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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 16:47

Dans le Montana, en 1873, le Dr Joe Frail (Gary Cooper) vient s'installer dans un petit village minier: dans ce territoire qui n'allait devenir un état qu'en 1889, on vit encore une situation précaire. Une ville n'existe que le temps qu'on trouve de l'or dans les parages, et le Docteur a déjà bourlingué, il sait qu'il lui faudra probablement encore voyager. Mais il a de toute façon quelque chose à fuir, semble-t-il, et les gens locaux le savent bien.

Le turbulent, impulsif Frenchy Plante (Karl Malden) est un mineur, un filou qui aimerait bien trouver à s'associer pour poser un "claim", parce qu'il n'a pas assez d'argent. Mais personne ne lui fait vraiment confiance, donc il est bien obligé de travailler pour les autres. C'est dans ces conditions qu'il est amené à tirer sur un voleur, un jour... Plus pour le plaisir de tuer, semble-t-il...

Mais l'homme (Ben Piazza) n'est pas mort, et se réfugie chez le médecin, qui le guérit, et l'emploie. Rune, le jeune homme, est intrigué par le médecin, son mélange d'humanisme, de rigueur morale, de froideur, et... de secrets inavouables. Mais comme lui aussi a un secret, et qu'il ne souhaite pas qu'on le reconnaisse comme étant le mystérieux voleur, il se tait...

Le dernier personnage a faire irruption dans le drame est une femme: Elizabeth Mahler (Maria Schell) est une immigrante suisse, seule rescapée de l'attaque d'une diligence. Elle a l'infortune d'avoir eu la vie sauvée par Frenchy, qui ne manquera ni une occasion de lui rappeler, ni de tentatives de se faire récompenser en nature, ce qu'il ne parviendra jamais à obtenir. Retrouvée en plein soleil, presque aveugle, la jeune femme sera ramenée à la vie et à la vue par le Docteur Frail, dont elle seule aura, sans doute, vu la vraie nature... Mais lui ne veut pas de son affection.

Et surtout, il a peur pour elle, car il sait qu'une femme seule dans ce coin abandonné de la morale et de la loi, ne fait pas long feu. 

Frail est mal vu par la population, qui le considère comme un mal nécessaire. Mais ces pionniers chauffés au mauvais alcool son assez prompts à écouter ceux qu'ils ne devraient pas laisser parler, notamment un prédicateur-rebouteux de la pire espèce (George C. Scott avec beaucoup de cheveux). Mais ils n'ont pas besoin de lui: les dames de la ville, celle dont les maris représentent un embryon de notabilité, sont assez rapides à condamner à vue celle qui vient d'ailleurs, et celui qui a osé l'accueillir chez lui, pour faire quoi, je vous demande un peu?

Le film s'appelle The hanging tree (La colline des potences en Français), et c'est une indication de la façon dont le drame, qui monte inlassablement dans ce film, va se dénouer... sans jeu de mots.

Bref, Delmer Daves rejoue la partition Shakespearienne comme il l'avait déjà fait avec Jubal, et le fait dans un décor sublime, avec des acteurs qui sont tous excellents. Y compris bien sur Gary Cooper, et ce n'était pas gagné: il était déjà très malade, et sérieusement diminué. Je pense que le personnage de Rune a été créé justement pour pallier à cette absence physique d'un héros dont le film avait besoin. C'est tout bénéfice, car Frail a deux personnes autour de lui, qui vont toutes deux voir des facettes différentes: l'une la masculinité douce, l'autre la figure paternelle. Quant à Malden, il est absolument génial de bout en bout. 

En raison des limitations de Cooper et du fait qu'il a fallu adapter le film, je pense que ce film (Le dernier western de Daves) n'est sans doute pas à la même hauteur que 3:10 to Yuma ou Cow-boy. Mais à cette altitude, ça n'a guère d'importance!

 

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Published by François Massarelli - dans Western Delmer Daves
16 juillet 2017 7 16 /07 /juillet /2017 18:38

Cernés par les montagnes, des êtres humains rejouent Shakespeare... le western sait parfois prendre de la hauteur dans tous les sens du terme! On avait déjà beaucoup de montagne et de rocaille chez Anthony Mann qui se plaisait à situer ses drames immenses dans des contrées qui tranchaient de façon considérable sur les habitudes du western tel que Ford les avait instituées avec ses tournages à Monument Valley. Jubal, comme beaucoup de westerns des années 50, ceux de Mann en particulier, est situé dans le quart Nord-Ouest du pays, et concerne une petite communauté organisée autour du ranch d'un propriétaire local, le jovial et bonhomme Shep Horgan, interprété par Ernest Borgnine. Le drame Shakespearien qui est ici mis en toile de fond est Othello, avec des variantes bien sur...

Shep Horgan rentre chez lui, et découvre un homme inconscient sur sa route. Il le recueille, et va lui proposer non seulement de s'installer dans son ranch, mais aussi de travailler avec lui. Si Jubal Troop (Glenn Ford) se plait très vite au ranch et s'intègre rapidement auprès de ses collègues, et surtout auprès de son patron et ami, il va quand même avoir de sérieux ennuis avec Pinky (Rod Steiger), un des employés, qui déteste le nouveau venu dès le départ, et surtout avec Mae Horgan (Valerie French), l'épouse légitime de Shep, qui en a tellement marre de son gros rustaud de mari qu'elle est prête à sauter sur tout ce qui bouge. Le problème, c'est qu'avant l'arrivée de Jubal, c'est avec Pinky que la belle prenait du bon temps, ce dernier voit donc avec une certaine mauvaise humeur le nouveau venu s'intégrer et monter en grade...

Les passions qui se déchaînent ici sont bien loin des conflits de civilisation dont tant de westerns (A commencer par Broken Arrow, le premier qu'ait réalisé Daves) se sont fait l'écho. C'est Mae qui sera l'étincelle, convoitée il est vrai par Pinky qui l'a possédée un peu, mais aussi par Jubal bien qu'il s'en défende, et surtout qu'il se retienne. Il est respectueux de son ami et de l'honneur de celui-ci, et sait combien sa place est fragile. Et surtout il a à coeur de conduire sa vie avec droiture... Mais ces passions exacerbées qui vont aller de mal en pire au fur et à mesure de l'évolution du film cachent aussi une autre lecture, celle d'une lutte de pouvoir incarnée dans la femme du chef, interprétée avec une sensualité et une sobriété d'autant plus efficace par Valerie French. Le film se pose, dès le départ, en un western d'un classicisme impressionnant, appuyé il est vrai par le démarquage Shakespearien, qui restent malgré tout plus une alibi structurel qu'autre chose. Et histoire de corser le tout, Jubal est affublé d'un complexe intéressant, puisqu'il cache un lourd secret lié à son enfance, qui rejaillit inévitablement sur sa situation présente, et qui explique à la fois l'attirance et la défiance qu'il manifeste à l'égard de sa patronne: il le dit au début du film, son père était le seul homme en qui il ait eu une confiance absolue. On apprendra qu'il est en fait mort tout en lui sauvant la vie, sous les yeux de sa propre mère qui avait essayé de le noyer... Un Oedipe particulièrement compliqué, donc. Mais Jubal Troop pourra semble-t-il le résoudre et retrouver confiance en la femme avec la jeune et jolie Naomi, interprétée par Felicia Farr.

Avec son intrigue plus immense que tout, ses décors sublimes, et son personnage venu de nulle part (Littéralement), Jubal est un beau, un grand western, qui inaugure bien une série de western majeurs (3:10 to Yuma, Cowboy) avec Glenn Ford pour la Columbia. En Cinémascope glorieux, en technicolor cuivré, avec la musique de David Raksin, c'est du plaisir Hollywoodien, à la fois brillant et terriblement sombre, à l'état pur.

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Published by François Massarelli - dans Western Delmer Daves
17 mai 2017 3 17 /05 /mai /2017 16:43

Les premiers films de Borzage, ceux du moins qui ont été conservés, témoignent de la vitalité de sa vision du western, un genre auquel il souscrit dans tous ses développements (Villes sur la frontière, personnalités entre le bien et le mal, plus versées sur ce dernier, conditions précaires et éveil pionnier d'une conscience civilisatrice), mais auquel il ajoute une part toute personnelle: bien sur, les sentiments y ont leur place. Ce film dont la vedette est la cow-girl Texas Guinan, une actrice qui a tourné brièvement, mais uniquement des westerns, montre bien cet aspect...

Dans la ville de La mesa, située sur la Frontière, il y a bien un shérif, mais celle qui fait la pluie et le beau temps, c'est la patronne de The devil's kitchen, le saloon local. On l'appelle La tigresse, et le moins qu'on puisse dire c'est qu'elle mérite son surnom... Mais l'arrivée de deux étrangers va bouleverser la ville, et chambouler sa reine: l'un d'entre eux, un pied-tendre comme on dit, surnommé "Le Bostonien", a été victime sur la route des méfaits du bandit local, "Le collectionneur", et du coup Le Bostonien décide de devenir adjoint au shérif. L'autre étranger, un homme élégant aussitôt surnommé The gent, devient l'amant de La tigresse, et ils échafaudent des plans d'avenir... Mais plus dure sera la chute.

On connaît Borzage en chantre de l'amour fou, celui qui soulève les montagnes, et transforme les hommes. Ici, il s'intéresse à l'amour comme facteur de civilisation, avec son héroïne qui devient de plus en plus 'respectable' au fur et à mesure de sa relation avec l'homme de sa vie. sauf que Borzage va également mettre en scène, plus tard, la tempête d'un amour déçu, et c'est là qu'on voit que pour la compagnie Triangle, Texas Guinan était un eu le pendant féminin des westerns de William Hart... Ca va donc canarder. Et c'est un petit bout de femme qui va sortir les armes.

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Published by François Massarelli - dans Muet Western 1918 Frank Borzage
30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 18:28

Avec ce film, je pense qu'on peut vraiment parler soit d'un incompréhensible caprice un rien embarrassant, ou éventuellement d'un acte de foi! Blake Edwards, établi grâce à une série de succès certifiés et planétaires (Breakfast at Tiffany's, The Pink Panther, The Party...), s'est senti obligé de marquer son époque en reprenant les rênes d'un genre dans lequel on ne l'attendait certes pas! Et le western, en 1971, ne va pas bien, alors s'imaginer que ce film mal fichu allait le régénérer, ce serait bien naïf.

Non que le film n'ait pas l moindre qualité, mais... D'une durée initiale paraît-il excessive (on parle parfois de trois heures, pour la version qu'Edwards a donné à la MGM comme étant le film à sortir!), et une fois ramené à un peu lus de deux heures, le film s'attache à nous montrer l'équipée plus ou moins picaresque de Frank et Ross, deux cow-boys employés sans histoires dans un ranch du Montana, qui soudainement, sont pris d'un coup de folie, et volent l'argent contenu à la banque dans une action qui n'a rien d'éclat. Ils s'enfuient ensuite vers le Mexique, poursuivis par un posse constitué essentiellement des fils du propriétaire du ranch qui employait les voleurs.

...Et c'est tout. Beaucoup de temps morts, de digressions, sous forme le plus souvent de discussions entre les deux bandits improvisés, le jeune écervelé (Ryan O'Neal) et le vieux sage (William Holden), ce dernier ne ratant pas une occasion de rappeler qu'il est plus âgé, donc plus expérimenté, plus sage et plus intelligent en tous points que son collègue... Le reste de la distribution est certes très western-compatible, et on y verra en particulier Tom Skerritt interprétant l'un des deux fils qui poursuivent les deux voleurs, et Karl Malden, en propriétaire terrien impeccable comme d'habitude. Ah, oui, je m'en voudrais d'oublier Rachel Roberts qui compose un personnage inoubliable de tenancière de bordel.

Mais une fois qu'on constate que Blake Edwards, profitant de l'allègement conséquent de a censure à cette époque, a livré un western dans lequel on appelle un chat un chat, et dans lequel on fornique, on boit, et on urine à tout va, le reste du menu est d'un classicisme sans relief. Si ce n'est que j'ai fait exprès de ne pas utiliser les mots "hold up" ou "cambriolage", puisque le braquage de la banque ne ressemble à rien de connu, et donne une série de scènes assez enlevées. Mais d'une certaine façon, le choix de passer par les figures imposées du western ne fait que souligner la médiocrité du film. 

Bon, soit: les paysages et le Scope valent le détour, mais pour le reste... Et Blake Edwards, qui envisageait un coup d'éclat après l'accueil très froid fait à Darling Lili, a du composer avec des studios (Surtout la MGM qui ne digérait pas du tout ce film-ci) bien décidés à lui mettre des bâtons dans les roues.

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Published by François Massarelli - dans Blake Edwards Western
20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 17:20

On a gardé tellement peu de ces petits westerns qui s'enchaînaient à une cadence infernale, tournés entre 1917 et 1919 par Ford pour Universal, qu'en découvrir un nouveau est toujours une occasion à ne pas rater. Pour la plupart d'entre eux, ils montraient les aventures de personnages (Souvent nommés "Cheyenne Harry") interprétés par Harry Carey, qui subissait la forte influence de William S. Hart dont les films étaient toujours soignés. Cette influence s'exerçait essentiellement dans la parcours du héros, souvent une fripouille (Ici c'est un joueur poursuivi pour l'ensemble de son oeuvre!), mais doté d'un fort sens moral, qui le faisait revenir en arrière et se racheter... Mais contrairement à Hart, lors de sa rédemption, Carey n'en fait pas tout un plat!

Dans Hell Bent, Harry s'installe dans une petite ville tenue par des bandits, dont Beau Ross. Parmi les citoyens, une jeune femme, Bess (Neva Gerber) vit avec son frère Jack (Jack Pegg). Mais celui-ci état incapable d'assumer un rôle de chef de famille, elle est obligée de travailler... au saloon, en tant que danseuse. La première fois qu'il la voit, Harry lui manque singulièrement de respect mais se ravise le lendemain, honteux... et amoureux. L'intrigue s'emballe lorsque après un coup fumant, les bandits partent, emportant la jeune femme avec eux...

Le film est assez difficile à comprendre aujourd'hui, la faute n'incombant pas qu'aux cinéastes: on ne dispose de ces premiers films Universal, la plupart du temps, que dans des copies retrouvées en république Tchèque, en Hongrie ou en Pologne. Ils ont fait l'objet de tripatouillages à leur sortie (Par exemple, le personnage de Carey, dans Straight shootin', s'appelle Hal Philips!); Mais ce qu'on comprend, c'est un cahier des charges western très bien rempli: dès le départ, Ford nous propose une étonnante introduction, qui voit un auteur de romans recevoir une lettre d'un lecteur qui se plaint du manque de réalisme de ses personnages. Pour y remédier, il regarde une reproduction du tableau de Remington, A misdeal... qui s'anime sous nos yeux, et le film peut commencer! Et il y a des inventions jusqu'au bout, lorsque le héros pourchasse son ennemi jusque dans le désert, dont il ne réchappera que de justesse. Le tout est pimenté de surprenantes ruptures de ton: à l'humour bo enfant du débt, succédera bientôt un climat plus oppressant quand Harry se transforme de cow-boy solitaire en homme dévoué à la femme qu'il aime et qui est en danger. Hell-bent, après tout, est un adjectif qui veut dire qu'on est déterminé à aller jusqu'en enfer s'il le fait, pour faire triompher sa cause.

Bref, Ford fait ses gammes, et avec la complicité toujours précieuse de Carey, évite la monotonie, tout en devenant tranquillement l'un des meilleurs cinéastes du monde, tout bonnement.

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Published by François Massarelli - dans Muet John Ford 1918 Western
20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 14:16

Tom Mix, à la Fox dans les années 20, c'était un peu le cowboy passe-partout. Une énorme vedette, dont l'authenticité souvent impressionnante des films (Décors naturels, grands espaces, et tant d'endroits encore préservés qui rendaient la triche de studio inutile pour qui cherchait des endroits sauvages) contrastait cruellement avec le côté fabriqué de son personnage: grand chapeau, costume exagéré, et bons sentiments érigés en médaillon inamovible... Mais Tom Mix a tourné pour Ford!

Rappelons qu'en 1923, le grand metteur en scène (Qui signait ses films "Jack" Ford, préférant le diminutif à son pseudonyme pourtant copié d'un auteur de renom) n'a pas encore réalisé The iron horse, le film qui allait faire de lui un auteur remarqué; il est arrivé à la Fox en 1920, et s'est vu confier des tâches qui tournaient autour du western: Just pals, son premier film Fox, par exemple se situe dans une petite ville qui pourrait très bien être une ville de l'Ouest après la pacification. De même pour The village blacksmith, quand à Cameo Kirby, il raconte les aventures picaresques d'une fripouille sur les bateaux à aube du Mississippi... North of Hudson Bay appartient à cette veine, confrontant le Cow-boy Tom Mix aux grands espaces du Grand Nord...

Michael Dane (Tom Mix) se rend vers le nord de la baie D'Hudson, où il envisage de retrouver son frère Peter (Eugene Palette). Mais avant l'arrivée du petit frère, Peter est tué. On accuse son partenaire Angus McKenzie, mais celui-ci jure être innocent du crime. La punition de ces pionniers est une marche forcée, sans arme ni moyen de subsistance, dans la nature: Angus va pourtant y survivre, et il est secouru par Michael... Le problème, c'est que selon l'usage, toute personne qui porte secours à un condamné à la "piste de la mort" doit désormais s'y soumettre lui aussi...

Michael Dane déjouera tous les pièges, et sauvera du même coup son ami Angus, ainsi que la jolie Estelle McDonald (Kathleen Key), une jeune femme qu'il a rencontré au début. Certes, le script passe-partout est particulièrement mélodramatique, mais il a la qualité de permettre à Ford et Mix de faire exactement ce qu'ils voulaient faire: tourner un film en liberté, dans la neige, au milieu des montagnes et des rapides! Et il y a des loups, et les tribus Indiennes locales (Du Nord, oui, mais celui de la Californie, j'imagine) sont venues prêter main forte à l'entreprise... Un bon bol d'air, pour des images saisissantes... Mais il y a aussi, dès le début, une scène domestique qui montre comment maman Dane s'apprête à dire adieu à son deuxième fils: une scène qui se répétera de film en film, et qui montre un attachement viscéral du metteur en scène à l'idée de famille, aux racines.

On regrettera évidemment que ce film de cinq bobines n'ait pas été conservé en entier, même si l'intrigue telle qu'elle est aujourd'hui, resserrée sur quatre bobines, fonctionne encore. Mais, et il est toujours le moment de le rappeler, si on a aujourd'hui récupéré environ 25 films muets de John Ford, dont certains sous la forme de fragments, combien manquent encore à l'appel?

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Published by François Massarelli - dans Muet Western John Ford 1923
10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 09:32

C'est une sacrée surprise: non seulement ce film d'une réalisatrice peu connue, dont la carrière a été très courte, est excellent, mais en prime il nous apporte la vision d'une forme assez aigue de nostalgie de tout ce qui est le grand ouest Américain... en 1917! A l'époque, John Ford ou William Hart faisaient des films, qui étaient des westerns contemporains dans lesquels les cow-boys à cheval croisaient des Ford... Mais '49 -'17 anticipe sur le grand western historique de The covered Wagon ou The iron Horse, de six ou sept ans. 

Le titre fait allusion à l'époque durant laquelle un gand nombre de pionniers viennent tenter leur chance dans l'ouest, en 1849, et renvoie aussi à l'époque contemporaine. Ceci s'explique facilement par l'intrigue: un juge âgé, et nostalgique de sa jeunesse, explique à son secrétaire qu'il a vécu une ruée vers l'or, une vingtaine d'années auparavant: il a participé à la création d'une ville, Nugget Notch, qui a depuis disparu. Il aimerait recréer cette période, et charge donc le jeune homme d'aller en Californie, et de se mettre en quête d'une population susceptible de le suivre dans son caprice. Le secrétaire de tarde pas à trouver "the 49 camp", un medicine show, des acteurs et cavaliers qui sont au bord de la faillite. Avec eux, le juge va pouvoir accomplir son rêve... et régler quelques comptes, car il n'en a parlé à personne, mais il a un secret.

C'est formidable: le film est drôle, et joue souvent sur le décalage de la situation,comme dans une scène qui voit l'arrivée du vieux juge nostalgique venue de l'Est à Nugget Notch reconstituée: la population l'accueille avec plaisir, mais il décide de sortir son flingue pour fêter ça, et emporté par l'enthousiasme, c'est le "pied-tendre" qui terrorise la population de la petite ville de pionniers éberlués de voir ce maniaque du six coups tirer dans tous les sens. Le film possède aussi son intrigue, qui part parfois dans tous les sens, mais elle permet de posséder un ingrédient essentiel et indispensable: un méchant, interprété par l'inquiétant, ténébreux et filiforme... Jean Hersholt. Un acteur qui ira loin, même s'il ne quittera pas beaucoup la Californie.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1917 Western
6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 11:04

Bien sur, il y a des stars, à commencer par William Holden. Mais ce western se distingue par son absence de glamour, et sa progression impitoyable, sur quelques jours, d'une situation qui est bien rude dès le départ: à Fort Bravo, un camp de prisonniers tenu par l'armée de l'union, la lointaine guerre civile qui fait rage à l'Est résonne de façon implacable: le fort est entièrement dévolu à la détention d'un bataillon de sudistes, qui tentent de profiter des grands espaces (Ils sont à peine gardés) pour s'évader. Mais quand l'un d'entre eux s'évade, il sera repris, et le film commence par la vision dun officier à cheval qui ramène un homme, en uniforme gris, qui marche derrière lui tiré par une corde. L'officier, c'est le jusqu'au-boutiste capitaine Roper (William Holden), qui prend sa tâche très au sérieux. Et s'il a choisi de faire marcher son prisonnier jusqu'au fort, c'est parce que ce dernier a tué son cheval à la tâche... Roper est mal vu aussi bien des "tuniques bleues" que des uniformes gris, car c'est tout sauf un rigolo... Mais il va s'humaniser, un peu, à l'arivée de Carla Forester (Eleanor Parker), une jeune femme qui est venue pour visiter son amie, la fille du commandant du fort, alors qu'elle va se marier. Mais est-ce vraiment la raison?

Il est clair assez tôt que carla est venue pour aider des hommes à s'évader, car comme le dit Pierre Fresnay dans La grande illusion, à quoi sert une prison sinon à s'évader? il y a donc une intrigue bien dense, qui vous agrippe pour ne pas vous lâcher, mais le film possède en plus des couches de sens qui le rendent passionnant. dans un premier temps, son intrigue le place dans un style bien plus noir que la vision romantique de Monument Valley chez John Ford: les hommes qui vont s'évader et la femme qui les accompagne sont en effet, à un moment, coincés en compagnie de leurs ennemis dans une tranchée, dont ils ne peuvent sportir sans se faire tuer par les Apaches Mescaleros postés autour. Et ceux-ci ont une stratégie très simple, qui consistent à tranquillement dessiner une sorte de cible autour d'eux avec leurs lances, permettant ensuite d eparfaitement viser avec leurs flèches, une séquence superbe qui est inoubliable (Et qui a fait l'objet d'un remake Belge inattendu, sous la forme d'une bande dessinnée de Willy Lambil et Raoul Cauvin, le tome 5 de la série Les Tuniques Bleues, Les déserteurs), et qui a sans doute fait beaucoup pour la notoriété du film.

Bill Holden joue dans on registre habituel, celui du dur à cuire allé jusqu'au bout de son système, et qui cache une humanité profonde sous des dehors inquiétants, et son histoire d'amour avec la belle Carla est à peine esquissée dans le film, qui reste avant tout une affaire d'hommes. Et de fait, un fil rouge sous-tend ce film, de façon très inattendu: le soldat sudiste ramené par Roper est souvent metionné comme un lâche, aussi bien par ses captifs que ses copains. ceux-ci s'en ouvrent à leur supérieur, le capitaine Marsh (John Forsythe); celui-ci, plus gentleman sudiste que jamais, leur répond invariableùent, dun ton sans appel: c'est mon ami. mais cet ami, après l'évasion, sera laissé de côté et lâchera même les autres. Parce qu'il est lâche, ou parce qu'il est délaissé? A la fin du film les indices qui identifient la relation entre Marsh et son ami Bailey (Qui va justement triompher de sa propre lâcheté, impressionnant même Roper) comme une relation d'amour sont nombreux, mais le film a le bon goût, en plus, de ne pas en faire un prétexte pour vouer le jeune homme à l'enfer...

Mais que cela ne nous empêche pas de considérer ce western formidable comme ce qu'il est indéniablement: un grand moment de cinéma populaire, avec une panoplie impressionnante: un fort, les couleurs (En Anscocolor) de l'Arizona, Monument Valley, du film noir, une femme fatale, une histoire d'amour, un dur à cuire, des indiens, des chevaux, la cavalerie...

...C'est un surwestern.

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Published by François Massarelli - dans Western
10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 16:24

Aussi loin que possible des clichés contemporains du genre, Delmer Daves a créé, en une poignée de films très attachants, un style très particulier et très personnel de westerns, qui doit autant au lyrisme du genre, qu'à la rigueur réaliste qui commence à exister à l'époque. Une synthèse de deux courants pas forcément faciles à concilier, qui tient ces oeuvres à l'écart du flamboyant, de la facilité, mais aussi des excès. Mais le monsieur, sans jamais céder à la tentation du baroque, a aussi tenté et réussi une alchimie avec le film noir, en particulier avec Jubal (1956), et avec ce film...

C'est désormais un classique: Dan (Van Heflin), un fermier peu fortuné, assiste au braquage qui tourne extrêmement mal d'une diligence, et va aider à la capture du chef de la bande (Glenn Ford). Comme la petite localité est très miteuse, et que le propriétaire de l'agence de diligences offre une prime de $200, Dan se porte volontaire, et va devoir subir la manipulation psychologique, les sarcasmes, les tentatives de déstabilisation mais aussi et surtout l'humanité de l'homme qu'il doit accompagner vers son train...

La confrontation entre Van Heflin et Glenn Ford, entre la simplicité  d'un homme qui s'est toujours tenu à l'écart de la violence, et le charisme d'une canaille, est l'un des atouts du film, mais cela agit surtout en révélateur de la profonde humilité du personnage du fermier. Daves, en fait, ne nous impose jamais de choisir entre les deux hommes, qui finissent par être collés l'un à l'autre, et victimes du même destin: le fait qu'à 15h10, il y a un train à prendre, et des risques à courir, parce que la bande est là qui attend pour libérer son chef, et Dan est déterminé à faire son travail jusqu'au bout...

Donc, forcément, du suspense, et non des moindres: on connait l'heure à laquelle Dan doit amener le bandit au train, les risques à courir liés au fait que la bande est au courant, et le fait que Dan n'est en rien un homme expérimenté dans le fait de faire ce type de boulot... Et le tout, dans un noir et blanc extrêmement beau, mais aussi assez austère, donne un film prenant qui ne vous lâche jamais pendant 92 minutes.

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Published by François Massarelli - dans Western Delmer Daves
1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 15:48

En dépit de la simplicité, pour ne pas dire l'austérité, de son titre (...oui,; en effet c'est bien un western!), Cowboy est un film admirable, lyrique et tendre, qui explore l'âme complexe du "garçon vacher", de ces baroudeurs terrestres qui parcouraient en compagnie de troupeaux de bovins tout un territoire, pour véhiculer les bêtes depuis les confins du Texas et de l'Arizona, jusque aux marchés de Chicago...

C'est à Chicago, justement, que le film commence, lorsque Frank Harris (Jack Lemmon), employé d'un palace, reçoit l'instruction de son gérant de déménager une famille qui occupe une suite luxueuse: un convoi de cow-boys viennent d'arriver, et compte tenu du marché, ils sont les rois et la chambre de leur choix doit leur être attribuée. Harris est déstabilisé, d'autant que la famille Vidal, des propriétaires de terres à Guadalupe (Arizona), d'origine Mexicaine, est aussi la famille de sa petite amie (Anna Kashfi). Mais le père Vidal, qui apprécie peu d'être relogé, ne compte pas laisser sa fille épouser un homme aussi peu intéressant que Frank Harris. celui-ci prend donc une décision: il va parler avec Tom Reece (Glenn Ford), le chef du convoi, et lui propose de lui financer une partie de son expédition avec ses économies, afin de devenir un interlocuteur valable pour son beau-père, tout en réalisant un rêve: celui de devenir un cow-boy sur la route. mais la dure réalité du terrain va être une source de désillusion, et de conflits entre Harris et Reece, le vétéran et le jeune enthousiaste...

De Chicago, on assiste à une initiation bien sur, celle de Harris le jeune naïf... sauf que Jack Lemmon en fait un personnage passionnant, certes avec toujours un décalage sur les autres, mais doté d'une force de caractère peu commune. La confrontation avec Reece, le faux dur qui n'ose arborer de façon trop évidente un coeur tendre, mais aussi la dure loi de la route, le fait qu'on puisse perdre un copain aussi stupidement que parce qu'on lui a jeté un serpent dans le cou pour lui faire un blague, et puis la dureté du travail, tout tourne à l'épreuve de force, pour Harris le citadin. Daves utilise le décor mis le fait surtout pour le réalisme de ses séquences, plus que pour en faire un théâtre grandiose comme Mann ou Ford. Mais son réalisme, plus que jamais, se pare d'un lyrisme épique dans la geste des cow-boys, annoncée par cette presque absurde obsession manifestée par Reece, tout crotté et à peine arrivé, qu'on lui donne les programmes de l'Opéra de Chicago, ou il va le temps d'une soirée manifester son amour de l'art lyrique... et sa saouler comme un cochon! 

La poésie inévitable du genre se teinte d'une vraie amertume lorsqu'on apprend le destin d'un autre associé de Reece (Brian Donlevy), qui a souhaité après une vie entière à tenter de faire régner la loi, prendre un peu de bon temps, mais dans une bagarre a tué un de ses amis, et s'est pendu ensuite. On n'échappe pas à son destin? Harris a donc trouvé le sien, car il finira cow-boy, comme Reece.

....mais ce ne sera pas de tout repos!

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Published by François Massarelli - dans Western Delmer Daves