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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 09:46

Taylor, dans l'histoire du cinéma, est surtout resté pour être le metteur en scène dont l'assassinat (jamais résolu) a déclenché le nettoyage d'Hollywood par Will Hays, en même temps que la fameuse "affaire Arbuckle". Il est donc intéressant de voir l'un de ses films pour lui rendre mieux hommage. Et ce film, disponible dans le fantastique coffret Treasures III édité par l'association des cinémathèques Américaines, est une bonne occasion de le racheter, en effet. 

Un enfant abandonné, victime de l'ostracisme de ses camarades d'orphelinat et de la négligence des adultes, s'enfuit, et tente de faire sa vie seul. Repêché par une juge progressiste (Dans son propre rôle) suite à une intrusion au domicile d'un politicien, il est recueilli par celui-ci, et prouve sa valeur à travers une bonne action savamment menée. 
Nous voici en présence d'un mélo social de haute volée, dont les acteurs jouent souvent juste, et dont le metteur en scène utilise à merveille le montage pour installer un rythme soutenu. Le cadre est au plus près des visages, et l'effet est là aussi efficace, surtout devant la recherche d'authenticité des protagonistes (Les gamins notamment).

Ce film totalement oublié est à voir, d'autant que l'écheveau des ses intrigues réussit à déjouer les pièges du manichéisme le plus total: il faut voir la femme du politicien faire une moue paniquée lorsqu'elle entend son mari se porter volontaire pour accueillir le délinquant. Pourtant, c'est elle que plus tard le jeune appellera sa mère... Le recours au réalisme est accompagné d'une grande science des ombres et du tournage de nuit: La première scène montre deux femmes (L'une d'elles est enceinte) négocier un futur nouveau-né, en ombres chinoises; lorsque la mère biologique s'en va, l'autre sort de l'ombre, et son visage vulgaire contredit efficacement le chic de sa toilette... Les scènes de l'orphelinat sont très réalistes et un petit suspense très prenant s'installe autour du sort d'un enfant coincé dans une baignoire, lors d'une visite de candidates pour une adoption. Le recours au juge Lindsey, spécialiste du droit des enfants, évite le didactisme en le faisant vraiment jouer un rôle dans le dénouement. Une très heureuse surprise, qu'on aimerait accompagner d'autres films de ce metteur en scène.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920 William Desmond Taylor *
4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 21:30

The idol dancer et The love flower sont contemporains, et montrent comment Griffith commence à réfléchir à la relève qui sera nécessaire quand Lillian Gish partira... Ce qui ne tardera pas. Les deux films sont basés sur un exotisme de pacotille, mais si The idol dancer est mauvais, celui-ci est bien plus intéressant...

The Love flower, donc, a bénéficié de plus de soins. Pour commencer, le scénario est intéressant, proche d’un thriller : on est ici chez un Griffith plus adulte, qui a des questions à poser à ses personnages, et le fait qu’ils soient peu nombreux sert bien son propos.
L’histoire tourne autour d’une famille, les Bevan : le père (George McQuarrie) a causé involontairement la mort de l’amant de sa femme, et prend la fuite avec sa fille (Carol Dempster) ; ils se réfugient dans une île des mers du sud, ou ils se tiennent à l’écart de toute trace des blancs. Jusqu’au jour ou Crane (Anders Randolph), un détective à la réputation infaillible, vient les chercher, aidé par un jeune homme, amoureux de la jeune femme, et qui n’avait pas conscience du malheur qu’il leur apportait (Richard Barthelmess).

Les plus étonnants ingrédients de ce petit film qui fait partir son intrigue d’un crime, c’est bien sur que techniquement, le père est bien un criminel, ce qui n’empêche pas Griffith de nous demander de prendre parti pour lui, ainsi que sa fille, d’ailleurs. Sinon, la façon dont la fille tente de sauver son père, ne reculant pas devant le sabotage, la violence, et même la tentative de meurtre sur la personne du détective, rend le film encore plus intéressant. Dempster le joue avec conviction, passion même, ce qui fait de son personnage un rôle beaucoup plus riche que bien d’autres héroïnes éthérées. Elle est plus charnelle, aussi ; on sait que Griffith avait de sérieux sentiments pour Miss Dempster, mais on sait aussi qu’il avait la tentation de l’effeuiller dans ses films. Ici, il la fait beaucoup nager en chemise…

Barthelmess, qui aura beaucoup à faire pour sauver Lillian Gish d’un destin fatal plus tard dans l’année dans Way down east, est ici un assistant pour la jeune femme, la suivant dans ces décisions, approuvant même le désir de tuer le cas échéant. Un climat âpre, renforcé par l’isolement des personnages. A l’opposé de l’innocence et de l’état de nature des îles présentées dans Idol dancer, la présence de Crane, et son implacable sens de la justice aveugle, transforme le lieu en un petit enfer. On n’est finalement dans le sillage d’un film comme Victory de Maurice Tourneur (d'après Joseph Conrad), sur des prémices similaires, même si Griffith, novice dans ce genre de drame criminel, est beaucoup moins à l’aise. Cela ne l’empêche pas d’être enthousiaste, et son film culmine dans une série excitante d’actions violentes, avec siège, séquestration, tentative de meurtre, mensonge et dissimulation. Bref : Le bonheur du cinéphile, on l’a bien compris. Sinon, Griffith s’essaie bien naïvement à la cinématographie sous-marine afin d’accompagner les mouvements gracieux et aquatiques de la naïade Carol Dempster. Quant à celle-ci, décidément, il faut sans doute la réhabiliter.

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Published by François Massarelli - dans David Wark Griffith Muet 1920 *
4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 21:26

Tournés simultanément en Floride par un Griffith désireux sans doute de retrouver ses années Biograph, lorsqu’avec une équipe soudée il tournait un film par semaine, The idol dancer et The love flower font partie d’un pan totalement abandonné et oublié de l’histoire, tant de Griffith que de celle du cinéma. L’impression générale est qu’il n’y a au mieux rien à en dire, contrairement aux grandes épopées (Intolerance), et contrairement aussi aux grands mélos (Broken blossoms) ou aux petits films familiaux (True heart Susie). De fait, ce sont de purs petits films de genre, sans aucune autre ambition affichée. Sur Idol dancer, on ne va pas cacher longtemps que c’est un film totalement inintéressant.

The idol dancer se passe sur une île. Le révérend Blythe est un missionnaire natif du New Hampshire, dont le neveu neveu Walter Kincaid quitte la Nouvelle Angleterre pour demeurer auprès de lui, espérant que le climat local va améliorer ses problèmes de santé. Il tombe amoureux de la jeune sauvageonne Mary mais celle-ci a des vues sur un vagabond, Dan McGuire, aux idées nihilistes bien arrêtées. Walter, quant à lui, est plutôt enclin au puritanisme et à la probité. Mais lorsqu’il tombe malade, Mary se rapproche de lui afin d’aider sa guérison, et elle se rapproche aussi du Christianisme.

Walter Kincaid, c’est Creighton Hale, dans le premier d’une série de rôles de nigauds cosmiques, le plus célèbre restant son « professeur » dans Way down east. Mais on le verra aussi chez Borzage (The circle), ou encore Paul Leni (The cat and the canary). Dan est interprété par Richard Barthelmess, l’un des rares points communs entre les deux films ; Sinon, la jeune Clarine Seymour interprète Mary, qui sera son unique rôle de premier plan avant son décès prématuré. On le voit à la lecture du synopsis, on est dans le délire vaguement Chrétien, même si cette tendance au prêchi-prêcha n’est qu’une façade : ce qui compte pour Griffith, c’est de permettre à Clarine Seymour de faire tourner les têtes en agitant son popotin, et éventuellement d’agiter pour sa part son habituel chiffon rouge raciste, en représentant d’abominables indigènes dont la bêtise et la cruauté, sans parler de leur sensualité bestiale, nous rappelle ce que vaut vraiment la tolérance façon Griffith…

L’histoire est indigente, le final habituel en forme de maison assiégée totalement irritant (et traité par-dessus la jambe), et Clarine Seymour est nulle.

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Published by François Massarelli - dans Muet David Wark Griffith 1920 *
19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 20:22

Ce long métrage est entièrement taillé sur mesure pour l'énormité de John Barrymore, qui ne s'en est jamais vraiment remis, et c'est le premier Jekyll important. Il ressemble à une démonstration du savoir-faire de la Paramount en matière d'ambiances et de mise en valeur des images. L'histoire est aussi un prétexte intéressant pour une descente aux enfers de l'humanité, ce dont Robertson ne se prive absolument pas... Le film aurait pu être bien anodin, s'il n'y avait eu la volonté affichée de traiter le sujet de manière appropriée: en rendant une vision aussi valide que possible de l'Angleterre Victorienne dont cette intrigue est imprégnée de façon inextricable, en tournant l'essentiel du film en scènes nocturnes, en prenant son temps, et en laissant le grand acteur faire le boulot comme il l'entendait...

Donc Barrymore est bien le Docteur Jekyll qui poussé par son entourage et sa vanité, a voulu isoler le bien du mal et a tenté de faire des allers retours entre les deux. Il me semble que le personnage de Lord Carew, le père de la fiancée du Docteur, doit beaucoup à Oscar Wilde, plus qu'à Stevenson, et en faisant le tentateur qui ne se mouille pas, il a le même rôle dans le film qu'avait Lord Henry Wotton dans The picture of Dorian Gray. Mais le mal et la descente aux enfers, si palpables et si réels, sont filmés avec un naturalisme qui est finalement bien rare dans le cinéma fantastique Américain. Même les adaptations futures en seront bien dépourvues... Et il y a Nita Naldi, la vamp qui incarne la séduction du mal. elle est grandiloquente, mais elle sied si bien à l'intrigue, tranchant avec l'hypocrisie ambiante par son allure de femme fatale...

N'empêche, elle finit bien tristement, l'histoire du gars qui avait voulu se transformer en un autre pour évaluer la part de mal qui est en chacun de nous. Un jour, j'aimerais, rien qu'une fois, voir un Jekyll qui se termine par le triomphe du mal. Rien que pour rigoler... Quant à Barrymore, il a tellement aimé se déguiser (Et incarner un Hyde sautillant qui a beaucoup fait rire Laurel, tant et si bien qu'il l'a parodié en 1925 dans le film idiot mais superbe Dr Pyckle and Mr Pryde) en monstre, qu'il s'est souvent ménagé dans ses futurs films des apparitions horrifiques pour y retourner.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920 **
10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 18:17

Louise (Fazenda) est la fille d'un fermier (Bert Roach), et aimerait se marier avec le garçon de ferme, Harry Gribbon. Mais le propriétaire (James Finlayson) a lui aussi envie d'épouser la jeune femme. Il est vrai qu'il a une certaine manie qui consiste à utiliser sa position de force pour tenter d'extorquer des faveurs auprès de tout ce qui porte jupon. Mais afin de se dépêtrer de cette situation délicate, la jeune femme a une idée: celle de prétendre avoir été abusée dans le passé par un homme de passage... Ce qui va tout compliquer, c'est d'une part que le bruit va se répandre; et d'autre part que c'est précisément le moment que choisit le faux séducteur pour refaire une apparition.

Beaucoup de bonnes choses dans cette comédie centrée autour de Louise Fazenda. du moins bon aussi, l'impression dominante étant que ce qui aurait tenu en trois bobines a été gonflé sur un long métrage de cinq... Mais le petit univers rural qui s'agit sous nos yeux, avec le grand James Finlayson (Bientôt chez Hal Roach) en propriétaire terrien manipulateur qui cherche à se marier avec la jeune fille de la ferme lorsqu'il apprend que celle-ci va hériter (Une intrigue TRES fréquente, décidément). Le film se dirige vers un final avec poursuite, chaos, anarchie, bourre-pifs et autres réjouissances...

Et puis une scène, située en fin de la première bobine, nous montre Finlayson en roue libre, qui tente d'exercer un chantage à la coucherie sur marie Prevost en attendant que son mari (Ben Turpin) ne revienne... On a droit à un catalogue complet de fourberie et autres scènes jouées à fond la moustache par un grand, très grand acteur... Et quel casting!

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1920 **
4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 15:52

Pour faire court, on pourrait argumenter que si Le cabinet du Dr Caligari montre les débuts du cinéma expressionniste, Genuine, réalisé par le même Robert Wiene, en représente la fin. Ou du moins les limites... L'un des rares films à pouvoir être authentiquement taxé d'expressionnisme (à une époque ou le terme a fini par désigner tout ce qui est muet et Allemand, et c'est donc plus qu'un peu court), cet étrange film fantastique a surtout tous les aspects d'un retour conscient et très maladroit à ce qui avait fait non seulement l'intérêt du film précédent, mais aussi son unicité. Genuine est non seulement une redite, mais c'est surtout un monument de mauvais goût. Et de plus, le film, situé comme le précédent, dans e cadre d'un rêve, est irracontable. Si j'essayais, ça donnerait ceci:

Un peintre a créé un tableau, celui d'une mystérieuse femme. Lors de son sommeil, la jeune femme (Fern Andra) s'anime, et on nous conte alors son histoire: enlevée à sa tribu, réduite à l'esclavage, la douce Genuine est devenue sauvage et cruelle: une authentique vamp. Elle va s'attacher à nous le démontrer durant tout le film, tout en portant les tenues les plus importables de toute l'histoire...

D'une part, si le film a quasiment été restauré à sa durée initiale (A sept bobines, soit deux de plus que Caligari, ça en fait un film de taille respectable), il est sans doute prudent de rappeler qu'il est tombé aussi dans le domaine public. Et, est-ce à cause de sa désastreuse réputation, la version reconstituée n'est que rarement sortie de ses boîtes. Les versions courtes totalisent 45 minutes, son largement disponibles sur le net, et... n'ont pas plus de logique! Wiene a encore récidivé une ou deux fois, avant de se raviser en 1923 (Après Raskolnikoff): l'expressionnisme était quasi définitivement passé de mode.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920 Le coin du bizarre ...Jusqu'à l'aube
23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 09:04

Zola avait la main lourde, mais quelle bénédiction pour le cinéma Français! Après tout, le premier de ses romans à avoir été transcrit sur l'écran avait donné à Albert Capellani une occasion de faire ses premières armes sur un film "long" (Trois bobines) dès 1908 (L'assommoir); Renoir utilisera Nana pour faire un film maladroit à la manière de Stroheim, et Duvivier, mais aussi Christian-Jacques, Marcel L'Herbier, Marcel carné et tant d'autres s'y frotteront à leur tour. Mais tous n'avaient pas la rigueur et ce que j'appellerais volontiers si ce 'était un peu redondant le naturalisme naturel d'Antoine. Ce metteur en scène de théâtre, passé occasionnellement et semble-t-il parfois avec réticences au cinéma avait fait du naturalisme sa marque de fabrique, au point de provoquer chez ses acteurs, souvent amateurs ou débutants, les conditions de vivre pleinement leur rôle... Donc il se devait de venir à Zola, forcément!

Le choix de ce roman, pas parmi les plus flamboyants de l'auteur, est étonnant, mais je pense qu'il faut y voir une tentation de se prendre des chemins de traverse, et de ne pas faire comme les autres; et La terre permettait aussi un tournage en liberté, sur les lieux même du drame, sans avoir les encombrements de la vie citadine. Le film a donc bénéficié de ce réalisme, et je pense qu'on n'a que très rarement filmé la paysannerie et l'agriculture avec moins de lyrisme: c'est glorieusement sordide!!

Les acteurs qui jouent les protagonistes sont pour la plupart méconnus, sauf sans doute Germaine Rouer, qui débutait avec ce film une carrière un peu en marge des grands noms du cinéma Français, et qui était à peine âgée de vingt ans. Comme ses autres collègues, elle correspond parfaitement à ce que voulaient aussi bien Zola (Elle est l'une des rares personnes 'fiables' de l'intrigue) qu'Antoine (Elle est photogénique et son jeu est retenu mais clair). Comme toujours avec Zola, l'intrigue est plus un enchevêtrement de sous-intrigues qu'autre chose, et tout commence par l'arrivée d'un personnage, Jean Macquart, qui s'installe dans une ferme, dans la Beauce. Les "autorités" locales sont plusieurs familles, mais ce ne sont pas des dynasties, plus des troupes disparates de gens dont l'humanité disparaît sous leurs turpitudes, leurs jalousies, leurs médiocrités... et leurs tares: bien sur, il y a un ou deux alcooliques dans le lot; on se rappelle qu'on est chez les Rougon-Macquart. Sauf que Jean, d'une part, est le seul de la belle famille à avoir échappé à la malédiction voulue par l'auteur, d'une part, et d'autre part, Antoine coupe court à cette identification en ne le nommant jamais...

Le film est âpre et sans concessions, mais il est surtout réaliste jusqu'à une certaine nausée. On pourrait s'en plaindre tellement le visionnage est malaisé, mais les acteurs et la mise en scène, parfois à distance, parfois au plus près des acteurs, sont très réussis. pas de décors, le film a été tourné dans du vrai, du tangible, et là encore c'est très impressionnant! Rien d'étonnant à ce qu'Antoine ait eu tant de difficultés à monter ses films, qu'il a fini par laisser tomber la carrière, ce film a dû avoir le plus grand mal à s'imposer. Et il a longtemps été perdu, on en doit la redécouverte au Gosfilmofond, qui en avait gardé une copie; rien d'étonnant, car si le film n'est pas socialiste, il attaque avec une férocité implacable la médiocrité rapace de ses protagonistes qui sont tous à se battre pour des saletés... 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920 *
17 septembre 2016 6 17 /09 /septembre /2016 17:20

Something to think about est un film de transition, un amalgame de genres qui est très impressionnant précisément par la quantité de styles qui y sont réemployés. Le voir permet de comprendre, sinon d'excuser, l'irruption dans la filmographie de celui qui avait tant et si bien réussi, de Manslaughter: car entre ses westerns (The Virginian), ses comédies piquantes et sophistiquées (Don't change your husband), ses drames mondains choquants (The cheat) et ses audaces psychologiques sans précédents (The whispering chorus), DeMille toujours à la recherche de moyen de continuer à promouvoir la portée du cinéma, s'était lancé dans la production de films à message pour la société... Celui-ci est l'un des premiers.

David Markley (Elliott Dexter) est riche, et a tout pour être heureux... sauf ses jambes, qui ne le soutiennent plus. Il en tient une rancune tenace à Dieu, auquel il refuse de croire, et s'estime perdu pour le bonheur... Jusqu'à ce qu'il fasse la rencontre d'un vieux forgeron, Luke (Theodore Roberts), et de sa fille Ruth (Gloria Swanson). Il décide d'aider celle-ci à acquérir une éducation, et trois années plus tard les deux hommes voient revenir une femme séduisante, en lieu et place de la gamine qu'ils ont envoyée en pension. David va tomber amoureux d'elle, bien sur, mais la jeune femme prendra sa reconnaissance pour des sentiments plus forts, et dans un premier temps acceptera sa demande en mariage, avant de se raviser. En effet, l'assistant de son père, Jim Dirk (Monte Blue), un grand gaillard costaud et gentil comme tout, vient d'entrer dans sa vie. Il n'est pas riche, mais il n'a pas non plus de béquilles...

Avec ses plans qui fouillent dans le décor, qui nous montrent les objets de la vie tranquille de ces gens, on est dans un premier temps dans l'univers des comédies de Cecil B DeMille: la première demi-heure joue à fond sur cette carte, même si on se doute que le drame n'est pas loin, car si c'est un homme fantastique, et doté d'un vrai sens du sacrifice (C'est Ruth qui fait les premiers pas, car il ne veut pas qu'elle se sente obligée de lui dire oui), il a un défaut rédhibitoire: il ne croit pas en Dieu. Et cet aspect va revenir dans des anecdotes de châtiment divin qui ne sont pas le meilleur du film. Mais le metteur en scène se laisse volontiers aller vers le mélo, et s'il n'est pas aussi à l'aise qu'un Borzage quand il s'agit de peindre un miracle, il fait en revanche merveille devant le drame: une scène formidable passe du rire à la tension, puis aux larmes: la mort de Jim Dirk, noyé alors qu'il participe à la construction d'un tunnel du métro, est une grande scène frontale et très impressionnante. Quel dommage que les copies en circulation ne nous permettent pas de profiter pleinement de l'excellente photographie de Karl Strüss...

Avec un temps relativement restreint (80 minutes), ses acteurs de prédilection (Monte Blue et Gloria Swanson en particulier sont impeccables), et les inévitables intertitres de Jeanie McPherson, ce film est certes moins intéressant, car plus prétentieux, que les fameuses comédies de 1918 à 1920, mais c'est largement meilleur que les tréfonds de vulgarité et de simplisme grossier dans lesquels tombera DeMille en 1922 avec Manslaughter.

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Published by François Massarelli - dans Cecil B. DeMille Muet 1920
28 juillet 2016 4 28 /07 /juillet /2016 15:21

Ce film tourné en 1920 dans les réserves Indiennes de l'Oklahoma n'avait pas été beaucoup montré à l'époque, et vient d'être restauré et réédité en Blu-ray. Il est probable qu'il va ainsi être vu par beaucoup plus de monde que son public original, ce qui est un paradoxe assez ironique. Je ne dirai pas ça souvent, mais s'il est parfois des chefs d'oeuvre injustement ignorés et des échecs profondément injustes, il arrive aussi qu'il y ait une bonne raison pour qu'un film ne soit pas souvent présenté. Ce film est joli, tourné en extérieur avec des figurants consciencieux, et des acteurs amateurs concentrés, tous issus des tribus représentée à l'écran, et contrairement aux pensums mortellement ennuyeux de Flaherty, il y a ici un script, bref, une invention de fiction: une histoire de rivalité amoureuse pour la main du chef entre un guerrier valeureux et un lâche arriviste.

Mais quelle purge... Au-delà de la représentation des us et coutumes d'une tribu kiowa, il n'y a rien à voir.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920 **
12 février 2016 5 12 /02 /février /2016 16:54

Je donnerais volontiers toute l'oeuvre muette de Tod Browning contre ce film admirable, qui est d'une certaine façon la matrice des personnages que jouera Lon Chaney pour son ami Browning à la MGM entre 1925 et 1929... L'invention, la rigueur narrative, et les audaces baroques y sont incroyables, et les personnages y ont le temps d'exister au-delà d'une dimension vaguement feuilletonesque, qui reste malgré tout la principale source du film. Il est adapté de Gouverneur Morris, un écrivain spécialisé dans une certaine forme de "pulp fiction", et qui fournissait beaucoup d'intrigues à Goldwyn en ce début des années 20. Avec sept bobines, il est ambitieux, et a fourni un rôle de premier plan pour Lon Chaney, ce qui était une opportunité nouvelle pour l'acteur, enfin reconnu après son interprétation puissante d'un faux infirme dans The miracle man.

L'infirme "Blizzard" (Lon Chaney), amputé des deux jambes quand il était enfant, est devenu un homme sans foi ni loi, qui règne sur San Francisco par la terreur. Il projette quelque chose, mais quoi? La police souhaite en savoir plus, et retarde la capture de ce danger public afin de mettre la main sur toute son organisation. Une détective douée, Rose (Ethel Grey Terry), va infiltrer le repaire du bandit, et lui devenir indispensable. Elle découvre bien vite qu'il a planifié non seulement de lancer un assaut sur la ville de San Francisco pour y déclencher une révolution avec l'aide de toute la pègre, mais aussi qu'il a préparé une vengeance contre l'homme qui est responsable de son amputation...

Je parlais plus haut des films de Tod Browning, dont on a parfois le sentiment qu'ils sont aisément réductibles à la particularité physique du personnage interprété par Chaney: faux estropié (The blackbird); borgne (The road to Mandalay); faux manchot (The unknown)... Mais la recette en est née avec ce film: une fois que Chaney a obtenu le rôle, il l'a façonné, et a transformé ce qui aurait pu être une caractérisation classique demandant un acte de foi particulièrement important de la part du public, en un véritable calvaire: afin de pouvoir aussi souvent que possible tourner des images de l'acteur en action, avec un handicap crédible, il a imaginé un costume qui lui permet de replier ses jambes contre l'arrière de ses cuisses, et de fonctionner exactement comme l'estropié qu'il interprète l'aurait fait. Le décor de son repaire a été pensé entièrement en fonction de sa condition... C'est un tour de force, et on oublie instantanément qu'il s'agit d'un acteur "entier" qui fait semblant...

Chaney a soigné tous les aspects de sa composition, et rend son Blizzard inoubliable en en faisant un nouveau Satan! Pour commencer, il joue son bandit comme un maître de la manipulation, et une personnalité qui séduit et fascine tous ceux qui l'approchent, un criminel qui tient à se réserver des moments de presque solitude avec la musique, comptant sur ses employées subjuguées pour fournir de l'aide: elles actionnent les pédales du piano. La chose est bien sur la métaphore maline d'une certaine soumission sexuelle (Comme dirait Pepe le putois de Chuck Jones: "We will make such beautiful music together"!), mais aussi une sophistication inédite pour le portrait d'un fou meurtrier. Car Blizzard est bien un fou furieux, qui projette une sorte de révolution délirante, en confectionnant des chapeaux par milliers pour donner une sorte d'uniforme à tous ses sbires... Le film nous offre un aperçu de ce que désire faire Blizzard dans une séquence de flash-forward impressionnante, avec incendies, explosions dans San Francisco, et assassinats dans les rues... Il a aussi prévu de récupérer des jambes tout en faisant pression sur le chirurgien responsable de son état, dont il envisage de kidnapper la fille pour qu'elle se marie avec lui... Et il approche la belle, qui fait de la sculpture, avec un projet inattendu: elle souhaite sculpter un Satan, il sera son modèle. D'ailleurs, dans son repaire, il se rend au coeur des opérations par un passage secret et souterrain qui débouche dans la cheminée, comme s'il se rendait droit aux enfers.

Plus encore, en nous montrant les projections folles du cerveau malade de Blizzard (Dont on apprendra à la fin que l'accident qui allait provoquer son amputation avait aussi endommagé sa raison), on nous le montre avec des jambes. De fait, le film nous montre le crime comme une expression de toute-puissance du désir le plus ultime. Comment s'étonner après que Blizzard fonctionne justement comme un homme qui laisse ses désirs mener le monde? Un homme sadique (Une illustration inévitable du film, cette photo qui montre Chaney s'en prenant à une de ses ouvrières. Une scène dont on s'attendrait à ce qu'elle ait été coupée, tant sa violence est aussi forte dans le film que sur ce document de plateau... il n'en est rien, elle est bien dans le film!), dont les employées semblent devoir de temps à autre servir aussi ses instincts sexuels (Rose va succomber, par exemple, ce qui rendra son devoir de policière assez difficile à assumer), et Barbara, la fille du Dr Ferris (Claire Adams) est fascinée par le visage du bandit alors qu'elle en reproduit les contours. Une fascination dont Blizzard pense qu'il arrivera à terme à la transformer en amour ou en désir. Pour lui, de toute façon, l'amour est remplacé par le désir: désir des femmes, désir de possession, désir du chaos, désir de prendre le contrôle de tout... une fois qu'il aura assumé son désir de posséder de nouveau des jambes.

Constamment étonnant et baroque, le film est aussi tourné pour une large part dans les rues de San Francisco, une ville qu'on sait photogénique (Greed, Vertigo, Zodiac sont tous là pour en témoigner!), et où Worsley montre le crime d'une façon directe et inédite: les prostituées en action qui lèvent des clients sur la fameuse Barbary Coast, le meurtre d'une gagneuse par un junkie, mis en scène comme une flambée de violence dans un bar louche plus vrai que nature, et bien sûr les méfaits imaginés par Blizzard, tournés en peine rue, avec l'extravagante attaque des chapeaux de paille, l'incendie provoqué, les tireurs embusqués depuis les étages des immeubles... Le chaos a l'air réel, prenant sur le rythme et le côté sordide du serial alors en vogue. Le ton global du film aidant, on est bien sûr face à un long métrage qui a subi les attaques de la censure, mais dont le pouvoir vénéneux reste intact. On comprend l'attachement que portait Chaney à Wallace Worsley, avec lequel il tournera en tout cinq films (Les autres sont The ace of hearts et Voices of the city en 1921, A blind bargain en 1922 et The Hunchback of Notre-dame en 1923. C'est Chaney qui avait insisté pour que la direction de ce dernier soit confiée à Worsley. Voices of the city et A blind bargain sont tous deux perdus): le metteur en scène a su donner à Chaney exactement la direction qu'il préférait, c'est-à-dire s'occuper du film, mais pas du personnage ni de son apparence, chasse gardée de Lon Chaney. Mission accomplie...

 

The penalty (Wallace Worsley, 1920)
The penalty (Wallace Worsley, 1920)
The penalty (Wallace Worsley, 1920)
The penalty (Wallace Worsley, 1920)
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Published by François Massarelli - dans Lon Chaney Muet 1920 **