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10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 16:33

Il y a les films muets classiques et incontournables, ceux que des armées d'historiens, d'archivistes et de passionnés nous ont aidés à conserver, voir, revoir et apprécier, de The general à Metropolis, de Sunrise à Ben-Hur, de Greed à The thief of Bagdad... Et il y a les obscurs, ceux qui ont existé mais dont on ne se souvient pas, parce qu'on vient de les retrouver dans une fosse en plein Alaska, ou dans un grenier sec et frais, et que des copies attendaient qu'on les retrouve: les films Thanhouser, par exemple, ou tant de productions locales, ou de petits studios qui n'ont pas eu la chance de survivre pour raconter leur propre légende. 

The Sheik n'appartient à aucune de ces deux catégories. Et pourtant quelque part il devrait figurer dans la liste des premiers mentionnés: c'est un film Paramount, monté autour d'une star en devenir, Rudolf Valentino, et le succès qu'il a récolté a mis tous ceux qui ont travaillé dessus à l'abri des ennuis financiers au moins jusqu'à la crise de 1929! Adapté d'un roman à succès dont la réputation n'est même pas sulfureuse tellement elle est mauvaise, il a fait à lui tout seul la carrière de Rudolf Valentino. Et il a établi la formule, ce que The four horsemen of the apocalypse n'avait pas fait.

Restons d'ailleurs un instant sur ce dernier film, sorti quelques mois auparavant: Rex Ingram y avait en effet découvert Valentino, et avait utilisé à la perfection son charisme érotique, n'oubliant pas d'utiliser ses talents de danseur. Mais c'était un film de Rex Ingram, avec lequel le metteur en scène souhaitait établir son univers épique: pas autre chose! ...Ni personne d'autre. Et Rudolf Valentino, relégué à un rôle d'utilité dans ses autres films pour Metro (The conquering Power, également de Rex Ingram, et Camille, de Ray Smallwood, dont l'héroïne était interprétée par Alla Nazimova, tous les deux sortis la même année) est parti pour relancer sa carrière ailleurs. D'où ce film, au budget contrôlé, qui repose sur un roman qui allait faire venir des spectateurs (et surtout -trices!), et qui cette fois n'oublie pas de mettre en valeur sa star, pour la première fois enfin (Car Valentino était dans le métier depuis un certain temps, quand même), mais pas la dernière...

En Afrique du Nord, la belle et hautaine Lady Diana (Agnes Ayres) est fascinée par les coutumes étranges d'un potentat local, le Sheik Ahmed Ben Hassan (Rudolf Valentino). Mais elle s'approche trop près, et le Sheik la fait enlever, et elle devient sa prisonnière. Contre son gré, oui, à moins que... les semaines passent, et la confiance s'installe. Confrontée à la vie du prince du désert, Diana rencontre ses amis, dont le Français Raoul (Adolphe Menjou), par lequel elle va apprendre à apprécier Ahmed de plus en plus. Mais tous les hommes du désert ne sont pas aussi gentils qu'Ahmed... Surtout le dangereux Ohmair (Walter Long), un homme qui en plus convoite depuis longtemps ce qu'il n'a jamais eu: une femme blanche.

Bon, on ne fera pas l'impasse sur le racisme de l'histoire: rappelons qu'à cette époque, il y a dans la plupart des juridictions locales Américaines des lois anti-miscégénation, ce concept révoltant qui considère d'une part que les êtres humains sont divisés en races, et d'autre part qu'il est inconcevable de les mélanger. Ce sera donc l'un des enjeux dramatiques du film. Un autre, et son corollaire, c'est bien sur la question inévitable: Diana et Ahmed ont-ils fauté? Etait-ce un viol, ou une nuit d'amour? l'ambiguïté ne sera jamais levée, et c'est tant mieux pour le box-office, car c'est l'une des ellipses qui a assuré que les clientes revenaient le voir deux ou trois fois: le grand frisson de l'interdit et du non-dit...

Non-dit et non-montré, mais alors suggéré, ça oui: le film est un catalogue mélodramatique de clichés orientalistes et de procédés éculés, liés à la supposée tendance au sadisme des orientaux, dont on établit bien sûr dès le départ qu'Ahmed est quant à lui un doux à côté de tant d'autres! Mais d'une certaine façon le film réussit à ne pas trop se prendre au sérieux, et est relativement soigné dans sa photographie, et sa composition. admettons que l'interprétation en revanche, ne brille absolument pas par sa modernité! Mais Valentino devait avoir une certaine affection pour ce film, lui qui décida de mettre en chantier cinq années plus tard une suite, qui en assumait volontiers les contours les plus parodiques.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1921 Valentino