Bob Clampett? En fait, ce film, tout comme Crazy Cruise sorti la même année, recèle un petit mystère... Qui n'est pas sans solution, on le verra très vite; sans aucune histoire, c'est une promenade à travers l'univers rural, avec des gags liés à des jeux de mots infâmes, prétextes aux gags visuels les plus glorieusement lamentables, avec la voix posée, pédante et ultra-sérieuse d'un vulgarisateur, comme les "travelogues" ou les films didactiques d'un autre temps... Le genre de parodie qui anticipe de quelques années un style qui fera les grandes heures de Mad, ou Pilote par ici, et bien sur on pense à Goscinny, Kurtzmann...
...Et Tex Avery. Tiens, justement, ce type de films, Avery qui ne "sentait" aucun des héros de la WB, s'en était fait une spécialité précisément parce qu'ils lui permettaient de faire rigoureusement ce qu'il voulait: The isle of Pingo Pongo ou Cross country detour en sont de précieux exemples...
. Et justement: on ne reconnait pas la patte de Clampett dans ce film qui lui est pourtant clairement attribué... Les gags sont certes idiots et relatifs au monde des médias de l'époque, ce qu'il faisait couramment (Ici, on aura des allusions aujourd'hui mystérieuses à des émissions de radio, à Eddie Cantor, etc), mais Tex aussi! Et l'animation est d'une grande rigueur, sans ces embardées vers la folie furieuse qui caractérisaient déjà le travail de Clampett en noir et blanc. Donc si on sait que Clampett a effectivement repris l'unité d'Avery au départ de ce dernier, il se peut que Tex soit parti très très précipitamment, et que le travail initial de Clampett ait été justement de finir les films sur le feu. Dont celui-ci, et très probablement Crazy Cruise.
Maintenant, la bonne nouvelle, c'est que peu importe ici qui a été le marmiton: la soupe est bonne.
A Zootropolis, la cité où les animaux ont appris à vivre ensemble, prédateurs comme proies, une sombre affaire de bestioles qui deviennent cinglés et retournent à l'état sauvage est confiée par malheur à une jeune recrue récente, une lapine qui est mal acceptée par ses collègues parce qu'elle est, justement, une lapine! Et elle doit faire alliance avec un petit escroc, un renard. Ce qui tombe très mal, puisqu'elle a, depuis son plus jeune âge, une aversion pour ces bestioles...
Ca faisait combien de temps qu'un film Disney n'avait pas été aussi enthousiasmant? Inutile de compter, on va inévitablement être amené à écrire le mot 'Pixar' dans la réponse à cette question! Car cette production Disney pur jus a la qualité des productions de Pixar d'avant la normalisation, et se voit avec un plaisir constant. Certes, il y a des moments conventionnels et des défauts énervants, mais on va les évacuer tout de suite:
Par exemple, à 105 mn environ, le film est trop long, et se laisse un peu trop aller à ces sales manies de TOUS les dessins animés Disney depuis les années 80: la normalisation par le sentiment, et le final qui remet toutes les pendules à l"heure. On a fini par l'accepter tant et si bien qu'on n'y prend plus garde (Et notons que les films Pixar sacrifient souvent aux deux) mais c'est quand même des moments à lever les yeux au ciel).
Ou encore, ça et là, on assiste à une tentation de rappeler qu'on est en , qui passe par l'exploitation éhontée de l'art du temps. Et Shakira chantant à l'auto-tune une mélodie à une ou deux notes, avec des basses qui fait BOOM BOOM BOOM sur un tempo préréglé pour conclure le film? Pouah, c'est une faute de goût.
Pour le reste, eh bien... ce n'est que du bonheur.
Grâce d'une part à une animation qui ne repose pas uniquement sur le tout-venant des productions en images générées par informatiques, cette technique merveilleuse qui est devenue une plaie, responsable des films les plus visuellement vomitifs des dix dernières années (Shrek, L'âge de glace, etc): il y a eu vraiment une recherche graphique qui ne se contente pas de reprendre les codes Disney et de les transposer en 3D. Bref, et c'est notable, le film est beau.
Ensuite, il y a une équipe (ils sont six... comme dans n'importe quel film hollywoodien, en fait, sauf que cette fois on les mentionne...) de scénaristes qui ont pondu un film, qui prend sur plusieurs héritages avec bonheur, notamment, les comédies à tandem, ce qu'on appelle dans le jargon les "buddy-movies". On a ici aussi une intrigue de film policier intéressante. Oui, vous avez bien lu: elle est surprenante, tout en reposant sur les artifices attendus... Et le message du film, quant à lui, si rien ne peut l'empêcher de finir sur du lénifiant, au moins il n'est pas trop stupide (On s'éloigne en tout cas bien loin de l'infecte morale fasciste de l'ignoble Roi lion, supposé être le nec plus ultra chez Disney!), et comme on a bien rigolé devant l'avalanche millimétrée de gags du film (Dont certains sont bien cachés, mais on peut toujours s'amuser à les chercher...), on ne va pas se plaindre... Juste un exemple, inattendu dans une production Disney: le démarquage hilarant du Parrain.
Pour terminer, le film renverra les admirateurs du dessinateur Raymond Macherot à sa création majeure de 1964, le superbe album de bande dessinée Chaminou et le Khrompire qui partait du même principe: d'une part les animaux y ont abandonné leur animalité, et ont réussi à trouver le moyen de cohabiter et de se mélanger entre prédateurs et proies... D'autre part l'enjeu de l'intrigue est justement cette peur du retour de la sauvagerie. dans le film on s'en sort bien. Chez Macherot, on sent par contre que les vieilles habitudes ont la peau dure. Cette similitude me paraît toutefois une pure coïncidence. Pas grave.
Mais lisez Chaminou quand même, c'est une merveille...
C'est donc dans le sillage d'une série à succès, créée pour la télévision, que le producteur Marc Du Pontavice et le metteur en scène Olivier Jean-Marie ont lancé ce projet de long métrage, qui s'il n'a pas forcément rencontré le succès escompté, est probablement la plus réussie de toutes les adaptations du personnage de Lucky Luke au cinéma. La série était déjà une relecture de l'oeuvre, entièrement dédiée à des scripts originaux et à une adaptation des codes graphiques de Morris, qui pour moi est l'un des plus importants graphistes de son temps: un génie. Il avait d"ailleurs, selon la légende, donné son accord au projet de série avant de décéder...
On adresse un clin d'oeil amical aux deux auteurs emblématiques, soit Morris bien sûr, mais aussi René Goscinny (Dont on se doit de rappeler qu'il n'a pas créé cette série, contrairement à Astérix, Iznogoud ou Oum-Pah-Pah), à travers une petite scène située au début. Vous la reconnaîtrez facilement... C'est normal qu'on remette les pendules à l'heure, car après tout à la base de Tous à l'ouest, se situe l'album La Caravane, l' un des nombreux chefs d'oeuvre de cette série d'albums...
Le script s'en inspire, mais totalement dans l'esprit de Goscinny, si on accepte que le studio Xilam ajoute son grain de sel, volontiers irrévérencieux, mais toujours marqué par une efficacité de rythme qui laisse baba: l'un des gros problèmes, en réalité, du dessin animé Européen, et ce qui a empêché tant d'adaptations (Voir à ce sujet Astérix, les autre Lucky Luke, ou encore La flûte à six Schtroumpfs) de réussir. Dans Tous à l'ouest, ça bouge tout le temps, c'est intelligent, l'animation est composite (Personnages dessinés, décors mélangés et beaucoup de CGI pour les infrastructures, et les véhicules) et les animateurs s'approprient les personnages à la façon dont Bob Clampett ou Rod Scribner faisaient leur travail à la Warner: rien n'est interdit! les meilleurs passages du film ne sont pas que ce qu'on doit aux auteurs de l'oeuvre adaptée (Le fameux "Est-ce ma faute à moi, s'il y a de la fumée à l'horizon, qui dit qu'il y a de la fumée à l'horizon?"), mais souvent la façon dont on a relevé le défi (Transcrire le langage d'Ugly Barrows, démultiplier les particularismes de certains voyageurs limités dans l'original à Pierre le coiffeur, un croque-mort et le conducteur irascible : mais ici, il y a 80 minutes à fournir!), prolongé les personnages (Ran-tan-plan, et les Dalton) et utilisé à merveille le talent des voix: mention spéciale à Bernard Alane (Averell Dalton, entre autres) et François Morel (Ran-tan-plan), mais aussi à Clovis Cornillac qui est l'un des plus inattendus Joe Dalton qui soit...
Ce film n'est après tout que le 20e court métrage de Tom & Jerry. Dans cette excellente période, qu'est-ce qui peut bien le distinguer des autres? D'une part, l'intrigue, qui même si elle amène les deux animaux à se battre de façon assez musclée comme d'habitude, est motivée par un élément inédit: Tom joue au golf, et a une folle envie d'associer Jerry à ce sport de plein air, si possible en mettant la souris entre le club et la balle. Et donc, qui dit plein air, dit sortir du ron-ron domestique, ce que le chat et la souris ne font pas beaucoup...
Et d'autre part, leur habituelle façon de gérer leurs rapports conflictuels se nourrit justement cette fois de leur environnement renouvelé. Disons que l'un et l'autre, dans les coups, bosses, horions et autres brutalités mutuelles qu'ils se prodiguent, rivalisent d'invention sadique. La palme revient quand même à ce qui arrive lorsque Tom, une paille, un entonnoir, un plan d'eau, et un essaim d'abeilles dépêché par Jerry se rencontrent...
Ce film est tout bonnement une merveille de bout en bout, qui prouve alors que dans d'autres lieux, des animateurs Américains planchent sur les aventures révolutionnaires et privées de scénario d'un coyote malchanceux confronté à une proie impossible à attraper, que le dessin animé, c'est d'abord du mouvement, ensuite de la violence, et... c'est tout. Pas un gramme d'intrigue ici, c'est juste 7mn et 30 secondes de poursuites, de coups, de bosses. Tom pourchasse Jerry qui fait alliance avec un canari, et le chat s'en prend plein la figure. Le cartoon, qui s'arrête au bout de son temps réglementaire, aurait d'ailleurs pu continuer très longtemps sans que rien ne change!
A noter, une nouvelle trace de la concurrence amicale que se livraient Hanna et Barbera d'un côté, et Tex Avery de l'autre, lorsque ces deux unités d'animation travaillaient côte à côte à la MGM: les déformations en cascade de la physionomie de Tom, qui sortent largement du raisonnable...
De tous les films des années 40 parmi les Tom and Jerry à avoir décroché la timbale de l'Oscar, c'est celui-ci le moins intéressant. Malgré tout, il est souvent programmé, et il a atteint le statut de classique, mais son pedigree de parodie même est ce qui le différencie. Non qu'il soit mauvais, loin de là! Mais Dr Jekyll, c'est peut-être une barre placée assez haut, et le film abandonne assez vite ce chemin pour devenir systématique... Tom a en effet une idée de génie pour se débarrasser de Jerry: il va concocter un poison ultime. Mais n'ayant aucune connaissance ni en chimie, ni en alchimie, ni en magie ou en meurtre, le chat confectionne en réalité un breuvage qui va transformer la souris en... super-souris.
C'est plaisant; c'est même drôle, mais le reste du film est finalement entièrement soumis à cette idée: Jerry boit, devient une super-souris, perd ses pouvoirs, reboit, etc...
J'ai parlé à propos du film Quiet please! des échanges d'animateur et d'ntrigue entre l'unité de Tex Avery et celle de Hanna et Barbera, aux styles par ailleurs si distincts, mais qui parfois se trouvent reliés par des passerelles inattendues. C'est intéressant de voir avec ce film une autre influence, celle de la Warner. A moins que ce ne soit le contraire: on assiste à une bataille de chapelles au sujet de ce film, car si The cat concerto raconte comment Tom donne un récital de piano, et joue précisément la Rhapsodie Hongroise n°2, de Liszt, et Jerry qui dort dans le piano va le perturber, puis participer à sa façon à la musique, sans que jamais la pièce ne s'arrête. Et de leur côté, les gens de Warner, sous la direction du spécialiste musical Friz Freleng, ont sorti la même année Rhapsody rabbit, un film à l'intrigue similaire, mettant aux prises le maestro Bugs Bunny avec un piano, une souris, et... la Rhapsodie Hongroise n°2, de Liszt! Les deux films s'étant retrouvés en compétition pour les Oscars au même moment, ça fait désordre. De l'avis de la Warner, c'était une coïncidence. Les gens de la MGM ont quant à eux parlé d'un plagiat. Les gens du studio Technicolor, qui ont été amenés à développer les deux films, disent tout simplement que ce serait dû à une erreur de leur part, puisqu'ils auraient envoyé le film Warner à la MGM par erreur, permettant aux animateurs un examen du film concurrent avant que le leur ne soit terminé!
On ne saura jamais le fin mot de l'histoire, bien sur, mais on peut comparer les deux. Et la comparaison montre que ces deux courts métrages sont de haute tenue, mais l'avantage reste à Tom et Jerry: le degré d'invention des gags, le rythme, et surtout un atout de taille, le fait que Jerry, contrairement à l'anonyme souris de Freleng, est animé à égalité avec Tom, emportent le morceau. Mais en cas de problème, on peut toujours revoir les deux films: ce ne sera jamais du temps perdu...
Tom et Jerry passent essentiellement leur journée à se courir après, le chat tentant d'attraper la souris, et la souris déjouant tous les pièges... Mais ils ne sont pas seuls dans la maison: un gros bulldog qui répond au doux nom de Spike a beau être débonnaire, il commence à en avoir assez. Après un bruit de trop (Tom maniant un fusil directement au dessus de son oreille, pour être précis), le chien lui fait comprendre que la coupe est pleine: si il entend un bruit, il va l'écorcher vif... Jerry est réjoui d'entendre ça et désormais, il va tout faire pour que Tom fasse du bruit, bien entendu.
Le film commence fort, avec le point de vue du chien qui essaie de dormir au milieu du chaos créé par les deux autres. Et c'est vrai qu'ils font beaucoup, beaucoup de raffut... Mais le reste, avec l'usage conscient de tous les moyens de faire du bruit, ou la menace de les utiliser (Verre, armes, jusqu'à la dynamite bien entendu), ce qui va entraîner sur le film une surenchère de la violence! Et c'est un déchaînement d'idées toutes plus bruyantes les unes que les autres.
On peut bien sûr constater que cette production MGM est sous l'influence de l'unité de Tex Avery (certains des animateurs en viennent, d'ailleurs), mais cette influence est à double sens: en 1952, Avery dirigera justement un film qui s'inspire de la même situation, mais l'histoire en sera différente: Rock-a-bye bear, dans lequel un ours qui tente d'hiberner a engagé un gardien de nuit, qui n'est autre qu'un bulldog nommé... Spike.
Ce film a gagné un Oscar, et il est assez facile de comprendre pourquoi: c'est un chef d'oeuvre! Il est tout bonnement consacré à la lutte éternelle du chat contre la souris, une lutte qui est inégale, mais proportionnellement inverse aux prédictions liées à la taille. Bref, le chat n'y arrivera pas, et pourtant il essaie: Tom se procure en effet un livre qui explique comment il faut faire, et chaque chapitre est illustré par un épisode désastreux...
Tiens donc, un animal supposé supérieur qui s'acharne contre sa proie naturelle, tentative après tentative, sans jamais parvenir à ses fins, et sans jamais se décourager... C'est bien la formule des cartoons du Coyote qui se déroule sous nos yeux, mais en moins austère: certes les deux animaux ne parlent (presque jamais), mais il n'y a pas ce recours systématique à la compagnie Acme, et les compteurs ne sont pas remis à zéro après les tentatives. Ainsi lorsque Tom perd son scalp, il va devoir porter une perruque ridicule jusqu'à la fin du film.
Et sinon, à la fin il meurt, ce qui n'arrive jamais au Coyote.
Le Zoot suit, c'est cet improbable costume qui fait un temps la mode dans la jeunesse délurée des années 40, et qui sera d'ailleurs traduit dans la France de la fin de l'occupation, avec les "zazous": un pantalon dont la taille monte très haut, taillé en fuseau, et une veste immense, élargie par des épaulettes, le tout complété par un chapeau anormalement grand. C'était une mode populaire, qui faisait fureur en particulier dans les communautés minoritaires. Et c'était vaguement ridicule, ce qui faisait naître quelques commentaires moqueurs dont ce film...
Tom est amoureux, et avant de se rendre chez sa petite amie, il se prépare... saindoux au lieu de brillantine, moustaches frisées, il ne se rend pas compte qu'il est ridicule, et la jeune chatte l'enverra paître en disant qu'il fait vraiment plouc! On notera qu'elle le lui dit en argot d'époque, dont elle 'oublie d'ailleurs aucune expression. La décision qui s'impose à Tom est donc de réviser sa garde-robe et ses manières: il va se fabriquer un zoot suit... Et Jerry dans tout ça? Il est le "cadeau" offert par Tom à la petite voisine, dans la première tentative malheureuse. Et il est un commentateur acide de la deuxième approche, parce que comme nous, les efforts de Tom pour être "hip" (selon le parler de l'époque) sont bien ridicules...
C'est bien malin, finalement, de renvoyer dos à dos les jeunes adeptes d'une mode un brin excentrique, et du mode de comportement qui va avec, et les autres, ceux qui s'en moquent (On notera malgré tout que Jerry succombe aussi à la mode du zoot suit vers la fin), mais c'est le prix à payer si on veut que le film ait une longue vie! Hanna et Barbera ne s'y sont pas trompés, et le film est encore visible aujourd'hui sans qu'on ait besoin d'une explication de texte, tout en proposant une illustration des comportements et modes des années 40, entre Swing, Jitterbug, argot et... zoot suit.