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24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 18:29

Les années (19)10, ça a l'air reculé comme ça, mais il y a un point sur lequel nous aurions des leçons à prendre: les femmes étaient non seulement acceptées au poste de réalisatrice dans les studios Américains, mais la pratique était encouragée. Il était bien vu de confier une production à une réalisatrice, et c'est ainsi qu'ont pu travailler Lois Weber, Ida May Park, et Elsie Jane Wilson, entre autres. Ivers était scénariste et en 1915, elle a tourné ce premier de quatre longs métrage...

Hélas, si les studios étaient plutôt avancés en 1915, les hommes ont vite repris le dessus, et l'incurie de la préservation des films de l'époque aidant, on n'a que peu de traces de ces oeuvres. Par exemple, il ne subsiste de ce film qu'une seule bobine, la quatrième...

Elle est remarquable: il y est question d'une partie de carte qui dégénère, à cause d'un tricheur, et le montage nous fait évoluer de point de vue en point de vue  avec un gros plan sur la main du tricheur... Le perdant va s'attirer des ennuis et entraîner un ami dans sa chute, qui pour le couvrir va falsifier les comptes de la banque où ils travaillent tous deux: une belle séquence en montage parallèle. Voilà, c'est à peu près tout... Ah, j'oubliais, un "jeune" acteur débute avec ce film, il s'appelle George Fawcett, et on ne peut pas le rater... C'est lui qui interprétait le rôle principal du film, dans un arc narratif quasiment absent de la bobine: il était un juge intransigeant dans les tribunaux, qui se rattrapait ensuite en s'investissant dans l'aide aux familles de ses "victimes"...

 

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Published by François Massarelli - dans Julia Crawford Ivers Muet 1915 **
29 février 2020 6 29 /02 /février /2020 09:01

Ce film est un cas à part, y compris dans le contexte parfois franchement baroque du cinéma Italien des "divas " des années 10! Il est l'adaptation d'un poème de Fausto Martini, une variation sur Faust au féminin. Non seulement il a été conçu comme un "véhicule" pour Lyda Borelli, mais il était accompagné 'une partition très élaborée de Pietro Mascagni, faisant du film une sorte d'opéra cinématographique!

La respectable vieille dame Alba d'Oltrevita (Lyda Borelli) aime à s'entourer de jeunes personnes dans sa demeure, mais ils lui rappellent cruellement la vérité sur son sort. Passant devant une toile présentant Faust et Mephisto, elle émet le souhait d'être confrontée comme le vieux Faust à une nouvelle jeunesse... ce qui n'est pas tombé dans les oreilles d'un sourd: Mephisto (Ugo Bazzini) l'a entendue, et le tableau s'anime.

L'accord conclu entre le démon et la vieille dame est simple: elle va récupérer sa jeunesse et sa beauté, mais a l'obligation de ne pas tomber amoureuse. Et bien sûr elle accepte...

Dans la première partie, Alba tourne la tête d'un jeune homme, Sergio (Giovanni Cinni) qui ne l'intéresse pas du tout. Elle préfère passer du temps avec le frère de celui-ci, Tristano (Andrea Habay) qui est venu pour lui demander de cesser ses manigances, et bien entendu, elle tombe amoureuse, ce qui va précipiter les deux frères dans la mort...

Oxilia a conçu le film en trois parties distinctes, un prologue donc, la première partie qui laisse la place au lyrisme et dans laquelle Lyda Borelli se retrouve très entourée. Mephisto est généralement dans l'ombre, mais au fur et à mesure de l'avancée de la situation, les figurants disparaissent... La deuxième partie, qui vient après la révélation de l'amour d'Alba pour Tristano, est quasiment un solo de l'actrice, qui joue comme elle savait le faire, des pieds à la tête: son jeu n'est ni timide, ni mesuré, mais elle réussit à éviter le ridicule en maintenant un répertoire d'expressions magistral. Oxilia se plait à filmer avec adresse tous les éléments de l'immense propriété où se situe l'action, trouvant toujours des solutions personnelles pour cadrer l'actrice derrière des filtres, des éléments de décor, des branchages... Le cinéaste profite aussi d'une belle lumière estivale.

Un élément essentiel du film, outre sa partition, est la couleur: teintes, mais aussi pochoirs, sont utilisés dramatiquement. Alba et Mephisto en particulier bénéficient d'un traitement de faveur, puisque dans de nombreuses scènes ils sont les seuls à avoir été colorés: Mephisto en pourpre, et Alba en fuschia... Ce dispositif particulier est l'un des éléments qui ont fait que la sortie du film a été retardée, jusqu'à juillet 1917, peu de temps avant la mort d'Oxilia.

Ce reflet extravagant d'une autre époque, mais aussi d'une confiance inconditionnelle dans les pouvoirs du cinéma, cette fois allié aux autres arts, est de ces oeuvres qui ne peuvent laisser indifférent, et qui plus de cent années plus tard, intriguent forcément... A voir donc à tête reposée, dans les meilleures conditions possibles, soit avec ses couleurs et sa musique.

 

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Published by François Massarelli - dans 1915 Nino Oxilia Muet Lyda Borelli *
17 février 2020 1 17 /02 /février /2020 09:43

Aux tous débuts du western, d'une part il s'agit de bien comprendre qu'il n'y a aucun besoin de vernis passéiste ou de distance mythique: ce qui rend les westerns des premiers temps précieux, est le fait que nombre d'entre eux sont strictement contemporains! Ce qui n'est pas forcément le cas, mais il y a néanmoins toujours des liens avec la vérité; ce film a été produit en réaction à la multiplication des films produits par d'anciens bandits, le plus célèbre étant Al Jennings qui dans la plus pure tradition du western, avait une façon bien à lui de se mettre en avant. Des anciens hommes de loi ont donc décidé d'utiliser l'arme du cinéma eux aussi, pour rappeler les spectateurs à une certaine décence vis-à-vis de la loi!

Ainsi Bill Tilghman, qui ne se met pas trop en avant, nous montre dans ce film la façon dont les forces de l'ordre balbutiantes du territoire de l'Oklahoma ont fait face à des bandes organisées qui écumaient la région. Le film est fortement authentique, du moins dans la partie qui nous est parvenue: une seule bobine sur les six du long métrage a survécu, mais on y sent un réalisme et un besoin de règlement de comptes particulièrement marqués, comme dans cette scène finale où les bandits abattent gratuitement un passant, suivi d'un intertitre: c'est parce qu'ils sont comme ça que ce sont des bandits...

Bref, on est loin, très loin, de la vision romantique du hors-la-loi comme un Robin des Bois moderne...

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Published by François Massarelli - dans Muet Western 1915 *
25 janvier 2020 6 25 /01 /janvier /2020 10:40

Ce film de moyen métrage qui s'intéresse à l'actualité brûlante de la guerre fait partie d'une veine qui tient plus de la propagande que de la tranche de vie, pour l'auteur de la série justement célébrée, La vie telle qu'elle est, et bien entendu on n'y trouvera pas l'attrait du mystère si présent dans les films criminels et les séries d'aventure. Cela étant dit, il y a là matière à trouver de l'intérêt...

L'histoire est d'un caractère édifiant, mais n'est pas assimilable à l'esprit "fleur au fusil" des premiers mois de la première guerre mondiale: l'intrigue tourne autour de trois environnements, avec d'un côté, un poilu qui se languit de sa famille quand il est au front, de l'autre la famille à l'arrière et déplacée (leur région est occupée par l'ennemi) et enfin, la "marraine de guerre" du héros, une brave châtelaine Tourangelle, de la meilleure société évidemment, qui va réunir la famille séparée à l'occasion de Noël...

Les bons sentiments, la présence inévitable d'un arrière-plan religieux ('un esprit Catholique d'avant 1905!) trahissent l'esprit Gaumont dans toute sa naïve splendeur, et je ne suis pas sûr que le très comme il faut Feuillade, pourtant si conservateur, se soit beaucoup intéressé à cette histoire. Mais il a su traduire les solitudes, les langueurs des uns et des autres, en images superbes. Il utilise avec verve la pénombre et même la profondeur de champ pour révéler à la faveur d'une porte entrouverte les soldats ennemis qui ont investi une cuisine pour y boire et célébrer leurs victoires. Par moments, on pense au cinéma Tsariste d'un Bauer ou d'un Protozanov, des cinéastes qui n'avaient pas de concurrence pour représenter la détresse intérieure...

 

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Published by François Massarelli - dans 1915 Louis Feuillade Muet *
21 avril 2019 7 21 /04 /avril /2019 11:47

Regeneration serait le plus ancien film de Walsh encore disponible. Le conditionnel s’impose : on en sait peu sur cette période et les films vraiment consultables… Quoi qu'il en soit, ce film tourné dans les quartiers de New York vient, trois ans après The musketeers of Pig Alley, de Griffith, donner la version de Walsh du film de gangsters. La comparaison des deux œuvres permet de constater que le point de vue, la méthode, le script, les efforts demandés aux acteurs, sont bien différents dans l’un et l’autre.

Walsh aborde son film en Irlandais, et en catholique : c’est une évidence, même s’il fait jouer à l’amour au sens sentimental du terme un rôle extrêmement important, il est clair que la rédemption comprise dans le titre naît d’un engagement personnel complet du personnage principal. Il peint une Amérique des bas-fonds dans laquelle certes les gens les moins aisés ont la solution de facilité du crime, mais ne les juge d’autant pas que son héros, Owen Conway (Rockliffe Fellowes), s’est fait tout seul après avoir fui le domicile de ses parents adoptifs, le père (James Marcus) étant une grosse brute avinée. Son caractère fondamentalement positif apparaît dans une anecdote, lorsque Owen sauve un jeune garçon handicapé des brimades d’un groupe de grosses brutes: il le suivra ensuite jusqu'au bout du monde par reconnaissance. Le déclic se fait lorsqu’ Owen rencontre Marie Deering (Anna Q. Nilsson), une jeune bourgeoise qui participe à une mission. Il l’aide, et bien vite va tomber amoureux, ce qui va le pousser à s’amender. Mais tous ses ex-copains ne l’entendent pas de cette oreille.

Le naturalisme du film est son meilleur atout : autant dans la reconstitution des bas-fonds, que dans la participation de vrais gangsters et de figurants authentiques, on retrouve la vision simple et directe d’un monde tangible. Les acteurs sont amenés à jouer d’une façon toujours juste; Walsh atteint ainsi une certaine vérité des sentiments qui permettent à la dimension sentimentale importante du film (On est Irlandais ou on ne l’est pas) de passer sans forcer. Et puis contrairement à Griffith, il se repose largement sur les images sans imposer une seule fois d’éditorial: c’est un film réalisé par un conteur qui a compris que les images sont son seul vecteur.

Et il me paraît, par rapport au style certes foisonnant du cinéma Américain des années 10, particulièrement en avance sur à peu près tout le monde: lui qui vient de participer à l'aventure de The birth of a nation pourrait même, avec son découpage dans lequel aucun plan n'est inutile, et chaque image frappe par sa beauté, son authenticité et les couches de sens qu'elle contient, en remontrer à Griffith soi-même: par exemple, à l'heure où son ancien patron tente avec plus ou moins de bonheur d'imposer des travellings lents, qu'il appelle ses "mouvements Cabiria" en référence au film de Pastrone, Walsh lui non seulement les utilise de façon formidable, mais il leur donne constamment du sens...

Et cerise sur le gâteau, non seulement Raoul Walsh sait recréer le monde naturel et complexe dans lequel il a largement vécu (la dimension personnelle de ce film si Irlando-Américain ne doit pas nous échapper), il sait aussi tirer parti de la vérité face à lui: j'ai fait allusion aux "acteurs" de fortune, vrais gangsters et vraies filles de joie, qu'on croise dans le film, mais il n'avait pas prévu qu'il y aurait un vrai incendie sur un vrai bateau, celui précisément sur lequel il était en train de tourner une fête organisée par la mission. Imperturbable, Walsh a demandé à son équipe de continuer à tourner: il a ainsi obtenu une vraie panique...

C’est donc un drame superbe dans lequel l’un des plus grands réalisateurs du siècle se révèle dans toute sa fraîcheur… La Fox avait en son sein un artiste sur lequel elle allait largement se reposer dans les années qui suivraient ; quel dommage que la plupart des films qui en résulteraient soient aujourd’hui perdus…

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Published by François Massarelli - dans Muet 1915 Raoul Walsh *
3 avril 2019 3 03 /04 /avril /2019 17:40

A Paris pendant la guerre, la vie continue... la comédie aussi. C'est le thème de ce film de moyen métrage réalisé par Henri Diamant-Berger (son premier ou deuxième, on ne sait pas exactement) qui vient d'entrer dans son métier de cinéaste, à 20 ans: mobilisé, blessé, décoré, le jeune passionné de théâtre se découvre instantanément une vocation...

...ce qui fait qu'on aura d'autant plus d'indulgence pour ce film bricolé un peu à la va-vite, et sans doute pour soutenir l'effort de guerre. Le metteur en scène le passe sous silence dans ses souvenirs, même s'il mentionne le fait que le plus aguerri André Heuzé, par ailleurs scénariste de ce film, lui a mis le pied à l'étrier. Ici, des sketchs sans grand lien les uns aux autres s'enchaînent sur le thème de la vie à l'arrière, et c'est uniquement la comédie qui règne: on n'a pas encore connu les horreurs de l'hiver et du début du printemps 1916: le pire est donc à venir...

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Published by François Massarelli - dans Muet Henri Diamant-Berger 1915 Première guerre mondiale *
30 novembre 2018 5 30 /11 /novembre /2018 17:55

Il est sans doute arbitraire (un diktat de George Sadoul, je ne serais pas étonné) que l'histoire du cinéma se soit focalisée, concernant le serial Américain, sur le seul feuilleton The perils of Pauline, qui possède ses mérites propres. Peut-être le fait que Breton ait écrit deux ou trois conneries à son sujet, a-t-il joué aussi... Quoi qu'il en soit, il y en a eu d'autres, qu'on redécouvre parfois, en entier (The woman in grey de James Vincent), ou par fragments (The purple mask de Grace Cunard): The Hazards of Helen produit par Kalem fait hélas partie de ceux-ci. Mais il possède un avantage, toutefois, dans la mesure où les épisodes de cette série étaient d'une part réduits à une bobine, et d'autres part tous indépendants les uns des autre. Pour Helen, pas de fin d'épisode coincée dans les griffes d'un lion prêt à la manger, ou de ligotage impromptu sur les rails d'un train qui s'apprête à l'écraser!

Helen Holmes était le principale auteure de la série, et sa co-réalisatrice. mais surtout, elle jouait Helen, la dynamique et bondissante télégraphiste qui sauvait la compagnie de chemin de fer  chaque épisode en empêchant des catastrophes (pendant que ses collègues masculins s'époumonaient à discuter de la marche à suivre!). Les compagnies de chemin de fer ont, comme souvent dans l'histoire de ces temps pionniers du cinéma, joué un rôle prépondérant en prêtant leurs installations et leurs trains, et c'est dans la tradition établie par Victorin Jasset, un serial rempli de rebondissements, dans lequel un petit bout de bonne femme totalement oublié de nos jours saute de wagon en wagon, se jette dans un canal en moto, et ce sans doublure. Autre temps, autres héroïnes...

 

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Published by François Massarelli - dans 1915 Muet Serial **
30 novembre 2018 5 30 /11 /novembre /2018 16:54

Au XIXe siècle, dans un coin boisé du Berry (normal, on est chez George Sand), vit une petite communauté de braves gens, qui sont observés de loin par Fanchon (en Français, la Petite Fadette, interprétée par Mary Pickford), une sauvageonne qui vit à l'écart avec sa grande-mère; on soupçonne cette dernière de sorcellerie... Mais Fanchon est fascinée par "les autres", et surtout par Landry (Jack Standing), le fils d'un des notables locaux. Quand elle le voit aux bras de sa promise Madelon (Lottie Pickford), Fanchon décide de la remplacer purement et simplement...

C'est une rareté, retrouvée dans les vingt dernières années entre Londres (le BFI, où Kevin Brownlow en aurait visionné une copie incomplète dès 1999), et Paris (La cinémathèque Française, où l'on aurait "trouvé" une copie en 2012); le film était un souvenir ému de Mary Pickford qui commençait à vraiment contrôler sa carrière, et qui jouait ici en compagnie de sa soeur Lottie et de son frère Jack. C'est sa première collaboration avec quelqu'un qui va jouer un rôle important dans sa vie, la scénariste Frances Marion. Le réalisateur est loin d'être un inconnu, puisque James Kirkwood était un ancien collègue de bureau, en quelque sorte: un acteur de chez Griffith (très souvent employé dans les films Indiens), qui était passé à a réalisation en 1912...

Et justement, la réalisation, parlons-en: si le principal choix est ici de repérer des localités (en Pennsylvanie) qui peuvent à peu près passer pour le Berry, et les cadrer dans des compositions toujours pertinentes, je dirais que la mise en scène reste malgré tout soumise à 100% à la star. Ca ne nous étonnera pas, car le film est vraiment un écrin pour le jeu enjoué et dynamique de Mary Pickford, mais dans une version nettement moins enfantine que d'habitude. Elle est une jeune personne qui arrive à l'âge adulte et se sent prête à se mesurer avec les jeunes femmes de "l'autre monde" (à commencer par la pauvre Madelon qui en prend pour son grade), et expérimenter avec son capital de séduction. Si on excepte l'impression irritante que les villageois de ce coin du Berry sont embarqués dans une ronde perpétuelle (mais c'est le point de vue de "Fanchon", après tout), le film est une bien belle aventure cinématographique qui de surcroît resplendit dans une reconstitution de grande qualité...

 

 

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Published by François Massarelli - dans 1915 Muet Mary Pickford **
28 juillet 2018 6 28 /07 /juillet /2018 18:35

Les films Universal de Lon Chaney, tournés entre 1913 et 1917, étaient plus d'une centaine; seule une petite poignée a survécu, et pas dans un très bon état. A l'heure actuelle, on en découvre encore des fragments, mais il est sans doute bien tard, le nitrate "n'attend pas" comme le rappelait la campagne de sauvegarde des films organisée il y a quelques années aux antipodes...

Chaney est un personnage secondaire dans une grande majorité de ces films, dont celui-ci: seules les deux premières bobines ont survécu, et l'acteur ne jouerait pas dans la troisième. Il est un homme des bois, un père rigoriste qui a tenté de tuer son épouse quand elle s'est enfuie avec un homme de la ville. Il est désormais flanqué d'une fille qui ressemble de plus en plus à sa mère, et qui lui donne des sueurs froides par ses velléités de liberté. Apprenant qu'il veut la marier à un voisin, d'un type un rien trop rugueux à son goût, Jen (Cleo Madison) s'enfuit...

Elle va se rendre vers la grande ville, où elle va trouver l'amour, mais aussi les complications, puisque le monde est toujours petit dans les mélodrames, et l'homme qu'elle aime fréquente des cercles qui ont, bien sûr, connu sa mère. Joseph De Grasse fait, comme on dit, le boulot, dans un film qui profite du contraste entre les environnements rustiques de la première bobine (Chaney est toujours à l'aise dans les bois, y compris avec une longue barbe!) et la ville"corruptrice " de la deuxième bobine. Quant à la troisième bobine, eh bien... il n'y en a plus!

 

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Published by François Massarelli - dans 1915 Lon Chaney Muet Film Perdu ** Joseph de Grasse
9 juillet 2017 7 09 /07 /juillet /2017 10:50

Tourné à l'hiver 1914-1915, ce film est en fait la plus ancienne collaboration conservée entre Bauer, et les deux acteurs qui six semaines plus tard tourneront pour lui Après la mort, et qu'on retrouvera aussi dans La mort du cygne: Vera Karalli et Vitold Polonski. Karalli interprète Lili, une jeune femme totalement aveugle, et Vadim son amoureux de toujours, décidé à lui rendre la vue par tous les moyens...

Et justement, Vadim a trouvé le docteur miracle, qui a par une simple opération trouvé le moyen de rendre ses yeux à la jeune femme. Celle-ci se fait opérer, et le miracle s'accomplit. Mais le jour où elle recouvre la vue, elle commet une erreur d'interprétation de ce qu'elle voit, et elle confond les deux hommes présents Vadim, et... Gregory; son frère. Tout le contraire de Vadim: il joue, il boit, il fait la fête, il drague, et il s'affiche avec des femmes... Mais il a toujours rêvé d'accrocher Lili à son tableau de chasse, et comme la famille de Lili ne veut pas qu'on la contrarie, il est décidé de ne pas lui révéler la vérité...

Je m'arrête tout de suite sur ce qui ne va pas: ce n'est pas comme si Lili n'avait jamais rencontré les deux hommes qu'elle a confondus. Si on s'en tient à l'image, on sait qu'elle connait par ses mains le visage de Vadim... Et si on est un tant soit peu réaliste, on se doute que leurs voix respectives les rendent forcément différents. Bref, ça ne tient pas debout, il convient de l'admettre.

Mais voilà, Lili possède un certain nombre de caractères qui la rendent si particulière dans le monde de Bauer. Comme tant d'autres, c'est une artiste, qui a trouvé dans la pratique du violon une échappatoire et un univers bien à elle. Ensuite le film nous présente, à travers le jeu enfiévré de Vera Karalli, une découverte de la vue qui devient une expérience traumatique. En recouvrant un sens qu'elle n'a jamais eu, elle perd tous ses repères, après tout. Et Gregory, tout le contraire de son frère l'aîné tourmenté, représente aussi d'une certaine façon l'attraction de l'interdit. Et la révélation de la dissolution de la vie de celui qu'elle s'est en quelque sorte choisi, va ^précipiter une inversion symbolique de la situation.

Oui, Lili redevient aveugle, et peut à nouveau profiter du "bonheur de la nuit éternelle"... 

Bauer en dépit du ratage énorme dans le script est très à son aise, dans la peinture de trois univers, tous des domaines qu'il a explorés et dans lesquels il est passé maître: le monde restreint de Lili, dans lequel l'actrice limite le jeu de ses yeux tout en y trouvant une extrême expressivité. Le monde torturé de Vadim, un homme responsable, et un savant, qui pèse en permanence le pour et le contre, hanté par la mort: il a des cranes humains sur son bureau dans une pièce sombre où il passe le plus clair de son temps. Enfin, le monde de Gregory est fait de repas à n'en plus finir, de boisson, et il vit entre son appartement décoré de statues, hum, antiques, et l'appartement de sa maîtresse (celle qui révélera la vérité à Lili, par jalousie)... 

ET le metteur en scène alterne les vues presque naturaliste de Lili et Gregory (qu'elle prend pour Vadim) dans un Moscou sérieusement enneigé, et une scène inattendue, de Lili qui découvre encore la magie de la vision: fascinée de pouvoir voir la nature, elle regarde par la fenêtre en pleine nuit, et a une vision d'horreur, celle d'une créature au masque de mort... Une brusque intrusion fantastique dans un mélodrame dont les contours restent classiques, mais aussi un aperçu de la vie intérieure troublante d'une feme qui a trouvé un sens qu'elle ne maîtrise pas, et qui décidément ressemble furieusement à une incarnation de sa sexualité ou en tout cas de sa vie affective, ce qui dans un film de 1915 revient, somme toute, au même...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1915 Yevgueny Bauer