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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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28 décembre 2015 1 28 /12 /décembre /2015 17:16

Sorti en janvier 1921, soit quelques mois avant The affairs of Anatol, ce film partage avec ce dernier le privilège d'être une expérimentation de son auteur, qui incorpore à la fois les éléments de ses comédies et du mélodrame, pour renouveler un genre qu'il ne sent peut-être plus, après il est vrai en avoir épuisé toutes combinaisons. Pour ce faire il recycle ici l'argument de son film The golden chance, en axant l'essentiel de la première partie sur la comédie d'observation: Les Mallory sont un couple de bourgeois distingués, et M. Mallory (Theodore Roberts) a besoin de l'appui d'un jeune homme entreprenant pour ses affaires, et le jeune homme (Forrest Stanley) ne souhaite pas s'attarder chez eux, ce qui pourrait faire perdre à son ami certaines opportunités lucratives. Son épouse (Kathlyn Williams) lui propose donc de le faire rester en l'appâtant avec une jeune beauté qu'il sera facile de contrôler: leur couturière Mary Maddock (Agnes Ayres) est justement tout à fait charmante, elle fera un piège facile. Il n'y a que deux problèmes: le premier, c'est que Mary est mariée, à un homme brutal qui est revenu de tout à force de ne pas trouver de travail... Et le deuxième, c'est bien sur que Mary et l'ami des Mallory vont, bien sur, tomber follement amoureux l'un de l'autre...

Après The Golden Chance dont le titre soulignait la possibilité donnée à une jeune femme de s'élever et d'échapper à son destin, Jeanie McPherson prêche beaucoup ici, contre l'attrait du "fruit défendu". Mais comme d'habitude, le prêche sert essentiellement à masquer les intentions salaces, le film étant comme d'habitude fort risqué. On reste dubitatif devant la nécessité de refaire ce qui reste l'un des chefs d'oeuvre formels de DeMille, et le résultat ne donne pas raison à son auteur. D'autant que si on y montre avec virulence les différences entre les classes, et il faut voir comme Mary est bien mal lotie, on voit bien qu'une fois de plus les classes dirigeantes sont grâce à leur chance à l'abri de la tentation du crime... ce qui n'est pas le cas des pauvres, qui sont manifestement attirés par la malfaisance! Quant aux Mallory, ils n'auront aucun châtiment pour leur supercherie d'un goût douteux. ...Il faut croire que ce n'était pas le sujet!

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Published by François Massarelli - dans Cecil B. DeMille Muet 1920
19 décembre 2015 6 19 /12 /décembre /2015 09:10

L'Herbier a souvent raconté comment, durant ses années chez Gaumont, il a du batailler ferme contre la bêtise du maître des lieux, Léon Gaumont, qui ne comprenait absolument rien à ses recherches... Lorsque L'Herbier par exemple avait recours à un flou artistique, savamment pesé, calculé, et inséré de façon dramatique dans une scène, au cours de la projection de présentation aux producteurs, le patron ne manquait pas une occasion d'engueuler le projectionniste, accusé d'être incapable de faire le point! On n'a pas forcément idée, en voyant aujourd'hui ses films, quel point il était novateur, et surtout à quel point L'Herbier sentait le cinéma, en ayant pour cet art encore balbutiant des idées qui aujourd'hui ont fini par s'installer... Ainsi que d'autres plus étonnantes qui tendent à rendre son style si distinctif. Dans un film de L'Herbier, pour commencer, aucun plan n'est naturaliste, y compris si l'intention était de capter la vie, il y aura toujours quelque chose pour le distinguer: cadrage, voire encadrement (Il aime les iris inattendus et les caches biscornus, et en use en en abuse avec délectation dans cet Homme du large), teintes recherchées et mélangées au cours d'une séquence, un jeu d'acteurs souvent paroxystique, et une utilisation parfois envahissante des intertitres, qui véhiculent une poésie certes novatrice, mais bien embarrassante. Avant Feu Mathias Pascal, l'oeuvre de L'Herbier est faite de films qui oscillent constamment entre le génie formel et le ridicule de l'intrigue, et ce mélodrame de la mer ne fait pas exception.

On y fait la connaissance d'une famille Bretonne (Les Bretons vus de Paris, ombrageux, superstitieux, chaussés de sabots et pauvres d'esprit comme de bourse), dans laquelle le père (Roger Karl) pêcheur se réjouit de la naissance de son fils Michel. Il décide que le fils sera sa chasse gardée, et que l'épouse se chargera de Djenna, la file aînée. Mais en grandissant, les deux adolescents sont diamétralement opposés: Djenna (Marcelle Pradot) est exemplaire, et Michel (Jaque-Catelain) est un feignant, attiré par le vice, auquel on père passe tout, jusqu'au jour bien sur où e drame s'installera dans le village, à cause évidemment de Michel...

Stylistiquement, c'est souvent enthousiasmant, avec un sens du rythme plus qu'enviable, grâce à un montage hyper serré, et cette touche visuelle qui détache sensiblement es films de L'Herbier du tout-venant. Mais quelle salade! Toujours aussi prétentieux, le metteur en scène appelle son film une "marine", comme il avait appelé Rose-France (1918) une "cantilène", et convoque les figures du mélodrame ultra-conservateur comme si c'était l'évangile. Aveuglé par l'affection, il donne aux deux acteurs qui partagent sa vie le beau rôle, et Pradot s'en sort bien, d'autant qu'elle a un rôle passe-partout, mais Jaque-Catelain est immonde, ayant finalement plus de talent dans la coiffure que dans on jeu d'acteur. Le mélodrame est classique et sans véritable logique, et franchement, dans cette histoire moralisatrice (Michel est vraiment diabolique, la preuve, il va au café le dimanche), on ne voit pas un seul instant où le metteur en scène veut nous amener. Bref, L'Herbier avait beaucoup à dire, il avait aussi et surtout beaucoup à apprendre...

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Published by François Massarelli - dans Muet Marcel L'Herbier 1920 *
22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 09:25

Pour son premier film d'aventures situées dans le passé, Douglas Fairbanks incarne Zorro, le mystérieux "renard" Californien en lutte contre l'oppression d'un gouverneur félon qui compte depuis trop longtemps sur la confiance en ses intérêts d'une noblesse complice... Non seulement ce film a permis la spectaculaire reconversion de son principal artisan, l'acteur-producteur-scénariste-maître d'oeuvre Douglas Fairbanks, mais on peut probablement lui attribuer d'autres effets bénéfiques, et non des moindres: adapté d'un roman paru en 1919, The Curse of Capistrano de Johnson McCulley, le film de Niblo et Fairbanks crée un personnage cinématographique, une icône impressionnante qui a aujourd'hui une vie propre et une mythologie instantanément reconnaissable; en réadaptant le film "en costumes", un genre synonyme généralement de prétention et d'insuccès dans le cinéma Américain fondé essentiellement sur la vitesse e l'action, et en y insufflant un dosage savant de mélodrame, de comédie et une solide portion d'aventures bondissantes, Fairbanks a fait bien plus qu'une mutation de son propre style, il a inventé un genre à part entière, d'où viendront, finalement, aussi bien les héros incarnés par Errol Flynn, Burt Lancaster qui lui doivent tant tous les deux, mais aussi les films du cycle Indiana Jones. Et enfin, en en confiant la mise en scène à Fred Niblo, il a probablement eu un effet plus que déterminant sur la carrière de ce réalisateur freelance, qui allait ensuite réaliser une série impressionnante de films importants.

Le nouveau personnage incarné par Doug avait un atout de poids: il était double, ayant résolu sa crise d'identité, trait commun de tant de héros de l'acteur: le plus souvent, ils étaient des êtres sympathiques, mais marqués par un défaut, une inadéquation, une maladresse, voire une vulnérabilité dont il fallait se débarrasser afin de devenir un héros; chaque protagoniste était double, un excentrique qui devait découvrir sa part de flamboyance au travers de l'intrigue. Zorro-Don Diego, lui, a déjà résolu ce problème, mais Fairbanks étant malin, il a prévu un moyen de garder une part de cette révélation comme enjeu, puisque si le public (Ainsi que Bernardo, le fidèle, et muet, serviteur de Don Diego) sait que Diego et Zorro ne sont qu'une seule et même personne, personne d'autre parmi les protagonistes ne le sait. La révélation que Diego, cet insupportable nobliau détaché de tout, qui promène sa lenteur et ses tours de passe-passe minables de taverne en salon, est en fait Zorro devient le but à atteindre afin de retrouver l'équilibre final. Et pour commencer, cette révélation doit être la fin du parcours pour Lolita Pulido (Marguerite de la Motte), qui aime Zorro mais ne peut pas souffrir Diego. L'occasion enfin est trop belle pour que Fairbanks hésite à accentuer avec gourmandise les différences entre ses deux personnages (Zorro, au passage, est doté d'une moustache, mais elle est postiche. Encore un effort, Doug!). Ces huit bobines sont donc empreintes, à leur façon, de la mythologie mise en place par Douglas Fairbanks depuis 1915.

En revanche, le plaisir de recréer une Californie située cent ans auparavant se double cette fois d'un aspect pratique: The Mark Of Zorro a été tourné en décors naturels, pour la plupart, et bénéficie sans tricher du beau soleil local, ainsi que de l'architecture Hispano-Indienne. Ce sera l'une des rares fois que ce sera possible, bien sur, mais ça joue beaucoup dans le film, comme l'utilisation des décors spectaculaires du Grand Canyon dans A modern musketeer (1917) fournissait un souffle particulier à ce film d'Allan Dwan. Fairbanks utilise d'ailleurs le décor comme inspiration, pour mettre en place comme il en a le secret des scènes haletantes de poursuites spectaculaires: un plaisir constant, autant qu'une marque de fabrique. D'ailleurs, le film doit beaucoup au western, autant qu'au mélodrame dont Niblo était l'un des maîtres reconnus. The Mark of Zorro doit donc une grande part de son succès à une fusion de genres, fédérés dans une intrigue parfaitement irrésistible, et dont les implications dépassent en prime l'habitue thème des films de l'acteur: on ne parle pas seulement de révélation et d'accomplissement de soi, mais aussi de la lutte contre l'oppression (Le film à ce niveau ne fait pas dans la dentelle, avec trois intertitres d'introduction bien pompeux), et le triomphe d'une certaine idée de la démocratie; une façon de montrer une Californie ancestrale, qui aurait toujours eu foncièrement vocation à intégrer les Etats-Unis.

Après avoir eu recours aux services de metteurs en scène efficaces mais sans relief, les Joseph Henabery, Christy Cabanne et John Emerson (Je mets volontiers de côté Fleming et Dwan, qui étaient clairement au-dessus du lot), Fairbanks a fait appel à Niblo, qui n'a pas encore signé un seul de ses films importants, celui-ci étant le premier. Mis il a réalisé, pour le compte de Thomas Ince, un mélodrame flamboyant et volontiers excessif, dans lequel il a montré son sens du coup de théâtre. Et dans The mark of Zorro, Fairbanks a cette fois besoin d'un cadre qui doit être solide et aussi sérieux que possible. Zorro bondit, Don Diego nous fait rire par son inefficacité, fut-elle feinte, mais on doit croire à l'importance de cette lutte Californienne pour la liberté... Mais le film brille aussi pour l'ensemble de sa narration cinématographique: montage impeccable, et varié (Une scène montre une confrontation entre Zorro et l'un de ses ennemis en passant d'un plan large à un plan serré, puis un gros plan des deux visages l'un face à l'autre, aussi déterminés que dangereux l'un et l'autre... On ne rigole plus!), splendeur de a production, dont le sens du détail laisse pantois, tournage des scènes nocturnes de nuit, ce qui a du impliquer une sévère note d'éclairage, et utilisation superbe de la lumière, dans des scènes sombres: en particulier, Harry Thrope, William McGann et Niblo ont privilégié l'utilisation dramatique de sources lumineuses dans le champ, justifiant ainsi des compositions en clair-obscur qui ne sont pas courantes dans le cinéma Américain en 1920, à part chez DeMille et Tourneur: ainsi la libération des prisonniers de l'oppression s'effectue-t-elle à la lumière d'une lampe à bougie... Enfin, le metteur en scène utilise le point de vue pour rythmer les allée et venues des personnages dans une scène, sans passer nécessairement par un plan large pour établir la situation. Il utilise notamment un miroir dans lequel Marguerite de la Motte se regarde pour justifier des transitions qui maintiennent en permanence un dynamisme redoutable. L'acteur-producteur et son metteur en scène ont choisi des lieux emblématiques pour les extérieurs, vite identifiés par les spectateurs, et dans lesquels des scènes-clés vont se dérouler: la propriété de Diego et son père, la villa des Pulido, et la taverne du centre-ville permettent un ancrage sur du spectateur... Pour finir, Niblo et Fairbanks ont fait appel, pour la première fois, au talent de Fred Cavens, le spécialiste de l'escrime cinématographique. Ce ne serait pas la dernière fois...

Vu dans une superbe copie teintée, avec sa luxuriance de détails, The mark Of Zorro reste aujourd'hui un film excitant et superbe à voir. Une forme de classique instantané, dont Fairbanks a su tirer la leçon, puisque il allait se faire une spécialité de ce qu'on allait bientôt appeler le "swashbuckler", sous toutes ses formes, épuisant d'ailleurs en une décennie les sujets possibles, de D'artagnan à ...D'Artagnan! On peut aussi se demander, à propos, pourquoi l'acteur qui souhaitait tant incarner le héros de Dumas n'avait pas commencé ce cycle de films d'aventures par le sujet des Trois Mousquetaires, mais on ne va pas se poser la question très longtemps: potentiellement très cher, et si important pour lui, le sujet avait sans doute besoin d'une assurance suffisante pour être monté. Un Zorro à moindre frais ayant prouvé que la recette était valide, il ne lui restait plus qu'à mettre en chantier son D'Artagnan. Mais si The Mark of Zorro est, techniquement, un produit-test (!), c'est aussi un film suffisamment exemplaire pour avoir engendré une kyrielle d'imitations, ainsi qu'un hommage vibrant dans le film The artist, de Michel Hazanavicius, dédié à la grande décennie du cinéma muet Américain.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920 Fred Niblo Douglas Fairbanks *
18 juillet 2015 6 18 /07 /juillet /2015 21:16

Douglas Fairbanks, à l'aube des années 20, était clairement prêt à franchir le pas: ce film montre à quel point ses ambitions vont vers le film d'aventures spectaculaires, même si The Mollycoddle est une comédie avant tout. Un "mollycoddle", c'est une poule mouillée. Douglas Fairbanks incarne donc un Américain fier de ses racines, mais qui a quitté les Etats-Unis à l'age de quatre ans, et se comporte comme une femmelette, résidant à Monte Carlo, portant monocle et s'imaginant New York comme une ville du far West dans laquelle les gens se déplacent en diligence. Il n'a jamais travaillé de sa vie, porte une moustache ridicule, et voit venir les touristes Américains avec une certaine curiosité naïve... Quelques amis Américains, justement, de passage à Monte-Carlo le persuadent de "rentrer au pays" avec eux, mais il tombe alors dans une sombre histoire d'espionnage dans laquelle on va justement le soupçonner d'être un espion...

Histoire de métamorphose, comme souvent les petits films d'aventures produits par Fairbanks, The Mollycoddle sera suivi d'un film important: The mark of Zorro (Fred Niblo, 1920). Les deux films ne sont pas sans rapports... Il est tentant d'imaginer que le mystérieux espion qui surveille les agissements louches d'un contrebandier en diamants (Wallace Beery, en "villain" classique), soit précisément le personnage incarné par Fairbanks. C'est d'ailleurs ce que croient les bandits pendant un temps. Mais il est, contrairement à Don Diego dans le futur film de Niblo, authentiquement un naïf au coeur pur! D'une certaine façon, la moustache de Fairbanks est l'emblème de son inefficacité, et lorsqu'il devient un homme (Et quel homme, quelle fougue, quelle prestance!), il la coupe. Mais dans les films d'aventures musclées qui suivront, Zorro sera le seul héros qui n'aura pas droit à sa moustache chez Doug Fairbanks!

Un petit film, certes, mais pas de temps mort, et les images authentiques captées sur la réserve Hopi de l'Arizona sont magnifiques. Fleming, pour sa deuxième et dernière collaboration avec l'acteur-producteur, fait merveille avec les constantes ruptures de ton de ce film qui commence en comédie mondaine, se poursuit sur un bateau, avant de se terminer dans les déserts magnifiques de l'Ouest Américain. Complice de toujours dans les films de Fairbanks, Charles Stevens interprète un petit rôle, bien qu'il soit le petit-fils de.... Geronimo. C'est du moins ce que la publicité a si souvent annoncé, alors que c'était en réalité totalement inventé. Par contre la passion du producteur pour la culture Indienne débouche sur des images respectueuses, et surtout authentiques, du territoire des Hopis, pas si souvent filmés. Donc ce film mineur sur la contrebande de diamants est une mine d'or!

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920 Victor Fleming Douglas Fairbanks **
11 août 2014 1 11 /08 /août /2014 10:11

L'histoire, très fidèle à James Fenimore Cooper, de Cora (Barbara Bedford) et Alice Munro (Lillian Hall), deux jeunes femmes qui sont venues dans les colonies Américaines pour rejoindre leur père, un officier Anglais (James Gordon) aux prises avec les Français et des troupes d'Indiens ingérables. Elles vont croiser la piste de Chingachgook (Theodore Lorch), pisteur Mohican, et de son fils Uncas (Alan Roscoe), dont Cora va bien vite tomber amoureuse. Mais un autre homme a décidé de s'approprier la jeune femme, Magua, le scout Huron (Wallace Beery). Celui-ci joue un double jeu, mais tend surtout à travailler pour lui-même bien plus que pour les Français...

Tourneur n'est plus du tout un exilé Français quand ce film se met en chantier. Il est l'un des grands metteurs en scène du cinéma Américain, comme DeMille ou Griffith. Il a imposé son sens esthétique hors du commun, certes lié à ses années de formation dans le cinéma Français, mais exacerbé par sa découverte des Etats-Unis. Depuis quelques temps, il s'est relocalisé de Fort Lee, new Jersey, vers la Californie, comme l'essentiel de la production Américaine. Et il s'attelle à une prodution d'envergure dont il veut faire un grand film... Mais il tombe malade, soit juste avant le début du tournage, soit pendant... Les compte-rendus divergent, et le lpus loquace sur le sujet, Clarence Brown, tend à se mettre en avant, et pour cause: remplaçant au pied levé son mentor, il est co-crédité à la mise en scène...

Mais quelque soit le metteur en scène, ce film est splendide, tant par son esthétique fabuleuse: ces gens, que ce soit Brown ou Tourneur, savent composer une image, utiliser la lumière, la profondeur de champ... Et le timing est parfait: le rythme de cette course désespérée contre l'horreur et la mort rend le film poignant, en particulier dans les scènes de violence qui sont encore aujourd'hui surprenantes par leur crudité. Et puis le film s'attache à peindre l'amour d'une femme pour un homme, en des termes étonnants: non seulement Cora aime Uncas, qui est un Indien, mais elle a une façon de le regarder dans les instants cruciaux qui ne laisse rien à un romantisme béat ou infantile; c'est du désir et une curiosité avisée qu'on lit dans ses yeux. Le film est d'ailleurs tout entier ou presque de son point de vue. De plus, Cora Munro, contrairement à certains personnages masculins, est courageuse, et prète à se sacrifier. Barbara Bedford est exceptionnelle, comme du reste toute la troupe d'acteurs qui se distinguent par leur jeu naturel et profond. Même Wallace Beery, qui interprète Magua, se retient!

The last of the Mohicans, en raison de l'importance de Tourneur, et sans doute parce que le metteur en scène l'avait beaucoup préparé, est passé à la postérité sous le patronage du réalisateur Français, mais si on suit Clarence Brown, qui affirme en avoir réalisé l'essentiel, alors c'est l'un des plus beaux premiers films qui soient...

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Published by François Massarelli - dans Muet Maurice Tourneur 1920 Clarence Brown *
21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 18:47

just-pals-2.jpgMine de rien, ce petit film (Cinq bobines, 49 minutes et 39 secondes) est le premier pas de John Ford vers le cinéma de prestige: après tous ses petits films pour la Universal le plus souvent avec Harry Carey en cowboy plus ou moins redresseur de torts, il inaugure en effet son contrat avec la compagnie de William Fox avec cette petite histoire qui met en valeur l'un des deux cowboys de la firme, Buck Jones. C'était sans doute grâce à ses efficaces petits westerns humanistes que le réalisateur avait été recruté, et jusqu'à 1924, il allait surtout réaliser des petits films et des films de série, mais un simple visionnage de celui-ci, à mi-chemin entre le western contemporain (Des chevaux et des automobiles) et la chronique rurale montre bien que ce qui faisait son talent était déjà bien là...

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Bim (Buck Jones) est le vagabond officiel du village, estampillé bon à rien, et militant de fait: il refuse de lever le petit doigt, sauf éventuellement pour impressionner Mary Bruce, l'institutrice du village (Helen Ferguson) pour laquelle il a un faible. Celle-ci est également courtisée par Cahill (William Buckley), un homme en apparence bien sous tout rapport mais qui va précipiter la jeune femme dans les ennuis. de son côté, Bim se just-pals-7.jpgretrouve flanqué d'un jeune vagabond, Bill (George Stone), un garçon auquel il va s'attacher et qui va aussi lui permettre de se rapprocher de l'institutrice. Mais celle-ci est bien vite soupçonnée de détournement de fonds lorsque l'argent de la commune qu'elle a prété à Cahill ne lui est pas rendu. contre toute attente, c'est Bim qui va agir alors en justicier...

 

Indolence du personnage principal, un décor rural dans lequel toute menace vient fondamentalement de l'extérieur... on pense bien sur à un autre film Fox avec Buck Jones, Lazybones de Frank Borzage. Mais c'est une bien différente affaire! Ici, Ford s'attache à la peinture d'une petite communauté dans laquelle le paria auto-désigné va s'avérer empreint d'une grandeur d'âme que peu de gens possèdent, et le quasi-lynchage dont il va être victime nous montre que même dans cette Amérique tranquille là, le mal peut finalement venir de n'importe où. Et Ford oppose ainsi le bon à rien officiel, bouc émissaire qui montrera sa vraie valeur sans même l'avoir recherché, et les "braves gens" menés par un shériff gâteux, qui finiront bien par découvrir quel brave homme est Bim.

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La mise en scène du jeune Ford, passé par la formation accélérée des westerns de la Universal, est bien sur rompue à tous les artifices. Il sait installer une ambiance, composer un plan de façon inventive, il fait déjà une équipe soudée avec son chef-opérateur George Schneiderman, et a déjà un savoir-faire enviable pour les scènes nocturnes; son talent en matière d'action éclate dans les deux dernières bobines, qui voient Bim s'attaquer à tous les problèmes de front: démasquer le véritable voleur de l'argent, empêcher une bande de malfaiteurs d'opérer un hold-up, réhabiliter miss Bruce, et bien sur faire en sorte que Bill ne soit pas placé dans n'importe quelle famille d'accueil: du pain sur la planche, donc! Et Ford, qui fait déjà preuve d'une personnalité peu commune, se paie le luxe de s'auto-citer (Voir illustration ci-dessus!) lorsqu'il fait rejouer à son shériff, pour un gag final, une pirouette qui marquait l'arrivée de Harry Carey dans son premier long métrage, Straight shooting...

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Published by François Massarelli - dans John Ford Muet 1920 *
20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 16:54

Ce film est un triple retour en arrière. Retour à l’Est, d’abord, tant dans le titre (Et donc dans l’histoire) que dans le tournage ; retour au mélodrame pur et dur, mais renforcé : 2 heures 30 de péripéties, et d’Americana avec barn dancing, dégustation de pancakes entre la prière et le fromage, sieste à même les marches de la cabane, etc. Retour, enfin, à des formules éprouvées, pour un Griffith échaudé par l’accueil tiède fait à son grand œuvre Intolerance, ayant épuisé toutes les ressources de rebondissement que lui permettait son métier, de drame exotique (The love flower) en comédie légère (True heart Susie), en passant par le film patriotico-guerrier-Panzer en douze bobines anti-germaniques (Hearts of the world). L’idée d’adapter Way down east, un roman qui a déjà été adapté en pièce de théâtre, semblait absurde à Lillian Gish, à plus forte raison puisqu’elle allait y tourner : dépassé à l’époque de la sophistication DeMillienne, le film ne pouvait pas plaire à un public qui sollicitait des comédies modernes, à l’aube du jazz age, et le film voulu par Griffith entendait opposer une ville corruptrice à la saine campagne, et combattre l’hypocrisie en exposant les adultères, les amants et les corrupteurs…

Si on comprend les craintes de Lillian Gish, au vu du film, on se rend compte que le film n’est jamais politique, se contentant d’exposer un monde, certes binaire, dans le but de jouer avec les nerfs du public dans la dernière demi-heure, le film servant finalement d’exposition à son dénouement. Fidèle à son habitude prise avec les premiers deux bobines, il ajoute à son personnage de femme perdue un prologue qui expose comment, venue pour la première fois à la grande ville, la petite naïve (Anna Moore, Lillian Gish) se fait entraîner dans un simulacre de mariage (Avec le dandy Lowell Sherman) et finit orpheline, fille-mère, et seule, puis comment son bébé meurt dans une maternité dont elle se fait vider pour cause d’immoralité. Mais Griffith, tout au long de ce développement ou il s'essaie à une représentation de l'Amérique citadine contemporaine, nous a montré le futur monde d’Anna, ce lieu ou elle finira par aller, en pleine campagne, dans une ferme, celle de Squire Bartlett. C’est tout un monde qui nous est décrit, du père (Sévère et trop littéral dans son utilisation de la bible, interprété par Burr Mc Intosh) au fils poète, aussi volontaire que le séducteur est vain, et qui est interprété par Richard Barthelmess. La mère est une vieille amie : c’est Kate Bruce.

Cette double exposition passe par le montage parallèle, qui nous permet d’en savoir suffisamment sur la communauté au moment ou Lillian Gish y apparaît, mais cela permet aussi d’établir un lien factice assez fascinant entre les deux stars : au moment ou le faux mariage se fait, Barthelmess (Il s’appelle David) a un cauchemar, un peu comme Ellen se réveille angoissée chez elle au moment ou à des milliers de kilomètres Nosferatu vient de mordre Hutter dans le film de Murnau… Le montage parallèle ne s’arrête pas avec l’arrivée d’Anna, mais il fait une pause. De façon intéressante, Griffith fait se rencontrer David et Anna avec une étrange scène; on s’attendrait à ce qu’ils se jettent dans les bras l’un de l’autre, mais elle ne le voit presque pas, et il est trop timide pour faire autre chose que de sourire un peu bêtement, comme si, après Broken Blossoms, Griffith voulait prolonger la tension un peu particulière de ce film… Mais ils se rapprocheront, et c’est l’un des enjeux de la fin de ce film, qui ne raconte pas que le dangereux sauvetage de Lillian Gish, tombée épuisée sur la glace dérivante d’une rivière dans une tempête de neige, par un intrépide Richard Barthelmess au péril de sa vie…

Le montage complexe des 45 dernières minutes du film est donc l’occasion pour Griffith d’entremêler les intrigues: le dandy est un ami de la famille Bartlett, et ne souhaite pas qu’Anna, trace de son passé infâme, reste à demeure trop longtemps; une commère sait tout et va tout révéler au chef de famille, et Griffith nous montre les images des deux jeunes, entrecoupées de la menace de Burr Mc Intosh qui revient de la ville ou il a été vérifier le ragot: on sait qu’il va la mettre dehors. De plus, du début à la fin, Griffith nous a montré les nombreux pique-assiettes qui encombrent la famille, avec un contrepoint humoristique souvent lourd: cette collection de gens rustiques prend tout son sens lorsque le metteur en scène sort le grand jeu: lorsqu’il presse la jeune femme de sortir, c’est devant la famille-communauté toute entière : au fond, la commère est bien là, et tous, la mère, le fils et les invités, sont témoins. Cette confrontation est le point culminant de l'intrigue, et une fois de plus, c’est la famille qui est en danger, d’où un déchaînement final très Griffithien, avec glaces, blizzard, montage incisif et gens qui courent dans tous les sens… Et comme d’habitude on est totalement pris dans la tourmente…

C’est donc bien un classique, et à son corps défendant malgré les insistants et grossiers intermèdes à la Sennett, pleins de personnages grotesques et insupportables: pour situer, imaginez un film Sennett sans gags : coups de pieds aux fesses, absorptions de liquides, grimaces ridicules, et pire... Mais heureusement, le reste de l’interprétation est remarquable : Lillian Gish doit passer de l’adolescente à la jeune adulte, et joue cette dernière transition avec une justesse et une tristesse qui font mouche. Elle trouve en la personne de Burr Mc Intosh un acteur avec un sacré répondant, il est fabuleux, en particulier dans leur grande scène, au cours de laquelle Lillian ne se laisse pas démonter malgré la puissance du père Bartlett. Lowell Sherman, "pièce rapportée " comme McIntosh, est époustouflant, et le double jeu de regards dans ses scènes avec Lillian Gish vaut le détour. Barthelmess est moins convaincant, mais il est crédible en jeune poète effacé, et de toutes façons, ce film est assurément un véhicule pour Lillian Gish, qui a eu fort à faire avec le tournage de la fameuse séquence de la fonte des glaces. Reste qu'il serait vain de trouver le moindre renouveau idéologique dans cette histoire dont la morale prend l'eau de toutes parts: l'important, c'est la famille! Et si on conspue le méchant séducteur qui a voulu goûter au fruit défendu en trichant, on n'excuse la jeune femme que parce qu'elle n'était pas au courant de son péché... Griffith attaque les commères et les intolérants de tout poil, mais il commence par une série d'intertitres moralisateurs qui insistent bien sur l'importance de la monogamie.

 

Restauré par le Museum of Modern Art, le film est aujourd'hui disponible dans un Blu-ray chez Kino, et la reconstitution est passée par des intertitres et des images fixes qui tentent de combler les trous: les scènes manquantes sont essentiellement des intermèdes comiques, et des séquences intermédiaires qui exposent les intrigues parallèles, la romance imposée par leurs parents à David et Kate, et la cour un peu pressante de Lennox Sanderson à l'égard de cette dernière. De fait, on aimerait mettre la main par principe sur une copie intégrale, mais on se contentera sans râler de cette reconstitution...

S’il s’agit bien d’un classique, il est le dernier film de Griffith qui n’ait pas été sérieusement attaqué : avec lui s’arrête ce qui est déjà l’âge classique, et commence la période durant laquelle le metteur en scène va tout faire pour continuer à exister dans des années 20 qui veulent de moins en moins de lui, et les critiques ne seront pas tendres ; en tout cas ce serait bien malvenu d’enterrer Griffith après Way down east. Il a récolté un grand succès, parfaitement mérité. Nous verrons bientôt comment il entendait revenir à l’histoire (avec un grand D.W.G), avec un Orphans of the storm fascinant et polémique.

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Published by François Massarelli - dans David Wark Griffith Muet 1920 Lillian Gish **
9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 18:40

Encore un film matrimonial de Cecil B. DeMille? Oui, mais celui-ci est vraiment spécial, à plus d'un titre. Tout d'abord, il a failli être mis en scène par William de Mille, le frère, qui est d'ailleurs l'auteur de l'argument, et qui est réputé pour sa finesse, par opposition aux gros sabots de Cecil; ensuite, il reprend la trame de Don't change your husband (1918), en la retournant, en l'épurant; notons également que le réalisateur se passe de deux de ses démons ici: Jeanie McPherson n'est pas créditée au scénario, et aucune scène d'orgie lascive pseudo-biblique ne vient ternir l'ensemble; enfin, il s'agit d'un des derniers films dans lesquels le réalisateur dirige Gloria Swanson, et celle-ci est désormais particulièrement à l'aise dans cet univers: c'est bien simple, le réalisateur lui fait reposer le film sur ses frêles épaules. Tant mieux.

 


D'ailleurs, les épaules de miss Swanson sont l'un des signes mis en oeuvre tout au long de ce film au cours duquel les figures de comparaison (D'une épouse à l'autre, d'un mari à sa femme) égrennent les habitudes, rituels domestiques, signes de classe ou de vulgarité, etc: comme dans les autres comédies de la même série, il s'agit ici pour un couple de se remettre en question et de passer par l'épreuve du changement, afin de se rendre compte, la crise passée, que c'est inutile. On voit donc Beth (Swanson) se séparer de son mari (Thomas Meighan) qui va se consoler avec son amie d'enfance (Bebe Daniels). Une fois le divorce accompli, Beth va changer radicalement, affichant des tenues provocantes afin de rivaliser avec les robes de sa la nouvelle Mrs Gordon, sortant dans les endroits chics et au final se battant de façon assez énergique avec sa rivale. Si le film est loin d'être féministe, au contraire (Il nous apprend tout simplement que la femme a tort jusqu'à ce qu'elle s'en rende compte et se range à l'avis de son mari... De plus, si une femme se bat, c'est pour conserver le droit d'être une épouse...), il n'en a pas moins eu un énorme succès, grâce notamment à la clarté de son intrigue, clairement centrée autour des trois personnages du triangle, et interprétée par des acteurs rodés et populaires; DeMille, fidèle à son habitude, accumule les signes du temps, phonographes et leurs disques (les chansons prenant une fois de plus part à l'intrigue), hôtels chics, visite dans les magasins, et fait feu de tout bois, multipliant les rimes: c'est parce qu'il ne voit pas souvent les épaules de son épouse que Meighan tombe dans les filets de Daniels; Celle-ci, mannequin dans une boutique de lingerie, enlève son jupon lors d'un essayage de négligé afin de mieux séduire l'homme, qui s'étonne en revanche, une fois le négligé offert à sa femme, de la présence d'un jupon: Beth est décidément trop prude pour se permettre des tenues révélatrices... A l'empressement de Daniels pour se révéler correspond chez Beth la peur maladive (Swanson est irrésistible) de trop montrer: une fois le négligé enfilé, elle se montre d'ailleurs à son mari, cachée derrière une grosse couverture.

  


La salle de bains, habituel révélateur de la beauté, est ici l'arêne du quotidien, l'endroit ou mari et femme s'affrontent à coup de mesquineries et d'habitudes, présente dès l'ouverture du film pour montrer la crise du couple. La scène, comparaison entre mari et femme, sera reprise pour montrer qu'une fois remarié, l'homme est toujours logé à la même enseigne: la salle de bain reste un lieu de conflit. Autre scène frappante: Meighan ne souhaite d'abord vraiment pas tromper sa femme, même si celle-ci, de toute évidence, est frigide et repousse toutes ses avances. Pourtant il a bien failli: DeMille nous présente Daniels et Meighan enlacés devant un miroir, et en un seul plan, nous montre une tentative du héros qui s'enhardit, la réaction de Daniels, sans équivoque, et puis la réaction de Meighan à sa propre initiative: lui aussi se voit dans le miroir, et refroidi, ne l'embrassera pas. Malgré tout, le parfum de la jeune femme est déja sur son menteau, il est trop tard: l'épouse saura à qoi s'en tenir...

 


Les acteurs sont en terrain connu: Swanson est depuis trois ans la collaboratrice de DeMille, et elle est fidèle à elle-même, excellente, se rappelant sa formation chez Sennett; Daniels est moins bonne, jouant surtout sur sa vulgarité; elle manque un peu de subtilité sans doute, mais ce n'est pas de la subtilité que DeMille lui réclame. Quant à Meighan, il est moins flegmatique, moins majordome en somme que dans Male and female (1919)... Sa gaucherie sert élégamment le propos, et le final du film l'escamote (Le mari a un accident, laissant les deux épouses quasiment s'entretuer pour s'occuper de lui), nous rappellant qu'il s'agit surtout d'une lutte entre femmes, ce qui nous rappelle un peu Male and female et l'alternance de l'affection prodiguée par Crichton aux deux jeunes femmes présentes avec lui sur l'ile.


Typique des comédies "risquées" de la période, Why change your wife prouve une fois de plus que la mise en scène de DeMille allait décidément pâtir de l'arrivée de la censure prochaine. Les sujets évoqués, les moyens mis en oeuvre allaient vraiment disparaître de son cinéma, et la subtilité et le spirituel laisser la place au religieux, et disons le, à l'hypocrisie, notamment dans Manslaughter (1922) et les Ten commandments (1923). Bref, cette comédie du divorce remplit largement son but, qui est rappelons-le de nous divertir d'une satire pas trop poussée, et de le faire mieux que dans les autres films du même genre. On se réjouit de disposer d'une oeuvre qui résume aussi bien le style d'un cinéaste, même si on ne peut s'empêcher de se demander ce qu'il serait advenu du film si William l'avait réalisé.
 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Cecil B. DeMille 1920 *
20 avril 2011 3 20 /04 /avril /2011 16:21

Le ticket de Borzage pour le grand Hollywood, un film de prestige dans lequel on a laissé les coudées franches à celui qui s'est jusqu'à présent surtout illustré par des westerns, Humoresque fait partie de ces si nombreux films qu'on a cru longtemps perdus, jusqu'en 1986 à en croire Kevin Brownlow qui s'est penché sur ce film dans la cadre de son étude sur la peinture des communautés Juives Américaines dans le cinéma muet (L'un des chapitres de son merveilleux livre Behind the mask of innocence). Retrouvé, et désormais bien connu, il est bien sur un film important dans la carrière de Borzage, mais n'est finalement que ça. Il souffre un peu de la comparaison, tant avec ce qui le précède que ce qui le suit...

 

Le film distribué par Paramount mais produit par la Cosmopolitan est du à la volonté de William Randolph Hearst de travailler avec Borzage, mais c'est le metteur en scène qui a sélectionné l'histoire, sur des critères qui lui sont chers: il lui fallait une histoire humaine, pas trop sophistiquée. Il a bénéficié de la collaboration de Frances Marion, mais il a lui-même mis la nouvelle dans les mains de la scénariste. Le film raconte donc le parcours d'un enfant du ghetto qui deviendra un violoniste de renom, mais qui parti pour la guerre reviendra abimé, blessé au plus profond de son âme, et surtout incapable de jouer. il faudra tout l'amour qui le lie à sa fiancée pour le voir reprendre confiance.

 

Le metteur en scène a réservé la première demi-heure à l'enfance de Leon Kantor, le héros. On y retrouve ses parents, ses nombreux frères et soeurs, dont Mannie, né en plein exil de ses parents et qui en a gardé des séquelles mentales profondes. Il y a aussi Gina, la petite voisine dont Leon est amoureux. Le Lower east Side est montré à travers de courtes vues documentaires effectives, et qui seraient selon Borzage lui-même des images volées... mais l'essentiel du film a été tourné en studio. Une grande part est dédiée au cliché de l'amour maternel et la rivalité comique entre les parents, le père qui a soif de réussite, et la mère qui souhaite que l'un de ses enfants puissent suivre une voie artistique... La deuxième partie voit Leon, qui a réussi, donner des concerts, et offrir des conditions de vie plus décentes à ses parents. la guerre le rattrape, sans qu'une longue préparation du public ait été faite: elle tombe sur le jeune homme un peu comme ça, sans crier gare. Borzage, qui l'occultera plus tard en la rendant abstraites (Voir Lucky star, ou encore A farewell to arms), prend délibérément le parti de n'en rien montrer. le résultat devient bien conventionnel, et assez franchement expéditif...

 

Ce film est donc un mélodrame assez classique, et même trop: on se réjouissait de trouver dans les petits westerns du metteur en scène des épices secrètes, mais la liberté de ces films a été laissée de coté sur ce tournage, probablement très important pour le metteur en scène, dont des acteurs (Selon l'article de Brownlow) ont dit qu'il était tendu sur le plateau, irritable. Ce n'est pourtant pas la réputation qu'il aura par la suite... On se réjouit bien sur de le voir s'essayer au miracle, puisqu'il fait reposer la charge émotionnelle de son film sur le retour de la guerre, avec un Leon défait qui n'a plus le coeur à jouer de la musique. Le retournement de situation est soudain, inattendu, et miraculeux... C'est un grand moment, qui sera bien sur largement dépassé par les fabuleuses scènes d'épiphanies dans de si nombreux films ultérieurs, mais il fallait bien commencer. Un autre grand moment aussi, lorsque Leon joue pour son quartier, Borzage choisit de nous faire ressentir la musqie par le montage de quelques visages émus de vrais gens du Lower east Side, et place sa caméra derrière le public, marée humaine en silhouette, alors qu'au fond du plan, on aperçoit les musiciens. c'est non seulement très juste, mais ça nous renvoie à Gance, qui ajoutera bien sur de la fougue à sa foule chantant la Marseillaise dans son Napoléon.

 

Un peu trop mal à l'aise donc avec ce film qu'il lui fallait réussir pour exister, et pour accéder à la cour des grands, Borzage a donc fait un long métrage qui aujourd'hui possède des beautés, mais aussi des moments de convention et une certaine platitude. La première demi-heure, avec sa vie dans les quartier pauvres, est la plus intéressante. C'est ce qui fera d'ailleurs peur à Hearst et Zukor, qui se feront tirer l'oreille pour accepter de sortir le film. Il aura un grand succès, et permettra sans aucun doute à Borzage, qui restera indépendant jusqu'en 1925, d'accéder à la MGM, puis à la Fox, avec les conséquences que l'on sait.

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage Muet 1920 *
15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 07:47

Premier long métrage avec Buster Keaton en vedette, ce film est aussi le premier que Buster ait tourné après la fin de sa collaboration (1917-1919) avec son ami et mentor, Roscoe Arbuckle. Et franchement, il faut le voir pour le croire, tant ce petit film est éloigné du style sauvage et délirant des deux bobines précédents.

Pour une large part, The saphead (L'andouille) annonce les rôles de jeune riche décalé que Buster jouera dans ses longs métrages, en particulier The Navigator; le film est basé sur une pièce, The New Harrietta. L'intrigue tourne autour de trois Harrietta: une mine d'or au Texas, appelée ainsi, dont le milliardaire New Yorkais Nicolas Van Alstyne possède la moitié des parts, une femme qui a eu un enfant illégitime avec le gendre de Van Alstyne, et le portrait d'une danseuse de ce nom, aperçu dans la chambre de Bertie, le très inefficace fils de Van Alstyne. A partir de ces trois "Harrietta", les confusions possibles sont exploitées par une intrigue maline qui se voit sans déplaisir, même si le rythme du film est plutôt lent. Mais ce n'est pas grave: The saphead devient vite un écrin pour l'acteur Buster Keaton, qui se révèle ici d'une compétence qu'on ne pouvait pas soupçonner à la vision des films d'Arbuckle.

Le moment du film le plus célèbre voit "Bertie" se jeter sur tous les hommes présents lors d'une séance de la bourse pour leur racheter leurs parts de la mine, et les prouesses accomplies par l'acteur sont très impressionnantes. La façon dont il joue de son corps, ici, avec minutie, tout annonce la rigueur du plus grand comédien de tous les temps. Voilà, je l'ai dit. Quant à Blaché, il donne ici un travail très compétent, même si je doute qu'on aurait tant d'intérêt pour ce film si Keaton ne jouait pas dedans...

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Published by François Massarellil - dans Buster Keaton Muet Comédie 1920 **