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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 12:25

Deux courts métrages de Gilliam situés dans sa carrière pile avant et après l'expérience télévisée de Monty python's flying circus. La place de Gilliam dans le show TV était difficile à établir, pour les membres du groupe eux même. Dans les premiers épisodes, il est crédité à part, comme si le groupe ne pouvait incorporer un non-acteur au rôle mal défini. Et pourtant, à la lumière de ces deux films, on mesure à quel point il est partie intégrante de cette équipe, jusqu'à en inspirer la structure. Storytime, en particulier, est une hilarante série de délires graphiques liés à une histoire qui refuse de se laisser raconter, mais dont de nombreux détails rappellent en particulier le générique génial de Monty Python and the holy grail. The miracle of flight aurait très bien pu s'incorporer à la dernière saison controversée de Monty Python, celle sans John Cleese. Le court métrage est d'ailleurs contemporain de ces six épisodes, et l'un d'entre eux, The golden age of ballooning, est sur un sujet similaire. Mais le fait est que ces quatre minutes d'animation stupides sont à elles-seules bien meilleures que les 180 minutes de Monty python de la dernière saison...

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Published by François Massarelli - dans Terry Gilliam
29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 17:43

Venir à Marcel L'Herbier, c'est quelque chose de difficile: le bonhomme a bien réalisé L'argent (1928), disponible en DVD, qui est un très grand film. Mais à coté, on peut aussi voir le fadasse mélo Eldorado (1921), le très "artistique" (n'est-ce-pas) Homme du large (1920) rassemblés dans un luxueux coffret, ou encore le lourdingue Diable au coeur de 1926, édité en même temps qu'un (beau) livre sur le cinéaste. Pire, dans les années 80, on a "redécouvert" suite à sa restauration le film L'inhumaine (1923), sans doute le film le plus prétentieux du muet.

Pour toutes ces raisons, c'est avec une certaine appréhension qu'on attendait la résurrection de Feu Mathias Pascal (1925), le film dans lequel L'Herbier adaptait Pirandello en compagnie de l'immense acteur Ivan Mosjoukine; ce dernier, probablement le seul monstre sacré du cinéma muet Français, est génial quoi qu'il fasse, et son contrat d'exclusivité avec la société Albatros obligeait L'Herbier à partager la production de son film: le résultat est un miracle, non seulement le meilleur des films de L'Herbier devant L'argent, mais aussi l'un des plus beaux films Français de l'époque muette.

Mathias Pascal (Mosjoukine), un jeune homme fantasque épris de liberté, épouse presque par hasard Romilde (Marcelle Pradot). Ce faisant, il abdique toute liberté et souffre du manque d'affection de son épouse et de la haine de sa belle-mère. Le jour ou la mère, mais aussi sa fille meurent, il prend la fuite, s'arrêtant au hasard à Monte-Carlo, ou il devient riche en jouant une nuit entière à la roulette. Reparti au pays, il apprend qu'il est censé être mort, un cadavre anonyme ayant été repêché en son absence... Il repart pour Rome, déterminé à profiter de cette nouvelle liberté qui lui est offerte sur un plateau.

178 minutes à suivre les égarements de Mathias Pascal, cela peut sembler excessif à l'heure ou le moindre film dépassant les deux heures se voit obligé de multiplier les morceaux de bravoure numériques, et pourtant il n'ya pas le moindre problème: ce film se boit comme du petit lait. L'Herbier est célèbre pour avoir tendance à confier plus de responsabilité à ses décorateurs (Mallet-Stevens et Autant-Lara sur L'Inhumaine, par exemple) qu'à ses acteurs, mais là il a su faire une exception; si le cadre utilise à merveille les décors de Lazare Meerson (Dont c'était le premier film), les acteurs font mouche. On reconnaitra, outre Mosjoukine et l'Américaine Lois Moran (Qui joue Adrienne, la jeune femme dont Pascal tombe amoureux dans la deuxième partie), Michel Simon dans un de ses premiers rôles, mais aussi Pauline Carton, des années avant ses splendides compositions pour Guitry. Mais évidemment, la principale attraction, c'est Mosjoukine: L'Herbier n'imaginait pas un autre Mathias, et c'est tant mieux. On n'ose imaginer s'il avait suivi son coeur et confié le rôle à l'infect cabot qui encombre tous ses premiers films, Jacque-Catelain, qui possèdait autant de charisme qu'une éponge. Mosjoukine se joue des transitions entre le drame et l'humour noir particulièrement important dans lequel le film baigne, et fait penser par sa science gestuelle et son impressionnante présence aux acteurs burlesques du muet, Chaplin et Keaton en tête; L'Herbier a d'ailleurs le bon goût de laisser sa caméra à distance, comme l'aurait fait Keaton, notamment dans les premières scènes Romaines de liberté, lorsque Pascal renconrtre Adrienne, et qu'il "danse" un étrange ballet avec la jeune femme. Ailleurs, il laisse le rêve prendre le pouvoir, donnant libre cours à son extravagance naturelle, qui se combine sans aucun problème à l'excentricité de Mosjoukine: en particulier, la scène durant laquelle Mathias Pascal se voit agresser le fiancé d'Adrienne, tournée au ralenti, est un savant mélange de comique et de quasi-surréalisme. Néanmoins, le cinéaste ne cède pas totalement à l'humour noir du sujet, et explore deux motifs avec une vraie intelligence: dès la scène du début ou, parti pour demander pour son meilleur ami la main de Romilde, Pascal se voit tout à coup fiancé, il sent que son moi lui échappe. Cette dualité va être soulignée, souvent avec humour (les deux chats "embauchés" dans la bibliothèque, pour chasser les rats) dans le film, mais aussi jusque dans le drame: les deux morts simultanées de la mère et de la fille, ou encore le numéro de duettistes de Romilde et sa mère... A l'heure de découvrir sa "mort", Mathias se dédouble littéralement sous nos yeux, et son "fantôme" reviendra périodiquement le hanter. Paradoxalement, en lien avec cette dualité, le film explore l'aliénation terrifiante dont est victime Mathias Pascal, et il se révèle souvent que le jeune homme abandonne non seulement son identité, mais aussi toute existence: privé de son nom, il ne peut faire aboutir aucune démarche, et sait qu'il ne pourra pas se marier, ni vivre heureux. En abandonnant son nom, il a cru trouver la liberté, mais il a en fait tout bonnement cessé de vivre...

On ne remerciera jamais assez Arte de nous donner à voir des films muets au moins une fois par mois, mais il faut reconnaitre que la potion n'a que rarement été aussi agréable: ce Feu Mathias pascal, est tout simplement un film essentiel, toutes époques confondues, et pourvu que la re-découverte des films de Mosjoukine se poursuive!!

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Ivan Mosjoukine Albatros 1925 **
29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 11:22
Sons of the desert (VOLUME 13) Décembre 1933, réalisé : William E. Seiter, assisté par Lloyd French. 7 bobines (65 minutes)

Convention city, réalisé par Archie Mayo, conte les exactions cocasses d’un groupe de participants à une convention sise à Atlantic City. C’est l’un des films perdus les plus emblématiques de la période dite pré-code ; cette comédie avec Joan Blondell et Dick Powell serait, selon les sources, soit l’un des films les plus vulgaires jamais sorti par un studio, soit l’une des œuvres à l’avant-garde de ce qu’on ne doit ni montrer, ni aborder dans un film en 1933 ; et quoi qu’il arrive, puisqu’il est perdu, le film peut être interprété comme bon nous semble; le fait qu’il soit perdu ne fait que peu de doute : dans le collimateur du Breen Office, ce film était réputé insortable, tant et si bien que la Warner a fait procéder à la destruction de son négatif après que la décomposition l’ait de toutes façons rendu inutilisable-et dangereux. Le film porte donc le funeste honneur, d’une part d’avoir sans doute significativement contribué à un renforcement du code de censure en 1934, d’autre part d’être le dernier film Warner–First National perdu… Et le rapport avec Laurel et Hardy, c’est que Convention City a triomphé à l’automne 1933, et en décembre 1933 Sons of the desert sortait.
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Sons of the desert, dont le nom glorieux a été repris par un club international dédié à célébrer la gloire de nos deux héros, est un film de long métrage absolument délicieux, totalement dans la lignée des courts métrages des deux vedettes : en alternance avec les films musicaux (entre The devil’s brother et Babes in Toyland pour être précis), le duo joue pour ainsi dire à domicile : les garçons ont fait le serment de participer avec tous les membres de leur loge des « fils du désert », une société plus ou moins Maçonnique semble-t-il, à la convention de Chicago, un prétexte à faire la fête et à se comporter en célibataire. Le problème, c’est que Mrs Hardy (Mae Busch) ne veut pas. Mrs Laurel (Dorothy Christie) a autorisé Stan à participer, mais celui-ci va être obligé de se mouiller dans les mensonges de Oliver, afin d’aider celui-ci à participer quand même aux festivités ; les deux hommes font appel à un vétérinaire (A l’origine, Hardy avait demandé à Stan de lui amener un docteur, mais bon.) interprété par Lucien Littlefield afin de déclarer Hardy malade, et de lui prescrire un voyage à Honolulu ; puis, une fois le subterfuge réussi, les deux hommes rencontrent à Chicago un délégué du Texas, vulgaire, farceur et bruyant, interprété par Charley Chase, et dont le personnage s’avèrera être en fait le beau-frère inconnu de Hardy… Ouf ! Lorsque la convention s’achève, les deux épouses apprennent que le bateau censé ramener les deux hommes de Honolulu a coulé…

Au-delà de l’enjeu initial, le pari (Réussi) de transcrire l’esprit des courts métrages de Laurel et Hardy dans un long métrage, on appréciera les multiples petites touches qui donnent encore plus de vie à l’ensemble : les têtes des spectateurs d’un cinéma qui bougent en rythme dans la mêem direction en regardant une compétition sportive lors des actualités, le plan de laurel et hardy sortant du taxi : le taxi s’arrête, le chauffeur court pour permettre à Laurel (Assis à l’arrière, à droite) de descendre, mais se prend la portière en pleine figure et tombe. Lorsqu’il se relève, il trébuche sur la valise que son passager à opportunément laissé là. Pas un mot pour nous distraire de la perfection du slapstick avant que Hardy ne remercie fort civilement le chauffeur sonné, à terre. Comme quoi tout en restant fidèle à l’esprit du duo, le film élargit le champ d’action de Stan Laurel qui peut également nuire à autrui sans pour autant que Hardy en souffre, ou en soit même conscient.

Reprenant la situation matrimoniale déjà explorée de diverses façons (We faw down, Be big !) le film donne un contexte qui n’a besoin que d’un seul plan : lorsque les deux hommes rentrent chez eux après la réunion de leur loge, ils ont parlé dans le taxi de l’importance pour un home d’être le maitre chez lui ; comme en écho à cette idée, on voit en gros plan la sonnette du 2220, Fairview Avenue : Mrs and Mr Laurel, puis juste à coté, le 2222 : Mr Hardy and wife. Mais les apparences sont trompeuses, et on verra vite qu’à coté de Mae Busch (Désormais blonde, mais toujours aussi tonique) Oliver Hardy ne peut rivaliser.
Charley Chase, dans le rôle du gêneur de service, de l’odieux et excité farceur, ne ressemble pas tant à ce personnage qu’il a soigneusement composé dans ses courts métrages, mais ce n’est pas grave : il reste inoubliable, et il est d’autant plus précieux de le voir là que le comédien n’est pas apparu dans beaucoup de films de long métrage. un autre intérêt de ce film est de situer dans une certaine continuité chez Roach, dont de nombreux comédiens étaient soit franc-maçons (Laurel et Hardy) soit membres d'organisations à la Sons of the desert (Lloyd était un "Shriner"); mais dès 1917, dans un court métrage, Lloyd se moquait gentiment des rites de ces réunions. Ici, la moquerie passe par les farces de collégien auxquelles se livre Chase...

Voilà ce que l'on peut dire sur ce film très réussi et dont la vision redonne confiance en l’humanité : après tout, pour l’un des personnages, l’affaire se termine plutôt bien.

Hollywood Party (Extraits dans TCM archives ; The Laurel and Hardy collection) Juin 1934; Réal: ? + George Stevens. 68 minutes.
La participation de Laurel et Hardy à cette entreprise MGM (sans capitaine, puisqu'aucun des 84 metteurs en scène y ayant participé n'a souhaité signer, même pas ous le nom d'Alan Smithee) de 1934 se résume à deux scènes, plus ou moins dirigée par George Stevens: lors d’une fête organisée à Hollywood, Laurel et Hardy viennent pour se plaindre que l’invité d’honneur les ait escroqués. Ils se heurtent à un majordome vindicatif dans la première scène, puis à une Lupe Velez très remontée contre un barman qui refuse de la servir dans la deuxième : une scène quais muette de Tit for tat s’ensuit durant laquelle des œufs sont utilisés par Stan et Babe d’un coté et par Lupe de l’autre Lupe Velez porte une robe importable qui aurait pu à elle toute seule faire interdire le film, et le reste de ce long métrage est également représenté dans la collection Tarzan (Le coffret métal, chez Warner Home Vidéo) par des extraits parodiques d’un faux film, Schnarzan, avec Jimmy Durante dans le rôle principal et Lupe Velez dans le rôle d’une Jane qui tend à perdre dans la savane le peu de vêtements qu’elle a sur elle. Hum.
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Oliver the eighth (VOLUME 6 ) Février 1934. Réal: Lloyd French; 3 bobines.
Avec le dernier court métrage dépassant la durée de trios bobines, le studio aborde manifestement une nouvelle ère de relative incertitude. Le passage au long métrage a porté ses fruits, et si les grosses comédies musicales restent la principale préoccupation de Hal Roach, Sons of the desert a prouvé combien l’esprit des courts métrages était transposable au long ; des raisons économiques vont bientôt pousser Roach à éliminer purement et simplement les courts métrages de deux bobines. La bobine supplémentaire de celui-ci ne s’explique pas comme pouvaient s’expliquer les minutes ajoutées à la durée habituelle dans les films de 1931 et 32. Ce recyclage du principe de The Laurel and Hardy murder case est poussif, et ne s’imposait pas. Au moins nous donne-t-il le plaisir d’applaudir Mae Busch dans un nouveau rôle grandiose de femme fatale, et nous assure-t-il aussi le spectacle rare d’un suspense meurtrier traité par Laurel et Hardy : Les deux hommes, coiffeurs de leur état, répondent à une annonce : une femme cherche un mari afin de partager sa fortune. Babe gagne en trichant (il n’a envoyé que sa réponse, et non celle de Stan) et va devenir la 8e victime de la dame : celle-ci, en effet, se venge d’un Oliver qui lui a fait du mal en massacrant tous les Oliver qui croisent son chemin. Elle est aidée d’un domestique aussi timbré qu’elle, interprété par Jack Barty.


Going bye-bye ! (VOLUME 20) Juin 1934. Réal: Charles Rogers. 2 bobines.
Alors que la production de leur prochain long, Babes in Toyland, était ralentie puis stoppée par des accumulations de problèmes (Parmi lesquels une relation de plus en plus tendue entre Roach et Laurel), ce petit film est une (petite) oasis de Laurelethardytude, pas primordiale, mais pleine de bons moments : les deux amis sont des auxiliaires de police qui ont permis (Comment, c’est un mystère…)l’arrestation d’un fou criminel interprété par le grand Walter Long. Celui-ci, au procès, déclare qu’il va s’évader et se venger en leur accrochant à tous deux les jambes autour du cou. Les deux hommes décident de prendre la fuite, mais doivent trouver une tierce personne afin de partager les frais du voyage. Ils passent une annonce, et Mae Busch y répond : elle souhaite également quitter la ville, mais son petit ami (Devinez qui c’est !) s’est évadé de prison et il va falloir l’emmener…
Derrière ce scénario invraisemblable se cache un gag à tiroirs : Long, qui n’a pas encore repéré que les deux hommes avec lesquels il va s’enfuir sont ses deux ennemis, est caché pour les besoins du film dans une malle dont il ne peut sortir. Les efforts déployés par Laurel et Hardy pour l’en sortir seront bien sur l’occasion pour eux de lui faire subir diverses tortures. Sinon, lorsqu’il sort, il même sa vengeance à la lettre.
Avec ce film commence une période durant laquelle Charles Rogers, l’homme de confiance de Stan, devient le metteur en scène attitré. Si aucun de ces films n’est notable par sa mise en scène, ils permettronty au moins à Laurel et Hardy d’offrir en toute quiétude la quintessence de leur art, tandis qu’au dehors l’orage Roach/Laurel gronde. Il est toujours assez frappant de constater que si Laurel n’était sans doute pas facile à vivre, il n’ya semble-t-il jamais eu la moindre friction entre lui et Hardy, toutes les disputes et grosses fâcheries, conflits d’ego et « différents créatifs »ayant eu lieu entre Laurel et leur producteur…


Them thar hills (VOLUME 2) Juillet 1934. Réal: Charles Rogers. 2 bobines.
Ce classique mérite d’entrer dans l’histoire d’abord parce qu’il est un excellent cru, mais aussi parce qu’il a fait l’objet d’une suite.
L’histoire est bien connue : Laurel et Hardy doivent prendre le large afin de permettre à Hardy de soigner sa goutte. Il partent donc prendre les eaux dans les collines, avec une caravane : ils s’installent près d’un puits dans lequel ils ne savent pas que juste avant leur arrivée, un groupe de trafiquants a jeté de l’alcool de contrebande. Ils s’installent et vaquent à leurs occupations, faisant la cuisine en sifflant de temps à autre une louchée de ce précieux liquide. L’ambiance se réchauffe bien vite, et ils sont rejoints par un couple tombé en panne, Charlie Hall et Mae Busch. Elle reste avec les garçons, et participe à la beuverie, pendant que son mari s’occupe de la voiture. L’irascible mari prend très mal les familiarités des eux hommes avec son épouse, un « tit for tat » magistral termine le film, plus froid et plus lent que jamais. A noter, dans ce court métrage, l’apparition d’un « signe » «cinématographique : la chanson interprétée par Hardy (Qui chante), Laurel (Qui ponctue de "Pum Pum" incongrus) et Mae Busch (Qui hurle des "pum pum" de plus en plus fort au fur et à mesure de l’augmentation de son taux d’alcoolémie), reviendra dans Tit for tat, et sera l’ indice donné au public de la continuité entre les deux films. Il est par aileurs à noter que si Charlie hall est toujours un ennemi juré et menaçant (Il fait partie de ces méchants d'autant plus dangereux qu'ils ne font qu'1m60), ici mae Busch a enfin l'occasion de devenir copine avec les deux comédiens. Ca fait plaisir.
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Published by François Massarelli - dans Laurel & Hardy
29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 11:17
L’année 1933 est marquée de deux évènements chez Laurel et Hardy: d’une part, le départ de James Parrott, réputé incontrôlable pour son alcoolisme, mais dont surtout Roach ne voulait plus pour réaliser des longs métrages, désormais le format privilégié du producteur, au grand dam de Stan. Ce départ s’accompagne de l’arrivée discrète et occasionnelle dans le fauteuil de réalisateur et co-réalisateur, d’un collaborateur dévoué à Stan; un signe que désormais, y compris dans le petit studio familial ou on s’amuse à travailler en faisant rire, la guerre de tranchées entre les exécutifs et els créatifs a commencé. Le deuxième évènement de taille, c’est la mise en chantier de Fra Diavolo, un film musical adapté d'un opéraa comique dont Roach est persuadé qu’il va achever de persuader la terre entière du génie de Laurel et Hardy, bien qu’il les étouffe en permanence derrière une intrigue totalement insipide. Une attitude qui ne présage rien de bon dans la mesure ou Laurel et Hardy vont devoir bientôt passer définitivement au long métrage…

Twice two (VOLUME 5) Fevrier 1933 Réal: James Parrott, 2 bobines

On ne peut pas dire qu’avec ce film, Parrott fasse des adieux brillants. C’est lent, et peu inspiré, sauf en matière de prouesse technique : Laurel est marié avec la sœur de Hardy, et Hardy avec la sœur de Laurel ; c’est une soirée d’anniversaire, pour les deux couples qui se sont mariés le même jour, et Mrs Laurel(Donc, Oliver déguisé) a préparé une surprise pour tout le monde. C’est très bien fait, et çà supporte une deuxième vision sans aucun problème, rien que pour juger sur pièces des truquages (En fait, un montage particulièrement minutieux la plupart du temps, plus une double exposition de quelques plans. Pour le reste, on peut aussi voir que si Laurel reprend le rôle déja exploré dans Another fine mess d'Agnes, en y ajoutant juste le doublage crétin (Aucune des deux dames ne reprend sa vraie voix), Hardy interprète vraiment le rôle de sa soeur avec une conviction qui laisse pantois: ça s'appelle le génie.

The devil’s brother (TCM Archives: The Laurel & Hardy collection) Mai 1933. Réal: hal Roach, Charles Rogers, 9 bobines, 89 minutes.
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Hal Roach dans le rôle de réalisateur de long métrage, c'est le signe d'un film important pour le studio...Fra Diavolo, donc, devait être le titre Américain, de ce film, mais on l’a Anglicisé. D’autres modifications d’importance ont eu lieu, notamment un resserrement du montage, qui totalisait 11 bobines, faisant la part belles aux chansons et aux moments-Chantilly de qui reste, je le répète, une opérette. L'actuelle version de 9 bobines a été resserrée autour des deux vedettes, mais ce n'est pas suffisant. Fra Diavolo est un bandit qui se cache en chantant à tue-tête des airs (de sa voix de baryton, si je ne m’abuse) dans lesquels il s’auto-dénonce en permanence, et il s’acoquine avec Stanlio et Ollio, deux bandits ratés, pour subtiliser les bijoux et l’argent d’un couple d’aristocrates joués par James Finlayson et Thelma Todd. Les moments-clés de l’opérette ne sont que rarement et moyennement drôles, mis en scène par Hal Roach. Le reste du film, c’est-à-dire dire l’épopée mal intégrée de Stan Laurel et Babe Hardy a été tournée par Charles Rogers, et sans doute largement supervisée par Laurel lui-même. Les moments de slapstick prennent leur temps, mais on ne s’y ennuie heureusement pas. Il est regrettable que Finlayson (Toujours aussi moustachu) et Todd (Toujours aussi charmante) aient eu peu d’occasions d’échanger avec leur collègues du studio, tant Dennis King, qui joue Diavolo, est tarte (A la chantilly, donc). Le plus drôle, c’est que ce film est considéré comme un classique en France, on le retrouve d’ailleurs en avantageuse compagnie dans le livre de Patrick Brion consacré à la comédie. Sans doute à cause des plaisanteries de Stan, qui pour passer le temps, fait des jeux de mains hilarants et assez virtuoses, en même temps que parfaitement inutiles.
 
Le reste de la cuvée 1933, après quelques retards au démarrage, dus à l’attention du studio entièrement concentrée sur The devil’s brother, a soudainement eu une embellie phénoménale. Les prétentions de tout le monde ont été revues à la baisse, et un certain nombre de scripts très Laureliens ont été développés, résultant dans quatre perles…

Me and my pal (VOLUME 4) Mai 1933 Réal: Charles Rogers, Lloyd French, 2 bobines
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Hardy s’apprête à se marier, autant avec les millions de son futur beau-père (James Finlayson) qu’avec sa fiancée, et il a chargé Stan de prendre les mesures qui s’imposent: notamment, celui-ci a ramené un cadeau bien intentionné: un puzzle pour les longues soirées d’hiver. Au lieu de se charger des derniers préparatifs, Stan se lance dans le puzzle, et la contagion aidant, le mariage programmé a vite du plomb dans l’aile. Dans ce film réalisé par Charles Rogers, et donc largement piloté par Stan Laurel soi-même, Laurel et Hardy démontre que tout l’art de la comédie courte ne repose pas sur le fait de pouvoir aller d’un point A à un point B : il suffit d’avoir l’intention d'aller d'un point A à un point B, et d'en être empêché. En vérité, une fois le puzzle ouvert, non seulement ni Laurel ni Hardy ne quitteront la maison, mais le reste du monde va s’installer à domicile, happé par le puzzle. Et bien sur, la maison sera détruite au final.

The midnight patrol (VOLUME 20) Aout 1933 Réal: Lloyd French, 2 bobines

L’agent Laurel et l’agent Hardy ont été engagés le jour même, et ils sont particulièrement inefficaces, ce que les bandits eux-mêmes ne peuvent que remarquer, et ils ne se font pas prier : Stan en surprend même en train de voler les roues de leur voiture de patrouille, alors que les garçons sont au volant ! Ils vont ensuite intervenir pour un supposé cambriolage, et arrêter le chef de la police qui avait oublié ses clés. Celui-ci trouvera à la fin du film une solution radicale pour se débarrasser d’eux. Encore un film qui passe tout seul…

Busy bodies (VOLUME 14) Septembre 1933 Réal: Lloyd French, 2 bobines
Laurel et Hardy sont employés dans une scierie. Le reste n’est que gags, destruction, sciure et hilarité : encore un film parfait!
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Dirty work (VOLUME 14) Octobre 1933 Réal: Lloyd French, 2 bobines

Les deux héros sont des ramoneurs, et vont ramoner la cheminée d’un savant fou qui a inventé une potion de rajeunissement parfaitement efficace, dont Hardy va au final faire les frais : cela implique des bassines d’eau, donc Hardy ne peut qu’y tomber. Le professeur Noodle ( = Nouille), joué par Lucien Littlefield, nous permet de voir ce comédien, un vétéran des studios Roach, dans un rôle inhabituel pour lui. En effet, Littlefield, dès son séjour à la Paramount dans les années 10, est devenu un majordome plus vrai que nature, ce qu’il a continué à faire encore et encore pour le « lot of fun », notamment chez Charley Chase. Ici, en savant fou particulièrement atteint (Il est très convaincant) , il donne la réplique à Sam Adams, qui joue Jessup, … son majordome. Quant à la partie « ramonage » du film, faut-il préciser qu’on s’y salit beaucoup ? Indispensable.
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Published by Allen john - dans Laurel & Hardy
29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 11:13
Trois courts métrages célébrant le « retour » de James Parrott à la réalisation. Un chef d’œuvre incontournable, un assez bon film avec des moments de grâce loufoques, et un film raté, qui annonce un déclin du court métrage…

The music box (VOLUME 14 )Mars 1932. Réal: James Parrott, 3 bobines.
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Celui-ci n’est plus à présenter: vainqueur d'un Oscar, cette odyssée de deux hommes qui montent un escalier pour livrer un piano est justement célébrée. D'abord, on y massacre un piano, comme toujours, et ensuite, on y dénombre les fameuses 131 marches les plus absurdes de l’histoire du cinéma, celles qu’on utilise pour se rendre chez un professeur qui n’aime pas les pianos. C’est vrai qu’il n’ya pas grand-chose d’autre dans ce film, mais les quelques 20 minutes passées à gravir ces marches sont riches par quelques gags bien placés, et l’habituel chaos né de la rencontre de Laurel et hardy d’un coté, et du reste du monde de l’autre, ici incarné par un policier vindicatif, une bonne d’enfant moqueuse (et revancharde, voyez ce qui se passe lorsqu’elle reçoit un coup de pied méchant asséné par Stan Laurel), et surtout le prof. Theodore Von Schwartzenhoffen, interprété par un Billy Gilbert en belle forme. Ces 20 minutes absurdes sont bien sur possibles à analyser comme une métaphore d’une vie entière à contre-courant, mais il y a mieux à faire : et pour commencer, on remarque assez bien que la fin de la montée des marches dans le film correspond à un passage en studio, alors que le reste du film a été tourné « on location » : les 131 marches sont toujours visibles à Los Angeles, mais elles mènent… à un cul-de-sac. Vous avez dit absurde ?

The chimp (VOLUME 17 ) Mai 1932. Réal: James Parrott, 3 bobines.

Charles Gemora et Billy Gilbert sont les deux autres protagonistes majeurs de ce film parfois mal vu, mais dont la poésie idiote me semble trop contagieuse pour qu’on boude son plaisir. Finlayson, trop brièvement aperçu, est le patron d’un cirque auquel une intervention des deux hommes à tout faire Laurel et Hardy va mettre le feu. Le propriétaire, ruiné, n’a pas les moyens de payer tous ses collaborateurs, et il tire au sort les possessions du cirque afin d’en faire des lots pour redistribuer à tous ses employés : Laurel tire le cirque de puces, et Hardy Ethel le chimpanzé… Qui ne l’aime d’ailleurs pas, elle lui préfère Laurel . Ethel est jouée par Gemora, un artiste spécialisé dans les imitations de gorilles, mais qui fait aussi très bien le chimpanzé… tout ce petit monde (Laurel , hardy, les puces, Ethel) échoue dans une pension de famille tenue par un mari jaloux dont la femme s’appelle Ethel, ce qui va donner lieu çà une série de quiproquos du meilleur mauvais goût, d’autant que le mari est joué par Billy Gilbert.

County hospital (VOLUME 2 ) Mai 1932. Réal: James Parrott, 2 bobines.
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Ce petit film échoue, à cause d’un manque évident de moyens, malgré un excellent début : Laurel visite Hardy qui est à l’hôpital suite à une intervention sur sa jambe. Laurel présent, tout se précipite dans le chaos, et une scène aurait pu être mémorable : suspendus de part et d’autre d’un cable, Billy Gilbert en chirurgien et Hardy en convalescent pendouillent l’un dans sa chambre, l’autre dans le vide… Mais c’est gâché par le recours aux transparences, assez franchement minables, d’autant plus pour un studio autrefois responsable de Safety last, Never weaken et Liberty. Les transparences gâchent aussi, tant qu’à faire, le final-poursuite en voiture, auquel on ne croit pas une seconde.
Pack up your troubles (VOLUME 15 ) Septembre 1932. Réal: George Marshall, Ray McCarey, 7 bobines, 68 minutes

Le deuxième long métrage de Laurel et Hardy n’est pas excessivement meilleur que le premier. Les deux metteurs en scène sont des nouveaux venus, mais l’un d’entre eux n’a pas vraiment été présent, et on soupçonne Ray de n’être qu’un pistonné qui a profité de la notoriété (Et des entrées chez Roach) de son frère pour se faire créditer et payer sans rien faire, en tout cas pas dans ce film, totalement assumé par George Marshall. Ce dernier n’a pas fait un mauvais boulot, avec une histoire assez classique qui renvoie à plusieurs comédies muettes, de The kid à Three’s a crowd. Laurel et Hardy sont deux soldats de la 1e guerre mondiale qui doivent recueillir la fille d’un camarade mort au combat, fâché avec sa famille, et retrouver le grand père de la petite afin de la lui confier. Le film se déroule sans incident notable, avec des gags moyens, mais reste assez inhabituel dans la mesure ou le pathos, et les drames de la guerre y jouent un rôle dont Laurel et Hardy apparaissent conscients. Non que le mélange soit raté, mais cette apparition d’un surcroit de réalisme étonne. De toutes façons, on préfère cent fois cette histoire-ci avec cette petite fille, à l’étrange court métrage tourné quelques semaines plus tard sous le titre de Their first mistake. A noter qu’ici, Laurel et Hardy sont, une fois de plus entrepreneurs (D’un business de Hot-dogs…), mais qu’un certain nombre d’éléments du film renvoient aux démarches qu’ils doivent entreprendre afin d’améliorer leur situation. Donc, décidément, nous somme passées de l’autre coté du miroir, dans un monde plus adulte que d’habitude… Mais qui reste sauvé par l'indéniable tendresse portée par les deux amis à cette petite fille, mais aussi celle qu'on leur porte.

Scram! (VOLUME 12 ) Septembre 1932. Réal: Ray McCarey, 2 bobines.

Ce film, mis en scène (du moins officiellement) par Ray McCarey, est très bon. Il met au prises deux vagabonds, sommés de quitter la vile par un juge irascible (Richard Cramer), avec un bon samaritain saoul (Arthur Housman dans son propre état) : celui-ci, jugeant qu’il ne peut laisser aller deux hommes qui l’ont aidé à récupérer sa clé par un temps aussi dégoutant, les invite chez lui, mais se trompe de maison, et laisse Laurel et Hardy dans les mains de l’épouse (Vivian Oakland, également saoule) du véritable maitre de maison, qui n’est autre que le juge. On regrettera que le juge ressemble à Edgar Kennedy, mais qu’il ne soit que Richard cramer. Sinon, les 5 minutes durant lesquelles Vivian Oakland fait joujou avec nos deux amis sont riches de possibilités : que se passerait-il vraiment si le juge ne rentrait pas, sachant qu’elle les pousse ostensiblement vers le lit ?
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Ah, j’oubliais : en argot de l’époque, « Scram ! », une injonction impérative donc, veut dire en gros « Casse-toi, pauvre con » bien qu’il nous répugne d’utiliser cette expression basse et vulgaire qui n’est digne que des plus goujats parmi les goujats.

Their first mistake (VOLUME 15 ) Novembre 1932. Réal: George Marshall, 2 bobines.
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Parce que Mrs Hardy (Mae Busch) se plaint de voir son mari s’associer constamment avec Mr Laurel, ce dernier suggère à son ami d’adopter un enfant ; mais lorsque de retour à la maison avec un bébé Hardy apprend que son épouse souhaite divorcer, il va donc devoir élever cet enfant seul, ou plutôt avec Laurel, ce qui est pire. L’histoire ne tient pas debout, et par ailleurs, on remarquera la façon dont le bébé devient un objet pur et simple et bruyant. Quelques bons gags sauvent l’entreprise, avec en particulier le biberon que Laurel sort de sa chemise de nuit, comme s’il y était toujours caché, et diverses scènes de destruction dues à la rencontre inopinée entre la tête de Hardy et les meubles.

Towed in a hole (VOLUME 16 ) Janvier 1933. Réal: George Marshall, 2 bobines.

Pour faire simple, disons, que Hardy et Laurel achètent en première minute un bateau à retaper, qu’ils vont saboter en voulant le réparer sur le reste du court métrage. De bons gags, impliquant beaucoup d’eau et de peinture, et un mémorable Tit for tat : cette expression désigne dans le monde de Laurel et Hardy les échanges froids et agressifs, par exemple la réaction de Charlie Hall dans the battle of the century lorsqu’il prend calmement une tarte et l’envoie poliment à la tête de Hardy, déclenchant une réaction en chaine ; ici, Hardy se venge d’avoir reçu de l’eau en posant un tuyau d’arrosage dans la salopette de Laurel, le tout avec le plus grand calme et la plus grande concentration… les échanges se poursuivent ensuite durant 4 minutes… Un autre gag notable arrive lorsque Laurel reste à l’intérieur du bateau, sommé par Hardy de ne rien faire afin d’éviter toute catastrophe : il souffle alors dans son pouce, provoquant un mouvement de son chapeau. C’est la deuxième excentricité physique de Laurel, après ses oreilles qui bougent de Blotto et Any old port! Bientôt, The devil’s brother allait en rajouter dans ce domaine…
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Published by Allen john - dans Laurel & Hardy
29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 11:07

Le dernier mot, voilà ce qui a pu caractériser la perfection accomplie par Wilder dans ses deux films les plus brillants de la période qui nous occupe. Aussi bien le « Nobody’s perfect » de Some like it hot que le « Shut up and deal » de The apartment sont des conclusions d’une grande élégance, des affirmations absolues de la maitrise du cinéaste sur son œuvre, qui résonnent encore longtemps après avoir fini le visionnage. Autant dire tout de suite qu’il me semble un peu alarmant que le titre choisi pour ce 20e film soit précisément cette dernière réplique. La dévoiler d’entrée de jeu, c’est vendre la peau de l’ours de façon un brin prématurée. Mais c’est aussi que cette réplique est celle qui va tout exorciser, et par tout, je veux dire 120 minutes corrosives, vulgaires, provocantes et particulièrement épicées…
http://alt.coxnewsweb.com/shared-blogs/austin/austinmovies/upload/2009/07/the_austin_film_society_is/kiss%20me%20stupid%20poster.jpg
Climax, Nevada, la ville dans lequel se déroule le film, existe : on ne pourra donc pas (trop) accuser Wilder d’avoir cherché la provocation jusque dans ses moindres recoins, mais bien sur il a choisi la ville dont le nom est synonyme d’orgasme comme lieu de la rencontre d’un certain nombre de personnages pour une suite d’évènements qui vont entrainer un certain nombre de péripéties inévitables, et des changements dans un certain nombre de vies. Et puis on est dans l’Amérique profonde, celle ou le puritanisme des uns s’accommode fort bien du relâchement des autres, à quelques encablures de las Vegas : le chanteur Dino (Dean Martin), en route pour L.A., s’arrête à Climax pour un plein. Il ne sait pas qu’il est tombé sur un pompiste qui a de l’ambition : Barney (Cliff Osmond) écrit les paroles de chansons composées par son ami Orville (Ray walston). Ils prennent la décision d’empêcher le chanteur, connu pour être un séducteur, de repartir, afin de placer des chansons. Le problème, c’est qu’Orville est marié et très amoureux, et donc très jaloux, et qu’en plus Barney entend bien profiter de la faiblesse de Dino pour le beau sexe, afin d’endormir son sens critique. Les deux hommes conviennent donc d’échanger Zelda (Felicia Farr), l’épouse légitime, contre Polly ( Kim Novak), une serveuse d’un bar louche, ce qui permettra à Orville de laisser Dino la séduire et de rendre le placement de chansons plus facile.

Prostitution, déjà évoquée dans les grandes largeurs sous son aspect mythologique dans Irma La Douce, crise de la quarantaine, obsession sexuelle, envies soudaines au beau milieu de l’après midi, douches à deux, adultères, les figures évoquées dans le film ne manquent pas, et pour Wilder, il ne s’agit plus d’appeler un chat autrement qu’un chat. Les dialogues, souvent effectués en duo (Orville – Barney, Dino – Zelda, Orville - Polly) sont truffés e gaillardise, comme il sied… Et pourtant c’est assez triste. Un drame se joue dans ce film, celui de la frustration, mais pas de tout le monde : les deux femmes sont non seulement l’objet d’un troc assez crapuleux (l'une sans le savoir, mais l'autre en est amèrement consciente), mais en plus elles souffrent. Bien sur Zelda est mariée à un homme qui a un cœur d’or, mais il est aussi si jaloux qu’elle n’en peut plus, et il est clair qu’elle avait besoin d’un prétexte pour aller faire une pause. C’est donc approprié que cette fan de Dino, le chanteur, puisse trouver comme par enchantement au milieu de cette pause Dino lui-même, servi sur un plateau, dans une scène de séduction assez délicate somme toute en dépit des circonstances (dans une caravane au milieu du désert) ; de son coté, Polly, la serveuse revenue de tout pour repartir vers rien, découvre en Orville un homme aimant et délicat, et se laisse séduire par lui, alors que ce n’était bien sur pas prévu, mais cela lui permet l’espace d’un instant d’être Mrs Orville Spooner, au lieu d’être une marchandise. Bien qu’il les oppose, en mettant en avant la douceur conjugale tranquille de Zelda et le coté charnel de Polly (C’est Kim Novak, quand même), il les rend complémentaires, et on a presque l’impression qu’elles pourraient être amies…

Obsession, maitre mot d’un grand nombre de personnages de Wilder : ici, on a trois obsédés : Dino, bien sur, joué avec un grand sens de l’autodérision par lui-même, ou presque, est annoncé dès l’ouverture : chanteur talentueux, mais qui boit sur scène, et qui truffe ses chansons d’apartés exposant ses deux passions, les femmes et l’alcool. Sitôt mis en présence des traces d’une femme (nuisette, mannequin), il se met en marche, et n’aura de cesse que de l’ajouter à sa collection; un temps, il croit ou feint de croire devoir se reposer un peu, ayant peut-être atteint un climax en matière de relations. Il est intéressant de constater que la seule relation sexuelle qu’il consommera durant le film sera avec Zelda, qui pourrait, vu ses fréquentations, être la seule vraie dame qu’il ait jamais eue. Sauf que lui ne s’en est jamais aperçu, persuadé qu’il faisait la rencontre de Polly… Barney est, lui, obsédé par la chanson, dans son versant économique. Il écrit, oui, mais elles sont toutes nulles, et la seule chose qu’il en retire, c’est d’imaginer le futur succès en espèces sonnantes et trébuchantes. Son nom, ingrédient Wilderien, est Millsap : mélange entre « mill » (moulin : le coté besogneux d’un homme qui ne ménage pas ses efforts ?) et « sap », andouille, et le fait est qu’il n’est pas précisément d’une grande classe. Quant à Orville J. Spooner (Encore un nom de minable), le prof de piano aux pulls en hommage à Bach et Beethoven, on aurait pu croire qu’il était obsédé par la musique, mais non : sa manie, c’est la jalousie maladive, du même calibre que l’obsession manifestée par Tom Ewell dans The seven year itch, les fantaisies visuelles en moins. Wilder a décidé d’être aussi réaliste que possible dans ce nouveau film, et laisse donc à André Prévin le soin de commenter ironiquement la jalousie obsessionnelle du héros en truffant la partition de Fur Elise, de Beethoven, de rajouts de contrebasse à l’archet à chaque fois qu’Orville est jaloux. Un petit caillou, en apparence anodin, lie d’ailleurs la jalousie et l’aventure improvisée à la fin du film entre Zelda et Dino : un mot laissé à l’attention du laitier par Zelda dans la bouteille de lait vide (afin d’effectuer une commande) trouve un écho parfait dans les billets de banque laissés par le chanteur pour récompenser « Polly » dans une bouteille de whisky.

Fidèle à ses penchants pour l’amour vache qui le lie à son pays d’adoption, Wilder retrouve paradoxalement dans ce film à vocation satirique les accents méchants de son Ace in the hole : rien de mieux que les déserts pour faire la radiographie de la médiocrité, semble-t-il… sauf que si les femmes sont ici les deux clés du film, elles renvoient toutes les deux à Orville, le minable prof de piano, que l’une a épousé, et que l’autre a convoité, alors qu’on lui promettait des frissons dans les bras du bellâtre à la mode. Et d’ailleurs, Orville aura gagné le droit de passer la nuit avec Polly après s’être conduit de façon chevaleresque avec elle, puisque comme toujours chez Wilder (Daphné dans Some like it hot, Lord X dans Irma la Douce peuvent tout à fait en témoigner), à force de prétendre, comme ici que Polly soit Zelda, elle devient vraiment la femme légitime d’Orville. Dino, lui, n’aura comme seul geste de remerciement qu’un lâcher négligent et contractuel de billets… Eloge de la médiocrité, film qui montre un visage de l’Amérique qui cache de moins en moins son obsession sexuelle, Kiss me stupid est un film qui vaut bien mieux que sa réputation.

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Published by François Massarelli - dans Billy Wilder
29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 11:01

Le dix-neuvième film de Billy Wilder, et son quatrième en couleurs, est adapté d’une comédie musicale, on attendrait donc assez logiquement qu’on y chante. Il y a bien de la musique, de grande classe, signée d’André Prévin, et un intermède chanté ou deux, mais ils sont systématiquement en situation : une jeune prostituée met un disque dans le juke box, et tout le monde danse, et sinon il y a une adaptation de Alouette, gentille alouette, interprétée par une cargaison de « poules » ( pour reprendre le terme choisi, en Français dans le texte, par Wilder et Diamond), qui menacent assez clairement de faire subir les derniers outrages à l’agent Nestor Patou qui les a embarqué dans un panier à salade. Bref : ne faisant rien comme tout le monde, et ayant de toute façon décidé de faire rendre gorge à la censure et au (toujours en vigueur)code de production de 1934 qu’il a continuellement attaqué, Wilder fait un film totalement personnel à partir d’une comédie musicale Parisienne, et c’est un plaisir.

Mais un plaisir parfois un peu long, c’est le principal défaut de ce petit plaisir coupable. L’argument vaut bien sur une fois de plus d’être exposé : à Paris, Rue Casanova, dans le quartier des Halles, les « poules » et leurs « macs » (Toujours en Français dans le texte) vivent en bonne intelligence avec les gens de la police, qui ne les empêchent nullement d’exercer leurs lucratives activités, et y puisent de temps en temps de quoi les aider à fermer les yeux. Au milieu de cette situation bien établie, arrive Patou , un flic honnête, mais un peu distrait, qui met du temps à comprendre la dite situation. Pourtant une fois qu’il ouvre les yeux, il n’est pas long à réagir, et opère une rafle, qui se passe tellement bien, que le pauvre Nestor Patou va devoir ensuite abandonner son uniforme, ayant un peu molesté certains clients, dont son supérieur hiérarchique. Il trouve alors refuge auprès d’Irma La Douce, la plus populaire des prostituées de la rue, dont il devient assez rapidement le souteneur. Le problème, c’est qu’il est aussi très amoureux, et surtout très jaloux…

Grace au rythme franchement indolent de cette mini-épopée des faubourgs, on peut voir la machinerie Wilder à l’œuvre. C’est aussi ce que beaucoup de commentaires reprochent au film, le fait de tourner un peu à vide, parfois. Admettons, d’une part, que le film pêche parfois par trop de fausse guimauve (ces couleurs !!), voire par excès de mauvais gout, franchement revendiqué. Ajoutons que certaines situations rappellent un peu trop d’autres films, notamment la scène lors de laquelle, seule avec un client (qui s’avère être Nestor déguisé, prétendant être irrémédiablement impuissant) Irma réveille de façon inattendue ses ardeurs, ce qui nous renvoie à Some like it hot, mais le champagne en moins. Il faudrait ajouter qu’en dépit de la ressemblance, la scène dans Irma ressemble à une provocation : dans le film précédent, sis en 1929, on y parlait d’embrassade, ce qui évidemment ne trompe personne. Là, on parle à mots à peine couverts, d’érection, d’impuissance, de rapports sexuels. C’est d’ailleurs la franchise du film, plus que son bricolage pour le rendre faussement naïf, qui en fait la force. Mais aussi les limites ; Wilder, en France, avec les décors d’Alexandre Trauner, et les mêmes comédiens (et quels!) que dans The apartment, ne pourra pas faire un film aussi beau que celui qu’il a fait aux Etats-Unis. Si ni Irma ni Nestor ne sont dénués d’intérêts, s’ils sont décidément bien mignons, et si leurs aspirations peuvent passer pour tendrement comiques (Irma, qui souhaite se dédier à son métier), ou si adorablement naïves (Nestor, qui se dévoue pour son Irma, sans que celle-ci ne s’en aperçoive, va travailler dès le lever du soleil afin de lui éviter le trottoir), il faut bien dire que la France présentée dans ce film tient vraiment de la fantaisie poétique, et qu’il est bien difficile de prendre le film au sérieux, ce qui n’est d’ailleurs nullement l’intention. Le film, après tout, tient une fois de plus du conte de fées : il y a même une authentique fée, en la présence de Constantinescu, dit Moustache, un homme qui a tout fait : la guerre, avocat, médecin, et qui va aider le proxénète Patou afin de donner un revenu à Irma dans pour autant qu’elle couche avec un autre que lui, et tous deux vont inventer Lord X. Drôle de prince charmant, joué par un Jack Lemmon qui se lâche, mais qui n’oublie pas de se retrouver un moment avec une seule des chaussures de sa Cendrillon vêtue de collants verts. Mais lord X, lui aussi, va échapper à ses créateurs, dans un final ouvertement fantastique.

Placé entre deux charges grossières, irritantes, mais si féroces à l’égard des Etats-unis (One, two, three, et bien sur Kiss me stupid), Irma est une petite halte, en forme de bluette, mais une bluette qui permet à Wilder d’être l’un des premiers au cinéma à montrer une femme enceinte avec un relief convaincant, dans un film qui voit Shirley McLaine se coucher nue dans un lit, et faire un regard lourd de promesses à Jack Lemmon. Le film a démontré l’inutilité du code de production, qui n’allait pas tarder à rendre l’âme. Quant à ce film mal fichu, mais adorable, il continue à intriguer, placé au cœur des années 60, et constamment sur le fil du rasoir : hautement provocateur, revendicatif et sordide, mais tourné avec un soin de maniaque, par des artistes du cinéma à l’ancienne… Pour ma part, et sans que je puisse l'expliquer, c'est l'un de mes préférés.

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Published by François Massarelli - dans Billy Wilder
29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 10:58

Un, deux, trois : dès le titre, justifié ça et là par les ordres mécaniques et survoltés aboyés par Jim Mac Namara à ses subalternes, on a l’idée d’un rythme collectif, d’une sorte de danse qui devient rapidement éffrénée: ce film est le plus volontairement burlesque et mécanique de Wilder, mais aussi l’un des plus froids, à l’égard de ses personnages, s’entend: car qui va-t-on pouvoir aimer dans cette histoire? C’est aussi, paradoxalement, un film à raccrocher de A foreign affair, parce qu’il a été tourné à Berlin, mais le Berlin de juste avant le mur, celui des zones, de la corruption, de la fuite par la porte de Brandebourg, un monde qui au moment de la sortie du film aura disparu, mais qui est ici très bien reproduit.

Un, deux: il faut semble-t-il choisir son camp. C’est ce que rappellent les capitalistes les plus acharnés, le président de Coca-Cola qui envoie sa fille à Berlin, qui n’arrivera que si «les cocos ne font pas exploser l’avion», ou bien le chef de la branche Berlinoise, donc Jim MacNamara, garant d’un système qui lui garantit une ascension, à lui qui vise justement le poste de directeur général de la firme pour l’Europe, sis à Londres. Mais les «autres», intermédiaires Soviétiques en visite pour négocier un contrat auprès de Mac Namara ou policier Est-Allemands, sont semblent-ils très attachés à leur monde binaire. Nous, c’est nous, eux, c’est eux, semblent-ils dire. L’arrivée de Scarlett Hazeltine, fille du président de Coca Cola à Berlin, aurait pu signaler l’heure du rapprochement: puisqu’elle tombe amoureuse d’un jeune communiste local, et se marie illico avec lui, si Wilder n’avait décidé d’en faire une ravissante idiote, et de son fiancé un imbécile dogmatique, insupportablement surjoué par un Horst Buchölz plus mauvais que tout.

Un, deux, trois: lassée des ambitions survoltées de son mari, de ses frasques extraconjugales, de la petite guéguerre Berlino-Berlinoise et de devoir voyager au gré des changements de poste de son mari, Mrs Phyllis MacNamara a finalement réussi à échapper au rouleau compresseur de Wilder et Diamond, et émerge seule rescapée de ce jeu de massacre; elle a beau exhiber dans un premier temps un cynisme caustique et salace, elle fait montre d’une vraie souffrance le moment venu, et Arlene Francis sait doser son jeu, à l’opposé d’un James Cagney déterminé à battre le record du monde de nervosité; par moment, on croirait voir Louis de Funès…

Tourné en plein Berlin, un Berlin en crise, et souvent truffé de gags plus énormes les uns que les autres, le film tranche bien sûr avec la palette plus délicate du film précédent. Il inaugure pourtant une série de trois films qui vont sérieusement pousser le bouchon très loin, et faire exploser les limites du bon goùt, de la morale, et de ce qu’on peut dire et montrer au cinéma ou pas: il y est question de sexe, bien sûr, désormais omniprésent dans l’œuvre de Wilder, et on appréciera la lourdeur pensée des allusions, entre MacNmara et sa secrétaire, supposée lui donner des cours de langue, ou le moment ou celle-ci déambule en chemise: MacNamara lui dit d’aller se rhabiller, parce que ‘sa chair de poule’ se voit, faisant allusion à la pointe de ses seins! Les enfants se tiennent d’ailleurs à la page, et Wilder s’amuse de ce monde qui joue entre deux langages, ou un docteur incapable de trouver le mot « pregnant » (Enceinte) se voit seconder par des enfants (« Elle attend des chiots ») Les noms retrouvent cette tendance d’artisan de l’allusion de Wilder, qui cisèle des noms qui à chaque fois sonnent juste, et permettent des gags en retour: Scarlett Hazeltine, jeune bourgeoise d’Atlanta, est absente ? Inévitablement, quelqu’un glisse : «She’s gone with the wind!» ; Piffl, le communiste, sonne comme un rien du tout. Et bien sûr, doté d’un nom qui sonne comme une trompette, Cagney hurle, tempête, en fait des tonnes, et encore une fois, c’est bien là que le bât blesse. Ca fatigue, honnêtement… Il semble en vouloir en permanence au peuple Allemand, auquel il reproche son incorrigible rigidité militariste (Mais il est vrai que le plus inoffensif des assistants ou le plus affable des journalistes semblent cacher des Nazis invétérés), et lui aboie dessus en permanence. Des réminiscences de Ninotchka, à travers les trois commissaires soviétiques qui traitent avec MacNamara, nous font décidément regretter le coté mécanique de ce film.

Et si tout cela avait un sen ? S’il nous fallait jeter tout ce monde bipolaire au profit du je-m’en-foutisme plus humain de Mrs MacNamara? Tourné de part et d’autre d’un mur invisible qui ne demandait qu’à devenir concret, One, Two, Three n’oublie pas plus que A foreign Affair de nous montrer les quartiers détruits de Berlin, sa tristesse et sa nudité. Ce monde n’a que deux solutions, soit les rouges, soit Coca-Cola, il lui en faut peut-être une autre…
A propos de Coca-Cola, largement cité, sans détour, ni regret, la firme ne sort pas indemne, et son esprit de conquête, le sens du secret, la volonté d’hégémonie aussi finissent par incarner l’esprit Américain carnassier déjà souvent incarné par d’autres institutions : la presse dans Ace in the hole, Hollywood dans Sunset Boulevard, Sheldrake et sa compagnie d’assurances dans The apartment. C’est intéressant, mais le film reste malgré tout trop dominé par l’énervement systématique de sa star, et le coté mécanique qui s’ensuit, pour toucher juste. Le film suivant saura au moins se doter de personnages plus aimables.

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Published by François Massarelli - dans Billy Wilder
28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 11:23

Somme de comédie, le seizième film de Billy Wilder est un tel classique qu’il n’a pas vraiment besoin d’être défendu. En même temps qu’un film drôle et enlevé, c’est aussi une reconstitution très soignée, d’une époque saisie non seulement dans ses apparences, mais aussi dans son esprit. Si Diamond et Wilder ont, on le sait, du métier, on peut quand même s’étonner de ce que le metteur en scène ait su aussi bien capter l’esprit de l’époque de la prohibition, lui qui était en Europe à cette époque. Du reste, l’élégance et la classe de la mise en scène éclatent au grand jour dans la séquence d’ouverture, toute en mouvement, qui voit un corbillard rempli de mines interlopes, poursuivi par des policiers dont les balles de mitraillettes vont percer le cercueil qui trône au milieu du véhicule mortuaire, révélant un flot de liquide : lorsque les bandits soulèvent le couvercle du cercueil, et contemplent les dégâts sur les bouteilles d’alcool frelaté, l’air désolé. Un titre, alors, confirme ironiquement ce que nous savions déjà : Chicago, 1929. Pas un mot n’a été prononcé.

Donc, reconstitution magnifique et maniaque, bourrée d’allusions à la mode, à la culture populaire de l’époque, Some like it hot remplit sa mission jusqu’à se situer dans le monde du spectacle et sur les lieux de plaisir, de Chicago à Miami, nous montrant le jazz, la prohibition, mais aussi la civilisation des loisirs en action, à travers les séquences de plage, et les scènes situées dans l’hôtel luxueux. On peut ici rappeler l’argument du film : parce qu’ils ont assisté à un règlement de comptes sanglant, deux musiciens (Tony Curtis et Jack Lemmon) sont amenés à se déguiser en femmes pour se cacher dans un orchestre de jazz composé uniquement de femmes. Ils partent donc en train pour Miami on d’une part les gangsters (au premier rang desquels George Raft) ne manqueront pas de venir, et d’autre part l’un d’entre eux (Joe, Tony Curtis) va jouer son va-tout et se faire passer pour millionnaire afin de séduire Sugar, la très plantureuse et irrésistible chanteuse de l’orchestre interprétée par Marilyn Monroe.

La construction fait mouche, divisée en trois actes, le premier avec l’intrigue autour des gangsters, la fuite des musiciens, et les scènes limites des deux hommes arrivant dans le train rempli de jeunes femmes (Jack Lemmon, en particulier, a du mal à cacher sa joie) ; un deuxième acte met en place le stratagème de Joe et ses trucs pour attirer Sugar, au grand dam de Gerry « Daphné » (Lemmon) ; enfin un troisième acte plus nerveux précipite les choses, autour de la rencontre improbable entre les gangsters responsables du massacre (venus assister à un congrès des « amis de l’opéra Italien), et les deux témoins gênants, qui sont vite reconnus. Tous les styles de comédie sont plus ou moins explorés, et Wilder peut ainsi rendre hommage à Lubitsch, Hawks, mais aussi aux burlesques, avec un final très physique. Du reste, le style de Wilder est, n’en déplaise à sa légende et ses propres déclarations, très visuel : son utilisation du signe cinématographique est aussi virtuose que son recours à des gags dialogués : voir en particulier son plaisir à annoncer George Raft, par ses guêtres, et répéter le motif dans toutes les variations possibles, y compris dans les dialogues bien sur. Le film est donc un plaisir constant, magnifiquement capté par Charles Lang dans un noir et blanc superbe : le film reste à ce jour l’un des exemples les plus anciens du choix du noir et blanc, à une époque ou la couleur se généralise. Wilder y sera fidèle jusqu’à 1966. Sinon, outre les dialogues, remplis de bons mots et de phrases qui resteront, on retiendra l’époustouflante imitation de Cary Grant (Epoque Bringing up baby) par Tony Curtis, qui donne lieu à la phrase « Some like it hot, but I personally prefer Classical music » qui bien sur donnera son titre au film. George Raft aura droit aussi à un gag allusif, lorsqu'il reproche à un gangster de jouer avec une pièce de monnaie, le cinglant d'un "Where did you learn that cheap trick?" savoureux.

Les thèmes explorés par le film ont été déjà largement évoqués dans la filmographie de Wilder jusqu’ici : le sexe (De plus en plus présent, et sous des allusions de moins en moins codées, voir à ce sujet la fameuse scène du train, lorsque Jack Lemmon est submergé par des paires de jambes et des filles en nuisette), la dissimulation et le déguisement (Ici source de survie pour les deux musiciens, source d’amour pour Joe et d’embêtements sans fin pour Gerry), mais aussi l’obsession, incarnée par de nombreux personnages, surtout les gangsters (Spats Colombo et ses guêtres, Toothpick Charlie et ses cure-dents). Mais bien sur, comment ne pas évoquer la confusion des sexes, à travers ce très troublant voyage de deux hommes à travers leur féminité cachée, de Joe qui trouve très vite sa voix, et incarne à merveille la sophistication hautaine, à Gerry, qui se trouve si bien en femme qu’il succombe très vite à un certain nombre de réflexes : il sait trouver els mots pour reprocher ses gestes déplacés à Bienstock, le très falot assistant du chef d’orchestre Sweet Sue, il est dans un état second suite à la proposition de mariage d’Osgood Fielding III, et bien sur il s’invente d’autorité un prénom inattendu, comme s’il avait déjà prévu le cas : Daphné, au lieu de Geraldine. Si on se concentre beaucoup sur les mésaventures de Gerry, décidément coincé dans la peau de Daphné puisque contrairement à Joe, il n’a pas l’échappatoire d’être Junior, le faux milliardaire qui tourne la tête de Sugar. Joe n’est pas en reste, toutefois, qui au moment de passer la défroque de Junior, oublie facilement les boucles d’oreilles encombrantes, auxquelles il finit par s’habituer. Une seconde peau ?
L’intelligence de ce film, qui navigue entre deux eaux (le public visé est familial , mais les allusions rendent le spectacle pus chaud . remarquez, certains l’aiment précisément chaud.), ets de ne pas transformer cette histoire de confusion en un prétexte pour toute l’histoire, ce qui donne des résultats moins brillants : prenons par exemple le cas de Goodbye Charlie, de Minnelli. Mais cette comédie ratée est aussi un peu présente dans le film de Wilder : lorsque Toothpick Charlie quitte les lieux de sa trahison, il est par deux fois fait allusion au titre de la pièce de George Axelrod, publiée en 1959 : toujours cette tendance de Wilder de faire allusion à la culture de son temps, y compris lorsqu’il situe un film en 1929. Ce n’est certainement pas un hasard si le film cite par le biais de ce titre une pièce dans laquelle un acteur revient à la vie sous la forme d’une femme, désormais condamné à vivre dans la peau d’une femme…

Voilà, toutes ces raisons conduisent à l’inévitable conclusion : s’il manque parfois un peu de cœur, ce film est un spectacle, une comédie dont on ne se lasse pas, qui a bien mérité son statut de classique, et qui va asseoir une bonne fois pour toutes Wilder, qui pourra ensuite bénéficier de sa nouvelle collaboration avec Mirisch pour 7 autres films, avec lesquels il fera beaucoup de choses, pas toujours ce qu’il veut, mais au moins va-t-il pouvoir essayer. Je reprochais tout à l’heure à cette comédie parfaite de manquer un peu d’âme, ce n’est qu’une petite réserve. Du reste, le film suivant rattrapera de façon spectaculaire ce (petit) défaut.

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Published by François Massarelli - dans Billy Wilder Comédie
28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 11:18

Troisième film de Billy Wilder sorti en cette année particulièrement faste, "Témoin à charge" pour reprendre un titre Français exact, est aussi le premier à sortir sous le patronage bienveillant des United Artists. Si le film, contrairement aux 8 suivants, ne sort pas sous la houlette des productions Mirisch, l'équipe autour du metteur en scène continue à se mettre en place: si son co-scénariste Izzy Diamond est cette fois absent, remplacé par un tandem qui adapte avec Wilder la pièce de Agaha Christie, le metteur en scène confie ses décors une fois de plus à Alexandre Trauner dont il a aimé le vrai-faux Paris de Love in the afternoon. Sa reconstitution en studio de l'Old Bailey, cour de justice Londonienne, fera assurément son petit effet, avec ses bois et ses cuirs, habités par des régiments d'avocats emperruqués, qui veillent à la justice et son bon ordre...

Il serait bien sur vain d'aller chercher dans cette adaptation d'une pièce à succès d'Agatha Christie l'univers de Billy Wilder, mais celui-ci ne s'est pas contenter d'illustrer platement le "whodunit" de la digne dame: il s'est approprié une vision de Londres et de l"'Anglicité", placée sous le signe de l'ordre, symbolisé par ces rangées bien propres et nettes d'avocats, aussi droites et rectilignes que le sont les horaires pour médications et soins, imposés à sir Wilfrid Robart par son infirmière. Sir Wilfrid (Charles Laughton) est, à n'en pas douter, à la fois un as du barreau, dont le flair et le manque palpable de scrupules font un fin limier ("Wilfrid the fox") et un irascible conservateur, fort d'un passé glorieux, et de petites habitudes dangereuses qu'une santé chancelante remet sérieusement en question: le film est rythmé par les lampées d'alcool clandestin et les cigares piqués sans que la vigilante infirmière s'aperçoive de la supercherie. au sein de cette histoire de procès pour meurtre, bien propre, bien nette, Sir Wilfrid va se placer en diagonale, à mi-chemin entre le bien et le mal, entre le mensonge et la vérité. Coincé au milieu, tel qu'il est dans la scène ou on le voit hésiter, sur son petit ascenseur, au milieu de l'escalier, entre ses collaborateurs et son infirmière.

Leonard Vole (Tyrone Power), est un bellâtre (ou plutôt un vieux beau) qui a été trop loin: a force de fréquenter une vieille fille, celle-ci est morte. Il assure être innocent, et Robart va le défendre, non sans hésitations; en effet, le vieil avocat sent que l'homme est innocent, mais pas aidé dans son affaire par son épouse Christine (Marlene Dietrich). Lorsqu'en plein procès l'"épouse" (qui étant déjà mariée auparavant ne peut prétendre à ce titre) s'avère un témoin à charge dûment agressif, la partie devient difficile...

Un avocat, ça ment, mais ça a aussi besoin de croire en ce qu'il dit. C'est en jouant avec ce paradoxe que Wilder nous fait suivre un personnage attachant et forcément énorme, Laughton oblige. Celui-ci s'acquitte de son rôle avec gourmandise, d'autant qu'il partage l'affiche avec son épouse Elsa Lanchester, en infirmière mère-poule, cible de la rancoeur de l'insupportable vieux bougon. la caractérisation passe par chaque geste, chaque manie, soulignés de façon impeccable durant tout le film, ce qui fait joyeusement passer la pilule du "film de prétoire".

Un avocat ment donc, mais il n'est pas le seul: Christine, Leonard, mentent aussi, à des degrés divers et d'une façon différente, mais c'est là tout l'échafaudage du film qui se révèlerait si on allait plus loin dans la description. Disons que, fidèle à son habitude, Wilder a parsemé son parcours d'indices, de détails, et de personnages qui prendront tout leur sens in fine, notamment une jeune femme dont on se dit au départ qu'elle n'est là que pour interagir, en tant que spectatrice anonyme, avec l'infirmière. Mais.......

Le mensonge, la dissimulation, et la partie de cache-cache avec la morale, figure imposée d'un film sis dans la prude plus que perfide Albion, sont des thèmes pas si éloignés du canon Wilderien. Tout au plus constatera-t-on que l'on se préoccupe plus des artères de Sir wilfrid que des frasques sexuelles ou amoureuses des personnages. Un flash-back renvoyant assez directement à A foreign affair nous permet de voir quand même l'idylle Power-Dietrich mal partir sur un lit qui s'écroule avant même que les ébats ne commencent. cette allusion à un autre film va de pair avec l'allusion à Jesse James, justement interprété par Tyrone Power en 1939, lorsque Leonard rencontre la future victime au cinéma dans un autre flash-back; toujours ce gout pour le divertissement populaire chez Wilder, et toujours cette tentation rigolarde de la citation...

Dans ce film sans grande prétention mais très soigné, l'histoire tend à l'emporter sur le tout, il est vrai qu'elle est prenante, efficace, et due à une spécialiste du genre. Mais on ne peut faire abstraction de Sir Wilfrid Robart, de sa morale qu'il doit accepter de malmener, et du fait qu'à l'instar de Rommel (Five Graves to Cairo) et de Sherlock Holmes (Private life...) il soit le dupe d'un jeu trop subtil, même pour lui... et là, on retrouve décidément le grand Billy Wilder, même dans ce petit film.

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Published by Allen john - dans Billy Wilder