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31 octobre 2026 6 31 /10 /octobre /2026 22:21

Pour commencer, le film est perdu: certes, on peut en voir des fragments qui ont été assemblés tant bien que mal, mais il est difficile d'y trouver du sens. Il s'agit d'un film d'une compagnie mineure (Vogue Film Productions), qui a engagé Ben Turpin quelques années avant son passage par les films Sennett. Et bien sûr, le film est situé un peu plus d'un an après le passage de Turpin par le studio Chaplin quand celui-ci travaillait pour la compagnie Essanay.

C'est difficile, je le disais, de trouver du sens et donc une intrigue. Disons que Turpin, célèbre pour son strabisme et sa moustache de guingois, y est le concierge absolument inefficace d'un immeuble, où il drague effrontément une voisine dotée d'un mari chatouilleux. Le couple, d'ailleurs, pratique avec intensité le tir à 'arc pendant que leur concierge s'accomplit plutôt dans les explosifs! Je renonce à aller plus loin, car l'essentiel, c'est que ces fragments très abimés, collés les uns aux autres, sont évidemment fascinants.

Il s'en dégage une impression de chaos organisé, de grand n'importe quoi salvateur, qui prouve d'une part que la Keystone, le studio de Sennett à l'époque, avait une forte influence avec son comique anarchique et bordélique à souhait. Et d'autre part que la comédie burlesque Américaine s'accomplissait dans, justement, le fracas: ici, les explosifs ne font en rien semblant.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet
31 octobre 2026 6 31 /10 /octobre /2026 16:27

Vern Haskell (Arthur Kennedy) est un brave homme, un cow-boy qui rêve de s'établir avec sa fiancée: le mariage est prévu pour dans huit jours... mais elle travaille dans un magasin qui est dévalisé par des bandits, et lors du hold-up, elle est tuée... Vern décide de retrouver les hommes, et mène son enquête, détail après détail... Il remonte la piste jusqu'à une bande de hors-la-loi qui tournent autour d'une ancienne chanteuse de saloon, Altar Keane (Marlene Dietrich). L'un d'entre eux possède une cicatrice, comme si une femme l'avait griffé...

Il n'y a peut-être pas de genre plus propice aux obsessions de Fritz Lang que le western: la culpabilité, la loi et ses subtilités, la présence de la mort qui rode, l'envie du crime et surtout la vengeance considérée comme une affaire strictement privée! D'ailleurs, s'il n'en a fait que trois (Outre ce film, The return of Frank James et Western Union), le fait est que d'autres films dans son oeuvre auraient aisément pu appartenir au genre: dès 1919, n'avait-il pas pastiché le genre dans Die Spinnen? Fury, You only live once, Man Hunt ou The big heat auraient pu se dérouler sans accrocs dans un cadre westernien, sans changer grand chose à leur atmosphère.

Donc, la motivation pour Vern, un héros tranquille qui aspirait sans doute à l'anonymat et une vie bien pépère, sera la vengeance, une vengeance qui lui tient à coeur car on le verra sacrifier beaucoup dans ce film, qui le place dans une certaine incertitude quant à son avenir: il sacrifie d'abord son honnêteté, car pour s'approcher des coupables potentiels, il lui faudra se faire marquer comme bandit, et être crédible. Il va donc commettre un délit... Il va aussi, dans une scène révélatrice, sacrifier toute chance auprès d'Altar, la mystérieuse chanteuse, qui manifestement en pince pour lui bien qu'elle soit promise à un autre (Mel Ferrer). Combien d'autres héros de westerns auraient eu la chance de "partir avec la fille" à la fin du film? 

...Pas Vern, car ce n'est pas ce qu'il cherche. 

Et puisqu'on parle de chercher, le film est construit en deux temps, ce qui ne surprendra personne chez les spectateurs familiers de l'oeuvre de Lang! Sauf que ces deux parties ne sont pas des longs métrages à part entière, voilà tout. La première est celle qui est consacrée à l'enquête et on retrouve l'art de Lang pour les puzzles, faits de détails, de signes, de petits riens qui s'amoncellent. Ici, le puzzle reconstitue de façon obsessionnelle le visage d'une femme autour de laquelle le crime gravite, interprétée par Marlene Dietrich...

C'est là que pour moi le bât blesse... Quelle loi au monde, quel juge impitoyable nous a imposé, à chaque fois ou presque qu'un rôle lui revenait, que Marlene Dietrich (par ailleurs une actrice fort capable) doive chanter une chanson... J'utilise le terme de chanter à défaut d'autre chose, mais je persiste et je signe: non seulement c'est faux et ridicule quand elle chante, mais c'est toujours aussi épouvantablement laid. Et pour tous les films que j'ai vus d'elle, il n'y a pas une exception...

Mais outre ça, c'est un impeccable western, dont le seul (autre) défaut est sans doute d'être tombé dans le domaine public: ça veut dire qu'on a toutes les chances, quand on le voit, de tomber sur une abominable copie... sauf si on a entre les mains le Blu-ray Warner Archive sorti en janvier 2023. 

 

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Published by François Massarelli - dans Fritz Lang Western
31 octobre 2026 6 31 /10 /octobre /2026 11:13

1976: trois amis du nord de Londres font de la musique en copiant maladroitement les disques de Fats Domino dans le petit appartement de l'un d'entre eux: Chris Foreman est le guitariste, Mike Barson le clavier et Lee Thompson le saxophoniste. Ils sont très mauvais... Mais ils s'accrochent et de fil en aiguille, leur groupe, s'affine et devient un incontournable de la scène de cette fin des années 70 à Londres.

On a vu déjà, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, des films tournés autour d'un groupe: le meilleur exemple étant bien sûr A hard day's night (1964) et Help! (1965) de Richard Lester, qui montraient le premier les Beatles dans leur routine d'idoles des jeunes, et le second une intrigue totalement idiote à la James Bond, avec Ringo Starr en victile de la vindicte d'une secte. En France, les poètes Philippe Clair et Claude Zidi ont tourné des navets avec le groupe Les Charlots, les faisant passer au rang de comiques (c'était l'intention en tout cas) cinématographiques... J'admets que cette comparaison est fort perturbante. Je vais donc m'abstenir de parler de la filmographie des Martin Circus...

Non, car ici, il est question de Madness: pourquoi Dave Robinson, le patron du label Stiff qui les diffusait, a-t-il eu l'idée de faire un film autour du groupe (qui était, certes, un phénomène discographique (rien qu'en 1981, soit avant la sortie du film, on comptabilisait deux albums, tous les deux numéros deux en grande-Bretagne, et 8 singles dont 7 avait intégré le top ten. Ce qui n'allait pas s'arrêter...)? Mais en 1981, en pleine New wave, un groupe pop comme Madness, à plus forte raison fortement identifié comme étant partie intégrante de la classe ouvrière, n'avait pas besoin de participer au grand mensonge médiatique qu'une telle entreprise pouvait contenir... Les anecdotes autour des Beatles vivant dans le même espace, dans Help! ont bien vieilli, mais les futurs Madness, s'ils ne partageaient pas la même maison, vivaient dans la même galère.

Et la bonne surprise, c'est que ce qui n'aurait du être qu'un simple film amateur, devient dans les mains de Robinson (qui n'a jamais tourné aucun autre long métrage  mais s'est chargé des clips du groupe jusqu'en 1983) et de Madness (les sept musiciens ont activement participé au script) une expérience de cinéma-vérité sous forte influence, notamment de Martin Scorsese. Le choix a été fait de tourner en super 16, ce qui donne souvent un aspect nocturne et des couleurs sales, sans parler d'un grain omniprésent. Le film présente les débuts du groupe, remontant les trois ans des débuts à la consécration, les membres du groupe jouant (ou re-jouant) leur propre rôle. A chaque fois que c'est possible, les musiciens jouent vraiment la musique qu'on entend... Et la prouesse a été de persuader les relations, anciennes comme actuelles, de jouer leur propre rôle dans un remake de leurs rencontres avec Madness: les petites amies, parents, autres musiciens (les frères Stacey, aujourd'hui producteurs respectés, Clive Langer, le producteur/arrangeur des premeirs albums) et surtout les anciens musiciens, ceux qui avaient fait partie des Invaders, le groupe prototype, avant de s'en faire virer. L'arrivée et le départ (et parfois le retour) des membres est rejouée sous nos yeux avec une honnêteté déconcertante, souvent comique par sa gaucherie: je ne parle pas de celle des acteurs d'un jour, mais bien celle des êtres humains qui nous sont montrés.

La palme, certainement, revient à Lee Thompson, le petit saxophoniste, un vrai voyou semble-t-il, qui traine sa maladresse de petit boulot en vol de disques, et passe son temps à se quereller avec la terre entière, Mike Barson en premier! Chacun des membres a droit à on petit spot solo, joué simplement et sans chichis... On verra Mark Bedford (Basse) et Woody Woodgate (Batterie) courir les auditions avant de s'imposer à Madness, Graham "Suggs" McPherson (chant) aller et revenir, Carl Cathal "Chas Smash" Smyth (Chat, chorégraphies définitives, trompette) tenter sa chance en tant que bassiste (il est très mauvais) avant de revenir par la grande porte en imposant un discours légendaire sur leur reprise de One Step Beyond, de Prince Robinson: "Hey you! Don't watch this! Watch that! this is the heavy heavy monster sound... etc." On vivra les engueulades, les galères loufoques, une lutte sans mercis au sabre laser entre Mike Barson et un ami skinhead (ceux d'avant, les Two-tone, pas le service d'ordre de Bardella), et bien sûr l'arrivée du succès à travers une soirée mémorable (et authentique): ce soir où Madness, invités à ouvrir pour le (magnifique) groupe The specials, a fait le pari de ne pas annuler sa prestation simultanée dans un pub bondé, enchainant ainsi deux concerts survoltés dans deux pubs situés aux antipodes l'un de l'autre. C'est sans aucun doute vrai, ce n'en est pas moins légendaire...

Avec son cinéma-vérité gonflé, naïf et rigolo, son absence totale d'enjeu (le succès de Madness, immense machine pop qui s'est fondée sur le multiculturalisme cher à Londres, était inévitable en 1979), sa musique qui se bonifie d'une scène à l'autre (et quel répertoire! les chansons sont authentiquement prises dans cette période, entre Mistakes, One step beyond, Swan lake, Night boat to Cairo, My girl, Bed and Breakfast man, Take it or leave it, In the middle of the night, The prince, Madness, On the beat Pete...), le film est certes un objet de son époque. Mais c'est tellement attachant!

 

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Published by François Massarelli - dans Musical
29 octobre 2026 4 29 /10 /octobre /2026 19:25

Doublepatte (Carl Schenström) et  Patachon (Harald Madsen) vivent dans un petit appartement à Copenhague en face de deux jeunes femmes avec lesquelles ils ont une complicité de voisinage: pour rien au monde ils ne manqueraient ces conversations d'une fenêtre à l'autre, qui tournent parfois à un concours farfelu de mimes... Madsen, qui rend parfois des services à la voyante qui habite sur leur palier, apprend de cette dernière qu'il va probablement devenir riche, et trouver l'âme soeur, mais pas avant d'avoir triomphé d'un ennemi redoutable. Pour ce dernier, il est vitre trouvé, c'est un voisin irascible qui habite le même étage. Mais un avocat lui annonce qu'il va hériter la fortune considérable d'un Américain excentrique...

Sorti en décembre 1929, à l'heure où le cinéma du monde entier s'adonnait aux joies étranges du parlant, du balbutiant, du chantant, du bêlant, du bégayant, ce film a le bon goût d'être muet, une situation qui va durer pour Carl Schenström, Harald Madsen et Lau Lauritzen jusqu'à la sortie en mars 1932 de leur dernier long métrage silencieux, I kantonnement, réactualisation du burlesque troupier. Ce film qui nous occupe est assez typique, dans la mesure où l'intrigue, simple comme bonjour et traitée de façon linéaire avec suffisamment de quiproquos et de confusion pour maintenir l'intérêt, permet aux deux acteurs de faire exactement ce pour quoi ils sont devenus des superstars mondiales en leur époque: des numéros physiques, un authentique ballet de pantomime de haute voltige, dans les situations suivantes:

Ils sont vendeurs de bananes sur la côte, et attendent leurs clients sur un radeau et risquent en permanence de se retrouver à l'eau; comment piquer le petit déjeuner du voisin quand il pourrait sortir à n'importe quel moment et vous coller une baffe terminale? ...on les verra en hommes-sandwiches, déguisés en hommes de la bonne société pour vendre des vêtements, mais s'efforçant de ne jamais montrer leur dos à leurs fiancées, car on y lit la réclame du magasin, et elles ne sont pas au courant qu'ils sont fauchés... Puis on les retrouve aux prises avec des fantômes dans un souterrain!

C'est vivace, bon enfant, assez typique de Lauritzen et de ses productions élégantes tournées sur la côte en plein été, avec des jolies filles, dont Nina Kalckar et Marguerite Viby (ici de droite à gauche), qui une fois n'est pas coutume, diront toutes les deux "Oui" à la fin...

 

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Published by François Massarelli - dans Schenström & Madsen Lau Lauritzen Muet Comédie 1929 *
29 octobre 2026 4 29 /10 /octobre /2026 15:38

Ce film anonyme de 2 minutes porte fort bien son titre. Pendant que des déménageurs s'occupent de meubles d'un appartement, un concierge s'assied et somnole à l'abri d'une porte. Un mitron qui passe par là a l'idée saugrenue d'asperger les déménageurs d'eau...puis de se cacher.... Agacé, l'un des costauds pense que le désagrément est du au concierge, referme la porte sur lui... Il meurt aplati, et la porte garde les stigmates du crime...

C'est tout bonnement ça, c'est direct et fatalement drôle, même si c'est aussi graphique que grossier! Comme quoi on n'a pas attendu les années 70 et la vague des films de slashers pour se lâcher et faire dans l'horrible.

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Published by François Massarelli - dans Sproutch Muet
27 octobre 2026 2 27 /10 /octobre /2026 19:30

Le titre signifie "Afrique, droit devant!", et ça s'explique aisément: alors que Schenström-le-maigre (Doublepatte) et Madsen-le-petit-rablé (Patachon) travaillent dans une taverne à matelots, une émeute provoque un raid. Parmi les clients, il y a deux charmantes jeunes femmes qui ont fait le mur de leur somptueuse propriété pendant un bal costumé, et dont les soupirants les ont lâchement abandonnées. Les deux héros inattendus les déguisent en marins, pour traverser le port, mais se font attraper par l'équipage d'un cargo qui les embarque de force: direction l'Afrique, donc, où une partie du film a été tournée.

...Ou plus précisément les Canaries, mais une chose est sûre: ce n'est absolument pas au Danemark que ce film au budget probablement conséquent (une preuve de l'importance de l'équipe Lauritzen-Schenström-Madsen pour la Palladium) a été tourné... Parmi les nombreuses péripéties du film, il y a une évasion, un enlèvement de masse par des indigènes, et diverses tentatives de fraterniser entre les Danois d'un côté, et une tribu Africaine où "Doublepatte et Patachon" sont tellement bien intégrés qu'ils se voient dotés d'épouses...C'est l'un des meilleurs ilms, mais aussi sans aucun doute le plus politiquement incorrect avec sa tribu Africaine qui semble regarder avec une certaine envie l'embonpoint de Madsen, ses guerriers noirs en pagne (mais avec des chaussures pour courir dans la jungle), et tout un ramassis d'approximations autour de la différence entre les européens (qui gagnent l'admiration de la tribu en se livrant à des petits trucs de prestidigitation) et les noirs (qui ne perdent pas une occasion de danser pour manifester leur joie)... 

Mais cette mainmise des deux héros sur la tribu ne les empêche pas de tout faire pour s'enfuir, en compagnie toujours de ces deux jeunes femmes dont ils sont responsables, et d'un cuisinier fort sympathique; par contre, dans ce film dont le titre Allemand était Kannibalen, nos héros n'hésitent pas à laisser la tribu agir comme bon lui semble avec deux malfrats qui sont à leurs trousses.

Quoi qu'il en soit, c'est une occasion fort plaisante de voir l'art naïf mais précis de ces pionniers du rire, dont l'humour bon enfant puise aussi bien chez Chaplin (ces sentiments si frontaux) que chez Roscoe Arbuckle (les gestes de précision dans la taverne), et dont les héros sont si faciles à suivre: leur gestuelle, leurs mouvements, leur jeu et les expressions de leurs visages dictent la mise en scène précise et efficace de Lau Lauritzen. et en plus, contrairement à tellement de cas similaires (Prenez Three's a crowd, de Langdon, par exemple), eux au moins ils ont une belle récompense à la fin.

Et puis, dans ce film, pour une fois, la formule chère à Lau Lauritzen, pour au moins deux films sur trois, se voit ajouter un atout considérable: les deux femmes qui accompagnent nos héros, dans tout ce film, sont non seulement des soeurs, privilégiées, filles et héritières potentielles d'une grande fortune et vaguelent bien dans leur époque, des "jazz babies" firandes d'excitation, de soirées en cachette, suivies par des bellâtres tout aussi privilégiés qu'elle. Non, cette fois, non seulement Lauritzen n'a pas pris des actrices clônées l'une sur l'autre, voire des jumelles entrainées à danser en reflet l'une de l'autre (c'était très à la mode, les Dolly sisters, par exemple, remplissaient les salles de music hall), mais il a engagé deux jeunes femmes dissemblables, complémentaires, et dotées d'une vraie personnalité: Solveig Oderwald-Lander et Katy Valentin, la blonde et la brune ou la brune et la blonde, interprètent deux jeunes femmes aux tempéraments bien distincts. La blonde, pour sa part, est sportive, exubérante, et se passionne pour la boxe. Et elle n'aime pas qu'on lui marche sur les pieds... La brune, plus discrète, est la personne raisonnable du duo: celle qui tempère les excès, même si elle aime à se laisser entrainer par sa soeur volcanique... Mais le moment venu, sa soeur, justement, la protège. Le temps dévolu à ces deux personnages, la façon dont elles complètent le duo des deux héros, et leur emboitent le pas sans jamais être traitées strictement comme des stéréotypes de jeunes femmes, mais bien comme des personnes à part entière, est l'un des atouts majeurs de ce film, qui je le répète, est l'une des grandes réussites de Lau Laurizten avec ses deux acteurs fétiches. ...Tout en étant copieusement un film de son temps, avec une vision tellement idiote des peuplades Africaines qu'elle en est totalement impossible à prendre au sérieux.

 

 

 

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Published by François Massarelli - dans 1929 Lau Lauritzen Schenström & Madsen Muet Comédie *
26 octobre 2026 1 26 /10 /octobre /2026 17:47

Zipping along est le quatrième film de la série de dessins animés de Chuck Jones, mettant en scène un coyote aux prises avec la proie la plus difficile qui lui soit: un oiseau trop rapide pour lui. Le film, comme tous les courts métrages sur ce modèle, ne se distingue en rien, si ce n'est qu'il semble un peu plus que les autres construits sur les gags courts.

Une certaine tendance de chaque court métrage du coyote (dont je rappelle que le script de Michael Maltese consistait uniquement en une suite de gags, puisque aucun des cartoons n'avait d'intrigue) consistait à enquiller les gags en en variant la longueur, en s'autorisant toujours deux ou trois gags ultra-courts, et au moins un élaborés, avec déguisements, matériel ultra-sophistiqué (commandé à ACME, bien sûr), et mise en place digne d'un ingénieur, établie sur un plan détaillé qui nous est montré. Ici, le film repose surtout sur des gags vite faits bien faits, dont certains sont tellement purs qu'ils en deviennent sublimes: mon préféré, aussi rudimentaire soit-il, prouve qu'on n'a même pas besoin d'un antagoniste coriace quand on a la malchance du coyote: 

Ce dernier a installé une planche sur un gros caillou, afin de créer un balancier. Le but est de se projeter en hauteur, pour attraper le roadrunner à flanc de colline. Il jette donc une énorme pierre en l'air, afin qu'elle tombe de l'autre côté de la planche et le propulse... Mais elle tombe en réalité de son coté et l'écrase. Temps: 10 secondes en comptant l'exposition du gag, qui nous montre l'oiseau assister à tous les préparatifs depuis sa position en hauteur...

Sinon, le film est notable pour sa tendance déjà très poussée à l'abstraction: après trois films, on est supposé être si familier de l'univers du Coyote qu'il n'y a pas besoin de clarté dans l'exposition. Ainsi, cette image qui suit nous identifie absolument le géocoucou  qui court dans le désert:

Et le plan suivant, un arrêt sur image, en fait bien sûr la preuve, didactique comme il se doit:

La reprise de la course, évidemment, nous montre Jones et son équipe ayant de nouveau recours à la quasi-abstraction, accompagnés par la bande-son qui se suffit à elle-même...

Le coyote pour sa part, a droit à une introduction en bonne et due forme, avec une représentation plus concrète de la vitesse qui passe par la multiplication du personnage, comme le prouve l'image en en-tête. Mais l'oiseau aussi à droit de se faire multiplier, ce qui est de toute façon un corollaire de sa vitesse:

Bref: s'étant débarrassé de toute vélléité de créer du nouveau avec cette série de courts métrages, Jones et ses animateurs étaient en totale liberté, avec permis de tout explorer. Ils ne s'en sont pas privés, bien entendu...

 

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Published by François Massarelli - dans Looney Tunes Animation Chuck Jones Wile E. Coyote
24 octobre 2026 6 24 /10 /octobre /2026 14:33

Roma, 1962: Jack Andrus (Kirk Douglas), un acteur complètement lessivé, est venu à la demande d'un réalisateur avec lequel il a travaillé dans le passé, Maurice Kruger (Edward G. Robinson). Celui-ci, qui travaille à Cinecitta sur une production Italo-Américaine, a besoin de lui... Mais pas pour un rôle: il va post-synchroniser le film, tourné comme c'est la coutume en Italie en muet, et chaque acteur parle sa propre langue... L'arrivée est dure: en une dizaine d'années, non seulement il a perdu son épouse Carlotta (Cyd Charisse) dans un divorce agressif, mais il a perdu tous ses repères dans un métier qui a complètement changé...

Car si Jack Andrus est effectivement lessivé (alcoolisme, dépression, etc), il n'est pas le seul: le cinéma du début des années 60, ici, est la cible à travers le metteur en scène Kruger, harcelé par son épouse (Claire Trevor) pour qu'il ouvre les yeux sur le désastre qu'il représente. Elle lui cite un article de journal: auparavant imité par tous, aujourd'hui seul Kruger imite Kruger... Les tournages "internationaux" de Rome sont parodiés méchamment dans une scène qui montre Kruger diriger un bellâtre médiocre Américain (George Hamilton) face à une "actrice" Italienne (Rosanna Schaffino) qui anonne des répliques idiotes dans un américain hâché qu'elle ne comprend pas, et qui sera ensuite couvert par le doublage... La cruauté de la charge est compensée par une certaine tendresse envers les personnages.

D'ailleurs, pourquoi Minelli a-t-il fait en sorte de donner à Erich Von Stroheil Jr, son assistant réalisateur, le rôle de l'assistant de Kruger? C'est un détail, sans doute, mais Stroheim (père) reste et restera longtemps, sans doute, le symbole même du réalisateur maudit, devant faire face à la fin de sa carrière, ou chercher l'adrénaline dans des tournages de plus en plus miteux... De fait, dans son film, Kruger travaille pour des marchands de pellicule sans goût ni classe.

Le décalage entre Andrus et une italie (le film a été tourné sur place et ça se voit) qui ne se laisse absolument pas domestiquer - il serait intéressant de se livrer à une comparaison de l'Italie de Two weeks avec la France et le Paris de An American in Paris!) crée les concidtions dce ce qui pourrait être une comédie, comme The bad and the beautiful. mais on sent le mélodrame, pas si éloigné de Some came running, poindre sous la satire mordante. Andrus rencontre une jeune femme, Veronica (Dahlia Lavi), à Rome, mais doit aussi faire face au comportement de Carlotta, qui joue le chaud et le froid avec lui... Et Veronica, si elle répond favorablement à ses avances, en aime un autre. Plus jeune... Enfin, il va devoir remplacer au pied levé son ami Kruger quand celui-ci sera empêché, mais pour se le voir reprocher après... 

La verve particulièement acerbe du film éclate au grand jour dans une scène qui aurait du être compassée à l'extrème: Kruger est l'invité d'honneur d'un repas auquel se rendent tous les protagonistes, mais Clara fait un scandale. Il est vrai que durant le discours de son mari, elle a vu que l'actrice, d'un air distrait, le tripotait sous la table! La célébration convenue tourne au chaos. Je soupçonne le montage de cacher des coupes drastiques, d'aileurs! 

Ce film parfois inconfortable a pourtant le culot d'être d'une grande beauté, pourtant, souvent nocturne, et presque d'ajouter un chapitre à The bad and the beautiful, ce film merveilleux dans lequel on voit bien que les artistes d'Hollywood, finalement, renaissent toujours de leurs cendres. ...Un chapitre particulièrement amer, c'est sûr.

 

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Published by François Massarelli - dans Vincente Minnelli
23 octobre 2026 5 23 /10 /octobre /2026 20:48

C'est un court métrage de complément de programme de la MGM, du type de ceux que Jacqus Tourneur a tournés... Souvent, il s'agit de vulgarsation pseudo-scientifique, et de faits grossiers, mais présentés soit comme avérés, soit comme un scoop exclusif... A prendre, donc, avec des pincettes, et une bonne dose de second degré.

...Car c'est souvent passionnant, tant et si bien qu'on se prend au jeu: comment ne pas le faire, d'ailleurs? Donc le sujet, cette fois, c'est ce bon Michel de Notre-Dame, dit Nostradamus, sur lequel nous allons apprendre quelques faits (sa vie, son oeuvre), quelques légendes (Il a tout prévu) et quelques fadaises... Le film a eu une suite, concoctée en 1941, par le même David Miller, sous le titre More about Nostradamus, qui transformait les prophéties en des armes de guerre...

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Published by François Massarelli
23 octobre 2026 5 23 /10 /octobre /2026 09:20

En Russie Tsariste, à la Cour, le prince Serge (Antonio Moreno) et la Princesse Elena (Billie Dove) s'aiment, et se sont mariés... Tout est pour le mieux? Non, car Serge est d'une jalousie maladive. Il est, de plus, inférieur à la Princesse sur l'échelle de la noblesse, et plus invité aux réceptions afin d'assurer sa protection que pour y être présenté comme son mari. Et Serge, qui doit bientôt partir pour la guerre, a vu le manège du fourbe Comte Vladimir, qui tente de la ravir...

Après la Révolution, les deux époux se sont perdus de vue: Elena et Serge, pourtant, sont à Paris: elle tente de trouver de quoi vivre décemment, et ce qu'on lui propose n'est pas de son goût, et lui, devenu fou par la jalousie, est sérieusement occupé à devenir une épave alcoolique...

Frank Lloyd a fait de belles choses, à l'occasion, et il a aussi été à plusieurs reprises un tâcheron, tournant sans âme des pensums ou despotboilers, comme on disait à l'époque: celui-ci, avec deux stars confirmées, mais abordables (Moreno et Billie Dove ne sont pas, disons, Clara Bow et John Gilbert), est un mélodrame comme il en existait des dizaines, et il est malaisé de le juger. De fait, il est perdu, du moins dans une version décente... Seuls quelques fragments de quatre bobines  sur les 8 ont survécu, ainsi que l'intégralité de la bande-son, sur les disques du système Vitaphone...

C'est d'ailleurs ce qui nous permet de le voir aujourd'hui, du moins ce qu'il en reste: une poignée de passionnés, aux Etats-Unis, l'ont reconstitué à partir de la musique, reconstruisant le film en séquence avec un mélange entre les fragments et des photos accompagnées de textes récapitulatifs... Louable intention... Mais les résumés sont infects, typiques de la prose de l'intelligence artificielle. 

Au vu des quelques vingt minutes d'images animées qui nous restent, ce n'est clairement pas un film qu'on a envie de voir en se relevant la nuit, pour rester poli. Le mélodrame "Russe" dans toute sa splendeur: certes, ces nobles privilégiés s'accrochent à un monde disparu, mais... quand même, la révolution, quelle plaie! On n'est pas loin, ironiquement, de Confessions of a queen, de Viktor Sjöström, lui aussi réduit (à quatre bobines)...

Mais voilà: même fragmentaire, même réduit à rien ou presque, il a, un peu, survécu. On n'en dira pas autant de... tant de films.

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Published by François Massarelli - dans Frank Lloyd Muet 1928