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14 mars 2025 5 14 /03 /mars /2025 18:36

Brighton, 1880; le phramacien Sutton se considère comme un bon citoyen, et d'ailleurs il l'assume pleinement: rigoriste avec lui-même comme (et surtout) avec sa famille, il participe aussi en plein à l'essor de la justice en n'hésitant pas à témoigner, quand la loi le requiert: combien d'épouses qui ont usé de produits pharmaceutiques pour supprimer leur mari a-t-il contribué à envoyer au gibet? Chez lui, il impose une règle de fer et exige de ses enfants, au-delà du raisonnable, une conduite irréprochable: son grand fils n'a pas à rêver à l'amour, il doit l'assister à la pharmacie. La petite rêve d'un cochon d'inde, mais les bestioles qui arrivent à la pharmacie sont destinées au scalpel et à l'expérimentation médicale... Ses filles rêvent-elles de chanter, de faire de la musique? ...Un métier de prostituée.

Dans les parages, un pub est tenu par un couple mal assorti: le propriétaire est un homme brutal, dont l'épouse Pearl a tendance à fricoter avec les hommes du quartier. On jase... Pearl n'en peut plus de la violence dont sn mari est capable en réaction à ses frasques... Une solution se dessine, quand elle se rend à la pharmacie et y trouve le jeune Sutton...

Pink string and sealing wax, soit de la ficelle rose et de la cire à cacheter, les ingrédients utilisés par un phramacien pour sceller un paquet de médicament... Le film est une peinture au vitriol de la société Victorienne, vue du côté de Brighton... A l'écart de Londres, les écarts entre les uns (non les nobles, mais en tout cas un homme que son itinéraire obsessionnel a rendu aisé) et les autres (le peuple qui remplit nuitamment le pub local, les femmes bruyantes, prostituée ou simplement sans trop de scrupules), et au milieu, une sorte de conception de la justice face au crime crapuleux... Mais sans jamais y répondre, ce qui serait trop facile, Hamer pose effectivement, à travers le personnage de Pearl, la question de la légitimité du crime qu'elle s'apprête à commettre. Le ras-le-bol de la violence, chez elle, est un réflexe premier qui justifie l'empoisonnement de son mari et les ennuis sans fin que ça pourrait lui amener.

On retrouve donc dans ce film antérieur à son célèbre chef d'oeuvre Kind hearts and coronets (dont le titre fait d'ailleurs grammaticalement et ironiquement écho à celui-ci), l'idée d'une société à deux vitesses, que le crime va réunir dans le même cauchemar. Mais la société de Brighton, incarnée dans l'insupportablement rigide Sutton (Mervyn Johns), n'est-elle pas tout simplement destinée à broyer Pearl (Googie Withers)? Et derrière cette affaire simple, linéaire voire limpide, dan,s laquelle un crime entraine un châtiment, on voit aussi se dessiner l'éveil d'une conscience féminine. Pas celle de la femme adultère et criminelle, pourtant, non: l'épouse légitime du pharmacien, ainsi que ses filles, commencent à pine à se rebeller contre l'intenable dictature de leur seigneur et maître.

Si les deux films forment un dyptique, il est clair que celui-ci se pare souvent des accents de la tragédie. L'autre est une comédie, mais Pink string and sealing wax n'en garde pas moins un mordant phénoménal.

 

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Published by François Massarelli - dans Robert Hamer Ealing
10 mars 2025 1 10 /03 /mars /2025 17:34

Un architecte (Mervyn Johns) se rend dans une maison pour discuter d'un arrangement, et en arrivant, il est surpris: bien qu'il ne soit jamais venu, il réalise qu'il est sur les lieux d'un rêve récurrent, qui lui revient en mémoire d'autant plus que tout ce qu'il trouve (la maison, les conversations et les amis réunis dans le salon) y correspond en tout point. Ne pouvant cacher son trouble, il l'explique à l'assemblée, et leur fait part de ses craintes: c'est que le rêve ne se termine pas bien, mais alors pas du tout... Les gens présents rivalisent alors d'anecdotes toutes plus étranges les unes que les autres: un cocher fantômatique, une fête de Noël avec intervention de fantôme, un miroir hanté, deux golfeurs qui continuent à se défier après la mort, et la marionnette maléfique d'un ventriloque...

C'est un film célèbre, qui correspond à une soudaine prise de conscience, aussi bien chez Ealing Studios, que dans le cinéma Britannique dans son ensemble: une fois la guerre finie, les Anglais vont devoir s'ouvrir à un autre type de cinéma que la tendance documentaire qui leur colle aux basques... Avec cette anthologie (le film est essentiellement composé de ces quelques historiettes collées les unes aux autres, sous le prétexte de cette maison dans laquelle tous ces gens se racontent des histoires), le cinéma Anglais (qui a tant boudé Hitchcock, et semble ne considérer Michael Powell et son art flamboyant, que comme un aimable excentrique, s'ouvre donc enfin au fantastique...

Quatre cinéastes pour un film? Ce pourrait être aussi une démonstration de force de la part de la compagnie Ealing, qui aligne en effet Cavalcanti, qui a tourné l'énomre succès Went the day well pour le studio, le jeune Charles Crichton qui a déjà tourné un film (son premier) pour Ealing, et qui reviendra souvent (The Lavender Hill Mob, The Titfield thunderbolt) avant de faire une carrière à la télévision (The avengers) et de faire un dernier film en compagnie de John Cleese (A fish called Wanda), Basil Deaden qui tourne depuis quelques années déjà pour le studio, et enfin Robert Hamer dont ce film est le premier crédit. Il tournera peu, mais il aura surtout l'honneur de réaliser quelques années plus tard le film le plus emblématique de la compagnie, Kind hearts and coronets...

Le ton de chaque segment est spécifique et le film évolue graduellement vers plus de noirceur, culminant dans le dernier sketch, réalisé par le vétéran Cavalcanti. Certaines de ces "nouvelles" cinématgraphiques sont vraiment courtes (l'autre segment de cavalcanti, notamment, ou encore cette étrange histoire d'un homme qui se voir prédire ne mort possible par un cocher de corbillard (Dearden). Les parties les plus intéressantes sont celles de Robert Hamer (The Haunted mirror), qui épouse l'évolution graduelle du film vers l'horreur, mais aussi l'histoire qui sert de fil rouge: car une fois toutes les sous-intrigues passées, ce fil conducteur (dû à Basil Dearden) se mue en une intrigue encore plus folle que les autres...

Le sketch le plus léger (The golfers story) est celui de Charles Crichton, mais il possède un petit avantage non négligeable, en faisant revenir ensemble les deux acteurs de comédie qui nous avaient enchantés dans The lady vanishes, d'Alfred Hitchcock, en fans de cricket (Charters et Caldicott). Leurs deux personnages sont cette fois d'indécrottables joueurs de golf, qui vont se trouver mêlés à une histoire de fantôme traitée avec le flegme le plus Britannique...

Le dernier mot écrit est, inévitablement, une façon comme une autre de décrire ce film assez unique, qui cache quelques trésors en son sein, et qui relance assez efficacement la machine du cinéma anglais là où on l'on ne l'attend justement pas... 

 

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Published by François Massarelli - dans Robert Hamer Boo! Ealing Charles Crichton
6 mai 2024 1 06 /05 /mai /2024 14:49

Peut-on faire plus anglais que ce film? Il est situé dans la campagne anglaise, comprend la narration d'une rivalité entre une compagnie d'autocars (on devrait d'ailleurs plutôt utiliser le terme au singulier), il est beaucoup question de pubs, et patrmi les nombreux personnages passablement obsessionnels, il y a un pasteur tellement passionné de trains qu'il ne pense qu'à ça...

A propos de "ne penser qu'à ça", qu'il me soit permis de dire aux linguistes anglophiles, que la localité de Titfield ne cache absolument aucune pensée cochonne... reprenons: à Titfield, donc, on ferme la gare, car la seule ligne qui y passe n'est plus rentable. Les locaux se désolent, sauf les gérants de la compagnie locale d'autocars évidemment. Certaines personnes décident de réagir, et de contrevenir la récente loi de nationalisation des trains, en recréant la ligne à titre privé. Ils trouvent donc un excentrique local richissime pour la financer, et des volontaires pour conduire la locomotive. Mais évidemment ça ne plaira pas à tout le monde: donc, sabotage, magouilles et inspections obligatoires vont se succéder...

C'est la quintessence d'un style, celui des studios ealing, dont Charles Crichton était l'un des piliers: une combinaison réussie entre des sujets totalement Britanniques, une réalisation attentive aux acteurs, ces derniers qui généralement s'en donnent à coeur joie (Stanley Hollowway, en richissime soiffard, qui paie des tournées générales en permanence parce que ça lui permet de boire sans honte ni remords), et un ton en douceur; pas de vulgarité excessive, et si satire il y a elle est douce. Même Kind hearts and coronets, le film le plus célèbre du studio, avait la politesse de sa grande classe...

Et puis derrière cette Angleterre pastorale, qui semble se recroqueviller sur ses habitudes (un personnage accuse les nouveaux promoteurs d ela ligne d'empêcher le progrès), on a surtout une merveilleuse histoire d'entraide... Bien farfelue comme il se doit. Et puis pour finir, quoi de mieux qu'une histoire de train pour représenter le pays du Trainspotting?

 

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Published by François Massarelli - dans Ealing Charles Crichton Comédie
4 mai 2024 6 04 /05 /mai /2024 09:00

Pendant la seconde guerre mondiale, sur l'île ecossaise de Todday, on fait face à un drame sans précédent, un vrai désastre; une pénurie de whisky... Mais quand un bateau s'échoue le long des côtes, c'est un miracle: il en transportait justement 50 000 caisses... l'armée, représentée par le capitaine Waggett (Basil Radford) a pour mission de protéger la cargaison, mais les villageois ont pour leur part une autre conception des choses...

C'est le premier film d'Alexander Mackendrick, et il s'inscrit fort bien dans le style Ealing, si distincrif: la comédie n'y est jamais jouée à la farce, et toutes proportions gardées,  on sent dans la description de la vie à la dure de cette île des Hébrides, comme un écho d'un autre film dans un cadre similaire, la tragédie en moins: je veux parler de The edge of the world, de Michael Powell, bien sûr.

Mais la comédie de caractères l'emporte, en subtilité bien sûr: outre Basil Radford, absolument parfait en officier Britannique très comme il faut et totalement dépassé par les événements (il faut voir la tête de Radford quand il téléphone à ses supérieurs pour aviser, et qu'il entend un gradé lui demander de lui "garder une caisse"), on appréciera Joan Greenwood en standardiste à marier: avec sa diction si caractéristique, elle vampirise les scènes dans lesquelles elle apparaît... 

 

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Published by François Massarelli - dans Ealing Comédie
3 avril 2022 7 03 /04 /avril /2022 08:42

Une bande de malfaiteurs se fait passer pour un quintet à cordes afin d'aller "répéter" chez une vieille dame qui habite juste à côté de la gare de King's Cross à Londres: leur objectif: attaquer un transport de fonds... Le plan a été conçu dans ses moindres détails, sauf sur un point: Mrs Wilberforce, le chef du gang s'en apercevra bien vite, est en réalité un adversaire redoutable...

Le succès de ce film, production des studios Ealing dont c'est à n'en pas douter l'un des fleurons, s'explique aisément: un cadre parfaitement défini, un casse à accomplir, des personnages aux caractères parfaitement établis, et une solide dose d'excentricité Britannique, qui repose pour une large part sur ses protagonistes, justement: d'un côté, le "Professeur" Marcus (Alec Guiness), ou le loup déguisé en agneau, est un bandit de la pire espèce, qui projette aisément une attitude respectable qui peine à cacher sa duplicité et sa scélératesse... Avec lui, une belle bande de bras cassés, parmi lesquels le "major" (Cecil Parker), un type qui lui aussi a l'air respectable, mais a certainement "vu du pays"; Harry Robinson (Peter Sellers) et son accent cockney, qui fait le dur mais confesse assez facilement qu'il a peur des petites vieilles; "One Round" (Danny Green), boxeur raté que, sans doute, un uppercut bien placé a mis hors jeu et ses neurones avec; enfin, le gangster pur et dur Louis Harvey (Herbert Lom), apparemment le plus dangereux, mais qui semble avoir des réticences en dépit de ce qu'il dit à tout bout de pellicule, à tuer une vieille dame...

Et justement, face à eux, Katie Johnson campe avec génie une octogénaire avec une légère araignée au plafond, qui vit dans sa petite maisons, ses souvenirs, en compagnie de ses perroquets. Elle a deux habitudes: d'une part, celle d'oublier son parapluie partout où elle se rend; d'autre part, celle d'alerter le commissariat local à la moindre occasion, le résultat étant que les policiers la considèrent tous comme atteinte de folie douce, et ne la croient plus... Y compris quand elle vient pour rendre l'argent d'un casse.

La confrontation entre ces gens, le choc historique entre une bande très Londonienne de malfaiteurs ratés et une vieille dame d'un autre âge (qui se souvient de la mort de la Reine Victoria, car la souveraine est décédée justement alors qu'on fêtait le 21e anniversaire de la future Mrs Wilberforce...) et qui elle aussi fait partie d'une redoutable bande: des vieilles dames gâteuses qui font, décidément, très peur aux bandits! 

Mackendrick joue à fond la carte de ce décalage, dans une narration à distance, qui souligne aussi bien le farfelu de la situation, la gentillesse de l'hôtesse, la façon dont ses "musiciens" (qui ne jouent pas plus de violon que moi de la vielle à roue) s'installent chez elle sans jamais y paraître à leur place, et l'avancée méthodique d'un destin qui sera fatal à cinq personnes. Chaque événement est narré comme s'il s'agissait d'un conte, sans aucun drame ni spectaculaire: il y a beau avoir un hold-up et des morts violentes, Mackendrick nous raconte essentiellement l'expérience avec le rythme imposé par une vieille dame un peu fofolle...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Ealing
3 juillet 2016 7 03 /07 /juillet /2016 18:25

Louis Mazzini (Dennis Price) a une vengeance à entreprendre: à cause de sa famille, les D'Ascoyne, sa mère a été chassée pour s'être mariée avec un étranger; elle est morte trop tôt, et seuls 8 D'Ascoyne le séparent du titre de duc... il se lance donc dans une partie de meurtre endiablée... L'idée est-elle d'abord et avant tout de devenir duc, ou de se venger? Il semble que ce soit parfaitement partagé...

Peut-on faire plus Anglais que ce film? Non. La narration part d'une soirée qui devrait être riche en émotion, mais qui nous contée de façon calme et posée: Louis Mazzini d'Ascoyne, 10e Duc de Chalfont, a enfin obtenu ce qu'il cherchait, et il est en prison pour meurtre, attendant patiemment son exécution qui aura lieu le lendemain. On semble beaucoup plus se préoccuper de l'émotion du bourreau (Miles Malleson) qui n'a encore jamais expédié un Duc de vie à trépas, et ne sait trop comment s'adresser à son "client", et par ailleurs, le directeur de la prison (Clive Morton), à la veille de l'embarrassant événement, semble bien triste de perdre un pensionnaire aussi aimable. Mais on laisse Louis Mazzini seul, et il met la dernière main à ses mémoires, ce qui va nous permettre d'assister à la récapitulation de sa vie, à ses meurtres, mais aussi à ses relations avec deux femmes qu'il a aimées passionnément, Lady Edith D'Ascoyne (Valerie Hobson), et la sulfureuse et fatale Sibella (Joan Greenwood)... L'une d'entre elles a d'ailleurs joué un rôle dans sa condamnation...

Le vieux truc de Sacha Guitry (Le roman d'un tricheur), qui consiste à donner une grande importance à une voix off qui prend toute la place, l'image d'un film devenant presque une simple illustration, n'a pas attendu Scorsese et ses Goodfellas pour être reprise. Mais Hamer, contrairement à Guitry, est un cinéaste, et il fait reposer son film sur une narration équilibrée entre la voix off dépassionnée, et des séquences impeccables, parfois dégagées de toute narration off. parfois, l'image suffit même, froidement! C'est une merveille, une sorte de définition de ce que l'humour Anglais peut offrir, un film dans lequel les acteurs ont pris part avec une gourmandise évidente, mais qui ne se verra jamais outre mesure, car... On est vraiment dans la noblesse! On notera bien sur que si Dennis Price porte une grande partie du film sur ses épaules, Alec Guiness qui interprète la famille D'Ascoyne à lui tout seul (A l'exception d'Edith, qui n'est devenue une D'Ascoyne que par mariage), a beaucoup fait pour l'excellente réputation du film...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Ealing