
Adapté d'une pièce Irlandaise, elle-même inspirée d'un fait divers authentique, The Collen Bawn raconte les rocambolesques amours d'un couple, un riche héritier marié à une paysanne, qui doivent s'aimer et se marier en cachette, jusqu'à ce que la famille du nobliau décide de le marier à sa cousine...
Quand je pense qu'on continue à voir un peu partout des articles qui patent du principe que le premier long métrage Américain est Birth of a nation! Si sa contribution à l'évolution du cinéma a été plus que minimale, au moins on peut concéder à Olcott d'avoir été parmi les premiers à étendre sciemment le champ des films, en livrant dès 1911 des films qui dépassaient les deux bobines. Notons qu'à la même époque, Griffith peinait à imposer à la Biograph des sujets de deux bobines, justement...
Mais il serait injuste de comparer Olcott et Griffith. Certes, l'un et l'autre tournaient à cette époque, l'un depuis 1907 (Olcott) l'autre depuis 1908, et l'un comme l'autre ont tant bien que mal maintenu leur activité jusque vers la fin (Olcott) voire au-delà (Griffith) du muet... Mais si Olcott était curieux des possibilités dramatiques du cinéma, comme son cadet, et avait choisi de partir de l'Est pour tourner dans les lieux emblématiques des histoires qu'il avait choisi (La Palestine ou l'Irlande, excusez du peu), sa grammaire restait bien rudimentaire, sa direction d'acteurs limitée, et une scène chez lui équivalait à un plan, comme au bon vieux temps des "tableaux" dans les films Français de 1905...
Et par dessus le marché, sa vedette (et épouse) Gene Gauntier lui a par la suite contesté la paternité complète de ses films, en revendiquant sa part dans la mise en scène de nombreux films, dont celui-ci. Je ne sais pas si c'était une bonne affaire, tant le style est vieillot: l'une des raisons du succès des films "Irlandais" de Olcott et Gauntier, était justement le choix de décors Irlandais authentiques. Le fait est qu'on a le temps de les voir...




Le trust est un des représentants de cette série, et est avec deux autres films disponible sur le coffret DVD
Le film est bien de son époque, et le rythme bien sur s'en ressent, de plus on sait que Feuillade était friand de digressions didactiques, ainsi le coup de théâtre final est-il réexpliqué deux fois afin que le plus stupide des mal-comprenants puisse bien intégrer le principe. Mais n'oublions pas que le public de 1911 était encore peu accoutumé aux raccourcis policiers, et que tout restait à inventer. Autre signe des temps, hélas, le fait que le banquier et le détective, qui sont au-dela de toute rédemption tellement leur corruption est profonde, portent des noms qui les désignent un peu trop facilement comme Juifs, même si aucune autre allusion antisémite ne vient compléter le tableau; reste une question: Julius Kieffer et Jacob Brewick s'eppellent-ils ainsi par la volonté de Feuillade (Il était royaliste, ce qui au-delà de son génie évident, ne fait pas de lui une personne politiquement intelligente dans la France de 1911...), ou par celle de Gaumont, pas réputé pour être très progressiste en quelque domaine que ce soit? On ne saura jamais, et en faisant abstraction de cet encombrant défaut, on peut considérer Le trust comme un film important de l'oeuvre de Louis Feuillade.