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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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18 juin 2020 4 18 /06 /juin /2020 17:04

Nous sommes donc entrés une bonne fois pour toutes dans l'ère de Netflix, et un film quel qu'il soit, comme une série quelle qu'elle soit, est désormais facile à atteindre, d'un clic. Du coup, que ce soit Citizen Kane ou 365 jours, l'éroto-navet Zubrowska du moment, c'est pareil... Vous vous souvenez de la volée de bois vert qui a accueilli la fin de Game of thrones? Les fans qui se plaignent parce que la fin de la série les a déçus?

...Et puis quoi encore? Il fut un temps où le cinéma était un art et les cinéastes des artistes; j'ai la prétention de croire que c'est toujours le cas et ce n'est pas parce qu'un site vous offre (moyennant finances) des films à gober sans vous dire qui les a faits, qu'il faut pour autant se poser en consommateurs de films.

Et ceci nous éclaire aussi sur la façon dont ce dernier Star Wars a été accueilli, le public accusant Disney de trahison, les fans se plaignant d'une fin qui ne les satisfait en rien, et les commentaires sur la médiocrité du film étant la majorité...

Mon point de vue sera don exprimé en trois points: 

d'une part, oui, ce dernier film doit faire exactement ce que les derniers épisodes de Lost, la série de Damon Lindelof et J.J. Abrams, ont fait: terminer une saga tout en répondant aux exigences de ceux qui ont suivi les promesses des débuts, le début ici étant bien entendu The force awakens, le premier film produit par l'équipe d'Abrams, qui m'apparaît comme un excellent film, notamment par ses choix de retourner à un tournage physique et un univers concret. Et sur ce point, le film donne beaucoup à voir, et donne souvent, grâce à la mise en scène dynamique d'Abrams, l'impression d'assister çà du réel. Il a un don pour combiner les placements "en urgence" de caméra, avec des quasi-plans séquences, qui plongent le spectateur au coeur de l'action.

d'autre part, quelle action? Le film a tellement à raconter, et en tellement de détails qui fourmillent, qu'on perd finalement asse vite pied dans son intrigue menée au quart de tour, où l'impression d'arbitraire du scénario prend souvent la place d'une logique narrative... Donc on ne s'ennuie pas, mais pour s'y retrouver, on peut toujours compter sur le cahier des charges d'un Star Wars: poursuite en vaisseau dans un canyon, bataille dans les étoiles, sites grandioses, "I have a bad feeling about this", filiations bizarres ("Rey, I am your grandfather") et allusions en béton armé aux trois premiers épisodes, avec cette fois Lando Calrissian, et deux Ewoks! C'est mécanique...

enfin, cet épisode met fin à la saga, ce qui était l'idée. On sait, ou on croit savoir, que la production en a été perturbée, et pas que par le décès de Carrie Fisher! Abrams n'en était pas le premier metteur en scène, ni le premier scénariste, et donc c'est une pièce montée dont les coutures se voient souvent. C'est aussi un film assez vigoureux, avec un ou deux héros pas trop gâchés, et disons-le, des aspects visuels sublimes à l'occasion. On y reviendra gentiment, entre deux visionnages sacrés de la première trilogie, et aussi parce qu'on aura revu The force awakens, donc autant aller au bout. Maintenant que le cinéma n'est plus qu'un pur produit de consommation, tout ça n'a plus la moindre importance de toute façon.

 

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Published by François Massarelli - dans JJ Abrams Star Wars
31 juillet 2019 3 31 /07 /juillet /2019 16:52

Faisons le compte des handicaps de ce film, si vous le voulez bien: Il est tout d'abord censé raconter ce que tout le monde sait déjà, à savoir qu'un univers entier va foncer vers le chaos, qu'une caste de sages gens de bien va être anéantie, qu'une héroïne douce et aimante va mourir après avoir donné naissance à deux jumeaux, que deux frères ou presque vont s'affronter dans un combat qui en laissera un dans un piteux état, que l'ambition démesurée d'un homme le mènera à prendre le pouvoir dans des circonstances dramatiques.

Pour le dernier point, j'admets que ce n'était pas officiellement évident, mais il fallait vraiment avoir regardé les deux films précédents les yeux fermés et les oreilles bouchées pour ne pas reconnaître que Ian Mc Darmid jouait aussi bien Lord Sidious que Le chancelier Palpatine, de là à conclure que le futur empereur était bien le chancelier, il n'y avait qu'un pas à faire...

Du coup, je trouve que George Lucas s'est confortablement assis sur sa création, devant sans doute juger que les gens se contenteraient certainement de prendre le film comme il est... Sauf que c'est du cochonnage. La première heure est répétitive et ennuyeuse, Christensen joue comme un phacochère, et Padmé n'en finit pas de ne rien remarquer du lent glissement de son mari vers le coté obscur.

Une scène qui voit même Yoda et Kenobi constater le massacre des jeunes Jedi par Annakin est tellement ridicule qu'on la croirait parodique (Kenobi: "Ca alors! Je n'en crois pas mes yeux!!"). Il est temps d'affronter la dure réalité: Lucas n'aime pas tourner des films. Il y a sans doute une raison pour laquelle il avait donné le poste de réalisateur à deux solides techniciens en 1979 et 1982... Ici il semble qu'il se soit beaucoup reposé sur un collègue célèbre pour assurer certains morceaux de bravoure dans la deuxième partie... Dont une scène d'anthologie, une confrontation finale entre frères ennemis, grandiose, et qui nous laisse rêver d'une version débalourdisée... 

Mais ce que Tonton Steve ne sauve en rien, c'est que Lucas qui comme je le disais n'aime pas tourner, à tout fait pour que l'essentiel du film soit fait en CGI, donc aisément modelé. Ce qui nous occasionne un Yoda 100% numérique, l'une des choses les plus laides de la création, surtout quand il se bat. Je pensais les Jedi des ascètes, sages et réfléchis, mais le petit gnome a tendance à se battre en en rajoutant tellement qu'on se croirait aux commandes d'un jeu vidéo: et pour ceux qui me connaissent, ce n'est pas du tout, mais alors pas du tout un compliment... Les scènes de combat (sauf une, voir plus haut), tournent au grand n'importe quoi, avec soubresauts, voltige, effets de manche, et comme dans toute cette trilogie, des gros plans d'un ridicule achevé sur un des combattants qui toise l'autre et lui sort un "alors, c'est tout ce que tu as?"... 

Pitié.

Cette trilogie, on n'en avait pas besoin. Au vu des trois films, mieux vaudrait qu'on ne l'ait pas eue. Voilà qui est dit.

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Published by François Massarelli - dans Georges Lucas Science-fiction Star Wars
30 juillet 2019 2 30 /07 /juillet /2019 16:04

Nous y voilà: je peux faire court, la preuve: cette Attaque des clones toute en politique et en traîtrises est le point le plus bas, le film le plus mauvais de toute la saga Star Wars, et à mon sens celui qui prouve à la foi l'inutilité de toute cette deuxième trilogie en même temps que l'erreur de George Lucas d'avoir voulu reprendre le contrôle intégral sur la paternité de l'histoire en se remettant à contrecoeur à la réalisation.

Mais je vais quand même développer un peu: d'autant qu'on peut quand même expliquer un peu par des facteurs extérieurs la malédiction qui pèse sur ce deuxième épisode. Bien sûr que The empire strikes back est le meilleur moment de toute cette histoire, et c'était un deuxième épisode. Mais il semble que quoi qu'il advienne l'histoire ne puisse se répéter: The last Jedi, de Rian Johnson, a ses qualités (lui, au moins...), mais c'est bien moins excitant que The force awakens. Le premier de ces deuxièmes épisodes (vous suivez toujours?) avait pour avantage d'être le film par lequel naissait véritablement la trilogie initiale de Star Wars; après un premier film qui avait rempli sa mission et les tiroirs-caisses d'un certain nombre de personnes, la décision d'étendre la saga avait été prise par Lucas, et non comme il le prétend aujourd'hui avant. L'enthousiasme, les moyens, et la créativité d'un monde à inventer ont fait le reste...

Alors que ce deuxième deuxième épisode se contente mollement de mettre ses pas dans ce qu'on sait déjà, en faisant semblant de mettre un peu de mystère: hum, qui est ce mystérieux Sidious? hum, pourquoi le chancelier Palpatine s'intéresse-t-il à Anakin Skywalker? hum, ce dernier aurait-il des pulsions meurtrières? ...Et l'enquête menée par Obi-Wan Kenobi ne présente aucun intérêt, sans parler de l'ennui que ses recherches occasionnent: d'une part parce que je suis désolé mais je trouve Ewan McGregor épouvantable dans le rôle, mais aussi les dialogues brillent par leur nullité ("viens, R2, nous allons prendre une collation bien méritée") comme d'ailleurs sur tout le film ("Oh, regardez là-bas!" "Ca alors, mais c'est le comte Dooku!"). Encore une fois, c'est vrai que parcourir Star Wars (les vrais films, soit les trois premiers et je ne parle pas de ces épisodes 1, 45, 59 à la noix mais des films de 1978, 1980 et 1982) donne envie d'en savoir un peu plus sur les personnages, mais justement, c'est à ça que sert ce merveilleux outil qu'est l'imagination... Découvrir un Yoda virevoltant qui joue du sabre laser comme d'autres du bâton de majorette, qui plus est en images de synthèse, ça n'était pas dans ma bucket list. Au passage, il me semblait que dans le monde de George Lucas, les manieurs de sabre frimeurs avaient toujours à craindre le côté laconique et expéditif des vrais héros, qu'ils aient ou non un fouet.

L'imagination, parlons-en: il en faut beaucoup pour accepter que Anakin Skywalker soit ce gamin de douze ans, grandi un peu vite, capricieux, bête, colérique et sans aucun relief. Un personnage, ça se travaille, et Lucas qui en a créé de nombreux dans sa longue carrière, le sait bien. mais ici, tout se passe comme s'il avait juste décidé que cet acteur inadéquat au possible serait Darth Vader, et qu'on n'avait qu'à l'accepter parce que c'est lui le chef de Star Wars. Et les moments ridicules de s'enchaîner, l'un des points culminants de cette gêne occasionnée par le film reste quand même ce moment où Padmé (Natalie Portman) dit à Anakin qu'elle l'aime. Lui n'y croit pas... Eh bien moi non plus.

Bon, Padmé, souvent gâchée par les effets spéciaux dus à l'obsession du metteur en scène d'un univers tout numérique, est au moins un point positif, un personnage complexe et intéressant, mais qui pâlit en raison de son emploi tous azimuts (Reine, puis Sénatrice, jeune femme, mais elle a vécu, elle est une politicienne, mais hop elle soubresaute pour échapper à la mort dans une usine mécanisée où elle est prise au piège), et comme le reste, on finit par ne plus y croire non plus. pas plus qu'on ne saura apprécier ces Jedi qui se battent comme on mesure sa quéquette, en jugeant leurs opposants par un examen approfondi de 12 secondes de maniement du sabre laser. Où une saga qui avait une vraie classe rejoint définitivement les jeux vidéo qu'elle a engendrée dans la médiocrité et la bêtise crasse. 

Bref, c'est vraiment pas bon, hein.

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Published by François Massarelli - dans Star Wars George Lucas Science-fiction
29 juillet 2019 1 29 /07 /juillet /2019 17:27

Le premier mystère, c'est que Lucas, qui avait terminé le tournage de son troisième long métrage en 1978 complètement épuisé (il portait à l'époque le titre de Star Wars, et en France d'ailleurs, c'était La guerre des étoiles, me glisse à l'oreille mon excellent cousin), et avait donc ensuite délégué le rôle de réalisateur à deux techniciens aguerris, Irvin Kershner et Richard Marquand. Car le tournage d'un film requiert un dialogue permanent, une remise en jeu de ce qu'on doit faire dans l'oeuvre, qui dépend AUSSI des autres, les acteurs notamment mais pas que. Et Lucas en 1978 ne voulait pas y retourner... 20 ans plus tard, est-ce pour essayer de garder le contrôle vaille que vaille, au risque de courir au choc frontal avec ses acteurs, qu'il a décidé de refaire le job? Il lui en cuira, puisque le metteur en scène finira par abandonner de plus en plus de ce qui fait la matrice tangible d'un épisode de Star Wars: les acteurs, et donc les personnages, mais aussi les vaisseaux, armements et décors auxquels on croyait parce qu'ils étaient au moins un peu vrais. Ils le sont de moins en moins dans ce film, et le seront encore moins voire plus du tout dans les suivants...

Et le deuxième mystère, au moment d'imaginer un prequel comme on dit à toute cette histoire, c'est que le maître d'oeuvre a semble-t-il perdu tout sens des réalités, à moins qu'il n'ait été pris entre son propre délire mégalomaniaque (je crée un monde, ah ah!!) et une demande du distributeur d'actualiser tout ça: car on a l'impression que Lucas croit dur comme fer qu'il est en train d'accomplir l'acte fondateur de Star Wars. Or il n'en est rien: tout, absolument tout dans The phantom menace, est lié à ces trois films mythiques, qu'ils aient été refaits, trahis, amoindris ou changés n'y fera rien. Et lorsqu'il ajoute à ces péripéties attendues (sabre laser, baston, poursuites dans les canyons, hyperespace) des causeries mi-yoga mi-yoda sur les Midi-Chloriens, c'est tellement ridicule qu'on en tombe de son siège. car la force version Menace Fantôme, ça devient du prêchi et du prêcha de patronage, version catéchisme numérique. 

Alors oui, c'est du Star Wars, dans lequel une idée intéressante (voir le monde d'avant la trilogie aussi coloré que le monde de Star Wars est aride) débouche sur un constat: on sait comment tout ça va finir, et on n'avait absolument pas besoin de ces trois films pour nous le raconter, surtout qu'Annakin Skywalker, futur Darth Vader (pour les trois du fond qui ne l'avaient pas encore capté) est interprété ici par un petit garçon qui n'est pas, mais alors vraiment pas, à la hauteur. Et le message, c'est probablement que Annakin est devenu méchant parce qu'on la privé de sa maman?

Bon, je râle, je râle, mais il y a ici des qualités: une certaine naïveté qui a le bon goût de ne pas passer QUE par les dialogues les plus cons des années 90 (après l'oeuvre complète de Tarantino, bien entendu), des poursuites dans les canyons, quelques créatures aquatiques rigolotes, et Natalie Portman bien que son intervention soit un peu gâchée par une manipulation arbitraire des spectateurs et des personnages.

Manque de pot, il y a aussi Darth Maul, un méchant d'un vide forcément intersidéral, qui n'existe que pour nous faire patienter jusqu'à la fin du film, et aussi, il y a... Jar Jar et ses Gungans. Et ça, c'est vraiment terrible...

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction Star Wars George Lucas
18 novembre 2018 7 18 /11 /novembre /2018 08:42

Après les péripéties de The force awakens, qui se termine par le retour au chaos, nous retrouvons les protagonistes, dès le départ en pleine action: Finn, le stormtrooper qui a décidé de fuir le "Premier Ordre", l'organisation de reconquête de l'empire disparu, mené par le puissant Snoke. Poe Dameron, l'as des pilotes de la Résistance, toujours à parcourir les galaxies à la recherche d'un truc à dézinguer. Et Rey, la jeune impétueuse pilleuse d'épaves, qui est attiré par la Résistance et fondamentalement loyale à la République, mais a surtout un problème d'identité: qui sont ses parents? Pourquoi l'ont elle abandonnée? 

Les enjeux de ce film sont nombreux: rejoindre la résistance, mais aussi empêcher sa destruction définitive; mener à leur terme les quêtes identitaires des uns (Kylo Ren, le fils de Han Solo et Leia, passé chez la concurrence avec de phénoménaux pouvoirs et des complexes d'humanité dans sa tête compliquée) et des autres (Rey, dont le rapport à la force est naturel et fait d'elle une Jedi de toute première catégorie), voire des deux ensemble: ils sont en connexion permanente, à leur très grande surprise. Mais qui manipulera qui?

Si on n'échappe hélas pas totalement à une partie "mytho-mystique" autour de la force, qui occasionne du bla-bla à n'en plus finir de la part de Mark Hamill (celui-là même qui abattait trois vaisseaux ennemis dans son sommeil et ne tenait pas en place, a quarante ans de plus, n'oublions pas), ce film reste comme son prédécesseur, un Star Wars à l'ancienne. Les acteurs y donnent la réplique à d'autres acteurs, la toile de fonds est aussi simplifiée que possible et on ne s'ennuie pas... La référence est de tout évidence The Empire Strikes Back, le deuxième opus de la première trilogie, que d'aucuns (j'en fais partie) considèrent comme le meilleur film des six (ne comptez pas sur moi pour intégrer la trilogie bouseuse de 1999 à 2005): même point de départ "en action", même enjeu (défendre voire garder en vie l'opposition au mal, devenu super-puissant) et mêmes "décrochages" (en 1980, Luke partait passer son BTS de Jedi en compagnie de Maître Yoda, cette fois c'est Rey qui se voit passer le témoin, avec des résultats plus surprenants encore). Sans oublier une bataille d'anthologie sur la neige, qui est ici retranscrite sur... du sel. 

Mais on échappe pourtant au sentiment de redite, tout comme les nombreux points communs entre Star Wars (1977) et The force awakens (2015) ne faisaient pas de ce dernier film qu'un simple remake. L'avantage de ces films qui visent désormais l'avenir de la saga tout en en redécouvrant le passé, c'est que tout devient possible... C'est foncièrement distrayant, et particulièrement bien mené esthétiquement. Les combats, au lieu de la pyrotechnie dégueulasse des scènes d'action de la deuxième trilogie, donnent lieu à des difficultés physiques, et une tension particulière. L'accent mis sur l'importance hiérarchique des femmes est notable. Et Yoda, dans la majorité de son apparition, est une marionnette menée par Frank Oz, donc la sensation de son existence même est garantie! Des éléments d'importance, non seulement pour le respect du public, mais surtout pour la véracité de l'ensemble. Enfin, le metteur en scène qui sait qu'il joue avec la force des sentiments, des liens familiaux, et de l'affection des êtres les uns par rapports aux autres (loyauté de Kylo vis-à-vis de sa famille ou de son maître, identité à tiroirs de Rey, lien amoureux entre Finn et Rey, mais aussi entre Finn et la nouvelle venue Rose, et lien par delà les distances entre les frères et soeurs, comme entre les ennemis intimes), a utilisé un code de couleurs qui le voit toujours privilégier le rouge, surtout dans les scènes situées sur la "planète salée". Et franchement? C'est beau.

...Et pourtant ça ne fonctionne pas vraiment, du moins pas complètement. Le film possède des trous dans sa continuité, des failles aussi dues à un montage parfois chaotique. Est-ce que le temps a manqué, à cause d'une date de sortie imposée par Disney (deux ans après le film précédent, au lieu des trois années habituelles)? Est-ce que le choix a été de privilégier le lyrisme et l'esthétisme sur l'efficacité? Peut-être les deux... Mais la structure du film prend l'eau, du début à la fin. Néanmoins, on y prend du plaisir, on y avance sur l'intrigue sans avoir à se coltiner les leçons de morale à la Lucas, et on y clôt en douceur le parcours d'un certain nombre de personnages. Maintenant, si on a évité à ce film de n'être qu'un épisode de trop d'une saga en perte de vitesse, on sait que les troisième acte sera déterminant. Pression...

J'oubliais! Les acteurs sont souvent excellents dans ce film: Benicio Del Toro fait une apparition remarquable, Laura Dern (Laura Dern!!!!!) se plante en beauté, et Justin Theroux quant à lui est juste là pour un cameo. Mais sinon, on a un atout de choix: Adam Driver! Je passe mon temps à dire que ce gars-là ira loin. Il y est déjà.

 

 

 

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Published by François Massarelli - dans Star Wars Science-fiction
10 mars 2018 6 10 /03 /mars /2018 16:54

1983, dans une galaxie pas si lointaine, il y a... un certain temps. Les affiches sont cette fois très claires: George Lucas a gagné son pari, et tout le monde attend son troisième film de la saga. L'imaginaire de Star Wars (La franchise, désormais) est désormais établi, connu et reconnu, et les affichistes sont enfin fidèles à leurs modèles. Plus que le deuxième film, The empire strikes back, qui après tout aurait bien pu se planter dans les grandes largeurs, c'est ce troisième film qui a fini par cristalliser la légende.

Ca aurait pu, voire ça aurait du être un désastre. Parce que ce qui faisait la force de Empire, c'était de pouvoir s'établir à partir des quelques données du premier film (La donne politique, les bons, les méchants, la gentille rivalité amoureuse, les robots, les créatures) et de s'amuser à construire un mythologie en mettant tout le monde convenablement en danger, faire des révélations délirantes (Luke, I am your father) tout en ouvrant beaucoup, beaucoup de portes... Qu'un autre film se chargerait de fermer. Bref, Return of the Jedi avait la tâche impossible de rester intéressant tout en finissant le job, et il fallait que ce soit propre et net! Pas de fermer la porte en en ouvrant quinze autres comme n'importe lequel des épisodes de fin d'une saison d'une série HBO!

Certes, du coup, c'est le moins bon des trois films de la première trilogie, mais il possède des moments de grâce: les premières séquences sur Tatooïne, qui jouent avec le spectateur, tout en établissant une bonne fois pour toutes la personnalité du Jedi Luke Skywalker, endurci et au cuir désormais tanné. Sans parler de toutes les interrogations devant ces personnages (Les robots, puis Chewbacca, enfin Leïa et Luke) qui se succèdent pour venir chercher Han Solo chez Jabba le Hutt... Et la formidable poursuite en forêt, un merveilleux moment terrestre gâché un peu par l'arrivée d'une nouvelle créature en collaboration entre les ateliers Jim Henson et les établissements George Lucas: les Ewoks. Car, et c'est l'une des faiblesses du film, Lucas ne résiste pas à l'idée d'en faire trop. On sait, hélas, où ça va nous mener...

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Published by François Massarelli - dans George Lucas Science-fiction Star Wars
30 décembre 2017 6 30 /12 /décembre /2017 09:15

Une bonne, voire une très bonne idée. Ca fait des années que je me plains de la tendance saugrenue de George Lucas à vouloir remodeler en permanence la saga qui l'a définitivement consacrée, et qui était si fabuleuse à ses tous débuts, donc l'idée de revenir aux fondamentaux, sans tout casser, sans modifier les films a posteriori, ni donner une explication quasi religieuse à tout pour tout flanquer par terre. Je ne sais pas qui de l'Empire Disney-Lucasfilm, de l'étoile noire de Burbank, ou de la base arrière de ILM, a eu cette idée mais je le redis: elle est excellente.

Il s'agit donc, non de multiplier les univers, à la Marvel, ni de prolonger en des ramifications sans fin une saga dans laquelle, y compris si comme moi on considère qu'elle est pour l'instant réduite à 5 épisodes (Il n'y a rien, mais alors rien à voir dans les films sortis entre 1999 et 2005), on se perd. Non: Rogue one prend acte du fait que selon le Lucas de 1977, il était pertinent de commencer en cours: quand Star wars (1977) commence, on est déjà dans l'action. La rébellion existe, et d'ailleurs Darth Vader est en chasse. Il ne va pas tarder à mettre la main sur la princesse/sénatrice Leia Organa. Donc il suffisait de retourner en arrière, et pour la première fois depuis 1977, offrir à voir un film estampillé Star Wars qui commence et finit dans le cadre de ses 135 minutes! 

...Tout en offrant à ceux qui savent des petites allusions rigolotes, des détails qui prouvent qu'on a bien fait son boulot. Bien sûr, je n'ai repéré que des allusions à LA trilogie d'origine, on ne se refait pas.

Donc, le film s'intéresse à la genèse de l'Etoile Noire, cette planète artificielle qui détruit à distance les autres planètes, et aux remords de son principal concepteur, le génie Galen Erso (Mads Mikkelsen). Il a suivi l'Empire plus ou moins contraint et forcé, mais a pris le temps de permettre à sa fille Jyn de s'enfuir. Elle est devenue hors-la-loi, mais selon son propre aveu ne s'occupe pas de politique. Elle est récupérée par la rébellion suite à la défection d'un pilote impérial qui affirme que Galen Erso a des informations à faire passer...

Le travail a été confié à Gareth Edwards; solide réalisateur Britannique qui s'est illustré dans des grosses productions à effets spéciaux. Zéro personnalité, mais du dynamisme, c'est d'une certaine façon tout ce qu'on demande, il s'est glissé dans le moule nécessaire pour reprendre la formule magique (Selon moi, il y a des grincheux) de The force awakens: ne se servir de CGI que quand c'est absolument impératif, et pour le reste, faire confiance aux acteurs, et privilégier les décors réels. Bref, tout ce que GL ne faisait plus...

Et le résultat est plus qu'intéressant, apportant du nouveau sur deux aspects: d'une part, une plongée au coeur d'événements désormais coupés d'une progression compliquée, qui en deviennent plus percutants (Sans parler du fait qu'on y retrouve des réminiscences des guerillas urbaines telles que les nouveaux conflits de nos années troublées les vivent, hélas souvent en direct sur nos médias); et d'autre part, si on admet que tout Star Wars n'est qu'une mise à plat simpliste de la lutte du bien contre le mal, ce film-ci confirme que le "côté obscur" n'est pas réservé aux seuls adeptes de la Force, ni au seul empire. En témoignent le trouble personnage de Saw Gerrera (Forrest Whitaker), un rebelle qui a construit son propre petit empire à l'extérieur des méthodes propres et valeureuses de la Rébellion, ou encore Cassian (Diego Luna), un assassin/espion qui travaille par idéal pour la rébellion, mais n'est jamais regardant sur la morale, ni sur les moyens. Donc, mais oui, des nuances de gris dans Star wars...

Jyn est un personnage qu'on n'aura connu que le temps d'un seul film, mais dont l'énergie, les doutes et le parcours, nous la rendent vite familière. Et elle est comme Han Solo, un de ces héros de Star Wars, qui n'a rien à voir avec la Force, ce qui change un peu, il fait bien le dire! Car si on excepte trois personnages (Darth Vader, aperçu à deux ou trois reprises) et deux hommes mystiques, dont un super-combattant aveugle (...Zatoichi?), on nous laisse un peu tranquille avec les mcGuffin propres à Lucas. C'est une excellente nouvelle... Et le film nous montre comment, de bandit sans foi ni loi, elle devient une authentique rebelle. Edifiant, donc...

Pour finir, je dois admettre que le film est certes un peu long, et un peu trop pyrotechnique à mon goût sur la fin, mais il possède suffisamment de petits trésors, est constamment beau à voir, sans excès, et tient la route en tant que satellite du Star Wars original. Et il offre une paradoxale reprise de quelques personnages, en particulier une "reconstruction" de Peter Cushing, et en guise de dernier plan, le retour d'un personnage recréé là encore en images de synthèse, qui est émouvante (Et pour cause), et qui confirme in fine que là où Rogue one s'arrête, Star Wars commence.

...Et j'ai failli oublier: bien réelle celle-ci, le film comprend une contribution de l'immense Alan Tudyk (Firefly).

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Published by François Massarelli - dans Star Wars Science-fiction
18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 17:16

Et donc, un jour, George Lucas lâcha enfin l'affaire... il était temps, en fait. Parce que je pense que l'auteur de Star Wars était devenu le pire ennemi de ses films, et de ses spectateurs; à force de vouloir réécrire l'histoire à coup de pixels, de vouloir éliminer un à un les obstacles (Acteurs, décors, même idées) qui l'empêchaient de donner sa vision, il s'était mis à tourner certains des pires films de tous les temps (L'infecte deuxième trilogie, de sinistre mémoire) tout en effaçant le souvenir des authentiques premières versions de ses films anciens (De Thx 1138 à Star Wars, tous modifiés de façon parfois indigne, et sans oublier les deux suites de Star wars -Oui, je rappelle que le film de 1977 ne s'appelait pas autrement!- tournées par d'autres). Comme il me semble inutile de parler en long, en large et en travers de l'intrigue de ce nouveau film dans lequel Lucas n'a eu que le droit de se taire, passons en revue les 11 commandements de Star wars, si vous le voulez bien:

*De vrais héros tu inventeras, et humains ils resteront: ça tombe bien, on a ici une relève assurée, avec énergie, et par des relatifs nouveaux venus. D'une certaine façon, Abrams retourne à la source Niponne du premier film en donnant à l'attirail de son héroïne des allures de la tenue de Toshiro Mifune dans Les sept samouraïs... Wait and see.

*De façon dynamique, tu commenceras: pas de course poursuite interrompue par une longue conférence sur les midi-chloriens ou toute autre connerie du genre: on veut que le film commence par de l'action intelligemment menée, et ici, ça démarre fort. Les personnages sont en situation, le décor est superbement campé...

*Ton public, tu gâteras, certes, mais point trop n'en faut: donc, pas d'avalanche d'effets, pas d'excès à ajouter des bestioles dans tous les coins: la juste dose, bien sûr!

*Des décors réels, tu utiliseras: à nouveau, on est servi! enfin, pourrait-on dire... C'est vrai, c'est palpable, et il y a du sable... C'est un univers qui nous rappelle tant de souvenirs...

*De discours verbeux sur l'état de lieux des forces du mal, tu t'abstiendras: on a compris... le côté obscur, c'est trop tentant. c'est une motivation qui nous suffit, alors pas de discours, des actes! L'avantage de passer après deux trilogies, chacune basée sur sa propre version du fascisme, c'est que le public n'a pas besoin qu'on le lui explique.

*Un méchant, c'est une nécessité: Kylo Ren, est fasciné par Darth Vader, et en plus, c'est Adam Driver. J'adore Adam Driver! Il prend un plaisir palpable à jouer un héros torturé, dont on apprend très vite l'histoire embarrassante. Du coup, il en est renforcé...

*Tes atouts, tu dispenseras avec parcimonie, mais tu les placeras quand même parce que le public les veut: et si Lucas avait trouvé un moyen de faire revenir Han Solo, Leia, et Luke dans sa deuxième trilogie? Il fallait y penser avant! En attendant, Abrams, lui, il peut. Alors pourquoi s'en priver? Sauf que... non, rien.

*Des suites, tu rendras possibles, et ça, bien sur, il fallait se rendre à l'évidence. C'est prévu, et c'est plutôt bien fait. Tant mieux, tant qu'on ne nous propose pas d'avoir recours à Jar-Jar Binks.

*Une attaque d'escadrilles volantes dans un canyon, tu inséreras dans ton script. passage obligé, bien vu, et qui a le bon goût de ne pas être trop long...

*Une galerie de monstres idiots et malodorants, ainsi que des droïdes rigolos, tu créeras: ben tiens!

Enfin,

*les hommes et les femmes, égaux tu rendras: on aimait tant la dynamique Solo-Leia, dans la première trilogie... Ici, avec le petit bout de bonne femme incarné par Daisy Ridley, la relève est assurée. Elle est fantastique. Même si on peut regretter qu'il soit évident qu'on nous cache toute une tripotée de secrets à faire exploser le déconomètre pour les films suivants (Que je ne nommerai pas, jamais, Episode 19, Episode 32 ou Episode 456: ils ont des titres, ces films, enfin, aussi idiots soient-ils!)

Autant de commandements respectés dans ce film... Maintenant que J. J. Abrams, avec cet excellent film bien dosé dans lequel il s'adonne discrètement mais surement à ses péchés mignons (En gros, scènes dynamiques réglées comme du papier à musique, plans-séquences bien orchestrés, sens du détail bien géré et un certain flair pour rendre uniques même les plans les plus anodins), nous vengent des crimes de Lucas contre ses propres films. La prochaine étape: libérer les versions d'origine des trois premiers films... Oh, et puis, Abrams, tu peux continuer.

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction JJ Abrams Star Wars
23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 08:38

George Lucas est désormais l'auteur de l'histoire originale, et producteur exécutif sur ce deuxième film, qui prend acte de l'immense succès du film de 1977. Cette apparente désertion de l'auteur s'explique sans doute parce que le metteur en scène n'en peut plus: il n'est pas à l'aise sur un plateau et encore moins, si on en croit la légende, avec les acteurs. De plus, le poids de la production, les soucis des tournages en extérieurs ont fini par le dégoûter du métier... Une décision surprenante, donc, mais qui porte ses fruits: aujourd'hui, personne ne doute un seul instant du fait que Lucas ait gardé le contact avec la production, ni qu'il ait eu un rôle crucial dans la confection de ce qui est à mes yeux le meilleur film de cette saga. Et la décision de confier la mise en scène à Kershner s'avère payante tant le metteur en scène a su rentrer dans son tournage avec un volontarisme de tous les instants. Des scènes coupées du film, ni synchronisées, ni étalonnées et parfois non montées, témoignent de sa méthode directe et impulsive, de se placer au plus près des acteurs et de les guider dans chaque geste en maintenant un rythme soutenu, comme au temps du muet. Cette agitation débouche évidemment sur un film sans temps morts, et dans lequel les scènes de dialogue et les scènes d'action s'enchaînent en toute allégresse... Et les effets spéciaux, physiques et optiques, rendent le tout toujours aussi tangible.

Le style du premier film, établi par George Lucas sur imitation de celui de Kurosawa dans La Forteresse cachée, est maintenu, de même que la structure, qui prend une fois de plus l'action en cours avec l'aide d'un de ces fameux déroulants de texte qui établit un contexte plus surement que n'importe quel flash-back, mais cette fois un changement a eu lieu: d'une part, Star Wars devient le titre générique, et The empire strikes back est un sous-titre, et le film est désormais numéroté, d'un "Episode V" qui a beaucoup étonné les spectateurs de 1980... ou du moins moi quand je l'ai vu pour la première fois. On sait donc que les plans ambitieux de Lucas ont pris naissance à cette époque, et que de toute façon, un troisième film était rendu indispensable par une série de cliffhangers de bonne taille à la fin de ce deuxième film... Le "bestiaire" technologique s'allonge un peu plus, et si une "étoile noire" manque à l'appel (Mais on ne perd rien pour attendre), on remarquera une superbe invention, ces machines d'invasion géantes et sur pattes, qui donnent lieu à l'une des scènes les plus réjouissantes de toute l'histoire. Le film répète également brièvement la fameuse poursuite-bataille dans un canyon située lors de l'assaut de la rébellion contre l'étoile noire dans Star Wars, cette fois avec une incursion du Falcon Millenium (Pour les béotiens, l'impressionnant tas de rouille de Han Solo) sur un gros astéroïde, où les occupants du vaisseau se sont réfugiés, et où il vont faire une rencontre imprévue. Et d'une manière générale, le film déroule un univers cohérent, immédiatement saisi par le spectateur, invité à plonger dans l'action de façon dynamique... il faut aussi dire que le spectateur ne demande que ça!

Quant à l'intrigue, elle se noircit considérablement, donnant pour l'instant l'avantage aux malfaiteurs de tout poil, et permettant aux personnages de grandir un peu. Solo et Skywalker sont maintenant constamment séparés, et bien que ce soit sur quatre décors bien distincts, tous sont désormais en fuite. Luke "abandonne" ses copains pour suivre sa destinée, et Leia et Han Solo laissent leurs sentiments parler. Enfin, Luke Skywalker va devoir affronter ses démons, mais surtout il va se découvrir un peu plus en compagnie de Yoda, magnifique création qui va à la fois faire avancer la mythologie (Malgré une manie langagière qui le rend parfois volontiers obscur) et fournir, mais oui, du gag. Le final, pourtant, se déroule dans un espace qui a tout de la métaphore à la fois du mental et de l'inconscient: Luke se rend à un piège tendu par son ennemi juré, et l'affronte dans des couloirs, des boyaux, des salles de machines tout en descendant toujours plus bas dans une structure en orbite, débouchant sur le vide. C'est alors que sa vie ne tient qu'à un fil que le jeune héros va perdre une main d'une part, et faire une découverte embarrassante et qui va changer sa vie, transformant définitivement le jeune loup un peu excité en un Jedi sage et sombre dans les films suivants. Roublard et économe, George Lucas a su choisir LA bonne révélation pour terminer son film, mais il en a encore une sous le coude... Quoique arrivés à ce stade (Je parle bien sur des spectateurs de 1980), on s'en doute plus qu'un peu.

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction George Lucas Star Wars
20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 10:11

Le film de 1977, phénomène de société sans précédent à sa sortie, a beaucoup changé depuis sa sortie... Que reste-t-il du troisième long métrage (Et sa dernière réalisation avant plus de vingt longues années, et soyons franc, son dernier grand film) de George Lucas, dans les infâmes tripatouillages à tous les niveaux que ce petit film d'aventures intersidérales a subi depuis? C'est un fait: pour le juger à sa juste valeur, il convient de revenir à la source, aux copies de 1977, celles qui n'ont fait l'objet d'aucun remontage, d'aucun ajout numérique, d'aucune trahison de ses personnages (Qui a tiré sur qui dans la fameuse auberge de Mos Eisley?) ni d'aucun retitrage révisionniste: En 1977, le film n'était ni un "épisode IV", ni "A new hope", ni quoi que ce soit d'autre. C'était un film inattendu, inspiré par une oeuvre Japonaise, en l'occurence La forteresse cachée, de Kurosawa, et une possibilité inattendue de véritable renouveau de la science-fiction, à cette époque essentiellement cantonnée en deux courants: le courant "noble", représenté par les films-pamphlets et les oeuvres à connotation environnementale d'un côté (Planet of the apes, Soylent green), et de l'autre le reste: "Space opera", les films de genre, séries B ou Z, promesses éphémères d'échappatoire provisoire pour des cinéphiles en quête de frisson, et pas trop regardants sur les budgets. Difficile à imaginer aujourd'hui, mais un film d'aventures intergalactiques, vu et célébré à travers le monde par des millions de passionnés, c'était de la fiction... avant Star Wars.

Lucas le dit encore aujourd'hui, et à chaque fois ça change un peu: il avait tout prévu. Et c'est probablement vrai: dans sa tête, tout était déjà là: les histoires des personnages (Le parcours de Darth Vader, par exemple, avant qu'il ne devienne cette menace ambulante et mystérieuse, les liens familiaux entre les personnages, etc.). Mais cela n'apparaît que succinctement dans le film, et cela n'était sans doute destiné à vraiment servir que dans l'hypothèse d'une suite. Comme on le sait, la possibilité de mettre en chantier The Empire strikes back est sans doute ce qui a vraiment donné vie à la "saga" Star Wars. Maintenant, on peut tout simplement imaginer que ce film de 1977 se soit planté, et qu'il n'ait donc rien généré au-delà des deux heures de plaisir qu'il offre, et... exit les liens mythiques ("I am your father"), exit le développement de la "Force" et des Jedis au-delà des quelques allusions du film, exit les Ewoks, et... exit Haydn Christensen... Traitons donc ce Star Wars de 1977 à sa juste mesure, comme le film d'aventures absolument définitif qu'il est, ce ne sera déjà pas mal...

Et pour commencer, ce qui me frappe a posteriori, c'est à quel point le film est né d'une filiation étrange avec American graffiti. On a beau être,dans Star wars, situé de nombreuses années avant notre ère dans une galaxie lointaine, Luke Skywalker et Han Solo, ce sont des jeunes Américains! l'un est désireux de sortir de son trou pour se confronter au monde, et l'autre l'a déjà fait, et depuis si longtemps que la filouterie est chez lui une seconde nature... On est proche de ces jeunes Américains en proie à un rite de passage en une seule nuit avant de partir qui à l'université, qui au Vietnam. C'est frappant aussi de les entendre parler en jeunes Américains de 1977, alors que d'autre part tous les personnages adultes engagés dans la lutte, que ce soit pour l'empire ou pour la rébellion, parlent avec une emphase qui ferait passer les dialogues de Cecil B. DeMille et Jeanie McPherson pour du Audiard. Le "couple" Solo-Skywalker, deux hommes éloignés des habitudes de la rébellion, fonctionne à merveille, nous donnant toutes les clés pour entrer en douceur dans cette histoire improbable... De son côté, la princesse Leia, inspirée d'une des héroïnes les plus fascinantes de Kurosawa, fait beaucoup plus que la prolonger, et mène sa barque avec beaucoup plus qu'une autorité capricieuse: on comprend qu'elle puisse être irrésistible. Cette force des personnages du film, bons comme méchants, est un atout de poids et l'un des grands arguments du film. Depuis THX 1138 et ses personnages en quête d'humanité, Lucas a bien su justement développer ses caractères, et cet aspect se retrouve jusque dans les droïdes, cette merveilleuse invention scénaristique qui renvoie Robbie le robot (Forbidden planet) à l'antiquité de la science-fiction. George Lucas donne aussi en quelques scènes et en regards une vérité touchante à l'oncle et à la tante de Luke, et bien sur fait d'un personnage marmoréen doté de handicaps terribles, et de soucis techniques irréversibles, l'incarnation du mal absolu. Et il laisse la porte ouverte de façon troublante, grâce à la superbe prestation d'Alec Guiness, qui donne vie sans effort au personnage le plus mystérieux du film. Lucas (Encore une fois sans doute mené par une pré-science des directions dans lesquelles il allait mener la suite, mais comment pouvait-il en être sur, et comment pouvait-on l'imaginer à l'époque?) donne même à Obi-Wan Kenobi une sortie grandiose et inexplicable à la fois, sans que jamais une explication rationnelle ne vienne gâcher la fête! Kenobi incarne bien toute la séduction de l'inconnu, de cette évasion mystique qui va faire que Luke ira dans une direction bien différente de celle de son frère d'arme Han Solo, qui ne se départit jamais de sa lecture cynique et terre-à-terre des événements. Avec ce film, le personnage du jeune Skywalker entame bien un authentique parcours initiatique totalement justifié par le destin de celui qu'il a, brièvement, choisi comme maître, et qui sans explication choisit de quitter la scène à un moment où il sait qu'on n'aura plus besoin de lui. Ainsi le film possède-t-il sa propre touche mythologique sans avoir besoin de trop en ajouter, ou de puiser dans le passé hypothétique des personnages!

Quant à la thématique, on ne sera pas surpris que Lucas choisit de botter en touche en choisissant du passe-partout: résistance contre la barbarie dictatoriale, et renvoi à une hypothétique et mythique situation primale: Leia Organa est donc une princesse, sans plus de précision. Elle est impliquée, oui, se bat contre une certaine forme de fascisme qui ne fait aucun doute, mais elle le fait en combattant pour "son peuple", comme le dit le déroulant initial. Le film, en ces généreuses années 70 (Jimmy Carter vient d'être élu président des Etats-Unis, et durant quatre années, la politique extérieure des Etats-Unis va se teinter d'un certain idéalisme), est exportable à l'infini, il trouvera grâce à son histoire passe-partout une résonance chez tous les peuples du monde, ce qui en fait un film bien pratique pour passer les fêtes... Non, décidément, l'essentiel est ailleurs, dans le renouveau d'un genre, dans le plaisir de passer deux heures en compagnie des personnages, et au niveau du film la création d'un univers aussi cohérent que possible est encore bien limitée par rapport à ce que ça va devenir dès le film suivant. On remarque ici, d'ailleurs, quelques détails qui vont bien changer, notamment dans la façon de s'exprimer: la Force est jugée essentiellement comme un élément purement religieux, sans qu'aucune (inutile) explication "physique" ne soit donnée quant à son existence, car après tout comme disait Alfred Hitchcock, la force n'est qu'un "MacGuffin", un prétexte à accepter si on veut que le film marche. Et dans ce monde troublé par la lutte entre dictature et résistance, les Jedis sont mentionné comme une secte, un élément qui disparaîtra au fur et à mesure des dialogues des films suivants...

Enfin, le film est aujourd'hui émouvant à voir parce qu'il tranche complètement sur l'image véhiculée par les superproductions qui ne manqueront pas de suivre, et c'est ce qui rend indispensable de le voir dans son montage d'origine: les effets spéciaux optiques, les truquages vintage, l'impression d'assister à un spectacle physique, et tangible sont sans prix, dans un business qui se noie dans l'artifice. Spielberg aujourd'hui fait tout pour maintenir le contact avec la réalité, en utilisant à l'ère numérique le plus de live-action possible, et en privilégiant à chaque fois que c'est possible et pertinent des effets spéciaux en système D. On sait que c'est précisément parce qu'il n'en pouvait plus de devoir lutter contre les imprévus d'un tournage que Lucas allait déléguer ses deux films suivants, puis tourner sa dernière trilogie en utilisant toujours plus de numérique. Mais ici, justement, le fait d'avoir utilisé de vrais décors (Et beaucoup, par leur nudité même, sont fascinants), de vraies maquettes, et ce bon vieil arsenal de la science-fiction, en l'état: truquages optiques et surimpressions sur maquettes: et c'est là que se situe le travail de l'illusionniste. Lucas était sans doute mal à l'aise, mais le résultats est une splendeur... si on a la chance de le voir tel qu'il a été conçu, et comme chacun sait ce n'est pas facile, compte tenu de la volonté farouche d'enterrer cette version, et de noyer le film spectaculaire et visionnaire de 1977 dans une saga dont il ne serait qu'un maillon.

Star wars (George Lucas, 1977)
Star wars (George Lucas, 1977)
Star wars (George Lucas, 1977)
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Published by François Massarelli - dans Science-fiction George Lucas Star Wars