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1828, Edimbourg: l'académie de médecine du Dr Knox est une très prestigieuse école de médecine, menée à la baguette par le très rigoureux Docteur (Peter Cushing)... Qui a parfois besoin de cadavres afin, dit-il avec insistance, de faire avancer la médecine. Il utilise donc les services de "résurrectionnistes", comme on les appelle, en fait des profanateurs de tombes qui volent les corps récemment enterrés. Le docteur ne s'en vante pas, et ne condamne en rien leurs pratiques, qui lui permet de fournir à ses étudiants des objets d'études. Deux imigrés Irlandais de fraîche date, Burke (George Rose) et Hare (Donald Pleasence) ont été témoins de la manoeuvre et ont l'idée d'apporter à l'académie un de leurs locataires qui vient de mourir. Devant la somme qui leur est proposée, ils prennent la décision d'en faire un business, et vont désormais tuer pour fournir l'école...
C'est la troisième fois que cette même intrigue (inspirée de faits réels) sert les besoins du cinéma: la première fois, c'était avec The body snatcher, de Robert Wise, produit par Val Lewton avec Boris Karloff, un film qui examinait cette intrigue sordide sous l'angle du film fantastique, mais aussi avec une caution littéraire non négligeable, puisqu'il était basé sur une nouvelle de Stevenson. John Gilling avait écrit le script d'un film basé sur l'affaire en 1948: The greed of William Hart, mais la censure avait exigé que les noms des protagonistes soient changés. Ce n'est pas le cas ici... Mais une chose est sûre, rien dans ce film n'ira dans le domaine du fantastique ou de l'onirique! Tout y est vrai, authentique, cru et pour tout dire particulièrement sordide!
Outre l'intrigue détaillée ci-dessous, on suit les amours de deux couples: le docteur Mitchell (Dermot Walsh), fraîchement diplômé et qui assiste le docteur, est fiancé à sa nièce Martha Knox (June Laverick), et un étudiant, Jackson (John Cairney), a trouvé l'amour dans les bras d'une fille de taverne (Billie Whitelaw), qui va trouver la mort lors de sa rencontre avec Burke et Hare. Ces sous-intrigues vont évidemment jouer un rôle important dans le film, mais aussi souligner la façon dont lasociété d'Edimbourg, comme toute la Grande-Bretagne, est en 1825 à deux vitesses... Et le sordide, déjà présent dans l'intrigue criminelle crapuleuse qui nous est contée (et de façon très graphique, soyez-en sûrs!), provient aussi de ces scènes parfois extrèmement forcées de beuveries et autres orgies... Les deux couples, sont asse symboliquesdes deux mondes, et c'est ambigu: d'un côté Billie Whitelaw est une prostituée, et June Laverick la nièce bien comme il faut du bon docteur, et de l'autre cette dernière ignore les choix douteux de son oncle, alors que l'autre jeune femme, avant de se faire tuer, aura sacrifié son amour afin de ne pas pénaliser le jeune étudiant en médecine qui l'aime... Pour pas grand chose, d'ailleurs, car il finira lui aussi en cadavre frais.
C'est le premier film de Peter Cushing appartenant plus ou moins au genre de l'horreur qui n'a pas été produit par la société Hammer, et on sent ici, effectivement, comme une forte volonté d'ancrer l'intrigue dans sa vérité, la plus crue. Non qu'on évite le baroque, mais en tout état de cause, le film est loin d'être un diverstissement familial. L'atmosphère de ces 95 minutes, partagées entre l'académie et ses pratiques policées (on est dans le grand monde, et le Docteur Knox est un monsieur, admiré et respecté par toute la ville) et les bouges, tavernes et autres bars à matelot où les pires passions se déchaînent. Le film est riche, d'ailleurs, en passages qui ont fait l'objet de deux (voire trois) versions: une version pour la frileuse Grande-Bretagne, qui accepte les scènes très violentes mais coupe la nudité et les scènes indicatives de débauche sexuelle, une version plus prudente encore pour les Etats-Unis, dont le cinéma grand public est encore sous le joug du code de production, et une version "continentale" pour l'Europe, avec toutes ses turpitudes...
C'est qu'il est énormément question de morale et de culpabilité dans ce film, qui pose effectivement la bonne question... certes, Burke et Hare sont des criminels, de la pire espèce, des tueurs qui tuent parce que c'est facile: un simple d'esprit, un vieil homme, une prostituée peu farouche... Mais aussi ils tuent pour quelques pièces. Et ils tuent finalement indistinctement. Pour autant, la bonne société (représentée dans le film par le conseil de l'ordre) n'apprécie guère les rumeurs autour du Dr Knox, et de sa façon de se fournir en cadavres... Les profanateurs de tombes, au début du film, n'aimeraient pas se faire surprendre en plein travail! Et bien sûr le Docteur lui-même, est sur la sellette, lui qui va comprendre lors d'une scène où un enfant qui ignore son identité, lui répète ce que lui ont sans doute dit ses parents: "j'ai peur qu'on on m'envoie chez le Dr Knox". De médecin enclin à devenir le bienfaiteur de l'humanité (il a une très haute idée de lui-même et de son art), il est devenu un facilitateur du meurtre, sous son angle le plus répugnant... Peter Cushing a adopté pour ce film un visage impressionnant: sa rigueur, sa raideur légendaire, est mise en doute par un oeil à demi fermé, probablement le bon docteur est-il borgne. Une façon de souligner que selon l'angle de vision ce ne sera pas le même homme...
Inévitablement, pour bien apprécier le film, il faut se procurer une version intégrale, quelles que soient les réserves: le film choisit de montrer, aussi bien des détrousseurs de cadavres, que des tueurs, des prostituées qui ne ressemblent en rien à Marguerite Gautier, et une impressionnante pendaison... Un parti-pris de réalisme qui rappelle aussi la puissance émotionnelle du cinéma. Et le pire, c'est que ce film (Au fait, le titre français était L'impasse aux violences) n'a pas eu un grand succès. Etonnant, non?
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