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25 juin 2014 3 25 /06 /juin /2014 08:10

La notion d'acteur virtuel ne fait plus débat, et n'a d'ailleurs jamais posé de problème majeur. Les films en images de synthèse on depuis longtemps fait plus que prolonger le travail des animateurs (Disney, Pixar ou autres) en fournissant des êtres complexes, acceptables, et souvent ornés de caractéristiques si humaines. Les cascades virtuelles existent bien sur, et tout ça passe d'autant mieux que quoi qu'on fasse, ça sera toujours repérable... Le propos de Simone est ailleurs: un réalisateur au bout du rouleau -Al Pacino) contourne le fait d'avoir été rejeté par la dernière des dernières actrices caractérielles (Winona Ryder) en utilisant un logiciel dément inventé par un scienifique un peu fou, et décédé, pour créer une actrice parfaite qui se pliera à ses quatre volontés, et se retrouve avec un phénomène médiatique sans précédent. L'idée de Niccol, déjà heureux scénariste de The Truman Show (Peter Weir, 1998), est beaucoup plus de tourner une nouvelle fable, en sondant le désir de réalité bien plus que les enjeux posés par la création d'un être virtuel. Durant le film, seul le metteur en scène Viktor Taransky sait que Simone (Rachel Roberts) est virtuelle, et toutes ses tentatives pour dire la vérité, ou pour atténuer la portée ou la popularié de sa création, seront vaines...

Cet état de fait débouche sur deux choses: d'une part le film devient assez rapidement une comédie absurde dans laquelle l'humanité entière semble destinée à choisir de suivre le vide le plus intégral (Surtout que Simone n'a pas son pareil pour débiter dans ses "interviews" des platitudes toutes plus vomitives les unes que les autres, qui feraient passer un entretien avec le premier footballeur venu pour une discussion philosophique...). Et lorsque Simone est vue dans un film ( "I am pig"!), mangeant avec les cochons, parce que Viktor cherche à la détruire, les gens sont aux anges, prèts à tout accepter de leur star, y compris des interviews immondes dans lesquelles elle rote entre deux diatribes pro-NRA... On obtient ainsi un assez bon portrait de notre société hantée par le cercle vicieux de la célébrité pour rien, ce qui renvoie donc à The Truman Show et au concept décidément détestable de la télé-réalité. Et l'ensemble des acteurs, dont Winona Ryder déjà citée, ou Catherine Keener en productrice dépassée par les évènements, ou même Pruitt Taylor Vince et Jason Schwartzmann en journalistes obsédés par Simone et totalement menés en bateau par Taransky, jouent le jeu brillant de la comédie loufoque.

Mais d'autre part, Simone est aussi un pamphlet contre le formatage, la déshumanisation d'un cinéma dans lequel plus rien n'échapperait à une volonté, que ce soit celle du réalisateur, des producteurs, des studios, des stars elles-mêmes, voire du public. Simone devient assez vite une actrice sans enjeu, condamnée au succès parce qu'elle a été programmée ainsi. Et dans ce film à la mise en scène maline parce que discrète, un fantôme semble tirer les ficelles: celui de Hank Aleno (Elias Koteas), le créateur du logiciel secret utilisé par Tarasnky pour créer Simone (Dont le nom provient au passage de l'agrégation de Simulation et One). Aperçu au début du film lorsqu'il propose son invention à Viktor, il porte un pansement sur son oeil droit: il a une tumeur inopérable. Derrière lui, dans un plan, des petites mains transportent un panneau publicitaire, contenant un oeil géant. Après ce passage de témoin, on retrouvera bien sur le motif de l'oeil chez Simone, qui lorsque Viktor tente de se débarrasser de sa créature virtuelle, disparait en perdant pixel apès pixel sur un écran d'ordinateur. Le dernier élément à s'auto-détruire sera bien sur l'oeil. Hank Aleno, en mourant, a légué à Vktor Taransky une nouvelle façon de faire du cinéma, il a aussi transformé l'art cinématographique pour toujours, et en filigrane, le monde entier. Donc le film est plus noir qu'il n'y parait.

...Virtuellement, bien sur.

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction Andrew Niccol