
Carl Schenström (Doublepatte) et Harald Madsen (Patachon) n'avaient plus grand chose à prouver, à la fin des années 20: non seulement leurs comédies, le plus souvent réalisées par Lau Lauritzen, étaient des succès énormes partout où elles étaient montrées (soit partout en Europe!), mais en prime leur Don Quichotte (1926) tourné en Espagne, leur avait donné un légitimité enviable... Pour autant, les films tournés ensuite, jusqu'à celui-ci, étaient des comédies plus classiques. Vester Vov-vov, le précédent, était un de leurs meilleurs films, combinant comédie, mélodrame et la magie d'un tournage en extérieurs qui montrait la côte de la Mer du nord sous un jour très poétique. Ce nouvel opus est plutôt tourné vers la comédie et l'aventure, avec un script assez délirant!
Le premier tiers est du très classique: un jeune homme (Herling Schroeder) et une jeune femme (Karin Nellemose) s'aiment; elle est pensionnaire d'une institution pour jeunes filles comme il faut, et lui est riche: autant dire qu'il est prêt à tous les caprices pour être avec elle. Les premières séquences le voient s'introduire dans l'école, et la surveillante (Ingeborg Gandrup) tente de le repérer. A la place, elle découvre Doublepatte et Patachon qui ont trouvé refuge dans le jardin. Pour les remercier de leur diversion, le jeune homme les "engage" dans un stratagème qui va vite prendre l'eau: il se font passer tous les trois pour l'équipage d'un yacht qu'il a emprunté à son oncle et proposent à l'institution scolaire un voyage pour les jeunes femmes, tous frais payés...
...Ce qui aurait fait un sujet suffisant pour une comédie. Mais ce n'est que le prologue! Après l'expédition désastreuse en bateau, les jeunes femmes sont plus surveillées que jamais. Les deux héros trouvent un emploi dans une mystérieuse fabrique de briques explosives, et Elinor, la jeune pensionnaire, est appellée par son oncle qui a besoin d'elle (et de son héritage) pour financer une expérience scientifique... qui se trouve justement être celle de fabriquer les briques en question, les «pierres-tonnerre» du titre... Tombé sous le coup d'un ingénieur tourné escroc (Anton de Verdier), l'oncle (Charles Wilken) ignore qu'il est en train de préparer un coup d'état, avec l'aide d'hommes sans trop de scrupules!
Oui, en effet, c'est du grand n'importe quoi, parfaitement assumé! On n'échappe pas à la mode de la peur des Rouges, l'ingénieur-agitateur (en fait surtout un escroc, qui envisageait purement et simplement de partir avec l'argent de l'héritière) étant identifié comme un Russe ou un slave, sous le nom de Rostow, avec une tunique adéquate... L'essentiel, c'est bien sûr le duo des deux héros, qui après Vester Vov-vov dans lequel le petit Madsen semblait prendre un peu plus le leadership, se recentre, en les montrant égaux devant l'aventure... Ils ont ici une présence constamment physique. Karin Nellemose, qui fait facilement penser à Bette Davis en ses jeunes années, est une actrice intéressante, jouant avec force de son regard, sans jamais en faire trop, ni pas assez...






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Fincher était un jeune garçon en Californie au moment des faits, qui l'ont inévitablement marqué. Cela se sent en particulier dans l'impression de réalité qu'on a en voyant le film, et dans les parti-pris de réalisme du point de vue: une décision simple a été prise, celle de ne montrer que les meurtres et les tentatives que si une victime ou un témoin avait survécu. De même, on sait que Fincher est un virtuose (Les journalistes de Télérama ne manquent aucune occasion de s'en plaindre à la sortie de ses films), mais pas de délire ici: tout point de vue est justifié, chaque angle est étudié, et la caméra bouge peu. L'utilisation du fondu au noir est un autre truc de mise en scène qui prend un relief particulier: symbolisant la rupture de l'acte de mémoire, la fin de chaque scène évite un montage brusque, et la douceur des transitions surprend; certaines choses ne sont tout simplement pas nécessaires; mais un fondu au noir se prolonge durant trois minutes (Du moins dans la "director's cut"), accompagné de fragments sonores d'histoires, et nous informe d'un long passage de temps: quatre années... Au-delà donc de la reconstitution maniaque des événements tels qu'ils ont pu être ressentis à l'époque, et de la restitution pour une fois parfaitement morale et rigoureuse d'un fait lié à des meurtres en série, le propos de Fincher est de traiter du temps qui passe, et d'incorporer l'enquête sur le Zodiac dans ce qui est une spirale de l'échec.../image%2F0994617%2F20260818%2Fob_51acbd_afe99000038.jpeg)


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