Dans une petite maison tranquille, la maîtresse de maison rentre et s'étonne de l'absence de Dicky, l'oiseau qui normalement ne quitte jamais sa cage. Elle s'en étonne auprès de Rudolph, le chat de la maison, qui semble s'en étonner aussi, entre deux hoquets qui lui font éructer des plumes... La combine est parfaitement au point: la maîtresse est d'une impayable naïveté, les canaris vont et viennent, et le chat est fort bien nourri. Nous assistons donc à l'arrivée d'un autre oiseau, mais rien ne se déroulera comme prévu...
Le film sera refait en 1948 par Freleng, avec Tweety et Sylvester, sous le titre I taw a putty tat... Mais ce film de Frank Tashlin revêt un caractère particulièrement important et symbolique puisque c'est le dernier film produit en noir et blanc au studio Schlesinger. Le design est formidable, surtout cet incroyable chat totalement investi dans sa mission de se nourrir d'oiseaux, et qui n'avait jamais compté sur une éventuelle résistance, et encore moins sur un retournement de situation... C'est très drôle, et aussi très, très noir...
Tourné à la toute fin de sa vie, Balaoo est l'un des plus étranges films de Jasset, dont les films d'aventures et policiers ne manquaient pourtant que rarement d'une dimension baroque, voire inquiétante. Pour commencer, c'est une adaptation de Gaston Leroux, qui n'était pas le plus raisonnable des auteurs! Mais avec cette fable d'un genre à part, qui est prise très au sérieux par Jasset et ses interprètes, le réalisateur semble faire tout simplement le portrait d'une humanité aliénée...
Pour commencer, Balaoo le personnage est un singe-homme, plus qu'un homme-singe. Et je vus assure qu'il n'a rien d'un Tarzan! Il serait même beaucoup plus proche du monstre de Frankenstein. Singe venu en Europe à la demande de M. Coriolis, un vieux savant, il est 'transformé en homme' à la faveur d'un procédé 'connu de lui seul', nous dit un intertitre: Jasset ne s'embarrasse pas d'explications, et a une histoire à raconter, pas un exposé scientifique... Puis il est habillé, nourri (et fait de menus travaux sans noblesse). Frustré, il devient un vrai diable, semant la terreur dans tout le pays. Sévèrement grondé, il part semer la terreur en Suisse... Mais il obéit à un sale type, un braconnier qui est aussi un malfrat de la pire espèce, qui profite de lui, et qui convoite la fille de son bienfaiteur, et là, ça ne va plus...
Alors, humain, ou pas humain? C'est intéressant de constater que quand sa «créature» s'enfuit, l'homme qui l'a relégué au rang d'animal cherche à le récupérer, et feuillette les journaux à la recherche d'indices qui seraient plutôt dans la catégorie des faits divers! De son côté, Balaoo est un animal élevé en homme: il vole des œufs dans les poulaillers, mais... les déguste avec du sel! Mais dans la nature, il est un vrai acrobate et se rit du vertige...
Le film est incomplet, mais il en reste désormais une bonne portion, à travers 24 minutes conservées aux Archives du film. Manifestement, c'est un film qui aurait pu aisément ressortir de la comédie dans sa situation et son intrigue, mais dont le jeu des acteurs est résolument fait de tension dramatique. Jasset a demandé à tous ses interprètes le plus grand sérieux, ce qui fait à mon sens le prix de cet étrange film qui dépasse le cadre de la pochade (on imagine le chaos boueux qu'en aurait fait un George Monca ou un Jean Durand...) pour aborder celui de la fable ironique. Et le monsieur qui interprète Balaoo, un acrobate rompu à toutes les audaces physiques, s'appelle Lucien Bataille.
Sonoko (Kyoko Kishida), une épouse assez traditionnelle, se confie à un homme âgé, un romancier... Elle lui raconte par le menu sa rencontre avec Mitsuko (Ayako Wakao), une jeune femme assez libre, qui la fascine. Elles instaurent l'une avec l'autre un jeu de domination érotique mutuelle... Le mari de Sonoko, Kotaro (Eiji Funakoshi) s'interroge et commence à se plaindre, il dit qu'il essaie de comprendre la relation des deux femmes. Mais très vite, il se révèle que non seulement les deux jeunes femmes manipulent le mari, mais en prime, Sonoko se sent manipulée par Mitsuko, et même par d'autres...
Le film, orné de couleurs fabuleuses, se situe dans une oeuvre, celle de Masumura, qui a toujours entremêlé une certaine tendance à l'érotisme sous contrôle et des intrigues poisseuses de domination baroque. A ce titre, la domination ici, semble être celle de Mitsuko sur Sonoko, et bien sûr le témoignage qui lance le film, l'ensemble de l'intrigue étant un flash-back, va nous donner l'impression que Sonoko a besoin d'aide... Il était sans doute gonflé pour un film de se lancer dans une exploration des amours lesbiennes de deux femmes, en 1964, même si il eut sans doute été bien plus difficile à faire passer, au Japon à l'époque (mais aussi dans le reste du monde!) une intrigue entre deux hommes...
Et pourtant, dans cette intrigue folle, où virages, tromperies, mensonges, et autres traîtrises, s'enchaînent à cent à l'heure, cette lecture d'un amour fou entre deux femmes n'est sans doute que l'élément le plus simple, le plus facile même, à avaler!
Car d'une part dans son témoignage, Sonoko nous donne à voir la façon dont chaque manipulation mène à une autre, à travers une mise en scène qui se joue du montage comme d'un rien: les champs-contrechamps, en particulier, donnent à voir un ialogue entre trois ou quatre personnes: un plan en champ nous montre Sonoko parler au romancier, le contrechamp nous montre son mari qui lui répond, et parle... ensuite au lieu de Sonoko, désormais c'est Mitsuko. Au lieu de semer la confusion, le dispositof souligne admirablement les enchaînements de manipulation.
D'autre part, cette intrigue dont Sonoko prétend être la victime, une intrigue qui se finit dans la mort inattendue de certains protagonistes, c'est, après tout, elle qui a survécu. C'est elle, aussi qui la raconte... alors?
On s'attendrait presque à ce que le chat du titre soit, précisément, Sylvester. Mais non: c'est un autre chat... Dans une maison ordinaire, nous dit-on, habitée par des gens ordinaires avec un chat ordinaire, il y a une souris extraordinaire: un génie du piano qui s'entraine sur un piano jouet... Croyant que le chat est un virtuose, les gens appellent la presse.
C'est fort sympathique, et c'est un peu tout: disons que Freleng, ici, a du trouver un intérêt dans l'alliance sacrée entre l'animation et la musique. Les manigances du chat pendant que la souris se lance dans une interprétation endiablée, et un final en forme de duo, génialement animé, ont du suffire à son bonheur.
Sur un charmant lac du Nord des Etats-Unis, Porky Pig prend des vacances, et ne se rend compte que tardivement qu'il est suivi par un canard cinglé... Le reste a-t-il vraiment besoin d'être conté?
C'est le propre de Bugs Bunny et du Daffy Duck des débuts, de ne pas avoir besoin de plus que d'être lâchés dans un dessin animé, face à un antagoniste désigné. La lutte entre le gentil et naïf Porky et le canard furieux de l'enfer, pour l'heure, est inégale, et drôle, avant que le metteur en scène ne redéfinisse le caractère de daffy duck, que manifestement il ne sentait pas...
Un bateau est à quai, le capitaine Shanghai Sam vient de virer son dernier marin... Il attire Bugs Bunny avec des promesses de voyage. Poour le capitaine, les ennuis commencent...
Fermons les yeux sur le fait que le capitaine, un odieux personnage de 45 cm, invite à bord de son bateau un animal qui se trouve être le cauchemar des marins supersititieux... Quelle que soit la métamorphose de Yosemite Sam il reste lui-même, c'est à dire vociférant dans un anglais torturé des insultes venues toutes droit de l'univers du western. Avec gourmandise, Freleng se permet tous les gags répétitifs possibles, et c'est un plaisir.
Chuck Jones fera souvent appel à un loup ressemblant furieusement à un coyote dans les années 50 et 60, pour nous conter son étrange rivalité avec un chien de berger à la mèche encombrante, le tout situé dans le cadre d'une exploitation ovine. Tous ces films auront en leur titre un jeu de mots autour de moutons... Mais ce film n'a rien à voir avec cette série. C'est l'un des derniers films de Tashlin avant son départ de la WB.
D'emblée, le loup est le personnage principal: il crève la faim et une scène sadique nous le montre coiffé au poteau par des souris faméliques elles aussi, mais plus rapides! Il apprend que le chien de berger d'un troupeau voisin a quitté les lieux et se précipite: mais il n'a pas eu toute l'information! En effet on a trouvé un remplaçant pour protéger les brebis: le bélier Killer Diller, le bien nommé...
C'est drôle et il y a peu de dialogues, sauf à la fin, quand le loup a la très mauvaise idée de se déguiser en brebis. Le bélier adopte alors un accent français et un accent à la Charles Boyer (façon Pepe le Pew)... Et le cartoon se clôt sir une fin ouverte qui anticipe, de façon étonnante, sur...
...Some like it hot de Billy Wilder.
Quoi qu'il en soit, ce film peu connu est la preuve de l'existence de Frank tashlin en tant que voix singulière et particulièrement originale dans le cadre des productions de Leon Schlesinger, et son départ, à peu près en même temps que celui de Bob Clampett, contribuera à un appauvrissement relatif de la production. Dommage.
Une petite note linguistico-culturelle pour finir: le titre est évidemment un jeu de mots autour de l'amalgame entre viande de mouton et la chanson de Gershwin, tirée de l'opéra Porgy and Bess, I got plenty o' nuttin.
Daffy Duck est déjà venu à Hollywood, en 1938, sous la direction de Tex Avery (Daffy Duck in Hollywood): il y semait le désordre et la folie furieuse dans les studios, et finissait par réaliser un chef d'oeuvre... Ce film est bien différent! Daffy y est un fan, qui vient pour, dit-il, admirer les stars... Et l'intrigue se concentre bientôt sur le conflit entre la canard et un vigile pas très fin, qui aura d'ailleurs le dernier mot.
Le film se situe encore dans le canon d'un Daffy Duck cinglé, et la première scène cite la danse folle du canard, qui vient en droite ligne de sa première apparition. Ce n'est pas un ratage, mais c'est un film à la production curieuse: Freleng, semble-t-il, ne souhaitait pas plus que ça réaliser ce film, et a décidé de se faire assister de son fidèle décorateur, Hawley Pratt. Pour autant, aucun des deux n'a été crédité.
C'est un secret des Looney Tunes et des Merrie Melodies qu'on aurait pu croire perdu, une fois les années 40 arrivées: Tex Avery est parti à la MGM et le studio de Leon Schlesinger a recentré la production de cartoons sur les vedettes, Bugs Bunny et Daffy Duck en tête... Pourtant les Merrie Melodies des années 30, comme leur modèle les Silly Symphonies de Disney, ont toujours été le lieu de création e dessins animés exclusifs, excentriques et artistiques à la fois, qui s'amusaient d'un rien, d'une idée, d'un ballet ou d'une chanson, voire comme ici d'un conte de fées. En l'occurrence Les Lutins de Grimm...
Pendant le sommeil du cordonnier, bien à la peine car il croule sous le travail, des lutins apparaissent dans son atelier et réparent, refaçonnent et recyclent des dizaines de paires de chaussures...
C'est de l'animation pure et sans filtre, tout ici est question de timing, de gags visuels, de musique aussi: la bande-son accumule les extraits d'oeuvres classiques (notamment des extraits de Casse-Noisette, et pour rester en Russie, Pierre et le loup fait aussi une apparition). C'est vif, drôle, jamais ennuyeux... Et ce sera refait (ou plagié) par Avery dans The Peachy Cobbler en 1950.
Trois chats, M. et Mme Sylvester et leur petit, mangent du porridge... Celui du père est trop chaud, celui de la mère trop froid, et le petit ne souhaite pas vraiment manger le sien, il préfèrerait une souris. Ils sortent faire un tour, et quand ils reviennent, leurs trois bols ont été vidés... par une souris, Goldimouse, qui s'est endormi sur le lit du petit... La chasse commence: le chaton est très remonté contre la bestiole, mais Sylvester ne s'exécute que pour ne pas perdre la face...
C'est plus que moyen, même si on accueille avec indulgence toute vélléité de réaliser une nouvelle, sempiternelle version de Boucles d'or et les trois ours dans laquelle se niche une certaine irrévérence... Seulement voilà la vie de papa ou de pater familias ne sied guère à Sylvester, les ennuyeux cartoons de McKimson qui le confrontent à son fils l'ont prouvé... Ici, c'est tout juste un peu meilleur, mais dès que le personnage rassemble sa bonne volonté, on n'y croit pas une seconde...