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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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12 janvier 2026 1 12 /01 /janvier /2026 18:06

C'est l'un des premiers scripts écrits par Fritz Lang, pour un autre réalisateur, d'autant que le jeune auteur n'avait pas encore pu accéder à cette fonction. Si le résultat est un film sans doute assez moyen, il est intéressant dans la mesure où il anticipe sur une de ses oeuvres de jeunesse les plus importantes... C'est Joe May, qui tenait une place importante dans le cinéma populaire des années 10, qui a dirigé ce film comme beaucoup des premiers scénarios de Lang.

Hilde Warren, actrice, est de par son art attirée par la noirceur, et visitée parfois par la mort (Georg John); mais elle se résout toujours à voir les bons côtés de la vie, ce qui la poussera bientôt à arrêter son activité! Elle est courtisée par un de ses amis, le directeur du théâtre qui l'a employée: Hans von Wengraf (Hans Mierendorf) est un homme apprécié de tous, mais il est plus âgé. Elle lui préfère un playboy, Hector (Bruno Kastner), flamboyant (et très amoureux), mais c'est un voyou, et ils seront à peine mariés qu'il est appréhendé pour meurtre, et abattu par la police... Hilde va donc rester seule, avec un jeune garçon. Quand Hans la retrouve, il ne tardera pas à constater que le fils (Ernst Matray) a hérité des pires défauts de son père...

Cette fable sur le déterminisme ne tient évidemment pas debout, et c'est un mélodrame assez classique de cette époque de l'écran Allemand pré-Caligari: de beaux décors, une interprétation un peu ampoulée, et une certaine influence marquée du cinéma Danois. Mia May (Hilde) est une jeune première avec de solides heures de vol, et les fadaises sur le fils qui ne peut que devenir un meurtrier puisque son père l'était, sont hautement risibles.

Mais les quelques apparitions intempestives de la mort, d'ailleurs interprétée par un acteur à la plastique étonnante, qu'on reverra souvent chez Lang, sont non seulement marquées du sceau de l'étrange, mais elles sont plastiquement superbes. Et comment ne pas penser à Der müde Tod, dans lequel Lil Dagover et Bernhard Goetzke recréeront l'étrange couple entre une femme innocente parvenue au bout de son chemin, et une mort lassée d'accomplir sa triste besogne? Pour finir de tisser un lien entre ce petit film et le grand auteur, Lang joue également un rôle de figuration...

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Published by François Massarelli - dans Joe May Fritz Lang 1917 Muet **
8 novembre 2025 6 08 /11 /novembre /2025 14:54

Ce mélodrame danois date d'une période difficile: la guerre a privé le pays de ses publics, car fans tous les pays bélligérants, même si le Danemark était neutre, les structures de diffusion des films fabriquésà Copenhague étaient extrêmement dépendants des distributeurs Allemands... Et les films Américains, Anglais, Français ou Italiens étaient du même coup peu diffusés. Peut-être faut-il y voir la raison d'être de la confection d'un mélodrame "exotique" comme celui-ci.

Dans une station balnéaire, une famille très comme il faut est en villégiature. Elly (Lilly Jacobsson), la fille d'un militaire danois, a repéré l'arrivée du beau Maharajah (Gunnar Tolnaes), dont elle tombe instantanément amoureuse... C'est réciproque, et aidé de sa suite, le prince la kidnappe. Mais une fois arrivée dans son palais, bien que favorite, elle ne supporte que très mal le fait de n'être qu'une addition à son harem... Elle va donc insister pour récupérer sa liberté.

Les tourments de l'héroïne, mais aussi de son kidnappeur, sont donc liés à l'impossible mariage des cultures, jugées comme incompatibles l'une avec l'autre. Le point de vue ici est majoritairement celui de la jeune femme, qui déciuvre sa situation avec curiosité, puis effroi? Le ton reste léger, car derrière cette sombre histoire, il y a surtout le frisson de l'impossible amour et l'exotisme de pacotille de ces aventures dans un autre monde. 

Le film sera suivi d'un deuxième volet, toujours avec Gunnar Tolnaes et Lilly Jacobsson: il sortira deux années plus tard, réalisé par August Blom. La preuve d'un grand succès... Il y aura aussi un remake, toujours avec le même acteur, mais cette fois, la jeune femme sera interprétée par Karina Bell: ce sera une réalisation de A. W. Sandberg, et le dernier film Danois de l'acteur Norvégien.

 

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Published by François Massarelli - dans 1917 Robert Dinesen Muet
15 juin 2025 7 15 /06 /juin /2025 13:42

Ce mélodrame Danois date d'une époque durant laquelle le pays du Nord, anciennement champion incontesté du cinéma Européen, et donc mondial, est en lutte pour garder sa première place... Mais c'est bien fini. Les Danois, qui savent qu'ils ne peuvent plus exporter comme avant vers la France, l'Italie ou l'Angleterre, en cette époque où les alliances scellent des pactes authentiquement guerriers, se tournent plus que jamais vers les genres éprouvés, en premier lieu le mélodrame! 

Joe Higgins (Valdemar Psilander) est clown dans un petit cirque familial. Un noble de la ville qui vient voir le spectacle est impressionné et lui propose de venir avec lui pour faire carrière sur les scènes citadines. Il accepte, à la condition de pouvoir emporter avec lui Daisy (Gudrun Houlberg), la femme qu'il aime, et ses parents. Des années après, Joe court de succès en succès, mais il découvre que Daisy, qu'il a épousée, le trompe avec le comte Henri (Robert Schmidt). Il la confronte, elle part, et c'est la déchéance...

Le film est hautement prévisible, et nous conte précisément la chute d'un homme. La scène qui va servir de révélateur pour Joe, pas pour le public, sera vue par lui dans un miroir, qui lui montre littéralement ce qui se passe dans son dos. Quelques scènes plus tard, Joe éméché croise dans un restaurant une troupe de gens en pleine débauche: parmi eux, Daisy et le comte sont occupés à lutiner d'autres amants. Joe fait un scandale... qui secoue violemment la jeune femme. Ainsi, Sandberg semble établir non seulement le thème classique du mélo, la ville qui corrompt, mais par ces deux scènes il insiste sur cette déchéance comme un drame intérieur, inhérent à Joe lui-même. Et quand il croise Daisy, tous les deux sont dans un très mauvais état... 

La dernière bobine, située après la mort de Daisy, le premier "climax" du drame (il y en a un deuxième, mais je ne vous le révélerai pas), est fascinante par une utilisation assez rare du flash-back, quelques années avant la structure chronologique déroutante de La charrette fantôme... Joe se remémore les bons moments entre deux gorgées de mauvais vin, et on voit non seulement les scènes que nous avons déjà vues, mais aussi d'autres, qui prolongent le drame, et la vie qui est sous nos yeux. Valdemar Psilander, qui EST le spectacle à lui tout seul, est évidemment impérial dans ce film et lui assurera un succès non négligeable... D'autant plus qu'il est décédé quelques semaines avant la sortie! mais le film avait ses mérites propres, avec ou sans sa vedette: ce qui allait persuader Sandberg, neuf années plus tard, de retourner à la conquête de l'Europe avec un remake en tous points superbe...

Copie du film (sans sous-titres) disponible sur le site du Danske Film Institut: 

https://www.stumfilm.dk/en/stumfilm/streaming/film/klovnen-0

 

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Published by François Massarelli - dans A.W. Sandberg Muet 1917 DFI Valdemar Psilander
15 septembre 2023 5 15 /09 /septembre /2023 10:29

Pas de panique, pas de confusion... ce film n'existe plus. J'ai utilisé cette façon de commencer cet article, car à moins que vous n'en ayiez jamais entendu parler (ce qui est hélas tout à fait plausible), le fait est que ce film, non seulement a disparu sans laisser de traces, mais en plus, il est l'un des plus fascinants de tous les "films perdus", ceux dont aucune copie n'a survécu mais dont la réputation a en revanche bien subsisté. Au point où parfois, des voix d'historiens s'éèvent pour mettre en doute certaines réputations: c'est le cas de celui qui est considéré aujourd'hui comme le plus célèbre des films perdus, justement, le London after midnight de Tod Browning, sur lequel des articles par dizaines s'écrivent tous les ans, encore maintenant, des livres ont été publiés, et pourtant il semble que, jusqu'à ce qu'il disparaisse corps et biens dans un incendie spectaculaire dans les années 60, il ait été un film assez médiocre de série... 

Pour comprendre comment un film peut disparaître il convient sans doute de rappeler qu'à l'époque le film était analogique. Pas de numérisation: un film était consommé sous la forme d'un positif, tiré à partir d'un négatif. A chaque fois qu'on tirait une copie, le négatif s'abimait un peu plus... A chaque fois qu'on projetait une copie, elle s'abimamit un peu plus. Et les copies étaient tirées sur un support dit nitrate, qui donnait des images superbes, mais était hautement inflammable, et commençait à se décomposer dès qu'il était tiré. Une fois perdus négatifs et copies, le film 'nexistait plus, tout bonnement: pas de sauvegarde, à moins qu'un studio ait prévu le coup (les seuls à le faire à l'époque du muet étaient Cecil B. DeMille et la MGM)...

Revenons, ou tentons de le faire, à ce film de J. Gordon Edwards, qui était le grand metteur en scène des grands sujets de la Fox dans les années 10. Il a donc été aux manettes pour Salome, Madame du Barry, Camille et ce Cleopatra, tous avec Theda Bara. The Queen of Sheba de 1921 présentait par contre une nouvelle venue, l'actrice Betty Blythe... Tous ces films étaient l'occasion pour le studio de mettre des actrices en valeur (à bien des sens du terme) et de vendre du sex-appeal au kilo, sous couvert de grands sujets et de grandes héroïnes... bref, c'était l'invention du star-system selon Hollywood, et on ne va pas juger un seul de ces films aujourd'hui puisqu'ils ont tous disparu, laissant derrière eux des photos de plateaux, des essais de costumes qui laissent pantois par ce qu'ils osaient, des légendes sulfureuses, beaucoup de fantasmes et une solide dose de regrets... 

Ces regrets, des fantasmes aussi, expliquent sans doute pourquoi, plus que, au hasard, The big city de Tod Browning, ou même The devil's passkey de Erich Von Stroheim, deux autres films perdus aux réputations positives mais ne déclenchant pas autant de passion, un certain nombre de personnes de par le monde souhaitent ardemment trouver une copie, même incomplète, de ce Cleopatra de 1917. Ou même une bobine; un fragment... un essai de costume de 15 secondes... Le statut de superstar, l'une des premières, acquis par theda Bara et en particulier avec ce film, permettrait d'autant plus de contribuer à expliquer le phénomène, qu'il se trouve que comme la plupart des oeuvres de J. Gordon Edwards, la plupart des films de Theda Bara sont églement introuvables... Et celui-ci a été un énorme succès.

Un auteur, Phillip Dye, y consacre du temps, en collectionnant ce qui reste: photos, mais aussi costumes, scripts et révisions, et même toutes traces possibles et imaginables à travers l'histoire et la presse, de Cleopatra mais aussi des films de Theda Bara... Une page facebook y est d'ailleurs consacrée, Lost film Cleopatra; Dye a écrit un livre sur le sujet, et produit actuellement un documentaire qui reconstituera l'image du film, à travers ces documents qui eux, contrairement aux images qui bougent, ont survécu.

Bien. Maintenant, on peut quand même le dire: il reste quelques images... Oh, trois fois rien, pas une minute. d'une part, un bout de pellicule de 15 secondes, qui montre theda Bara dans un des costumes osés qu'elle sortait, et ça ressemble à un essai qui peut avoir été tourné afin de vérifier la commodité et l'effet visuel du costume en question. Voici la chose, https://www.youtube.com/watch?v=64jnK7GjO4w

Et plus récemment, un fragment en 35 mm, d'assez bonne facture, qui semble bien tiré du film (et il s'agit non seulement de Theda Bara, mais aussi d'un costume qu'elle a bien porté dans le film, là encore), a été retrouvé. Ces quelques secondes ont fait l'effet d'une bombe dans le milieu des crypto-palé-historiens du cinéma... les voici enfin: 

 https://www.youtube.com/watch?v=QwPZuyF2Th0

Maintenant, reste à trouver les deux heures qui restent. ...Ce qui n'arrivera sans doute jamais.

 

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Published by François Massarelli - dans Archéologie Muet 1917 Theda Bara
24 décembre 2022 6 24 /12 /décembre /2022 18:09

En Novembre 1917 se sont tenues les premières élections pour l'assemblée constituante en Russie, et c'était évidemment une date importante pour les Bolcheviks, principale force de la Révolution d'Octobre... Comment Starewitch, qui n'allait pas tarder à émigrer à la faveur d'un tournage, a-t-il été amené à participer à la propagande socialiste en vue de cette élection, et par là-même à réaliser l'un des premiers films Soviétiques militants, c'est pour l'heure un mystère, mais ni la situation chaotique de la future URSS, ni la position paradoxale des artistes du cinéma Russe des années 10, ne sont finalement claires... Notons par exemple que si Starewitch, qui a réalisé ce film pro-socialiste, finira par émigrer et s'installer en France, Protazanov de son côté émigrera sans demander son reste dès la révolution aux côtés de Mosjoukine, participera à l'établissement d'une compagnie de cinéma en France qui allait devenir l'Albatros... et rentrera au pays pour tourner avec Aelita le fantasme Soviétique ultime!

Toute cette confusion n'empêche de toute façon absolument pas ce film, réduit à une vingtaine de minutes dans la version que j'ai vue (mais on parle parfois d'une version en 6 bobines... prudence!), d'être totalement inintéressant et prévisible: on annonce des élections, et un délégué syndical très populaire qui selon toute vraisemblance sera élu par toute sa communauté, est écarté par un patronat vendu... Et par-dessus le marché, le principal actionnaire souhaite se débarrasser du camarade pour faire main basse sur sa fiancée... Bon, Starewitch ne s'en est pas trop vanté, de celui-ci...

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Published by François Massarelli - dans 1917 Ladislas Starewitch Muet *
23 décembre 2022 5 23 /12 /décembre /2022 18:35

Ce film est incomplet; il s'agissait à l'origine d'un long métrage de cinq bobines, entièrement en prises de vues réelles, et il subsiste une trentaine de minutes, sans intertitres, ce qui est très fâcheux... Le métrage subsistant est tiré des trois premières bobines, et on n'a donc pour se faire une idée de ce film, que les deux premiers actes...

Un jeune homme est engagé comme chauffeur, et va devenir parce qu'il a plu à sa maitresse (plusieurs sens donc à donner à ce terme) un jockey pour l'écurie de ses patrons... Mais ses attaches près de la communauté bohémienne et en particulier ses liens avec une jeune musicienne, provoquent la jalousie de la riche bourgeoise...

C'est un sombre drame, difficile à expliciter aujourd'hui, dont les scènes se partagent entre des plans de compétition sportive, des séquences au restaurant, et beaucoup de scènes d'intérieur, éclairées avec soin... Pas de quoi se relever la nuit hélas, et n'oublions pas que Sarewitch lui-même, qui considérait son travail comme celui d'un animateur, n'avait aucune indulgence pour les films qu'il a été amené à accepter pour nourrir sa famille.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1917 Ladislas Starewitch *
1 septembre 2022 4 01 /09 /septembre /2022 17:36

Dans une petite banque familiale, le vieux caissier (Lon Chaney) découvre que le directeur, Peabody, et son fils, détournent de l'argent. Ils le frappent et s'en débarrassent, le croyant mort: le complice qui transportait le corps a un accident. Le corps a disparu...

La fille du vieux Forbes, le caissier disparu, demande de l'aide à son ami Billy, qui décide de profiter de l'occasion pour prouver qu'il n'est pas un bon à rien...

C'est l'un des rares longs métrages Universal avec Lon Chaney d'avant 1919 à avoir été conservé entier ou à peu près... Et c'est un film assez connu, du coup, souvent montré ou édité, dès les années 80, en super 8 puis VHS et enfin DVD. Mais c'est avant tout un mélodrame assez sombre, avec un arrière-plan moral et une leçon, dans les limites de la convention: les Peabody sont des gens avides et sans scrupules, qui non seulement détournent l'argent de leurs clients avec des malfrats, mais en plus vont saigner à blanc ceux qui ont des dettes envers eux. Des capitalistes, dans le pire sens du terme, qui s'en prennent à un descendant du patriote Paul Revere, interprété par Chaney! Et pendant ce temps, un homme simple mais amoureux va révéler sa vraie force morale et faire triompher le bien.

Le film est décent, avec de belles scènes de suspense nocturne. Chaney y est excellent malgré la charge mélodramatique de son rôle, qu'il assume à 200%! Et la direction de l'artisan Joseph de Grasse (dont le frère Sam interprète ici le fils Peabody) est adéquate, sans plus...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Lon Chaney 1917 ** Joseph de Grasse
29 août 2022 1 29 /08 /août /2022 10:08

Nellie (Dorothy Phillips) est une aspirante actrice, qui s'enfuit de chez elle pour percer à New York. Dans la gare, elle rencontre un acteur (William Stowell) qui la séduit par son amabilité. 

Arrivée à Broadway, elle monte un à un les échelons du théâtre, et va presque malgré elle se servir d'un homme, le critique Paul Niehoff (Lon Chaney), un homme malade, qui souhaite faire représenter une pièce qu'il a écrite, avant de mourir...

Il manque les deux dernières bobines du film, sur cinq à l'origine, et ce qui reste n'est pas brillant... La troisième bobine en particulier a beaucoup souffert des ravages du temps. Mais en 33 minutes, on a quand même une assez bonne idée de ce qu'est ce film, réalisé comme tant d'autres de ceux qui employaient Chaney à l'époque par Joseph de Grasse. Pendant toute la durée de ce qui reste du film, on est assez circonspect devant une intrigue qui n'en finit pas de ressembler à une parodie. Ca s'explique très bien par la fin, résumée dans les copies disponibles...

C'est un film moyen, qui se réveille soudain à la fin de la troisième bobine, justement, quand un producteur véreux est assassiné par l'héroïne qui souhaite se défendre de ses intentions malfaisantes... De Grasse y utilise un bel éclairage, et Dorothy Phillips y incarne à merveille une ingénue dépassée par la violence dont elle fait preuve: là encore, ça sert assez bien le film quand on en connaît le dénouement. Chaney, enfin, y échappe au rôle de méchant, même si sa première apparition, en critique démiurge dans les coulisses d'un théâtre, fait craindre le pire...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1917 Lon Chaney ** Joseph de Grasse
18 décembre 2021 6 18 /12 /décembre /2021 19:18

Le banquier Favraux s'est construit une fortune considérable en exploitant sans scrupules la misère d'autrui... Un jour, alors que tout semble aller au mieux pour lui, que sa fille, jeune veuve et mère d'un enfant, s'apprête à se remarier, il meurt, et un scandale éclate. Le fautif? Judex, un homme mystérieux dont la famille a été autrefois victime des agissements du banquier... Mais Favraux est-il mort? Et qui est réellement Marie Verdier, la jeune gouvernante dont Favraux s'est entichée et qui une fois le banquier mort va chercher fortune ailleurs?

Côté pile, le film commence comme du pur Feuillade, qui installe avec un talent fou une intrigue qui pose une masse de questions, des personnages en liberté, des maniaques et des gens bien, des bandits et des justiciers… Le prologue est exemplaire et les premiers épisodes donnent une envie folle de savoir la suite! Judex (René Cresté) est un personnage fascinant parce qu’à la demande de Gaumont c’est un justicier, un vrai, et contrairement aux Vampires sa quête est motivée par des raisons hautement morales… Et pour le cas où on s’ennuierait d’Irma Vep et de ses collants noirs, Feuilade a engagé sa muse préférée pour le rôle riche de Marie Verdier / Diana Monti… On s’en doute, cette dernière s’avérera un authentique génie du mal…

Côté face, Judex fait suite, dans l'oeuvre de Feuillade, aux Vampires, à son impressionnant succès... et aux polémiques nées de ce que certains censeurs considéraient comme la nature scandaleuse de son cinéma: qui pouvait douter un seul instant que dans le serial en dix épisodes qui avait tenu en haleine les spectateurs Français durant 9 mois, les héros étaient en fait la dangereuse mais fascinante mafia de voleurs, d'assassins et d'escrocs des "Vampires", rassemblés autour d'Irma Vep (Musidora)? Le film, d'épisode en épisode, marquait de façon spectaculaire son époque, et bien que se déroulant à l'arrière, soulignait par le recours à des armes de plus en plus sophistiquées (Lance-flammes, canons, gaz et masques) l'existence quotidienne, ressentie par toute la population, de la guerre qui se jouait dans le nord du pays... Et du coup, la violence et la mort y étaient partout.

Judex est donc né de cette nécessité d'une revanche pour la Gaumont et les bien-pensants, qui souhaitaient que les lucratives idées de Feuillade s'expriment dans un sens qui puisse aller conformément avec le bien public tel que les autorités morales le concevaient... On sent bien que l’auteur a été pris entre deux feux avec ce nouveau film, passant d’une vengeance terrible, celle de Judex, à un appauvrissement de plus en plus évident au fur et à mesure de l’évolution de son amour pour la belle Jacqueline (Yvette Andreyor), la fille de son ennemi.

Et c'est bien ce qui me chiffonne dans Judex, un feuilleton qui part tambour battant, et qui installe vite l'idée que derrière le drame bourgeois qui est à la base, il y a une force, mystérieuse et secrète, représentée par l'énigmatique Judex, un justicier masqué qui s'arroge de le droit de vengeance en utilisant une machinerie compliquée, qui a le pouvoir de tuer s'il le souhaite et veille au grain, aussi menaçant que l'auraient été les Vampires... avant de se rétracter par amour, et d'abandonner une à une toutes ses ficelles, quasiment émasculé. Alors bien sûr, le film accumule les péripéties, et Feuillade comme à son habitude dose de façon convaincante les coups de théâtre préparés, et l'improvisation, mais le coeur n'y est pas autant qu’on l’aurait souhaité. René Cresté, en justicier énigmatique, est parfois terne lorsque le doute qui le ronge l’empêche d’agir, les relations avec l'entourage sont convenues, et on réclame toujours plus de Diana Monti, l'aventurière jouée par Musidora, qui par sa vilénie rappelle les exactions basses, viles et immorales, des Vampires. Et au milieu de tout ça, à travers le personnage de Cocantin (Marcel Levesque) et de sa bonne amie Daisy Torp (Lili Deligny) si prompte à se déshabiller pour plonger en maillot noir (un épisode lui est dédié vers la fin, L’ondine) on voit bien que Feuillade était gêné aux entournures par ces préoccupations de censeurs.

 

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Published by François Massarelli - dans Louis Feuillade Muet 1917 **
7 mai 2021 5 07 /05 /mai /2021 17:14

Avant de partir pour l'Autriche, d'où il s'embarquerait pour une carrière fabuleuse à Hollywood, Mihaly Kertesz (de son vrai nom, Emmanuel dit Mano Kaminer) a quasiment été assimilé à la production Hongroise de films... Réalisateur des oeuvres les plus ambitieuses, sans doute, mais ça reste hypothétique puisque tant d'oeuvres ont disparu. Il en resterait, manifestement, une poignée; j'en ai recensé quatre, réalisés entre 1914 (A tolonc) et 1919 (le court métrage de propagande Jon Az Ocsem). L'un d'entre eux n'existe plus que sous la forme d'un fragment privé de son contexte...

Mais le film est intéressant, même réduit à sa plus simple expression, en trois pauvres petites minutes... Par exemple, l'art de l'ombre et de la lumière ici, la façon de capter les intérieurs, la composition, sont en droite ligne d'un forte influence Danoise: on sait que Curtiz, pour apprendre son art, a eu le culot de faire le voyage jusqu'à Copenhague et de s'inviter sur le plateau d'August Blom! Et à la fin de l'extrait, il filme une scène folklorique durant laquelle son acteur fétiche Victor Varconi est au milieu d'une foule impressionnante, et déjà, l'art de Curtiz explose quand il s'agit de manier les foules... Pour le reste, on se perd en conjectures devant ce sombre drame doublement muet.

 

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Published by François Massarelli - dans 1917 Michael Curtiz Muet