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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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19 juillet 2020 7 19 /07 /juillet /2020 10:08

Jean Vigo, disait Truffaut, était un de ces rares cinéastes, à son époque, qui soit venu au métier non par hasard mais par vocation... Et comme beaucoup d'autres (Clair, Carné, Kirsanoff...) c'est par l'avant-garde, avec ce petit film co-dirigé avec son complice le caméraman Boris Kaufman, qu'il s'est d'abord timidement fait connaître. Il en existe deux versions, une en trois bobines qui n'avait pas satisfait le metteur en scène, et une plus resserrée qui est la plus connue, en 23 minutes.

Tourné en quelques jours à Nice, ce "point de vue documentaire" est donc le premier film de l'une des personnalités les plus fascinantes et les plus libres de l'histoire du cinéma. Avec Kaufman, les images glanées par Vigo dans les rues de Nice s'agencent en une belle démonstration d'une certaine inégalité, qui culmine dans une vision du carnaval en tant que fête populaire. C'est auto-financé et amateur, mais déjà on voit ici le résultat d'observations dues à l'oeil exceptionnel de Vigo, et son goût pour l'étrange ralenti charnel, qui s'attarde sur les corps comme pour mieux les toucher. Le film est basé sur ce que le cinéaste nommait un «point de vue documenté», et les deux compères sont devenus experts pour filmer des gens à leur insu, l'idée étant de s'arrêter de tourner la manivelle au moment où le sujet réalisait qu'il ou elle était filmé.

...ce qui n'empêche pas les facéties, d'où ces gags clairement mis en scène, comme ce monsieur qui expose son visage grimaçant au soleil du midi, et qui se retrouve ensuite peint en noir; ou cette célèbre séquence d'une jeune femme assise négligemment, que le montage habille de robes diverses avant de la voir apparaître totalement nue, toujours dans la même position passive. Vigo n'abandonnera jamais ce goût pour l'irruption de l'absurde burlesque, qui se manifeste absolument dans tous ses films.

La ville nous apparaît dans ce film comme constamment tournée vers la mer, faussement résumée dans cette vitrine de luxe qu'est la promenade des Anglais où les gens aisés prennent le frais, le café, et... s'endorment à la terrasse des cafés, en représentation. Et puis son Nice dominé par les riches reste comme sauvé, détourné par Vigo qui s'intéresse d'une part beaucoup aux rues populaires, aux petites gens saisis dans leur humanité, et au carnaval, véritable défouloir, dans lequel on apercevra justement vers la fin un jeune homme frêle mais jovial nommé... Jean Vigo. Il a l'air content d'avoir pu transcrire son mélange d'amour et de haine pour la ville qui l'a accueilli, et qui lui aura permis de se lancer vraiment en cinéma.

 

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Published by François Massarelli - dans Jean Vigo Muet 1930
29 mars 2020 7 29 /03 /mars /2020 18:39

On ne parle pas beaucoup de ce film, qui a pourtant tout pour être une cause célèbre... Une star en fin de course qui profite de sa dernière occasion de briller dans un premier rôle, une production internationale (scénario, distribution et studio français, réalisateur Italien, star Américaine, techniciens Allemands et extérieurs Espagnols...), et par dessus le marché un problème de timing particulièrement important: commencé en plein muet, sorti synchronisé et doublé puisque sa star ne parle pas un mot de français... ce qui se voit, et se lit sur les lèvres.

Le film devait être une réalisation de René Clair, mais ça ne s'est pas fait; il signe par contre l'argument, aussi simple que peut l'être Sous les toits de Paris: Lucienne (Louis Brooks) est en couple avec André (George Charlia), et il est jaloux, mais jaloux... La jeune femme, qui est dactylo, rêve de participer à un concours de beauté, et s'inscrit malgré les réticences de son fiancé... Et évidemment elle gagne: le couple va se déchirer à la suite de l'affaire...

Le miroir aux alouettes et l'illusion des paillettes, la difficulté à opérer une véritable ascension sociale, la jalousie, les moteurs mélodramatiques ne manquent pas pour une héroïne qui a autant envie de rêver que de s'en sortir: rêver, c'est justement, probablement, le point qui a motivé René Clair, mais le film me paraît peu en phase avec son oeuvre. D'une part parce que Gennina en a gommé toute fantaisie au profit d'une étonnante et souvent efficace peinture des milieux, des contrastes entre les deux vies possibles de Lucienne la dactylo. Avec son André si terriblement jaloux , elle aurait un peu d'affection et très peu de glamour. Avec les hommes qui guettent les miss, et qui tentent de les séduire et les exploiter elle bénéficie d'un rêve glauque et probablement de courte durée: le film nous conte le choc de ces deux mondes en même temps que le choc entre le prolétariat des années 20 et 30 et une certaine vision de la bourgeoisie. 

Louise Brooks est excellente, à condition bien sûr de regarder la version muette exhumée ces dernières années, qui font de Prix de beauté un bien meilleur film que le bricolage dégoûtant sorti en août 1930. Le film est plus long, plus fluide aussi... La tentation du son y est bien présente (nombreux plans de "machines parlantes", radios, phonographes, etc), et aurait pu être l'affaire d'une ou deux chansons, le reste tient la route presque sans intertitres. C'est souvent du grand cinéma muet, avec cette attention toute particulière du détail, de l'environnement, ces mouvements de caméra et cette place donnée au suspense. A ce titre, la dernière bobine est tout simplement remarquable... 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1930 René Clair Louise Brooks
28 avril 2019 7 28 /04 /avril /2019 16:29

Le titre veut dire "Méfiez-vous des filles"... Tout un programme, mais une occasion en or de dire que l'une des formules les plus courantes de ces films estivaux (ou pas, car ce film m'a l'air souvent un peu frileux) du trio Schenstrom-Madsen-Lauritzen est l'intrigue dans laquelle une, deux ou tout un groupe de jeunes femmes affriolantes, va (vont) contourner un interdit paternel pour passer du bon temps en compagnie de leurs fiancés. Et c'est précisément ce qui se passe ici, avec un certain nombre d'autres ingrédients...

Donc, deux jeunes hommes et deux jeunes femmes (elles sont soeurs) s'aiment et souhaitent passer du temps ensemble, mais il y a un quiproquo: alors que les deux jeunes femmes attendent dans le bureau de leur père, elles voient arriver deux boy-scouts, et croient qu'il s'agit des beaux partis que leur père leur promet... Alors que les beaux partis en question sont précisément leurs fiancés. Elles s'enfuient, afin de "trouver ceux qu'elles aiment vraiment", sans savoir que ceux-ci sont à leurs trousses... Deux choses viennent pimenter le tout: dans leur fuite, elles se réfugient sur un voilier qui appartient à leur père, mais ont la surprise d'y trouver deux traîne-savates qu'elles ont rencontré dans le train: ceux-ci ont essayé, sans succès manifestement, de trouver un emploi auprès de Monsieur leur père.. Mais le voilier fait naufrage, et les quatre "aventuriers" se réfugient donc sur une plage, dans un petit chalet, où la cohabitation sera difficile entre filles à papa capricieuses, et deux vagabonds un peu débrouillards mais surtout énormément gaffeurs. Surtout quand le chalet en question s'avère être la cachette d'un trésor que deux bandits cherchent désespérément à récupérer.

Les principales sources de gags sont bien sûr dans l'embarras de la cohabitation avec les jeunes femmes, et dans les multiples tentatives des deux bandits de s'inviter dans le chalet. Mais l'inaptitude en tout des deux héros, comme d'habitude, fait merveille. A noter que ce film, un muet tardif (Lauritzen n'avait aucune envie de faire du cinéma parlant, et va faire de la résistance jusqu'à la fin de 1931) a probablement été sérieusement raboté si on en croit les photos disponibles sur le site du DFI. De nombreuses séquences, en particulier des scènes impliquant les habituelles bandes de filles en maillot (mais en maillot 1930!) manquent des copies actuellement en circulation.

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Published by François Massarelli - dans 1930 Lau Lauritzen Muet Comédie Schenstrom & Madsen
24 mars 2018 6 24 /03 /mars /2018 08:48

Après les nombreuses comédies, et Va d'un pas léger qui se tournait vers le film de gangsters avec élégance et une touche d'humour, c'est vers une sorte de film noir qu'Ozu se dirige avec cette épure, un film dans lequel il combine avec génie son univers de quotidien représenté dans toute sa crudité, un certain sens de la tragédie, et le style visuel qui est le sien. Et il le fait cette fois sans s'autoriser la moindre cocasserie...

Un homme cambriole un bureau, après avoir ligoté le personnel. la police est prévenue, et la chasse à l'homme commence. Pendant ce temps, une femme attend, fébrile, que son mari rentre: il est parti "chercher de l'argent" pour payer un médicament qui pourrait sauver la vie de leur fille, qui s'apprête à passer une nuit délicate. Bien sûr, les deux histoires sont liées, et quand le mari rentre avec l'argent, c'est le cambrioleur de tout à l'heure. Mais il a été suivi par un inspecteur, qui ne met pas longtemps à comprendre la situation...

Il y a assez peu d'éléments, finalement, et pour environ quarante minutes sur les 63 que dure le film, Ozu installe une unité de lieu et de temps, avec un nombre de personnages limités à quatre (Le père, la mère, l'inspecteur de police et la fille qui passe surtout le temps à dormir). Rien de théâtral pourtant dans ce film, dont la réussite repose d'abord sur une exposition méthodique, suivie par une utilisation de l'espace et de la caméra (Ozu aime à la faire bouger brusquement, pour nous imposer un point de vue, c'est toujours un effet qu'il réussit dans ses films muets), qui nous permet d'assister à un quotidien tangible, dans lequel la survie de la petite fille devient l'enjeu principal, pour tout le monde.

Et puis il y a ici des personnages fantastiques, interprétés par des acteurs qui ne commettent pas une seule faute de goût: les émotions affleurent, mais parfois le metteur en scène obtient d'un rien (le visage impassible de l'inspecteur, un vieux de la vieille qui en a vu d'autres, par exemple) une foule de possibilités. C'est un chef d'oeuvre.

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Published by François Massarelli - dans Muet Noir 1930 Yasujiro Ozu
21 mars 2018 3 21 /03 /mars /2018 18:40

Ce film d'Ozu est une comédie étudiante, et le titre fait bien sûr écho à J'ai été diplômé, mais..., de 1929. ce genre de titre, en particulier pour des comédies, est assez courant dans la production de l'époque. On décèle une fois de plus dans ce film Japonais l'amour d'Ozu pour les comédies de Harold Lloyd, dont le modèle ici choisi est le film The Freshman, de 1925... Ca nous apparaîtra dans plusieurs détails, et une scène de tendresse amoureuse.

Le héros est interprété par Tatsuo Saito, et il fait partie d'une confrérie de zozos fort sympathiques, mais pas destinés à la réussite. Leur principale activité académique consiste à préparer des moyens de tricher, qui ont tous tendance à rater lamentablement. Cela étant dit, s'ils sont unis dans leur tricherie, le plus à même de réussir est justement le personnage principal.

Et s'ils sont tous un peu amoureux de la voisine (Kinuyo Tanaka), celle-ci ne s'intéresse qu'à lui, justement: elle lui promet une cravate pour son diplôme... Mais la réalité va rattraper tout le monde avec une ironie particulièrement cruelle...

Le film de Lloyd dont s'inspire Ozu était construit selon le modèle habituel des films estudiantins: on y faisait du sport, du sport, du sport et encore du sport. Chez Ozu, on va certes en classe, mais l'université et les études nous apparaissent surtout comme une période glorieuse de camaraderie et de rigolade... Le film maintient un ton léger jusqu'au dernier quart d'heure, mais réussit à éviter le pathos lors de la séparation des amis... et lors des résultats inattendus. C'est un peu tout le petit monde de Yasujiro Ozu, ses acteurs et techniciens habituels, que nous voyons à l'oeuvre dans ce petit film sympathique.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Yasujiro Ozu 1930
19 mars 2018 1 19 /03 /mars /2018 17:31

Deuxième long métrage intégralement conservé de Yasujiro Ozu, Va d'un pas léger est un des nombreux films muets du maître dans lesquels son talent pour innover à partir de sa fréquentation assidue du cinéma américain, est le plus évident. mais contrairement à Jours de jeunesse, et à tous les films conservés sous forme incomplète, celui-ci n'est pas du tout une comédie...

Kenji (Minoru Takada) est un gangster; il est le "boss", et n'a de comptes à rendre à personne. Son plus proche ami est le petit Senko (Hisao Yoshitani), un voyou éminemment sympathique avec lequel ils ont créé un combine efficace: Senko vole des portefeuilles avec son talent de pickpocket, et si les victimes se rebellent, c'est Kenji qui intervient spontanément, inspirant une certaine confiance, pour fouiller l'autre! Inutile de dire que Kenji ne trouve pas le portefeuille, et qu'ils en partageront le contenu... Le soir, ils se retrouvent en ville, dans une salle aménagée pour la boxe, et Kenji est souvent affublé d'une jeune femme, Chieko (Satoko Date), qui commence à le trouver un peu ennuyeux. Il faut dire que,Kenji a des doutes...

Il rencontre par hasard une jeune femme, Yasue (Hiroko Kawasaki) grâce à laquelle il va essayer de se ranger. Mais si Senko approuve et le suit, ce n'est pas du goût de leurs anciens amis...

Le film était à l'origine, comme J'ai été diplômé, mais... prévu pour être réalisé par Hiroshi Shimizu, qui a d'ailleurs participé au scénario. Pourquoi le relativement nouveau venu a-t-il été préféré à celui qui en 1929 est déjà un vétéran de la Schochiku, il faut sans doute envisager de répondre en fonction de la versatilité et de la rapidité d'exécution d'Ozu, voire, tout simplement, en raison de son style si empreint de cinéma américain... Il a retenu les meilleurs leçons du burlesque, et s'en inspire tout au long du film avec génie. Ce film est frappant par la pureté, à l'heure de 'arrivée du cinéma parlant, de son langage pictural... Et Ozu s'amuse à dresser des liens entre ses comédies et son film de gangsters: les mêmes affiches de film américains aux murs, les personnages du reste s'habillent à l'occidentale, sauf la pure Yasue. Les circonstances dans lesquelles Kenji rencontre la jeune femme rappellent les Amis de combat, et l'association entre Senko et Kenji renvoie un peu aux nombreuses "paires" d'amis, de Jours de jeunesse, Amis de combat, ou encore Le galopin. Bref, Ozu balise son film de façon familière...

Et Ozu, qui n'a pas quitté la comédie pour de bon, se sert du brave Senko pour effectuer une sorte de passerelle entre les deux genres, mais aussi pour alléger le côté sombre du film, car on y traite de la difficulté de la rédemption pour un bandit, mais aussi dans une sous-intrigue, on y voit le patron de Yasue essayer de forcer la jeune femme à coucher avec lui, un type d'anecdote qui reviendra dans beaucoup des films de la période, chez Ozu: dans ses films de gangsters (Femmes de Tokyo notamment), mais aussi ses drames. Bref, Va d'un pas léger, avec son titre intrigant (mais qui est totalement expliqué à la fin) est une grande date du cinéma si particulier de Yasujiro Ozu.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1930 Yasujiro Ozu Noir
12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 18:32

C'est l'un des derniers films muets, ceux qui ont plus ou moins fait de la résistance, après l'installation du parlant, et la reconversion de la plupart des salle de cinéma au nouveau médium. Le film intègre d'ailleurs une dimension sonore, à travers une scène de prologue durant laquelle l'un des protagonistes fait une petite introduction au film, un peu de la même façon que Douglas Fairbanks dans The iron mask en 1929... Pourtant difficile de comparer ce film sur la vie des Amérindiens avec, disons, City lights ou Modern times de Chaplin, deux films muets également tardifs, mais qui militaient pour cette forme d'art héritée de la pantomime... The silent enemy est un film muet parce qu'il a été tourné dans des conditions extrêmes, un peu à la manière d'un documentaire. Ce qu'il n'est absolument pas.

Il s'agit essentiellement d'une recréation avec des acteurs natifs de la vie des Ojibways une tribu de la baie d'Hudson au nord de l''état de New York. C'est en Ontario que HP carver a tourné ses images, en plein hiver, avec des acteurs trouvés dans une réserve, et la plupart d'entre eux n'avaient pas connaissance de l'existence du cinéma. Le résultat est plus que remarquable: le film est très émouvant... Mais pas vraiment documentaire: il suit une ligne largement tributaire du mélodrame, avec une intrigue très conventionnelle. Tout va bien, dans la tribu, et Baluk l'home fort se verrait bien épouser la fille du chef, ce que celle-ci ne détesterait pas... Mais Dagwan l'homme-médecine a des vues sur la petite, et il ne décolère pas de voir un chasseur à l'excellente réputation lui souffler la jeune femme. Il complote donc pour mettre dans la tête de la tribu le fait que l'avenir sera sombre, et que les chasseurs n'ont pas bien fait leur travail. Son influence grandit, et l'hiver approche...

Bien sur c'est cousu de fil blanc, la lutte entre le bon Baluk et le mauvais Dagwan va prendre toute la place, et ça va bien se finir... Mais les images hallucinantes, des Indiens en transhumance, dans la neige (Des congères de 80 centimètres), les chasses spectaculaires, la beauté de la nature, tout ce lyrisme l'emporte inévitablement... Gros succès pour la Paramount, le film est devenu à sa façon un classique.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1930
2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 17:12

Sous ce titre se cache un des derniers films muets Allemands, contemporain, pour rester dans le sujet, de All quiet on the Western Front, de Lewis Milestone, et de Westfront 1918, de Pabst. Les films Allemands consacrés à la première guerre mondiale ne sont pourtant pas légion, en cette période. Non, les Américains et les Français les ont battus à plate couture, et si les productions patriotiques Françaises ne voient généralement pas beaucoup plus loin que le bout de leur cocarde, les Américains ont su dès 1925 (The big parade) intégrer une certaine vision humaniste, éloignée des poncifs patriotiques. raison de plus pour accueillir avec espoir ce film oublié, qui nous vient une fois de plus de Lobster films et sa merveilleuse usine à faire revivre les films d'avant. Heinz Paul a choisi de tourner un film muet (Alors que depuis 1929, la production Allemande commence à se tourner vers le parlant) afin d'incorporer dans son film un certain nombre de documents de guerre, et d'éviter le choc entre les images tournées en 1930, et celles, forcément muettes, de 1916. Son film s'intéresse donc à la bataille de la Somme, durant laquelle les aliés (Français et Britanniques essayèrent de percer le front Ouest par la vallée de la Somme. La bataille dura de juillet 1916 à novembre 1916, et se solda essentiellement par une avancée de quelques kilomètres. Autant dire rien... 700 soldats Anglais et Français y sont morts, contre 500 Allemands. Le point de vue du film est, bien sur, Allemand, pour deux raisons finalement: d'une part, le public visé est Allemand (Tout comme le premier public de Verdun visions d'histoire, de Poirier, est Français), d'autre part ils sont ici en défense, ce qui rend le film plus intéressant. Le choix a été de privilégier une vision à distance de la guerre, en montrant parfois par des scènes jouées l'usure des conflits sur un soldat et ses amis, ainsi que sur sa mère qui attend à l'arrière: elle a déjà perdu ses deux grands fils, elle souhaite conserver le troisième... Une grand part du film est faite d'images d'archives, qui sont souvent mises en perspective dans une mise en scène qui les incorpore parfois de manière très adroite.

Néanmoins, le film peine à intéresser durant 102 minutes, de par la sécheresse de l'ensemble, surtout consacré à une leçon d'histoire un peu sèche. Le point de vue, qui contient bien sur des images des alliés ("L'ennemi") sans jamais les diaboliser, est assez noble, mais on aurait aimé quelque chose qui relève un peu l'intérêt. La réussite de Pabst dans Westfront 1918 est d'avoir su conter l'horreur de la guerre par la chronique de la camaraderie ordinaire. En montrant l'histoire par des chemins plus classiques, voire conservateurs, Poirier a réussi à incorporer dans son film Verdun visions d'histoire des personnages, certes nombreux mais crédibles, qui cimentent au moins l'intérêt du spectateur. Et All quiet on the Western Front bénéficie des performances géniales de Wolheim, Summerville et Ayres. Ici, on aimerait être un peu plus captivés, pour tout dire...

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Published by François Massarelli - dans Muet Première guerre mondiale Cinéma Allemand 1930
22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 15:11

Les artistes du cirque Rainey ont pour vocation de donner leurs deux spectacles par jour, qu'il pleuve ou qu'il fasse beau ("rain or shine"...). Ca tombe bien, dans la séquence qui sert d'exposition, il pleut de façon spectaculaire; On y apprend que les comptes ne sont pas au beau fixe, que la propriétaire, par ailleurs écuyère de son état, est inquiète pour l'avenir, mais le régisseur et homme à tout faire Smiley (Joe Cook), lui y croit. Par contre, toujours dans cette exposition, nous est montrée la rivalité haineuse dont est l'objet le protégé de la patronne, par des jaloux qui souhaitent faire main basse sur le cirque. Enfin, si les sentiments de Smiley pour la jolie miss Rainey ne font aucun doute, un jeune et fringant concurrent lui fait dangereusement de l'ombre, et les millions de ses parents pourraient bien décider la belle...

C'est un film paradoxal, sorti aux débuts du parlant et qui confirme de façon évidente le talent singulier et inné de Capra pour les tournages inventifs, pour le naturalisme aussi. Paradoxal, parce que Rain or shine était une comédie musicale sur scène, dont Capra a tout bonnement retiré les chansons et autres passages musicaux, tout en donnant à l'ensemble de la fraîcheur, en sortant sa caméra des studios ou étaient le plus souvent confinés les films des débuts du bruit cinématographiques... Et bien sur, à l'époque ou on aurait été voir n'importe quoi du moment que ça chante et ça danse, le risque était gros! Mais le film possède un charme fou, avec cette énergie phénoménale dégagée par Joe Cook, mais aussi l'impression d'assister à de l'authentique, par le recours à de vrais artistes de cirque, qui se livrent à leur métier avec simplicité et assurance sous les caméras de la Columbia. Mais surtout, pour qui connait bien l'oeuvre de Capra, cette ode à l'optimisme en toutes circonstances est presque choquante: en effet, les artistes du cirque Rainey perdent tout, et la seule chose qui tienne encore debout à la fin est justement l'optimisme de "Smiley"! Une fin triste pas trop mal vécue par ce dernier, qui se livre à deux ou trois dernières pirouettes avant de tirer sa révérence...

La fin est adoucie dans la splendide version muette et sonore (Avec intertitres de rigueur) qui était distribuée lors de la sortie internationale de ce film des débuts du parlant: des prises différentes, quelques scènes en moins, quelques scènes et gags en plus, et la science du rythme de Capra font de cette version alternative une belle découverte...

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Published by François Massarelli - dans Frank Capra Pre-code Muet 1930
12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 16:48

Ce qui frappe de prime abord dans ce film muet tardif (Il est sorti en juillet 1930, et n'a pas obtenu un grand succès, à cette époque où on allait voir n'importe quoi du moment que ça parle), ce n'est pas tant la modernisation à laquelle se sont livrés Duvivier et son équipe; c'est bien plutôt la virtuosité du début, un montage extrêmement dynamique qui accompagne l'arrivée de Denise Baudu (Dita Parlo) à Paris. Le metteur en scène alterne des plans rapprochés de la jeune femme, en petite provinciale dépassée devant le gigantisme et la foule qui l'entourent, et des plans plus éloignés, comme pris sur le vif en pleine rue, de façon aussi réaliste que possible, ainsi que des plans qui établissent un motif qui reviendra tout au long du film: la publicité du magasin Au bonheur des dames, ce qui établit dès le départ l'inéluctable présence agressive du centre commercial qui donne son titre au film, mais aussi symbole du progrès. Virtuosité donc, qui est la marque du film en son entier, puisque Duvivier fait ici usage d'une caméra mobile (Et de quatre mousquetaires de l'image, dont un tout jeune Armand Thirard), d'un don pour les placements judicieux et novateurs de caméra qui son époustouflants: Quelques minutes après cette introduction, il nous fait vivre l'arrivée déçue de Denise au "Vieil Elbeuf", le magasin de son oncle Baudu (Armand Bour) en caméra subjective, tout en offrant des contrechamps qui établissent une comparaison méchante entre le flambant neuf magasin d'Octave Mouret, et la vieille échoppe miteuse du père Baudu... elle y rencontre deux protagonistes secondaires dont l"histoire va agir en qualité de contrepoint: Geneviève, sa cousine (Nadia Sibirskaïa), et son mari Colomban (Fabien Haziza).

 

Dès le départ, Denise sait qu'elle va devoir aller chercher un travail au Bonheur des Dames, et c'est avec un mélange d'effroi et de fascination qu'elle s'y rend. Immédiatement choisie pour être mannequin, elle va découvrir l'atmosphère de taquinerie blessante maintenue par ses collègues dans une séquence encore une fois impressionnante, dans laquelle Duvivier multiplie les points de vue, et d'une manière générale joue énormément sur le regard, comme pour appuyer les angoisses de Denise, qui n'est par exemple pas prête à se déshabiller, ou simplement à être vue. C'est dans ce contexte qu'elle rencontre Octave Mouret, interprété par Pierre de Guingand. Celui de Pot-Bouille (Confié par Duvivier à Gérard Philippe dans son adaptation de 1957) est un ambitieux qui se sert des femmes pour arriver à ses fins, mais on a le sentiment que cette version du personnage, situé plusieurs années après la réussite décrite par Zola dans Pot-Bouille, est différent: toujours le protégé d'une femme ("Madame Desforges", interprétée par Germaine Rouer), on a le sentiment qu'il se sert désormais de sa situation pour séduire les femmes. quoiqu'il en soit, il est au fond, bien que très carnassier dans son capitalisme, plutôt humain, et surtout il est amoureux de Denise, ce que celle-ci va mettre longtemps à comprendre...

 

Et puis ce film n'est pas une histoire d'amour; l'essentiel de l'intrigue réside dans l'essor inexorable du progrès représenté par ce magasin énorme et qui mange tout sur son passage, et le "Vieil Elbeuf" du père Baudu, soit le magasin à l'ancienne, un commerce à visage plus humain... Le film mène l'oncle de la jeune femme, qui retient des traits de plusieurs personnages du roman, à venir suite au décès de sa fille dans le grand magasin et tirer sur la foule des clients: Duvivier ici nous propose un parallèle dérangeant entre les scènes vues quelques séquences auparavant durant les soldes, et la panique qui suit le geste désespéré du vieux commerçant... comme si le progrès incarné par le grand magasin devait porter en lui le germe de la violence, de la folie, de l'assassinat (Baudu dans son geste abat une cliente); un constat qui va peut-être plus loin, ou du moins est plus démonstratif chez Duvivier que chez Zola: il faut dire que la crise est là, et du même coup le choix de moderniser l'action prend tout son sens, tout comme un autre motif aussi récurrent que celui de la publicité agressive: les plans de travaux d'agrandissement nombreux, et qui rythment la deuxième moitié du film. Ils consistent principalement en des images de destruction...

 

Pour ce film noir, très noir, Duvivier a choisi à l'imitation de Zola de rester sur une fin partiellement heureuse, puisque du chaos de leurs situations respectives (Denise a perdu les derniers membres de sa famille, et le Vieil Elbeuf fait désormais partie du passé, et Mouret n'est plus couvert par sa maîtresse qui se dit prête à se débarrasser de lui), les deux amants semblent désormais plus forts, au point que Denise décide d'embrasser la philosophie de Mouret et de devenir sa muse pour aller toujours plus loin, toujours plus fort. Les contrepoints de l'ensemble du film nous ont de toute façon persuadé que c'est illusoire, mais la fin est malgré tout un passage de témoin de madame Desforges à Denise, puisque c'est désormais sous l'influence d'une autre femme que Mouret va continuer à moderniser la ville et le commerce de Paris... L'ironie est magistrale, la mise en scène bouillonnante, et décidément le film, avec sa vision urbaine fascinée, son utilisation virtuose de la caméra et du point de vue, et son montage passionnant, est très réussi...

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Published by François Massarelli - dans Muet Julien Duvivier 1930