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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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6 mai 2021 4 06 /05 /mai /2021 17:39

Le film est un "film long" de Solax, donc produit par Alice Guy: c'est, en deux bobines, une première tentative de sortir de la tradition des courts métrages de moins de quinze minutes. Il emprunte autant à la tradition du mélodrame Américain, qu'à Dickens, et en particulier, à Oliver Twist...

Un couple d'Américains riches fait de la charité un hobby important. Mais ils se font rouler dans la farine par un autre bourgeois qui sous couvert d'aider les pauvres, est en fait le chef d'une bande de malfaiteurs qui entraînent les enfants à voler. Le jeune Oliver, qui vient d'arriver dans la bande, est aussi le souffre-douleur...

Le terme "sewer" désigne l'égout, à double sens: d'un côté, les bandits qui vivent dans la misère mais se complaisent dans le rime, et de l'autre le cheminement par les égouts, par lesquels le héros va s'en sortir, dans une longue séquence très soignée. Je ne sais pas dans quelle mesure ce n'est pas un film d'Alice Guy; elle en est au moins désignée comme chef de la production (je doute qu'elle ait pu être étrangère à quoi que ce soit qui soit sorti des studios Solax...). Le film est soigné, mais il est hélas incomplet... Comme les films en deux bobines de Griffith sortis la même année, c'est un jalon essentiel dans l'inéluctable évolution du cinéma Américain vers le long métrage...

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Published by François Massarelli - dans 1912 Muet Alice Guy
9 avril 2021 5 09 /04 /avril /2021 17:52

Sous titré La traite des blanches, III, le film montre bien comment ce thème était devenu un raccourci facile pour vendre de la pellicule. ce troisième film de la série initiée par August Blom n'ajoute rien, et est globalement moins efficace. L'intrigue reprend les contours des deux films précédents, en changeant peu de choses, si ce n'est que l'intrigue concerne désormais de nouveaux personnages.

L victime, Nina, est une musicienne dont le contrat avec un théâtre de Copenhague se termine, et qui tombe dans un piège tendu par un cercle de proxénètes qui alimentent leurs bordels de St Petersbourg en prétendant être les gérants d'un prestigieux théâtre Russe... A partir de là on retrouve tous les passages obligés: l'arrivée dans le bordel, la réalisation qu'il y a un problème, les tentatives de plus en plus insistantes de mettre l'héroïne "au travail", et l'enquête du valeureux petit ami.

Bref, on tourne en rond, et August Blom pendant ce temps avait été jusqu'à tourner un succédané déguisé avec Victime des Mormons

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Published by François Massarelli - dans Urban Gad 1912 Muet
31 décembre 2020 4 31 /12 /décembre /2020 10:25

M. et Mme Trévoux (René Navarre et Renée Carl) vivent heureux, ils ont un garçon, et les affaires de Monsieur sont prometteuses. Mais Madame a une attirance pour la chiromancie qui va lui jouer des tours: une dame inquiétante lui révèle que sa main trahit un avenir sombre, elle va "perdre un être cher". Elle a, forcément, des appréhensions quand son mari quitte Paris pour Cherbourg, afin de prendre le bateau pour New York... Et ces appréhensions seront vite confirmées, car le bateau va rencontrer un iceberg...

Deux préoccupations pour Feuillade ici: d'une part intégrer à sa série de films "la vie telle qu'elle est" un scénario sur la chiromancie, vaste entreprise d'exploitation des nigauds très en vogue à l'époque... Mais d'autre part, le réalisateur est à l'écoute de l'actualité, comme le Danois August Blom (réalisateur du film Atlantis la même année): il a été lui aussi frappé par l'anecdote du Titanic, et il introduit cette réalité-là dans son film; ce qui aura pour effet de pilonner un peu plus le charlatanisme des chiromanciennes, d'ailleurs, ce qui était l'intention première.

Comme souvent dans cette série, c'est dans les intérieurs que Feuillade révèle l'étendue de son talent, et on se souviendra longtemps de cette scène captée dans la pénombre, où seule apparaît la silhouette de Renée Carl, éternelle mère inquiète qui veille sur son enfant, et éclairée seulement d'une petite lampe...

Notons pour finir que le film est réduit à 24 minutes, il manque le dernier acte, celui dans lequel on confond les escrocs de la chiromancie. Dommage...

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Published by François Massarelli - dans Louis Feuillade Muet 1912
29 août 2019 4 29 /08 /août /2019 18:44

Les archivistes du Eye Museum d'Amsterdam possèdent une formidable collection des films Eclair, qui ont été largement diffusés dans les pays Néerlandophones, et justement leur site Youtube commence à ouvrir les vannes de cette salle des trésors. On peut donc enfin voir ces films légendaires que Victorin Jasset, en particulier, a tournés...

Celui-ci, en trois bobines (qui pourraient bien avoir été diffusées au compte-gouttes puisque Jasset était l'inventeur de ce moyen de distribution qui allait tant profiter à d'autres), se promène avec bonheur entre mélodrame (un amour condamné par les parents de la jeune femme, pousse le héros à considérer le suicide) et film d'aventures à péripéties policières(sauvant un mourant de la noyade, le héros l'amène chez lui, et l'homme meurt, il lui est impossible de prouver son innocence)... Les deux amants vont donc fuir la capitale, pour les colonies, où la police ne tardera pas à retrouver leur trace.

Le dénouement est du pur mélo: placé au bagne, le héros y côtoie celui qui avait attaqué la victime du Pont Notre-Dame, et il l'exonère avant de mourir! Hautement improbable, mais l'Eclair avant sans doute tout prévu, confiant cette réalisation à l'auteur des improbables Zigomar et Nick Carter, et du reste, le titre ne situe-t-il pas l'action à l'endroit même où Javert se serait suicidé? A partir de là, je pense que tout est permis, non?

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Published by François Massarelli - dans Victorin-Hyppolite Jasset Muet 1912 Eclair
18 août 2019 7 18 /08 /août /2019 14:04

On le dit souvent, Jasset est le précurseur du feuilleton, et avant Louis Feuillade, il a beaucoup fait pour à la fois créer un univers spécifique de l'intrigue policière à rebondissements, et fidéliser les spectateurs autour de séries qui eurent un énorme succès: Les aventures de Nick Carter d'abord, qui eut un énorme succès dans le monde entier (et c'est d'ailleurs grâce à a qu'on en possède aujourd'hui des copies), puis Zigomar et enfin Protéa. Le premier est un détective à l'ancienne: intelligent, travaillant en étroite collaboration non seulement avec la police mais aussi avec la presse, il a pignon sur rue, et est connu et craint de tous les bandits. Le deuxième, plus baroque, est son pendant malhonnête, un super-héros du crime... Enfin Protéa est une justicière dont Jasset n'aura le temps que d'esquisser les contours...

Ce film, l'un des derniers longs métrages de son auteur, est un cross-over entre les deux premiers personnages, en même temps que la conclusion aux aventures de Zigomar: sans nul doute, la censure Franaise très pointilleuse à l'époque, ne devait pas apprécier que le personnage principal d'une série de films soit un voleur quasiment intouchable, et a demandé à Eclair d'y mettre bon ordre. Le film est incomplet aujourd'hui, et difficile à résumer autrement qu'en précisant que Nick Carter et Zigomar se font une guerre sans merci, et d'escarmouche en piège, l'un d'entre eux finit par gagner...

C'est totalement délirant, hautement improbable, et les idées (qui seront d'ailleurs piquées par d'autres, en priorité bien sûr Louis Feuillade et Fritz Lang) vont chercher très loin: la toute première scène finit au bout d'une minute par une explosion spectaculaire dans laquelle un ennemi de Zigomar est mis hors d'état de nuire, justifiant l'intervention extérieure du héros d'un autre film! Et sinon, quand Zigomar tend un piège, il n'y va pas par quatre chemins: il tente d'assassiner son rival avec un...

...Piano.

Et Jasset (qui clairement ne prend absolument pas son film au sérieux) va jusqu'à utiliser l'animation image par image pour donner vie à une idée grotesque: lors d'une descente de police, Zigomar n'a qu'à appuyer sur un bouton pour donner à son tripot clandestin l'allure d'une digne salle de concert... Un type de substitution dont Fritz Lang se souviendra... Il se rappellera aussi du suicide spectaculaire en prison, le tout pour son Dr Mabuse der Spieler, en 1922.

Maintenant, on aimerait voir les autres films réalisés par Jasset dans le genre, avant que la censure ne s'en mêle et le somme de mettre son immense talent au bénéfice de l'unique bienséance avec ce film, qui contient toutefois, on s'en doute, sa dose de péripéties tournées dans le Sud (Marseille, Nice, Toulon) et son quota de morts violentes...

 

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Published by François Massarelli - dans 1912 Muet Eclair Victorin-Hyppolite Jasset
20 janvier 2019 7 20 /01 /janvier /2019 17:47

Reprenant les formules qui avaient fait son succès aussi bien pour le Voyage dans la lune (1902) que pour Le voyage à travers l'impossible (1904): une destination improbable, un voyage loufoque, et des péripéties plus délirantes que tout ce qu'on pourrait imaginer... Sauf que cette fois il se laisse aller à réaliser, pour Pathé, un film nettement plus long: deux bobines. C'est ambitieux, et c'est la preuve que Méliès, au moins, est à l'écoute: le format des films, en Europe, s'allonge... L'Italie, le Danemark et la France réalisent des films de long métrage, déjà... Méliès, qui se refuse à quitter le studio, est tributaire de ses habitudes techniques: il a besoin de créer l'illusion dans le plan, et le montage ne lui sert qu'à deux fonctions; premièrement, il crée l'illusion en faisant disparaître, transformer, apparaître et exploser les hommes, les femmes et les objets dans le plan; deuxièmement, une coupe permet de passer à la suite..;

Ce qui explique que dès le départ, le film ne ressemble à rien de contemporain. C'est probablement ce qui l'a coulé, mais Méliès ne peut pas et ne veut pas faire du cinéma comme tout le monde, et désire continuer à faire du cinéma selon ses propres règles. Mais en allongeant, il prenait le risque de faire trop long, et c'est ce qui va être un sérieux problème pour ce film...

Certes, ça commence bien et même très bien avec un contexte qui se complexifie à loisir, avec pour une fois une sous-intrigue (pendant qu'une coalition internationale menée par l'ingénieur Maboul se rend en direction du Pôle Nord dans une machine volante, les Suffragettes désignent l'une des leurs, mais elle disparaîtra dans une scène d'une grande indélicatesse, et ce avant la fin de la première bobine)... Mais si Méliès arrive à garder son style tout en s'ouvrant au monde du cinéma, puisqu'il travaille pour Pathé, il est fatigué, et ses "vues merveilleuses" des cieux, avec ses pin-ups 1910 déguisées en étoiles, font long feu. On remarque ça et là quelques avancées, comme un plan (un seul) tourné "en extérieurs", en fait à l'extérieur du studio de Montreuil.

Il reste le combat contre le "géant des neiges" situé vers la fin: mais si esthétiquement il date le film pour le spectateur d'aujourd'hui, je crains qu'il n'ait aussi sérieusement daté le film à sa sortie, pour le spectateur nourri aux films de Capellani, Feuillade, et qui se pressait aux aventures de Nick Carter de Victorin Jasset... Et comme la plupart des séquences, lui aussi tire sérieusement en longueur.

 

 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Méliès 1912
29 avril 2017 6 29 /04 /avril /2017 18:39

Si j'en crois les filmographies actuellement en vigueur, ce film en trois bobines serait la deuxième production de Sjöström, et une grande première: dans la relativement libérale Suède, un vieux fonds puritain qui ne s'était pas encore manifesté, s'est soudainement réveillé, faisant du Jardinier la toute première victime de la censure Suédoise! L'argument du film, dû à la plume de Mauritz Stiller, qui s'aprêtait lui aussi à passer derrière la caméra pour une carrière impressionnante, était en effet non seulement morbide, elle parlait de viol.

Un jardinier (Sjöström) dirige avec autorité une pépinière, et vit avec son fils (Gösta Eckman). Celui-ci a repéré la fille d'un des employés de son père, la belle Rose (Lili Bech). Les deux amoureux passent bientôt beaucoup de temps ensemble, ce qui ne plaît pas du tout au père; il éloigne son fils, et un jour, entre dans une serre ou se trouve la jeune femme: il la viole (Ce qui dans les copies actuelles n'est suggéré que par une ellipse), et elle rentre chez elle, le coeur brisé. Le jardinier renvoie ensuite le père et la fille, et bientôt suite au décès de son père, Rose n'a pas d'autres ressources que d'accepter les avances d'un homme riche. Mais quand celui-ci meurt, elle est de nouveau seule, rejetée par tous... Elle revient chez elle, et se rend dans la serre ou son destin a basculé, détruit quelques plantes. Le lendemain, le jardinier retrouve son corps sans vie...

Dès 1912, on le voit, les films de Sjöström n'étaient pas à proprement parler gais et enjoués. C'est le peintre des vies en désordre, des destins contrariés: le scientifique de He who gets slapped, la femme adultère qui décide d'assumer seule son péché dans The scarlet letter, la descente aux enfers de la jeune femme de Virginie venue au pays du vent dans The wind, ou encore le flirt conscient et assumé de David Holm avec le péché dans Körkarlen, toute l'oeuvre va dans le sens d'explorer le quotidien des tragédies. Mais ce film diffère, et n'oublions pas qu'il a été tourné non seulement au début de la carrière du grand réalisateur: le cinéma aussi était bien jeune. Donc Sjöström l'a tourné en "tableaux", ces séquences réduites à un plan, qui étaient sinon la règle, du moins la majorité à cette époque, avant que l'attrait du montage ne fasse son oeuvre quelques années plus tard. Derrière cette histoire lapidaire (Trois petites bobines pour conter une déchéance), on devine déjà le talent d'un conteur pour aller droit à émotion voulue: pas à côté, toujours bien dosée et clairement exprimée par un jeu certes un brin emphatique, mais jamais trop. L'interprétation est déjà splendide...

Et à ce propos, lors d'une scène qui voit Rose s'abandonner à son destin et se lancer dans une vie dissolue, elle est accompagnée d'hommes, ravis de l'aubaine. L'u d'entre eux est interprété par Mauritz Stiller.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1912 Victor Sjöström
16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 07:55

Une tribu Sioux prend assez mal la violation d'un accord par une compagnie Américaine qui vient installer un chemin de fer sur la réserve, et s'attaque au fort dans lequel un pauvre bataillon de la cavalerie va souffrir. Mais la tragédie viendra en réalité d'ailleurs, du destin individuel d'une jeune femme Indienne qui sera une victime indirecte de la situation. Les Indiens, ici, sont certes une menace, mais décente, rationnelle, débarrassée des oripeaux du racisme ordinaire dont on accuse souvent le western à tort. Et le film, attribué à Thomas Ince, mais probablement du en réalité au grand frère de John Ford, Francis, qui était un acteur-réalisateur très actif à l'époque, est le premier à mettre en scène une vraie tribu Indienne, tout en proposant une vision de l'Ouest nettement plus réaliste que ne le feront bien des films ultérieurs.

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Published by François Massarelli - dans Western Muet Thomas Ince 1912
14 juin 2015 7 14 /06 /juin /2015 14:47

Jasset fait partie de cette poignée de cinéastes pionniers qui n'ont pas survécu aux années 10, les Bauer, Tucker ou Jasset, tous décédés encore jeunes, tous considérés dans leurs pays respectifs comme des maîtres à l'influence considérable. On a coutume de donner une place de premier plan à Louis Feuillade pour le développement du film policier, et du serial criminel, mais Feuillade a probablement été influencé par Jasset, comme d'ailleurs tous les cinéastes du monde: c'est qu'à la compagnie Eclair où il travaillait, on n'avait ni l'esprit bourgeois de la Gaumont qui souhaitait toujours privilégier le point de vue des honnêtes gens et des forces de l'ordre (Phlippe Guérande dans Les Vampires, Juve et Fandor dans les Fantomas) quelques que soient les turpitudes des bandits, ni le tempérament revendicatif des films de Capellani à la Pathé, qui se situaient clairement à gauche. L'Eclair, à bien des égards, et en particulier les films de Tourneur et ceux de Jasset, se situait là ou le film devenait excitant: c'st dans les films de Jasset qu'est née une conception dynamique du film de genre, qu'on n'appelait pas encore film de gangsters, mais c'est une appellation qui aurait collé sans problèmes...

Bandits en automobile est inspiré de façon évidente par l'épisode sanglant de "La bande à Bonnot, du nom de son chef, Jules Bonnot, qui venait de défrayer la chronique avec une série d'actions illégales spectaculaires; leur spécialité, c'était le hold-up rapide en automobile, en pleine rue. Ils étaient animés d'un esprit anarchique évident, dont Bonnot a souvent largement usé pour donner une publicité à ses propres crimes. D'une crapulerie violente, qui passait souvent par la mort de leurs antagonistes (Policiers, courriers, gardiens, etc), les malfrats de la bande à Bonnot prétendaient être passés à une forme de lutte armée pour la liberté absolue... C'est dire s'ils étaient sulfureux en cette période durant laquelle la bourgeoisie et le paternalisme semblent régner. Le film fait donc la part belle à des actions coup-de-poing, menées par un certain "Bruno", qui ressemble d'ailleurs clairement à son modèle. La plupart des représentants des forces de l'ordre, du gouvernement, voire les victimes de la bande sont en revanche assez anonymes, le point de vue étant celui des bandits. leur cavale nous est montrée, de leur premier coup jusqu'à un assaut de la police sur la retraite de Bonnot, et Jasset nous détaille avec expertise tout leur parcours, en filmant parfois au plus près des corps. Le film joue la carte de la modernité, en filmant avec dynamisme les poursuites en voiture, et les spectaculaires fusillades. De quoi nous faire regretter que tant de films de Jasset aient été perdus...

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Published by François Massarelli - dans Muet Victorin-Hyppolite Jasset Eclair 1912
19 janvier 2011 3 19 /01 /janvier /2011 10:54

Ce film de 1912 interprété par Léonce Perret, Suzanne Grandais et Emile Keppens est une merveille, d'abord en lui-même, ensuite parce qu'on peut y déceler la création d'un genre, qui aura sur le cinéma de Gaumont d'abord, de France ensuite et du monde enfin des répercussions importantes. C'est pour ma part mon film préféré des quelques rares oeuvres de Léonce Perret que j'aie eu la chance de voir, et je dois cette découverte à l'inévitable coffret "Gaumont, le cinéma premier, vol.1", sorti en 2008, qui contenait 13 films de Perret.

Le principal apport de ce film , qui n'est sans doute pas le premier à le faire, mais qui fait partie d'un genre en plein développement, c'est de donner à voir un style de films de mystère, à vocation policière, dans lequel les balbutiements du cinéma de suspense sont intégrés, sans pour autant qu'il faille y voir la dette à Griffith. l'histoire racontée est celle d'un héritage qui tourne mal: Suzanne (Grandais) hérite de son vieil oncle, et son cousin Fernand de Kéranic (Perret) qui est nommé son tuteur deviendra automatiquement le légataire universel au cas ou la jeune femme décéderait ou serait frappée de folie. Fernand souhaite épouser la jeune femme, car, on l'apprend très vite, il a de sérieuses dettes. Mais celle-ci est amoureuse et fiancée, et Fernand a tôt fait de trouver un stratagème pour se débarrasser en même temps de l'amant et de sa cousine... ce qu'il n'a toutefois pas prévu, c'est que les deux tourtereaux puissent survivre, quoique sérieusement traumatisés par le traitement qu'ils ont subi aux "roches de Kador", mais aussi que l'on fasse appel à un traitement psychologique révolutionnaire, avec  projection d'un film, pour établir la vérité en provoquant une catharsis...

Derrière cette trame feuilletonesque, se trouve une intrigue à cheval entre deux mondes: les personnages sont bien sur des bourgeois et des aristocrates, des oisifs, sans qu'aucun jugement ne soit porté à cet égard, mais l'intrusion du crime spectaculaire d'une part, et du cinéma comme méthode térapeutique d'autre part, nous renvoient à ce bon vieux 20e siècle. Le film par son sens du spectaculaire photogénique anticipe sur les feuilletons de Feuillade, qui ont commencé dans le sillage de ses 5 Fantomas commencés l'année suivante. La scène selon moi la plus mémorable est celle qui voit Fernand, qui a convoqué le fiancé aux "roches de Kador" après avoir drogué Suzanne, laissée pour morte sur la plage, tirer sur le malheureux, dans un plan qui est pris de point de vue de Fernand, dissimulé derrière les rochers, avec sa victime en contrebas. dans cette séquence, Perret qui a construit la scène avec une grande lisibilité nous entraîne dans le suspense avec ses champs contrechamps. Le suspense ici tient au fait qu'on sait que Fernand a un projet et qu'il a fait venir l'autre homme, tout ce qui nous reste à découvrir, c'est le mode choisi pour son crime. A un suspense de bon aloi, il ajoute donc une violente surprise...

Les scènes de thérapie, rendues dramatiques par un jeu magnifique sur l'obscurité, jouent bien sur sur l'objet cinématographique; la personne qui va regarder un film, à savoir Suzanne, afin de lui faire retrouver la mémoire, est d'abord isolée dans un halo de lumière, étant de fait désignée comme notre cible à nous spectateurs. Cette personne qui est le centre d'un film va regarder un autre film, découvrir la vérité, et revenir à la raison. La mise en abyme est soulignée non seulement par la mise en lumière de la spectatrice, mais aussi par l'obsédant écran blanc qui envahit une bonne partie du cadre, contrastant avec la longue chevelure noire de la jeune femme. la séquence est étrange, visuellement très forte, et franchement inoubliable.

Une dernière chose concernant ce film qui aspire au respect, et qui nous est transmis dans une magnifique copie: une scène fera sans doute sourire les plus indulgents d'entre nous, lorsqu'on nous dit que'une barque dérive au large, sur la mer déchaînée, et que l'on voit un bateau qui est manifestement échoué sur le fond sablonneux de ce quqi est évidemment une plage, on va forcément tiquer. Mais quelle proportion des spectateurs de la plupart des grandes villes françaises en 1912 et 1913 qui ont vu ce film étaient déjà allés à la mer? Combien étaient en mesure de déceler la supercherie? ce qui apparaît aujourd'hui comme une naïveté est juste le rappel qu'en matière de film, il est parfois utile de ne pas en savoir trop, il faut se laisser aller, et permettre au film de prendre le pouvoir. C'est l'une des leçons de ce film essentiel, qui en plus d'être beau à tous points de vue, possède un titre, franchement, qui ne peut que faire rêver.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1912 Léonce Perret