Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
14 janvier 2024 7 14 /01 /janvier /2024 09:28

La vie difficile et ô combien mélodramatique de l'orphelin Oliver Twist (John Howard Davies), depuis son infortunée naissance d'une mystérieuse inconnue qui meurt quelques minutes après lui avoir donné la vie, jusqu'aux dangereuses rues de Londres où il apprend les rudiments du métier de tire-laine auprès du receleur Fagin... En passant bien sûr par une "workhouse" (un orhelinat, dans lequel les pauvres enfants sans famille sont exploités avant d'être placés pour ne pas dire vendus) et toutes les péripéties possibles et imaginables...

Après Great expectations, David Lean aoute un deuxième chapitre à son exploration gourmande de l'oeuvre de Dickens, ce sera le dernier... Il le fait en plasticien d'abord et avant tout, même si ce metteur en scène affirme son désir de tout contrôler et de devenir un auteur aussi complet que possible, en signant le scénario (avec Stanley Haynes). Mais d'abord et avant tout Lean décide d'être aussi proche du roman et donc des intentions de Dickens qu'il le pouvait... Dickens, dont les ambiguités n'ont plusà être présentées, avait situé son roman dans un monde sordide, celui de la pauvreté et de la débrouille, c'est donc ce qui nous est montré; mais il mo,trait aussi de quelle façon les classes dirigeantes assujettissaient la classe ouvrières en les poussant à la pauvreté, et au crime (son corollaire dans tout mélodrame qui se respecte), à coup d'injustices... Lean reprend tout ceci, on n'ose pas dire à la lettre.

Parce que c'est du cinéma, quand même... D'ailleurs le début est extrêmement impressionnant, avec ces menaçantes images de nature, et cette utilisation magistrale de l'ombre et de la lumière, le film dès le départ est film directement dans la lignée du grand cinéma muet particulièrement Allemand (d'ailleurs il use de textes récapitulatifs bien dans le style des intertitres du muet à chaque fois qu'il le peut). On constatera qu'il est aussi clairement dans la lignée de George Cruikshank, l'illustrateur de la publication en feuilleton... En continuité avec l'idée de remonter à la source. Le film est d'une esthétique très proche de celle des gravures originales, et il rend bien la laideur, l'univers de briques, et on y utilise souvent les trognes des acteurs secondaires, dans un but d'utiliser la caricature avec subtilité. Mais le film se caractérise aussi par un sens phénoménal du détail, depuis les "signes" mélodramatiques (médaillon volé qui sert de fil rouge) jusqu'à la caractérisation globale: par exemple, quand Oliver devient apprenti d'un entrepreneu de pompes funèbres, il devient entouré de cercueils. Aussi bien à côté de son lit que la tabatière de son patron qui a une forme si caractéristique... La prise de tabac, d'ailleurs, est mise en avant comme une habitude d'un autre temps, qui là encore joue sur l'ambiance générale.

Un autre grand apport de Lean est d'offrir avec le point de vue une mise en évidence des émotions, comme dans les scènes qui font intervenir directement Oliver (qui, rappelons-le, est autant le sujet que l'objet de sa propre histoire, comme souvent chez Dickens... aussi bien que chez Lean); la scène du meurtre de Nancy, la prostituéequi a des scrupules, est traitée de façon impressionnante avec une utilisation du montage pour montrer l'effet du meurtre sur le tueur lui même...

Aucune tentation de bavardage ici, le film repose sur une mpressionnante économie de moyens concernant les dialogues: la scène de la courte paille, qui voit la sélection, à l'orphelinat, d'Oliver pour aller se plaindre de l'ordinaire au nom de tous, est traitée sans un mot; la première réplique du film n'est prononcée qu'après 6:30 de pellicule.

Enfin, comment échapper au sujet de fâcherie habituel? La caractérisation de Fagin par Alec Guinness: le principal fautif reste Dickens, tout comme en créant Shylock, Shakespeare a succombé aux stéréotypes faciles de son temps. En se situant dans la tradition, Guinness renvoie principalement à la volonté de l'auteur, d'accabler une ethnie bien ciblée (qu'on va qualifier, au regard des délires ambiants, de "usual suspects"...), mais Dickens lui-même s'était inspiré largement de l'histoire d'un homme, Ikey Solomon, dont la vie était mouvementée, mais aussi très proche (il était receleur) de celle du personnage du roman. Maintenant, si Dickens l'a affublé pour toujours dans ses descriptions des attributs du juif maléfique qu'aiment tant les antisémites de tout poil, la caractérisation de Guinness est bien plus riche qu'une simple illustration. Il devient une fripouille, qui est tout sauf unidimensionnelle... Un personnage qui a sans aucun doute du batailler pour s'imposer dans le milieu qui est le sien. Un cousin de personnages qu'o retrouve non seulement chez Dickens, et donc Griffith, mais aussi chez Carné (Les enfants du paradis, inévitablement). Et surtout, Fagin n'est finalement pas aussi diabolique que Sykes (Robert Newton), qui lui va avoir directement du sang sur les mains et fournir les images les plus impressionnantes du film, lors des poursuites de la foule prête à le lyncher... On renvoie ici à Frankenstein, de James Whale, dans une sorte d'étrange filiation, ou cousinage: après tout, Whale aussi s'est largement inspiré du cinéma Allemand...

Pour couronner le tout, les acteurs sont tous irréprochables, totalement dévoué au projet et à son esprit. Bref, une réussite!

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans David Lean Criterion
2 janvier 2024 2 02 /01 /janvier /2024 13:50

Pour son cinquième long métrage, David Lean prend définitvement son indépendance de l'ombre de Noël Coward, auteur des quatre arguments, certains adaptés directement de ses pièces de théâtre... Exit donc Coward, et bonjour Charles Dickens, pour la première de deux adaptations de son oeuvre, pour lesquelles Lean est épaulé à la production par ses partenaires Anthony Havelock-Allan et Ronald Neame... 

Un garçon, Philip Pirrip (Tony Wager), qui a perdu ses deux parents (il vit avec sa soeur qui est une vraie brute), fait l'inquiétante rencontre d'un bagnard évadé (Finlay Currie), qui l'oblige à le nourrir et lui amène une lime. Il va ensuite faire une autre rencontre, en se rendant chez une excentrique voisine, Miss Havisham, qui vit dans son passé... Aux côtés de la vielle dame, Estella (Jean Simmons) est une étonnante jeune fille qui va en dépit de sa cruauté fasciner le jeune homme... Devenu apprenti chez un notaire, Pip (John Mills) va recroiser Estella (Valerie Hobson), et retrouver la trace du bagnard...

Dès le début, avec ces scènes de brouillard impressionnantes sur les landes parcourues par le jeune héros, on sent que Lean a su à la fois traduire Dickens en images, en étant aussi proche que possible de l'esprit de son oeuvre, et s'approprier un univers de drame et de mélodrame dans lequel il va s'attacher aux pas de son jeune héros, qui rejoint les amants maudits de Brief encounter, car comme eux, "Pip" est aussi bien narrateur que sujet de son récit, candide dans une histoire qui souvent le dépasse, et enfin aussi riche en possibilités que tansparents. Les héros de Lean sont souvent ainsi, présents à l'écran mais à peine palpables dans leur vérité. Impossible à réduire à des clichés tout en étant parfaitement adaptés à leurs circonstances: Alec Guiness dans Bridge on the river Kwai, et les personnages principaux de Lawrence of Arabia ou Dr Zhivago ne seront pas autre chose... Sans parler des héros de A passage to India, qui se croiseront à l'écran, mais seront tous des victimes des préjugés d'une époque, dans laquelle ils ne pouvaient ni être compris ni surtout se comprendre... Il est coutumier pour les personnages de lean d'être furieusement à l'écart. Et pour Pip, qui va sans comprendre faire un héritage venu de nulle part, et évoluer dans un monde qu'il n'est pas taillé pour comprendre, c'est bien de ça qu'il s'agit... Les deux actes fondateurs de sa vie ont longtemps été d'une part l'aide apportée à Abel Magwitch, et la rencontre avec Miss Havisham et Estella. Qu'il ait imaginé que c'était le deuxième de ces actes qui l'aient rendu riche, est normal, mais il en a fait presque une carte d'identité. Et pourtant il a tort sur toute la ligne...

Avec Dickens pourtant en apparence, le metteur en scène s'assure une tranquille place au soleil du box-office, en faisant mine, finalement, de se contenter d'une modeste mais impeccable adaptation d'un roman emblématique (l'un des plus riches en possibilités) dont il s'amuse à peupler l'intrigue bien connue de caractérisations uniformément savoureuses, à l'écart de la normalisation Hollywoodienne en vogue (notamment à la MGM): Finlay Currie en bagnard évadé est inquiétant à souhait, Bernard Miles, interprétant le beau-frère Joe Gargery, prête sa bonhomie et son accent si typique, et Martita Hunt campe Miss Havisham avec un certain génie, en se vieillissant à loisir... L'odysée de Pip est décidément un fascinant voyage au coeur d'une Angleterre qui ne demande qu'à déraper vers ses propres légendes. Et en se servant de Dickens, le réalisateur s'approprie avec gourmandise un univers visuel qu'il va traduire en toute beauté, dans un noir et blanc sublime, généralement nocturne, qui rend justice à l'époque de l'intrigue en évoquant les gravures des éditions illustrées de l'oeuvre d Dickens.

Enfin, n'oublions pas d'évoquer l'arrivée dans l'univers de David Lean d'un jeune acteur de génie, qui à 32 ans était déjà un vétéran du théâtre, mais allait faire encore mieux, et souvent avec Lean (6 films en comptant celui-ci), au point de devenir presque incontournable, que ce soit pour incarner un gradé Britannique (Kwai)... ou un vieux sage indien (A passage to India): Alec Guiness allait vraiment faire parler de lui.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans David Lean
28 décembre 2023 4 28 /12 /décembre /2023 14:02

La dernière des quatre collaborations entre Noel Coward et David Lean est sans aucun doute leur meilleur film, leur plus célèbre aussi, tout en ouvrant un espace inédit dans le cinéma Anglais, Européen, voire mondial. Il s'attaque aux sentiments sous un jour inédit, parce que dangereux: l'adultère, vu non sous un angle moral, ni vraiment sous l'angle de la passion, mais sous un angle pratique. Qu'est-ce qu'un adultère, ou plutôt, qu'est-ce qu'une tentative d'adultère, car les deux amants ici ne le seront jamais...

Laura Jesson (Celia Johnson) est une Londonienne, mariée et mère de deux enfants, dont la petite vie réglée est faite essentiellement de routines. Parmi celles-ci, des menues escapades en ville, pour un film ou un achat, puis un retour au bercail... Et un jour un grain de sable se présente en la personne d'Alec Harvey (Trevor Howard) un fringant docteur, marié comme elle, qui sans crier gare va entrer dans sa vie. Ce n'était ni prévu, ni conscient, mais c'est une vraie histoire d'amour. On apprend à la connaître, au début du film, de la bouche même de la jeune femme, alors que l'histoire vient de se terminer...

Les deux auteurs se sont magnifiquement distribué le travail: à Noel Coward, les répliques ciselées, le merveilleux Anglais populaire des Londoniens, et les dialogues souvent marqués par une méchanceté à l'égard des autres (C'est-à-dire toutes les petites gens qui sont les témoins involontaires d'une histoire qu'ils ne comprennent d'ailleurs pas vraiment). Laura et Alec, qui ont soif d'absolu, et qui rappelons-le sont tous les deux racontés par Laura, sortent grandis de cette histoire. Enfin tout dépend de l'implication morale du spectateur: Alec, par exemple, est celui qui "conduit" vers une relation lorsque Laura aurait plutôt tendance à fuir à toutes jambes dans l'autre direction. Et leur unique occasion, désastreuse, de tenter d'aller au bout de leur passion, se fait sur son insistance.

A David Lean les choix éditoriaux et de mise en scène, la structure en flash-back, les jeux de points de vue (On voit la toute première scène deux fois, une fois "objectivement", et la deuxième fois avec une voix off due à Celia Johnson qui nous éclaire sur la cruauté de l'épisode: les deux amants savent qu'ils ne se reverront plus jamais, ce sont leurs dix dernières minutes, et une "amie" de Laura vient s'insérer entre eux, ne sachant pas qu'elle gâche irrémédiablement ces dernières précieuses minutes... Le metteur en scène a choisi un noir et blanc de film noir, avec ses séquences nocturnes, qui cachent des sentiments que ces braves gens auraient sans doute tant préféré ignorer, que de s'y laisser prendre. Il filme parfois au plus près des visages, et nous fait profiter de l'admirable jeu expressif de Celia Johnson.

Au final, la plus grande force de Brief encounter, c'est de ne pas avoir cédé à la tentation si facile de faire de Madeleine (Mrs Harvey, qu'on ne verra jamais), et de Fred (Mr Jesson, qui n'est pas aussi naïf que le croit son épouse), les "méchants" du film: ce ne rend pas les choses faciles pour les deux amoureux, mais ça rend aussi le film encore plus passionnant, jusqu'à sa scène finale, une admirable prise de conscience de la part de Laura qui donnerait presque un happy end à cette histoire tragique.

S'aimer, c'est pouvoir faire abstraction de tous les autres, de toutes les convenances, de ceux qu'on abandonne, du fait qu'il faut parfois tout casser pour construire une autre histoire. Ce sont là des pistes ouvertes par ce film qui s'intéresse à tout ce qu'on n'a jamais vu dans tant d'histoires d'amour engluées dans le cliché et les bons sentiments. Billy Wilder a, on le sait, été plus loin encore, en s'intéressant à celui qui prête son appartement aux amants et en a tiré une autre oeuvre essentielle, The apartment. C'est la preuve qu'on a beaucoup à lire entre les lignes avec ce film de 86 minutes qui est bien plus riche qu'il n'y paraît. Notons que David Lean retournera sur un terrain similaire avec le trop raisonnable The passionate friends, et plus tard avec le pas assez raisonnable (!) Ryan's daughter... Mais avouons-le, quels que soient les mérites de ces deux films (et ils en ont!), aucun des deux ne peut rivaliser avec celui-ci.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans David Lean Criterion
27 décembre 2023 3 27 /12 /décembre /2023 10:05

Charles Condomine (Rex Harrison) est un écrivain qui cherche à exploiter à sa façon la vogue pour le médiums et le spiritisme: il a invité, pour une petite soirée entre amis, une excentrique vieille dame de son village pour lui soutirer un maximum d'informations. Remarié avec Ruth (Constance Cummings), il a perdu sa première épouse quelques années auparavant. Mais lors de la démonstration (sous les rires embarrassés, à peine contenus, de la plupart des convives), Madame Arcati (Margaret Rutherford) va pourtant bel et bien conjurer le retour d'Elvira (Kay Hammond), l'épouse disparue... La cohabitation va être compliquée...

C'est une pièce de Noël Coward qui se trouve à l'origine de ce troisième long métrage de Lean, et comme ses deux premiers films, celui-ci est encore considéré par l'intelligentsia Britannique comme 'un film de Noël Coward'. reconnaissons au moins au grand homme, après In which we serve, de ne plus avoir eu l'audace (voire l'outrecuidance) de signer le film officiellement! Il faudra un jour s'attaquer à ce serpent de mer, cette manie des Britanniques de considérer l'auteur de papier d'une oeuvre filmée comme le seul auteur! Mais c'est un autre débat... 

C'est la première comédie de Lean, et à ce titre c'est intéressant, d'autant qu'il s'agit sans doute de son unique comédie "moderne"... Un film adapté du théâtre, donc, dans lequel la réplique se doit de faire mouche, et les scènes à plusieurs personnages se doivent de semer les étincelles. Et ça marche plutôt bien, d'abord parce qu'il a été décidé de ne pas charger la barque trop fort, le film est donc de durée très raisonnable, et cinématographiquement parlant, on évite le côté étouffant du théâtre filmé: Lean a tout prévu pour aérer l'intrigue en utilisant des décors variés.

Dans la maison des Condomine, d'abord: d'ailleurs, il sera beaucoup question de l'intimité d'un couple; je ne parle pas de l'intimité sexuelle ici, mais de ce qui fait la routine d'un couple marié. Et à ce titre, on constate que M. Condomine, marié depuis sept ans, a eu le teps d'acquérir toute la diplomatie nécessaire à la bonne marche de son ménage... Mais n'a pourtant pas d'enfants. Je parle de lui au premier chef, car tout le film (et toute la pièce aussi, n'en doutons pas) est situé de son point de vue. le retour d'Elvira n'est d'ailleurs destiné qu'à lui, personne d'autre ne la verra, dans un premier temps du moins... Ce retour de l'épouse disparue, regrettée, mais si convenablement décédée (l'époux est automatiquement absous du péché d'avoir pensé à elle) est surtout l'occasion pour lui de remettre en question sa vie... au point où la maladresse maligne de la fantôme, qui souhaite tuer son époux afin de le récupérer, va entraîner le décès de la deuxième épouse, donc un deuxième fantôme... 

Sardonique, souvent, drôle assurément, le film est aussi une excellente occasion pour David Lean de montrer son savoir faire, et pour Ronald Neame (chef opérateur attitré et déjà en place sur les deux films précédents, mais aussi co-scénariste, ce qui est intéressant) de faire une formidable démonstation de son talent. Le Technicolor est utilisé ici pour contraster de façon saisissante le monde des vivants et celui des morts, et l'exceptionnelle beauté de la photo réussit aussi à faire passer le recours à des couleurs, disons, problématiques: lors de sa première apparition, elvira est en effet verdâtre, avant de virer au bleuté quelques bobines plus loin... Et ça passe comme une lettre à la poste! Le montage est rythmé, et Lean maîtrise parfaitement le comique noir de situation, grâce à l'énergie de Rex Harrison (il est né pour ce genre de rôle, c'est une évidence) et l'excentricité assumée de Margaret Rutherford, un festival à elle seule. On constatera que les deux épouses sont respectivement une fofolle sans limites (Elvira), et une femme assez pincée (Ruth) que le film tient respectueusement, mais fermement à l'écart...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans David Lean Criterion Comédie
29 octobre 2023 7 29 /10 /octobre /2023 13:56

1919... Une famille emménage dans un nouvel appartement. Les Gibbons habitent Londres et font attention: il y a le père Frank (Robert Newton), la mère Ethel (Celia Johnson), la mère de cette dernière (Amy Veness) ainsi que la tante Sylvia (Alison Leggatt), la soeu de Frank, et les trois enfants Gibbons (Kay Walsh, Eileen Erskine, John Blythe)... Plus le chat, Percy. Une famille de la classe ouvrière, qui va affronter les années 20 puis 30, de grève générale en montée des périls, de crise mondiale en risque accru de guerre... Sans se départir de son sens de l'humour Britannique. Des amis, des gens de passage (un fiancé de la fille Queenie, par exemple, interprété par John Mills), vont aller et venir dans cette chronique...

David Lean, associé à Ronald Neame (Le chef opérateur) et Noel Coward (dramaturge et auteur de la pièce de théâtre adaptée ici), a fondé une petite boîte de producion, dont le but est d'abord de promouvoir un cinéma Britannique de qualité dans les pas de Noel Coward... L'équipe, pour son deuxième film (après In which we serve) se fixe un nouveeau défi: l'utilisation du Technicolor, mais dans un esprit totalement différent que ce qu'en faisait Michael Powell à la même époque (Colonel Blimp est sorti l'année précédente). La couleur sert plutôt à replacer les personnages dans un cadre réaliste, et à réhausser quelques détails, les décorations lors des célébrations, par exemple...

C'est que c'est un film dans lequel le drame s'il intervint, est juste une manifestation de la vie. Une chronique de la vie quotidienne des Britanniques durant ces vingt années qu'ils ont passé à prétendre que la guerre était finie pour de bon... Si on ajoute que le film est sorti dans une Angleterre qui venait de souffrir les affres du Blitz, on comprend le but. Célébrer, donc, l'esprit de l'Angleterre éternelle, celle des petites gens, résilients, courageux et simples, plutôt que celle des héros et des personnages historiques. Une Angleterre pleine de citoyens grincheux, voire râleurs, mais derrière leur conservatisme de façade, ils ont un coeur qui bat, qui souffre parfois...

Le film raconte les petits riens, comme le dilemme de la jeune fille, qui hésite à devenir la fiancée d'un marin, par exemple... ou encore les soirées familiales durant lesquelles chacun invente une stratégie pour ne pas avoir à subir les interprétations désastreuses de la tante Sylvia au piano, car elle chante comme une casserole. Les querelles inre-générationnelles et les mésententes Les grèves (notamment le grand mouvement ouvrier de 1926) sont vécues soit de l'intérieur, soit subies avec abnégation, soit elles sont l'occasion pour certains de remplacer les grévistes... Le père et le fils vont confronter pacifiquement leurs opinions contrastées autour d'une cigarette... La simplicité de l'ensemble et la pudeur des acteurs rendent un rien magique.

...et puis il y a les drames. Les petits, pour la plupart, ces moments embarrassants où le pater familias rentre d'une soirée arrosée au pub avec son copain, une fois de trop... Les enfants qui fuient, la tante et la grand-père qui se bouffent le nez... Mais aussi et surtout, hélas, l'annonce de la mort d'un enfant. Un moment étonnant, l'occasion pour le cinéaste d'oser un contraste saisissant entre la douleur immense des protagonistes, douleur muette bien sûr, et la musique légère qui émane de la radio. La vie continue...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans David Lean
20 septembre 2023 3 20 /09 /septembre /2023 10:17

Ce film de propagande est la première chance officielle de Lean de diriger un film, et ça a bien failli ne pas vraiment se faire, ou du moins il a bien failli ne pas être crédité: Noel Coward, réalisateur en titre, avait bien besoin d'un "technicien" pour le relayer et le compléter durant un tournage placé sous le signe de l'effort national... Lean avait déjà officié en sous-main pour épauler, puis remplacer le réalisateur erratique de Major Barbara (Gabriel Pascal, producteur d'Europe Centrale, n'avait lui non plus jamais fait de film auparavant...) en 1941, et il assistait aux tournages en tant que monteur depuis fort longtemps...

In Which we serve est essentiellement l'histoire d'un bateau qui coule, entrelacée de flash-backs autour de trois personnages: le capitaine Kinross (Noel Coward), un officier de marine décent et professionnel, dont l'humanité profonde s'oppose à la barbarie nazie; Hardy (Bernard Miles), un sous-officier d'origine modeste, qui perd son épouse dans un bombardement durant le film; et enfin 'Shorty' Blake (John Mills), un marin cockney, jeune marié et père d'un bambin né lors du même bombardement qui a couté la vie à Mrs Hardy. Le film se déroule globalement sur une période qui va de la déclaration de guerre jusqu'à 1941, et le naufrage du destroyer Torrin se déroule en crête. Jamais, dans In which we serve, on n'assiste à la moindre représentation directe et brutale de la barbarie nazie: le film reste une affaire essentiellement Anglo-Britannique.

L'aspect "propagande" est totalement indissociable du film, et à ce point de vue c'est une jolie réussite. Ici, il ne s'agit pas de s'appesantir sur des drapeaux ou quoi que ce soit d'autre, mais plutôt d'ausculter et de célébrer la solidité fondamentale de l'âme Britannique, sans aucune considération pour les différences sociales ou les disparités d'opportunités entre les uns et les autres. D'où l'insistance mise sur la droiture et l'affection qu'il porte à ses hommes, du capitaine. Mais tous les personnages (Aussi bien les marins que leurs épouses, dont l'admirable Celia Johnson) sont marqués par la pudeur, et le courage, plus que par un quelconque patriotisme. Et le film, de tranche de vie en séquence pleine d'émotion, est souvent poignant... Et fabuleusement monté: Lean metteur en scène vient à son premier film avec l'expérience fabuleuse de montage qui a été la sienne des années durant.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans David Lean Criterion