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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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30 août 2026 7 30 /08 /août /2026 16:08

Carl Schenström (Doublepatte) et Harald Madsen (Patachon) n'avaient plus grand chose à prouver, à la fin des années 20: non seulement leurs comédies, le plus souvent réalisées par Lau Lauritzen, étaient des succès énormes partout où elles étaient montrées (soit partout en Europe!), mais en prime leur Don Quichotte (1926) tourné en Espagne, leur avait donné un légitimité enviable... Pour autant, les films tournés ensuite, jusqu'à celui-ci, étaient des comédies plus classiques. Vester Vov-vov, le précédent, était un de leurs meilleurs films, combinant comédie, mélodrame et la magie d'un tournage en extérieurs qui montrait la côte de la Mer du nord sous un jour très poétique. Ce nouvel opus est plutôt tourné vers la comédie et l'aventure, avec un script assez délirant!

Le premier tiers est du très classique: un jeune homme (Herling Schroeder) et une jeune femme (Karin Nellemose) s'aiment; elle est pensionnaire d'une institution pour jeunes filles comme il faut, et lui est riche: autant dire qu'il est prêt à tous les caprices pour être avec elle. Les premières séquences le voient s'introduire dans l'école, et la surveillante (Ingeborg Gandrup) tente de le repérer. A la place, elle découvre Doublepatte et Patachon qui ont trouvé refuge dans le jardin. Pour les remercier de leur diversion, le jeune homme les "engage" dans un stratagème qui va vite prendre l'eau: il se font passer tous les trois pour l'équipage d'un yacht qu'il a emprunté à son oncle et proposent à l'institution scolaire un voyage pour les jeunes femmes, tous frais payés...

...Ce qui aurait fait un sujet suffisant pour une comédie. Mais ce n'est que le prologue! Après l'expédition désastreuse en bateau, les jeunes femmes sont plus surveillées que jamais. Les deux héros trouvent un emploi dans une mystérieuse fabrique de briques explosives, et Elinor, la jeune pensionnaire, est appellée par son oncle qui a besoin d'elle (et de son héritage) pour financer une expérience scientifique... qui se trouve justement être celle de fabriquer les briques en question, les «pierres-tonnerre» du titre... Tombé sous le coup d'un ingénieur tourné escroc (Anton de Verdier), l'oncle (Charles Wilken) ignore qu'il est en train de préparer un coup d'état, avec l'aide d'hommes sans trop de scrupules!

Oui, en effet, c'est du grand n'importe quoi, parfaitement assumé! On n'échappe pas à la mode de la peur des Rouges, l'ingénieur-agitateur (en fait surtout un escroc, qui envisageait purement et simplement de partir avec l'argent de l'héritière) étant identifié comme un Russe ou un slave, sous le nom de Rostow, avec une tunique adéquate... L'essentiel, c'est bien sûr le duo des deux héros, qui après Vester Vov-vov dans lequel le petit Madsen semblait prendre un peu plus le leadership, se recentre, en les montrant égaux devant l'aventure... Ils ont ici une présence constamment physique. Karin Nellemose, qui fait facilement penser à Bette Davis en ses jeunes années, est une actrice intéressante, jouant avec force de son regard, sans jamais en faire trop, ni pas assez...

 

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Published by François Massarelli - dans Lau Lauritzen Muet 1927 Comédie Schenström & Madsen *
22 août 2026 6 22 /08 /août /2026 22:29

Sur les rudes côtes de la mer du nord, vit une petite communauté de pêcheurs, dans un petit village. Une vieille dame, Malin (Petrine Sonne) qui vit à l'écart, a adopté un enfant perdu, une vingtaine d'années auparavant: elle vit toujours avec lui (Erling Schroeder), qui bien sûr a bien grandi! Il est amoureux de la belle Karin (Karin Nellemose), mais le père de celle-ci (Jorgen Lund) est totalement opposé à leur mariage et ils doivent se cacher pour se voir... Il a promis Karin à un riche négociant (Karl Jorgensen) qui fait la pluie et le beau temps au village... Mais le lieu est depuis quelques temps la proie d'une certaine psychose, en raison de l'apparition nocturne de fantômes, qui poussent les gens à se terrer chez eux la nuit venue...

Deux vagabonds arrivent (Carl Schenström, le grand dépendu, et Harald Madsen le petit râblé), et avec l'autorisation de Tom et de sa mère Malin, s'installent au bord de la mer, dans une petite cabane pour y pêcher... Leur séjour sera rude, car non seulement ils vont affronter les villageois rigolards et hostiles, la tempête quasi permanente, perdre leur toit, couler un bateau en allant pêcher, mais en prime, ils vont aussi résoudre les deux mystères du lieu: d'où vient réellement Tom? et quelles activités louches se cachent donc derrière les apparitions de fantômes?

C'est un film de long métrage, très long même si on le compare aux canons hollywoodiens du genre: à l'époque, les films de Lloyd, Chaplin, Langdon et Keaton dépassaient rarement une heure et vingt minutes, mais ici, on arrive à environ cent minutes, soit une heure quarante. C'est que Lau Lauritzen, qui vient d'ailleurs de réaliser avec ses deux protégés un long métrage mammouth autour d'une adaptation de Don Quichotte, avait trouvé avec ses nombreuses comédies mettant en scène le duo Schenström-Madsen, un succès jamais démenti, et savait que le public le suivrait. On pourra toujours se plaindre que c'est un peu trop long, que les intrigues qui sont accumulées comme autant de feuilles de lasagne sont probablement trop nombreuses (ce qui est assez juste): mais tous les films du duo fonctionnent comme une mise en parallèle de la petite vie (ou survie) pépère des deux personnages d'un côté, et d'une communauté de l'autre; et la plupart du temps, le constat est sans contestation possible un échec: l'impossibilité pour ces deux enfants mal grandis de s'intégrer est évidente. 

Dans ce film pourtant, leur comportement proactif étonne: ils vont en effet, et sciemment, résoudre deux énigmes alors que d'une certaine façon il ne leur est rien demandé! Mais c'est aussi parce que pour Lauritzen, et pour le public danois (et le reste de l'Europe car ces films s'exportaient rudement bien), les gens qui vivent autour des héros ont gardé une vraie importance. Le metteur en scène a d'ailleurs souvent (quand il n'a pas bâclé la ptâche, ce qui lui est hélas arrivé) pris la précaution de filmer ses histoires dans un Danemark tangible, et c'est particulièrement vrai ici, dans cette rude communauté de pêcheurs qui sont loin d'être des rigolos, avec leur folklore... Avec ses naufrages aussi, dont un qui est filmé dans des conditions assez proches d'une vraie catastrophe. De plus, en lieu et place de la sempiternelle ballade sur la plage avec des girls en maillot trop grands pour elles (on les appelait les Lau's Beauties!), les jolies filles qui peuplent la salle où une danse folklorique est organisée, sont en costume national... 

Mais c'est toujours nos deux Doublepatte et Patachon qui volent la vedette, puisque dans la scène du bal, ils commencent par être rejetés par absolument toutes les femmes, et finissent par se résoudre à danser ensemble. Mais l'originalité de leur lecture du charleston (absolument hilarante) est non seulement un moment de grâce pour le spectateur, mais aussi un moment qui va révéler doucement, sans excès d'émotions, les deux personnages au reste de la distribution. Rien que pour ça, et pour l'excellente tenue du slapstick génial développé sur la plage, en plein vent (et avec un solide dose de sable dans la bouche) par les deux acteurs, le film, extrêmement soigné, et porteur de toute la poésie si particulière des films réussis du duo, vaut vraiment la peine.

 

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Published by François Massarelli - dans 1927 Lau Lauritzen Muet Schenström & Madsen *
21 août 2026 5 21 /08 /août /2026 21:27

Domestiques, Laurel et Hardy sont au service d'un jeune millionnaire, Daniel Forrester IV (Dick Nelson), qui est surprotégé par sa famille. Bref, privé de tout (ses tantes sont hypochondriaques pour lui), le jeune homme s'ennuie ferme. Quand la lettre qui lui annonce sa conscription dans l'armée arrive, Laurel et Hardy s'engagent à ses côtés pour continuer à veiller sur lui...

Voilà l'argument: ne nous méprenons pas, aucune propagande de circonstance, les Japonais n'allaient pas attaquer Pearl Harbor avant le 7 décembre, et le film, sorti le 10 octobre, a du être tourné au printemps de 1941! De là à penser qu'on est en plein comique troupier... De toute façon, il en est de ce film, pourtant tourné par un vétéran de la comédie muette, donc un artiste qui devait savoir de quoi il était question, comme pour tous les films de Laurel et Hardy tournés après leur départ de chez Hal Roach: c'est, pour être poli, assez peu intéressant...

Les deux comédiens semblent juste être des seconds rôles qui n'ont pas grand chose d'intelligent à faire. Ils sont au mieux naïfs, au pire totalement idiots. Le reste du casting (au fait, on aperçoit Mae Marsh) semble se comporter strictement comme il est demandé de le faire dans une comédie de série B des années 40, et c'est évidemment ce qu'on a demandé aux deux génies qui ont été employés pour le film.

Une fois qu'on a dit ce qui précède, admettons que de tous les films des années 40 ce n'est de toute évidence même pas le pire, et remarquons qu'au moins on avait eu la délicatesse d'employer Monty Banks (probablement au bout d'une laisse) pour réaliser ce film, qui en plus me parait quand même meilleur que, au hasard, The flying deuces (réalisé pour la RKO, sans connection avec Roach), ou même l'étrange Babes in Toyland... 

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Published by François Massarelli - dans Monty Banks Laurel & Hardy
19 août 2026 3 19 /08 /août /2026 18:44

Lau Lauritzen n'a pas réalisé tous les films du duo Schenström et Madsen, celui-ci (sorti le 26 décembre 1926, derniers des quatre films du duo sortis cette année-là!) en est un rare exemple... Il est listé sur le site du Dansk Filminstitut comme ayant une longueur de 2460m, ce qui en ferait environ un long métrage de 90 minutes... On en est pourtant loin la copie disponible sur le site étant longue de 52 minutes...

Urban Gad n'est pas n'importe qui: réalisateur du film et co-auteur du script, il est plus connu pourtant pour sa collaboration avec la grande actrice Asta Nielsen, aussi bien au Danemark qu'en Allemagne. L'Abîme (1910), le film avec lequel ils ont commencé leur partenariat, est encore aujourd'hui considéré comme l'un des classiques de cette période... Pas celui-ci, pourtant, qui est le dernier film de gad

La continuité ne semble pas trop souffrir pour autant, si ce n'est dans des raccourcis étonnants (on passe en fin de première bobine de l'hiver à l'été, un peu abruptement, et la fin est particulièrement précipitée)...

D'un côté, la jeune Ethel Birk (Lili Lani) fait face à une situation embêtante: elle vit avec sa tante Anna (Petrine Sonne), qui n'a pas beaucoup d'argent, et un avocat (Peter Nielsen) leur fait du chantage, leur proposant de les aider si il a droit à la main de la jeune femme... Elle refuse et elles doivent donc déménager. 

De l'autre, Doublepatte et Patachon, vagabonds, ont pu survivre à l'hiver en louant des patins à glace, mais l'été venu, ils ont de nouveau faim. Un concours de circonstances heureux les aiguille vers Ethel et sa tante, qu'ils vont aider à déménager, puis avec le concours d'un sculpteur (Arne Weel) qui en pince pour Ethel, ils vont essayer de restituer à cette dernière un testament qui va la sauver financièrement...

On n'est pas spécialement éloigné du style de Lauritzen, dans ce film qui met sérieusement l'accent sur le slapstick, et nous montre les deux héros, en déménageurs de contrebande, détruire absolument tout ce qu'ils peuvent détruire chez le sculpteur... Schenstrôm, plus que jamais, incarne le resque adulte du duo, alors que Madsen se laisse aller à son irresponsabilité totale...

 

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Published by François Massarelli - dans Urban Gad Schenström & Madsen 1926 Muet
19 août 2026 3 19 /08 /août /2026 14:48

Ce film est sorti en janvier 1926 une année cruciale pour le duo danois Doubepatte et Patachon (Fyrtaarnet og Bivognen), car non seulement ils ont beaucoup tourné, mais le metteur en scène Lau lauritzen a tenté une approche différente en se lançant avec eux dans un long métrage (sorti, lui, en novembre) adapté du roman de Cervantès Don Quichotte... Pour une large part, ce dernier a été tourné en Espagne.

C'est qu'en ces années 20, le cinéma danois voyage beaucoup... Les productions de films sortent de plus en plus du pays, Sandberg tourne en Méditerranée, en Italie, en Allemagne, en Norvège et en France, Dreyer sillonne la Scandinavie, et Lau Lauritzen emmène sa troupe un peu partout: l'Italie, aussi, et donc l'Espagne joue un petit rôle ici... Des scènes sont en effet tournées à Bilbao, peut-être en chemin vers les plaines arides où l'équipe tournera Don Quichotte?

Pourtant ça commence de façon particulièrment locale: c'est l'hiver, et les deux amis ont confectionné un bateau à glace, un petit dériveur monté sur patins... Qui ressemble à une caisse à savon. Ils s'échouent sur une banquise, où ils vont être secourus par un bateau mené par un capitaine débonnaire, doté d'un insupportable second. L'équipage doit aller chercher en Espagne la fille naturelle d'un ami du Capitaine...

Et la boxe dans tout ça? Ce sport de brutes, dont on va forcément nous dire qu'il est noble et que ce n'est en aucun ca une boucherie débile à l'usage de sous-développés du cerveau à l'affut de castagne gratuit, a toujours eu une place de choix dans le cinéma, en particulier la comédie: Chaplin, Lloyd, Keaton, Laurel, tous les grands du burlesque Américain y ont sacrifié... Dans le dernier tiers de ce film, pour se protéger de la vindicte corrosive du Second du bateau, Doublepatte a l'idée de prétendre que Patachon est un champion de boxe, surnommé "Le Boxeur de la mort"... Une petite comédie fait le reste...

sans grande surprise, le film, fait de trois tronçons plus ou moins distincts, est glorieusement foutraque. Je préfère depuis toujours le premier tiers, qui voit nos deux valeureux et loufoques vagabonds qui se retrouvent coincés sur un iceberg à la dérive, cernés par d'authentiques otaries, et un authentique espadon en carton-pâte... 

Et sinon, une rareté: non seulement l'un de nos deux héros réussit à séduire la jeune fille de l'intrigue, mais en plus c'est l'ineffable Bivognen/Patachon... comme quoi.

 

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Published by François Massarelli - dans 1926 Muet Lau Lauritzen Schenström & Madsen
18 août 2026 2 18 /08 /août /2026 16:49

Le Mal est au coeur de l'oeuvre de David Fincher... et bien sûr au coeur de chaque être humain; c'est d'ailleurs le sujet de bien des films, à commencer par ceux d'Hitchcock, donc on conviendra qu'il n'y a rien de nouveau, ou du moins qu'il ne devrait rien avoir de nouveau à traiter un sujet comme celui de Zodiac. Il a déjà fait l'objet d'un film, après tout: Dirty Harry ne se battait-il pas à la fois contre un tueur fou et contre la bureaucratie molle dans le film de Don Siegel de 1971? Et comme de juste, dans cette chronologie maniaque des événements, la sortie du film en 1971 est mentionnée, et rendue plus historique encore par la rencontre entre deux des protagonistes du film... Ca aurait du être un film en trop, Fincher ayant déjà tâté du serial killer avec Seven, mais non: c'est un film crucial, exemplaire, moral, et le chef d'oeuvre de David Fincher. Tout simplement.

En 1969 dans la région de San Francisco, le meurtre d'une jeune femme, accompagnée d'un petit ami qui ne sera que blessé, déclenche une enquête durant laquelle la police va s'approcher de plusieurs possibilités, sans jamais réussir à coincer le suspect, qui s'est auto-proclamé "Zodiac", et apprécie cette tribune de façon évidente. La presse, en particulier deux hommes, vont également être de la partie, tournant parfois autour des mêmes hypothèses. Le passage des années, la transformation de ce qui était une enquête en obsession, tout ce qui a trait à l'histoire connue de l'affaire du Zodiac nous est contée via la point de vue de Bob Graysmith, cartooniste au San Francisco Chronicle et auteur d'un livre à succès sur le meurtrier et l'enquête malheureuse...

Fincher était un jeune garçon en Californie au moment des faits, qui l'ont inévitablement marqué. Cela se sent en particulier dans l'impression de réalité qu'on a en voyant le film, et dans les parti-pris de réalisme du point de vue: une décision simple a été prise, celle de ne montrer que les meurtres et les tentatives que si une victime ou un témoin avait survécu. De même, on sait que Fincher est un virtuose (Les journalistes de Télérama ne manquent aucune occasion de s'en plaindre à la sortie de ses films), mais pas de délire ici: tout point de vue est justifié, chaque angle est étudié, et la caméra bouge peu. L'utilisation du fondu au noir est un autre truc de mise en scène qui prend un relief particulier: symbolisant la rupture de l'acte de mémoire, la fin de chaque scène évite un montage brusque, et la douceur des transitions surprend; certaines choses ne sont tout simplement pas nécessaires; mais un fondu au noir se prolonge durant trois minutes (Du moins dans la "director's cut"), accompagné de fragments sonores d'histoires, et nous informe d'un long passage de temps: quatre années... Au-delà donc  de la reconstitution maniaque des événements tels qu'ils ont pu être ressentis à l'époque, et de la restitution pour une fois parfaitement morale et rigoureuse d'un fait lié à des meurtres en série, le propos de Fincher est de traiter du temps qui passe, et d'incorporer l'enquête sur le Zodiac dans ce qui est une spirale de l'échec...

Rejoignant les anti-héros des autres films de Fincher qui se terminent bien mal, Bob Graysmith le cartooniste, Dave Toschi le flic lessivé et Paul Avery le journaliste sont dépassés par l'âge, par le manque d'actualité de l'affaire, par les faits parfois contradictoires. cette quête pour la vérité se heurte à des obstacles troublants, des recoupements illogiques, des suspects trop parfaits qu'un simple détail suffit parfois à écarter. Finalement, la vérité semble tenir à bien peu de choses, comme lors de cette scène finale, presqu'une coda, au cours de laquelle un survivant, 22 ans après les faits, identifie formellement un coupable, ce qui ne donnera lieu à rien puisque le suspect en question mourra peu après. Fincher choisit de finir brusquement son film, comme il souhaitait tant le faire pour Seven: une façon de boucler la boucle sur une histoire qui a bien du durer 38 ans, de Zodiac, les meurtres, en 1969, à Zodiac le film, en passant par le livre de Graysmith en 1991, et... Seven, histoire effrayante d'un meurtrier en série qui se joue de la police de San Francisco en 1995.

Mais l'essentiel de ce film n'est pas la quête de la vérité par des justiciers; encore moins l'abnégation des hommes qui cherchent la vérité; il s'agit plutôt de montrer comment le mal finit par être contagieux, à tel point qu'on a le sentiment que les hommes qui cherchent le coupable ne veulent parfois qu'un prétexte pour décrocher, le plus important étant de finir cette 'oeuvre' qui ne sera jamais achevée officiellement de toute façon. Chacun des protagonistes en vient à choisir à un moment ou à un autre entre sa vie privée et l'enquête. Paul Avery (Robert Downey Jr) se détruit à petit feu, Dave Toschi (Mark Ruffalo) perd l'estime de ses supérieurs, et Graysmith (Jake Gyllenhall)  perdra sa famille... Mais le mal continue à courir, d'ailleurs une scène de suspense située vers la fin tourne volontairement à vide, montrant à quel point tout peut arriver, y compris rien: Graysmith enquête sur un suspect, et se rend compte que l'homme affable et un brin efféminé qui est face à lui est lui aussi un coupable potentiel. La menace ne débouche sur rien, juste l'idée que finalement on n'a plus aucun repère tangible. La force de Fincher, sa morale aussi, lui permettent ainsi de finir un film sur une enquête inachevée, sans forcer la main à l'histoire. Reconstitution du temps, des années passées, du temps qui passe, de chaque lundi, mardi et de chacun des jours suivants, des moments où il a plu, des moments où il y avait du brouillard sur le Golden Gate, ce film extraordinaire est un témoin essentiel des capacités phénoménales du cinéma, voilà.

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Published by François Massarelli - dans David Fincher
18 août 2026 2 18 /08 /août /2026 16:20

La libération de Paris, entre le 19 et le 25 Août 1944, filmée par des opérateurs qui tous s'identifiaient comme étant partie intégrante de la résistance... Le film, en 35 minutes à peine, évoque en les montrant, les batailles, les échauffourées, le départ des "Boches", l'arrivée des FFI, la victoire, la liesse, les règlements de compte... Le tout d'une façon totalement authentique...

Ce film tourné en plein coeur des événements a probablement nourri absolument tous les documentaires sortis depuis et qui ont puisé dans ses images définitives et impressionnantes, de quoi montrer un parfum définitif de ce que ces journées ont été, ou en tout cas ce qu'elles ont pu être.

Et le plus troublant? Les hommes et les femmes qui vivent ces événements sous nos yeux, ressemblent à nos grands-parents, les vôtres et (je le sais) les miens. C'est terriblement émouvant, surtout à l'époque qui est la notre... Quand le film fut montré (à l'heure où tout le pays n'avait pas encore été libéré, loin de là) l'idée était de montrer l'unité de la France dans son esprit de résistance et de résilience. Bon, c'est sans doute moins authentique, hélas, que les images...

Les copies les plus courantes proposent une version Anglaise (disponible sur le Blu-ray Criterion de L'armée des Ombres), dont le dommentaire est lu par Noel Coward, et une version Française (la voix off est du comédien et résistant Pierre Blanchar), disponible ici: https://www.cinearchives.org/catalogue-journal-de-la-resistance-le-1104-748-1-0.html

La plupart des commentaires insistent sur l'anonymat du film, alors qu'IMDB.com attribue la mise en scène à André Zwobada. Le Blu-ray Criterion, quant à lui, cite Painlevé et Grémillon comme faisant partie des opérateurs...

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Published by François Massarelli - dans Documentaire
16 août 2026 7 16 /08 /août /2026 14:05

Le deuxième film de Lang avec Edward G. Robinson (qu'il a produit lui-même) est un remake de La Chienne de Renoir, d'après le roman et la pièce du même nom de Georges de La Fouchardière. Lang a soutenu s'être d'abord inspiré du roman, mais un je-ne-sais-quoi de l'ironie vacharde du film de 1931 est plus que palpable dans ce film inégal... Sous des dehors de film noir, on est à la lisière de la comédie...

Christopher Cross (Robinson), un petit homme mal marié, sans histoire, a un jardin secret: il peint. Il peint avec passion, mais son épouse, une infecte mégère qui a perdu son premier mari et qui se plaint tout le temps, est la première à lui dire qu'il n'a aucun talent... Et le lui dit tous les jours. Un jour, après une célébration bien arrosée au bureau, Chris sauve une femme (Joan Bennett) des griffes d'une brute (Dan Duryea). Ils sympathisent, et Chris est instantanément tombé amoureux. Mais Kitty, elle, voit tout de suite le parti qu'elle et son petit ami John (la grosse brute) peuvent tirer... Car elle s'imagine que Chris est peintre, un de ces peintres qui vendent leurs oeuvres plusieurs dizaines de milliers de dollars!

Contrairement à The Woman in the window, ici pas de rêve, juste le tapis de la réalité qui se dérobe sous les pas d'un homme auquel rien, mais alors, rien d'intéressant, n'aurait jamais du arriver. Une spirale délirante de malchance et d'un destin ironique, qui n'en finit pas de hanter le pauvre homme: son talent de peintre sera reconnu, mais ce sera sous le nom d'un(e) autre. Il pourra retrouver le célibat, mais ce sera pour découvrir que sa maîtresse le trompe... Il en viendra à souhaiter tuer sa femme, mais ce sera une autre qui tombera sous les coups. Ironie suprême, quand il voudra se livrer à la police, on ne le croira même pas! Bref: un minable... Un rôle en or pour un immense acteur en vérité, mais quelle noirceur... D'ailleurs, de son nom ("Criss-cross", c'est l'échange, celui entre le sage et ennuyeux Christopher et un homme de la nuit, qui rencontre des femmes et se mèle à la pègre!) au cadrage quand il verra Kitty la première fois (et l'absence de dialogues de la scène en renforce l'aspect cinématographique), tout autour de Chris renforce l'idée d'irréalité...

Lang est en terrain connu avec les mêmes acteurs et le même chef-opérateur que le film précédent, et il va y retrouver son sens du cadre, ainsi qu'une tendance géniale à utiliser les portes et fenêtres, et vitrines. D'ailleurs, une scène-clé, ironiquement, cite The woman in the window, quand Robinson voit dans une vitrine qu'on déménage un tableau de Joan Bennett... que son personnage, cette fois, est supposé avoir peint. Dans cette équipée sordide et nocturne, le cinéaste adopte un ton parfois distancié, à la limite du cynisme, et ça ne lui ressemble pas beauoup... 

 

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Published by François Massarelli - dans Fritz Lang Noir
15 août 2026 6 15 /08 /août /2026 08:06

Héliogabale (Fernand Herrmann), l'empereur Romain (sur lequel beaucoup de fadaises ont probablement été dites), s'adonne à ses plaisirs favoris: choisir des courtisanes, s'entourer de jeunesses, aussi bien filles que garçons, et festoyer en bonne compagnie, sans oublier, bien sûr, de jeter quelque serviteur aux lions à l'occasion...

Ce film fait partie d'une des branches du cinéma de Feuillade les plus éloignées de son style 'policier": les films dits "esthétiques"... Le terme était du cinéaste lui-même, qui avait dans un article publié en mai 1910 dans la revue Ciné-Journal exprimé ses ambitions pour un cinéma artistique et exigeant... Ce qui lui permettait sans doute d'amener Léon Gaumont à lui donner des budgets plus conséquents! Cet aspect se retrouve dans ce qui est quand même un court métrage plutôt luxueux, en terme de décors et de figurations.

Un passage à retenir, probablement: le moment où une "orgie" (essentiellement un repas, agrémenté de danses en toge!) qui bat son plein est interrompue par l'arrivée des lions. Quelques années plus tard, Feuillade raffinera ce genre de situation dans une hallucinante scène inquiétante des Vampires.

Quant à ce pauvre Héliogabale (Antonin de son nom d'empereur), c'était semble-t-il un libertin, qui affichait une androgynie et une liberté sexuelle qui ne pouvait que déclencher sa diabolisation par l'église (ce que le film reprend fidèlement, on y verra Fernand Herrmann flatter le minois d'un tout jeune homme); il n'a pas eu longtemps pour ses turpitudes, qu'elles soient authentiques ou fantasmées par quelques moines moyen-ageux en quête de copie: né en 204, devenu empereur à 14 ans, il mourra à 18. Assassiné, bien entendu.

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Published by François Massarelli - dans Muet Louis Feuillade
15 août 2026 6 15 /08 /août /2026 07:57

La Gaumont avait une mission, imposée par le patron Léon Gaumont: éduquer les masses, dans le bon sens et le bon ordre... Il est donc attendu qu'il faille à un moment ou un autre s'occuper de religion. Après un film (un long métrage, denrée rare en 1906) mis en scène par Alice Guy (La vie du Christ, 1906), Louis Feuillade a souvent pris le relais. 

On assiste donc à une série de tableaux religieux aux compositions sulpiciennes, dans lesquelles le grand cinéaste s'applique sans aucune trace de son génie à illustrer platement la supersitition de son patron, le tout relié par des intertitres à la navrante platitude...

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Published by François Massarelli - dans Louis Feuillade Muet