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16 septembre 2025 2 16 /09 /septembre /2025 21:52

Mike Lane (Channing Tatum) a bien changé: il ne danse plus, et vit de petits boulots. Notamment, il offre ses services de barman pour des occasions. Maxandra Mendoza (Salma Hayek), une femme riche qui organise une soirée de collecte pour une charité,l'engage pour une danse... Et après les débordements qui s'ensuivent, elle finit par l'engager pour l'accompagner pour un mois à Londres... Ce qui va sérieusement bouleverser son existence.

Dès le départ, dans un film qui tente par tous les moyens de ne pas se contenter d'être un troisième film d'une franchise (après Magic Mike et Magic Mike XXL, seul le premier ayant été réalisé par Soderbergh), on constate qu'il y a toujours, dans cet univers qui nous est décrit, une triste réaité économique, dans laquelle il y a des riches (Maxandra) et des pauvres (Mike)... Le regard de Mike sur le monde dans lequel il se trouve désormais amené à fréquenter, presque de façon réticente, devient le moteur de ce film. Le "couple" Maxandra et Mike fonctionne de façon évidente comme un couple de comédie, à travers les différences de tempérament, de standing et bien sûr d'âge qui devraient les séparer, et l'inévitable alchimie entre eux...

A travers l'engagement de Mike par Maxandra (elle veut en faire le nouveau chorégraphe d'un théâtre prestigieux), on suit un caprice, qui est vécu avec amertume par Mike, qui ne peut cautionner ni la lubie de son amie, ni ce rôle qu'on lui assigne. Pourtant, la charge n'est pas forcément dépourvue de subtilité, et on pourra forcément la trouver, pour le moins, originale. On appréciera que le film ne se déroule pas autant que le premier dans le monde ultra-codifié du strip-tease masculin, déjà, pour plus évoluer dans un milieu artistique plus proche du hip-hop...

Mais justement, on s'éloigne ici de la débrouille en groupe qui cimentait le premier film... Le film sent un peu la bricole, et est assez typique des oeuvres fugaces et discrètes d'un réalisateur dont le génie formel tend à se diluer dans des idées parfois saugrenues. Le meilleur du film? Salma Hayek en dame de la haute société qui cherche à faire rebondir sa propre vie en entrainant le monde entier derrière elle... Une force de la nature: totalement crédible.

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh
30 août 2025 6 30 /08 /août /2025 18:13

A Hollywood, un producteur très en vue (David Duchovny) va célébrer son 40e anniversaire... Nous suivons les protagonistes de cette fête à venir dans leurs occupations ou leur métier: Carl (David Hyde Pierce) écrit pour un petit magazine local, et il essaie de placer des scénarios. Sa femme Lee (Catherine Keener) n'est pas heureuse, et a un amant. Calvin (Blair Underwood), un petit acteur de télévision, a du mal à négocier un virage dans sa carrière, car il tourne un film en compagnie d'une grande vedette (Julia Roberts). La belle-soeur de Carl (Mary McCormack) est masseuse, et souffre de la solitude, et enfin un acteur (Nicky Katt) interprète, pour sa première pièce en vedette, le rôle d'adolf hitler (l'absence de majuscules, ici, est un acte volontaire de ma part)... Mais la fête sera ternie par un drame inattendu.

Inattendu, un adjectif qui convient parfaitement à ce petit film, tourné par Soderbergh entre Ocean's eleven et Solaris; rappelons qu'à cette époque, le metteur en scène a sorti, entre 1998 et 2002, sept longs métrages en cinq ans... Selon lui, tourner un film comme Ocean's eleven ne pouvait se faire que s'il pouvait à côté effectuer cet étrange exercice de style. Un film tourné avec très peu de moyens, et pour 70% de sa durée, de la vidéo légère et franchement sale! Beaucoup de règles ont été imposées aux acteurs, parmi lesquels Julia Roberts, et même Brad Pitt qui est (presque) un figurant dans le film... Ils étaient soumis à des conditions de tournage complètement aux antipodes de ce à quoi ils étaient confrontés, et étaient encouragés à improviser... Le résultat, un mélange malaisé entre du cinéma-vérité et une comédie grinçante, est étrange et pour tout dire mal fichu, ne débouchant pas sur grand chose...

On s'y amusera peut-être devant les expérimentations formelles (l'utilisation du flou dans une scène de fesse, les décalages entre certaines scènes et leur bande-son, le fait que le 35 mm ait été utilisé pour les extraits de film dans le film, la mise en abyme des acteurs qui jouent des acteurs, et le générique de début qui est celui du film tourné par les acteurs fictifs, pas celui de Soderbergh!), et les caméos discrets de Brad Pitt et David Fincher... Mais on se gratte volontiers l'occiput quant aux intentions de l'auteur et de sa troupe de francs-tireurs, sans parler de cet acteur grimé en hitler.

Il en va ainsi de tous les films du metteur en scène: l'expérimentation est toujours a rendez-vous, et débouche parfois sur des résultats impeccables (Traffic, Sex lies and videotape...), et parfois, eh bien ça débouche sur Full Frontal. Un film dont on se demande quand même un peu ce qu'il a voulu dire...

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh
13 juin 2025 5 13 /06 /juin /2025 18:33

A Seattle, Angela Childs (Zoe Kravitz) se remet plus ou moins bien d'une agression qu'elle a subie... Et les mesures de confinement post-covid ne l'encouragent pas à sortir. Elle travaille pour une corporation qui a développé une IA de compagnie, Kimi, qui se veut à la pointe de la technologie et des tendances. Si sa vie personnelle est surtout consacrée à rester chez elle sans jamais sortir, ce qui désole sa maman, et Terry (Byron Bowers), un petit ami potentiel qui habite en face de chez elle, sa situation lui permet de se concentrer à son principal travail: effectuer une modération de "Kimi" en réécoutant les échanges échantillonnés par sa hiérarchie, et contribuer à améliorer le logiciel. C'est en effectuant ce travail qu'elle tombe sur un enregistrement qui la convainc qu'une femme a été assassinée... Elle remue ciel et terre pour qu'on l'aide à yvoir clair, mais elle se heurte très vite à un mur, celui de l'entreprise elle-même, puis un autre, quand des hommes de main tentent de la kidnapper...

Ca fait quelques années que Soderbergh s'intéresse aux luttes inégales entre individus et corporations. Erin Brokovich, Traffic, The Informant, Contagion, Side effects et Unsane présentent tous des aspects de ce type de situation, dans des proportions et des intentions toutes très différentes. Le film noir est propice à la paranoïa, et le réalisateur a toujours copieusement joué dessus, y compris en mentant allègrement au spectateur dans deux de ces films qui  se révèlent, quand on les voit, bien différents de ce qu'on attend.

Mais il n'en a jamais fait un systématisme, et ici il met sa mise en scène assurée, hyper-efficace, au service d'une intrigue certes paranoïaque, mais profondément juste dans le recours au point de vue d'une persone qui a de profondes difficultés sociales, qui sont ici admirablement mises en perspective. Car le film va vite devenir l'histoire d'une résurrection, mais à travers la violence. Il y a un peu de Lisbeth Salander dans Angela, mais une Lisbeth qui n'aurait pas cette froideur et ce jusqu'au-boutisme qui caractérise l'héroïne suédoise. 

Et grace à cette histoire Soderbergh montre aussi le portrait en creux d'une époque noire, celle d'une humanité qui est stoppée dans son élan par un virus, et qui laisse finalement l'écart entre les individus et les corporations se creuser...  C'est peu dire que le film est assez pessimiste! Mais il est aussi passionnant, porté par une actrice fantastique, et un recours au point de vue qui ne peut que nous en frappelr d'autres... Panic room, de Fincher, ou encore... Rear Window d'Hitchcock! C'est qu'on en voit, des choses, depuis l'appartement d'Angela. 

Enfin, le film se veut, au moment où tout le monde se précipite sur les IA, le portrait amusé d'une civilisation dans laquelle les applications les plus improbables peuvent, finalement, s'avérer extrêmement utiles quand on a deux tueurs dans son salon.

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh Noir
26 mai 2025 1 26 /05 /mai /2025 16:54

Une famille Américaine (Lucy Liu, Chris Sullivan, Callina Liang, Eddy Mayday) s'installe dans une nouvelle maison... Ce qui ne devrait être finalement qu'une vague formalité (une famille aisée, des parents sûrs d'eux, deux adolescents bien sous tout rapport, une maison digne mais cossue) s'avère plus important que prévu: les nouveaux arrivants parlent en effet d'une affaire de vie ou de mort pour leur fille, Chloe. Celle-ci, en effet, est suivie par une présence, et nous le savons: ce fantôme, probablement celui de Nadia, sa meilleure amie décédée d'une overdose inattendue (c'est du moins les conclusions du rapport du médecin légiste) est l'unique point de vue du film. Et Chloe ne tarde pas à constater que ce fantôme ne semble pas vraiment hostile, mais bien plutôt prévenant...

Le film est une suite ininterrompue de plans-séquences tournés sur téléphone portable par le double du metteur en scène, Peter Andrews. Certains sont longs, d'autres durent quelques instants. Toutes ces séquences, disposées en ordre chronologique, montrent le point de vue d'une présence, probablement celle de Nadia, donc, dont le mystère sera éclairci avant la fin du film... Une séquence, pourtant, nous proposera un autre point de vue.

Cet aspect du tournage, un principe du genre de ceux dont un cinéaste de plus de trente films ne souhaite pas s'encombrer (mais décidément Soderbergh ne fait rien comme les autres), conditionne le film mais lui donne aussi un aspect étonnamment objectif, qui nous permet un point de vue intéressant sur une famille qui a vécu des crises, qu'il ne nous sera pas donné de comprendre intégralement (le couple a failli se déchirer, les deux adolescents sont en conflit permanent, la mère favorise son fils et le père a une tendresse particulière pour sa fille, les deux adolescents mentent à leurs parents et boivent, se droguent et font du sexe: bref, une famille Américaine aisée assez lambda, quoi! En quelque sorte l'intrusion d'un fantôme "moral" dans cette famille agit comme un biais parfait d'observation des turpitudes de l'homo-americanus... Tout en proposant un renouveau intéressant du film d'épouvante, en offrant pour une fois le point de vue du fantôme, d'un façon parfaitement convaincante! Le fait que l'image ait des limitations sert le propos, aussi, eveloppant l'ensemble du film dans une sorte d'authenticité...

Le point de vue de Nadia va aussi nous permettre de devancer les personnages du film sur la dangereuse duplicité de Ryan (West Mulholland), un ami de Tyler qui a une histoire en cours avec Chloe: un garçon pas net, qui a l'air coutumier de l'usage des drogues somnifères pour les autres... 

 

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh Boo!!
1 avril 2025 2 01 /04 /avril /2025 21:57

Mike (Channing tatum) est à la fois stripper ("Magic Mike", c'est lui), et couvreur à ses heures perdues. Il ambitionne de lancer son propre business, pour vendre du meuble customisé... Mais en attendant le strip-tease paie les factures. Il travaille au club Xquisite, où il est l'une des vedettes incontournables... Il rencontre le jeune Adam (Alex Pettyfer) sur un chantier, et le retrouve lors d'une soirée, apprenant ainsi quel est son principal gagne-pain... Il ne tarde pas à le prendre sous son aile, et va aussi faire la connaissance de sa soeur Brooke (Cody Horn). Celle-ci lui fait comprendre qu'il a intérêt à faire attention à son petit frère...

Je me souviens que quand ce film est sorti, Soderbergh avait annoncé son retrait du cinéma, qui allait prendre effet après ce film et deux autres (Behind the candelabra, réalisé pour la télévision, et Side effects). Certes, il n'aura tenu que quatre ans, le temps de s'installer un peu à la télévision avec la série The Knick, avant de revenir avec Logan Lucky! Mais s'il est une chose qu'on comprend vite avec le réalisateur c'est à quel point il est imprévisible, différent, en plus d'êytre particulièrement prolifique. Ce film consacré à un univers inattendu, celui du strip-tease masculin, est une proposition étonnante, un mélange entre du cinéma -vérité et un monde ultra-plastique et codifié... 

Cinéma-vérité, car si bien sûr tout ce qui nous est montré est de la mise en scène, elle s'inscrit dans un cadre souvent proche du documentaire, avec pour commencer une forte proportion de dialogues improvisés, et une plongée souvent très authentique dans l'univers des gens qui sont sur l'écran. Pour faire bonne mesure, certaines scènes ont été tournées directement dans un authentique strip-club, et certain acteurs (en tête, Matthew McConaughey, qui est maître de cérémonie des soirées striptease, avec son inimitable accent Texan) semble ne pas avoir besoin de jouer pour être leurs personnages...

Le film s'amuse aussi d'opérer inévitablement une sorte de renversement des codes, et paradoxalement laisse finalement certains personnages jouer à s'interroger sur leur masculinité, tout en exhibant joyeusement leurs biscottos (et plus parfois, mais il ne faut pas toucher)...

Aucun misérabilisme, aucun moralisme, aucun pathos non plus dans cette attachante chronique des oubliés du rêve américain qui se lèvent tôt pour parfois se coucher très tard... Ce film qui ne manque pas d'humour a entrainé des suites, dont une était réalisée par Soderbergh lui-même...

 

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh Mettons-nous tous tout nus
30 mars 2025 7 30 /03 /mars /2025 16:05

Detroit, fin des années 50... Deux truands, Curtis (Don Cheadle) et Ronald (Benicio Del Toro), sont contactés par un inconnu, Jones (Brendan Fraser): ils doivent accomplir un travail qu'on leur présente comme simple. Ils doivent, avec l'aide d'un autre inconnu, Charley (Kieran Culkin), tenir en otage une famille pendant que le père se saisit des documents qui sont dans le coffre de son patron. Dès le départ, rien ne fonctionne: l'hostilité de Ronald pou l'Afro-Américain Curtis, le fait que le père de famille contacté en sache plus que prévu, le fait qu'il soit en couple adultère avec sa secrétaire, l'hostilité de son épouse, et bien sûr le ait que Charley ait pour instruction secrète de massacrer tout le monde, la situation est truquée...

Une série de développements et digressions vont donc se dérouler, impliquant bien sûr le monde de l'automobile (on est à Detroit) dans l'écheveau de mises en scènes toutes plus délirantes les unes que les autres. Tout le monde trahit tout le monde, mais dans quel sens, et qui aura le dernier mot?

Ca fait des années que Soderbergh s'amuse à ses heures perdues avec les genres, parfois allant jusqu'au pstiche intégral (The good German) mais sans jamais totalement se limiter aux règles des genres qu'il imite. Ici il tricote à sa façon le film de gangsters, avec une tendance ironique à la Kubrick: on pensera parfois à cet autre festival de désastres qu'est The Killing... Mais le voeu de Soderbergh reste le fun avant tout, ce qu'il accomplit en convoquant avec plaisir des stars (deux d'entre le acteurs ont d'ailleurs tourné quelques rôles pour lui, et on verra une courte mais incisive apparition de Matt Damon, pour faire bonne mesure) qui ont autant envie que lui de se frotter à ce mélange de pastiche et de style, sans pour autant se mouiller outre mesure...

Le film a été réalisé pour alimenter la platerforme de Warner, Max: ce qui a permis à Soderbergh de continuer ses expérimentations avec l'image. Après Unsane, c'est donc son deuxième film tourné avec un smartphone. Pourquoi pas? ...Mais soyons clair: ce n'est pas très beau, non. Le film sinon est du pur plaisir, dans lequel je vous conseille de vous laisser aller: comme d'habitude, le film est un dédale si on tente de s'intéresser au scénario. Comme Soderbergh n'est pas Nolan (donc il n'est pas un prétentieux qui veut faire le malin), on ne s'en souciera pas d'avantage, pour se laisser gentiment aller aux codes du film de gangsters: bang, shoot, et tout le monde trahit tout le monde... On n'a pas besoin de plus.

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh Noir
20 mars 2025 4 20 /03 /mars /2025 18:57

Oui, car si en "français" le film est connu sous le titre passe-partout de The Insider, ce thriller d'espionnage est en fait doté d'un tout autre titre pour les anglo-saxons, un titre qui fait allusion au petits secrets, déformation professionnelle, que les espions qui composent la faune du film gardent les uns envers les autres: "tu étais où, hier soir?" "...Black bag: secret défense!". Maintenant, où commence la légitimité de garder le silence sur une opération sensible, et où finit la tentation de profiter du "black bag" pour tout cacher, à plus forte raison à une épouse ou un époux qui lui ou elle aussi, est un(e) espion(ne)?

C'est l'ambitieux, et très ironique concept de ce film, le meilleur de Steven Soderbergh depuis Contagion. Il commence par un plan-séquence d'une grande classe, un truc de mise en scène pour renvoyer aux riches heures du film noir, d'une part... et un moyen original de mettre l'accent sur un personnage, et sa rigidité: car nous suivons George (Michael Fassbender), espion Britannique, dans les escaliers qui descendent vers une boîte de nuit, où il rencontre l'un de ses supérieurs. Ce dernier a une mission à lui confier: en effet, un traître sévit dans les rangs, et les cinq potentielles "taupes" sont donc à surveiller, et même à tester (car George est un spécialiste du détecteur de mensonges): parmi les noms, celui de Kathryn (Cate Blanchett), l'épouse de George. Nous l'avons suivi, sagement derrière sa nuque raide pendant son arrivée à la boîte de nuit, mais maintenant, le reste de son visage est visible, et de deux choses l'une: soit il est d'une exceptionnelle froideur, soit il cache très bien son jeu. 

On ne va pas y aller par quatre chemins, ce n'est pas simple sans doute dit comme ça, mais le film est encore plus tortueux! D'ailleurs, ce plan d'arrivée nous permet de voir que nous sommes un peu en coulisses du monde de l'espionnage; car les agents secrets du pays semblent bien enclins à se détendre après les missions: boîtes, bars, pubs, bar à sushis... Verre en terrasse, dîner à six. Les protagonistes sont tous en couple, mais deux seulement sont mariés ensemble, George et Kathryn. George dit qu'il hait le mensonge et les menteurs, et semble avoir fait de sa raideur un trait professionnel... mais quand il dit à son épouse qu'il est prêt à tout pour elle, y compris à tuer, on n'hésitera pas à le croire sur parole, tout comme pour elle, car ces deux-là ont facilement ce type de serment à la bouche...

...et au vu du film on les croit sur parole!

...La manipulation, la mise en scène, thème essentiel du metteur en scène, décliné de film en film, entre les casses (Ocean's 11, 12, 13 et Logan Lucky), les manipulations de masse (Contagion, Side effects), la guerre de la drogue (Traffic), voire la simple rencontre entre un braqueur et sa nemesis amoureuse, une inspectrice (Out of sight): tout ou presque revient à cette notion qu'en toute chose, il convient d'adapter, de manipuler, d'avancer ses pions. On ment souvent chez Soderbergh, et on le fait aussi au public.

Et puis ce film est probablement le plus grand sac de Mac Guffins au monde: un Mac Guffin, je le rappelle, c'est selon Hitchcock un procédé de scénario qui donne au héros quelque chose à faire (une mission, par exemple) sans trop de détail pour ne pas encombrer le spectateur... Le film regorge d'explications et de discussions "techniques" qui sont autant de manifestations de poudre aux yeux, car les questions essentielles deviennent bien vite, qui manipule qui? qui a tué sui? et pourquoi? Mais bien vite on se rendra compte que toutes ces questions reviennent au même: c'est à dire au vide. Car sans aller aussi loin dans le cynisme kafkaïen que Clouzot (Les Espions), il semble bien que les agissements de tous ces professionnels du mensonge d'état soient plus terre-à-terre... ou personnels, en tout cas, qu'il n'y paraissait au premier abord. Le film devient très vite un jeu de pistes, dans lequel il devient assez facile de se choisir un ou deux "guides". Avec du suspense, des retournements de situation, des dialogues virtuoses, et, mais oui, une dose solide et roborative d'humour noir et froid. 

 

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh
17 mars 2025 1 17 /03 /mars /2025 15:49

Deux avocats d'affaires (Antonio Banderas et Gary Oldman) nous expliquent le fonctionnement de l'argent, et justifient par là même qu'il puisse exister des escroqueries... Dont celles auxquelles se livre justement leur cabinet d'avocats, à travers une foule de sociétés-écrans... Ils sont les narrateurs de trois affaires de malversations financières fâcheuses qui nous sont présentées.

Le film adopte un ton souvent assez rigolard, et pourtant le sujet, à savoir la façon dont l'argent domine le monde via les agissements d'individus sans scrupules, compassion, ni limites, n'a rien de drôle... Mais Soderbergh a toujours été un expérimentateur en tous points, que ce soit narrativement, ou dans la technique, voire le genre ou la tonalité. A ce titre ce film ne se démarque pas spécialement des courants les plus avant-gardistes de son oeuvre...

...mais que c'est ennuyeux! L'humour cynique tombe totalement à plat, et je dois dire, que ce soit dans la vraie vie, ou dans un film, l'argent est un sujet qui m'ennuie au plus haut point. A voir sur Netflix, le site qui enterre chaque jour le cinéma un peu plus.

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh
26 juin 2024 3 26 /06 /juin /2024 21:38

Pendant la Crise de 1929, Aaron Kurlander (Jesse Bradford) est un adolescent rêveur et débrouillard... Qui vit avec ses parents (des immigrés Allemands) et son frère (Cameron Boyd) dans un hôtel où tous les jours, ils ont peur de croiser quelqu'un qui va leur demander de s'acquitter de leur loyer. Personne ne le sait parmi les professeurs des enfants, ou leurs camarades... Mr Kurlander (Jeroen Krabbe) cherche du travail, et MmeKurlander est très malade: Sullivan, le petit frère d'Aaron, va devoir quitter la chambre pour aller vivre avec son oncle...

C'est le troisième film de Steven Soderbergh, et le premier fait pour un studio (Gramercy, branche "expérimentale" de universal). A mi-chemin entre une évocation douce-amère de la crise (St Louis, 1933) et le roman initiatique, cette histoire de grand garçon qui se fait tout seul, livré à lui-même dans la misère de l'après 1929, et qui par la force de son imagination et de son caractère, à survivre contre vents et marées, est souvent irrésistible. Le fameux, proverbial et bien entendu tout ce qu'il y a de fictif "vert paradis" de l'enfance laisse place ici à la peur du lendemain, la tuberculose, la séparation d'une famille, et les conséquences de la stratification sociale, et des stigmates inévitables dans la société Américaine de 1929...

Il y a probablement eu une attraction du réalisateur pour le fait de recréer une époque, comme avec Kafka, et comme il le ferait dans d'autres films à des degrés divers, mais ici l'illusion passe par un choix raisonné et économique de lieux, de costumes et d'attitudes, sans parler des obsessions de l'époque: Lindbergh, mais aussi et surtout la crise de 1929, les bidonvilles et la débrouille... Les acteurs sont tous excellents, et en premier les jeunes: Jesse Bradford qui joue Aaron est très solide, et Amber Benson, l'une de ses voisines, est déjà très impressionnante...

 

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh Criterion
8 juin 2019 6 08 /06 /juin /2019 09:35

Sawyer Valentini (Claire Foy) est une jeune femme dynamique;, amoureuse de son travail, sans aucun doute extrêmement individualiste et farouchement indépendante: une battante, certes. Mais une battante qui sait qu'elle a un problème... Elle a quitté Boston pour partir s'enterrer ailleurs, pour fuir un fou furieux, qui a décidé qu'elle lui appartenait, et qu'elle croit dangereux. Et lors d'un contrôle de routine auprès d'une conseillère-psychologue, Sawyer se voit tout à coup empêchée de rentrer chez elle, et va désormais vivre dans une institution psychiatrique, où elle n'a jamais désiré mettre les pieds, et qui l'empêche de sortir. Plus grave, parmi les soignants, elle a reconnu son ennemi de Boston...

Comme dans The Snake Pit de Anatole Litvak, ce film est une plongée au quotidien dans l'univers de la psychiatrie, menée avec des flash-backs nombreux et qui structurent le film... mais très vite les questions affleurent: l'univers "sain" de Sawyer n'est pas logique, on a le sentiment, très vite, d'y déceler plusieurs univers possibles. Soderbergh nous montre en effet des indices de perturbation réelle de l'héroïne, et le fait dès le départ, dès la première scène. Les séquences de l'institution semblent d'ailleurs continuer ce procédé, et donner à voir de nombreuses possibilités de développement. Pour ne pas tout révéler, dans certaines possibilités, Sawyer est, effectivement, séquestrée sciemment. Dans d'autres, elle est effectivement confrontée à son "stalker"... La question qu'il fait se poser devant le film, qui triche en permanence bien sûr, c'est dans quelle mesure il est possible que tout ce qui arrive à Sawyer (son infernal problème avec un fou dangereux, son burn-out, mais aussi sa séquestration et bien sûr etc) soit en fait combiné, partiellement vrai... ou pas du tout.

Soderbergh joue avec notre perception dans un film qui est surtout là pour ajouter une nouvelle réflexion sur le pouvoir de la mise en scène, celle du réalisateur autant que des personnages. Elle est intéressante. Mais il souhaitait aussi retourner au thriller avec une contrainte simple: filmer avec la plus petite équipe possible: Peter Andrews, l'authentique double du cinéaste, a en effet tourné avec un portable... Il en résulte un film délibérément direct, un tournage qui se joue de la contrainte, et un art de la mystification qui impressionne. Le film aussi, mais une fois de plus c'est par la capacité à se fondre dans les codes d'un genre, les subvertir, jouer avec le public et le retourner comme une crêpe que Soderbergh épate. C'est un peu gratuit? Ca oui. Je terminerai quand même par dire à quel point Claire Foy est excellente, et ce n'était pas facile: elle est l'une des nombreuses qualités de ce film étrange, profondément inutile, mais qui est une nouvelle déclaration d'amour au cinéma et à sa capacité à expérimenter.

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh