Encore un "Charley Chase" tourné en octobre 1923, Just a minute est une petite merveille de comique, pas du tout répétitif malgré le script: le jour de son mariage, un jeune vendeur d'automobiles doit satisfaire le caprice d'un client qui désire essayer une voiture pour un petit tour, d'abord seul, puis avec son épouse, puis avec son abominable famille. Le temps perdu s'accumule, et comme le client irascible est interprété par la géniale brute Noah Young, on mesure vite la panade dans laquelle Chase se trouve. Le titre se justifie par le fait que la future épouse est délaissée, et de temps à autre, Charley lui glisse, depuis la voiture, cette phrase: just a minute, dear.
Modèle de concision, réalisation très sobre, entièrement centrée sur la situation, et bien sur Chase joue à merveille l'employé qui renâcle un peu, mais va tout faire pour satisfaire son employeur... au prix de son mariage. A propos de mariage, c'est une fois de plus Blanche Mehaffey, sa première leading lady, qui joue le rôle de l'épouse...
C'est le dernier court métrage de deux bobines réalisés par et avec Charley Chase pour Hal Roach, et c'est la fin d'une sacrément belle histoire...
C'est sans doute pour ça que le film a été plutôt soigné, et rempli de petites touches et clin d'yeux qui renvoient au style de ses films. Désormais affichant ses tempes grisonnantes et sa vue défaillante, il y interprète un homme qui raconte à ses collèues de bureau un week-end désastreux, car il l'a passé en compagnie non seulement d eson épouse, mais aussi de sa belle-mère,qui a imposé ses vues...
C'est à la fois très raisonnable avec une intrigue qui ne part pas dans toutes les directions et qui évite l'absurde, mais aussi, la loufiquerie de chaque situation est particulièrement bien établie. Le film repose aussi sur une construction particulièreemnt solide... On y verra notamment le naufrage à froid d'une voiture, l'une des spécialités chez Roach où on était généralement partisan de la vision calme et détachée d'un désastre, que de l'hystérie autour d'une catastrophe...
Et sinon, on verra aussi deux auto-stoppeurs familiers (bein que non-crédités, mais avaient-ils vraiment besoin d'être nommés?), bien que Chase les qualifie d'un cinglant "pour map part, je trouve qu'ils ressemblent à deux voleurs de chevaux"...
L'intrigue concerne une soirée de tirage au sort durant laquelle Chase sort gagnant de façon un peu trop systématique, et la foule finit par en concevoir des soupçons. ...a tel point que la presse s'en fait l'écho le lendemain.
Bien que sorti à la toute fin de son contrat, ce film est l'avant-dernier de Chase pour Roach, et a une bien curieuse histoire... Il a été planifié comme un long métrage de sept bobines, et intégralement tourné, avant que quelqu'un ne décide de le réduire... à 20 minutes. Il ne propose donc que l'ombre de ce qu'il fut, et peut-être le résultat du long métrage était-il désastre? ...Quoi qu'il en soit, le court métrage de deux bobines fonctionne très bien, et on va de toute façon devoir s'en contenter!
C'est évidemment entièrement basé sur le systématisme de la façon dont le sort périvilégie Chase, ou sa famille, voire son patron dans le tirage des lots, organisé par la banque locale dans un type de festivité dont je dois dire que je n'en suis pas familier... C'est le premier film dans lequel Charley Chase exhibe ses tempes argentées, qu'il portera désormais: avec les lunettes qu'il a adoptées depuis le début de la décennie, l'acteur assume désormais son âge... Et paraît d'ailleurs plus âgé que ses 43 ans.
C'est l'un des derniers films de Chase pour Roach, et c'est un chef d'oeuvre... Il est d'ailleurs tentant d'imaginer, même si ce n'est probablement pas le cas, que ce court métrage est resté sur les étagères pendant deux ans, tellement son style et son ton font penser à ce que produisait le studio avant le renforcement du code de production en 1934!
Charley est le mari de Norma (Wilma Cox) qui s'évertue à rester dans le droit chemin d'une morne normalité... Pensant que Charley ne souhaite pas qu'il en fut autrement! Alors que sa mère (Zeffie Tilbury) qui est persuadée que la jeune femme doit provoquer un peu plus son mari l'a habillée d'une robe affriolante (ce qui n'est pas son habitude), Norma a la surprise de constater qu'à son arrivée, Charley la confond avec sa soeur jumelle, Louise, qui est beaucoup plus délurée. Elle décide de jouer le jeu...
A partir de là, c'est un fstival d'allusions et de situations toutes plus scabreuses les unes que les autres, et on n'aura que rarement entendu autant de fois des personnages d'unfilm dire qu'ils "allaient se coucher", avec un sens caché, particulièrement clair pourtant! Le film surfe sur les risques et le soupçon d'un adultère de haut vol, et nous montre une femme d'autant plus entreprenante que c'est l'épouse légitime! Wilma Cox, dans son double (...triple?) rôle, est excellente, le film est sans temps mort, et il atteint facilement l'excellent niveau de What price goofy (1926)...
Un scandale en perspective? Une compagnie d'assurance est engagée dans un mariage annoncé par la presse: celui d'une riche héritière avec un comte européen. Le comte lui donnerait son titre, et l'héritière de son côté partargerait sa fortune potentielle... C'est du moins le plan du père de la belle, mais celle-ci n'est pas d'accord. Charley, employé par la compagnie, est dépéché sur place pour veiller au grain... Et se retrouve embarqué avec l'héritière qui se fait passer pour une détective!
C'est un peu moins du grand n'importe quoi que d'habitude, il y a une ligne de conduite rigoureuse, et bien sûr on a un peu un souvenir de It happened one night en tête. Ca devient particulièrement loufoque quand un shérif (Kewpie Morgan) arrête les deux héros et qu'ils doivent tous deux dormir avec un garde-chiourme respectif, des menottes au poignet...
Andrea Leeds est une excellente partenaire pour Chase, et participe allègrement au déploiement d'energie généralisé de ce film...
Glenn Tryon apprend à conduire et décide de louer une Ford avant de retrouver sa petite amie (Blanche Mehaffey). Il se rend donc dans un garage qui met des voitures à la disposition des clients, dont le patron est Noah Young... Tryon récupère Blanche et arrivera ce qui doit arriver à toute Ford T dans le studio de Hal Roach dans les années 20...
Glenn Tryon n'a jamais vraiment percé dans les crts métrages d'une et deux bobines qu'il a tourné chez Roach, il a fallu attendre qu'il passe chez Universal pour se faire remarquer... Un peu: par exemple dans le formidable Lonesome de Paul Fejos. Un film de long métrage qui rejoint au moins celui-ci sur un point, le personnage principal est un Monsieur Tout-le-monde, qui n'aspire pas comme le ferait Harold Lloyd à beaucoup mieu et l'obtient encore moins, ou qui nest pas déjà arrivé comme souvent Charley Chase, qui a souvent joué les numéros deux dans ses courts métrages!
Mais Tryon avait quand même un tempérament comique, et plus qu'un visage, il avait une trogne. On comprend qu'il ait été tentant de vouloir construire un univers burlesque autour de lui! Mais pour ce qui est de la Ford T, c'est sans appel, elle finira en poussière, comme dans les films de Laurel et Hardy...
Pour entamer sa dernière année chez Hal Roach, Chase réalise un premier court métrage particulièrement étrange... Il y joue avec un concept totalement idiot, dont il fait le centre du sujet. Et il y retrouve notre vieil ami James Finlayson, en psychiatre qui commence le film en recevant un médaille du meilleur menteur... Egalement présente est Joyce Compton, qui joue la petite amie momentanée.
Chase est donc venu consulter car il a un problème! Parfois, le temps s'arrpete autour de lui, ou du moins les actions se figent, mais la communication continue... Et elle prend le plus souvent une tournue inattendue. Mais il est le seul à s'en apercevoir, reprochant continuellement à son entourage des conversations que personne ne se rappelle avoir eues avec lui...
Bizarre, et difficile à raconter donc, le film tourne autour d'arrêts brusques sur image, durant lesquels les dialogues ne s'interrompent pas, et c'est du grand n'importe quoi dans son développement... Bref: tout est normal, quoi.
"Farfelu (Adj.): bizarre, extravagant, fantasque", nous dit-on. C'est presque raisonnable, tout ça, au regard de ce film qui constitue sans doute une remarquable synthèse de l'art du court métrage de deux bobines selon Charley Chase dans ces années 30...
Car en effet, c'est même franchement loufoque. Un fou (Edwin Maxwell) s'échappe d'un asile, ne sachant pas qu'il va enclencher une série d'événements qui conduiront à la rencontre de Charley Chase et Joyce Compton, une rencontre pleine de surprises, et charmante pour ne pas dire poétique; autre conséquence de cette évasion, Chase va par amour devenir... hanteur professionnel. Fantôme, quoi. Il va aussi utiliser un mystérieux objet qui semble être une chaise invisible, et hanter une maison, et même: si j'ai bien compris le film, il va être payé pour ça...
La tentation, de puis ses années passées chez Sennett, Billy West puis Roach, ne l'a jamais quitté, de provilégier sur la raison, le grand n'importe quoi, pour y lâcher son personnage si bien comme il faut, mais tellement soucieux de bien faire que si on l'engage pour hanter une maison, eh bien... il le fait.
Pour finir, on se souvient du court métrage Laughing Gravy, avec Laurel et hardy: en voici la vedette, ...Le chien Laughing Gravy:
Charley (qui néglige pour une fois ses lunettes, tiens donc) a un rêve depuis toujours: se rendre au Ritz pour y dîner. Il a économisé, a loué un smoking et se rend triomphalement à l'hôtel select, mais un événement imprévu va gâcher la soirée: il aperçoit une jeune et jolie inconnue (Joyce Compton), venue en compagnie de son père (James Finlayson) et d'un prétendant (acteur non identifié). Subjugué par la jeune femme, il se trompe de billet à donner en pourboire au portier, et commence donc un dîner fastueux sans savoir que l'unique billet qu'il a sur lui est en fait un billet de $1...
A la fin du repas, au moment de la révélation il lui faut accepter l'humiliation d ela réparation, il devient donc "François", un garçon du Ritz, et pas des plus doués. Ce qui complique sa tâche pour apprcher la jeune femme...
Le titre, il me semble, est plus une allusion au film Manhattan Melodrama (Woody Van Dyke, 1934) qu'au Monkey Business (Norman Z. McLeod, 1931) des frères Marx; ce dernier était sans doute un peu relégué au passé, alors que l'autre était un énorme succès certainement encore dans toutes les mémoires, et consacrait aussi bien William Powell et Myrna Loy, que Clark Gable. Le titre, dans ces petites comédies, est souvent le principal lien avec l'actualité cinématographique, dans la mesure où les intrigues ne suivent pas.
Mais on retient quand même l'enjeu du glamour du Ritz qui devient l'axe par lequel Charley, un jeune homme modeste, effectue une sorte de transgression, en se rendant dans un lieu normalement réservé aux riches. Il y retrouve Joyce Compton et son père James Finlayson qui en dépit de son accent légèrement Ecossais (on ne se refait pas) est un cow-boy patenté, donc pas du tout approprié dans les lieux, et un sale type qui est un prétendant, certes, mais qui prétend aussi être de la haute, ce qu'un gag assez hilarant révélera comme une tricherie.
Et Chase, lâché sans le sou dans un endroit dont les codes sociaux de pardonnent pas, et enchaînant bourde sur bourde, et aussi James Finlayson dans un film de Charley Chase? Ca suffit à mon bonheur...
Topper? C'est un banquier (Roland young) marié à une héritière-bien-comme-il-faut (Billie Burke) qui aimerait tant que son mari soit un peu plus sophistiqué, et qui lui monitore tous les aspects de sa vie: par exemple, le dimanche, on mange de l'agneau... Bref, Topper, qui est raisonnable, avec un métier raisonnable, une vie raisonnable, et une épouse raisonnable, aimerait tant un peu de fantaisie...
Les Kerby, en revanche... George (Cary Grant) est un riche actionnaire de la banque Topper, et donc il se permet tout ce qu'il veut. Son épouse Marion (Constance Bennett) l'assiste allègrement dans une vie dissolue, un parcours de fêtards décidés à ç=tout tenter, tout le temps... Bref, un couple déraisonnable. Et pourtant...
Topper, clairement, a un faible plus que prononcé pour Marion, qui adore le faire tourner en bourrique. Alors quand George et Marion meurent dans un accident de la route (qu'ils ont bien cherché par leur inconséquence), ils ne peuvent que revenir hanter leur pauvre ami Topper.
C'est l'une des premières screwball comedies, contemporaine de l'ineffable Bringing up baby, et force est de constater que Cary Grant y est totalement à son aise, même si son rôle reste quand même limité. Disons qu'il y est à la lisière entre personnage principal et personnage secondaire: il est d'ailleurs crédité en deuxième position... C'est une production Hal Roach, car le producteur sentait bien avec le succès des longs métrages Laurel et Hardy que le marché des courts métrages, qui avait fait son studio et sur lequel il basait son modèle économioque, était en train de mourir. Donc Topper est une étape importante vers une tentation de respectabilité, d'où une durée assez longue, ce qui est très rare dans le studio Roach. Comme les autres films du studio à cette période, la distribution en a été assurée par la MGM...
C'est gentiment loufoque, ou loufoquement gentil, c'est selon; on voit bien qu'il esxiste un genre à part entière, la comédie de fantômes, dont ce film (avant le Fantôme à vendre de René Clair) serait en quelque sorte exemplaire: le sel y repose sur l'absurdité de la situation (Topper étant la dernière personne qu'on imagine avec une vie intérieure, le voir constamment dans l'embarras face à des fantômes invisibles est le principal ressort du film, en particulier quand celui qui assiste à la scène est Eugene Pallette) bien plus que sur une quelconque épouvante. Le film ne joue jamais la carte du fantastique pour faire peur, mais utilise à fond l'idée que le couple des Kerby, étant déjà passé de vie à trépas, on pouvait sans trop craindre la censure les représenter dans toute leur malice et leur amoralité... Et les Kerby vont incarner d'une certaine manière les mauvais instincts de Topper.
Quant à ce bon McLeod, il a toujours été un fidèle exécutant, adroit sinon doué, et était pluôt à l'aise dans la comédie. Quand comme c'est le cas ici, il disposait d'acteurs particulièrement doués, il faisait un excellent boulot. Mais soyons quand même clairs: LE film de la screwball comedy (un genre, après tout, auquel les courts muets de Roach ont énormément préparé), pour les années 30, c'est... Bringing up baby. Définitivement!