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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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12 juin 2022 7 12 /06 /juin /2022 18:12

Le jeune et entreprenant Johnny Case (Cary Grant) a rencontré durant ses vacances une jeune femme, et c'est le coup de foudre: ce qu'il ne sait en revanche pas, c'est que Julia Seton (Doris Nolan) fait partie d'une des familles les plus établies de la haute finance New Yorkaise: pour être accepté dans la famille, il faudra non seulement vaincre les réticences face à sa basse extraction, mais il lui faudra sans doute aussi compromettre ses idéaux en devenant un gendre parfait, impliqué dans les affaires familiales... Johnny peut compter sur Linda (Katharine Hepburn), la grande soeur de Julia qui se définit elle-même comme le vilain petit canard de la troupe, pour l'aider à voir clair dans une situation complexe.

C'est le troisième des quatre films ensemble tournés par Hepburn et Grant, et le deuxième des trois d'entre eux qui soit une réalisation de George Cukor. ce dernier n'est pas le premier adaptateur de la pièce de Philip Barry, mais sa version est sans aucun doute définitive... En confiant les rôles aux deux comédiens qui étaient si naturellement complémentaires, les étincelles étaient garanties, même si on surnommait encore Hepburn "box-office poison" à l'époque! Cary Grant est présent dès le départ, mais l'arrivée de sa partenaire est retardé jusqu'à une scène d'anthologie: Johnny découvre, guidé par Julia, l'immense demeure de sa future belle-famille, et dans une des rares pièces à visage humain, il embrasse celle qu'il pense pouvoir bientôt épouser, quand une porte s'ouvre sur leurs ébats: c'est Linda. A partir de là, le feu d'artifice peut commencer...

La maison, extravagante de par sa taille et son luxe (des ascenseurs partout, d'immenses salons et des chambres qui doivent être aussi grandes que Grand Central Station), est un lieu parfait pour parler des vicissitudes de la mobilité sociale, certes l'un des thèmes du film (Julia est absolument persuadée, et pourtant totalement d'accord, que Johnny l'épouse pour son argent), mais il permet aussi à Cukor de différencier les espaces de la plus belle des manières, en définissant notamment l'univers partagé de Linda et de son frère Ned, celui qui a fini par sombrer dans l'alcoolisme pour échapper à la pression paternelle: une chambre remplie des souvenirs de leur vie d'enfants, et qui est un merveilleux endroits pour les gens différents: Linda, Ned, Johnny (qui adore faire des acrobaties de cirque, à la... Cary Grant), et les copains de ce dernier, interprétés par les merveilleux Jean Dixon et Edward Everett Horton y sont comme des poissons dans l'eau. Le père Seton, sa fille Julia, et toute la famille de sangsues de la Haute et Bonne Société, beaucoup moins...

En respectant la progression de la pièce, Cukor permet à ses acteurs, en particulier à Katharine Hepburn, de se placer dans une évolution émotionnelle qui fait parfois quitter radicalement la sphère de la "screwball comedy", le film réussissant sans problème à enchainer brillamment les ruptures de ton. Que le film ait été un flop me dépasse, mais il a, à tout prendre, fait une belle carrière de classique. Amplement méritée.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie George Cukor
22 août 2019 4 22 /08 /août /2019 18:12

Avec un film comme celui-ci, sans doute nous faut-il apprendre à aller au-delà des superlatifs, des raccourcis hâtifs et galvaudés, mais aussi d'une certaine tendance actuelle, dangereuse et inquiétante, au révisionnisme, bref, de tout ce qui environne le film le plus important de Selznick. Et on va d'ailleurs commencer par dire qu'on se fout comme de l'an 40, comme on dit, que cette fresque délirante de 3 heures et cinquante minutes ait obtenu l'Oscar du meilleur film pour l'année 1939, entre autres hochets: ça fait un paquet de temps qu'on sait bien que ce n'est pas ça qui fait un bon film. La preuve? ...cette même année, il y avait aussi Stagecoach de John Ford, et pourtant on ne lui a pas donné la statuette...

Non, on va juger le film sur pièces: un film difficile à attribuer, pour commencer, puisque le tournage a commencé, en 1938, par des plans qui sont dans le film, mais qui ont été tournés avant que les acteurs aient été engagés, et avant l'arrivée d'un réalisateur. Et quel réalisateur, d'ailleurs? On sait que George Cukor a commencé le film, ce qui déplaisait à Clark Gable, donc il a fallu le remplacer par Victor Fleming. Mais au moment où Cukor a été congédié, Fleming était occupé par un boulot prenant (finir sa participation à The Wizard of Oz!) donc l'intérim a été assuré par Sam Wood pour trois semaines, avant que Fleming puisse faire son entrée sur le plateau. Alors dans ces conditions, pourquoi lui attribuer le film? Eh bien, d'une part parce que c'est un crédit officiel; ensuite parce qu'ayant fini le film, il est celui qui l'a porté sur les fonds baptismaux; enfin, parce qu'il est évident (historiquement comme devant le film fini) qu'il en a dirigé une portion significative... Remarquez, il est estimé que Cukor aurait tourné à peu près 35 ou 40% du film tel qu'on peut le voir aujourd'hui. Si on en attribue 50% à Fleming, il reste 15% à partager entre Wood, Selznick et quiconque a mis la main à la pâte, on connait la propension du producteur pour diviser le travail dans l'intérêt d'un film... Et puis le résultat, portant aussi bien la marque de Cukor que celle de Fleming, est sans doute la meilleure des justifications: c'est un chef d'oeuvre, non?

En 1860, sur la plantation des O'Hara, les esprits sont chauffés: d'un côté la jeune Scarlett ne rêve que d'amourettes avec son beau voisin Ashley Wilkes (en dépit des rumeurs alarmantes d'un mariage qui s'effectuerait entre ce dernier et sa cousine Melanie), pendant que les hommes ne parlent que de l'inévitable guerre qui s'annonce... Très vite, les choses se précipitent, et une civilisation construite sur la dureté de l'esclavage et la douceur de la météo, s'apprête à être emportée par le vent, pendant que Scarlett O'Hara va devenir adulte en faisant toujours bien attention à mettre ses affaires et sa survie devant tout: les convenances, le bien-être des autres, et la politique... Se mariant trois fois, toujours avec la pensée de moins en moins secrète qu'un jour Ashley pourrait bien être l'heureux élu...

C'est bien plus que l'histoire d'un égoïsme, car ce qui tient le spectateur en haleine durant quatre heures ou presque, est plutôt la confrontation enetre les êtres, qui vont tous par deux dans des combinaisons différentes: Scarlett et Ashley, son amoureux tellement idéalisé qu'il ne sait plus très bien lui-même où il en est, Scarlett et son ennemie intime Melanie qui semble autant digne et honorable que Scarlett est frivole, et enfin - et surtout, devrait-on dire - Scarlett la terrienne et Rhett Butler le visionnaire, qui vont finir par s'allier, et même s'aimer... Mais pas en même temps. Le film est une époustouflante galerie de portraits, certes centrée autour de la figure flamboyante de Scarlett O'Hara, une héroïne fascinante parce qu'elle n'est pas forcément de celles qu'on aime, mais ses motivations sont claires, et tangibles: un trait du film qui le rapproche des séries d'aujourd'hui...

Et parmi ces personnages qui ont tous le temps d'exister (la liste serait longue, mais allez voir le film, vous verrez) et qui sont servis par des prestations de l'un des plus beaux castings de l'histoire du cinéma (Vivien Leigh, Leslie Howard, Clark Gable, Hattie McDaniel, Thomas Mitchell, Harry Davenport, Jane Darwell, Ward Bond, Laura Hope Crews...), il y a une prestation que je trouve absolument essentielle, et qui donne probablement tout son sens au film: Olivia de Havilland, "prêtée" par Warner à Selznick, savait-elle qu'elle avait le meilleur rôle du film? Celui de la douce, tendre, sage, fidèle Melanie, parangon du sacrifice et femme modèle, qui sert du début à la fin de repoussoir, de défouloir, de contre-exemple à cette peste égocentrique de Scarlett O'Hara. Choisissant de la jouer d'une façon frontale, Miss de Havilland dont on connaît le talent, et qui a quelques années plus tard donné toute la mesure de son grand art en se spécialisant dans les rôles ambigus, a joué Melanie de manière à ce qu'elle offre plusieurs grilles de lectures. Derrière la façade (brave, religieuse, fidèle à son mari, dévouée à la cause du Sud comme à sa belle-soeur, allant jusqu'à prendre la défense de cette dernière quand le tout Atlanta se met à exploser en rumeurs, par ailleurs fondées, sur elle et Ashley), il y a plusieurs Melanie possibles. Fières, se sachant gagnante quand elle garde son sang-froid, victorieuse par KO sur l'intrigante Scarlett quant à l'opinion publique? Melanie en femme du Sud a appris la valeur de cacher ses sentiments profonds, elle partira en demandant, de façon là encore ambiguë, à Scarlett, de faire attention aussi bien à Ashley qu'à Rhett... Rhett, qui a passé le film a chanter les louanges de Melanie, et dont la maîtresse Belle Watling ne jure d'ailleurs que par Melanie Hamilton Wilkes. Loin de moi l'idée de vouloir nécessairement faire passer Olivia de Havilland devant Viven Leigh, dont la prestation est mémorable, mais je suis juste en train d'émettre une préférence.

Mais comme je le disais, cette histoire tient la route en effet, grâce aussi à une intrigue historique, une tourmente qui était du genre à inspirer le cinéma: quels qu'en soient les réalisateurs, le film accumule les séquences qui sont autant d'exploits, dans un souffle constamment renouvelé: la construction en deux parties est d'ailleurs exemplaire, et nous permet de prendre du plaisir à tant de grands moments... Plastiquement, c'est aussi une fête, qui a fait dire à beaucoup d'ignares que la couleur avait été inventée en 1939! Une intrigue qui rappelons-le, est basée sur une guerre fameuse pour sa pyrotechnie, et le nombre de ses morts, ce qu'un plan célèbre entre tous nous rappelle opportunément, un plan qu'on peut sans aucun problème attribuer à Semznick lui-même: venue à Atlanta pour chercher le Dr Meade, car Melanie va accoucher, Scarlett se retrouve au milieu d'un mouroir, jonché de soldats blessés, mourants ou morts: la caméra recule et s'élève, jusqu'à cadrer un drapeau Sudiste bien mal en point...

Et c'est là qu'il va falloir taper du poing: certes, on tiquera dans ce film, sur le comportement de toutes ces feignasses de blancs du Sud devant ceux qu'ils appellent les "Darkies", mais force est de constater que le film joue la carte d'un recentrage surtout si on en croit la réputation de racisme délirant de Margaret Mitchell, auteure du roman adapté. Ca et là, des allusions à un comportement décent (Ashley parle du fait qu'il aurait de toute façon affranchi les esclaves en prenant possession du domaine de ses parents, même sans la victoire du Nord), des personnages qui offrent une perspective au-delà de l'esclavage (Mammy, interprétée par la géniale Hattie McDaniel), et replacent les rapports entre maîtres et esclaves dans un contexte moins marqué. Bien sûr, que c'est un petit arrangement avec la vérité, mais le fait est que le film n'est pas une leçon d'histoire. De la même manière, s'il est évident pour la personne informée que la réunion de Sudistes qui se lancent à un moment dans une expédition punitive a tout d'une allusion au KKK pour qui sait lire entre les lignes, il n'en reste pas moins que dans le film, les Sudistes en question en ont après les blancs nordistes. 

Dans ces conditions, on ne peut déplorer (surtout dans le climat actuel, où le premier Donald Trump venu, ou le premier Eric Zemmour, ou Renaud Camus, ou Michel Onfray, la liste serait longue, peut se permettre d'aller sur les médias dire des horreurs qui sont autant d'appels à la haine), que le film subisse aujourd'hui une mise à l'index, ayant été déprogrammé pour son racisme supposé. Je pense que si on met Gone with the wind à la poubelle, il va falloir élargir le dépotoir, parce qu'il va y avoir du déchet! C'est en phase avec une époque où l'homo sapiens admet qu'il ne connaît ni son istoire, ni son patrimoine culturel... C'est grave, et c'est bien sûr à rapprocher de récentes censures concernant Lillian Gish ou encore Buster Keaton: ce dernier avait représenté dans un rêve de The playhouse un numéro de music hall qui le voyait se représenter en blackface, selon les règles du music hall de 1922. Le film a lui aussi été déprogrammé pour son contenu politiquement incorrect! Quant à Miss Gish, une décision a été prise de retirer son nom du frontispice d'un cinéma, en raison de son appartenance au casting de The Birth of a Nation, film certes raciste (et d'ailleurs, Miss Gish, que je vénère en tant qu'artiste, était elle-même franchement très rétrograde sur les questions ethniques, mais ce n'est pas une raison)... La seule solution pour pouvoir sereinement affronter le futur est de connaître le passé, ses artefacts, bref, notre histoire. Et Gone with the wind, film phénomène, en fait partie à 100%... Et quel plaisir il nous donne, ce film de 80 ans!

 

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Published by François Massarelli - dans Victor Fleming George Cukor Olivia de Havilland
9 août 2019 5 09 /08 /août /2019 15:53

C'est devenu tellement banal d'entendre que ce film est le sommet de la carrière de Greta Garbo, qu'on se le prend inévitablement en pleine figure! Le choix de George Cukor pour la diriger, et traiter ce qui aurait pu, dans la prude Amérique Hollywoodienne de la fin des années 30, déboucher sur un parfum de scandale et de provocation, est magistral: le réalisateur, prenant le parti de tout centrer sur le point de vue de Marguerite Gautier, ou autour de son personnage, en fait un drame d'amour fou, à l'abri des écueils...

Nous assistons donc à la rencontre, due au hasard, entre la courtisane Marguerite Gautier (Greta Garbo) et le jeune Armand Duval (Robert Taylor), un inconnu qui est pourtant un fervent amoureux depuis longtemps. Il sait tout sur elle, et elle ne niera pas, pas plus qu'elle ne pourra cacher longtemps qu'elle est entretenue par un noble possessif, jaloux et tatillon, le baron de Varville (Henry Daniell). Rongée par la tuberculose (qui n'est JAMAIS nommée dans le film), rendue par l'environnement d'Armand (son père, un rôle formidable pour Lionel Barrymore) incapable de rester plus longtemps avec lui, Marguerite va se consumer d'amour, sous l'indifférence atroce et coupable de son milieu: les femmes de petite vertu qui continuent de s'affairer sans remarquer que la maladie qui frappe Marguerite, n'a rien d'un caprice de diva...

Le film est la plus belle adaptation du roman de Dumas (fils), et effectivement un rôle en or pour Garbo. La façon dont Cukor a conçu tout le film autour d'elle est impressionnante, et le film brille en plus par son interprétation, comme tous les films du cinéaste du reste... Cukor a privilégié comme il le faisait souvent, une interprétation en continu, en utilisant des plans d'ensemble dans lesquels les gros plans de l'actrice viennent préciser, affûter le point de vue. Et le naturel avec lequel Garbo et Taylor jouent l'amour fou nous font parfois rêver d'une interprétation Borzagienne, mais justement ce qui tranche sur les délires sublimes du metteur en scène de Three comrades (dont le destin des amants est si proche de celui d'Armand et Marguerite), c'est le fait que Cukor, qui a constamment recours à de superbes ruptures de ton, réussit toujours, paradoxalement, à rester sur terre... Comme il avait réussi à le faire dans le Romeo and Juliet de1936, et comme il allait continuer à le faire dans plus d'un drame et plus d'une comédie.

 

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Published by François Massarelli - dans George Cukor Greta Garbo
8 août 2019 4 08 /08 /août /2019 16:47

La Warner avait frappé un grand coup en 1935 avec la sortie de son Midsummer night's dream, co-réalisé par max Reinhardt et William Dieterle, il était inévitable que le prestige que le studio de Burbank avait retiré de l'opération, sans parler du succès du film, a donné des idées à plus d'un studio. La MGM, supposée être à la pointe des productions de prestige, ne pouvait que tenter le défi...

Peut-on faire du cinéma avec Romeo and Juliet, pièce cruciale de Shakespeare, et le faire bien? On a évidemment peur du théâtre filmé, à juste titre, et le drame de Vérone ne pouvait que difficilement pousser un studio de 1936 à être créatif. D'où un certain nombre de parti-pris: d'une part, le film est clairement situé à Vérone, dont u certain nombre de truquages vont reproduire l'espace, à défaut de pouvoir y tourner. L'époque choisie est celle de la pièce... Deux, le texte a été amputé du cinquième environ, mais avec soin. Ont été enlevé des moments de calme entre les actes, de comique pas justifié, et les adresses au public. Trois, le montage est exceptionnel, fouillant dans les visages, et en ce qui concerne l'héroïne, magnifiant le jeu de Norma Shearer...

Car Cukor aime s'entourer, et a choisi son camp. Entre le jeune gaillard déluré qui tombe amoureux d'une étoile filante, et la jeune vierge qui se prend la passion en pleine figure à ses premières amours, il n'a pas hésité une seconde, et c'est devenu Juliet and Romeo... La prestation de Norma Shearer, forcément, est exceptionnelle, et on oublie assez vite, seule concession au théâtre, qu'elle a dépassé depuis longtemps l'âge du rôle. Elle est secondée à merveille: Leslie Howard est excellent en Romeo, et John Barrymore, C. Aubrey Smith, Basil Rathbone ou encore Edna May Oliver ne pouvaient pas se tromper. Tous prennent un plaisir immense à dire le texte sacré, et Cukor garde le naturel de chacun en surveillance. Y compris Barrymore, qui de toute façon joue un fieffé gredin, coureur et buveur: naturel, vous dis-je.

C'est un modèle de théâtre adapté avec intelligence, et ça inaugure une phase brillante de la carrière de Cukor, au plus près, désormais, de ses actrices et de ses héroïnes, qu'elles soient Katharine Hepburn, Judy Garland, Greta Garbo, ou... Norma Shearer.

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Published by François Massarelli - dans George Cukor Shakespeare
2 août 2019 5 02 /08 /août /2019 17:00

Ce film produit par Pandro S. Berman pour la RKO était un projet très cher au coeur de Cukor, et en dépit de l'implication forte (et souvent constructive) de Berman, il y a contrôlé l'essentiel. C'est un classique, mais il n'en a pas toujours été ainsi, puisque ce fut aussi le plus grand désastre de la carrière de sa star principale, et que le film a failli faire beaucoup de mal non seulement à Kate Hepburn, mais aussi à Cary Grant et à Cukor lui-même, qui a ensuite eu une assez longue période à réaliser des films en exclusivité pour la MGM, sans doute pour expier sa faute!

Henry Scarlett et sa fille Sylvia, deux Anglais bohèmes (Edmund Gwenn et Katharine Hepburn) qui vivent à Marseille doivent rentrer en Angleterre pour vivre, car si la maman de Sylvia récemment décédée les faisait vivre, Henry et ses combines ont plutôt tendance à n'amener que des ennuis. Pour brouiller les pistes (Henry doit de l'argent, et risque la prison), Sylvia se déguise en homme, et sera désormais Sylvester. Sur le bateau, Henry se vante auprès d'un passager cockney un brin envahissant mais amical, Jimmy Monkley (Cary Grant), de passer de la dentelle en douce: il est dénoncé par Monkley, une combine qui lui permet de passer de la marchandise en contrebande sans se faire attraper puisqu'il collabore avec la police. Néanmoins, Henry et "Sylvester" vont quand même faire affaire avec lui, et les trois se lancent dans une série d'escroqueries minables...

Cukor, après tout, sortait d'une adaptation plus que réussie de Dickens, et l'esprit de l'écrivain Anglais ne l'avait pas tout à fait quitté! Il s'est lancé avec passion dans cette étrange comédie, à nulle autre pareille... Le ton est souvent léger, énergique même grâce à l'alchimie entre Cary Grant (dont c'est à mon avis le premier vrai rôle de comédie, et il s'en satisfait très bien!) et Katharine Hepburn. Le décor (les routes de campagne d'une Angleterre de pacotille, principalement, et ses bords de mer filmés sur le Pacifique) est inhabituel, les personnages (ces escrocs à la petite semaine qui s'amusent à devenir de pires comédiens) tout est différent... mais évidemment, ce qui l'emporte aujourd'hui, ce sont les lectures qu'on peut faire de ce qui arrive à Sylvia-Sylvester, de ce costume qui va finalement lui faire prendre conscience de sa féminité, et de la façon dont les hommes qui l'entourent accepteront au final son changement de sexe sans sourciller.

Un petit frisson d'interdit, léger mais tenace, flotte sur ce film, aux changements de ton particulièrement notables: commençant comme un mélodrame à la limite de la parodie (Patrick Brion avance l'hypothèse que le prologue qui parle de la mort de Mrs Scarlett ait été imposé par la production, et Cukor n'était pas content), le film se mue en comédie picaresque, avant de bifurquer, après un passage dramatique, vers un marivaudage salutaire qui n'est pas sans annoncer le genre balbutiant de la screwball comedy...

 

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Published by François Massarelli - dans George Cukor Comédie
27 juillet 2019 6 27 /07 /juillet /2019 17:06

Avec ce film, Cukor s'installe fermement dans l'organisation de la MGM, et se voit confier un film d'une extraordinaire importance... C'est son troisième film pour le studio, mais il s'est précédemment (Dinner at eight) montré digne de la confiance de Mayer... Et il va devenir incontournable pour les adaptations littéraires prestigieuses (Little women, pour la RKO en 1933). Et c'est bien de ça qu'il s'agit, car toutes proportions gardées, ce que David Selznick, producteur du film, veut obtenir avec son Copperfield, c'est la crème de l'adaptation de Dickens. D'où l'impression évidente que l'on n'a pas lésiné sur les moyens...

Et sur les stars, cela va sans dire: si Copperfield adulte est un inconnu (Frank Lawton), le personnage enfant est interprété par Freddie Bartholomew, déjà un vétéran à l'âge de 10 ans, il a participé en Grande-Bretagne à 4 films, et son interprétation est formidable. Autour de lui, on reconnaîtra Maureen O'Sullivan, Edna May Oliver, Lewis Stone, Elizabeth Allan, Una O'Connor, Basil Rathbone, Roland Young et bien sûr W.C. Fields, dans le rôle de la sympathique fripouille Wilkins Micawber...

On connaît l'intrigue, cette histoire d'un orphelin qui grandit dans l'adversité pour prendre la revanche sur la vie grâce à l'affection d'une poignée d'amis, et qui va laver par sa rigueur et sa morale (sans parler de son indécrottable sentimentalisme) le sentiment de péché laissé par le mariage de son père avec une jeune femme que sa famille n'approuvait pas... Comme on est chez Dickens, le sadisme des contrariétés qui s'accumulent (mort des êtres aimés les uns à la suite des autres, misère, difficultés de tous ordres) ne s'arrête qu'avec le mot fin, mais qu'importe: ce qui est réussi dans le film, comme dans le livre, c'est cette accumulation de personnages qui prennent paradoxalement leur vérité dans l'excès de leur caractérisation. Certains sont tellement fabuleux qu'ils valent à eux seuls le prix du ticket (et c'est un passe familial...): Edna May Oliver, impétueuse tante un rien rigoureuse, qui va devenir plus tendre au fur et à mesure, est d'ailleurs la première personne qu'on verra dans le film, et bénéficie d'une accélération inattendue du défilement de la pellicule; Fields est à son aise dans le rôle ambigu mais foncièrement sympathique de Micawber; Lionel Barrymore interprète un vieux pêcheur comme quelqu'un qui l'a fait toute sa vie, ce qui n'est pas loin de la vérité; enfin, on appréciera à sa juste valeur Roland Young si souvent préposé aux nobles anglais sans histoires, qui joue ici le maître hypocrite Uriah Heep, avec génie...

Cukor continue à imprimer sa marque, parfois bavarde mais quand les dialogues son excellents, on rend les armes...

 

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Published by François Massarelli - dans George Cukor
25 juillet 2019 4 25 /07 /juillet /2019 09:56

Le film qui inaugure la carrière de Cukor à la MGM n'est pas une franche comédie, ce serait trop simple. Par contre, c'est de toute évidence un film de prestige, une sorte de Grand Hotel II après le carton du film-mammouth de Edmund Goulding qui osait rassembler une pléiade de stars dans le décor d'un palace, et a obtenu un succès phénoménal en retour. La formule avait du bon, la MGM s'est donc empressée de trouver le moyen de recommencer...

La pièce de Edna Ferber et George Kaufman a été adaptée, entre autres, par la plume acerbe de Herman Mankiewicz (celui dont son frère Joe a toujours dit "le génie, c'est lui"), et ça se sent. Plutôt qu'un lieu commun à tous les personnages, cette histoire qui en combine plusieurs nous conte les quelques jours qui précède un dîner où se retrouveront les personnages...

Oliver Jordan (Lionel Barrymore) est un armateur fini, raboté par la crise, et qui découvre à la faveur d'évanouissements répétés que son coeur est arrivé au bout de sa course. Son épouse Millicent (Billie Burke) a tellement pris des habitudes dans la haute société qu'elle ne se rend pas compte, et a décidé d'impressionner en organisant un dîner pour un Britannique de passage (qui ne se déplacera d'ailleurs même pas), quitte à y inviter, pour faire plaisir à son mari, le nouveau riche Dan Packard (Wallace Beery), et son épouse Kit (Jean Harlow), deux Américains très moyens, épouvantablement vulgaires, mais attirés par le clinquant. Et Dan pense pouvoir utiliser la soirée pour noyer le poisson, car il s'apprête à déposséder Oliver de son entreprise... Egalement invités, le médecin de famille (Edmund Lowe) des Jordan et son épouse (Karen Morley), et ça promet du sport: le bon docteur prodigue ses soins à Mme Packard qui elle lui prodigue ses charmes... Pour donner un peu de brillant à la soirée, Millicent a également invité la grande actrice Carlotta Vance (Marie Dressler), vieille amie de la famille, et un de ses collègues, l'acteur alcoolique (et fini) Larry Renault (John Barrymore). Ce que personne ne sait, c'est que Renault est l'amant de Paula (Madge Evans), la fille des Jordan qui n'a que 19 ans. Renault les a aussi, mais plusieurs fois... Et puis il y a aussi un autre problème: Renault se suicide juste avant le dîner...

Le film oscille constamment entre comédie (au vinaigre, bien sûr) et drame, servi par des performance exceptionnelles: celle de Wallace Beery pour commencer, j'ai un problème sérieux avec le bonhomme, mais c'était un grand acteur. Et ici meilleur que jamais... M'est avis que Cukor s'est mis en tête d'utiliser la personnalité de chaque acteur au maximum, et chaque personnage prend du même coup une vérité impressionnante. Donc oui, le film est bavard, mais c'est un bavardage salutaire... Et le courage de Marie Dressler qui joue quasiment son propre rôle, et celui de John Barrymore qui interprète un acteur has-been, lessivé par le parlant, surnommé "The great profile" (il n'en a qu'un, ajoute-t-on) et devenu alcoolique et consommateur de petites jeunes femmes, a quelque chose de stupéfiant...

Le film en devient presque la naissance à lui tout seul du style de Cukor, cette tendance à constamment confondre la comédie et le drame, derrière une classe de façade, et à croquer avec un talent fou les femmes: qu'elles soient de la génération d'avant celle d'avant (Dressler), parvenue en couchant (Harlow), déconnectée des réalités à force de luxe (Burke, et ses préparatifs névrotiques pour la soirée!), trahie et souffrant en silence (Morley), ou à l'aube d'une vie qu'elle va s'empresser de gâcher (Evans)... L'Amérique de 1933, vue à travers ses femmes.

N'empêche que le meilleur moment du film reste, vers la fin, un échange légendaire entre Harlow et Dressler: 

Harlow: I was reading a book the other day (je lisais un livre, l'autre jour)

Marie Dressler ne dit rien, mais s'arrête d'avancer, médusée...

Dressler: Reading a book?? (un livre??)

Harlow: Yes, it's all about civilisation or something, (...) do you know that the guy said that machinery is going to take the place of every profession? (Oui, un livre sur la civilisation ou quelque chose comme ça... Vous savez que le type disait que les machines vont bientôt replacer toutes les professions?)

Dressler: Oh, my dear, (elle la regarde des pieds à la tête) that's something you need never worry about! (Ma chère vous n'avez aucun raison de vous en inquiéter)

 

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Published by François Massarelli - dans George Cukor Comédie Pre-code
28 avril 2018 6 28 /04 /avril /2018 08:06

Tracy Samantha Lord (Katharine Hepburn) s'apprête à convoler pour la deuxième fois en justes noces, cette fois avec un homme du peuple (John Howard), en quelque sorte: élevé à la force du poignet. Son précédent mari, C.K. Dexter Haven (Cary Grant) n'était pas un homme du peuple, mais il avait le défaut de la décevoir. Etait-ce sa faute à lui, ou, comme Dexter le suppose, à cause de l'intransigeance hautaine de la jeune femme? Afin de répondre à cette question, Dexter débarque la veille du mariage avec deux journalistes qu'il fait passer pour des amis du frère de Tracy: l'écrivain bougon (car pas reconnu à ce qu'il estime être sa juste valeur) Macaulay Connor (James Stewart), et la photographe maussade (d'être constamment flanqué d'un homme qu'elle aime et qui n'a pas fait le moindre commencement de geste en sa direction, en dépit de leur authentique amitié) Liz Imbrie (Ruth Hussey). En quelques heures, la vie de ces gens, de la famille Lord, mais aussi le mariage vont être secoués, pour ne pas dire bouleversés...

Tout tourne autour de Tracy, tout revient à Tracy. Elle est le fil rouge, mais n'est pas non plus la seule femme à donner du sel à cette intrigue: fidèle à son habitude, Cukor a su donner en peu de scènes un caractère inoubliable à Liz Imbrie, et n'a pas raté non plus les personnages de Dinah (Virginia Weidler), la petite soeur Lord (un peu un ange gardien pour Dexter), et de la mère de Tracy (Mary Nash). Mais le principal intérêt pour le spectateur d'aujourd'hui reste la mécanique combinatoire: Hepburn + Grant; Grant + Stewart; Stewart + Hepburn; et bien sûr, Hepburn + Grant + Stewart. 

Le film est adapté d'une pièce de Philip Barry, qui a eu un énorme succès, et dont le rôle principal était écrit dans le but d'être interprété par Hepburn, justement; celle qui était devenue "Box office poison" selon l'expression consacrée fait donc un remarquable retour à l'écran après quelques années sur les planches, avec ce film qui va enfin changer son image auprès du grand public. On peut émettre l'hypothèse que Kate Hepburn, dans ce film, joue son propre rôle tant la jeune femme de la bonne société du Connecticut se retrouve dans le rôle de Tracy. Il a donc fallu une bonne dose d'auto-pastiche pour interpréter le rôle, dans une intrigue dont tout repose sur un certain nombre d'échanges, et sur le fait qu'en dépit de sa tentative de contrôler toute la situation, Tracy reste évidemment le jouet de Dexter jusqu'au bout.

Le parcours de la jeune 'socialite', ce terme désignant une femme de la bonne société, passe par une interrogation: doit-elle se marier avec l'homme du peuple, bien sous tous rapports, mais qui a tendance à être ennuyeux? le jeune journaliste pourrait-il être le bon? après tout, il a écrit un livre qu'elle trouve fascinant, et il est pétri de caractère, c'est le moins qu'on puisse dire... Ou une troisième solution: même si leurs rapports conjugaux ont fini sur une notoire fausse note (Une séquence entièrement muette nous la présente au tout début du film), elle reste attachée à Dexter, comme le reste de la famille d'ailleurs. Ca fait un paquet de dilemmes, à la veille d'un mariage qui par dessus le marché convoque toute la bonne société de Pennsylvanie.

Cukor y raffine son style: de la comédie qui ne craint pas de laisser les acteurs se débrouiller par eux-mêmes, le réalisateur croyait en leur compétence, et il avait raison; mais le metteur en scène, qui suit de très près ses interprètes, sait aussi dévier en toutes circonstances vers le drame, sans en avoir l'air. C'est comme ça qu'il a réalisé tant de classiques, dont celui-ci est l'un des plus importants. Mais je reste persuadé que la vraie cerise sur le gros gâteau, ici, c'est James Stewart: il est hallucinant.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie George Cukor