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21 février 2019 4 21 /02 /février /2019 13:10

Adapté d'une pièce Irlandaise, elle-même inspirée d'un fait divers authentique, The Collen Bawn raconte les rocambolesques amours d'un couple, un riche héritier marié à une paysanne, qui doivent s'aimer et se marier en cachette, jusqu'à ce que la famille du nobliau décide de le marier à sa cousine...

Quand je pense qu'on continue à voir un peu partout des articles qui patent du principe que le premier long métrage Américain est Birth of a nation! Si sa contribution à l'évolution du cinéma a été plus que minimale, au moins on peut concéder à Olcott d'avoir été parmi les premiers à étendre sciemment le champ des films, en livrant dès 1911 des films qui dépassaient les deux bobines. Notons qu'à la même époque, Griffith peinait à imposer à la Biograph des sujets de deux bobines, justement...

Mais il serait injuste de comparer Olcott et Griffith. Certes, l'un et l'autre tournaient à cette époque, l'un depuis 1907 (Olcott) l'autre depuis 1908, et l'un comme l'autre ont tant bien que mal maintenu leur activité jusque vers la fin (Olcott) voire au-delà (Griffith) du muet... Mais si Olcott était curieux des possibilités dramatiques du cinéma, comme son cadet, et avait choisi de partir de l'Est pour tourner dans les lieux emblématiques des histoires qu'il avait choisi (La Palestine ou l'Irlande, excusez du peu), sa grammaire restait bien rudimentaire, sa direction d'acteurs limitée, et une scène chez lui équivalait à un plan, comme au bon vieux temps des "tableaux" dans les films Français de 1905... 

Et par dessus le marché, sa vedette (et épouse) Gene Gauntier lui a par la suite contesté la paternité complète de ses films, en revendiquant sa part dans la mise en scène de nombreux films, dont celui-ci. Je ne sais pas si c'était une bonne affaire, tant le style est vieillot: l'une des raisons du succès des films "Irlandais" de Olcott et Gauntier, était justement le choix de décors Irlandais authentiques. Le fait est qu'on a le temps de les voir...

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Published by François Massarelli - dans 1911 Muet Sidney Olcott **
2 juillet 2017 7 02 /07 /juillet /2017 18:18

Commençons une bonne fois pour toutes par affirmer que ce film n'est pas, contrairement à ce qui est souvent affirmé de façon appuyée, le premier long métrage de l'histoire du cinéma... Par contre c'est bien un long métrage, c'est sûr, et prévu, assumé et montré comme tel: contrairement par exemple à La naissance, la vie et la mort du Christ d'Alice Guy par exemple, ce film était bien prévu pour une séance qui le contiendrait en entier, sans option de voir les tableaux séparément les uns des autres.

J'ai dit "tableaux", et c'est en effet une caractéristique héritée de la décennie précédente, que de diviser le film en plusieurs tableaux qui tiennent lieu de séquences, d'ailleurs généralement annoncés par des intertitres qui nous disaient tout ce qu'on allait voir. Mais La Divine Comédie s'y prête plutôt facilement, et les réalisateurs du film se sont donc décidés à utiliser le cinéma pour transcrire la visite hallucinée du poète Dante aux Enfers, avec pour guide l'âme de Virgile...

Inspirées de Gustave Doré, les images font un grand usage de décors naturels, laissant les mots des intertitres faire une part du boulot... Mais il y a aussi une part de truquages parfaitement fonctionnels, surimpressions, caches, images composites. Les figurants nombreux qui interprètent les damnés ne sont probablement pas des acteurs, mais ils ont beaucoup donné pour le film, car le moins que l'on puisse dire c'est que la production ne les a pas ménagés! N'empêche, le film impressionne justement par ce jusqu'au-boutiste dans la volonté de suivre les illustrations établies et de fournir au texte un équivalent visuel à peu près aussi fou. On pense par moment à un Méliès qui aurait mis sa fantaisie au service d'une peinture violente et irréaliste, mais qui saurait non seulement doser ses effets, mais aussi ne pas se retenir parfois... Bref, ce film plus que centenaire est certes antique, mais il est aussi d'une grande beauté visuelle.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1911 *
28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 16:48

Un an après L'abîme, ce nouveau film de Urban Gad avec Asta Nielsen déçoit. On quitte l'intrigue filmée dans les rues de Copenhague, et ses audaces fulgurantes d'érotisme pour suivre des acteurs un rien ampoulés de salon en salon, mollement engoncés dans une intrigue bourgeoise, plate et ridicule. Asta Nielsen y interprète une talentueuse écuyère courtisée par à peu près tout le Danemark, qui refuse les avances d'un riche bijoutier (Gunnar Helsegreen) mais se jette (Littéralement) dans les bras du Comte Von Waldberg (Valdemar Psilander). Le bijoutier, Hirsch, ne s'avoue pas vaincu et revient à la charge, par la ruse plutôt que par la séduction... Il va piéger les deux amoureux, et le drame va, bien sur, finir mal, très mal pour la belle artiste.

Le film est donc un retour à du tout-venant après la réussite de leur premier film, mais Asta Nielsen, malgré tout, tire plutôt bien son épingle du jeu. Certes, la subtilité ni la retenue n'ont jamais été son fort, mais elle se bat avec une belle énergie, pendant que Gad, comme s'il prenait ses distances avec le film (Au scénario duquel il a pourtant contribué), tend à éloigner sa caméra, et créer au moins dans des scènes qui sont souvent réduites à un tableau, un semblant de vie. Mais une scène frappante lui permet d'élever un peu le débat: un miroir nous frappe par son omniprésence, pendant que dans le bureau du bijoutier, Stella vient le voir. Le miroir nous est encore plus évident lorsque Gad l'utilise pour prolonger le décor de son intrigue, et sert enfin au bijoutier lui même qui voit dans le miroir, la jeune femme qui lui dérobe des bijoux derrière son dos! Et dans la même scène, un insert vital permet à Gad d'aller plus près des acteurs qui jouent tous deux une scène avec une certaine duplicité... Quant à Asta Nielsen, elle continue à impressionner par l'aisance physique avec laquelle elle joue des séquences entières, comme une scène durant laquelle elle doit empêcher son petit ami de se suicider... Elle y met tout son coeur, peut-être pas de quoi rattrapper le film, mais c'est toujours ça de pris.

https://www.stumfilm.dk/en/stumfilm/streaming/film/den-sorte-drom

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Published by François Massarelli - dans Muet Asta Nielsen 1911 DFI Urban Gad *
15 juillet 2012 7 15 /07 /juillet /2012 10:48

La vie telle qu'elle est, voilà le slogan lancé par Feuillade pour Gaumont, qui voulait diversifier sa production, et lancer une série de films "réalistes". Il est paradoxal de constater que de cette série aux intentions véristes naitra un courant poétique fondamental du cinéma Français... Probablement à l'insu de son auteur, qui croyait sans doute dur comme fer qu'il avait peint, justement, "la vie telle qu'elle est".

 

Le trust est un des représentants de cette série, et est avec deux autres films disponible sur le coffret DVD Gaumont: le cinéma premier. Il conte une histoire qui entremêle film policier, un des premiers du genre donc, et espionnage industriel à la mode 1910... Un banquier glouton et sans scrupules s'acoquine avec un détective véreux dans le but d'assoir sa domination sur l'industrie du caoutchouc en mettant la main sur une formule de caoutchouc synthétique. Ils ne reculent devant rien: enlèvement, séquestration, intimidation, drogue, déguisement... et c'est bien là que le film prend tout son intérêt. Par certains cotés, on est, quelques années avant ces glorieux films, face à des avant-gouts de Fantômas (1913) et de ses suites, et des Vampires (1915-1916), où Feuillade travestira de façon magique les décors naturels et existants de Paris et de ses environs pour toucher à la création surréaliste avant la lettre, avec hommes et femmes masqués, poison, coups de théâtre, etc... Ici, la visite chez un concurrent va couter à Renée Carl bien des soucis: droguée, laissé inconsciente, elle ne sait pas qu'un valet a pris sa place... Un homme, enlevé de force, est amené au fin fond d'un souterrain, devant une table ou siègent trois hommes masqués, couverts par des malfrats qui pointent leur pistolet... Il ne devra son salut qu'à un stylo empli d'une encre sympathique...

Le film est bien de son époque, et le rythme bien sur s'en ressent, de plus on sait que Feuillade était friand de digressions didactiques, ainsi le coup de théâtre final est-il réexpliqué deux fois afin que le plus stupide des mal-comprenants puisse bien intégrer le principe. Mais n'oublions pas que le public de 1911 était encore peu accoutumé aux raccourcis policiers, et que tout restait à inventer. Autre signe des temps, hélas, le fait que le banquier et le détective, qui sont au-dela de toute rédemption tellement leur corruption est profonde, portent des noms qui les désignent un peu trop facilement comme Juifs, même si aucune autre allusion antisémite ne vient compléter le tableau; reste une question: Julius Kieffer et Jacob Brewick s'eppellent-ils ainsi par la volonté de Feuillade (Il était royaliste, ce qui au-delà de son génie évident, ne fait pas de lui une personne politiquement intelligente dans la France de 1911...), ou par celle de Gaumont, pas réputé pour être très progressiste en quelque domaine que ce soit? On ne saura jamais, et en faisant abstraction de cet encombrant défaut, on peut considérer Le trust comme un film important de l'oeuvre de Louis Feuillade.

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Published by François Massarelli - dans Muet Louis Feuillade 1911 *