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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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4 août 2017 5 04 /08 /août /2017 16:03

Paris 1845. L'étudiant Dupin (Leon Waycoff) et sa fiancée (Sidney Fox) rencontrent l'étrange Dr Mirakle (Bela Lugosi), un forain qui est montreur de singe, et dont la créature Erik est particulièrement fascinée par la jeune femme... A cette même période, des prostituées sont repêchées, mortes, tuées par une substance ajoutée à leur sang. Dupin, qui étudie la médecine, mène l'enquête, qui pourrait bien se compliquer et impliquer sa bonne amie...

Oubliez Poe: rarement l'oeuvre adaptée n'a été autant un prétexte vague pour faire un film: Une scène pas plus, et un personnage lient cette petite production de la Universal, et la nouvelle originale... Et les raisons de faire ce film sont sans doute parmi les plus douteuses: La Universal venait de renouveler son approche du film fantastique et d'obtenir deux succès particulièrement impressionnants avec Dracula et Frankenstein, donc la première motivation ici est purement de continuer à élargir le champ d'action du genre, tout en tablant sur les acquis: un solidement basé sur le cinéma muet Germanique et ses jeux d'ombre et de lumière, un mélange fragile d'horreur et de comédie, et une tendance marquée à l'exotisme Européen... 

Autre raison de faire le film, Robert Florey était à deux doigts d'être devant un sérieux contentieux avec le studio, qui l'avait fait travailler sur Frankenstein avant de confier le film à James Whale. Ce film, situé à Paris, était un peu le lot de consolation idéal pour le réalisateur d'origine Française. Et ajouter Poe à Shelley et Stoker, avant de convoquer Wells, permettait d'élargir la gamme des films d'horreur futurs.

Avec tous ces pré-requis le film est un divertissement, ludique plus qu'autre chose, fort bien mis en scène, et si l'intrigue en est profondément idiote (mais ça fait partie du jeu), Florey s'est souvent beaucoup amusé avec l'atmosphère et le montage... Quant au chef-opérateur Karl Freund, que voulez-vous, il fait du Karl Freund!

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Published by François Massarelli - dans Pre-code
2 août 2017 3 02 /08 /août /2017 17:59

Un milliardaire impétueux et excentrique qui va mourir bientôt fait poireauter son entourage avec des revirements constants par rapport au testament qu'il entend laisser. Il ne veut ni le laisser à ses employés qu'il déteste, ni à sa famille qui n'attend rien d'autre que son décès pour faire main basse sur le pactole! Il choisit, tant qu'il est à peu près sain d'esprit, et encore en capacité de le faire lui-même, d'adresser dix chèques, chacun d'un million de Dollars, à huit personnes prises au hasard... Chaque segment du film racontera ainsi le devenir de chaque chèque.

Les sept metteurs en scène se répartissent les portions de la façon suivante: Taurog est en charge du prologue et de l'épilogue, les autres films ayant été tournés indépendamment. Roberts et McLeod ont chacun deux segments à leur charge, et Lubitsch, Humberstone, Cruze et Seiter ont tous un sketch. Le ton est globalement à la comédie, sauf pour l'histoire de Cruze, qui est atroce, et (volontairement ou non?) dramatique: un condamné à mort reçoit le chèque et ne parvient pas à digérer la nouvelle. Certaines des vignettes tombent dans la comédie sans grâce, comme l'histoire de William Seiter avec W.C. Fields: un couple de forains dépensent leurs millions en voitures à casser, et c'est épouvantablement répétitif. J'ai un faible pour les deux premiers sketchs, l'un tourné par McLeod avec Charlie Ruggles en employé timoré d'une boutique de porcelaine qui est en plus étouffé par son épouse acariâtre, et l'autre tourné par Roberts, avec Wynne Gibson en prostituée surbookée qui va avoir une idée très précise de ce que son million lui permet d'acheter...

Et puis il y a Lubitsch: c'est intéressant de constater que ce film lui est souvent attribué en entier, alors qu'il en a réalisé le segment le plus court, mais aussi le plus fort et le plus percutant. Il l'a aussi écrit et en a confié l'interprétation à Charles Laughton... C'est une merveille. 

Pour le reste, aucun des metteurs en scène n'arrive à sa cheville, bien sur, donc il ne faut pas s'attendre à du grandiose. Juste à un film malin qui se saisit, en 1932, d'une préoccupation réelle, qui n'a rien à voir finalement avec le rêve Américain, mais plus avec l'idée de survivre, car comme chacun sait après 1929 les temps sont durs. Et le film nous montre l'Amérique (Blanche, il ne faut pas trop en demander), dans sa relative diversité sociale: on pourra juger que ce film nous montre une belle brochette d'égoïstes. On pourra aussi se dire que cette comédie tape gentiment là où ça fait toujours mal, tout en ayant le bon goût de vouloir faire rire...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Ernst Lubitsch Pre-code James Cruze Lewis A. Seiter
31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 19:00

A sa façon, ce film est plus ou moins un remake d'un film de Rex Ingram, The Arab, qui était le premier film du metteur en scène à se situer dans le monde Arabo-Musulman. Je ne l'ai pas vu, et s'il existe effectivement des copies en circulation, ça reste un film rarement montré. Ce n'est absolument pas le cas de ce film réalisé à la MGM en 1933, par un vétéran chevronné, pas du genre à faire la chochotte sur un tournage, et avec la star du premier film qui fait son numéro habituel: l'exotisme de l'orient, un visage d'ange qui cache bien des choses, et une ou deux chansons pour qu'on entende son filet fluet de ténor... Je veux bien sur parler de Ramon Novarro, qui finissait quasiment sa carrière de jeune premier, avant de tomber dans l'oubli. Dommage d'ailleurs, car il retrouve ici un sens du second degré qu'il partageait dans les années 20 avec Rudolf Valentino. Novarro s'est beaucoup amusé dans le film, et ça se voit! Mais si aujourd'hui The Barbarian est très facile à dénicher, souvent montré sur TCM, et fréquemment montré comme un exemple particulièrement typique de ce qu'était la période pré-code, c'est sans doute plus pour Myrna Loy, qui elle était en pleine ascension...

Myrna Loy interprète Diana Standing, une jeune femme Américaine qui vient rejoindre son fiancé (Reginald Denny) en Egypte avant un mariage attendu, et que le jeune homme voit venir comme la récompense à tant de mois d'attente. D'ailleurs il passerait volontiers cette étape, mais étant Anglais, il se retient. Le jour de son arrivée, Diana devient la proie de Jamil (Novarro), un jeune escroc qui sous couvert de faire découvrir le pays à des touristes, tend à les mener en bateau voire devenir si indispensable qu'il devient très facile de leur soutirer de l'argent. Au grand désespoir de son fiancé Gerald, Diana mi-troublée, mi-amusée laisse Jamil occuper le terrain, jusqu'au jour où ça dérape.

Autant le dire tout de suite: le film est un documentaire fascinant sur l'état des lieux du racisme anti-Arabe en 1933... Mais à son corps défendant; l'intrigue, pour être clair, joue sur les deux tableaux en laissant les personnages d'Anglais qui accompagnent Diana faire toutes les remarques désobligeantes. Mais Diana a de sérieux préjugés: la peur du viol, notamment... qui s'avère d'ailleurs tout à fait justifiée dans l'intrigue du film.

Sinon, il plane sur ce film le spectre de la peur du mélange: Diana est attirée par Jamil, presque autant que lui est attiré par elle. Mais ce qui l'arrête, c'est cette sale impression de l'impossibilité du mélange de ce que les humains les moins intelligents appellent les "races"... Et pour permettre au film de se résoudre sans attirer toutes les foudres de la censure sur lui, il a fallu avoir recours à un stratagème: la maman de Diana était Egyptienne, apprend-on. Donc ça va, on peut y aller!

Le film se divise en deux parties. La première ressort de la comédie, avec l'omniprésence canaille de Ramon Novarro qui met souvent les rieurs de son côté. la deuxième concerne l'enlèvement de Diana, qui va subir toutes les avanies possibles, jusqu'à une tentative de mariage imposée. C'est cette partie qui est d'une part aussi proche d'un rêve, voire d'un fantasme (celui de Diana?) que possible, tout en jouant à fond la carte du film d'aventures exotiques...

Myrna Loy est fantastique, mais ça on le sait déjà... Elle porte ce film sur les épaules, qui sont comme chacun sait adorables, et qu'on aperçoit assez souvent dans le film du reste. Pour ceux qui ne seraient pas au courant, mais vous avez ici une photo, c'est aussi un de ces films où une héroïne qui doit se laver de tout le sable du désert qu'elle a sur le corps, prend un bain dans une baignoire de rêve... une scène qui prolonge à la fois l'impression d'un songe, et celle d'assister au fantasme ultime d'une Américaine de 1933. Ce que confirme la fin, mais aussi l'interdiction du film, une fois le code de production qui régentait la censure en vigueur.

Il aurait de toute façon été impossible d'atténuer ce film en le coupant: il n'aurait pas duré plus de deux bobines.

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Myrna Loy Reginald Denny
9 juillet 2017 7 09 /07 /juillet /2017 16:30

Herbert George Wells avait des intentions derrière ses romans de science-fiction, la première étant de véhiculer des idées qu'on qualifiait de progressiste à l'époque, socialistes ou sociales, c'est selon. Le roman dont est tiré ce film était son deuxième après le célèbre The time machine... Et c'est bien sur, à sa façon, un classique: pas autant pourtant que d'autres oeuvres, ou même que d'autres livres adaptés par les gens de Universal avant: Dracula, Frankenstein en particulier... Mais ceux-là viennent décidément d'une autre planète.

Ce qu'on peut dire sans conteste du metteur en scène James Whale, ci-devant réalisateur de Frankenstein, ainsi que d'une excellente première adaptation de Waterloo Bridge la même année, et qui avait commencé à explorer les arrière-boutiques du genre fantastique avec The old dark house en 1932. Pour cette adaptation de Wells, il semble prolonger le ton de ce dernier film.

Et bien sur, il a fallu choisir un acteur qui allait jouer sans être vu, ou presque. Claude Rains avait une voix qui se prêtait de façon splendide à l'exercice, et comme on le sait, au vu de l'impressionnante carrière du monsieur, ça ne lui a pas porté préjudice, finalement... Il y est donc Jack Griffin, assistant d'un scientifique, qui s'est senti pousser des ailes et a fini par explorer tout seul dans son coin, à l'insu de son employeur, des voies dangereuses... Il est devenu invisible, mais aussi, par la même occasion, fou. Et avant la fin du film, il deviendra homicide, avec un certain nombre de victimes au compteur (Dont un train entier...). Gloria Stuart, déjà vue dans The old dark house, revient jouer les fiancées éplorées, mais elle n'a plus qu'à s'y faire; depuis qu'il a exploré la liberté absolue, Jack Griffin n'est plus intéressé par elle...

On sent comme tout un matériau de contrebande glissé là avec une joie sans mélange par ce brave James Whale, qui se sentait pousser des ailes avec le succès de ses petits films fantastiques, et se permettait de plus en plus d'humour. Jack Griffin, plus qu'un scientifique devenu foi, est un sale gamin qui a découvert le jouet ultime et s'y abandonne. On a fait grand cas des effets spéciaux particulièrement réussis du film, à juste titre, mais ce qui me frappe plutôt, c'est le ton de provocation à la révolte représenté par le parcours de Griffin qui ressort le plus clairement! Bref, cet Invisible man de James Whale prêche plutôt la liberté absolue, et le fait par la disparition et l'absence... 

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Published by François Massarelli - dans James Whale Pre-code
27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 10:18

Anton Lorenze? Inconnu au bataillon, si ce n'est pour un film... celui-ci bien sur, réalisé en 1933 dans le sillage de la "révolution" The front page, le film de Lewis Milestone qui avait seriv à établir les histoires de journalistes comme un genre à part entière. Le principal titre de gloire de ce petit film, une comédie concentrée en une heure, c'est Peggy Shannon, une actrice qui aurait pu atteindre à plus de notoriété, mais sera empêchée de percer avant de décéder bien tôt, à 34 ans, des ravages de l'alcoolisme. Ici, elle interprète une de ces femmes indépendantes qui ont fait l'intérêt des films pre-code, une journaliste ambitieuse et douée, et bien sur intègre...

Jerry Hampton (Peggy Shannon) démissionne de la rédaction de son journal le jour où elle apprend que son enquête sur un suicide louche a été refusée parce qu'elle mettait en cause un gros bonnet. Elle se réfugie dans un petit patelin, Apex, Californie, où le journal local cherche un rédacteur en chef. Elle va s'appliquer à transformer la rédaction en une équipe moderne, affairée, et diablement efficace, tout en accompagnant la transformation de la localité en une vraie ville: la preuve, au bout que quelques mois, on y trouve des hommes d'affaire véreux...

C'est mignon, efficace, et gentiment drôle: Sterling Holloway y interprète un petit rôle, de ceux dont il avait le secret. Shannon est dynamique et excellente en femme moderne qui sait ce qu'elle veut, sans jamais exagérer sur sa séduction. On sent bien que le film est fauché, mais il est interprété avec une certaine conviction... reste à imaginer ce qu'un autre metteur en scène en aurait fait bien sur, mais en l'état on est déjà bien content de pouvoir disposer de ces petits films qui  nous rappellent qu'Hollywood en 1933 n'était pas limité aux Warner, Fox, MGM, Paramount, ni même aux Columbia voire aux Republic. Il y avait aussi les films de la Modern film and Sound corporation...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Pre-code
28 avril 2017 5 28 /04 /avril /2017 14:54

Au début du siècle, en Allemagne: la petite Lily, une paysanne un peu effarouchée qui vient de perdre son père, se rend à Berlin pour être prise en charge par sa tante, la libraire Rasmussen. Mais si elle est employée à la librairie, elle est surtout attirée par l'atelier de sculpture de l'immeuble en face, dont les mystères la font rêver. A la librairie, elle rencontre l'artiste, qui l'invite à poser pour elle. Après hésitation, elle se laisse faire, et devient le modèle de l'artiste, Richard. Puis elle devient sa maîtresse, mais si elle est amoureuse, le sculpteur qui craint de devenir trop attaché à elle, s'arrange avec l'un de ses clients, le Baron Von Merzbach, qui de son côté va traiter directement avec la libraire Rasmussen. Et un soir, Lily se rend à l'atelier, ou l'attend le baron. Déchirée, elle accepte sa proposition de mariage...

Ce film nous propose l'unique interprétation de Marlene Dietrich, entre 1930 et 1935, qui ne soit pas une réalisation de Josef Von Sternberg, et on peut dire clairement que le film ne ressemble en rien à une oeuvre de l'auteur de Underworld. Maintenant, si on peut imaginer que c'est une sorte de figure imposée par la Paramount. Ou on peut aussi penser que Sternberg n'a pas souhaité tourner le film. Mais il sert assez bien la carrière de Dietrich, lui permettant de faire la démonstration de son savoir-faire: elle y passe de la petite provinciale coincée, à la croqueuse d'homme, elle y chante (Et comme d'habitude c'est atroce), et y use de son érotisme. contrairement à Sternberg, qui tisse une toile dont chaque jalons, chaque scène, chaque plan, chaque élément du décor doit être contrôlé à 100%, Mamoulian choisit, en construisant ses séquences autour de moments clés. Et bien sur, il utilise la sculpture comme substitut érotique: ainsi, les scènes de déshabillage sont-elles vues  travers les diverses statues de nu qui sont entreposées dans le studio du sculpteur. Et LA statue par laquelle le scandale arrive devient le symbole de la relation amoureuse bancale des deux amants, mais aussi de la transaction immonde avec le Baron, de l'attirance pour la jeune femme dont l'artiste pris au piège ne sait pas trop quoi faire, et enfin de la déchéance de Lily...

Mais il fallait vraiment qu'elle chante?

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Rouben Mamoulian
5 avril 2017 3 05 /04 /avril /2017 16:22

Deluge était jusqu'à présent une sacrée rareté, un de ces films devenus mythiques, parce que sinon perdus, en tout cas totalement impossibles à voir dans de bonnes conditions... Seules des copies d'exploitation étrangères (italienne et russe), donc doublées, avaient survécu. La découverte récente d'une copie intégrale, en Anglais, et qui plus est de première génération et les efforts de Lobster pour restaurer le film, et de Kino pour le rééditer, nous ont donc donné accès à ce film étrange, qui ne ressemble à aucun autre des thrillers fantastiques et d'épouvante qui appartiennent à la même période, celle qui va de Frankenstein et Dracula à la fin de l'époque pré-code, en passant par King KongFreaks, Doctor X et le Doctor Jekyll de Mamoulian...

Ben que produit par Radio pictures pour RKO, le film n'a rien à voir avec les productions de Merian Cooper, même si celui-ci, quelques années plus tard, a lui aussi tâté du film catastrophe avec The last days of Pompeii (Shoedsack, 1935); il possède d'ailleurs un cachet d'étrangeté qui tranche avec le cinéma plus coup de poing de Cooper et Shoedsack. Il raconte, eh bien, comme l'indique son titre, une période durant laquelle les éléments se déchaînent, et l'océan engloutit une bonne part des terres, sans pour autant qu'une autre explication que la colère divine ne soit évoquée. On notera qu'on a eu la sagesse d'éviter de faire parler Dieu, qui de toute façon en tant que méchant a toujours autre chose à faire que d'apparaître à l'écran, mais l'essentiel du film montre comment la vie revient, faisant du même coup de ce Deluge le premier des films post-apocalyptiques de l'histoire du cinéma.

Et la vie revient en trois temps: d'une part, des hommes isolés se retrouvent survivants et seuls... Puis une femme est découverte, interprétée par Peggy Shannon, et bien sûr les hommes la convoitent. Enfin, il s'avère qu'une colonie d'hommes, de femmes et d'enfants a survécu, et tente de reconstruire une société. Une grande part de l'intrigue montre comment la jeune femme, Claire, va tenter de résister aux hordes de violeurs, aidée en cela par l'avocat Martin Webster (Sidney Blackmer). Celui ci, marié et père de deux charmants bambins, pense avoir perdu sa famille dans le cataclysme, mais il ne sait pas qu'ils ont trouvé refuge pas loin de sa cabane, et lorsqu'il se retrouve à cohabiter avec Claire, il va tomber amoureux, ce qui va entraîner de sérieuses complications...

L'étrangeté est liée principalement à l'impression d'assister, par la lenteur, à un rêve éveillé... Les effets spéciaux du début ne sont pas aussi soignés que ceux de Kong mais remplissent leur fonction. On est par ailleurs dans un film qui s'aventure en terrain inconnu, et le fait bille en tête: Claire, la nageuse expérimentée, passe décidément beaucoup de temps en maillot de bain, ou dans des degrés divers de déshabillage, ce qui tend à souligner le risque que court sa vertu en permanence. On soulignera le fait que Martin, lui, garde sa décence jusqu'au bout. On pourra aussi voir de quelle manière la petite communauté fragile à la fin commence par se choisir un leader, un homme un vrai... mais aussi tente de reconstituer un semblant de capitalisme! Bref, une curiosité... de luxe.

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Published by François Massarelli - dans Pre-code
18 mars 2017 6 18 /03 /mars /2017 15:24

Faisant partie de la quinzaine de films signés par Curtiz en cette faste période de 1931 à 1933 (15 pour lesquels il est crédité, plus deux pour lesquels il est intervenu en remplacement sans être mentionné), Female est un bien curieux objet.

Tout d’abord, si Curtiz signe le film, il a bien été entamé par William Dieterle, puis assigné à William Wellman (Dont on reconnaît le style « poing dans la figure » dans le personnage de Ruth Chatterton, qui parle aussi vite que James Cagney) avant d’atterrir sur les genoux de Curtiz. Il serait bien sur difficile de tout attribuer au metteur en scène de Doctor X, mais de nombreuses scènes portent sa marque. L’histoire est un véhicule pour le couple Ruth Chatterton/George Brent, la première interprétant le rôle de Miss Allison Drake, capitaine d’industrie, et prédatrice d’hommes, qui mène sa vie comme elle l’entend, fuyant les attaches romantiques et assumant pleinement sa puissance en l’affirmant comme un facteur d’égalité avec les hommes. C’est ce dernier point qui est mis en avant dans la majorité du film. 
Female est osé, et typiquement "pré-code" dans son traitement franc et impudique du sexe, mais il est aussi original par son message : après avoir trouvé l’âme sœur (le seul qui ne lui mange pas dans la main, le seul qui s'approche d'elle en égal, voire la prend de haut), Miss Drake décide d’accepter le mariage qui lui est proposé, et prend sa décision seule. Le final en forme de renoncement parait plaqué: un plan, un seul dans lequel la jeune femme affirme ne jamais vouloir revoir son usine, qu’elle transmet à son futur mari. On n’y croit pas vraiment ... D'autant que dans la voiture qui ramène les deux protagonistes dans le droit chemin, le chauffeur, relégué à l'arrière, porte un cochon qu'on vient de gagner dans une foire, et qui couine allègrement... Là encore, un message subliminal de Wellman?

Au-delà des provocations piquantes, la mise en scène s’articule autour de la supériorité de PDG de Miss Drake d’une part, filmée en "magnate" de l’industrie en permanence: Curtiz (ou l’un des deux autres, en fait) ressort le vieux truc de l’usine-décor, vue en permanence à travers les fenêtres de son bureau, mais utilise ici plutôt les transparences que les silhouettes en carton-pâte, comme dans les Chemins de la terreur; d’autre part, il est systématiquement fait référence à l’esprit d’affirmation de son égalité: elle rencontre l’ingénieur dont elle sera amoureuse à la foire, ou elle entre en compétition avec lui au stand de tir. Lors des scènes qui suivent, elle mène la danse. Si il est probablement excessif de considérer ce film comme du pur Curtiz, il est tout aussi impossible de l’attribuer, comme Olivier-René Veillon le fait dans son anthologie « Le cinéma Américain, les années 30 » (Editions du Seuil) au seul Dieterle; la mise en scène de Curtiz s’affirme discrètement mais luxueusement (On connaît ses habitudes dispendieuses...) à travers les séquences de l'usine et de la villa à la piscine gigantesque, dans ce film forcément impersonnel, mais il a aussi su donner des signes quasi féministes: un très beau plan au début du film dans lequel il utilise un miroir dans le champ pour éviter le montage et nous montrer deux protagonistes de façon artificielle dans le même espace, nous montre deux visages radieux de la féminité: a gauche, Allison, en plein exercice matinal, à droite, dans le miroir, une femme mariée et souriante qui la félicite pour sa vitalité. Beaucoup de scènes entre les deux femmes portent ainsi la marque de fabrique de Curtiz, qui s’il n’a pas toujours traité les femmes de façon aussi élégante dans ses films, a souvent signé des œuvres qui offrent d’attachants portraits de femmes: c’était vrai de beaucoup de ses œuvres Autrichiennes, de beaucoup de ses films muets Warner (Avec Dolores Costello, dont il était quasiment le réalisateur officiel), ce sera vrai également avec Mildred Pierce, bien entendu ou le poignant Strange love of Molly Louvain. En attendant, voilà un petit film rafraîchissant qui ne fait pas trop mentir son titre...

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Michael Curtiz William Wellman William Dieterle
15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 10:40

Bon, Michael Curtiz a vraiment tout fait... Et même si décidément ça ne lui réussit pas vraiment, il a aussi tâté de la comédie. Avec toujours ce sentiment que ce genre de films était surtout pour lui une mission imposée, à laquelle il ne comprenait pas grand chose. Ce genre, pour lui, est toujours l'occasion de développer un sens mécanique de la mise en scène, qui tranche sur la complexité de ses drames, et le panache de ses films d'aventures...

Cette petite rareté avec James Cagney et Bette Davis tourne autour de deux initiatives de Cagney et d'un concurrent de créer une entreprise qui, moyennement une commission, permet aux légataires ignorant leur bonheur de toucher leur héritage; c'est plus ou moins légal, fait avec malhonnêteté, et puisque c'est du Curtiz et que ce dernier n'a aucun scrupule en matière de comédie, le tout permet des gags douteux sur le mariage, la bigamie, ainsi que d'innombrables tricheries. C'est sans prétention, et Cagney, Bette Davis et les autres font très bien ce qu'on attend d'eux. L'utilisation des accents New-Yokais et Irlandais-Américain (Concernant Cagney, un mélange des deux) rend le tout un peu savoureux quand même.

Quant à Curtiz, il fait, discrètement, son travail, c'est à dire qu'il laisse sa mise en scène se faire dicter par Cagney et Davis. Une scène de quasi-suspense, dans laquelle Cagney et ses sbires essaient de faire sortir un truand en cachette (Sur le point d'hériter) de son appartement nous rappelle la versatilité de Curtiz, mais ce qui frappe, c'est la tendresse évidente pour ces escrocs, tous poursuivant à leur façon leur rêve Américain... Mais vite!

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Pre-code Michael Curtiz
14 mars 2017 2 14 /03 /mars /2017 14:27

Alfred E. Green est l'homme de deux films, ce qui ne l'a pas empêché de réaliser un grand nombre d'oeuvres, mais si on excepte Ella Cinders (1926) avec Colleen Moore, et ce petit brûlot justement célèbre pour de mauvaises raisons, pas de quoi se relever la nuit... Et Baby Face doit sa notoriété, beaucoup plus à ce qui n'en est pas sorti, qu'à ce qu'on a pu voir en 1933... Je m'explique:

On sait que la période qui va des débuts du parlant jusqu'à la fin du premier semestre 1934, correspond aux Etats-Unis à une profonde mutation, soudaine et presque inattendue, du matériau cinématographique, liée bien sur à la mutation de l'arrivée du parlant et ses prolongements techniques: d'une part, la donne a changé, et dans un premier temps, les films sont uniques: fini les négatifs différents, assemblés de prises différentes ou de prises de vues effectuées à des angles alternatifs, qu'on va envoyer à des territoires différents (Il y a malgré tout des exceptions, la plus célèbre étant sans doute The front Page). Désormais, pour accommoder les coûts du parlant, on réalise un négatif, qui va essentiellement servir pour les territoires Anglo-saxons. Après une courte période durant laquelle les films sont tournés en plusieurs langues, la tendance du doublage se stabilise vers 1932...  De même, le parlant permet de compléter l'image en apportant un degré supplémentaire de suggestion, d'autant qu'à la concurrence de la radio le cinéma ajoute l'image. Et l'image plus le son, dans le cinéma, permet un nouveau degré dans le sous-entendu, ce qui va se confirmer. Donc les films deviennent volontiers plus salaces, plus culottés (Ou moins, tout dépend de ce qu'on entend par "culottés"...), moins prudes. La période est ainsi, rétrospectivement, nommée "pré-code" en référence au renforcement du code de production qui a lieu durant l'année 1934, afin de centraliser une censure, sous l'impulsion de Joseph Breen, président d'une association ultra-conservatrice de citoyens catholiques, qui s'érigent en remparts de la morale...

Autant dire que dans l'esprit de bien des cinéphiles curieux de tout, en particulier depuis que le cinéma a atteint un statut de consommation de masse via la vidéo, ce terme de pré-code tend à désigner des films qui se vautrent allègrement dans une certaine dose de provocation: et on peut bien entendu citer les films d'horreur de la Universal, les audaces de Freaks, les jeunes femmes tourbillonnantes des comédies musicales de Busby Berkeley, et bien entendu les nudités affichées et inattendues de The scarlet empress et Tarzan and his mate. ...Sauf que, justement, la vérité n'est pas aussi simple, et je pense qu'on peut citer ce film précis, Baby face, pour montrer que si l'audace sous toutes ses formes, en effet, caractérise les productions de cette période, tout n'était pas autorisé. Et pour re-citer un de nos classiques, si Tarzan and his mate possède une scène longue et hallucinante par le degré de nudité qu'elle affiche, celle du bain de Tarzan et Jane, cette séquence n'a jamais figuré dans le montage sorti en salles en 1934. Baby face, lui aussi, a fait l'objet d'une censure interne à la WB avant d'être soumis au public. Et on ne le saurait sans doute pas, si on n'avait pas retrouvé un beau jour la version de "pré-sortie", d'un montage différent de celle sortie, qui est il est vrai particulièrement audacieuse... On y conte une descente aux enfers, assumée et volontaire, qui s'arrête un jour brusquement lors de la découverte des sentiments, mais le film dans le montage sorti en 1934 atténuait tant bien que mal la teneur en soufre de ladite descente aux enfers, et insistait sur l'idée de rédemption.

Mais la version longtemps inédite contient non seulement une fable sur la promotion-canapé assumée, mais aussi une réflexion acerbe, provocatrice et osée sur la sexualité, prise à l'envers des codes mélodramatiques en vigueur, plus une bonne dose de sous-texte inattendu, si on soulève quelques petits cailloux disséminés ça et là... et le fait que l'actrice principale soir Barbara Stanwyck, évidemment, aide la film à se hisser au-dessus du mélodrame en osant affronter l'indicible! Elle est magistrale.

Lily Powers (Barbara Stanwyck) vit chez son père, qui tient en cette fin de la prohibition un speakeasy florissant. En effet, il bénéficie d'une protection tranquille, qu'on ne tarde pas à nous expliquer... la fille est dure, manifestement, tenant tête à son père, notamment quand celui-ci déclare vouloir se débarrasser de Chico, la petite employée noire à laquelle Lily est très attachée: comme le dit Lily, d'un ton extrêmement menaçant: "Chico stays". On se pose donc la question: quel est ce moyen de pression dont dispose Lily pour imposer ainsi sa volonté à son père? On a très vite la réponse: le père s'arrange avec un client, un homme important manifestement, et vire tous ses clients, afin de laisser le ponte seul avec sa fille. Mais Lily ne l'entend pas de cette oreille, et ne se laisse pas faire. En sortant, le gros bonnet annonce au père qu'il ne bénéficiera plus de sa protection face aux raids intempestifs de la police...  Peu de temps après, le père meurt dans l'explosion de sa distillerie clandestine, et Lily et Chico, libérées, partent pour la grande ville. Elles font comme tant d'autres héros et héroïnes de films durant la grande dépression: elles empruntent un train en tant que passagères clandestines; durant le voyage, un homme qui surveille les wagons veut les déloger, mais selon un procédé bien établi, Lily va le persuader de n'en rien faire. Une fois arrivées en ville, Lily trouve facilement un emploi, et va coucher avec autant de hommes qu'il le faut pour escalader autant de marches qu'elle pourra.

Un motif dans la bande-son, qui finit d'ailleurs par être un peu énervant, accompagne et annonce chaque étape de la croisade de coucherie accomplie par Lily: la chanson St Louis Blues, parfois interprétée à l'écran par Chico (Theresa Harris), rythme en effet les écarts de conduite de la jeune femme. La mise en scène, qui doit bien sur suggérer, mais aussi intégrer les coucheries (Et l'ascension sociale qui en découle) est plutôt fort bien défendue par Green, qui trouve quelques moments de grâce: la cigarette allumée par Barbara Stanwyck dans la pénombre du wagon, par exemple, qui devient tout à coup la seule source de lumière, trouant la pénombre pour révéler son visage tranquille; une scène extraordinaire, qui aurait pu dans un autre film annoncer la fin de l'intrigue, nous montre la jeune femme qui a du se retrouver seule dans son appartement face à deux rivaux, et constate qu'ils se sont entre-tués: elle voit le corps de l'un d'entre eux, et on ne voit que son dos. Le corps de l'homme mort, dans une position tordue, et à terre, contraste avec la blancheur virginale du dos nu de la jeune femme, car elle portait ce soir-là une robe particulièrement osée. Elle se tourne vers la gauche, et on ne voit plus que son profil, les yeux baissés. Honte? Résignation? c'est ambigu. mais tous les aspects corrosifs ou presque du film sont contenus dans cette scène. Une autre, plus suggestive encore, montre Lily et un de ses patrons surpris dans une position équivoque, hors champ, par un employé qui regarde, choqué, droit vers la caméra... Mais en reculant un peu, celle-ci nous révèle un miroir, qui nous montre Lily réajuster son rouge à lèvres. Pas tant d'ambiguïté, donc.

L'un des aspects qui a été le plus rabotés dans la version finalement sortie, est la prémonition de son ascension sociale, contenue dans un échange entre Lily Powers et un vieil homme au début du film: client du speakeasy, le vieux Cragg est un immigré Allemand avec lequel Lily aime à deviser. Il lui parle de sa passion pour Nietszche, et lorsque le père décède, le vieil homme auquel on ne la fait pas enjoint à Lily de saisir sa chance, et d'accomplir sa destinée en utilisant sa toute-puissance. Et c'est ce que va faire la jeune femme, qui ne se cache pas d'avoir déjà de l'expérience, beaucoup d'expérience, grâce aux petits arrangements de son père. donc non seulement la confrontation qui ouvre le film n'est pas sa première expérience autour du risque de coucher, mais elle a semble-t-il déjà été initiée sous la responsabilité de son père. Ce qui, bien sûr, est particulièrement sordide. Mais le film ne s'arrête pas là: on peut en effet s'interroger, compte tenu du peu d'estime dans laquelle elle tient ses "victimes", sur son orientation sexuelle, ce que son lien avec Chico au début du film nous autorise à faire. La civilisation blanche et sans pitié du film reprend ses droits, et au fur et à mesure de l'ascension sociale de Lily, Chico sera de plus en plus ouvertement sa domestique, avant de quasiment disparaître du film. Mais l'ambiguïté demeure sur leurs rapports... Reste que le film est notable pour son absence de jugement, ou de position morale tranchée.

A toute descente aux enfers, correspond donc une rédemption: si elle sera prolongée dans le film finalement sorti, cette version nous montre au moins Lily sauvée par un sentiment inattendu: l'amour... Mariée à un des actionnaires majoritaires de la firme (George Brent), Lily est plus que jamais déterminée à continuer seule. Et devant un scandale qui pointe le bout de son nez (la jeune femme est sous le feu des projecteurs, bien entendu), elle refusera de l'aider, avant de ressentir un certain trouble: au moment de quitter le domicile conjugal, elle interdit à Chico, pour la première fois dans le film, de chanter St Louis Blues. Peu de temps après, elle réalise: elle est amoureuse de son mari... La fin sera dès lors assez rapide, sinon expédiée. Pas la peine de s'appesantir, le film n'a pas besoin d'une leçon de morale... reste qu'on peut s'interroger sur la véritable finalité du film, qui explore certes un cas extrême, et accompagne les pas d'une serial-coucheuse... Une façon de rendre la monnaie de leur pièce aux hommes? D'aller contre les codes lénifiants du mélodrame, qui veulent qu'une mauvaise fille ne devienne une mauvaise fille que parce que la toute-puissance des hommes l'a voulue ainsi? Envie pour la Warner de concurrencer la MGM qui vient de sortir le salace Red-Headed Woman avec Jean Harlow, un film (nettement plus mécanique) de Jack Conway qui raconte à peu près la même histoire? Ou tout bonnement une envie de pousser l'enveloppe encore plus loin en matière de scandale cinématographique, tout en restant dans le giron de ce qui est jugé acceptable par les studios?

si c'est ce dernier cas qui est la vraie raison de l'existence du film, alors c'est raté, puisque Baby face, à peu près en même temps que Convention City (Dont toutes les copies allaient être brûlées par la WB), et Tarzan and his mate (Qui subirait des coupes afin d'en atténuer l'érotisme), allait subir une certaine modification avant sortie. Le signe avant-coureur d'une reprise en main de la censure, devenue inévitable. en attendant, le film vaut le détour, comme un parfait révélateur d'une époque ou tout paraissait possible au cinéma, avant l'âge des lits jumeaux...

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Published by François Massarelli - dans Pre-code