dans les mains d'un seul homme, le Major Singleton (Donald Crisp), producteur de tabac, qui fait du cigare, du cigare et encore du cigare. Pour lui faire concurrence, Brant va développer de son côté la production de cigarettes... Son but n'est pas que de restaurer la fortune familiale, ni de manger toute crue la concurrence, non: il souhaite essentiellement séduire la fille de Singleton, Margaret (Patricia Neal) en parlant son langage de conquête...

C'est mitigé: bien sûr, ce film qui ressemble à une production super-Warner (Curtiz, avec Lauren Bacall, Patricia Neal et Jack Carson, avec Gary Cooper en cerise sur le havane) est un film de prestige qui mêle intelligemment, et avec le style flamboyant et impeccable qui caractérise les films de Curtiz, le western et le film noir, tout en louchant du côté du sulfureux film The fountainhead, avec déjà Cooper et Neal, qui adaptait Ayn Rand sous la direction experte de King Vidor, l'année précédente...

Mais voilà: c'est bien le problème, justement. Comme avec Passage to Marseille qui reprenait un peu trop les affaires là où Casablanca s'était interrompu, le film ressemble à une arrière-pensée un peu tardive, une resucée si je puis me permettre... Alors ce drame de l'ambition, rangé sous une rigoureuse structure de tragédie, est parfois un peu trop mécanique, et on peine à aimer les personnages, si ce n'est l'admirable Sonia (Lauren Bacall) en prostitue / petite amie de Gary Cooper, qui doit supporter la fascination de son amant pour une autre... 

Mais les films avec Patricia Neal ont malgré tout un atout: Patricia Neal. En garce vénéneuse avec accent du sud, elle est grandiose...

 

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Published by François Massarelli - dans Western Noir Michael Curtiz
29 mai 2021 6 29 /05 /mai /2021 14:30

1885: au Canada, une caste de métis se prend tout à coup de folie des grandeurs et décide de renverser le gouvernement Canadien: ils vont créer une république de métis. Chargés de surveiller et d'empêcher tout débordement, les cavaliers de la police montée vont être aidés d'un marshall Texan, Dusty River (Gary Cooper), qui est justement à la recherche d'un agitateur métis, soupçonné d'un meurtre (George Bancroft)...

C'est du DeMille pur et donc non dilué: pas d'angle idéologique qui ne soit condamnable, une intrigue jetable fine comme du papier à cigarettes, et noyée sous des dialogues d'une affligeante bêtise... Les métis y sont automatiquement représentés comme des sous-hommes, inintelligents au possible, une croyance superstitieuse qui était partagée par l'ensemble de la population de toute façon. Quand ils échappent à la bêtise, c'est pire: ils sont fourbes...

Mais pourquoi le voir, alors? Parce que les films de DeMille échappent à toute catégorie, qu'ils représentent un genre à part entière et qu'il y a un charme enfantin (coupable, ô combien!... mais enfantin) à voir ces westerns un peu niais, mais si bien rangés, dans un magnifique Technicolor et des compositions qui trahissent à quel point l'auteur était un grand metteur e scène... dans les années 20. Gary Cooper, quant à lui... fait du Gary Cooper.

 

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Published by François Massarelli - dans Cecil B. DeMille Western
2 mai 2021 7 02 /05 /mai /2021 08:44

Sur une réserve, une jeune femme (La fille d'un colonel) développe de l'amitié pour une indien solitaire, qui lui vient en aide en la transportant lors d'un hiver rigoureux. Un capitaine du fort n'apprécie pas du tout cette situation et quand l'Indien offre un bijou à la jeune femme, l'officier jaloux donne à cette dernière une version salace du présent: elle jette le bijou... Après quelques semaines, pourtant, c'est l'indien qui va la sauver du froid, au prix de sa vie...

Comme dans de nombreux films de Griffith à l'époque, le titre transcrit une bonne part de ce qui fait le suspense du film dans sa deuxième partie... Tourné dans l'Est, dans des paysages enneigés, dans un certain dénuement aussi, c'est esthétiquement très réussi, et le ton adopté, fait de simplicité directe, est emballant: n'attendons pas de révolution, je rappelle qu'à cette époque le mélange entre ce que les imbéciles appellent des races (le vilain mot) était considéré au mieux comme immoral, au pire comme un délit dans la plupart des états. Ici, pourtant, un "blanc" a le mauvais rôle... 

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Published by François Massarelli - dans Western Muet Alice Guy
1 mai 2021 6 01 /05 /mai /2021 11:02

Dans un fort situé sur la frontière, le lieutenant Sterling (James Sterling) tente de séduire la fille du colonel (Vinnie Webb). Le sergent Karr (Darwin Karr) intervient et Sterling est viré manu militari (si j'ose dire)... Mis il est déterminé à se venger, quitte à enlever la jeune femme avec sa bande de bras cassés, provoquer l'intervention du valeureux Karr, et menacer la jeune femme de pendre son petit ami si elle refuse de partir avec lui...

C'est baroque, certes, mais c'est surtout un film d'un impressionnante violence. Dans ces sous-bois qu'on devine captés quelque part dans le New Jersey (ces films de madame Guy ont été pour la plupart tournés à Fort Lee), les émotions sont grandes et il faut parfois réagir au quart de tour. Le film commence d'ailleurs par une série d'actions violentes, mais je pense que c'est parce que tout ce qui précède a probablement disparu.

En tout cas, si la qualité des films Solax d'Alice Guy varie souvent, ici on est devant l'un des meilleurs westerns qu'elle ait réalisés...

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Published by François Massarelli - dans Alice Guy Western Muet
29 avril 2021 4 29 /04 /avril /2021 17:19

Dans un petit village sur la Frontière, les cow-boys locaux apprennent qu'un nouveau pasteur va arriver... Ils préparent le goudron et les plumes mais sont très surpris de découvrir qu'il s'agit en réalité d'une femme: décontenancés, ils se laissent amadouer... Mais pas tous.

Alice Guy a souvent eu recours au style du western, en y mariant souvent aventure et humour. Ici, le film fonctionne très bien sur les deux tableaux, tout en étant une lecture assez affectueuse de la vie à la dure dans l'Ouest. Le ravage des ans est ici très palpable à travers les manques, en début et en fin de film...

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Published by François Massarelli - dans Western Comédie Alice Guy Muet
25 avril 2021 7 25 /04 /avril /2021 18:38

En Californie, la ruée vers l'or va bouleverser la donne, et pour une famille de propriétaires terriens qui vont tout perdre dans un pari idiot, l'arrivée de tous ces étrangers, qui parlent tous Anglais, est vécue come un traumatisme... Pourtant Dermod D'Arcy, le bel aventurier au coeur d'or (George Duryea) va émouvoir la belle et fière Josephita (Renée Adorée) et la convertir à la nouvelle donne... Mais ce ne sera pas facile!

La MGM est arrivée un peu tard dans la bataille des grands films épiques sur la conquête du territoire, d'autant qu'en 1923-1924, l'essentiel a été joué à travers la présence de deux chefs d'oeuvre définitifs: The covered wagon de Cruze en 1923, puis The iron horse de Ford en 1924. Néanmoins la firme du lion a mis en chantier le très beau The trail of 98 qui explorait sous la direction de Clarence Brown, la ruée vers l'Or aux confins de l'Alaska (et était lui-même aux confins du western). Ce film muet tardif avait tout d'un complément de programme sur le papier, mais le confier à Allan Dwan, vétéran encore plus qu'actif, et cinéaste au goût et aux capacités impressionnantes, en a quand même fait une oeuvre formidable...

Certes, on est en plein MGM land, mais Dwan transcende assez facilement le style maison, et s'approprie le cadre de manière impressionnante. Il donne à voir à plusieurs reprises sa vision d'une caméra mobile en mettant en avant le tumulte des boom-towns, avec un lent travelling arrière capté en hauteur, qui donne parfois l'impression d'être un zoom... Il garde un tempo constamment enlevé à son intrigue, et profite du beau visage plastique de Renée Adorée, qui domine sans aucun problème l'interprétation du film. Il utilise aussi à merveille les gros plans pour lui permettre d'exprimer les émotions requises par son personnage de jeune Californienne d'origine Espagnole... 

Réalisé entre The iron mask (pour Fairbanks) et The far call (Un film perdu, pour la Fox), c'est aussi son avant-dernier film muet, et sans doute le plus spectaculaire des films muets de la MGM produits cette année-là, avec l'étrange The mysterious island, bien entendu...

 

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Published by François Massarelli - dans 1929 Western Muet Allan Dwan
12 avril 2021 1 12 /04 /avril /2021 10:12

1845, en Orégon: un convoi de pionnier fait route vers la vallée de Willamette, un endroit fertile et dont le statut mythique provient du fait que beaucoup des gens qui s'y rendaient mouraient en chemin. Nous assistons à un voyage rendu difficile d'une part parce qu'une rumeur insistante prétendait que les Indiens locaux étaient assoiffés de sang, d'autre part parce que les gens qui composaient la petite caravane ne faisaient plus confiance en leur guide Stephen Meek (Bruce Greenwood), qu'ils soupçonnaient de vouloir les tuer afin de préserver la tranquillité de l'Oregon: une autre rumeur... Alors que les braves gens commencent à évoquer la possibilité de tuer Meek, ils vont faire la rencontre d'un Indien isolé...

La pari de Kelly Reichardt est insensé, à une époque où le moindre pln dépassant deux secondes est accusé de "ralentir l'action". Ralentir l'action! Et puis quoi encore? Car des fois, une histoire, ça prend du temps, et des digressions, et il faut poser le cadre pour commencer. Et ici on ne s'embarrasse pas de longs discours pour exposer l'intrigue, car on arrive dans le film alors que les jeux sont faits... On rejoint la caravane alors que les pionniers ont le sentiment de tourner en rond, et qu'ils parlent tous en permanence dans le dos de leur guide...

Les pionniers sont tous des novices, plus ou moins courageux ou solides pour faire le voyage. Trois couples, dot un avec enfant, et Reichardt nous montre bien, sans jamais le souligner à trop gros traits, une atmosphère patriarcale paradoxale, dans laquelle les femmes sont quasiment enfouies dans des vêtements informes, sous d'abominables bonnets (qui au passage, de façon fort pratique pour le spectateur, sont comme les robes de couleurs différentes pour les trois femmes, Michelle Williams, Zoe Kazan et Shirley Henderson), mais en vérité ce sont souvent les femmes qui vont mener le groupe, idéologiquement parlant: L'une (Shirley Henderson), déjà mère, possède une autorité morale sur le clan; la deuxième (Zoe Kazan), paranoïaque et à bout de nerfs, va beaucoup influencer la fraction la plus en proie aux rumeurs, à travers son mari (Paul Dano); mais le personnage principal reste Emily (Michelle Williams), qui va souvent prendre les décisions les plus sensées: elle se refuse à totalement condamner Meek, dont elle se méfie, mais ce sera elle qui montrera la plus grande ouverture d'esprit vis-à-vis de l'Indien, allant jusqu'à lui confier la responsabilité de la piste...

C'est troublant, le film (Tourné en 1:33:1, comme les westerns d'avant) a souvent l'air d'avoir été pris sur le vif, et sur les lieux même de l'action historique. On imagine que tous ces gens ont du souffrir, notamment les femmes dans leur costume pesant, sous le soleil de plomb d'un désert qui est souvent de sel... La narration prend son temps, mais tout est dans le geste, car le film fait aussi souvent que possible l'économie de la parole, qu'on devine une perte absurde d'énergie! donc il faut s'accrocher, pour rester captif d'un fil narratif ténu mis, au final, passionnant et qui pose sur cette période historique des questions cruciales: comment survit-on dans un milieu hostile, au jour le jour, à la minute même? Et sur quelles croyances, sur quels critères s'est créé la nation Américaine? Et enfin, si comme le souligne Meek, "les deux genres" ne sont pas identiques, quel a été le rôle de la femme dans cette "colonisation" d'un nouveau genre?

Enfin, comment ne pas penser au film de Griffith, The female of the species qui déjà, en 1911, abordait l'importance de la femme dans la route de l'ouest...

 

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Published by François Massarelli - dans Western Zoe Kazan
15 mars 2021 1 15 /03 /mars /2021 15:52

Un village de pionniers, situé à proximité d’un campement indien, subit une attaque mortelle de la tribu, dont la colère a été provoquée par la mort du fils de chef, abattu par un cow-boy qui voulait protéger une adolescente.

A nouveau dans un film de Griffith, un homme se dévoue pour aller chercher du secours. Derrière ce scénario mis en image en Californie, on a une histoire épique à la Griffith, qui est dans l’ensemble rondement menée, avec Mae Marsh en orpheline qui arrive à l’ouest (Au cours d’un prologue Dickensien) en compagnie d’un gentil couple un peu gnan-gnan, joué par Lillian Gish et Bobby Harron : ils ont un enfant, qui jouera un rôle malgré son jeune âge. L’essentiel de l’action est provoqué par le fait que le patron du ranch, dont l’oncle de Mae est l’employé, interdit à la jeune fille de garder son chiot à l’intérieur de la maison. Pendant la nuit, deux Indiens entendent le chien, et s’apprêtent à le tuer pour le manger, lorsque la jeune fille intervient, ce qui entraîne la mort du jeune fils de chef comme on l’a dit plus haut.

Je me permets ici deux digressions: d’une part, Mae Marsh, en jeune préadolescente écervelée, est hélas insupportable; d’autre part les indiens nous sont, dans ce film, présentés comme d’abominables sauvages: ils mangent du chien, ils boivent comme des trous, ils font des fêtes païennes à s’endormir par terre en pleine danse, et ils ont dépenaillés… Tiens donc! C’en est fini de la magnanimité décrite dans d’autres films plus anciens, mais c’est aussi bien loin de la peinture des expéditions punitives de Custer sur les femmes et les enfants…

La deuxième bobine du film repose donc sur ces bases soigneusement empilées durant la première, et on assiste donc à une bataille, de plus en plus meurtrière pour toutes les parties concernées, à de micro-suspenses liés au jeune couple (Le bébé ? Ou est le bébé ?) où à la jeune fille (Tiens? Un bébé dans les bras d’un Cow-boy mort. Si je le sauvais?); tout cela est bien rendu, mais les gros sabots l’emportent vraiment sur la subtilité. La dimension épique vers laquelle Griffith tend, avec ses deux westerns, est surtout pour lui l’occasion de grossir le trait, et en retour il ne nous gratifie pas de beaucoup : tout au plus peut-on glaner ça et là des scènes de bataille relevées d’un fouillis de fumigènes qui accentuent le coté « boucherie héroïque » que Griffith aimait tant à souligner dans ses films, tout en s’y vautrant allègrement puisqu’il savait le public friand d’émotions fortes, etc…

Le film ressemble finalement à une ébauche de Birth of a Nation, par son racisme, son coté simpliste, et par des anecdotes précises: la cabane dans laquelle sont réfugiés les blancs est assiégée par les "sauvages", et lorsque les cartouches se font rares, les hommes s'apprêtent à sacrifier leurs femmes pour leur éviter un destin pire que la mort... 

Sinon, Elderbush Gulch ressemble à un galop d’essai pour Mae Marsh, autour de laquelle est centrée l’action. Le rôle de gentille demeurée que lui a donné Griffith ne lui rend pas justice, loin delà… mais c'est mieux que Lillian Gish qui reste cantonnée une fois de plus dans les jeunes ravissantes idiotes. Mae Marsh aura sa revanche avec Intolerance, et Lillian Gish l’a déjà eue avec The mothering heart, tourné quelques mois auparavant.

 

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Published by François Massarelli - dans 1913 David Wark Griffith Muet Western
6 mars 2021 6 06 /03 /mars /2021 10:50

 

Dans une petite ville de l'ouest, un conflit entre, d'un côté, des éleveurs et la loi locale (James Finlayson) et de l'autre un valeureux outsider avec un chapeau bizarre (Stan Laurel) se résoudra sans doute à coups de Colt...

Ce film incomplet (il manque la deuxième bobine) est un éclairage intéressant sur la façon de travailler dans un studio comme celui de Roach, et nous en apprend aussi sur l'aspect décousu de la carrière de Stan Laurel à cette époque... Il était au départ prévu de réaliser un film parodiant une version de Wild Bill Hiccup avec William Hart: d'où le chapeau... Mais la chose a été rejetée par les décideurs du studio qui l'ont trouvé médiocre, et on t exigé des retakes. Le problème c'est que Laurel avait entretemps quitté le studio... Mais l'original de cette parodie, Wild bill hiccough, n'a donc jamais été achevé, et en lieu et place, on a sorti après le départ de sa star, ce Wide open spaces dont on ne connaîtra sans doute jamais la fin.

Pas étonnant dans ces conditions que Laurel ait écumé les studios entre 1918 et 1927... On voit que si son style comique fait de parodie, d'absurde, d'un refus de s'arrêter avant le ridicule, n'était pas du goût de tout le monde... Et nous voilà avec un film bien encombrant dans son incomplétude! A noter que Laurel y apparaît (voir photo) aux côtés de son envahissante épouse, Mae, voir photo, qui joue... Calamity Jane. Si.

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Published by François Massarelli - dans Hal Roach Laurel & Hardy Western Muet Comédie