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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 08:50

Sous ce titre affligeant, se cache bien sur une comédie, typique de la production d'avant-guerre de la gaumont, dans la mesure ou elle est d'inspiration boulevardière, mais cette courte bobine a aussi la particularité d'avoir posé des probmèmes d'attribution; on l'a souvent placée dans la filmographie de Louis feuilade, avant d'en créditer Perret. Pour appuyer cette hypothèse, on constate en effet la présence de son style direct et enlevé, notamment dans les séquences présentant les employées d'un magasin. Le très beau plan du champ de Mars pourrait bien être l'oeuvre du chef-opérateur de Perret, le fidèle George Specht, même si les films de Feuillade ne reculaient pas devant la représentation sublimée de Paris. Enfin, les plans typiques de ses films, qui jouent sur le cadre en filmant depuis un intérieur (l'entrée de la boutique) pourraient bien être effectivement la patte de l'auteur de L'enfant de Paris. Pour le reste, c'est une petite comédie charmante, mais sans grand intérêt. Il y a d'autres "Oscar", mais la série est décidément moins intéressante que celle des "Léonce".

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Published by François Massarelli - dans Muet Léonce Perret
13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 18:18

Ce film, qui appartient à la veine dramatique de Léonce Perret et de la Gaumont, est basé sur le contraste, à l'image de l'ensemble de ses films, qui passaient de la comédie à des drames mystérieux et des aventures feuilletonesques. Le début du film commence dans un cadre familier et bourgeois, chez un médecin, qui reçoit. Il est temps de coucher la petite, mais celle-ci se sent mal; le médecin diagnostique une diphtérie, se sent impuissant et appelle un collègue, justement un éminent spécialiste; celui-ci annonce sa venue, mais a une panne de voiture; il décide donc de faire le reste du trajet à pieds, à travers bois, et se prend deux doigts d'une main dans un piège à loups. N'écoutant que son devoir, il trouve rapidement une solution... Pendant ce temps, au chateau, on panique...

Le film n'est pas basé sur le suspense, on peut considérer cela comme une erreur, mais ce type de narration n'avait pas encore trop fait de petits sur nos contrées. Perret n'est pas Griffith, et du reste le film même s'il n'est pas Death's marathon est suffisamment intéressant tel quel: c'est dans le contraste entre la fête enjouée du début, l'angoisse des premiers symptômes de la petite, mais aussi la quiétude austère de l'étude du médecin qu'on appelle chez lui; contraste encore entre les deux pièces que nous verrons le plus du chateau ou doit se rendre le héros: le salon, allumé, que nous ne traverserons qu'au début, et qui sert ensuite de toile de fond, lorsqu'on se trouve dans une pièce plus sombre, ou l'angoisse monte pour les deux parents. Les invités passent de l'une à l'autre, de l'ombre à la lumière, et Perret utilise comme il le fait souvent le même type de composition, basée sur un encadrement, ici c'est une porte intérieure, ailleurs une fenêtre. Il utilise mine de rien, de façon toujours réaliste et sans se forcer, la profondeur de champ.

Quant à la solution trouvée par le docteur, l'une des forces du film est de ne jamais nous la montrer, ne jamais la nommer, et ne la mettre en évidence que par quelques gestes, toujours précis... mais elle ne fait aucun doute! Le film réussit donc à élargir considérablement la palette des films Gaumont, d'un film très bourgeois, pas folichon, à la base, on a entrainé le spectateur croyant assister à un film classique dans un terrible drame d'une grande subtilité.

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Published by François Massarelli - dans Muet Léonce Perret
13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 18:05

Avec Sur les rails, on aborde un genre particulier de films, qui joue à la fois sur le quotidien, et les histoires de La vie telle qu'elle est, pour reprendre le titre de la série Gaumont, mais aussi sur le sensationnel et le fait divers, que d'aucuns qualifieront de crapuleux. ce film est, en gros, de la même famille que les deux films non attribués déjà chroniqués ici. Mais des trois c'est clairement le meilleur, le plus glauque, le plus austère dans ses intentions, puisqu'il va à l'essentiel. Deux hommes, tous les deux cheminots, aiment une même femme (Valentine Petit). Elle en préfère un (Eugène Bréon) mais l'autre (emile Keppens) ne l'accepte pas, et se lance dans une basse vengeance: il saoule son ami, et l'amène en pleine nuit sur les rails, juste avant le passage d'un train...

la force de ce film ne tient quand même pas qu'à son austérité. il y a là-dedans du savoir-faire, ou plutôt du savoir-montrer, combiné à l'efficacité des acteurs: de plus, le travail de Perret se concentre sur le regard, à travers un certain nombre de plans; par exemple, on voit les deux amoureux se rapprocher, assis sur la fenêtre du café de la gare ou travaille la femme, puis le contrechamp, filmé depuis la maison, nous montre Keppens, dans le fond du plan, situé dans la composition juste entre les deux. le contraste entre la taille des protagonistes d'une part, et l'éclairage (Les deux amoureux sont en ombre chinoise ou presque, Keppens en pleine lumière) met en valeur le désespoir penaud de celui qui est au milieu de ce plan., et dont on a adopté le point de vue.

Il y a beaucoup à voir dans ces 14 minutes, qui donnent plus que jamais l'envie de continuer ce petit voyage chez Perret...

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Published by François Massarelli - dans Muet Léonce Perret
13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 11:44

Situé au tout début de la période dorée durant laquelle Curtiz devient l'un des incontournables de la Warner (les autres "grands" sont William Wellman, et Mervyn Le Roy. Sinon, les solides artisans que sont Archie Mayo, Roy Del Ruth ou Lloyd Bacon sont souvent mis à contribution, et bien sur d'autres vont et viennent, dont un jeune Howard Hawks....). C'est aussi cet étonnant moment durant lequel les studios louvoient constamment entre une tentative de censure tatillonne et leur envie de repousser les limites permises. Peu de choses pourtant affleurent dans ce drame un peu raide, adapté d'un roman de james Oliver curwood, et situé comme il se doit dans le Nord Canadien: Deux hommes (Un "mountie", Connie, interprété par Charles Bickford et un civil, J. Farrell Mc Donald) sont à la poursuite d'un meurtrier, Keith. Ils le trouvent, il leur sauve d'ailleurs la vie. Mais il est surtout le sosie de Connie. celui-ci meurt durant le voyage de retour, et Part (McDonald), pris de sympathie pour le héros, accepte d'être complice de son changement d'identité, qui permet à Keith de prendre momentanément la place de Connie. Ce qu'il n'a pas prévu, c'est que la place de Connie lui conviendrait tant, mais aussi que la jeune fille que Connie aimait puisse être aussi jolie; devenu amoureux de Mimi (Evelyn Knapp), Keith prend peu à peu la place de Connie, et d'ailleurs tout le monde aime mieux Connie "depuis qu'il a changé". C'est compter sans un autre prétendant de Mimi, qui va trouver de quoi gêner son rival...

1931, c'est l'année de M, et de beaucoup d'autres films parlants valides, dont les acteurs ne semblent pas engoncés dans leur costume, raides comme des piquets. Le film souffre cruellement de cette fadeur, de ce manque cruel de vie. L'histoire aurait pu être plus intéressante en y concentrant plus d'action, dans la mesure ou les dialogues peu inventifs lus par des acteurs qui articulent de façon exagérée deviennet la rêgle dès que J. Farrell Mc Donald disparait de l'écran. la faute à Curtiz, ou à son "dialogue director"? Tant pis: River's end n'est après tout que l'un des nombreux films de 1931 dirigés par Curtiz, et il fera bientôt bien mieux...

Sinon, l'histoire ridicule de sosie, que personne ne semble questionner dans le film, et la romance avec Mimi (Evelyn Knapp est atroce, si vous voulez mon avis) gâche donc une aventure qui présentait quand même des avantages dont Curtiz pouvait tirer parti/ Keith, après tout, est en perpétuelle fuite, et le film joue, surtout au début, la carte d'insister la-dessus, en montrant dès le départ les deux hommes qui cherchent le criminel en plein mouvement. le film se terminera sur un bateau, en partance pour... pour où, au fait?

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Pre-code
12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 11:36

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Encore un grand nom du cinéma qui n’a pas suffisamment sa place, Maurice Tourneur n’est pas que le metteur en scène de Volpone, Justin de Marseille ou du splendide La Main du diable. Il est aussi l’un des plus importants cinéastes du muet Américain, tout simplement. Je vais donc me livrer à un (petit) tour d’horizon de son oeuvre muette. Mais d’abord, je vous renvoie à un document essentiel, qui me semble approprié pour deux raisons : il y est question de Kevin Brownlow et il provient de DVDclassik .

http://www.dvdclassik.com/Critiques/int ... part-2.htm


Né MauriceThomas à Belleville en 1876, Tourneur devient vite un « artiste » : peintre et dessinateur, il sera assez rapidement décorateur, passant de l’illustration de classiques de la littérature à la décoration de théâtre, deux univers qui auront une influence capitale sur son œuvre future. Il devient aussi acteur, et va se retrouver embauché par Antoine, avant de jouer et mettre en scène aux cotés (selon Jean Mitry) de Emile Chautard, Léonce Perret et Henry Roussel. Tous les quatre vont se diriger vers le cinéma : Perret va devenir un acteur et metteur en scène renommé chez Gaumont à partir de 1910, Chautard va être engagé à l’Eclair, ou il prendra Tourneur comme assistant ; Roussel va souvent jouer pour Tourneur, et deviendra à son tour metteur en scène de cinéma plus tard. Tourneur, donc, devient metteur en scène en 1912.

A l’éclair

Chautard parti aux Etats-Unis (Il reviendra), Victorin Jasset se concentrant sur les serials de l’Eclair, Tourneur devient en 1912 le principal metteur en scène des mélodrames et comédies de l’Eclair. Beaucoup de ses films réalisés en 1912, 1913, et 1914 ont disparu, et certains n’ont laissé aucune trace, pas même de nom. Gaumont et Pathé avaient une meilleure gestion de leur patrimoine, et puis l’Eclair n’a pas survécu à la guerre… Quant à nous, pauvre public, tout au plus peut-on se fier… au cinéma de minuit, qui a diffusé deux films en 1997 (Le Friquet et Les gaîtés de l’escadron) puis deux autres il y a un an (La bergère d’Ivry et Figures de cire). Ils sont tous très intéressants, mais ils posent des problèmes filmographiques de datation (Ce dont tout le monde sauf moi sans doute se fout éperdument) : le Friquet est daté de 1912 par Jean Mitry, qui en fait le premier film de son auteur ; la Cinémathèque Française le date de 1913. A la faveur d’une sortie Américaine sans doute (Il y avait une branche Eclair à Fort Lee), l’IMDB le situe en 1914. Figures de cire oscille aussi entre 1913 et 1914 selon les sources… Certains de ces films ont été programmés lors d’une rétrospective Eclair à la CF en 2007 :

http://www.cinematheque.fr/fr/projectio ... ,3636.html


Le friquet (1913 ?) d’après Gyp et Willy raconte le destin tragique d’une jeune trapéziste (Polaire)trouvée par un clown lorsqu’elle était un bébé, qui doit être recueillie par un noble (Roussel) parce qu’elle est constamment en butte aux vexations du patron du cirque. Lorsque le comte s’intéresse à une autre femme qu’elle, la jeune trapéziste retourne au cirque ou elle devient célèbre. C’est la que se noue le drame… Le film , dans la copie diffusée au cinéma de minuit il y a 13 ans, est incomplet, totalisant 22 minutes à 25 images/secondes. Les intertitres ayant disparu, ils ont été remplacés par des indications souvent redondantes, mais bien dans le style de l’époque. L’intrigue va très vite, trop vite d’ailleurs, finissant par ressembler à une bande-annonce. Mais l’intérêt de la mise en scène reste entier : ce n’est pas dans le montage (Bien que Tourneur découpe plus que le Feuillade contemporain ou que son ami Perret) mais dans le plan que la qualité saute aux yeux : le dessinateur-décorateur Tourneur a un sens de la composition exemplaire, le jeu des acteurs est réduit à l’essentiel, et la photo est splendide. Une mélancolie sournoise se fait jour dans tous les plans. On peut toujours se demander ce qui manque, mais quelques indices me font penser qu’il y a peut être eu censure : D’une part aucune trace de décomposition n’est visible, alors qu’il manque des plans entiers ; ils ont donc été sélectionnés pour disparaitre ; d’autre part, lors du dernier acte, la présence insistante d’une bouteille dans le champ de loge de l’héroïne pourrait expliquer bien des choses, sans que ce détail soit exploité dans la copie. Un moment émouvant : lors d’une contreplongée lors d’une scène de cirque, on aperçoit au-dessus de Polaire la verrière du studio Eclair…

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La bergère d’Ivry (1912) est un autre mélo, tout aussi beau à voir (D’autant que la copie proposée au cinéma de minuit était fort joliment teintée), et cette fois le film, à 29 minutes, est complet. On y conte l’histoire d’Aimée, une autre pauvre orpheline recueillie, qui se trouve au milieu d’une intrigue adultérine dont elle riqsque de faire les frais. Elle se sacrifie en endossant la faute de sa bienfaitrice, mais est rachetée au dernier moment par une pirouette ; Le film présente les mêmes qualités de clarté, de jeu et de composition que le précédent, mais on y voit une plus grande cohérence : Le friquet présente beaucoup de tableaux, La bergère d’Ivry développe plus de scènes ; l’une d’entre elles joue sur un suspense formidable : rejetée par son fiancé, auquel elle a donné un couteau pour la tuer en cas d’infidélité, l’héroïne songe à se jeter dans un étang, dont elle s’approche. Tourneur alterne ses plans entre sa bergère et les autres protagonistes afin d’impliquer joliment son spectateur : ca marche !!

Figures de cire (1913?) est un conte grand-guignolesque, fort timide dans sa réalisation, mais dans lequel Tourneur utilise les ombres et l’obscurité avec déjà un goût certain, et encore une fois, le jeu est économe, malgré une introduction /présentation des acteurs dans laquelle les trois protagonistes en font au contraire des tonnes (Voir les débuts de La dixième Symphonie et J’accuse de Gance, c’est à peu près le même esprit). Bien sur, il est facile de se jeter comme l’a fait notre Patrick Brion sur ce film pour en faire une esquisse des ambiances de La main du diable. Mais c’est surtout une trace ancienne des développements picturaux particuliers que Tourneur explorera aux Etats-Unis.

Les gaîtés de l’escadron (1913) est plus connu. Le film a été diffusé en 1997, en complément de la version parlante réalisée par Tourneur avec Raimu, et à mon avis le muet est bien meilleur, plus court (3 bobines), moins riche en numéros d’acteurs (Admettons que ces acteurs, étant Raimu, Charpin, Fernandel, Gabin et roussel, méritent qu’on le voie quand même.). il nous conte bien sur les mésaventure, imaginées et compilées par Courteline dans sa pièce, de troufions et de leur supérieur, mais sans jamais se vautrer dans la vulgarité. Les personnages sont clairement définis, et la réalisation très soignées, sans jamais céder au simplisme du carton-pâte. De plus, ce film est sidérant par la subtilité de son humour. Si vous ne me croyez pas, regardez n’importe quel film burlesque Français de 1913, et comparez.

Voilà ce que j’ai pu voir de la carrière muette Française de Maurice Tourneur. Ce ne sont pas ses chefs-d’œuvre, mais il y a là suffisamment de qualités pour faire de ce monsieur l’un des grands noms du cinéma à venir. S’il faut comparer Tourneur, c’est sans doute à Perret : l’un comme l’autre favorisent le plan et tout ce que celui-ci peut raconter, et aiment à jouer sur la profondeur de champ. Enfin, Perret est réputé pour son utilisation de l’ombre et de la lumière, effectivement remarquable dans certaines séquences du Mystère des roches de Kador (1912). Tourneur se fera lui aussi une spécialité des prouesses picturales d’ici quelques années… En 1914 , il part à Fort Lee (New Jersey) pour superviser la production Eclair Américaine. Il ne reviendra pas avant la fin de la décennie suivante.

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Published by François Massarelli - dans Maurice Tourneur Muet 1912 1913
12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 11:02

C'est inattendu: depuis 20 ans que Hugh Grant peine à se démarquer de cette image de Britannique vaguement décalé et mignon, à chaque fois qu'il participe à un film Américain, on le met de nouveau dans le même rôle. Les productions Britanniques lui offrent des défis nettement plus importants (Un premier ministre en plein désarroi personnel dans Love actually, par exemple), sont parfois de réels succès (le goujat infâme dans les deux Bridget jones), mais on ne retient que cette image de Britannique qui ne se fait pas au monde Américain qui l'entoure. il y a même des gens que ça énerve.

 

Bon, d'accord, Hugh Grant n'est ni Cary grant (Qui a pu jouer tant d'Américains dans sa carrière) ni Ronald Colman. C'est vrai. Pourtant, ce film, au pedigree incertain (Kelly Makin est un réalisateur Canadien de séries TV, et de comédies passe-partout) n'est pas la comédie fade qu'on attend, il est même meilleur que Analyse this et Analyse that, de Harold Ramis, dans lesquels Billy Crystal psychanalysait le mafioso Robert de Niro, pour rester dans un sujet similaire, à savoir: une famille de la mafia accueille en son sein un type qui n'a absolument rien à y faire.

 

Michael, donc, un commissaire-priseur vaguement maladroit, veut se marier avec une jeune enseignante, Gina (Jeanne Tripplehorn), la femme de sa vie. Ils ne se connaissent que depuis trois mois, mais c'est l'évidence, ils sont faits l'un pour l'autre. Les réticences de Gina s'expliqueront très vite: elle est issue d'une famille Italienne, les Vitale, dont la plupart des membres ont fait de la prison, et son oncle, Vito Grazioni, est l'un des derniers "gros" parrains en activité. se marier, estime-t-elle, c'est attirer les pires ennuisdans la vie innocente de Michael... Et pourtant celui-ci, séduit par Frank, le père (James Caan) de Gina, va réussir à convaincre la jeune femme... et s'attirer de réels ennuis, en effet!

 

La notion de comédie romantique, un genre de plus en plus affadi par la codification, plus ou moins liée à l'influence de la télévision, est ici contournée: ce n'est pas tant l'union des contraires représentée par Gina et Michael qui est en cause, mais pluôt la rencontre entre Frank et Michael; d'ailleurs, si on peut râler devant le fait que Frank soit un brave type, il est intéressant de constater que la sympathie entre les deux personnages fonctionne très vite, et on se retrouve à plusieurs reprises dans un buddy movie, dont les péripéties amoureuses sont passée au second plan.

Ensuite, la personnalité même de Hugh Grant, son décalage humoristique permanent et le fait qu'il ne puisse absolument pas passer pour un Amérivain, à plus forte raison un Italo-Américain, sont mis à profit dans des scènes burlesques ou le jeune homme tente d'une façon pathétique de passer pour "Mickey-blue-eyes", un mythique mafioso de Kansas City: ses efforts pour arttrapper l'accent, ses attitudes et sa gestuelle le rendent immanquablement drôle.

Pour finir, le film joue sans se cacher la carte référentiele, citant des noms de personnages tout droit sortis de Goodfellas (Johnny Two-Tone), dans lequel Martin Scorsese se livrait à une de ses hilarantes énumérations quasi-zoologiques des familles Italiennes et de ses représentants les plus pittoresques. Mieux, certains acteurs et figurants reviennent des films en question, le plus spectaculaire étant James caan lui-même, qui sans trop se forcer domine le jeu global. On sait qu'il peut être pathétique (Sonny Corleone dans The godfather), qu'il peut être dangereux sous une façade bonhomme (Bottle rocket), on sait aussi cependant qu'il n'hésite pas à se rabaisser dans un rôle s'il en vaut la peine, comme lorsqu'il interprète le calvaire de Paul sheldon dans Misery; ici, il se moque gentiment de lui-même, et nous entraine dans son sillage.

 

Voilà une bonen surprise, donc, que cette comédie tout à fait fréquentable. m'en rappelerai-je dans six mois? Probablement non, mais ce fut une heure et demie très plaisante. Si j'osais, je dirais que ça aurait pu être la mise en bouche avant une carrière Américaine pour Hugh Grant... qui n'aura jamais lieu, suite à un retentissant petit scandale.

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Published by François Massarelli - dans Comédie
11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 10:59

Petit film, parfois gâché par le jeu excessif et histrionique de Perret, L'automne du coeur possède quand même une certaine beauté, et en particulier, renvoie aux films Russes contemporains. Notamment à Evgueni Bauer, qui débutera l'année suivant, et qui saura mettre à profit les démarches esthétiques du cinéma Européen de son époque, notamment deux trouvailles de ce film.

Le scénario raconte le calvaire d'un homme, professeur de violon, qui est amoureux de son élève, une jeune femme (Yvette Andreyor); celle-ci ne le sait pas, mais l'obsession du musicien est telle qu'il s'imagine passer du temps avec elle, face à lui: la première séquence utilise une surimpression à la fin de montrer l'obsession du héros; c'est sans doute simple, mais c'est très efficace, et Bauer le fera un grand nombre de fois. Après le mariage de la femme qu'il n'aura pas (Mariage auquel bien sur il est invité), le héros pense au suicide, et la scène est prise dans son appartement. Perret prend bien soin de différencier les scènes situées chez lui, par le biais de la lumière, dont il use avec une grande subtilité. A coté, le décor du mariage, hélas, est médiocre, et sent le carton-pâte et le studio à plein nez.

Bauer a-t-il vu ces films? peut-être, ils étaient distribués un peu partout. Perret est-il un grand précurseur? oui, sans aucun doute.

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Published by François Massarelli - dans Muet Léonce Perret
11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 10:51

Cette comédie poétique ne paie pas de mine, mais elle est pleine d'immenses qualités. en dépit du jeu parfois excessif de... Léonce Perret, le réalisateur sait obtenir des nuances et de la grâce de ses autres acteurs, en particulier ici, Suzanne Grandais, à laquelle il offre même l'opportunité d'une série de gros plans, dans lesquels la beauté de l'actrice, mais aussi le naturel de son jeu mutin font merveille: l'histoire nous raconte comment une jeune femme courtisée par deux hommes (Perret et Emile Keppens) décide de les départager en les envoyant chercher des fleurs: elle ne leur dit pas quelle est sa fleur préférée, et les laisse chercher; le gagnant de son coeur sera celui qui trouvera. la première tentative des deux hommes est donc réglée par une séquence au cours de laquelle Perret alterne plans généraux des soupirants qui donnent les bouquets, et des gros plans de Suzanne qui prend son temps, porte les fleurs à son visage pour en savourer le parfum, et finalement de son plus beau sourire, dit 'mais ce ne sont pas celles-ci". la fin est étonnante, et on croit un instant aller vers le drame, lorsque l'un des deux hommes , qui savent désormais quelle fleur aller chercher, trouve une solution inattendue pour apporter à la dame des chrysanthèmes rouges...

Charmant, plein d'esprit, un bel effort d'un grand cinéaste.

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Published by François Massarelli - dans Muet Léonce Perret
9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 17:08

Keaton aime a encadrer ses films d'une manière unique et a souvent cherché des débuts ou des fins qui marquent, sans pour autant qu'ils aient un rapport évident avec le reste du film. ici, c'est un intertitre bateau, nous annonçant la lente montée du soleil au matin, suivi d'un plan animé nous montrant un soleil extrêmement pressé. La séquence qui suit est étrange, et totalement détachée du reste du film, à part pour un détail: dans ce film, Joe Roberts et Buster Keaton vivent ensemble, n'étant antagonistes que sur un seul point, qu'on verra plus tard. C'est à ma connaissance le seul cas de film dans lequel ils ne soient pas des ennemis (si on s'en tient aux courts métrages qui permettent à Roberts de développer un personnage, par opposition à One week, ou l'acteur n'a qu'une apparition), et le lien entre les deux est mal défini. Un plan nous permet d'établir une hypothèse: il se peut, tout simplement, qu'ils soient frères.

 

Ils habitent dans une maison ou tout est rationnalisé, automatisé, avec une ingénierie compliquée mais fonctionnelle, dont ils usent calmement, surement et sans heurts. Ils en sont probablement les co-inventeurs, mais la vision de ces cinq minutes est hallucinante: chaque objet a deux ou trois utilités, tel le fourneau-gramophone, ou la table qui une fois retournée debient un cadre attaché au mur. un ensemble de cables accrochés au plafond leur permet d'avoir accès durant le repas au poivre, sel, etc... C'est le Buster ingénieur que l'on retrouve, celui qui ne cherche pas à nous faire rire aux larmes, mais bien à nous épater. D'ailleurs, une fois quittée la maison, les deux hommes se sretrouvent dans un film bien plus traditionnel: ils sont tous les deux employés dans une ferme, et courtisent la même jeune femme (Sybil Seely), dont le père, un vieux bougon brutal, est joué par un vieux bougon brutal: Joe Keaton.

 

Le reste du film conte donc la rivalité pas trop agressive entre les deux hommes pour gagner le coeur de la belle. Celle-ci est mise à contribution en particulier pour improviser un pas de danse qui va conduire à une série de quiproquos. Alors qu'elle danse, elle tombe nez à nez avec Roberts, un peu embarrassé. Elle lui demande assistance sur son ballet, et Buster arrive et les trouve enlacés. Il se lance dans une lamentable grande scène de jalousie ultra mal jouée, prouvant que le propos de ce film est surtout de s'amuser un peu... j'en retiens pourtant des gags étranges et attachants, tel cette course-poursuite entre Buster et le chien Luke (De Roscoe Arbuckle) ou ce beau plan qui voit la jeune fille faire son choix, et enlacer enfin Buster. Celui-ci, totalement immobile et apparemment impassible, manifeste son émotion en fermant les yeux quelques secondes... Sinon, le final voit le jeune couple dans une moto avec side-car, embarquer un prêtre, qui les marie, mais l'équipage se retrouve dans une rivière, donc dans l'eau, élément Keatonien par excellence (TOUS SES FILMS!!!!). La mariage, oui, mais une fois marié, semble-t-il nous dire, tout tombe à l'eau!!

 

Voilà, c'est le 4e film de Buster Keaton, sorti en 1921, et l'équipe est en place. De grandes choses vont bientôt pouvoir à nouveau se jouer après ces aimables mais un peu maigres amusements... Pour finir, le titre est du au déguisement d'épouvantail que Keaton est à un moment amené à utiliser pour échapper à son poursuivant canin.

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Published by François Massarelli - dans Buster Keaton Muet Comédie
9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 16:39

Après la réussite de One week, tout s'est passé comme si Buster Keaton avait été débarrassé d'un poids impressionnant, et le film suivant est beaucoup moins rigoureux, à tous les niveaux. mais il recèle quand même de solides moments de Keatonerie, et grâce au bon vieux truc du rêve, il nous permet d'avoir accès à ce fameux sens de l'absurde sans limite qui a fait une bonne part de sa réputation, et qu'il doit en partie à ses années de formation auprès de Roscoe Arbuckle...

 

Donc, Convict 13 s'appelle en Français Malec champion de golf, et si le stupide titre Français rend bien compte de l'essentiel de la première bobine, même si Buster n'est en aucun cas un champion, le titre original quant à lui se concentre plus sur la deuxième partie: Buster y joue un golfeur, venu pratiquer son sport favori sur un terrain situé pas trop loin d'une prison. Un détenu s'évade, et échange ses vêtements avec lui. Lorsque les gardes à la poursuite de l'évadé interviennent, ils emportent donc notre héros, bien sur.

 

Sur ce canevas, viennent se greffer un certain nombre de situations. Bien sur, Buster est amoureux, d'une jeune femme jouée par Sybil Seely (qu'il cherche à épater en jouant au golf), et celle-ci se révèle dans la seconde partie être la fille du directeur de la prison... Sinon, alors que le héros a échangé son uniforme de détenu contre celui d'un garde évanoui, un autre détenu (Joe Roberts) commence une mutinerie impressionnante, et Buster va jouer un grand rôle dans sa capture, mais la mutinerie va s'étendre à tous les autres prisonniers malgré tout....

 

C'est du grand n'importe quoi, donc, et non seulement une scène finale va révéler que tout cela n'est qu'un rêve, mais la logique de l'ensemble est celle du délire des rêves, le principal vecteur étant ici celui de l'échange de vêtement. Buster déguisé en golfeur agit comme un golfeur, en détenu comme un détenu, et en gardien, comme un représentant de la loi. le film est dominé par l'humour physique et sportif, avec des gags joyeusement idiots (la fessée administrée au poisson après lui avoir fait restituer une balle de golf qu'il avait avalé, la corde pour pendre le condamné, remplacée par un élastique), et des prouesses: le plus impressionnant serait selon toute vraisemblance une trouvaille de Joe Keaton, le père (d'ailleurs présent parmi les prisonniers ici): Keaton assomme les mutins les uns à la suite des autres en faisant tournoyer une corde au bout de laquelle un boulet est attaché: un ballet à la précision redoutable...

 

L'humour noir est déjà présent, avec une scène au cours de laquelle, venu se réfugier dans la prison pour échapper aux gardiens, Buster apprend qu'étant le numéro 13, il va être exécuté le jour même. S'ensuivent diverses mesures, et en particulier l'exécuteur (Eddie Cline) lui trouve le cou parfait pour être pendu... Les scènes de la poursuite entre les gardiens et le faux détenu sont une prémonition de Cops (1922) et Seven chances (1925) dans lesquels Buster sera aussi poursuivi, respectivement par des policiers, et des femmes en colère. Mais ici, les gardiens ne sont qu'une dizaine. Toutefois, on trouve ici un gag qui sera absent des deux films en question: rejoint par la troupe de gardiens disciplinés, et se trouvant de fait à leur tête, Buster change de direction comme à la parade, immédiatement imité par tous les hommes en uniforme...

 

 

Bon, voilà, Buster Keaton rode son style, et s'essaie à diverses expériences. Ce film loufoque n'a pas la maîtrise des deux précédents, mais il porte en lui des promesses, qui en plus seront tenues par les films qui suivront, et c'est déjà beaucoup. On voit en plus avec plaisir l'équipe se compléter et revenir pour notre plus grand plaisir: outre Joe Keaton, il y a aussi Joe Roberts dans un rôle spectaculaire, la jolie Sybil Seely, et l'apparition d'Eddie Cline. On est bien dans l'univers de Buster Keaton, c'est sûr.

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Published by François Massarelli - dans Buster Keaton Muet