Ce film d'après-guerre, totalisant 24 minutes, réalisé sur un coup de tête par une cinéaste qui avait été virée de son école de cinéma, est donc le premier film de Yannick Bellon, qui se place de fait dans le sillage d'autres cinéastes, qui ont eux aussi commencé par des documentaires: Dréville, Grémillon, Carné...
Elle a posé ses caméras à Béniguet (Finistère), un îlot à peu près nu où pourtant, à l'époque, vivaient à l'année des hommes et une femme: la seule activité économique était le ramassage des goëmons...
La vie est austère, mais curieusement le film, des images prises sur le vif (et pour au moins une séquence, à la façon de Flaherty, une reconstitution quasi dramatique, celle d'un départ volontaire d'un ouvrier qui a en a eu assez, mais cela ne le mènera nulle part) et mises en son par un commentaire, dit d'une voix presque cassante par Michel Vitold, qui insiste sur le manque absolu de perspective, d'avenir ou de distractions pour les ouvriers, dont nous partageons l'ordinaire et l'intimité... Et c'est effrayant.
Bien sûr on pense à Epstein qui a tant filmé la Bretagne, et en particulier à Finis Terrae filmé en 1928 à Ouessant; mais on pense aussi, inévitablement, à Terre sans pain de Bunuel, et son commentaire impitoyable. Le film a été restauré, et est désormais disponible en bonne place sur le Blu-ray de Finis Terrae de Jean Epstein.
En 1923, ce long métrage documentaire offrait au public Allemand d'un cinéma qui relevait la tête après la situation précaire d'après guerre, une sorte d'état des lieux du septième art. Il contenait un petit historique, des aspects divers de la fabrication d'un film, et pour la dernière bobine au moins, une plongée dans un certain nombre de tournages contemporains, et pas du menu fretin: Die Nibelungen, de Lang, I.NR.I. de Wiene, ou encore Le cabinet des figures de cire de Paul Leni. On y voit Conrad Veidt préparer un plan en compagnie de Leni!
On y voit aussi assez longuement les metteurs en scène "jouer" pour la caméra: Fritz Lang y ajoute un chapitre de la longue litanie autour de sa réputation de tyran, Wiene y est vu calme, marmoréen, concentré... Et on voit aussi Ewald André Dupont, en plein tournage de Das alte Gesetz, tout le contraire de Wiene: agité, mobile, cabotin...
Ce documentaire est pour l'essentiel un film perdu, dont seuls des fragments des deux dernières bobines ont été retrouvés et remontés... Une part d'entre eux servaient de stock-shots pour d'autres documentaires dans les années 80 et 90... Mais aussi futile ce type de document soit-il, ces images n'ont pas de prix, et s'il ne fait aucun doute qu'elles sont à vocation publicitaire, elles ont un charme certain.
"Sea is my country, ship is my home, sailing is my life, who is my wife?" est un dicton couru chez les marins, qui résume bien la situation... On trouve dans ce film documentaire de long métrage un reflet de la vie de jeunes marins et aspirants officiers. Certains sont Indonésiens, d'autres Philippins, Ukrainiens, Allemands... Leur métier les éloigne de chez eux pour une très longue période, et ils cohabitent, travaillent, fraternisent... Peut-être parfois les conflits affleurent, mais le film ne le montre pas.
C'est austère, bien sûr, mais c'est aussi parfois hypnotique, et mis en images avec générosité par un réalisateur qui a bien sûr pour environ 60 jours de cette période de 10 mois et demi, partagé le quotidien des hommes qu'il montre. A travers leurs rires, leurs moments de creux, leurs espoirs et la façon dont ils se raccrochent à une dérisoire promesse de bonheur ("tu verras quand tu rentreras chez toi, de quelle manière ta femme t'accueilleras"), entre Rouen, Abidjan, Anvers, Libreville, La Rochelle et St Nazaire. Et ils finissent toujours par se retrouver, entre l'odeur de bière et de tabac froid, dans un "seamen's club" où ils chanteront des karaokés jusqu'à l'aube... Certaines choses, finalement, ne changent pas beaucoup...
Tout commence en 1979, quand une excavation dans la petite bourgade de Dawson City, Klondike (Canada) révèle la présence d'environ 500 bobines de film nitrate sous ce qui fut auparavant une patinoire. Les films dits "nitrate" sont sur un support hautement combustible, dont la durée de vie est très limitée, et qui est dangereux à manipuler.
Trois choses sont à mettre au clair: mais qu'est-ce que ces bobines font là? Quels sont ces films? Peut-on les sauver? ...et bien sûr, on peut aussi se poser la question: faut-il les voir, dans l'état où ils sont?
Le film de Bill Morrison, utilisant beaucoup les images des films en question pour raconter son histoire, répond bien sûr à la première question en longueur, en en profitant pour raconter aussi l'histoire de la ville. On apprend ainsi comment lors de la ruée vers l'or de 1898, la ville de Dawson City s'est créée car des spéculateurs savaient qu'il y aurait une fortune à faire sur le dos de ceux qui allaient la chercher dans leur tamis... Donc une ville s'est créée mais pour dix années seulement. Le fait qu'elle ait survécu n'était pas forcément prévu! Mais une ville, ce sont aussi des gens, et les gens ça aime se distraire, d'où l'arrivée inévitable du cinéma à Dawson City. La région était la fin du voyage pour un grand nombre de copies. Et un jour ou l'autre, suite à des incendies à répétition dus à l'auto-combustion de bobines, il a fallu se débarrasser des copies: certaines ont été brûlées. D'autres, jetées dans la rivière Yukon. D'autres, enfin, ont été utilisées pour boucher des trous...
La deuxième question est inévitable, et c'est la plus intéressante, car les statistiques peuvent nous aider à comprendre l'intérêt de cette trouvaille. Le gros de l'exploitation des cinémas de Dawson s'est fait sur un vivier de cinéma Américain, des films produits entre 1905 et 1928, généralement projetés avec un certain décalage, parce que Dawson City, c'est vraiment le bout du monde! Or, quand on s'intéresse au cinéma muet, on apprend très vite que cette période a été très mal conservée, avec pour le cinéma Américain un chiffre de perte plus proche de 80% que des 70% estimés pour la perte des films du monde entier sur la même période. Donc dans ces films, retrouvés d'un coup de pelleteuse, il ne pouvait qu'y avoir des oeuvres fondamentales ET perdues. Des noms?
The Exquisite Thief (Tod Browning, 1917)
The half Breed (Allan Dwan, 1916), avec Douglas Fairbanks
Brutality (D.W. Griffith, 1912)
Polly of the circus (Charles Horan, Edwin Hollywood, 1917), le premier film Goldwyn, avec Mae Marsh.
A girl's folly (Maurice Tourneur, 1917)
Et même Balaoo (Victorin-Hyppolite Jasset, 1912)!
Etc...
En tout, plus de 300 films ont été identifiés. Car bien sûr, on peut les sauver. Ce n'est toutefois pas le propos de ce film documentaire, qui nous montre essentiellement de quelle façon on a tout fait pour qu'ils soient détruits! Mais les films ont été particulièrement bien conservés, si ce n'est une fâcheuse tendance de l'eau à détériorer les côtés de chaque rouleau de pellicule, ce qui donne à chacun des films une marque caractéristique qu'aucune restauration ne pourra jamais enlever.
Voilà, au final, le film obtenu est étrange, assez envoûtant, mais frustrant sur bien des points: on finit par se demander s'il s'agit de raconter la ville, si c'est le cas, c'est très réussi (Morrison détourne avantageusement les films retrouvés à Dawson, pour raconter non seulement l'histoire des copies mais aussi les avatars de la ville et principaleent de ses cinémas, constamment brûlés puis reconstruits sur près d'un siècle) ...ou si ce long métrage documentaire se concentre vraiment sur la découverte des films et leur destin. Et à ce niveau, on est un peu déçu: les films sont ils complets? Exploitables? Visibles? Va -ton pouvoir enfin voir The half breed? Quels sont les plus belles trouvailles? Autant de questions que de curieux, sans doute. Une autre question, bien sûr, s'impose: on le sait, manipuler du film est dangereux, et ça nous explique pourquoi la médiatisation dont fait l'objet cette découverte ces dernières années (notamment à travers ce film) ne vient que près de quarante ans après la découverte des bobines. Mais y aura-t-il un autre Dawson City? Rien n'est moins sur, le temps ne joue décidément pas en la faveur du cinéma des pionniers.
En attendant, on pourra toujours se précipiter pour voir ce film d'un artiste fasciné par les vieilles bobines au point de leur consacrer tout son art: il est aussi l'auteur de Decasia, et de courts métrages dont The letter, autant de films qui recyclent précisément des extraits de films perdus, ou retrouvés dans des états lamentables... Des images fascinantes, soudain regroupées dans de nouveaux arcs narratifs et se trouvant dotés d'un nouveau sens. Une oeuvre confidentielle mais dont le propos me semble attachant, dans la mesure où Morrison inscrit sa démarche en marge des films au lieu de leur substituer sa vision, comme le faisaient les compilateurs, comme Robert youngson, qui en racontant l'histoire du cinéma à partir d'extraits, détruisaient littéralement les films qui étaient la source... Morrison, lui, les laisse se préserver.
Ce documentaire d'un grand fan de Kubrick n'est pas contrairement à ce qu'on pourrait croire une compilation de tous les sens cachés de The Shining. C'est surtout un ensemble de témoignages de fanatiques, qui se sont tous penchés sur le film et y ont trouvé... exactement ce qu'ils cherchaient. La plupart des élucubrations qu'ils amoncellent (Et qu'Ascher ne commente jamais) sont à hurler de rire même si elles sont toues fondées sur une vérité: Kubrick était un génie, et il est généralement admis qu'aucune image n'échappait à son contrôle. Il y a dans The shining un certain nombre d'erreurs apparentes, auxquelles les zozos interviewés réussissent à donner un sens, c'est frappant.
Mais Kubrick n'était pas qu'un joueur d'échecs émérite au QI impressionnant, c'était aussi un farceur, un bluffeur impénitent, et c'est la raison pour laquelle il ne faut ni s'arrêter de chercher la petite bête dans ses films (C'est ludique, ça passe le temps, et on y trouvera toujours des choses), ni accorder trop d'importance à tout ou n'importe quoi.
Quant aux interprétations, elles vont d'une représentation de The Shining comme étant une métaphore de la Shoah à une théorie selon laquelle le film serait le moyen pour Kubrick d'avouer sans le dire directement (!!) qu'il avait bidonné les images d'Apollo sur la lune avec la N.A.S.A., puisque "tout le monde sait" que les films Apollo n'ont pas été tournés sur la lune, en passant par une métaphore du massacre des Indiens d'Amérique. Ma version préférée est celle de cette dame qui a analysé l'espace de l'hôtel Overlook, pièce par pièce tel qu'il est représenté dans le film, pour finir par découvrir le pot-aux-roses: le film n'a, dit-elle, aucun sens!!
Mais il y a une autre face, plus amère, à ce déballage de bêtise apparemment inoffensive: tous ces gens, ne font-ils pas un peu de complotisme? Et d'un imbécile persuadé que les films Apollo ne sont qu'un bidonnage, à un fou dangereux remettant en cause la véracité du 11 septembre, ou de la Shoah, il n'y a parfois qu'un pas. Les gens, on le voit bien, ne croient après tout que ce qu'ils veulent croire.