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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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29 août 2021 7 29 /08 /août /2021 15:39

La compagnie maritime Girard et Sims est dans une mauvaise passe: Girard a décidé de se passer de Sims et se prépare à effacer son associé de la firme. ce qui est embêtant, c'est que son fils Paul (Harry Myers) auquel il souhaiterait proposer d'être son nouveau partenaire exclusif, rentre d'Europe, marié... à Dora (Ethel Clayton), la fille de Sims. Le vieux Girard refuse de voir la jeune épousée, et Paul refuse l'association, préférant épauler son beau-père dans une nouvelle affaire. Les ponts sont donc coupés entre le père et le fils Girard...

Quelques années plus tard, le père qui n'a toujours pas digéré les choix de son fils, décide couler la nouvelle compagnie concurrente que ce dernier a lancé. Dans les heures qui suivent, le bateau qui transportait Paul est porté disparu, et San Francisco, où résident Dora, ses enfants et son père, est le théâtre d'un tremblement de terre...

Comme si souvent à cette époque, le film est double, avec d'un côté l'attraction principale, en l'occurrence le tremblement de terre de 1906, pour lequel la compagnie Lubin a repris des archives d'actualité, mais aussi laissé le metteur en scène chercher et trouver des solutions de truquage du décor qui tiennent plutôt la route; de l'autre, une histoire privée qui fournit au film et aux spectateurs une moralité bien sentie: cette fois, le message est clair: faire passer le profit et la liberté d'entreprendre devant la famille et l'affection, ça n'apporte rien de bon! Un message dont nous n'avions pas forcément besoin, mais qui sert de ciment au film. Beaucoup de montage parallèle, là-dedans, en particulier pour montrer sur trois fronts différents les aventures post-tremblement de terre de Dora et ses enfants, du père Girard qui refuse de les aider, et de Paul qui bien évidemment a survécu et essaie depuis les lieux du naufrage, de retrouver le chemin des Etats-Unis...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1913
16 mai 2021 7 16 /05 /mai /2021 17:36

Il y a bien eu un Dick Whittington au Moyen-âge, il  été par trois fois maire de Londres... Mais cette histoire inspirée par la légende qui a été construite à partir de là se situe dans la lignée de la fameuse tirade de The man who shot Liberty Valance: quand la légende est plus belle que la vérité, imprimons la légende...

Dick Whittington, un enfant de la campagne, est fasciné par ce qu'on lui raconte de Londres, et décide de s'y rendre. Il est forcément un peu déçu mais trouve à se loger en se mettant au service d'un marchand. Il est plus ou moins soumis aux vexations du petit personnel, mais il a un toit, et pour s'occuper des rats, un chat. Lorsque le marchand part en voyage d'affaires, il emmène le chat avec lui, et ça va lui sauver la vie, et apporter la fortune à tous, y compris à Dick...

Ca y est: un long métrage! Les Etats-Unis ont raiment traîné des pieds pour se mettre à ce nouveau format en dépit des tentatives téméraires de Thomas Ince et plus prudentes de David Wark Griffith. La même année que Judith of Bethulia, de ce dernier, Alice Guy sort donc ce film sur un format long, en trois bobines. Il lui permet de varier les décors, de s'installer dans la longueur, et d'expérimenter avec des décors en trompe-l'oeil: sans surprise, c'est cet aspect qui passe le plus mal, alors qu'une autre idée saugrenue, celle de faire interpréter son adolescent par une actrice, Vinnie Burns, passe plutôt bien. C'est un film soigné, hautement moral, dans lequel on contourne prudemment toute audace narrative, mais qui confirme bien que le cinéma Américain est passé à une nouvelle ère...

 

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Published by François Massarelli - dans 1913 Muet Alice Guy
26 avril 2021 1 26 /04 /avril /2021 18:24

Ce film est une grande date à plus d'un titre: d'une part il est l'un des premiers longs métrages d'un pays qui a bien du mal à exister dans le monde du cinéma, dominé par les Danois, les Italiens et les Français. Ensuite, il est aussi l'invention d'un mythe cinématographique, certes plus ou moins adapté d'une nouvelle de Poe, mais qui va générer sa propre légende, au point de fournir une cargaison de remakes... De là à penser que ce film ouvre la voie à une kyrielle de films fantastiques Allemands, et non des moindres, il n'y a qu'un pas!

Balduin (Paul Wegener) est un étudiant à Prague, matamore et fort satisfait de lui-même: fin bretteur, beau parleur, séduisant, il supporte assez mal le rejet. Aussi, quand une comtesse qu'il a sauvé de la noyade l'envoie paître en raison de son statut social inférieur, il plonge dans le doute. Il écoute la suggestion d'un étrange personnage, Scapinelli, sorte d'incarnation du diable: celui-ci lui garantit la fortune en échange de "tout ce qu'il souhaite prendre" dans l'appartement de l'étudiant. Il prend... le reflet dans son miroir. 

Balduin parvient donc à la richesse, et les portes de la noblesse s'ouvrent toutes grandes pour lui. Mais il est suivi constamment, par son double d'une part, et par une mystérieuse Gitane... Les deux seront sa perte.

On est encore dans un cinéma dominé par les tableaux, les plans uniques qui suffisent à une séquence... Le film délaisse les possibilités du montage pour s'intéresser, d'une part, au champ lui-même, qui est systématiquement traité en fonction de l'effet qu'il produira sur le spectateur (exactement la démarche que suivra à la lettre Wiene dans son Caligari 6 ans plus tard); d'autre part, Ewers et Rye s'amusent avec des doubles expositions, permettant au double maléfique de Paul Wegener de faire peur à Balduin, et c'est rudement bien fait... C'est vrai aussi que le film prend son temps, en particulier pour laisser les effets, justement, faire leur petit effet! Mis on a souvent le sentiment d'assister à la naissance d'un grand courant du cinéma mondial, et ça, ce n'est pas rien!

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1913
15 mars 2021 1 15 /03 /mars /2021 15:52

Un village de pionniers, situé à proximité d’un campement indien, subit une attaque mortelle de la tribu, dont la colère a été provoquée par la mort du fils de chef, abattu par un cow-boy qui voulait protéger une adolescente.

A nouveau dans un film de Griffith, un homme se dévoue pour aller chercher du secours. Derrière ce scénario mis en image en Californie, on a une histoire épique à la Griffith, qui est dans l’ensemble rondement menée, avec Mae Marsh en orpheline qui arrive à l’ouest (Au cours d’un prologue Dickensien) en compagnie d’un gentil couple un peu gnan-gnan, joué par Lillian Gish et Bobby Harron : ils ont un enfant, qui jouera un rôle malgré son jeune âge. L’essentiel de l’action est provoqué par le fait que le patron du ranch, dont l’oncle de Mae est l’employé, interdit à la jeune fille de garder son chiot à l’intérieur de la maison. Pendant la nuit, deux Indiens entendent le chien, et s’apprêtent à le tuer pour le manger, lorsque la jeune fille intervient, ce qui entraîne la mort du jeune fils de chef comme on l’a dit plus haut.

Je me permets ici deux digressions: d’une part, Mae Marsh, en jeune préadolescente écervelée, est hélas insupportable; d’autre part les indiens nous sont, dans ce film, présentés comme d’abominables sauvages: ils mangent du chien, ils boivent comme des trous, ils font des fêtes païennes à s’endormir par terre en pleine danse, et ils ont dépenaillés… Tiens donc! C’en est fini de la magnanimité décrite dans d’autres films plus anciens, mais c’est aussi bien loin de la peinture des expéditions punitives de Custer sur les femmes et les enfants…

La deuxième bobine du film repose donc sur ces bases soigneusement empilées durant la première, et on assiste donc à une bataille, de plus en plus meurtrière pour toutes les parties concernées, à de micro-suspenses liés au jeune couple (Le bébé ? Ou est le bébé ?) où à la jeune fille (Tiens? Un bébé dans les bras d’un Cow-boy mort. Si je le sauvais?); tout cela est bien rendu, mais les gros sabots l’emportent vraiment sur la subtilité. La dimension épique vers laquelle Griffith tend, avec ses deux westerns, est surtout pour lui l’occasion de grossir le trait, et en retour il ne nous gratifie pas de beaucoup : tout au plus peut-on glaner ça et là des scènes de bataille relevées d’un fouillis de fumigènes qui accentuent le coté « boucherie héroïque » que Griffith aimait tant à souligner dans ses films, tout en s’y vautrant allègrement puisqu’il savait le public friand d’émotions fortes, etc…

Le film ressemble finalement à une ébauche de Birth of a Nation, par son racisme, son coté simpliste, et par des anecdotes précises: la cabane dans laquelle sont réfugiés les blancs est assiégée par les "sauvages", et lorsque les cartouches se font rares, les hommes s'apprêtent à sacrifier leurs femmes pour leur éviter un destin pire que la mort... 

Sinon, Elderbush Gulch ressemble à un galop d’essai pour Mae Marsh, autour de laquelle est centrée l’action. Le rôle de gentille demeurée que lui a donné Griffith ne lui rend pas justice, loin delà… mais c'est mieux que Lillian Gish qui reste cantonnée une fois de plus dans les jeunes ravissantes idiotes. Mae Marsh aura sa revanche avec Intolerance, et Lillian Gish l’a déjà eue avec The mothering heart, tourné quelques mois auparavant.

 

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Published by François Massarelli - dans 1913 David Wark Griffith Muet Western
18 juin 2020 4 18 /06 /juin /2020 18:31

C'est l'un des derniers films de Jasset, tourné comme de juste pour le studio Eclair, et c'est une somme, un festival: comme Bandits en automobile, comme sa série des Nick Carter, c'est une histoire policière, ou du moins d'espionnage, mais prise délibérément sur son versant improbable et riche en péripéties: Jasset, qui avait présidé à la destinée de la série Zigomar, en avait retiré deux enseignements: 

D'une part le public appréciait particulièrement les aventures délirantes d'un maître du crime auquel rien ne résistait et qui s'adonnait aux déguisements les plus délirants, un constat que ferait aussi Feuillade à l'époque des Fantômas. D'autre part, il avait apprécié de tourner de nombreux épisodes de Zigomar avec l'actrice Josette Andriot, et avait fini par conclure qu'il lui fallait concilier ces deux atouts. Protéa est donc l'histoire d'une belle espionne, confrontée à une situation sans gravité puisque située dans des pays qui n'existent pas: Jasset aurait-il aussi inventé le MacGuffin cher à Hitchcock?

Donc le gouvernement de Méssénie, qui craint que celui de la Celtie n'utilise un traité dangereux pour ses intérêts, fait appel à l'aventurière Protéa (Josette Andriot) pour le récupérer, mais celle-ci émet une condition: elle assure qu'elle ne pourra mener à bien sa mission que si on lui adjoint les services de son associé L'anguille (Lucien Bataille), qui se morfond en prison! Dont acte, et les deux compères vont en moins d'une heure battre le record du monde de rapidité du travestissement, trouvant à chaque occasion son déguisement... 

Par ailleurs, le film promettait du plaisir en forme de cascades et autres retournements de situations, et gagne à tous les coups: Protéa n'a aucune limite, aucune barrière ne la retient, et Jasset a le bon goût de ne jamais laisser un temps mort ni de ne jamais se prendre au sérieux. Ne cherchez plus le film ultime du serial français: c'est Protéa!

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1913 Victorin-Hyppolite Jasset Eclair
27 février 2020 4 27 /02 /février /2020 15:49

Un scandale éclate au duché de Wallenstein: des plans secrets ont été volés par un espion qui s'était introduit dans la famille d'un membre de l'état-major, sous le prétexte de conter fleurette à sa fille. L'officier responsable des plans se suicide, et sa fille Elsa (Lyda Borelli) doit partir en exil. En Suisse, elle travaille dans le monde du spectacle, et se fait rapidement un nom, mais le poids du souvenir la laisse constamment insatisfaite... Jusqu'au jour où elle rencontre un bel inconnu (Mario Bonnard) avec lequel elle file bientôt le parfait amour, sans savoir que ce désoeuvré, incognito, est en réalité le prince héritier de Wallenstein...

Bon, on va le dire de suite, comme ça ce sera fait: l'ignoble individu, qui subtilise les plans au début du film, puis qui reparaît dans le seul but de nuire gratuitement à la belle Elsa, s'appelle dans le film Moïse Sthar: une parfaitement inutile touche d'antisémitisme qu'on pourrait faire disparaître en remplaçant son nom par Jean Dupont sur un intertitre! Mais les maladies honteuses ont la peau dure, et pas que dans ce début de siècle précédent... Quoi qu'il en soit, malgré cette tache indélébile, ce film est important, ne serait-ce que c'est l'un des premiers films de Lyda Borelli, et sans doute le premier à être significatif...

Certes, c'est un mélodrame assez classique, un film dans lequel les passions finissent mal, à peine mâtiné d'un brin d'espionnage. Mais surtout, c'est un film qui repose intégralement sur les épaules d'une actrice qui avait un certain renom au théâtre, mais qui a instinctivement compris qu'elle pouvait utiliser la gestuelle, et les attitudes, pour faire passer l'émotion, dans ce nouveau médium en construction qu'était le cinéma... Le résultat, c'est qu'elle vampirise l'écran, obligeant le pépère Caserini à tresser toute sa mise en scène autour d'elle. Chaque scène qu'elle joue est une merveille d'invention, d'expression et d'émotion. La dernière dans laquelle elle meurt sur scène comme Molière (oui, C'EST une tragédie, forcément) particulièrement: une seule comparaison me vient à l'esprit, c'est Lillian Gish dans sa scène finale de La bohême... Excusez du peu. 

A coup sûr, c'est un film qui aura été crucial pour cimenter une grande part du cinéma Italien sur la verve de ses actrices, Lyda Borelli qui donne ici des échos de sa carrière théâtrale à travers les rôles joués par son personnage, l'avait bien compris, et le reste de la décennie allait être particulièrement intéressant.

 

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Published by François Massarelli - dans 1913 Muet Lyda Borelli Mario Caserini
22 février 2020 6 22 /02 /février /2020 16:50

Le DFI a mis en ligne Atlantis, en HD, et c'est une sacrée nouvelle! D'autant que le film propose des intertitres à la fois en danois et en anglais, pour ceux qui peuvent déchiffrer l'une de ces deux langues... Le film est à tous points de vue une grande date, et son accessibilité doit donc être fêtée comme il se doit! Tourné en 1913, il est un démarquage partiel de l'histoire du Titanic, en même temps que l'un des premiers très longs métrages, avec 114 minutes de spectacle.

Le Dr Von Kammacher (Olaf Fonss) est doublement affligé de malchance: non seulement son traité de biologie est refusé partout où il le présente, mais son épouse Angèle souffre de démence précoce et va devoir être internée. Pour fuir cette réalité, le scientifique s'embarque pour les Etats-Unis sur un caprice: il sait qu'une artiste qu'il a vue sur scène, la danseuse Ingigerd Hahlstrom (Ida Orloff), sera sur le bateau... Mauvaise idée, car le bateau va faire naufrage, et s'il vont survivre tous les deux, la suite ne sera pas de tout repos pour la belle danseuse volage et pour son amant ombrageux...

Côté pile, on a un film adapté d'un roman à succès de Gerhard Hauptmann, semble capitaliser sur le destin tragique du Titanic pour dresser un portrait apocalyptique de toute velléité de se rendre aux Etats-Unis (la première guerre mondiale se profile à l'horizon), et les mésaventures du Professeur Von Kammacher confirment que ce n'était pas une bonne idée en effet. En quittant le Danemark et sa famille, pour suivre la belle danseuse, il a clairement lâché la proie pour l'ombre. Cela étant dit, le bon docteur, si il est tombé sous l'influence vénéneuse d'une intrigante capricieuse, a un comportement souvent équivoque avec les dames, comme en témoignent deux scènes situées sur le bateau, et curieusement dépourvues de résolution: Von Kammacher a aperçu une femme, dans les cabines populaires, qu'il a désirée de suite. Quand elle est amenée chez le docteur pour traiter son mal de mer, le professeur qui rendait visite à son collègue séduit la jeune femme...

Côté face, le film est impressionnant par son étendue, et les moyens déployés par Blom: à l'opposé d'un cinéma mondial qui reste souvent strictement frontal, il joue en permanence avec la composition, contraste avec adresse les personnages situés en gros plan, avec des arrière-plans dynamiques; il place sa caméra au milieu des scènes de panique, et toute la séquence du naufrage est un tour de force, qui a du être difficile pour les acteurs, parce que la Mer Du Nord, où le film a été tourné, n'est pas à proprement parler un endroit riant et chaud... Et la façon dont Blom choisit une narration assez volontiers énergique, suivant son héros qui fait presque le tour du monde, se rendant à Berlin, puis décidant sur un coup de tête de prendre un avion pour Souhampton, et d'y attraper le bateau fatal... Il en ressort l'impression que Blom, tout en délivrant un message hostile aux pays étrangers, plaide en quelque sorte pour un cinéma international. Et le résultat, qui sera un énorme succès dans le monde entier, lui donne raison.

Pour finir, citons par acquis de conscience qu'un jeune acteur Hongrois était présent sur le tournage, qu'il joue un personnage secondaire, et qu'il était à l'aube d'une belle carrière, qui allait le voir, lui aussi, voyager... Michael Curtiz, alias Mihaly Kertersz, joue en effet un jeune médecin ami de Fonss dans les séquences Berlinoises...

https://www.stumfilm.dk/en/stumfilm/streaming/film/atlantis

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1913 August Blom Danemark DFI
12 janvier 2020 7 12 /01 /janvier /2020 12:32

On oublie parfois que Louis Feuillade n'est pas que l'homme des Fantômas, des Vampires et de Judex... Qu'au-delà de son oeuvre policière et vouée au mystère, le metteur en scène a aussi fait preuve d'une versatilité impressionnante, passant allègrement durant ses années à la Gaumont d'un genre à l'autre, avec les mêmes interprètes le plus souvent.

L'agonie de Byzance raconte la chute de la capitale de l'empire Byzantin, à l'arrivée des troupes Turques du sultan Mahomet II (Albert Reusy). En trois jours, la ville défendue par les derniers soldats de l'empereur Constantin, va se faire prendre par une troupe détermine, et qui ne rigole vraiment pas...

Ce film de 1913 fait partie des spectacles grandioses et édifiants de la firme à la marguerite, et on aurait attendu un Etienne Arnaud ou un Gérard Bourgeois pour le tourner, dans la mesure où ce type de production était leur spécialité. Mais ici, Feuillade traite le sujet selon sa volonté, et s'est fixé pour ambition de réaliser une super-production selon les standards de l'époque. La plupart des décors sont donc en carton-pâte, et l'interprétation (Luitz-Morat en empereur Constantin, et Renée Carl, Edmond Bréon, ou George Melchior en personnages divers) est également d'une grande fausseté, selon les canons théâtraux en vigueur.

Mais la structure du film, qui conte une inéluctable débâcle par le menu, qui s'efforce de se placer selon le point de vue des victimes tout du long, et qui maintient l'intérêt par un usage consommé de la profondeur de champ, force le respect; en particulier Feuillade choisit de traiter les épisodes de l'invasion en montrant l'arrivée des Turcs depuis le fin fond de la scène, pour un effet d'une grande violence. Il ne nous épargne pas le traitement toujours fantasmé (le français étant toujours le champion incontesté de l'islamophobie) des femmes, assujetties avec un sens du détail ici, qui ne fait certes pas dans la dentelle... Et ce n'était pas une métaphore.

 Bien sûr, les Italiens feront dix fois mieux dès l'années suivante, mais Feuillade avec ses centaines de figurants (comptez-les!) et son goût mesuré du sensationnel, n'oublie jamais de satisfaire le public... Même s'il abandonnera bientôt cet attrait pour le traitement de l'histoire, au profit de son univers de romans-feuilletons...

 

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Published by François Massarelli - dans Louis Feuillade 1913 Muet
18 août 2019 7 18 /08 /août /2019 14:08

Les deux enfants du titre, un garçon d'une dizaine d'années et une jeune adolescente presque femme, s'allient à un noble et son épouse qui ont eu par un marin qu'ils emploient que le Capitaine Grant, disparu en mer, serait toujours vivant: une bouteille a été trouvée, avec un message mystérieux dedans. Aidés d'un scientifique un peu excentrique, ils vont parcourir la Cordillère des Andes, l'Amérique du Nord, l'Australie et la Nouvelle-Zélande à la recherche du marin disparu...

En quatre bobines, les aventuriers imaginés par Jules Verne, sorte de panel idéal pour une aventure tous publics, et sans arrières-pensées, passent à la moulinette de toutes les péripéties, Jasset ne se privant pas d'un de ses péchés mignons, le suspense avec un train. Bien sûr, la vision de l'aventure un peu naïve, tout comme celle, odieuse, des Aborigènes, appartiennent à leur époque...

Ce film, qui est du autant à Jasset qu'au scénariste Michel Verne, le fils, illustre la façon de faire du cinéaste quand il se laissait aller à la fantaisie, sans passer par ses histoires de bandits internationaux. Ca bouge, ça part dans tous les sens et ça fait montre d'une vitalité cinématographique permanente, avec du suspense cela va sans dire. Le film, comme le roman, se résout dans un retournement des plus mélodramatiques, sans un gramme de crédibilité... Au moins il se finit bien!

Par contre c'est l'une des dernières oeuvres de Jasset, mort cette même année. Le film n'est sorti qu'en 1914, et est attribué à Jasset et l'acteur Henry Roussel, qui a très certainement pris le relais et fini le film à la place de son auteur d'origine.

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Published by François Massarelli - dans 1913 Muet Victorin-Hyppolite Jasset Eclair
2 août 2019 5 02 /08 /août /2019 09:19

Camille de Morlhon a la dangereuse réputation d'être un faiseur, à la chaîne, de films vite faits mal faits qui sacrifiaient à tous les pires clichés des genres populaires, mais on ne voit pas ses films à l'exception de quelques projections à la Cinémathèque, qui par l'entremise de l'historienne Renée Lichtig, passionnée et regrettée, a restauré tout un pan de son oeuvre... La Broyeuse de Coeurs est disponible sur un ensemble de DVD peu banals, puisqu'ils sont entièrement consacrés à ces films que Franz Kafka a commentés dans des correspondances privées et autres journaux intimes.

Pierre (Pierre Magnier) et Marthe (Clémence Liceney) s'aiment et vont se marier, mais lors d'une réunion de son cercle, il rencontre la fascinante Ida Bianca (Léontine Massart), chanteuse et artiste. C'est le coup de foudre... Il utilise les prétextes les plus classiques pour ne pas honorer ses rendez-vous avec sa fiancée, et celle-ci le prend en flagrant délit: attablé à un café en compagnie de la chanteuse... Marthe, le coeur brisé, est guettée par la tuberculose, et part se refaire une santé dans les Pyrénées, mais elle croise Pierre et Ida qui sont en panne sur la route de l'Espagne... Et Ida rencontre un autre homme, un toréador: voila que ça la reprend...

On est en plein mélodrame classique, avec un jeu souvent ampoulé... Je ne sais pas si tout ce petit monde prend très au sérieux cette histoire dont on a par ailleurs gommé certains aspects scandaleux, puisque Pierre et Marthe ne sont pas encore mariés. Du coup, l'adultère n'en est pas tout à fait un... Quelques passages surnagent, dont des échanges enflammés de regards entre Magnier et Massart, ou encore le voyage aux Pyrénées, qui permet à Morlhon de photographier de magnifiques paysages... Sinon, il s'inspire directement du cinéma Italien et de ses actrices passionnées, en présentant le numéro de music-hall de la chanteuse, accompagnée de surimpressions de flammes...

 

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Published by François Massarelli - dans Camille de Morlhon Muet 1913