Charley Chase a rencontré lors d'un voyage en train une ravissante jeune femme (Thelma Todd) qui l'invite chez elle (elle vit avec son papa) pour une journée. Mais le jeune homme a déjà rencontré le père (Anders randolph) et ça ne s'est pas bien passé, en raison des éternuements intempestifs de Charley... L'après-midi ne sera pas une réussite.
Le film non plus, qui tente parfois maladroitement d'intégrer le son dans une comédie loufoque assez classique. On ne peut s'empêcher de penser que le père aurait été beaucoup plus percutant s'il avait été interprété par Edar Kennedy (qui était certainement occupé dans un tournage pour Laurel et hardy à ce moment là!)... Le final dans les montagnes russes est du'ne idiotie militante, et c'est un compliment: on retrouve le côté absurde des situations qui permettaient à Charley chase d'exprimer son art, un mélange délicat de comique d'observation et de honte publique!
...Le principal atout du film reste bien sûr que Charley Chasea enfin trouvé une partenaire qui peut rivaliser avec lui, puisque la jeune femme n'est autre que Thelma Todd. Après Martha Sleeper entre 1924 et 1926, ce sera sa leading lady la plus significative, une vraie égale en comédie.
Charley Chase doit récupérer au port la mère de sa fiancée, qu'il n'a pasencore rencontrée, et il sait qu'elle vient de subir une opération. Il s'attend à une vieille dame malade et se retrouve devant une femme du monde, qui flirte outrageusement avec lui: l'opération était une intervention de chirurgie esthétique...
C'est le deuxième film parlant de Charley Chase après The big squawk, et le moins qu'on puisse dire est qu'il est pire. Non seulement techniquement parlant (le son, cet élément si fragile à manipuler pour les équipes, et qui rend la comédie si vulgaire par endroits), mais aussi par un scénario qui n'a ni queue ni tête. Charley Chase repose aussi beaucoup sur la répétition de gags, un élément qui fonctionnait beaucoup mieux chez Laurel et Hardy en raison de la personnalité des deux comédiens, mais qui iciressemble à une redondance pure et simple...
Charley (Chase) est amoureux de Nina, mais celle-ci le rend éperdument jaloux en dansant avec d'autres hommes. Un copain lui suggère de la rendre jalouse à son tour, en prétendant qu'il a un rendez-vous dans un chalet à l'écart de la ville avec une jeune femme. Bien sûr, il s'y rendra seul, et la fiancée, en venant constatera qu'il s'agit d'un canular. Mais c'était compter sans le sort: quand Charley se rend au chalet, il ne sait pas qu'il le partage avec une troupe de jeunes femmes qui s'y sont réfugiées pendant un orage (sous le patronage loufoque de Gale Henry)...
Le chalet a déjà servi, dans un court métrage mémorable, The caretaker's daughter de Leo McCarey, avec Charley Chase justement. Celui-ci étant très probablement le véritable auteur de ce film, on le voit ici jouer avec des variations de la physionomie très particulire du décor, une maison dans laquelle un escalier monte à des chambres, toutes visibles depuis le rez de chaussée, une disposition idéale pour un ballet loufoque... Et ici, pour des déambulations en nuisette de starlettes, car en 1929 et en ces débuts du cinéma parlant, c'est une manie qui commence à s'installer durablement!
Le film est typique en tous points de cette période. Pour commencer, comme la plupart des premiers films parlants des "équipes" des studios Hal Roach, son titre est inspitrée d'un son ou d'une allusion au bruit. Ensuite... le parlant, en 1929, n'est pas au point, et la bande-son montre que Elmer Raguse, qui présidait aux destinées de la dimension sonore des films Hal Roach, tatonnait encore. Du reste, Chase se fond mal dans le cinéma parlant, en effet... Pour l'instant du moins: le film n'est pas une réussite en dépit de quelques moments de loufoquerie militante.
La première scène justifie à elle seule le titre: une rue de Shangai, la nuit, avec des marins de tous les pays qui se retrouvent en bordée, entre (forte) consommation d'alcool et fréquentation de dames obligeamment présentes... Les hommes se saoulent, fraternisent, chantent (fort) et consomment...
Ce qui surprend aussi, c'est le fait que le film, en l'état, ne soit ni muet ni parlant: c'est un hybride, une copie partiellement sonorisée avec musique et bruitage et le cas échéant des chansons, mais dont les dialogues sont constitués d'intertitres sauf lorsque les répliques, privées éventuellement de leur sens, ont un intérêt dramatique ou documentaire... Un ordre solennel donné par un officier, par exemple...
Le film raconte l'odyssée dangereuse d'un sous-marin qui prend la mer et dont le destin de l'équipage va être mis à rude épreuve, car suite à une collision avec un navire, il a coulé et commence à se remplir d'eau. Le capitaine fait partie des victimes de la collision, et un sous officier, Price, assume le commandement. Une course contre la montre s'engage, et un autre suspense se met en place: un des officiers a été reconnu à Shangai par un Anglais qui a vu en lui un "fantôme", un marin qu'il croit mort... Qu'en est-il?
C'est une expérience étrange, que de n'avoir pu conserver qu'une version très intermédiaire d'un film... A sa sortie, Men without women existait certainemnt sous la forme de copies totalement muettes, à destination des salles rurales des Etats-Unis, mais surtout d'une version parlante qui était évidemment celle qui faisait autorité. Mais en l'absence de versions étrangères, le marché non anglophone ne pouvait profiter du son que dans cette version hybride, qui maintenant l'atmosphère sonore du film sans rendre le dialogue impossible à comprendre (les intertitres des copies étaient adaptés dans les pays qui importaient cette version).
C'est un film d'aventures dans lequel les hommes n'ont que peu de temps à consacrer au fait de penser aux femmes, le titre étant surtout là pour attirer le spectateur. On reconnait John Ford, fasciné par cette histoire d'un groupe d'hommes à la dérive (aucun jeu de mots ici), qui vont unir leurs efforts pour le bien commun, certains allant au sacrifice. Une fascination facilitée par la profonde sympathie du metteur en scène pour ces marins, qui ne seront certes pas les derniers de son oeuvre (Seas beneath, Submarine Patrol, reprendront partiellement ce type d'intrigue, et d'autres films suivront, donc The long voyage home...).
Pour l'anecdore, c'est l'un des nombreux films pour lesquels Marion Morrison a joué le cachet chez Ford en attendant qu'on lui confie de meilleurs rôles: ce sera chose faite avec The big trail cette même année, mais ce sera sous le pseudonyme de John Wayne. On verra aussi un des complices de la première heure à la Fox, le grand J. Farrell MacDonald, caution Irlandaise oblige, un vétéran qui savait se mouiller, c'est le moins qu'on puisse dire.
Dan (William Powell), un prisonnier évadé, se trouve dans un bar à Hong-Kong: il a tué un homme, un bandit redoutable, mais la loi est la loi, et son évasion a eu lieu durant son transfert vers la prison de San Quentin où il était prévu de l'exécuter.
Joan (Kay Francis), une belle dame de la haute société de San Francisco, voyage en extrême orient pour oublier son destin: atteinte d'un mal incurable, elle n'en a que pour quelques mois, quelques semaines même si elle continue. Elle se trouve dans un bar, à Hong-Kong...
Les deux se retournent et se retrouvent nez à nez l'un avec l'autre, condamnés au coup de foudre... Dès le lendemain, ils seront sur le même bateau, en route chacun vers son destin, l'une flanquée d'un médecin qui se désespère de voir sa patiente aux prises avec des émotions qui pourraient la tuer, l'autre accompagné d'un policier embarrassé de devoir accompagner Dan jsqu'à sa mort programmée.
Ce n'était pas la première fois qu'un film réunissait Kay Francis et William Powell, dont l'alchimie était rendue évidente par leur capacité à évoluer aussi bien dans la fantaisie que dans les sentiments. Mais ici, c'est le souffle romantique qui gagne, rendu d'autant plus poignant par le fait que chacun des personnages est non seulement condamné, mais en plus a décidé de le cacher à l'autre... Il en ressort une impression d'urgence, dont Garnett a l'élégance de la rendre très subliminale. Mais quand ils se rencontrent, aucun doute possible: nous savons que nous avons assisté à un coup de foudre, dont le motif des deux verres cassés (qui permettra d'ailleurs quelques gags) sera un écho jusqu'à la toute fin du film.
Le film repose totalement sur l'alchimie entre les deux personnages, mais aussi sur leur talent propre, singulièrement; on a rarement vu Kay Francis utiliser autant le magnétisme de son regard sans pour autant tomber dans le cliché, ou William Powell suggérer la gravité sous-jacente avec aussi peu d'efforts.
On repose ici sur une tradition tellement ancrée dans les années 30 qu'elle serait presque un genre à part entière, celle du film de croisière... a ces deux personnages mentionnés plus haut, et ce brave policier sentimental incarné par Warren Hymer, viennent s'ajouter deux personnages qui à la fois aident l'intrigue, et la saupoudrent d'une dose de comédie: un pickpocket alcoolique (Frank McHugh), qui va contribuer à des tentatives de sauver Dan, et une fausse comtesse (Aline Mac-Mahon) dans un de ses rôles les plus touchants. Le tout enveloppé dans la classe des productions de la Warner des années pré-code, et en prime le film ne dure que 67 minutes...
Cornelius (Roscoe Arbuckle) a inventé un vernis spécial qui protège la porcelaine au point de la rendre incassable. Il se rend à un rendez-vous qu'il espère triomphal dans un magasin du centre-ville, sans savoir qu'il emporte avec lui, à la place de son produit miracle, un bocal de cidre maison de son copain (Al St-John)...
Avec un prétexte comme celui-ci, on fait une bobine, pas deux: c'est de là que viendra en fait le titre; afin d'allonger la sauce, on a imaginé tout un prologue au cours duquel Arbuckle, dans un très improbable tacot, se rend en ville avec un essaim d'abeilles (ou de bourdons, le dialogue n'est pas très tranché) qui lui tourne autour, et bien sûr de nombreux gags liés à cette présence embarrassante. C'est d'ailleur là qu'on voit bien que la mission qui avait été confiée au comédien et à son équipe était d'utiliser le son; quoi de plus normal? La production était confiée par Vitaphone...
C'est de la comédie poids lourd (je sais, c'est facile, mais je suis encouragé dans cette direction par celui qui se surnommait lui-même The Prince of Whales), parfois attendrissate par son refus absolu de la sophistication et souvent drôle. Arbuckle était aussi un fieffé coquin, et il ne peut s'empêcher de glisser une petite allusion perfide à la drogue, lorsqu'il présente un vase hors de prix (qui finira évidemment en poussière) à une employée du magasin de porcelaine: il lui demande de souffler dessus pour sécher le vernis avec ces mots: "would you like a little blow?", comme s'il lui proposait de la cocaïne...
Les effets spéciaux, nombreux, montrent leurs limites, et le rythme laisse parfois à désirer. Mais d'une part, ce sont là parmi les derières scènes produites par Arbuckle qui allait mourir quelques mois plus tard; d'autre part, un magasin de porcelaine, ça nous laisse anticiper beaucoup de comédie anarchiste, donc soyons rassurés: mission, à cet égard, parfaitement accomplie...
Dans le cabinet prestigieux d'un avocat New Yorkais, George Simon (John Barrymore), nous assistons à un ballet quotidien et incessant: pendant que Simon et son associé jonglent avec les affaires en cours, les affaires qui se terminent et celles qui se profilent, des clients attendent, se jaugent, et les secrétaires, assistants et autres collaborateurs vont et viennent. Si tout sourit à George Simon, une affaire qu'il avait traitée un peu à la hussarde risque de lui exploser méchamment à la figure, et par dessus le marché, son épouse se sentant délaissée va partir en mer avec une connaissance commune...
L'origine théâtrale ne fait aucun doute, comme souvent chez Wyler, qui n'avait pas peur de l'afficher; et comme d'habitude il va transcender cet aspect en concentrant sa mise en scène et son montage sur le rythme et le geste. Et avec Barrymore, qui n'est pas loin de tourner Twentieth Century pour Hawks (son film le plus frénétique), le réalisateur peut demander la lune en matière de tempo, il l'aura. On obtient d'ailleurs un film Universal qu'on imaginerait presque à la Warner... j'ai dit presque: si Lloyd Bacon ou Roy del Ruth avaient tourné ce film, avec Warren William en lieu et place de Barrymore bien entendu, l'un aurait poussé vers la comédie et l'autre vers la farce...
Et Bebe Daniels aurait été remplacée par Joan londell, qui jouera d'ailleurs un rôle un peu similaire à Rexy Gordon dans Jimmy the gent de Michael Curtiz: la secrétaire un peu effacée mais dont les sentiments pour son patron sont si évidents que lui seul ne les a pas encore remarqués! Mais Bebe Daniels est absolument poignante dans le rôle, et elle est presque le fil rouge de ce film, offrant d'ailleurs au spectateur un point de vue à suivre, sain et équilibré... C'est que devant le nombre de gens qui entrent et sortent sur le plateau, qu'on ne quittera jamais, il fallait au moins ça.
Le film est donc le portrait sans concession d'un homme qui a réussi dans tout sauf manifestement dans ce qu'il a de plus cher... Et il ne réalisera que l'espace d'une minute dans le film que c'était ce qu'il a de plus cher. C'est aussi un miroir grinçant d'une société qui s'oublie en voulant aller toujours plus vite. Un portrait en creux de l'homme qui en vieillissant oublie ses idéaux. Un beau portrait intime d'un avocat Juif auquel tout a réussi, avec une mère gentiment mais sûrement envahissante... Un rappel de la différence cruelle des classes, une comédie des moeurs d'un bureau, et que sais-je encore? Entre drame et comédie, c'est l'un des premiers grands films de Wyler...
1918, Londres: une jeune chorus girl Américaine, Myra (Mae Clarke), qui a perdu son travail, rencontre sur le Waterloo Bridge un soldat Américain engagé au côtés du Canada en permission, Roy (Douglass Montgomery). Les deux tombent amoureux l'un de l'autre, alors que Myra ramène le jeune homme chez elle, et que Roy ne se rend pas compte qu'elle se prostitue. Il va aller jusqu'à la présenter à sa famille...
Je suppose que le jeu sur la nationalité des protagonistes a été une nécessité, pour une production située à Londres, mais entièrement tournée à Hollywood dans les studios de Universal. C'est frappant, de constater qu'un studio comme celui-ci, ait pu se lancer dans un tel pari, d'une part parce la pièce adaptée était hautement scandaleuse, mais surtout elle n'avait pas eu de réel succès. Mais Carl Laemmle Jr, le petit génie qui faisait de plus en pus la pluie et le beau temps à Universal, faisait justement ce genre de pari, et il avait été frappé de l'intelligence de la mise en scène de Journey's end, la première réalisation de James Whale, qu'il avait aussitôt engagé.
Et c'est justement ce qui fait le prix et l'intérêt d'un film qui aurait pu être qu'une romance sentimentale tragique de plus ou de moins. Les acteurs n'avaient pas de génie particulier, mais ils sont impeccablement dirigés; et le travail de caméra ici, qui doit s'accommoder d'un scénario qui cantonne souvent les personnages et l'intrigue à l'unité de lieu et de temps, est absolument magistral: Whale et Arthur Edeson ont en effet adopté des prises de vues très mobiles, qui se manifestent aussi bien en extérieurs (le pont de Waterloo), que dans le théâtre au début (cette caméra qui se promène sur la scène d'un musical, cherchant Myra au début) que dans l'appartement, avec de soudains travellings sur des objets significatifs.
La dette du cinéaste (qu'il rappellera jusqu'à la fin de ses jours) envers le cinéma Allemand muet, Murnau en tête, est immense, et on comprend qu'à la suite de ce film il soit apparu comme le meilleur choix du studio pour tourner Frankenstein...
A Pago-Pago, Samoa, un bateau fait escale; à son bord, deux couples très dignes, un révérend d'une part, et un médecin progressiste d'autre part, avec leurs épouses. Parmi ceux et celles qui débarquent, se trouve également Sadie Thompson (Joan Crawford), une prostituée qui fuit la vie de San Francisco ou d'Honolulu. Sous le regard désapprobateur du docteur, et de Joe (William Gargan), un sergent bientôt démobilisé, le pasteur Davidson (Walter Huston) commence à s'intéresser à la rédemption de miss Thompson...
C'est la deuxième adaptation de la pièce de Somerset Maugham; la première (Sadie Thompson, 1927), également produite par Joseph Schenck, était muette et entièrement taillée pour Gloria Swanson, accompagnée de Lionel Barrymore dans le rôle du révérend fasciné au-delà du raisonnable par la dame de petite vertu! Raoul Walsh, qui réalisait le film, complétait le casting dans le rôle du beau sergent. On comprenait que la belle puisse envisager de tout quitter pour lui. Ici, c'est moins clair... Le personnage, assez falot, reste en dehors du véritable enjeu, la confrontation entre Sadie, et l'abominable manipulateur, réformateur (c'est-à-dire fondamentaliste et empêcheur de tourner en rond) jusqu'au bout des ongles, Révérend Davidson... Walter Huston est superbe, Joan Crawford aussi, dans l'un des plus beaux rôles de sa carrière...
Mais le film, tout en étant confié à un maître qui a eu les coudées franches (ses jours en tant qu'artiste étaient pourtant comptés), reste une adaptation d'une pièce de théâtre, dans laquelle le dialogue prend une place considérable. La tension accumulée par l'image dans la version muette, est ici principalement véhiculée par le dialogue... Et c'est plus conventionnel. Pourtant, on n'a pas lésiné: une photographie souvent nocturne, une partie du tournage à Catalina, des seconds rôles (Guy Kibbee!!) parfois savoureux, et un ton provocateur... Le film, surtout comparé à l'adaptation précédente, me semble quand même être moins bon que The front page et All quiet on the western front, les deux plus importants films de Milestone.
Josef (Paul Lukas), le valet d’un prince très séducteur (Nils Asther), finit par décider de tenter sa chance comme son maître, en se faisant à son tour passer pour un noble. Il tombe amoureux d’une comtesse(Elissa Landi), sans savoir qu’elle est en réalité la femme de chambre d’une famille noble…
Sorti la dernière année de l’époque dite « pré-code », ce film de James Whale est surprenant à plus d’un titre, d’abord bien sûr dans le fait que son auteur est aujourd’hui surtout connu pour ses quatre films fantastiques (Frankenstein, The invisible man, Bride of Frankenstein) ou gothiques (The old dark house) alors que son œuvre est d’une plus grande richesse, pour l’instant largement ignorée; mais aussi, Whale s’y livre à une refonte personnelle de la comédie, selon des codes qui lui sont propres et qui vont à l’encontre, par exemple, de ceux d’un Lubitsch…
Mon choix de Lubitsch n’a rien d’u hasard : c’est que le héros du film, le valet d’un prince qui admire tellement son patron qu’il lui pique sa technique de séduction, qu’il note et répète en s’entrainant devant le miroir, nous fait penser que Lubitsch se serait plu à imaginer la même histoire, vue du point de vue du prince, justement. Et le prince aurait pu, certainement, prendre la place de son valet. Ce genre d’étude des strates de la société, du point de vue du populaire comique Berlinois qu’avait été Lubitsch, n’est pas du même genre après tout que ce que Whale en fait, lui qui s’intéresse d’abord à l’admiration inconditionnelle de Josef pour son maître.
Il va aussi plus loin, car quand le Prince rentre à l'improviste et surprend une conversation entre Josef et Marie, cette dernière appelant le majordome Prince, il se glisse automatiquement dans la peau du valet, et va même effectuer de façon impeccable les mêmes gestes que lui. Une façon de montrer ici que si le valet a observé le maître, le maître lui sait parfaitement imiter son valet, qu'il a forcément observé...
On sait que Whale a « caché » parfois de manière très visible dans son œuvre des allusions à sa sexualité, à commencer par le rapport curieux qui s’établissait par exemple entre Ernest Thesiger et Colin Clive dans Bride of Frankenstein. Dans ce film, on pourrait se livrer à une lecture asse intéressante de la fascination exercée par Nils Asther sur son valet; mais ce qui frappe plus, c’est à quel point finalement la mise en scène de la frustration du valet qui se prend pour le maître, et tombe amoureux d’une femme qui est exactement comme lui, une dissimulatrice et une menteuse, est moderne!
Et Whale utilise son élégante mise en espace en s’amusant à semer le doute, le mystère, passant au début du temps à nous faire nous interroger sur la véritable identité de ce dandy, qui s’avèrera au final être un domestique. Lorsque nous découvrons quelques séquences plus loin la fausse comtesse, elle aussi seule dans un boudoir où elle prend ses aises, nous comprendrons qu’elle est en fait, elle aussi une domestique. La mise en scène de Whale, qui utilise (d’ailleurs c’est parfois irritant) un contrepoint musical permanent, mène finalement aux mêmes conclusions que Lubitsch, mais avec des moyens bien différents : un homme est un homme et une femme est une femme. Paul Lukas est exceptionnel, Elissa Landi est assez à l’aise dans la comédie, et les personnages sont attachants: le film est une joyeuse bulle d’euphorie dans une oeuvre inquiète…