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25 mai 2024 6 25 /05 /mai /2024 17:33

Durant la période "free-lance" de Borzage, entre son contrat à la Fox et son contrat à la warner, il a donc beaucoup tourné, pour un certain nombre de compagnies. Aujourd'hui, un sondage sur les préférences de ses admirateurs permettrait sans doute d'établir le fait que tous se retrouvent principalement dans ce film, tourné en 1933 pour la Columbia, qui était encore un bien petite entreprise en dépit des efforts de Capra pour lui faire voir plus haut. De fait, loin des films généreux et souvent basés sur une observation réaliste, transcendée par l'urgence de son style, de Capra, ce nouvel opus Borzagien est une nouvelle fois une somme de ses thèmes, qui renvoie à sa période faste, celle qui va de 1927 à 1930, et plus particulièrement à Seventh Heaven, The river, Lucky star et Liliom. Le film, qui ne fut sans doute pas un succès notable en 1933, est aussi devenu une grande date non seulement de l'oeuvre du cinéaste mais aussi de toute cette période qui se situe avant la renforcement en 1934 du code de production, c'est dire si l'on s'y exprime librement. Il y est question de la cohabitation hors mariage, de sexualité et d'adultère, et on y professe une vie à l'écart de tout y compris de la légalité. Pour en terminer avec ce préambule, ajoutons que les acteurs convoqués par Frank Borzage y sont tous absolument excellents, Spencer Tracy et Loretta Young en tête...

Trina, une jeune chômeuse au bout du rouleau, rencontre Bill, un homme dont les habits lui font croire qu'il est riche, et qui lui suggère avec dureté de faire face à la crise en prenant les devants, faisant allusion à la possibilité de se prostituer; il lui 'offre' aussi à manger, ce qui va vite révéler à la jeune femme qu'il est sans le sou, un apôtre de la débrouille, habillé comme un prince pour les besoins d'un boulot d'occasion. Il la ramène "chez lui", dans un taudis ou il partage la condition des plus défavorisés, et très vite ils partagent le même toit, formant un couple des plus étranges: elle se dévoue corps et âme à lui, mais il n'a jamais de mots autres que durs à l'égard de la jeune femme, qu'il menace d'abandonner. Bragg, un homme aux intentions peu honorables les surveille, afin de s'approprier la jeune femme le moment venu. Bill assume sa liberté, et tente de fuir la jeune femme lorsque celle-ci lui annonce qu'elle est enceinte.

http://2.bp.blogspot.com/_CLu8_jFPNZ4/TNA5UREyG7I/AAAAAAAAHP8/iKMX-Fu3xrw/s1600/10b+Man's+Castle.jpgA force de douceur, elle l'amène à s'interroger, puis à tenter de prendre ses responsabilités, lorsque sous l'influence de Bragg, il s'essaie à un cambriolage désastreux, comme Liliom, mais les deux amants, qui ont eu droit eux aussi à leur simulacre de mariage, vont pouvoir partir comme Allen John et Rosalee (The river); leur "péniche", par contre, sera un train, ce même train qu'Allen John ratait à chaque fois qu'il souhaitait le prendre dans The river, et qui est ici le fil rouge de l'envie d'ailleurs de Bill, qui se vante de choisir sa destinée, mais semble bien coincé à New York...

On le voit, on retrouve beaucoup des traits et des obsessions de Frank Borzage, accumulés de film en film, depuis la rencontre fortuite entre Bill et Trina et la réticence de Spencer Tracy à l'égard de toute expression de tendresse, ce qui nous renvoie à la cohabitation entre Chico et Diane dans Seventh Heaven. Borzage va ici plus loin dans la peinture du couple, en donnant clairement à leur amour une dimension sexuelle, qui apparait par le dialogue, par la promiscuité évidente (Cette conversation sublime, menée par Loretta Young, lorsqu'ils sont tous les deux sur un lit, et que par pudeur, Tracy se cache le visage dans un oreiller, par exemple, trahit l'incroyable intimité du couple), et bien sûr par ce vieux truc mélodramatique mais aussi terriblement réaliste, de faire tomber la jeune femme enceinte. De même, les intentions de Bragg sont évidentes et renvoient à Wrenn dans Lucky star, sauf que là encore si Trina ne souhaite pas aller vers Bragg pour avoir des rapports avec lui, c'est plus parce qu'elle est pleinement satisfaite de ses amours avec Bill.

Mais ce film n'est pas, en aucun cas, une simple accumulation de morceaux douteux (Pour l'époque). si le réalisateur a su ouvrir les yeux et appeler ocasionnellement un chat un chat, il le fait avec naturel, avec cette tendresse qu'il sait habituellement témoigner à ses personnages. A ce titre, les personnages secondaires du vieux pasteur déchu et de sa compagne alcoolique, ou de la chanteuse qui veut l'espace d'un instant s'approprier un homme parce qu'elle en a les moyens et qu'elle le désire, sont très intéressants; superbement campés (Walter Connelly, un acteur versatile souvent utilisé dans les films de Capra, Marjorie Rambeau et telle qu'en elle-même, la grande Glenda Farrell enpruntée à la Warner), ils sont aussi aimés par le réalisateur qui nous communique sa tendresse et son insatiable curiosité pour l'humain... Sauf que cette fois-ci, en Bragg, il a trouvé un os: le personnage est irrécupérable, et il va en mourir, et le film suggère d'ailleurs que son meurtre, rendu juste par la situation, sera impuni... De plus, la palette choisie pour le film est toute en douceur, avec un clair-obscur qui renvoie une fois de plus à ses glorieuses années, à l'écart du réalisme brutal, dans un monde presque parallèle, une marge ou la normalité serait celle du monde de Bill et Trina, et toute scène située en ville ressemblerait presque à un rêve. Disons que le film partage cette idée d'un monde à part, avec les films Les Bas-Fonds et Dodes'Kaden de Kurosawa, ou encore avec Freaks, et bien sur avec Lazybones, Seventh Heaven ou Lucky Star...

Les touches Borzagiennes sont légion, depuis ce point de départ en trompe l'oeil, avec ce banc sur lequel un Spencer Tracy en habit observe la jeune femme qui louche sur les miettes de pain qu'il donne aux pigeons, jusqu'à la fin qui voit les deux amants (elle est en robe de mariée) partir vers leur destin, cachés dans un wagon dont il faut laisser la porte ouverte afin de ne pas entraver leur liberté, tout comme Bill dormait en permanence sous une fenêtre ouverte, afin de préserver l'illusion de sa liberté. On peut aussi citer la scène durant laquelle Bill se baigne nu dans l'Hudson, invitant tout simplement la jeune femme qu'il vient juste de rencontrer à le rejoindre, ce qu'elle fait sans se faire prier, ou encore les petrites anecdotes qui font de Bill, sous son côté bourru, un coeur d'or. Oui, ce film est bien l'un des plus beaux de son auteur, et désormais, une restauration lui rend enfin justice, en restituant l'ensemble de ses scènes et développements, sur 78 superbes minutes.

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage Pre-code
3 mai 2024 5 03 /05 /mai /2024 20:44

Ann Dixon (Helen Foster) est une jeune femme très comme il faut, qui a rencontré dans son lycée des jeunes gens de son âge, mais qui vont la pousser à se dévergonder un peu: alcool, tabac, puis son petit ami va lui imposer des rapports... La descente aux enfers, toujours plus loin, toujours plus bas, va se poursuivre, jusqu'à l'irréparable...

Ce résumé est exactement le même que celui du film de Willis Kent et Norton Parker de 1928, avec la même actrice principale... Foster, donc, reste, il est vrai qu'à 29 ans, elle a encore un minois qui lui permet de jouer les lycéennes... Mais le film, pas plus que sa version muette, ne s'adresse pas à la jeunesse, loin s'en faut! Cette nouvelle version est réalisée par Dorothy Davenport, qui signait "Mrs Wallace Reid" et s'était fait une spécialité paradoxale, suite à la mort de son mari, tué par son addiction à la morphine: produire, écrire ou réaliser des films qui alertaient sur les dangers de la société Américaine...

Elle a donc ici co-signé le script avec Kent, et il reprend fidèlement les développements du premier film: donc, la descente aux enfers pour la jeune femme va passer par la pression des copines, l'attrait de l'interdit, l'alcool, le tabac, le sexe... La sexualité, dans ce film comme dans le précédent, est principalement considéré comme un rite de passage, un moyen de s'imposer en accédant aux désir de l'homme, et non comme un désir assumé.

Une tendance qui rend le film assez prude, derrière ses provocations: la franchise de ce qui est montré, la façon dont dès que les adultes ont le dos tourné les jeunes se lissent aller, et une scène de plouf-tout-nus dans la piscine, le tout sous couvert d'éducation des masses... Le film est sans doute beaucoup plus démonstratif que son prédecesseur... Il est aussi beaucoup moins soigné, et le rythme en est vraiment beaucoup plus lent.

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Mettons-nous tous tout nus Dorothy Davenport
13 mars 2024 3 13 /03 /mars /2024 17:44

Clyde Griffiths (Phillips Holmes) est un jeune Américain qui a découvert, en effectuant les tâches qui incombent à un groom dans un hôtel chic, qu'il ne déplait pas aux dames... Mais lors d'une soirée un peu trop arrosée il se trouve sur les lieux d'un accident (le conducteur de la voiture dans laquelle il se trouve provoque la mort d'un enfant, et tous les jeunes fêtards, dont Clyde lui-même, s'enfuient... Prenant la fuite, il enchaîne petit boulot sur petit boulot avant que son oncle aisé ne lui donne un poste à responsabilité dans son entreprise de confection... Là, en dépit des règles très strictes sur la "fraternisation sociale" dans l'entreprise, il séduit la jeune Roberta Alden (Sylvia Sidney), qui va vite tomber enceinte de lui... Problème: il a entretemps rencontré et séduit une jeune et riche héritière et n'envisage pas aussi facilement de lâcher cette proie pour épouser Roberta, qu'il n'aime pas spécialement. La tentation de la tuer commence à faire son chemin. Sauf que la tentative sera en quelque sorte un échec. Reculant sur son envie de l'éliminer, il provoque sans le vouloir sa mort accidentelle... La justice se met vite en route.

Sternberg n'aurait jamais fait ce film de son plein gré, il ne lui a pourtant pas été imposé, il s'girait plutôt d'un concours de circonstances. J'y reviendrai, mais pour commencer peut-être faudrait-il commencer par situer la raison d'être de l'existence de ce film... Et du crédit de Sternberg. A la base, le film est adapté donc d'un roman important de 1925, écrit par Theodore Dreiser, l'un des principaux auteurs du courant naturaliste, avec un petit quelque chose en plus: un socialisme militant, qui explose de page en page dans le roman! Le livre ayant été un énorme succès de librairie, la Paramount en a acheté les droits, et comme à l'époque ils étaient en contact avec Eisenstein, il a semblé naturel de confier l'adaptation au grand cinéaste soviétique, qui s'en réjouissait: Dreiser et lui s'entendaient comme larrons en foire. Mais l'adaptation proposée par Eisentstein, basée sur un traitement par le britannique Ivor Montagu, déplaisait tellement à Adolph Zukor, qu'il a bien fallu se rendre à l'évidence, il y avait erreur de casting! 

Si on a confié le film ensuite à Sternberg, c'est tout simplement parce que depuis 1927, le metteur en scène avait été l'un des principaux atouts du studio pour sauver les films du désastre: il avait par exemple pu intervenir dès son arrivée pour des retakes, aussi bien sur It (Clarence Badger) que sur Children of divorce (Frank Lloyd) et était aussi responsable du remontage d'une partie de The wedding march (Stroheim) en 1928... Et Marlene Dietrich étant partie pour un séjour en Allemagne, le réalisateur avait les mains libres. Dreiser a détesté son adaptation, dont il estimait qu'elle trahissait le roman... en particulier pensait-il, en enlevant complètement une thématique autour de la corruption par le rêve Américain, ou encore l'importante filiation du héros, fils d'une mère rigoriste et à la morale religieuse omniprésente, et rejeton d'une bonne famille de petits bourgeois!

Sauf que justement, si Sternberg a atténué la teneur sociologique de ce film, en plaçant moins d'emphase sur ces aspects chers au coeur du romancier, il ne les a pas occultés pour autant, rééquilibrant son film en en faisant la trajectoire d'un lâche militant, un homme qui passe son temps à fuir aussi bien la réalité, l'altruisme, que ses désirs quand ils ne l'arrangent pas: ainsi il pourrait sauver Roberta de la noyade, mais il choisit de ne pas le faire parce que trois minutes avant il voulait qu'elle disparaisse... Griffiths est un anti-héros particulièrement négatif, une belle ordure même, et il est bien le produit d'une certaine vision de l'éthique Américaine.

Si Sternberg a moins montré dans ce film assez réaliste son talent pour une certaine vision éthérée des répports humains, située habituellement dans des cadres plus artificiels, il le signe malgré tout par son impeccable photographie qui prend particulièrement soin de nous montrer de superbes paysages et des environnements qui sont autant de représentations en miniature de la douceur de vivre Américaine dans les années 20 avant le réveil douloureux de la crise (Que Dreiser n'anticipait pas), et il utilise un procédé qu'il affectionnait depuis ses débuts en 1925, des fondus enchaînés qui nous montrent le parcours lamentable de Griffiths comme étant une émanation de son destin.

...Un destin américain.

 

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Published by François Massarelli - dans Josef Von Sternberg Pre-code
5 janvier 2024 5 05 /01 /janvier /2024 16:33

Anna Christie (Greta Garbo), la fille d'un marin suédois alcoolique (George Marion), a été envoyée quand elle avait 5 ans dans une ferme, dans le Minnesota. Un soir, elle revient vers son père, et s'installe avec lui... Elle revient de loin, et comme on dit, "a vécu". Mais elle va profiter de son séjour pour tenter de s'amender, et en dépit de son envie de retourner à sa vie d'avant, se laisse apprivoiser par son père, qui n'a pas compris qui elle était devenue. Un soir, sur la barge de son père, Anna assiste au sauvetage de trois marins, dont Matt (Charles Bickford); il est attiré par elle. Mais pourra-t-elle lui faire comprendre ce que son passé cache?

Le film prend son temps pour installer son cadre, se reposant entièrement sur la conversation en état d'ébriété entre George Marion et Marie Dressler, qui établit tout ce qu'il y a à savoir sur lui et sa fille, leur histoire, la raison son alcoolisme) pour laquelle il l'a envoyée dans le Minnesota; la verve comique des deux acteurs est constamment au bord de virer au pathétique, entre leur alcoolisme, et leur mal-être... Une fois le cadre du café posé, 16 mn après son début, la star apparaît, en deux temps: d'abord, l'air soucieux, elle entre, puis elle s'installe et deuxième temps, elle parle... Ce qui était le principal enjeu du film, et allons même plus loin, le fait de devoir faire parler Garbo a aussi joué dans le choix de cette pièce d'Eugene O'Neill située dans le milieu des immigrants Suédois...

D'ailleurs, sa performance sera sans tâche, si ce n'est qu'à ce stade de sa vie elle parlait trop bien l'anglais, et qu'il lui aura fallu exagérer son accent Suédois pour jouer Anna... De son côté en revanche, George Marion en fait des tonnes dans l'accent "ethnique", c'en est gênant pour lui (il me fait penser à la façon dont John ford faisait systématiquement parler John Qualen en Américano-suédois dans tous les films qu'il a interprétés pour lui!).

On a un peu peur, évidemment, d'un film qui a tant misé sur le son, au point d'en être constamment délayé: la MGM est quasiment venu au parlant avec un an de retard sur la Fox, la paramount et la Warner, en moyenne. Mais l'avantage est que, même si ce film repose de façon évidente sur du théâtre, il a l'avantage au moins de ne pas trop prendre son temps... Car la technique du cinéma parlant n'était pas au point, ça non; mais au moins les aspects techniques ont su évoluer, ce que prouve le film. Clarence Brown a obtenu de ses acteurs des performances impressionnantes, Garbo en premier. D'autre part, l'utilisation d'une pièce établie permet au film d'évoquer la descente aux enfers, la prostitution ou l'alcoolisme sans trop de problème...

La conversation entre Greta Garbo et Marie Dressler, qui comprend progressivement que cette fille qui vient d'entrer et de s'enfiler un whisky, est en fait la fille de son petit ami Chris, qui attend une oie blanche de la campagne, et non une femme de 20 ans qui a vécu et qui a eu "des soucis avec les hommes"... Le film épouse la structure de la pièce, mais Clarence Brown se réserve souvent le droit de varier ses plans, et sil a tendance à construire ses séquences autour des acteurs, les choix de placement de caméra, et le montage laissent quand même le film respirer. C'est particulièrement vrai lors de la séquence des retrouvailles entre Anna et son père, qui joue sur l'attente du public, l'émotion des personnages, et un mouvement de caméra parfaitement dosé...

Et thématiquement, le film se sert de la pièce d'Eugene O'Neill comme d'une opportunité en or pour rafraîchir la carrière de Greta Garbo qui avait si souvent joué les bourgeoises adultères ou les filles de joie repenties, sous bien des formes... La confrontation entre Anna Christie, qui cache son jeu, et la vieille Mathy (Marie Dressler) qui elle sait ce que cache l'héroïne, et représente ce qui risque d'arriver plus tard à la jeune femme, est particulièrement bien représentée, sous l'oeil impitoyable de Charles Bickford qui prend les femmes déchues de haut...

Sinon, le film est célèbre pour ses nombreuses tentatives, souvent réussies, de placer les acteurs dans un cadre qui disimulait des micros qu'on peut s'attacher à repérer, comme cette affreuse lampe située à 15 cm de la tête de Garbo, lors d'une conversation avec son père à l'arrière de la péniche de ce dernier...

Il serait intéressant de faire une petite comparaison, d'ailleurs, avec la version allemande (conservée) du film, réalisée par Jacques Feyder, et dont Garbo disait qu'elle avait sa préférence. Ce pourrait être une marque de snobisme d'une contrarienne notoire...

 

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Published by François Massarelli - dans Greta Garbo Clarence Brown Pre-code
2 janvier 2024 2 02 /01 /janvier /2024 21:46

Dans aucun des romans, dans aucune des nouvelles écrites par Sir Arthur Conan Doyle, Sherlock Holmes n'a jamais dit "Elementary my dear watson", pas plus que "Elémentaire mon cher Watson". C'est comme ça, c'est une légende tenace, mais c'est tellement associé au personnage, qu'on a fini par l'y associer.

Me Tarzan, you Jane, c'est pareil: ni dans le livre, ni dans les bédés, ni surtout dans ce film. Ne cherchez pas, oubliez cette andouille de Christophe Lambert, le (pourtant chouette) dessin animé Disney, les livres la bédé, etc... Tarzan, c'est celui-ci: Johnny Weissmuller, accompagné de Maureen O'Sullivan, sans fils, sans langage ou presque, sans encombrant héritage Greystoke: brut de décoffrage, nu, pas dépourvu devant les dames, il ne lui faut pas longtemps pour comprendre (Et lui faire comprendre sans trop la brusquer) que sa compatibilité avec Jane est inéluctable et ne passe pas nécessairement par une grammaire parfaite.

Le projet revient de loin, totalement assujetti à la présence de tonnes de pellicule ramenées d'Afrique où le réalisateur Woody S. Van Dyke a tourné une partie de Trader Horn. La façon dont les images "authentiques" ont été intégrées à l'intrigue et au découpage de ce film par ailleurs totalement tourné aux Etats-Unis est l'un des étranges mais fascinants témoignages de ce qu'était la MGM lors de son âge d'or. Le film est une construction impressionnante, faite d'aventure sous sa forme la plus classique, dont les héros sont totalement Anglais, de fascination pour l'ailleurs exotique symbolisé par l'Afrique et ses mystères, mais aussi de notations discrètes mais insistantes sur l'esprit colonial: chacun, d'une certaine manière, y trouvera son compte: on pourra pester devant cette tendance à montrer les noirs assujettis qui se réfugient derrière le bwana pour qu'il les protège, tout comme on pourra noter que Jane Parker, qui représente une autre vision de la modernité, se tient à l'écart des comportements ouvertement racistes et apparaît plus ouverte à la différence...

Woody S. van Dyke a probablement ressenti comme une certaine forme de régression en tournant ce film de studio après son équipée délirante en Afrique. Mais en tant que responsable des kilomètres de rushes de Trader Horn, et en tant que véritable baroudeur, il n'avait pas son pareil pour mêler le factice et l'aventure: White shadows in the South Seas était là pour en témoigner. Et il a pu diriger avec une efficacité légendaire le film, qui fonctionne encore plus de quatre-vingts ans après... Les dialogues d'Ivor Novello sont impressionnants, par leur intemporalité toute Britannique, et le jeu permanent avec le non-dit... Sans parler de la simplicité des échanges entre une Anglaise qui se rend compte qu'elle n'a plus à sacrifier aux faux-semblants, face à un bon sauvage qui a tout à coup une soif d'apprendre particulièrement claire.

Et puis on joue avec le mythe, du début à la fin: les membres de l'expédition, venus chercher le cimetière des éléphants, la passe infranchissable qu'il faut ne serait-ce qu'atteindre, parce qu'elle est est tabou dans la région, les tribus versées dans le sadisme le plus cru, et enfin le bon sauvage, qui contrairement à son homologue de bande dessinée, n'est pas un lord Anglais et ne parle pas: il est nu, cru, brut. Et il représente pour Jane qui a l'âge approprié (et tout le matériel nécessaire, ce que Tarzan ne manquera pas de remarquer) l'état de nature le plus idéal qui soit. Un appel criant à la transgression... Jane abandonne tout pour le suivre (Y compris dans les peaux de bêtes de sa tanière), nous aussi. Après, on fera les lectures qu'on voudra de cette recréation d'un mythe ô combien occidental, mais peu importe: il est éternel.

Réjouissons-nous que la Warner vienne de sortir en HD une édition complète de ce film, juste introduite par un rappel: "autre temps, autre moeurs", etc... Bref: prenant les spectateurs pour des adultes responsables, ils ont sorti un film qui est inscrit dans la mémoire de beaucoup, et qui profite particulièrement bien du lifting...

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Woody Van Dyke Groumf Ungawa
2 janvier 2024 2 02 /01 /janvier /2024 15:22

Dans la famille Looney Tunes, je demande... le quatrième film! Avec ce nom générique, inpiré des silly Symphonies de Disney, la Warner entendait faire une concurrence frontale, et le feront encore plus ouvertement avec leurs Merrie Melodies, plus dignes du moins au début, et qui rivaliseront avec leur modèle en arborant de vives couleurs. 

Mais pour l'heure, la seule formule des Looney Tunes, c'est d'animer des personnages en musique (la marque de fabrique de l'animateur Isadore "Friz" Freleng, qui avait quitté Disney, justement, en 1928) et d'accumuler les occasions de montrer des personnages en mouvement, en s'inspirant mollement d'une chanson! 

Et ici, comment dire, ce n'est en aucun cas la sophistication qui prime... Des cochons qui sont en plein repas trouvent dans leur auge une bouteille d'alcool maison (on est, je le rappelle, en pleine prohibition). Ils se servent et la beuverie s'étend à Bosko, le personnage principal. Ce dernier en deviendrait presque un Mickey Mouse pré-code...

Vous regrettez qu'on ne voie pas souvent, dans un film de la série des Looney tunes, un personnage roter puis vomir du maïs? Ce film répond donc à ce besoin... Youpi!

 

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Published by François Massarelli - dans Looney Tunes Animation Pre-code
3 décembre 2023 7 03 /12 /décembre /2023 20:59

Dans la famille Chase, il n'y a pas que Charley... Il a, en effet, trois frères, tous nés le même jour. Il rencontre une jeune et jolie personne (Betty Mack) qui ne lui est pas indifférente, mais qui ne comprend pas pourquoi après l'avoir rencontré elle le voit, ou croit le voir partout...

C'est un petit film malin, qui repose sur des truquages adroits et une idée simple: Chase joue quatre frères (et se débrouille pour placer 5 autres interprétations par la même occasion), et ça crée de la confusion, sauf bien sûr chez le spectateur, car le film est d'une grande lisibilité. Ca n'est pas le chef d'oeuvre du comédien, mais c'est soigné... Hélas, une fois de plus on finit par une ritournelle, et décidément ça lasse.

POur la petite histoire, Chase a du raser sa moustache pour jouer certains rôles ici, et pour la grande histoire, cet attrait pour le dédoublement vient après Méliès (dans de nombreux films), mais aussi un illustre comédien (Buster Keaton dans The Playhouse) ainsi que les moins connus Lupino Lane (All alone) et Larry Semon (The show)...

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Published by François Massarelli - dans Pré-code Charley Chase Hal Roach
2 décembre 2023 6 02 /12 /décembre /2023 17:41

Le professeur Charley Chase s'apprête à prendre ses fonctions dans un établissement scolaire, mais il reçoit la visite d'un vendeur de glace (c'était avant la généralisation des réfrigérateurs, donc on mettait de la glace dans un meuble prévu à cet effet pour y entreposer des denrées périssables) qui est tellement bavard, qu'ils perdent tous deux beaucoup de temps.

En se rendant à son travail, il perd encore du temps en aidant une jeune femme (Betty Mack) en détresse: elle a laissé le canari familial s'échapper, et souhaiterait le récupérer, sans que sa mère ne se doute de quoi que ce soit.

Enfin, il arrive à son travail où son patron, le doyen (Billy Gilbert) lui confie un poste pour lequel il n'a pas la moindre qualification: la classe de maternelle, dont les enfants sont déjà particulièrement blasés.

A chaque étape de cette progression, il sera question de Cuba, et des phrases-clé, ou des situations typiques et spécifiques, seront évoquées par les protagonistes, un gag étrange souligné à chaque fois par des regards appuyés de Chase vers la caméra...

Quel film bizarre... Le ton en est souvent surréaliste, mais totalement assumé. Et derrière le côé loufoque, voire collage de ses trois parties, il montre une grande cohérence. Grâce aux conversations qui finissent toutes par glisser vers Cuba, d'abord, ensuite par le lien intrinssèque qui s'établit par la mention des graines pour canari. Et puis comme le fameux "code" de production n'est pas encore totalement en vigueur (ce sera au printemps de cette année 1934), Chase et ses copains s'en donnent à coeur joie, en particulier dans la scène du canari. Comme il s'agit de remettre le canari en cage sans que la mère de Betty ne la voie, le comédien "cache l'oiseau" dans la poche de son pantalon, et l'oiseau se débat.Sauf qu'évidemment il n'y a pas vraiment d'oiseau, et les gestes de Chase, la main qui s'agitent dans sa poche, sont tout ce qu'il y a d'équivoque...

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Charley Chase Hal Roach
29 novembre 2023 3 29 /11 /novembre /2023 13:55

Ce dernier film de Chase en 1933 est l'un de ses meilleurs films parlants. Une petite merveille de construction, qui ne faiblit qu'à la fin, lorsque sur un prétexte faiblard, tout le monde se met à chanter... Tout le reste en revanche est d'une solidité à toute épreuve, avec un prologue absurdément logique: un camion vient ramasser les cendres et autres détritus, et Charley essaie de se débarrasser du contenu de son seau, mais les agents municipaux lui résistent. 

C'est grâce à cet épisode loufoque qu'il fait la rencontre d'une jolie voisine, Betty Schmaltz (Betty Mack) dont le père se présente comme un décorateur d'intérieur... Charley s'imagine qu'il est architecte et se laisse embaucher, pour découvrir une fois qu'il aura revêtu son plus beau costume, que le bonhomme (Billy Gilbert) esten fait peintre... La première journée sera longue, et très salissante bien entendu...

La perfection comique, c'est tout un art. Ce film cousin des chefs d'oeuvres contemporains de Laurel et Hardy fait grand cas d'un certain nombre de belles choses: Gale henry en grande dame (parvenue) qui tente par tous les moyens d'afficher sa supériorité; un violoniste irritable; Charlie Hall dans une apparition éclair et musclée; Billy Gilbert et son accent Germanique à couper au couteau; et bien sûr un ballet irrésistible de pinceaux (...hum, on dit des "brosses", m'a-t-on parfois soufflé à l'oreille) qui aura raison de la classe naturelle de Charley Chase.

 

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Published by François Massarelli - dans Charley Chase Hal Roach Pre-code
29 novembre 2023 3 29 /11 /novembre /2023 13:40

Ca commence par une procession... en pleine ville, Charley et une troupe de scouts, tous en uniformes (et avec sa maigreur et ses 2m24, le moins qu'on puisse dire c'est que le comédien porte l'uniforme scout de manière bien incongrue!), déambulent dans les rues de Roach-City, mais ils sont en route vers un petit coin de nature... Après quelques interactions avec la grande ville (incarnée par un agent irascible, interprété par Eddie Baker), les voilà partis pour leur camp, en compagnie de jolies filles rencontrées en chemin...

Charley, en chef scout, est aussi peu crdible qu'on puisse l'anticiper, et se désintéresse assez rapidement de sa mission pour se consacrer aux beaux yeux de Betty Mack, mais il va souvent, très souvent même, se retrouver littéralement dans l'eau: c'est le running gag de ce film. Avec au moins une cascade mémorable, qu'étant incapable de vous décrire, je vous présente dans l'image que voici:

 

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Published by François Massarelli - dans Charley Chase Hal Roach Pre-code