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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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26 mai 2026 2 26 /05 /mai /2026 21:05

Quand un cinéaste s'acharne au-delà du raisonnable, tout peut arriver, y compris n'importe quoi. Mais quand il sait qu'il a raison, et que contre vents et marées, contre la production, les coupes budgétaires, le doute et même contre le bon sens, il a décidé que le film doit se faire, parfois, ça donne de l'or: Chaplin, Stroheim, Christensen et bien sûr Orson Welles sont tous passés par là. On devrait, aujourd'hui, connaître ce film comme on connaît les classiques de ces grands noms... Mais l'histoire a été injuste envers Sandberg, comme d'ailleurs avec le cinéma Danois dans son ensemble, dont on retient essentiellement un nom de réalisateur aujourd'hui, je vous laisse deviner lequel. Non que ce ne soit mérité, et non que j'estime que Sandberg puisse rivaliser sur la distance avec tous ces grands artistes.

Mais ce film, qu'il a voulu faire voire refaire puisque c'est un remake, et sur lequel il a littéralement hissé le drapeau noir, terminant le film en solo après avoir essuyé le refus de la Nordisk qui jusqu'alors le produisait, eh bien ce film, donc, est un chef d'oeuvre, un mélodrame admirable qui justifie la dithyrambe... 

Le matériau de base, c'est donc le film de 1917 avec Valdemar Psilander, énorme succès dans un pays qui affectionne la noirceur dans le mélo, et doté d'une trame à toute épreuve, pour 1917 du moins: un clown, qui travaille dans un petit cirque minable, est fou amoureux; un homme de la ville vient lui apporter une promesse d'immense succès s'il accepte de se rendre à la capitale pour y devenir une star; il le fait, mais va graduellement perdre son épouse qui s'est laissée séduire par le tentateur mentionné plus haut; elle va en mourir, et le clown qui sombre dans l'alcoolisme va finalement prendre le prétexte d'une représentation pour tuer son rival en public, durant la représentation... De cette intrigue, on retiendra l'inéluctabilité du destin, l'ironie, et le choix apparemment obligatoire entre bonheur et succès, l'un ne pouvant aller avec l'autre.

Tous ces thèmes sont présents dans ce nouveau film, mais Sandberg va beaucoup plus loin en accentuant d'autres aspects, déjà présents mais uniquement en filigrane. Son nouveau film, qui dure le double du précédent, va prendre son temps aussi et creuser les personnages. Beaucoup d'entre eux n'étaient que des silhouettes à l'identité plaquée (le clown naïf, le séducteur à moustache, la femme futile et frustrée, les braves vieux artistes, etc), dans ce nouveau film le metteur en scène les dote d'une identité, d'une histoire, d'une essence...

Deux choix étaient cruciaux: le premier est celui des acteurs, et sans surprise quand on connaît le cinéma Danois des années 20, Sandberg fait appel à des acteurs de plusieurs pays: à un solide casting Danois, il ajoute le Suédois Gösta Ekman pour interpréter Joe Higgins le clown; deux acteurs Français, l'un de tout premier plan, viennent compléter la liste: si on se souvient assez peu d'Edmonde Guy, modèle et actrice spécialisée dans les petits rôles "plastiques", en revanche, comment oublier Maurice de Féraudy, l'inoubliable interprète de Crainquebille et des Deux timides? Ici, il est le beau-père complice, un rôle de vieux de la balle, profondément humain. Sinon, Karina Bell, actrice fétiche de Sandberg depuis David Copperfield (1922), joue Daisy, le belle écuyère, et Robert Schmidt lui aussi Danois, sera le séducteur Marcel Philippe, qui était un comte sans envergure dans le film initial. Ici, le rôle a été transformé de fond en comble et son arc qui va durer sur tout le film permet au personnage d'acquérir une dimension bien plus intéressante... Tout en restant, bien évidemment, le méchant incontesté du film, cela va sans dire. Le deuxième choix pour Sandberg est lié à son envie de dépoussiérer, voire d'aérer cette histoire, et sans aucun doute à la présence deux acteurs Français: de nombreux extérieurs sont tournés en France, notamment dans les rues de Paris, où Sandberg a lâché ses acteurs, au milieu de la foule; tournant à distance.

Le personnage sur lequel tout le film repose, celui du clown "Joe Higgins", est joué avec conviction par Gosta Ekman, qu'on connaît ici surtout pour sa contribution à Faust de Murnau, mais dont il ne faut pas oublier qu'il a lui-même été une immense star, participant au deuxième age d'or du cinéma suédois, tout en étendant son champ d'action dans toute la Scandinavie et les pays Germaniques. Son visage si particulier, lunaire même, passe beaucoup mieux pour faire passer l'innocence de ce personnage trahi, que pour interpréter Faust, si vous voulez mon avis! Mais dans ses mains, Joe Higgins gagne en complexité, et Sandberg en a fait un nouveau personnage: désormais, Joe Higgins assume clairement le statut de star au point d'en développer un complexe de supériorité marqué par une vanité excessive. Quand il interdit à son épouse d'accepter les cadeaux de Marcel, elle lui répond gentiment que lui accepte tous les cadeaux qui lui sont faits... Ce à quoi il rétorque que c'est pour son talent. La scène de la révélation de la tromperie reprend l'idée du premier film, en situant cette révélation dans un miroir, mais la scène est étendue, et contient plusieurs éléments de référence explicite à la vanité, à l'égarement même du personnage de Joe qui a perdu Daisy en se perdant lui-même. Au final de vengeance du premier film, on substitue ici une scène durant laquelle Joe VEUT tuer Marcel Philippe, mais la peur donnera à ce dernier une crise cardiaque: une ironie dans laquelle passent des allusions à l'impuissance, mais aussi au fait que finalement Joe comme Marcel sont tous deux victimes du péché d'orgueil du clown... Et si Sandberg ne cherche jamais à frimer, il multiplie les petites touches de mise en scène pour faire de chaque séquence un merveilleux moment de cinéma. Par exemple, quand Marcel, Daisy et Joe marchent ensemble après que ce dernier a eu la révélation de leur duplicité, ils s'enfoncent dans une rue noire, inquiétante... Quand Daisy se jette à l'eau, le reflet du nom de son mari en lettres de lumière apparaît sur la surface de la rivière... Ajoutez à ça un sens aigu de la composition, une utilisation hors pair de la figuration et de la profondeur de champ... 

Ce sera malgré tout son dernier grand film, et c'est dommage. Il faut croire qu'en 1926, il n'y a pas de place pour une telle production, aussi soignée soit-elle. On a au moins la chance d'en disposer dans une très belle version, intégrale et telle que l'a voulu son metteur en scène. Celui-ci reprend donc la thématique de son premier film, avec cette image de ville corruptrice face à une ruralité simple et humaine. Un sujet encore de saison, puisque l'année suivante Murnau allait réaliser Sunrise... Mais Klovnen enrichit le mélodrame d'une façon inventive, systématique, et ce avec un bonheur constamment renouvelé...Si ceci était l'unique film de Sandberg, il aurait définitivement sa place dans l'histoire, et pas seulement en bas d'une page.

En attendant, en bas de cette page, justement, voici le film:

https://www.stumfilm.dk/en/stumfilm/streaming/film/klovnen

 

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Published by François Massarelli - dans 1926 Muet DFI A.W. Sandberg *
27 avril 2026 1 27 /04 /avril /2026 17:16

Un bien sombre drame que ce film de Sandberg, réalisé en pleine montagne, mais sans que jamais le metteur en scène laisse le lyrisme des paysages l'emporter. Au contraire, c'est la rudesse de la nature qui semble avoir été sa principale motivation pour y placer les protagonistes d'une histoire hautement mélodramatique:

Thor Brekanaes (Peter Nielsen), un fermier austère, s'est marié avec une femme (Karen Caspersen) à laquelle il reproche d'avoir eu un enfant naturel, juste avant son mariage. Et leur enfant commun, un garçon, est né avec des troubles mentaux... Du coup, la rancoeur du fermier pour son épouse va rejaillir sur Vasil, l'enfant illégitime... Mais la mère, comme elle l'avait prédit à son mari, se tue à la aissance de son deuxième fils, pour ne plus avoir à subir le joug de celui que les locaux appellent Lehnsmanden (en gros, le seigneur des lieux)...

Des années plus tard, alors qu'à la ferme Brekanaes Thor héberge de nombreuses personnes, dont une jeune femme, Thora (Karina Bell), Swein (Sigurd Langberg), qu'il a adoptée, mais aussi le fils d'un de ses employés qui fait office d'intendant à la ferme. Il rend souvent visite à la jeune femme qu'il projette d'épouser, avec l'assentiment de Thor. Thora est très appréciée de tous: en particulier, d'Alsak (Peter Malberg) le fils simple d'esprit de Thor. Mais la jeune femme est amoureuse de Vasil (Emmanuel Gregers), qui revient alors au payx pour annoncer à son père qu'il envisage de cesser ses études de droit pour se consacrer à l'écriture, et souhaite emmener Thora avec lui. Le père refuse, toujours sous le coup du dépit et de la rancune tenace qu'il garde envers son épouse décédée depuis longtemps... 

Quand quelques jours plus tard, Thor est retrouvé mort, assassiné d'un jet de pierre. Les soupçons se tournent vers Vasil, mais Swein est tout aussi potentiellement coupable que lui... C'est Thora qui découvrira la vérité...

Du mélodrame, disais-je, et du lourd. Mais si le film laisse l'introgue suivre son cours, il vaut mieux: d'une part, on doit avouer qu'une fois de plus le mystère ne vaut pas lourd: le "coupable" du "meurtre" sera vite trouvé, permettant une fin relativement heureuse, mais quand même assez sombre... Les acteurs dirigés par Sandberg sont parfois dans la ligne, dans la mesure où ils jouent des archétypes. Une mention spéciale est due à Peter Malberg qui compose un personnage "simple d'esprit", comme on dit, constamment sur la brèche et réussit à ne pas en faire trop (ce qu'il pouvait parfois se permettre, surtout dans ses nombreux rôles de "méchant" pour Sandberg... De même que le lien entre lui et Thora est joué avec tact par Karina Bell. cette dernière réussit dans les deux dernières bobines à élever son personnage au dessus de son simple statut de commodité... L'actrice, souvent employée pour la comédie, est meilleure dans le drame, où l'étrangeté de son visage est un atout précieux.

On est dans une atmosphère qui rappelle un peu les films "paysans" de Murnau, avec leurs lourds secrets du passé, et leurs intrigues qui mobilisent toute une tribu de membres de la famille et d'employés de ferme. Mais Sandberg, en jouant la carte du conflit habituel entre campagne et cité, entre tradition et modernité, se réfugie plus dans le mélo classique avec ses règles et ses coups de théâtre, que dans le symbolisme transgressif de Terre qui flambe ou City Girl... Le metteur en scène Danois reste, avec ce solide film campagnard, les pieds sur terre, ou plutôt dans la glaise. Il dépeint en vrai citadin, c'est à dire à distance, le jugement de deux hommes par l'ensemble d'une communauté pas spécialement encline à rigoler avec le péché... 

Il n'empêche, pour cette incursion Norvégienne, Sandberg semble se débarrasser un peu de sa tendance Dickensienne, qui prenait depuis quelques films toute la place depuis qu'il avait réalisé trois films (un quatrième, Little Dorrit, allait sortir en décembre 1924) adaptés du célèbre auteur anglais. En recentrant son univers sur la Scandinavie, il se renouvelle...

https://www.stumfilm.dk/en/stumfilm/streaming/film/moraenen

 

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Published by François Massarelli - dans A.W. Sandberg DFI Muet 1924
13 avril 2026 1 13 /04 /avril /2026 08:58

Au XVIIe siècle, lors d'une période particulièrement intense des conflits entre la Suède et les provinces Danoises, une troupe de mercenaires arrive dans un hameau Danois, pour en prendre possession et y reprendre des forces; parmi les habitants se trouvent le fermier Ole Hassel (Frederik Jacobsen), son épouse (Marie Dinesen) et leurs deux enfants, Anne (Olga D'Org) et Helle (Martin Herzberg); le caporal Prinz (Peter Nielsen), un homme peu recommandable, leur impose sur ordre du Roi de recueillir un soldat blessé, Lasse Manson (Poul Reumert)...

Alors que l'occupation se poursuit, la vie est finalement assez simple à la ferme, tant les habitants sont séduits par le convalescent... Surtout Anne bien sûr. Quand celle-ci apprend qu'en plus Lasse est d'origine Danoise, elle lui reproche ses choix. Mais les deux jeunes gens tombent amoureux, avec plus ou moins la bénédiction de tout le village... quand Lasse doit partir, il se rend compte que le caporal est parti avec son argent, le retrouve et récupère son bien en se débarrassant de son supérieur, qu'il croit avoir tué. Puis, il revient chez les Hassel pour se cacher, ce qui réjouit Anne...

C'est un peu un film en forme de halte, un conte à l'ancienne, qui aurait pu prendre deux chemins fort attendus, mais n'en fait rien: d'une part, comme le dernier chapitre des Pages arrachées du Livre de Satan, de Dreyer, on attendrait que cette histoire d'occupation, d'allégeances contradictoires et de passions entravées vire au pamphlet nationaliste, mais Sandberg et la Nordisk, qui visent le marché international avec leurs films, ont sagement mis cet aspect de l'intrigue en sourdine. Par ailleurs, on évite aussi le conte moral avec connotation Chrétienne, quand après s'être installés ensemble dans la cabane de Lasse, les deux amants consomment leur amour sans réserve. Anne, très superstitieuse, voit dans l'orage qui s'ensuit la colère divine, et d'autres lui emboîtent le pas, mais tout se passe comme si pour le metteur en scène, cette interprétation ne tient pas... Un choix sage et qui permet à Sandberg et à ses acteurs de laisser libre cours au lyrisme d'une histoire qui par moment, et toutes proportions gardées, fera un peu penser à l'amour interdit de Mary Johnson pour Richard Lund dans Le trésor d'Arne de Mauritz Stiller...

Mais en mineur: Sandberg vise ici un public populaire et son film est une histoire d'amour, plutôt qu'une tragédie. La mise en scène est une fois de plus soignée, et Sandberg est très clairement inspiré par son village médiéval et ses sous-bois. Il prend aussi du plaisir à éclairer ses scènes nocturnes à la façon des maîtres flamands, en utilisant bien sûr des bougies dans le champ pour compléter l'illusion. C'est un joli effet qui vient largement contre-balancer le côté anecdotique d'un film taillé pour séduire et satisfaire les foules... Malgré une fin dont on ne peut vraiment dire qu'elle soit heureuse.

https://www.stumfilm.dk/en/stumfilm/streaming/film/lasse-mansson-fra-skaane

 

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Published by François Massarelli - dans 1923 DFI Muet A.W. Sandberg
10 avril 2026 5 10 /04 /avril /2026 23:48

Anders Wilhelm Sandberg ambitionnait, lorsqu'on l'avait promu réalisateur dans les années 20, de devenir le maître de la comédie au Danemark... Mais le créneau était déjà pris: Lau Lauritzen occupait de façon incontestable ce terrain. Néanmoins, à la vision de ce film, on peut se dire que l'idée a du avoir du mal à lui sortir de la tête... C'est une comédie policière particulièrement farfelue, dont le succès a dépassé les frontières au point qu'il est plus facile de trouver le film ou des renseignements le concernant sous son titre Anglais: The Hill Park Mystery, ou The Park Hill Mystery, puisque on trouve les deux! 

Le journaliste Erik Brandt (Gorm Schmidt) est arrivé à la rédaction de son journal à Copenhague, avec à nouveau la résolution d'une enquête. Grâce à son acharnement, il est venu à bout d'un tueur redoutable... mais n'a pas dormi depuis bien longtemps. Il se rend donc chez lui avec un chèque conséquent, et deux semaines de vacances pour rattraper ses nuits en retard, et comme le dit un intertitre, "n'aurait pas du regarder par la fenêtre".

...Car il y a vu un meurtre, simple, bête et brutal. Dans le parc avenant à sa propriété, un homme est accosté par une femme (Olga D'Org) qui fait tomber ses cigarettes, et quand l'aimable citadin les ramasse, il se prend un coup sur la tête, qui le laisse raide mort pendant que la femme disparaît. La police n'ayant que peu d'envie de le croire, le jeune détective va se lancer aux trousses d'une tueuse qui est d'autant plus redoutable qu'elle est particulièrement avenante, et pas insensible à son charme elle non plus...

Les deux acteurs ne sont pas des inconnus pour qui fréquente le cinéma de Sandberg: Olga d'Org interprétait Estella, dans la splendide adaptation par le réalisateur des Grandes espérances de Dickens, le film étant sorti en 1922... Et sinon, Gorm Schmidt, qui jouait souvent les jeunes premiers dans les longs métrages de Lau Lauritzen avec Doublepatte et Patachon, a souvent joué des rôles importants chez Sandberg, ne serait-ce que celui de David Copperfield en 1922... Il était rompu au ton du mélodrame comme à celui de la comédie. ...Et il le prouve ici.

Impossible de toute façon de prendre vraiment au sérieux ce film qui lance un détective compétent mais très très fatigué, dans des aventures où le cocasse le dispute à l'absurde. Sandberg s'est clairement énormément amusé, en variant les décors avec un goût certain, une pointe d'extravagance dans le farfelu (on pense parfois au ton particulier du Brasier Ardent, la flamboyance en moins), et bien sûr ne rate aucune occasion de relancer le mystère en prenant systématiquement le point de vue du héros, c'est à dire celui de l'homme qui n'a en réalité rien compris du tout! 

Sandberg se paie même le luxe de se placer dans son film, et de chasser sur les terres de Lauritzen dans une jolie séquence à la mer avec ses baigneuses en maillot. Il se dégage de ce film pour le plaisir un parfum enivrant de parfaite carte postale du muet, sans un gramme de drame, ce qui est quand même frappant pour une production Danoise! Bref, ce film oublié du réalisateur de Klovnen est plus que recommandable, il est donc hautement recommandé.

https://www.stumfilm.dk/en/stumfilm/streaming/film/nedbrudte-nerver

 

 

 

 

 

 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1923 Comédie A.W. Sandberg DFI *
6 juillet 2025 7 06 /07 /juillet /2025 10:33

Le film commence un peu comme La nuit vengeresse de Benjamin Christensen, avec des plans nocturnes d'un homme qui s'approche d'une maison, la nuit, où vivent deux personnes: une dame âgée, alitée, est mourante, et sa fille (Clara Wieth) s'occupe d'elle; l'homme (Peter Fjelstrup) réclame à manger, et il est manifestement en fuite. le lendemain, il se re-manifeste, et elle lui donne à manger, puis le suit: elle découvre qu'il habite une cabane dans les bois...

Quand le médecin passe pour surveiller l'état de la mère, il est direct: elle va mourir si on ne lui prodigue pas de soins le plus vite possible. En bon instrument du destin, le docteur attire aussi l'attention de la jeune femme sur une affichette qu'il a ramassée: un avis de recherche, au nom de Carl Weldon, recherché pour meurtre. Bien sûr, c'est l'homme aperçu par Nina la nuit précédente et qu'elle a suivi jusque chez lui. Elle se rend au poste de police, et les choses se précipitent: les éléments du mélodrame se mettent en place les uns à la suite des autres. D'une part, Nina reçoit sa récompense avec laquelle elle espère pouvoir payer des soins à sa mère; d'autre part, deux protagonistes importants se manifestent, l'un est le neveu de la victime du meurtre Pedro (Peter Malberg), qui souhaite féliciter la jeune femme... Et plus si affinités, car le gandin est plutôt bavard voire beau-parleur. L'autre personne qui intervient au poste de police, le Dr Weldon (Carlo Wieth), est le fils du suspect qu'on vient d'arrêter, et qui bien sûr clame l'innocence de son père. Si contrairement à moi, vous n'avez pas encore trouvé le vrai coupable, voyez le film. Sinon... voyez-le quand même!

Car ce n'est pas par ses qualités de whodunit que ce long métrage vaut la peine d'être vu. Le film est entièrement assujetti au point de vue de Nina, qui est interprété avec un souffle impressionnant par l'une des divas de l'écran Danois muet. Le mot n'est d'ailleurs pas choisi au hasard: elle réussit par un jeu d'une constante subtilité, à faire passer les mêmes émotions, les mêmes passions que les divas Italiennes, Francesca Bertini en tête. Mais Bertini avec un sens de l'économie, si c'était possible. Et Clara Wieth-Pontopiddan joue en subtilité, mais de tout son être...

Autour d'elle, un casting solide, et surtout un metteur en scène qui est inspiré du début à la fin. Sa mission est double, finalement: d'un côté, livrer clés en mains au public un divertissement parfait, avec un script personnel et généralement très clair; de l'autre, suivre les doutes et les sentiments de culpabilité d'une héroïne qui non seulement réalise qu'elle a commis une erreur en acceptant de l'argent sur la tête d'un homme, mais surtout souffre de cacher la vérité à l'homme qu'elle aime, car bien évidemment, elle va tomber amoureuse du bon docteur et même l'épouser...

Sandberg utilise du début à la fin de son film les scènes nocturnes avec une maestria confondante, et c'est là sans doute que la référence au film de Christensen fait sens: Avec son art du clair-obscur, son sens de la composition et du cadrage en plus de sa direction d'acteurs impeccable, Sandberg peut sans problème se placer en droite ligne dans la même classe que le réalisateur de L'X mystérieux et La nuit vengeresse... Comme Le Clown (1926) ou Nerfs Brisés (1923), ce film de Sandberg place le mélodrame Danois à a lisière des cinématographies du monde, car comme chez Dreyer, l'austérité des Danois cache de bien sombres turpitudes (surtout Peter Malberg, qui allait comme de juste bien vite être abonné des rôles de types louches), mais avec Sandberg, on commence à trouver les moyens de la mettre en scène de façon moins suggestive, plus directe. Ce qui nous fait un film esthétique, mais aussi excitant, à plus forte raison dans un dénouement très physique pour les principaux personnages.

https://www.stumfilm.dk/en/stumfilm/streaming/film/kaerlighedens-almagt

 

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Published by François Massarelli - dans A.W. Sandberg DFI Muet 1919
15 juin 2025 7 15 /06 /juin /2025 13:42

Ce mélodrame Danois date d'une époque durant laquelle le pays du Nord, anciennement champion incontesté du cinéma Européen, et donc mondial, est en lutte pour garder sa première place... Mais c'est bien fini. Les Danois, qui savent qu'ils ne peuvent plus exporter comme avant vers la France, l'Italie ou l'Angleterre, en cette époque où les alliances scellent des pactes authentiquement guerriers, se tournent plus que jamais vers les genres éprouvés, en premier lieu le mélodrame! 

Joe Higgins (Valdemar Psilander) est clown dans un petit cirque familial. Un noble de la ville qui vient voir le spectacle est impressionné et lui propose de venir avec lui pour faire carrière sur les scènes citadines. Il accepte, à la condition de pouvoir emporter avec lui Daisy (Gudrun Houlberg), la femme qu'il aime, et ses parents. Des années après, Joe court de succès en succès, mais il découvre que Daisy, qu'il a épousée, le trompe avec le comte Henri (Robert Schmidt). Il la confronte, elle part, et c'est la déchéance...

Le film est hautement prévisible, et nous conte précisément la chute d'un homme. La scène qui va servir de révélateur pour Joe, pas pour le public, sera vue par lui dans un miroir, qui lui montre littéralement ce qui se passe dans son dos. Quelques scènes plus tard, Joe éméché croise dans un restaurant une troupe de gens en pleine débauche: parmi eux, Daisy et le comte sont occupés à lutiner d'autres amants. Joe fait un scandale... qui secoue violemment la jeune femme. Ainsi, Sandberg semble établir non seulement le thème classique du mélo, la ville qui corrompt, mais par ces deux scènes il insiste sur cette déchéance comme un drame intérieur, inhérent à Joe lui-même. Et quand il croise Daisy, tous les deux sont dans un très mauvais état... 

La dernière bobine, située après la mort de Daisy, le premier "climax" du drame (il y en a un deuxième, mais je ne vous le révélerai pas), est fascinante par une utilisation assez rare du flash-back, quelques années avant la structure chronologique déroutante de La charrette fantôme... Joe se remémore les bons moments entre deux gorgées de mauvais vin, et on voit non seulement les scènes que nous avons déjà vues, mais aussi d'autres, qui prolongent le drame, et la vie qui est sous nos yeux. Valdemar Psilander, qui EST le spectacle à lui tout seul, est évidemment impérial dans ce film et lui assurera un succès non négligeable... D'autant plus qu'il est décédé quelques semaines avant la sortie! mais le film avait ses mérites propres, avec ou sans sa vedette: ce qui allait persuader Sandberg, neuf années plus tard, de retourner à la conquête de l'Europe avec un remake en tous points superbe...

Copie du film (sans sous-titres) disponible sur le site du Danske Film Institut: 

https://www.stumfilm.dk/en/stumfilm/streaming/film/klovnen-0

 

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Published by François Massarelli - dans A.W. Sandberg Muet 1917 DFI Valdemar Psilander
15 juin 2025 7 15 /06 /juin /2025 09:19

Meyer, un mari (Oscar Stribolt) profite de l'absence de son épouse partie prendre des vacances à la mer, pour mener la grande vie. Mais quand elle revient, elle a la désagréable surprise de retrouver chez elle un homme, fin saoul, qui ne se rappelle même pas qu'il n'est pas M. Meyer...

C'est tout sauf subtil, et c'est un peu inattendu de la part de Sandberg, qui allait se spécialiser dans le drame et le mélodrame: son Clown de 1926 est une merveille... Mais le film se distingue des productions plus basiques de Lauritzen, par le recours à un dispositif intéressant: le mari rentre chez lui pour y voir son copain saoul aux prises avec son épouse, par le truchement de trous de serrures. La mise en scène se divise alors en trois... Pour le reste, c'est de la kolossale Komédie...

https://www.stumfilm.dk/en/stumfilm/streaming/film/ungkarl-og-aegtemand

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Published by François Massarelli - dans Comédie A.W. Sandberg DFI Muet
14 janvier 2023 6 14 /01 /janvier /2023 11:22

Un couple marié vit tranquille, à Copenhague, mais une amie bien intentionnée annonce à madame qu'elle a une rivale. Elles vont la confronter, et ça se passe fort mal, car la maîtresse a du caractère. Elles se décident donc à départager la situation par un duel à mort... 

L'épouse légitime en avertit son mari, qui va tenter le tout pour le tout, mais arrivera trop tard... 

On voit ce que le cinéma des années 10 aurait pu tirer comme effet de suspense de ce que j'annonce dans la dernière phrase, mais en 1906, on n'en est pas encore là. Le film est efficace mais très linéaire, et ne propose donc aucune prouesse de montage; c'est dans l'aspect sensationnel qu'il ose, dans un final particulièrement noir... On peut voir le film sur le site du DFI, dans une copie dotée d'intertitres en Allemand... mais c'est très aisé à comprendre.

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Published by François Massarelli - dans Muet DFI
23 avril 2020 4 23 /04 /avril /2020 12:16

Un homme qui croyait son épouse partie pour longtemps dans sa famille la voit revenir au pire moment... En effet il est en très bonne compagnie: afin d'expliquer la situation, il présente l'inconnue comme sa belle-soeur arrivée à l'improviste des Etats-Unis. C'est une bonne idée, sauf si sa famille Américaine choisit précisément ce moment pour arriver à l'improviste...

Je pense que tout est dit: on sait très bien où ça va. On notera un portrait particulièrement tordu de danois Américanisé, où le grotesque du pire mauvais goût l'emporte... Sinon, Lauritzen n'a pas encore eu la bonne idée de construire un film autour de, disons, deux vagabonds. Ca, ce serait une bone idée, non?

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Published by François Massarelli - dans Comédie Lau Lauritzen Muet DFI
23 avril 2020 4 23 /04 /avril /2020 12:05

Nokke (Rasmus Christiansen) et Joregensen (Charles Willumsen) sont deux ouvriers du tramway de Copenhague, et ce sont les meilleurs amis du monde. Cependant il y a une ombre au tableau: Jorgensen boit, et pas qu'un peu. Nokke essaie de lui faire entendre raison... Jusqu'au jour où son copain finit à l'hôpital; Nokke se met en quête d'aller l'y retrouver, mais ça se passe mal: il est tellement incohérent qu'on cherche très vite à l'interner à son tour...

L'impression qu'on va assister à un plaidoyer anti-alcoolique s'estompe très vite, d'autant que le personnage de Jorgensen utilise beaucoup sa soûlographie pour déclencher les rires, surtout quand on le voit tenter d'attraper les mouches dans sa cellule capitonnée comme le premier Renfield venu... L'intention est donc de faire rire, avec une situation idiote qui dégénère en course-poursuite dans un hôpital... Ce qui est distrayant, comme peut l(être un Mack Sennett très moyen.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Muet Lau Lauritzen DFI