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20 février 2020 4 20 /02 /février /2020 16:35

On peut éventuellement se perdre en conjectures sur les deux "longs métrages" tirés d'Intolerance trois ans après sa sortie. Essayer de voir dans quelle mesure ils étaient légitimes, quelle part la simple nécessité de rentrer dans ses frais avait joué dans la décision trois ans après la sortie du très long métrage, d'en découper des bouts pour en faire des histoires indépendantes.

Reste que, à la vue de ce film (et de The mother and the law) qui est une version longue du deuxième épisode le plus important d'Intolerance, force est d'en venir à la conclusion qui s'impose: Griffith savait parfaitement ce qu'il faisait, et il avait prévu pour ces deux histoires les plus importantes, de devoir un jour les rendre indépendantes du long métrage final. Les scènes (assez nombreuses) qui complètent ce film pour l'amener à une heure (sachant que tout ce qui est dans la version "Intolerance" de The fall of Babylon ne figure pas dans cette version!) datent clairement toutes de la même époque que le tournage de 1915-1916! Et tous ces ajouts permettent d'amener le film à un tout autre développement, une tout autre conclusion aussi, que dans le film de 3 heures... Désormais, l'accent est mis sur l'histoire d'amour (eh oui, ici, Constance Talmadge se laisse séduire) entre "la fille des montagnes " et le Rhpasode joué par Elmer Clifton.

Cela étant dit, on ne pourra pas nier que contrairement à The mother and the law, dont la force pamphlétaire reste intacte dans sa version "indépendante" (voire renforcée par la concentration autour d'une seule intrigue), ce long métrage reste anecdotique, paradoxal aussi: ces plans de l'énorme décor délirant, ces figurants littéralement par centaines, la prise de vue en ballon captif... Tout ça pour un plaisant mais anecdotique long métrage de 62 minutes aussi décoratif que vide? ...Il est malaisé de séparer cette Chute de Babylone de sa position de choix dans Intolerance.

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Published by François Massarelli - dans David Wark Griffith Muet 1916 **
29 janvier 2020 3 29 /01 /janvier /2020 17:26

Dans la Russie Tsariste, la jeune paysanne Darya (Viola Dana)vit tranquille avec son père, sa soeur et le fiancé de celle-ci. Tout irait pour le mieux si le pouvoir n'avait pour obsessions de chercher et d'écraser les opposants ainsi que de permettre à ses troupes Cosaques de se défouler en mettant un village à sac de temps à autre. Quand les Cosaques viennent dans son village, Darya sera la seule à ne pas être emportée, grâce à son père qui va la cacher. Mais celui-ci est tué, et la soeur et son fiancé sont arrêtés, puis torturés à mort. Quand la soeur mourante lui est rendue, la jeune femme décide de la venger du préfet de police qui a abusé d'elle et l'a battue à mort... Pour cela, elle va joindre la résistance grâce à un inconnu qu'elle a croisé: danseur à Petrograd, Sergei est aussi un membre de la résistance, galvanisé par la volonté de vengeance de la jeune héroïne...

On est en plein mélodrame, dans l'ancien sens du mot: des péripéties sordides les unes après les autres, des horreurs qui arrivent aux jeunes femmes, pires que la mort, et des rencontres improbables... Et pourtant, entre les mains de Collins, rompu chez Edison à ce type 'exercice, c'est magique: d'une part parce qu'il exige, et obtient de ses acteurs à la fois une adhésion totale aux personnages et à l'histoire, et un jeu subtil; ensuite parce qu'il est toujours très inventif, et trouve dans les bois de l'état de New York, une recréation très poétique d'une Russie éternellement enneigée.

Il multiplie comme de juste les morceaux de bravoure, notamment lorsqu'il s'évertue à pousser le bouchon de la représentation de la torture aussi loin que la censure le lui permettra, sans enfreindre les tabous insupportables. Il joue de l'ellipse inventive avec bonheur, et est un maître redoutable du montage parallèle (les séquences de l'expédition fatale du régiment de cosaques est l'occasion pour lui d'opposer la simplicité des Paysans et la menace qui pèse sur eux, tout en privilégiant toujours le point de vue naïf de la petite Darya. Une série de scènes situées en Angleterre où la jeune femme a fui sont de moindre intérêt, mais le suspense demeure quant à sa volonté de se venger: quand, et où? réponse grandiose, et grinçante, dans ce beau film rescapé, tourné bien entendu avant les deux révolutions, et qui montre sans arrière-pensée une sympathie sans équivoque pour les idéaux démocratiques de ces gens opprimés...

 

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Published by François Massarelli - dans 1916 Muet John H. Collins **
14 décembre 2018 5 14 /12 /décembre /2018 10:40

Ecrit par Julia Crawford Ivers, le film est aujourd'hui crédité au réalisateur Frank Lloyd, mais de plus en plus souvent attribué en réalité à sa scénariste (qui le "signe" dans un intertitre au début): c'est en tout état de cause un solide mélodrame dans lequel Dustin Farnum interprète "à l'ancienne" (avec les poings levés au ciel) le personnage d'un homme du Kentucky qui s'élève, en sortant de sa condition, mais en préservant aussi son identité. Les films qui nous sont parvenus, autour de ce fameux sujet (les "feuds", ou querelles inter-clans, dans les montagnes rocheuses) étant finalement relativement peu nombreux, on se réjouira de la survie de ce petit film du canon...

Les Hollman et les South se détestent, au point d'avoir une longue histoire de meurtres mutuels. Lorsque le film commence, pourtant, un membre du clan des Hollman est tué par un membre des South. Mais lequel? Les Hollman, qui ressortent les fusils, penchent pour Samson South (Dustin Farnum), le pacifique fermier qui aime tant ses collines, au point de les peindre. Il va même partir pour New York y étudier l'art et devenir une sensation. Mais reviendra-t-il au pays, pour y retrouver la petite Sally, qui l'attend avec ferveur?

C'est gentil, naïf, très distrayant, et on y retrouve une attention au détail qui n'est pas forcément toujours si présente dans les films de Lloyd. Cela étant dit, on est quand même en territoire suffisamment connu pour qu'on parle de clichés du genre: coupons la poire en deux. Ce film est probablement une collaboration éclairée entre deux artistes qui s'en sont si bien tirés, que plus d'un siècle après le film est totalement distrayant de bout en bout!

 

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Published by François Massarelli - dans 1916 Muet Frank Lloyd Julia Crawford Ivers **
28 juillet 2018 6 28 /07 /juillet /2018 18:58

Trouvé à Dawson City au milieu de centaines de bobines de film, dans un sale état (parmi lesquelles au moins un autre long métrage Universal avec Lon Chaney réalisé par De Grasse et sorti juste avant celui-ci, If my country should call), il ne manque qu'une bobine à ce film, la première. On prend donc le drame en cours de route, et c'est embêtant car il est quand même assez peu facile à suivre... C'est un mélodrame situé partiellement dans les bois, qui nous montre un homme exilé pour un crime qu'on accepte de comprendre mais pas au point de l'excuser, un père ultra-religieux qui en veut à sa fille (Dorothy Phillips) d'avoir trop de liberté, et on y voit aussi celle-ci se mettre en quête de clés pour améliorer la vie de ses amis.

Et Lon Chaney, quand à lui, a un rôle embarrassant et ambigu, pour une fois sous son vrai visage: il est un métis, et pour une bonne partie du film il serait volontiers le méchant, qui convoite la jeune héroïne. Mais seulement voilà: s'il y a bien un point sur lequel ce film n'est pas clair, c'est le suivant: l'a-t-il, ou ne l'a-t-il pas, violée? Le montage et les conventions nous disent que oui. Le film, explicitement, ne nous dit rien. Mais le comportement de la jeune femme, qui pour finir se rapproche de son tourmenteur, et lui demande de l'aide, nous dit le contraire... 

De toute façon, on est une fois de plus avec ce film, en plein mélodrame, sans grande invention, qui se laisse regarder, mais qui, clairement quand on sait de quoi Lon Chaney est capable, nous laisse sur notre faim. D'ailleurs, il est le meilleur acteur du film.

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Published by François Massarelli - dans Muet Lon Chaney 1916 Film Perdu ** Joseph de Grasse
28 juillet 2018 6 28 /07 /juillet /2018 18:46

Seules trois bobines sur cinq ont survécu de ce film, et encore: pas dans un très bon état. Mais si l'histoire en est morcelée (il en manque en particulier le début, et sans exposition le travail du film sur le spectateur s'en trouve amoindri), il se comprend aisément et se suit sans problème grâce à la reconstitution des fragments manquants par Jon Mirsalis, spécialiste imbattable de Lon Chaney.

Le personnage principal en est une femme, interprétée par Dorothy Phillips: épouse et mère de famille, elle s'émeut de ce que son mari (Frank Wilson) comme son fils (Jack Nelson) puisse un jour déserter le foyer pour répondre à l'appel du drapeau. Et lorsque l'occasion se présente, comme Margaret ne parvient pas à empêcher son mari de partir, elle songe à utiliser un moyen radical pour retenir son fils: son frère, e Dr Ardath (Lon Chaney) a en effet mis au point un produit qui agit sur le coeur, simulant une crise cardiaque: elle décide d'en donner à son fils à son insu, afin de la garder près d'elle...

Comme les autres films de De Grasse que j'ai pu voir, celui-ci est impeccablement mis en scène, profondément mélodramatique et hautement improbable. Mais surtout on y décèle la tendance ambigue du Hollywood des années 10 autour de la première guerre mondiale: partir en Europe? Ne pas partir? Et pourquoi faire? Qu'adviendra-t-il des soldats qui partiront? Ménageant tout le monde, le film apporte plusieurs réponses, et se vautre dans une fin pacifiste qui n'est pas du meilleur goût. Quant à Chaney, il est, drapé dans sa dignité de médecin, l'instrument du destin... Jusqu'à un certain point.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1916 Lon Chaney Film perdu ** Joseph de Grasse
2 juillet 2018 1 02 /07 /juillet /2018 17:40

Nous suivons la vie de Sally Pinkus (Ernst Lubitsch), depuis son renvoi du lycée, jusqu'à son ascension fulgurante dans le monde de la vente de chaussures pour dames. Aidé par ces dernières, par son culot aussi, il va créer l'imposante enseigne qui porte son nom...


Cette comédie en cinq bobines est l'un des premiers films importants de Lubitsch. Sous la farce évidente et appuyée, on trouve une tendance déjà affirmée à faire peser chaque geste, chaque placement maniaque d'appareil... Et des éléments qui se retrouveront dans The shop around the corner sont ici clairement expérimentés, notamment la façon dont un employé peut s'élever pour peu qu'il manque de scrupules, sans pour autant faire de mal à qui que ce soit. Un juste milieu de la débrouille pour grimper les échelons sociaux, quoi. La comédie y est moins germanique (Donc, plus subtile, hein) que dans ses autres farces contemporaines.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1916 Ernst Lubitsch **
2 juillet 2018 1 02 /07 /juillet /2018 17:31

Les films tournés en Allemagne par Ernst Lubitsch entre 1915 et 1922 sont à bien des égards un « tour de chauffe » pour la prestigieuse carrière du metteur en scène aux Etats-Unis. S’ils préfigurent un grand nombre de traits communs à ses films Américains (Un goût assumé pour l’utilisation du vaudeville, une ordonnance maniaque pour la mise en scène et une tendance à la coquinerie), les genres identifiés sont loin de ces comédies douces-amères et de ces films fripons qui feront le sel de son cinéma. 

On distingue des comédies burlesques avec des personnages inspirés de l’univers Juif et Berlinois dans lequel le metteur en scène évoluait, des comédies grotesques, des comédies « montagnardes » (Dont on retrouvera le pendant « dramatique » dans le film de 1928, Eternal love), et quelques films dramatiques ou d’aventure, à très gros budget. Ces derniers n’auront finalement aucune réelle descendance lors de son passage à Hollywood…

Le plus ancien de ces films qui aient été conservés, sous le titre intrigant de Quand j'étais mort, est une comédie de la première catégorie évoquée. Il en reste trois bobines, dont les deux premières ont des sautes de continuité : Dans ce film, Lubitsch joue un homme qui feint d'être mort, pour mieux revenir chez lui, auprès de sa femme que sa belle-mère a monté contre lui. Bien sûr, on est un peu dans la kolossale rigolade, avec une intrigue totalement invraisemblable, mais cette histoire de dissimulation, de déguisement dans un cadre boulevardier est malgré tout annonciatrice de biens des films futurs. A commencer par le choix de Lubitsch de ne tourner qu'en intérieurs, afin de faire des maisons bourgeoises et des salons fréquentés par ses personnages, le cadre réel de son univers. Comme on le sait, c'est une tendance qu'il gardera longtemps...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1916 Ernst Lubitsch **
12 mai 2018 6 12 /05 /mai /2018 18:48

Ce film de cinq bobines produit par la société Triangle est le cinquième de Douglas Fairbanks, son deuxième avec son complice préféré Allan Dwan, sa première contribution à l'écriture d'un film, et son premier western! Ca fait beaucoup pour un seul film, mais The Good Bad Man est suffisamment solide et pétri de qualités pour soutenir le choc... 

Sous le nom de "Passin' through" ("je ne fais que passer"), un bandit mystérieux (Douglas Fairbanks) irrite considérablement les braves gens et la loi des contés de l'ouest: en effet, il ne se comporte même pas comme un bandit: il vole un peu aux braves gens pour redistribuer aux enfants de père inconnu. Et systématiquement, il se contente de très peu, avant de faire des espiègleries. Le hors-la-loi trouve refuge auprès d'une bande de malfrats, sous les ordres de The Wolf" (Sam De Grasse), un monte-en-l'air autrement plus dangereux que notre héros. Il trouve aussi en la jolie Amy (Bessie Love) une cause à défendre, mais doit d'abord régler son problème principal: tuer le mystérieux Bud Frazer, qui a supprimé son père...

Bon, je ne révélerai pas l'identité cachée de Frazer, ce serait mal... D'autant que quiconque a l'habitude des mélodrames du temps du muet l'a déjà facilement trouvée! Ce film est un exemple de ce que faisaient Dwan et Fairbanks ensemble: du cinéma solide, riche en péripéties, mais aussi en liberté absolue, dans des décors fabuleux. Le héros est un personnage typique de Fairbanks: faussement enjoué, hanté par une quête, qui plus est liée à sa propre condition de garçon ayant grandi sans père, comme Douglas Fairbanks lui-même. Ce petit western qui a eu un énorme succès a décidé Douglas a récidiver, et à souvent revenir à la même formule, avec bonheur...

Tout ça est déjà fort intéressant, mais j'ai gardé le meilleur pour la fin: c'est aussi la première fois (Sur trois films en tout) que Fairbanks joue en compagnie de miss Bessie Love, et c'est vraiment la cerise sur le gâteau...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Western Allan Dwan 1916 Douglas Fairbanks **
17 décembre 2017 7 17 /12 /décembre /2017 14:13

Lo Dorman est un métis, comme le titre l'indique ("half-breed") et le film, tourné pourtant la même année que Manhattan madness, His picture in the papers, The mystery of the leaping fish ou d'autres comédies avec Douglas Fairbanks, est un western dramatique, pas éloigné du ton de certains films de William S. Hart avec ses figures de marginaux, rejetés par "les braves gens"... 

Le personnage interprété par Fairbanks est donc le fils d'une indienne Cherokee, qu'elle a eu avec un mystérieux homme blanc, qui a bien sûr abusé d'elle (Il l'a "trahie", comme on disait à l'époque). Cet homme, nous aurons le privilège de le connaître, mais Lo Dorman (Ou Sleeping Water, l'anglicisation du nom Français donné au petit, L'eau Dormante), lui, n'en saura rien. Il vit dans les bois, élevé "comme un homme blanc" par un ermite selon le désir de sa mère qui s'est suicidée après avoir confié son fils. Mais il va surtout grandir au milieu des séquoias, dans la forêt, bien à l'écart de la petite communauté tranquille. Et dès le départ, Dwan se fait lyrique en opposant la nature, merveilleuse, et la ville à travers son lieu le plus emblématique: le saloon... On y joue, on y boit, et la présence de nombreuses femmes assises là, ne laisse aucun doute.

Pourtant, dans cette ville, le pasteur Wynn (Frank Brownlee) s'est installé, bien déterminé à faire revenir les brebis égarées dans le droit chemin. Il nous serait presque sympathique, d'autant q'il prend le taureau par les cornes en allant chercher les pêcheurs là où ils sont. Et s'avisant pendant un service de la présence de Lo Dorman à l'écart, il l'invite à rejoindre la congrégation... Mais il sera aussi le premier à s'offusquer lorsque le métis osera s'afficher aux côtés de Nellie Wynn (Jewel Carmen), la propre fille du pasteur.

Dwan a réservé à Jewel Carmen une impressionnante arrivée de star, bien qu'elle n'est pas vraiment la principale actrice du film: on la voit arriver en gros plan, d'abord sur ses chaussures, puis sur sa robe de Belle du Sud, et enfin sur sa coiffe, avant qu'elle ne relève la tête. Mais cette entrée en matière n'est là que pour annoncer la vanité, voire la suffisance du personnage de péronnelle qui n'aime rien tant que jouer avec ses prétendants... Et avec le feu. Lo Dorman se met au ban de la société parce que lui, le métis, a cru pouvoir développer une amitié avec la belle jeune femme. Et on ne lui pardonne pas d'oser vouloir "sortir de sa race". 

Le film n'est pourtant pas qu'un plaidoyer contre le racisme, on est en 1916, et ça ne se fait pas encore. Lo Dorman trouvera une autre âme soeur, en la présence d'une autre femme, Teresa (Alma Reubens) elle aussi de sang-mêlé, Anglo-Mexicaine cette fois, qui d'ailleurs est impulsive, et plus aventureuse que ne le sera jamais la fille à papa citée plus haut. Quand elle rencontre Lo Dorman, elle est en fuite après avoir poignardé un homme qui l'avait trahie. Mais là où Dwan réussit, c'est dans le fait de nous montrer la division sociale de la petite communauté qui tente d'établir des règles Victoriennes de bonne conduite, tout en pratiquant un ostracisme flagrant, et en confiant par-dessus le marché le bon fonctionnement de la loi à Dunn (Sam De Grasse), un salaud qui a violé une femme.

Oui, c'est le père...

Alors, entre l'hypocrisie de la petite ville en devenir, et la beauté majestueuse des séquoias, comment s'étonner que Lo Dorman, Douglas Fairbanks, ait choisi de rester un homme des bois? Il se condamne à rester à l'écart, flanqué d'une femme qui l'aime sans doute parce qu'elle est bien obligée de se contenter de lui. Le film est très amer, et passe facilement, du début à la fin, du lyrisme naïf associé à Fairbanks (Doux comme un agneau, et aussi dénué de mauvais sentiment qu'un enfant qui vient de naître, il fallait un Douglas pour qu'on puisse y croire!), à l'hypocrisie et au cynisme.

Ce film dur, essentiel dans la longue liste des oeuvres de l'acteur (et qui porte en lui des thèmes très personnels, et qui reviendront souvent, autour de la notion d'illégitimité), est un des produits de la pêche miraculeuse de Dawson City, dans les années 70, lorsqu'on a retrouvé un certain nombre de films muets perdus, conservés dans les glaces de cette farouche cité du nord canadien. Deux bobines 35 mm ont été retrouvées, auxquelles on a pu ajouter divers matériaux conservés un peu partout, et qui aujourd'hui nous permettent de posséder un film très important, aussi bien pour Fairbanks que pour le metteur en scène: Dwan, on le sait, s'impliquait beaucoup dans ses films, et cette préfiguration de nombreux de ses westerns le prouve de manière éclatante.

Et pourtant, il sera un flop sans appel, qui va décider l'acteur à ne jamais ou presque sortir de sa formule (Telle qu'il l'avait peaufinée avec The good bad man, quelques mois avant ce film) qu'il adaptera ensuite à ses intrigues, puis à ses héros.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Allan Dwan 1916 Western Douglas Fairbanks **
7 juillet 2017 5 07 /07 /juillet /2017 18:05

Dans les quelques films qu'on a conservés de l'oeuvre de Bauer (environ un quart de l'ensemble), il se produit une fracture nette, entre les oeuvres si totalement russes, qui vont de 1913 à 1916, et ses derniers films, dont Vers le bonheur, Le révolutionnaire, ou le roi de Paris. Cette fracture est d'ailleurs parfaitement incarnée par ce film, dans lequel le metteur en scène confronte une fois de plus un personnage fragile à l'image de la mort, mais cette fois, il se lâche et en profite pour charger avec une ironie cinglante un personnage de "passeur", un artiste une fois de plus, qui est justement celui qui est obsédé par l'au-delà... Du coup, le film franchement baroque tranche sur les deux précédents, qui eux restaient à une certaine distance...

Un séducteur (Vitold Polonski) rencontre une jeune femme d'une grande beauté (Vera Karalli), mais qui est muette. Ils deviennent amants, mais le jeune homme tend à abrutir la jeune femme de fadaises, et lassé de ce manque de répondant, il la remplace sans autre forme de procès... Gizella, meurtrie, cherche à oublier, et décide de le faire par la danse, sa passion. Elle devient une vedette, avec en particulier une interprétation de la Mort du cygne du ballet de Tchaikovsky... C'est lors d'un de ses galas qu'un artiste obsédé par la mort (Andreï Gromov) la voit: il est à la recherche de la plus parfaite expression de la beauté de la mort, et il est persuadé de l'avoir trouvée. Il invite Gizella à poser pour lui... Ce qu'elle accepte.

Mais elle a des angoisses, liées à ce qu'elle a vu dans l'atelier du peintre: une présence surnaturelle et envahissante de la mort., ce qui provoque des cauchemars... Dont elle se sort sans trop de problèmes avec une nouvelle rencontre avec son séducteur, qui ne l'a en fait jamais oubliée, et lui demande sa main. C'est donc une Gizella radieuse qui se rend au rendez-vous chez le peintre halluciné, dans le but de se laisser peindre en cygne mourant. Je vous laisse deviner la suite.

Bauer fait tout pour séparer, différencier ses deux protagonistes principaux: la beauté fragile de Vera Karalli, qui non seulement est une excellente actrice, mais en plus danse pour de vrai, est mise en scène avec lyrisme, et une certaine retenue aussi. L'idée d'en faire une muette fonctionne à merveille, donnant à tout excès d'expressivité une justification parfaite... Mais le peintre, avec sa perruque et sa barbe à la Raspoutine, tient de la parodie pure et simple! Et son atelier est du plus haut ridicule. Le metteur en scène en avait-il soupé de "l'âme Russe"? Ses films suivants tendraient à le prouver. Mais ce qui aurait pu gâcher le film joue malgré tout en sa faveur, car le contraste entre les deux permet à Bauer de nous éblouir dans une séquence de cauchemar très élaborée, qui combine l'art consommé du réalisateur pour le placement des personnages dans le décor, l'utilisation de lumières, le cadrage et la caméra mobile. Et Karalli confirme qu'elle n'était pas qu'une note en bas de page (En particulier dans l'histoire compliquée de Raspoutine, mais je vous laisse chercher), mais bien une actrice de tout premier ordre.

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Published by François Massarelli - dans Muet Yevgueny Bauer 1916 *