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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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8 décembre 2019 7 08 /12 /décembre /2019 12:11

Le professeur Wanley (Edward G. Robinson) est maître de conférences à l'université, département psychologie, et il s'intéresse particulièrement au crime. Un jour, son épouse part pour un séjour avec les enfants, mais Wanley reste en ville pour y donner des cours. Avec ses deux meilleurs amis, il vient à la conclusion que même laissé seul et face à la tentation, il ne céderait de toutes façons à aucune sorte de désir inavouable... 

Le soir même, en sortant du club, il se rend face à la vitrine de la galerie située à deux pas, et y admire comme il en a l'habitude le mystérieux portrait d'une très belle femme, et a la surprise d'apercevoir se reflétant dans la vitrine le modèle du tableau (Joan Bennett), une jeune femme particulièrement amusée de sa réaction.

Quelques heures plus tard, il tuera un homme chez elle, et s'engouffrera dans la spirale du mensonge, du crime et de la culpabilité, d'autant plus que le procureur chargé de l'affaire (Raymond Massey) est l'un de ses meilleurs amis...

Attention, révélation: c'est un rêve, bien sûr, mais le dire ne gâche en rien le plaisir qu'on prend au film, dont la réalisation justement cultive à loisir l'ambiguité en permanence: certes, si c'est un rêve, Wanley n'a pas de souci à se faire et il s'en sort parfaitement indemne... Mais le film commence justement par un cours du professeur qui questionne la validité de la question de la légitime défense, donc la notion de droit dans le crime, et bien entendu, le crime du rêve est précisément un cas de légitime défense... Et si chaque geste, comme dans un rêve mais aussi comme dans la vie, mène à un autre geste, l'histoire implacable qui nous est contée nous montre comment de fil en aiguille, un homme qui tente froidement d'analyser la situation et de ne pas paniquer, en viendra immanquablement à vouloir tuer, cette fois de sang-froid. Bien sûr, rien chez Lang n'échappe à l'inconscient d'une part, au destin d'autre part: du reste les deux sont liés. Et si déjà, le chasseur de Man Hunt manifestait son inconscient en armant son fusil face à la forteresse de Berchtesgaden, Wanley rêve certes, mais il va se révéler un homme à la vie intérieure effrayante sitôt parti le train qui emporte sa famille... 

Pour mettre en scène son premier vrai film noir chimiquement pur, Lang va utiliser une réalisation de précision, profondément nocturne bien évidemment, dans laquelle le cadre sera particulièrement sollicité... Sans jeu de mots intentionnel bien sûr: le cadre, c'est d'abord celui du portrait, mais justement; autant que le modèle Joan Bennett, c'est Edward G. Robinson qu'on retrouvera dans le cadre des fenêtres, et souvent aussi dans des pièces vues depuis d'autres pièces, comme enfermé ou pris au piège d'une situation qui se complexifie: un plan pris d'une pièce le voit passer deux portes, avant d'allumer la lumière de la salle de bain au fin fond du champ... Nocturne, disais-je: Milton Krasner, le chef-opérateur du film, a composé des images d'une grande beauté dans lesquelles le clair-obscur est souvent porté à l'extrême, comme cette extraordinaire séquence durant laquelle le professeur doit amener le cadavre de l'homme qu'il a tué par légitime défense dans les bois... l'homme a gardé les yeux ouverts et... fixe le public. Seul son masque est vu dans la pénombre... Enfin, Lang s'ingénie à demander à ses acteurs de ne pas forcer le rythme: une façon de souligner aussi bien le côté méthodique de Robinson, dont le professeur criminologue se dépasse dans l'adversité, mais aussi parce que, encore une fois, c'est un rêve!

D'ailleurs la porte de sortie du film est aussi une prouesse: un truquage photographique simple, qui permet au professeur de s'endormir sur un fauteuil chez lui, sous l'effet d'une drogue qu'il vient d'absorber dans l'intention d'en finir... Et se réveille apparemment dans le même plan, sur un autre fauteuil, avec un autre costume. On n'y voit que du feu: bien évidemment, Lang nous livre la clé du rêve contenu dans le film à l'intérieur de ce plan... Mais il souligne aussi et surtout une continuité entre la vie criminelle fantasmée par le bon professeur, et sa bonhomie coutumière... et probablement trompeuse. En d'autres termes, un film crucial pour la carrière de Lang, qui fut un triomphe mérité, et dont tout le reste de sa carrière ou presque descend en droite ligne.

 

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Published by François Massarelli - dans Fritz Lang Noir