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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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3 juillet 2019 3 03 /07 /juillet /2019 10:10

L'homme, dans son environnement: la nature bien sûr, dans The big trail, mais celle-ci peut aussi être hostile: en témoignent les deux faux jumeaux, Objective Burma et Distant drums... Et l'environnement, ça peut être tout autre chose, comme dans The roaring twenties, The strawberry Blonde voire The Bowery: un milieu, un monde même, un univers dans lequel trouver sa place, quitte à remuer ciel et terre (Gentleman Jim, They died with their boots on). Je parlais d'Objective Burma plus haut, et je pense que ce film de guerre est l'une des plus importantes oeuvres de son auteur, sa première occasion de s'intéresser à la guerre du Pacifique. Il ne pouvait qu'y revenir, il l'a fait: Battle cry en est un formidable exemple...

1942: les Etats-Unis sont en guerre, et la jeunesse s'engage. Nous suivons le individus qui composeront un bataillon de Marines, depuis leur voyage en train, jusqu'à l'accomplissement de leur mission. Peu de batailles pourtant, et parfois elles ne sont qu'esquissées. C'est que le film incorpore l'acte guerrier dans un ensemble plus vaste, qui comprend aussi (on a envie de dire et surtout) l'éloignement affectif, mais également le doute, la camaraderie, et l'esprit de corps... 

C'est donc un film choral, dans lequel Wlsh se concentre surtout sur un certain nombre de personnages. Certains restent bien schématiques, mais on peut au moins apprécier de les reconnaître... Cela étant dit, si Walsh ne reste pas trop longtemps sur les deux personnages de Navajos, il a au moins le mérite de rappeler le rôle crucial joué par cette nation indienne durant la seconde guerre mondiale. Il s'est donc concentré sur les personnages de Danny (Tab Hunter), le gendre parfait qui s'encanaille au contact d'une belle dame mariée et éloignée de son mari; Andy (Aldo Ray), le bûcheron fort en gueule, qui fond complètement au contact d'une veuve de guerre qui ne souhaite pas revivre le même calvaire qu'avec la mort de son mari; Huxley (Van Heflin), le gradé qui chapeaute tout ce petit monde avec sévérité mais aussi et surtout une grande humanité. Autour, dans une ambiance joyeuse mais disciplinée, le monde s'agite, et on reconnaîtra les uns et les autres: Joe, le voyou qui va montrer un peu de camaraderie au fur et à mesure de l'avancée du film, Marion l'intellectuel, et Mac, l'officier proche de ses hommes.

Il y a certainement quelques fadaises, et le film n'est ni M.A.S.H., ni un pamphlet antimilitariste. Je pense plutôt qu'il s'agit d'une de ces études en humanité, dont les plus anciens exemples dans la carrière de Walsh remontent à ses films muets: pour ceux qu'on peut encore voir aujourd'hui, Regeneration, le film dans lequel il montrait avec élégance toute une humanité rarement montrée au cinéma, et What price glory? qui montrait l'importance de ce qu'on pourrait appeler "le repos du guerrier"... Il retourne à cette verve, mais sur un mode plus grave, car les temps changent, et la seconde guerre mondiale, pour les Américains de 1955, est une plaie encore béante...

Mais avec le renfort d'une palette superbe de couleurs (Walsh, je pense, est l'un de ceux qui a le mieux utilisé cette tendance à la fois quotidienne et naturaliste du Technicolor et des ses petits cousins, et il le prouve ici une fois de plus), et une première utilisation spectaculairement maîtrisée de l'écran large, et avec une flopée de nouveaux venus souvent doués, il fait des miracles, et nous montre sans trop de fards la vérité quotidienne de ces gamins grandis trop vite, qui doivent devenir un peu plus vieux en cours accélérés sous les balles. Son film évalue ainsi le milieu dans lequel tous ces gamins et les quelques adultes qui les entourent évoluent.

Et ça commence dès la première scènes, à Baltimore où Danny dit adieu à ses parents et sa petite amie: les parents sont divisés, la mère anxieuse de voir son fils partir pour la guerre, et son père qui lâche un laconique 'I'm proud of you, son'. Ils sont, finalement, tous les deux un peu à côté de la plaque. Danny et les autres viennent d'entrer dans la vie, et dans une expérience qui les définira, et les marquera à tout jamais. On a beau attendre, avec les soldats, les batailles du début à la fin du film, celui-ci se déroule sans nous lâcher...

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh