Alors que les nuages s'amoncellent (le système d'exploitation favorisé par Méliès, la vente de copies, commence à devenir coûteux et la concurrence des gros consortiums Pathé et Gaumont, qui eux louaient donc rentabilisaient plus leur production), Méliès tente le beurre et l'argent du beurre: faire un film comme bon lui semble, c'est-à-dire basé sur des trucages, ET en faire une comédie populaire, avec moqueries, et coups de pieds quelque part.
Et c'est là que le bât blesse: car s'il y bien un aspect de son oeuvre qui a vieilli, ce sont ces comédies boulevardières où finalement le vulgaire le dispute au tout-venant... Ici, il est question d'une invention délirante, qui photographie (voire filme) les gens à distance... Mais en les déformant. La télévision, en somme? Mais quand un couple de gentils vieux arrive pour se faire tirer le portrait, tout l'atelier se déchaîne contre eux...
Et ça, ce n'est pas gentil!
Sinon, qui dit "beurre" puis "argent du beurre", dit forcément "sourire de la crémière! et pour ce qui est de celle-ci, c'est l'inévitable Fernande Albany qui s'y colle...
Dans une fumerie d'opium, un consommateur s'installe et commence à rêver. Le rêve est d'abord très domestique, le monsieur s'imaginant chez lui en famille, dégustant de la bière. Mais une lune très, disons, féminine, apparaît et veut elle aussi consommer de la bière...
Ce film, au titre forcément un peu alléchant, déçoit parce qu'il ne mène nulle part. On notera qu'il recycle l'image d'une lune-visage grimaçante, comme si Méliès savait quel est le seul film qui pouvait le faire passer à la postérité... Mais on s'interroge, et pour commencer, le film est-il complet?
Henri Vilbert, acteur de music-hall très en vue, joue de malchance: tous les éléments se liguent contre lui, des agents qui lui cherchent des crosses quand il sort de sa voiture, aux techniciens du théâtre qui décident d'aller boire un coup quand ils constatent son absence...
Tourné dans un décor, mélange de toiles peintes et de bâtiments réalistes, et profondément différent du canon de Méliès, ce film ressemble assez à ceux qui ont été tournés à la Star-Films pour diversifier la production... et dont il est établi que parfois, Méliès ne s'y est pas du tout intéressé. La caution de Vilbert n'y fait rien, ce film de comédie n'a strictement aucun intérêt...
Ce film est incomplet, il en manque le début dans lequel un ivrogne, chez lui, s'emporte contre sa femme et sa fille... Quand les copies actuelles commencent, on est dans la rue, et la fille tombe, puis la mère, qu'il faut aller secourir car sa robe est coincée dans une aspérité... Les braves gens les réconfortent, et on prévient les autorités...
La partie suivante se déroule dans l'appartement du monstre, au moment où celui-ci réalise... Il tente de se faire sauter le caisson, mais l'arme s'enraye. Il veut ensuite se pendre, mais est interrompu quand les deux victimes rentrent avec deux policiers, et tout est bien qui finit bien...
...Et je suis incapable de dire si cette histoire édifiante est à prendre au premier degré ou s'il y a lieu d'en sourire, et que cet aspect parodique soit bien l'intention de Méliès. Car en l'absence de la mise en contexte, le film ne semble fonctionner que comme un très mauvis reflet du cinéma de Méliès, qui d'après ce que j'ai vu, n'utilise qu'un seul effet spécial: l'arrêt de caméra, quand un mannequin tombe, et que la petite fille se relève en lieu et place pour donner l'illusion qu'elle a été jetée par la fenêtre! Mais le final larmoyant, avec embrassades, et les policiers arrivés sur place qui sortent les mouchoirs, franchement... Et le mauvais goût des tentatives de suicide... Non, c'est impossible de prendre ce film sérieusement!
Justinien, l'un des derniers empereurs Romains, a laissé une trace assez monumentale semble-t-il, sauf sur le cinéma: Méliès aurait-il arbitrairement pris le nom de Justinien dans une liste d'empereurs Romains, et décidé d'en faire le redoutable responsable du supplice assez glauque qui nous est conté ici?
Pour bien situer, voici ce qui se passe dans ce film: alors que l'empereur et ses amis s'apprêtent à prendre un repas, le maître des lieux, ordonne qu'on dispose trois condamnés, et qu'on les fasse brûler pour éclairer la pièce... Dont acte.
Le film ne va pas plus loin, et profite évidemment de la possibilité de tricher en montrant un authentique supplicié, puis en arrêtant la caméra et enfin en plaçant trois mannequins derrière les convives... Bon, malgré tout, on rangera le film dans la catégorie "sadisme et Belle Epoque"... Et sinon, une vogue se dessinait, qui allait pousser vers l'avènement du cinéma Italien, et qui verrait de nombreux films sur des visions délirantes de l'Antiquité, même tardive: voir à ce sujet L'orgie Romaine de Louis Feuillade.
En Inde, un couple entre dans une grotte interdite... La femme pousse son mari, qui n'en avait pas envie, car un moine leur a dit qu'ils pouvaient bien devenir aveugles... Comme ils sont rentrés, les gardiens du génie du feu l'amènent devant cette créature divine, qui leur brûle évidemment les yeux!
On passera évidemment sur le fait que c'est la femme qui donne la mauvaise idée! Le film est très moyen, une sorte de machin exotique vite fait mal fait, dans lequel la troupe d'acteurs fait tout. Au moins peut-on constater que désormais, dans les films de Méliès, le jeu collectif se raffine... un peu. Et Méliès, une fois de plus, ajoute à son film des utilisations de l'élévateur de scène...
Ce film, qui fait partie d'un ensemble assez important de courts métrages réalisés entre la fin de 1907 et le début de 1908, est à son tour un miraculé, un film retrouvé il y a peu (d'un point de vue d'archiviste ce serait probablement ces vingt dernières années!), et dont la fin montre des traces irrémédiables de décomposition dans les dernières minutes...
François Ier y subit le flot ininterrompu d'espièglerie de Triboulet son fou: c'est Méliès qui interprète ce dernier, qui cherche à distraire son souverain... Mais il utilise de grands moyens, dont un aura l'effet escompté, puisque François Ier se jettera plus ou moins sur la belle dame que Triboulet lui présente... avant qu'elle ne se transforme en Triboulet.
Du moins, au vu des traces de décomposition de la pellicule, c'est ce que j'ai cru y comprendre! Dans le film Méliès assume de nouveau son rôle d'illusionniste puisqu'à l'exception de la substitution finale, les trucs qui y sont présentés me laissent totalement incapable d'en analyser la confection... Photographiques, ou live-action? je ne sais pas...
Comme son titre l'indique, pourrait-on dire: donc nous assistons aux préparatifs d'un repas dans la cuisine de l'ogre, qui d'ailleurs va manger de l'humain, et il y a un gag d'un mauvais goût irrésistible avec l'ogre qui prend un valet, le met dans un plat, et ensuite le hache en petits morceaux, Méliès utilisant bien entendu l'arrêt de caméra; il utilise aussi un nouveau truc qu'il aime bien: une combinaison entre le fond noir pour surimpression, et un petit élévateur du style de ceux qu'on mettait sous le trappes de la scène d'un théâtre...
C'est sympathique, et ça va mal se terminer... pour l'ogre évidemment.
Un magicien accompagné de ses assistants présente un tour basé sur un tambourin, maintenu en l'air par des câbles, qu'il utilise comme un portail magique par lequel il fait apparaître et disparaître des êtres, dont... lui-même!
C'est un film double: d'une part, une maîtrise des effets spéciaux qui pousse le magicien à expérimenter plus avant de nouveaux trucs, de nouveaux contextes. Il imagine d'utiliser cette fois l'écran à fond noir pour imaginer une spatialisation toujours plus complexe de ses trucages...
D'autre part il joue la montre, et met beaucoup en scène le jeu du magicien avec ses assistants, et il place un début, une contextualisation et une fin, qui n'apportent finalement pas grand chose. Méliès se répète...
Bon, pour commencer, je propose qu'on passe sur le titre, qui n'est pas à proprement parler très digne de son auteur... Le film est très incomplet ,il n'en subsiste que la fin et toute la mise en contexte est tellement obscure qu'il y a, fait assez rare, un carton introductif dans les copies qui circulent. Il reste à peine deux minutes de ce court métrage qui en faisait probablement 5.
Un peintre fait le portrait d'un modèle exotique, en buvant de l'alcool... Constatant que son serviteur se sert aussi de la bouteille, il la cache, et l'assistant se sert alors dans d'autres flacons, qui contiennent de la peinture...
La fin nous montre les deux hommes se succédant à la place du peintre, une décapitation, et un retour du fantôme sans tête... Comme le film, quoi.