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27 décembre 2010 1 27 /12 /décembre /2010 11:03

Après Double indemnity, Sunset Boulevard est certainement à nouveau un immense pas en avant dans la carrière de Wilder. Comme l’autre film, il s’agit en prime d’un classique indémodable, et que nous considérerons comme indiscutable. Il y aura toujours des gens pour se plaindre, soit de la voix off envahissante de William Holden, qui selon moi est indispensable au projet tout simplement parce qu’elle colore le film d’un teinte « film noir » qui n’est qu’une des nombreuses fausses pistes lancées par Wilder et Brackett. De même, il y a lieu de se plaindre de l’insupportable jeu de Gloria Swanson, mais ce serait oublier qu’elle est ici dans son propre rôle, et que le surjeu, la grandiloquence, le coté diva insupportable sont ici un salutaire second degré. Parce que ce film, énorme et lourd, n’en est pas moins un film de Billy Wilder que les autres. Pas plus qu’avec Double indemnity, il ne faut se laisser avoir par les aspects tragiques, nous sommes d’ailleurs ici confrontés à une satire au vitriol plus qu’à une tragédie classique. Les ruptures de ton sont systématiquement masquées par les allusions aux autres genres, et le résultat final est d’une grande classe. Je n’envisage du reste pas du tout de distribuer les étoiles : c’est un chef d’oeuvre, point final. S’il y des défauts, eh bien ils font partie du tout, ça n’enlève rien, et je n’en vois de toute façon aucun.

Le scénariste Joe Gillis nous raconte comment un homme mort a pu arriver dans une piscine, sur Sunset Boulevard, à Hollywood, et souiller de sa médiocrité l’une des avenues les plus riches du monde : il conte comment, alors qu’il cherchait à échapper à des créanciers qui voulaient lui confisquer sa voiture, il s’est engagé sur une allée privée et a dissimulé son véhicule avec un pneu crevé dans le garage d’un propriété qu’il croyait vide. Et là, il a fait la connaissance de Norma Desmond, et de son valet-majordome-chauffeur Max Von Mayerling, deux reclus survivant de la période dorée des années 20, lorsque Miss Desmond était l’une des plus importantes actrices d’Hollywood. Celle-ci jette son dévolu sur Gillis, l’engageant d’abord pour qu’il l’aide à finir un script infilmable avec lequel elle souhaite effectuer son grand retour, auprès de Cecil B. DeMille, mais elle va très vite dépasser cet arrangement professionnel et demander bien plus.

Le début, qui fut très difficile à mettre en route, est désormais classique : le générique commence par la plaque « Sunset Boulevard », avant que le reste ne se déroule sur fond d’une route qui défile. On arrive avec la police devant une piscine, et c’est le petit matin : la silhouette sombre du cadavre se détache parfaitement dans l’eau claire. C’est le premier pavé dans la mare Hollywoodienne. Il y en aura d’autres, bien sur largement relayés par la voix off profondément cynique de Gillis, et comme on se doute dès le début qu’il est le cadavre, on peut lui autoriser tous les cynismes. Le personnage de scénariste blasé, revenu de tout et raté avant d’avoir vraiment entrepris quelque chose est comme souvent chez Wilder, un peu annoncé par le coté quelconque de son nom, qui tanche bien sur avec le nom de l’exécutif (Sheldrake, un nom qui reviendra dans The apartment), qui sonne comme ces mots-valises, complexes, qui partent dans deux directions différentes, et suggèrent soit la duplicité, soit la complexité; Gillis, lui, est une affaire entendue : il est destiné à être minable. Et pourtant, derrière la noirceur, grâce à la voix off, les scénaristes lui offrent des chances de rachat: Betty Shaeffer (Nancy Olsen), une jeune assistante qui croit en lui, parce qu’elle sait ce qu’il vaut, et qui est prête à tout pour le sortir de son piège ; une tentation de tout larguer, et de retourner dans l’Ohio, sans doute pour y finir pauvre et inconnu, mais au moins sans avoir à se compromettre… enfin, Gillis se sacrifie afin d’éviter de compromettre celle qu’il aime, et on pourrait aller jusqu’à dire qu’il pilote son propre assassinat.

Les deux autres personnages sont donc le plus pur produit des années 20, et l’idée de génie est bien sur d’en avoir confié l’interprétation à des vrais reliques, et non des moindres : Gloria Swanson, interprète géniale des films de Cecil B. DeMille, Allan Dwan, et Raoul Walsh, devient donc Norma Desmond, interprète déchue de films muets, balayée par le parlant, et qui aurait interprété une douzaine de films en compagnie de… Cecil B. DeMille! Max Von Mayerling, ombre ou éminence grise de Norma Desmond est en réalité un ancien réalisateur lui aussi lessivé par les années 20, dont on devine que le sens de la compromission et la modestie n’était absolument pas son fort, et c’est bien sur à Stroheim que Wilder a confié le rôle. Cet étonnant jeu de miroir est orchestré de main de maître par un Wilder qui sait parfaitement ce qu’il fait, déléguant à Joe Gillis les commentaires acerbes sur l’âge, voire la péremption des deux ex-grands noms ; au public, il offre surtout un voyage grinçant dans une maison hantée (la musique de films d’épouvante qui accompagne la première visite de Gillis, alors qu’un chimpanzé mort attend sa sépulture, ne dit pas autre chose…) et le regard fasciné sur la confrontation entre les stars déchues et le raté, vite suffisamment lucide pour ne pas laisser passer l’occasion de se refaire financièrement, mais pas assez pour entrevoir le piège dans lequel il tombe.

Si Gillis se fait avoir, et y laissera la peau, le pouvoir de fascination incarné par les vieilles gloires du muet reste entier, mais juste réservé à un ensemble d’initiés ; lorsque la magnifique voiture de miss Desmond, conduite par le mutique ex-réalisateur arrive au studio, tout le monde rigole, sauf un vieux vigile, qui a reconnu tout de suite « miss Desmond », et la laisse entrer illico. Et parmi les gens qui se jettent sur elle pour lui rendre hommage lors de sa visite sur le plateau ou DeMille tourne, on reconnaitra les acteurs fidèles de DeMille sur ses films depuis 1918, dont Julia Faye, qui a partagé l’affiche avec justement Gloria Swanson. Lorsque DeMille, ému d’avoir vu son ancienne protégée venir et se faire humilier dans le studio, a un réflexe protecteur, on ne rit plus du tout, on mesure l’effet du temps, et le respect de Wilder à l’égard de celle dont on croirait que seul son pouvoir de mante religieuse l’intéressait.

Max Von Mayerling est l’une des clés du film, celui qui va fournir d’ailleurs à Brackett et Wilder des petits cailloux intéressants : Gillis commente à son sujet : ‘j’allais beaucoup en apprendre sur lui’, dit-il au début du film. On saura plus tard qu’il était l’un des maris, puis on apprendra qu’il était réalisateur. Mais Mayerling est resté ;, parce qu’on ne quitte pas Norma Desmond, on la sert jusqu’à la mort… Le jeu extraordinairement sobre de Stroheim, ici, est combiné par Wilder à un certain nombre de touches très stroheimiennes, justement : la façon dont il compose des plans (avec le chef-opérateur John Seitz, autre vétéran du muet), qui mettent en avant tel ou tel détail de la tenue du majordome, notamment ses gants lorsqu’il joue de l’orgue, alors que Joe Gillis est en arrière plan, rapetissé par l’angle de prise de vue, l’omniprésence mutique de l’ex-réalisateur, nous préparent au grand final, celui durant lequel Norma Desmond succombe à sa folie, sous les projecteurs, manipulés par celui qui semble la mettre en scène une dernière fois… Et bien sur, Stroheim est discrètement à l’honneur, lorsqu’il a fallu choisir un extrait de film qui aurait été interprété par « Norma Desmond », et que celle-ci montre à Gillis Queen Kelly dans son salon. Le fait que le film ait été interdit de sortie aux Etats-Unis, fait de la pellicule ainsi montrée un film quasi fictif pour 1950, mais la beauté de les plans du film de Stroheim, la jeunesse de Swanson magnifient le passage, et font mentir le commentaire cynique de Gillis. Il faudrait être fou pour ne voir en ce film qu’une simple chronique méchante de plus sur les mœurs hollywoodiennes, il y a beaucoup plus : un hommage, une ode, un requiem, mais en tout cas, il y a du respect, y compris dans ces recours à la vérité, comme ce passage ou Anna Q. Nilsson,et H. B. Warner, d’ailleurs tous deux interprètes de DeMille, et aussi Buster Keaton, tous dans leur propre rôle, jouent au bridge avec ‘Norma Desmond‘. Gillis les appelle des figures de cires (waxworks) . Mais à la fin, contrairement au héros… Ils sont toujours vivants.

Un film miraculeux, donc, qui va dominer cette première partie des années 50, qui s’annoncent une période-clé de la carrière du grand Wilder. Quelle ouverture fracassante!

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Published by Allen john - dans Billy Wilder
27 décembre 2010 1 27 /12 /décembre /2010 10:56
(Textes déja publiés sur le merveilleux forum de Dvdclassik en octobre 2009)
 
Pardon us (VOLUME 19 ), Aout 1931. Réal: James Parrott. Sept bobines/67mn
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Le premier long métrage de Laurel et Hardy, conçu sur une période relativement longue (le script a été commencé en mai 1930, et les dernières prises de vue datent de décembre 1930), a fait l’objet d’un travail prudent, qui a à la fois bénéficié de l’attention concentrée de tous ceux qui y ont participé, de Laurel & Hardy eux-mêmes, mais surtout Laurel, à Hal Roach, en passant par le metteur en scène, James Parrott, qui ne fera aucun autre long métrage avec le duo. Il faut dire que depuis Why worry, en 1923, Roach n’avait pas produit de long métrage comique, ayant laissé Lloyd faire cavalier seul justement afin de continuer à se concentrer sur les courts métrages, la véritable spécialité du studio : c’est dire si ce film est important : de lui va découler l’avenir du studio. La réticence de Roach s’explique par le fait qu’à l’époque peu de comédiens ont réellement percé dans le long métraghe, à part Chaplin. Mais même Chaplin, à ce moment, a considérablement ralenti ses activités. En 1931 Lloyd s’apprête à descendre lentement mais surement aux enfers du film médiocre, puis à disparaitre. Keaton, depuis The general et son semi-échec (Public, s’entend), est lessivé, et ses films MGM ne sont pas à la hauteur de sa réputation. Quant à Langdon, ses 6 films indépendants réalisés pour la First National l’ont coulé. L’analyse de Roach (et Laurel) peut donc raisonnablement s’expliquer une fois rappelé ce contexte. Pourtant, si il ne s’agit ni d’un grand film, ni d’un grand Laurel et Hardy, Pardon us est bougrement sympathique. D’une part, il repose sur une situation qui leur sied bien, avec nos compères qui vont en prison, pour avoir ingénument vendu le produit de leur distillerie clandestine, et se retrouvent au milieu de la jungle des bagnes, deux enfants parmi les loups. D’autre part, il recycle intelligemment quelques situations bien menées, dont le problème de dentisterie de Leave’em laughing, sans le recours à du gaz hilarant ; sinon, il recycle aussi par le biais de la parodie les passages obligés de Big House, ainsi que son décor. Il y a aussi du neuf, en particulier un running gag à la fois ultra-primitif et totalement hilarant : Laurel a donc un problème de dent, qui le fait siffler fort malencontreusement à chaque parole qu’il prononce, mais c’est tellement évident que Laurel force le bruit (Vraiment grossier) que cela ajoute une bonne pincée de second degré à l’ensemble. Le principal défaut du film, c’est probablement le fait que, suite à l’indécision qui a parfois présidé à son élaboration (le mois entier de retakes en témoigne), certaines scènes s’intègrent mal à l’ensemble, ou sont trop longues : le passage ou Laurel et Hardy, en blackface, s’intègrent à un groupe de travailleurs noirs dans le sud, sent l’esclavagisme à plein nez. D’autres scènes, aujourd’hui réintégrées, ont été retirées du montage final à sa sortie en 1931 : le final, au cours duquel Laurel et Hardy sauvent la fille du directeur de la prison d’un destin fatal ET d’un incendie n’était peut-être pas très Laurelethardyienne, elle a pourtant été réintégrée dans la copie disponible actuellement sur DVD. Bien que le film ait fait l’objet de versions Espagnoles, Française, et Allemande, la collection de DVD n’intègrent qu’une bande-annonce de la version Allemande, contenant 2mn d’extraits. Ach!

Another fine mess (VOLUME 1 ), Novembre 1930. Réal: James Parrott. 3 bobines.

Conçu et sorti pendant la lente maturatiion du premier long métrage, ce film qui recycle Duck soup est un chef d’œuvre, irrésistible et parfait : on sent l’équipe rassurée par la limite de temps imposée par les trois bobines. Ici, pas de remplissage, et le film marche entièrement au diapason de sa première scène : Finlayson quitte sa maison, en laissant les clés au majordome, et à la bonne, qui s’empressent dès que le propriétaire est parti de prendre la poudre d’escampette. La caméra se déplace alors vers la droite, et on aperçoit les deux vagabonds Laurel et Hardy qui sont poursuivis par un policier : pas de temps mort, en moins d’une minute, le cadre et la motivation sont établies. Réfugiés chez Finlayson, Hardy vont devoir incarner le colonel Buckshot(Hardy) et à la fois le majordome Hives et sa sœur jumelle Agnes (Laurel) lorsque deux locataires potentiels vont arriver, incarnés par Thelma Todd et Charles Gerrard. Pour finir, le titre fait allusion à une phrase tirée de Pardon us, qui reviendra désormais souvent, mais légèrement différente: It's another NICE mess you've gotten me into (Tu m'as à nouveau mis dans une situation délicate), généralement prononcée par Hardy, mais pas exclusivement: Laurel le reconnaitra d'ailleurs au moins une fois: Well, it's another nice mess I've gotten you into.

Be big (VOLUME 18 ), Février 1931. Réal: James Parrott, mais crédité à James W. Horne. 3 bobines
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Par contre, Be big possède un défaut, et de taille. Bien sur, il repose sur une mécanique classique, avec un voyage idyllique prévu pour les deux couples Laurel et Hardy, mais lorsque les amis de nos deux compères les invitent à une bringue en leur honneur, sous couvert de retrouvailles d’un club de chasse, ils doivent mentir en prétendant que Hardy est malade afin de laisser les épouses partir et vaquer à leurs propres occupations. Là ou le bât blesse, c’est que la suite donne lieu à une situation, et une seule : Hardy a mis les bottes de Laurel, et réciproquement. S’il est facile à Stan d’enlever les bottes de son ami, celui-ci est en revanche bel et bien coincé… Pendant 20 minutes de film. Lorsque les épouses (Anita Garvin et Isabelle Keith) reviennent, avec deux énormes fusils, on respire enfin ! Les versions Française et Espagnole de ce film sont en fait une compilation de Be big et Laughin’ gravy, un court métrage ultérieur. Les deux films font environ 60 minutes, et j’en reparlerai autour de Laughin’ gravy, justement. Sinon, saluons une dernière participation de Anita garvin à un film court de Laurel et Hardy.
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Chickens come home (VOLUME 8 ), Mars 1931. Réal: James W. Horne. 3 bobines
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Recyclant la situation de Love’em and weep, Chickens come home est une nouvelle réussite, dans laquelle le duo a réussi à transformer ce qui aurait pu n’être qu’une redite supplémentaire en une petite réussite de vaudeville. Il sera donc question d’un homme qui voit son avenir et son bonheur conjugal menacé par une visite d’une dame avec laquelle il a eu, il fut un temps, des relations compromettantes. Cette fois Hardy est un notable qui vise la mairie, Thelma Todd joue son épouse, Laurel son assistant obligé d’endosser une part de responsabilité dans les mensonges qui sont l’objet de l’intrigue, et Finlayson est le majordome doté d’un sens moral aigu : il dévisage son patron comme seul James Finlayson peut le faire, dès qu’il soupçonne Mr Hardy de se livrer à l’adultère. Quant à la dame par laquelle le scandale arrive, c’est une fois de plus la grande Mae Busch.
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Politiquerias (VOLUME 8 ), Mars 1931.Réal: James W. Horne. 6 bobines/55 minutes

On prend encore les mêmes, et on fait la même chose en Espagnol et plus lentement, en ajoutant de-ci de là un numéro de music-hall plat, ou une redite. D'autant que Rinal Liguoro ressemble à Mae Busch, mais elle n'est pas Mae Busch, même si elle fait tout pour l'imiter.
The stolen jools (1931) Paramount/RKO/Chesterfield cigarettes. Réal: William McGann. 2 bobines

On trouve ce court métrage anecdotique sur le dvd retour de Flamme volume 1, chez Lobster. C’est un "all-stars" de charité, afin de lutter contre les maladies pulmonaires. C'est charmant à regarder une fois, et pour jouer à repérer les stars : Joan Crawford, Wallace Beery, Buster Keaton, Fay Wray, Richard Barthelmess, Gary Cooper,… Ah ! J’oubliais : Laurel & Hardy y détruisent une Ford T.

Laughing gravy (VOLUME 10 ) Avril 1931 Réal: James W. Horne 2 bobines

Laughing gravy est un chien, et c’est le moins cabot des cinq acteurs de ce film. Avant de rentrer brièvement dans le vif du sujet, voici un record absolu avec cinq versions différentes toutes disponibles dans la collection Universal Anglaise Les mérites (Ou les apports, plutôt) de chaque version seront discutés cas par cas. Cette version est le Laughing gravy authentique, tel que sorti en avril 1931 : Laurel et Hardy sont les propriétaires non fortunés d’un petit chien, qu’ils cachent à leur propriétaire, interprété par Charlie Hall. Celui-ci entend du bruit, puis des aboiements, et les deux compères doivent donc alternativement cacher leur chien, puis le récupérer quand leur propriétaire réussit à le mettre dehors puisque toutes leurs tentatives pour être discrets en cachant le chien échouent lamentablement; et dehors, il neige. Sur un canevas simple, un film très distrayant, drôle, avec lequel on ne s’ennuie pas. Lorsque le film a été fini, il faisait une bobine de plus, qui ne satisfaisait pas tout le monde (C’est à dire que Laurel n’en était pas content), et la bobine a été tout simplement enlevée, et remplacée par une fin simple, sublime, sordide et hilarante, qui conclut le film sur une note macabre, en une minute.

Laughing gravy (VOLUME 10) Avril 1931 Réal: James W. Horne 3 bobines

Donc, on a retrouvé au début des années 80 la bobine inédite, et voici la deuxième version : au bout de 20 minutes, sommés de partir, Laurel et hardy reçoivent une lettre, adressée en fait à Laurel seul : il recevra un héritage phénoménal s’il cesse toute connection avec Hardy, et donc avec Laughing Gravy le chien. Ces dix minutes grinçantes éclairent d’un jour particulier, presque intime, la relation entre les deux hommes, mais elle s’intègre assez mal selon moi à l’ensemble. La version de deux bobines est meilleure.

Laughing gravy (VOLUME 10) Avril 1931 Réal: James W. Horne Version colorisée 3 bobines

Cette version colorisée ne devrait pas avoir sa place ici, puisque je ne les mentionne jamais, mais elle possède un atout intéressant : elle contient les deux versions déjà mentionnées, en intégrant à la version en trois bobines la fin de l’autre, et élève le temps total à presque 31 minutes. Sinon les fausses couleurs sont ignobles, et je rappelle qu’on ne doit pas coloriser les films en noir et blanc : c’est mal.

Las calaveras (VOLUME 18 ) Avril 1931 Réal: James W. Horne 6 bobines

Version Espagnole de Be big + Laughing gravy : Be big est toujours constitué d’un seul gag étiré sur 30 minutes, donc je suis assez mitigé, et en prime, le lien avec l’autre film est tellement ténu, qu’on n’y croie pas une seule seconde. Sinon, la deuxième partie est basée sur la version longue de Laughing gravy, sans la deuxième fin (Celle qui est sortie en 1931.), et donc, je ne suis pas non plus très enthousiaste, surtout que décidément je ne comprends rien à l’Espagnol. Bon, ça c'est de la mauvaise foi: qu'importe les dialogues?

Les carottiers (VOLUME 10) Avril 1931 Réal: James W. Horne 6 bobines

Même découpage que Las Calaveras, mais en Français. Seuls Laurel et Hardy parlent le Français franchement, les autres, dont Charlie Hall et Anita Garvin, sont souvent doublés bien qu’ils miment les mots. Mais c’est tellement mal fait, et les acteurs se débrouillent tellement souvent pour être dos à la caméra, que c’en est navrant. On espère que les autres versions françaises antérieures ont été mieux traitées. Remarquez, elles sont toutes perdues…

C’en est fini des versions alternatives, Laurel et Hardy allaient à l’avenir être doublés. Bien que cela soit difficile et couteux, ces versions rapportaient ; elle rapportaient tant et si bien que la MGM, qui distribuait Roach rappelons-le, a demandé qu’on y mette un point final, en ayant asez de devoir recevoir des lettres de cinéphiles leur demandant de faire parler Garbo et gable dans leur langue : « Laurel et Hardy le font bien, eux… »

La leçon a retirer de ces multiples versions disponibles, c’est quans même que l’équilibre de Laurel et Hardy, établi pendant les années muettes sur le format de deux bobines, est bel et bien fragile. De toutes ces versions, la meilleure est bel et bien celle de deux bobines. Conscients de cela, ils vont ensuite se concentrer sur ce format pour les trois films suivants, avant l’affaire Beau Hunks.
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Published by François Massarelli - dans Laurel & Hardy
26 décembre 2010 7 26 /12 /décembre /2010 19:07

Dans un berlin en ruines, une délégation de parlementaires Américains viennent enquêter sur le devenir des aides substantielles accordées à l’effort de guerre devenu effort d’occupation. Parmi ces politiciens, se trouve une femme, la représentante de l’Iowa, Phoebe Frost (Jean Arthur). Celle-ci, Républicaine rigide et moraliste, ajoute à sa mission le fait de surveiller aussi les mœurs des soldats et leur rigueur morale. Elle ne sera pas déçue : non seulement la loi du marché noir règne en maitre, mais encore les soldats se comportent en véritables vikings, se précipitant en échange de faveurs et de rations alimentaires sur le premier jupon venu. Pire, dans un cabaret, la chanteuse Erika Von schlutow affiche sans complexe un passé qui l’a amenée à fréquenter de très près non seulement Goebbels, mais aussi Hitler. Il devient très vite urgent pour miss Frost de trouver qui est le protecteur de cette ancienne nazie pas vraiment repentie. Aidée du capitaine Pringle, un autre ressortissant de l’Iowa, elle mène l’enquête sans se rendre compte que le capitaine Pringle est précisément l’homme corrompu qu’elle recherche…

Au-delà du plaisir de retrouve Billy Wilder dans le domaine de la comédie de moeurs, il y un certain nombre de qualités qui font de ce Foreign affair une grande date de l'oeuvre. Bien sur, le fait qu'il y retrouve Berlin, et celui de l'après-guerre, en ruines, y est pour beaucoup; de plus, le film non seulement n'évacue pas les problèmes triviaux de la vie quotidienne dans une Allemagne ou tout est à refaire, mais il va beaucoup plus loin, en nous montrant d'une part le problème de la dénazification des esprits, mais aussi d'autre part le difficile retour à la normale pour les gens. Enfin, il montre de façon souvent pertinente et aussi très drôle les réalités du marché noir... Un très grand film, qui sera bien vite suivi par d'autres chef d'oeuvre, dans ce qui reste une très grand période de la carrière de Billy Wilder...
Le renouveau apporté par ce film passe par le mélange très étonnant entre les prises de vues de Berlin, dont certaines sont très impressionnantes, et les reconstitutions faites en studio. Le but n’étaitpas du tout de faire un documentaire, mais bien une comédie, c’est la raison pour laquelle s’il a effectivement mené une expédition à Berlin, son ancienne ville, à aucun moment wilder ne tombe dans le pathos. C’est un film dans lequel la rage de vivre est très forte, et les scènes de fêtes, les scènes de marché improvisé, et forcément noir, sont nombreuses. Le réalisateur n’est néanmoins pas dupe de la vérité, et à travers quelques anecdotes, nous rappelle ce que vient de vivre l’Allemagne… en particulier, un gag très méchant et très drôle voit un père consulter le colonel Américain responsable du district au sujet de la sale manie de son propre fils de dessiner des croix gammées partout. Le père autant que le fils, pas dénazifiés pour deux sous, font des saluts à tour de bras, et claquent les talons de façon militaire. Lorsque les deux quittent le colonel, qui leur a conseillé d’arrêter de penser à la discipline Nazie, ils tournent tous les deux les talons, et on ne peut alors que voir que le fils à dessiné une énorme croix gammée dans le dos de son père…

Dans bien des détails, on retrouve le Wilder de toujours, aidé bien sur de son complice Charles Brackett. Le gout pour les noms qui en disent long, après Phyllis Dietrichson, dans Double indemnity, on a droit ici à l’admirable Phoebe Frost, jouée durant la première moitié avec conviction sur le rigide de l’absolue frigidité par Jean Arthur. Le savant alliage de marivaudage et de vie quotidienne, l’alliance du trivial et du dramatique, nous renvoient à Ninotchka de Lubitsch, sur un sujet évidemment cousin, même si la guerre a bien sur changé la donne, et a déplacé la critique de mœurs vers une radiographie des petits tracas quotidiens de l’après-guerre allemande. Reste justement le cas Erika Von Schlütow : interprétée par Marlene Dietrich, elle est une ancienne nazie pas vraiment repentie, mais qui aime sincèrement un homme, qui fricote au marché noir, mais qui est mue par un instinct de survie après tout fort compréhensible. L’ambigüité du personnage la conduit même à apparemment fraterniser avec sa rivale, mais une scène de la fin renvoie à sa duplicité, tout en montrant la rigueur du colonel, qui répond à la suave tentative de corruption de la dame, par un « je viens juste d’être grand-père ! ». Une fin de non-recevoir qui sonne, un peu, le rappel des troupes…

Bon, ni moraliste, ni pamphlétaire, le cinéaste ne s’embarquait pas ici dans un exposé brulant, plus dans un portrait tragicomique d’une Allemagne à reconstruire, dans laquelle les dégâts du nazisme, encore insidieusement infiltré dans les esprits, avait fait probablement autant de dommages que les bombes alliées. Cela dit, le commentaire sur l’impérialisme Américain est évidemment acéré, avec cette invasion de barbares gloussants qui viennent s’installer quasiment à vie dans la jungle de Berlin, afin de profiter de tout au-delà de la morale. De fait, la vision toujours hallucinante de tous ces bâtiments en ruines, sert au moins de piqure de rappel, symbolique, de tout ce qui est à refaire en cette année 1948. C’est décidément non seulement une délicieuse comédie romantique Wilderienne, mais c’est aussi un film d’une grande générosité…

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Published by François Massarelli - dans Billy Wilder
26 décembre 2010 7 26 /12 /décembre /2010 18:58

Après le film noir et le film à thèse, Wilder (et Brackett) s’essayent à un nouveau genre! Toujours le souci de se poser en metteur en scène. Cette-fois, avec The emperor waltz, Wilder, pourtant, n’obtiendra pas le succès. Il en résultera un désamour prononcé et sans retour pour son unique comédie musicale, un film mal aimé qu’il est parfois malaisé de défendre…

L’histoire est simple et vaguement un rappel de la Veuve joyeuse, plus celle de Lubitsch que celle de Stroheim, mais de celui-ci, il reprend toutefois la thèse: l’Amérique d’abord! Les Européens ont leurs traditions, mais les Américains sont les meilleurs, en tout. Tout comme la Sally O’Hara de Stroheim débarquait dans un royaume fictif, et bouleversait tout par son énergie communicative, ici, c’est Virgil Smith (Bing Crosby) qui va tourner les têtes dans une Autriche haute en couleurs (Magnifiques, on se doit de les souligner, puisque c’est la première rencontre de Wilder avec le technicolor), et en particulier celle de Joan Fontaine, qui interprète une comtesse au nom merveilleux, improbable et vaguement ironique, donc, typique de Billy Wilder : Johanna Augusta Franziska von Stoltzenberg-Stolzenberg. Toute pesanteur solennelle est rendue caduque par la répétition. Johanna tombe amoureuse de Virgil Smith, un représentant en phonographes qui cherche à placer ses produits auprès de l’empereur François-Joseph. Celui-ci a à cœur de « marier » son caniche au chien de la comtesse, mais la femelle en question (La chienne du moins) lui préfère Buttons, l’improbable bâtard de Virgil. Les deux jeunes gens en finissent par vouloir suivre l’exemple de leurs animaux, mais l’empereur impose une autre conduite à Virgil, qui rompt en se faisant passer pour un goujat…

Le film commence par un de ces décrochages temporels auxquels nous a habitués Wilder avec Double indemnity, que ses films soient des comédies ou des drames, on voit qu’il garde la main sur eux et impose avant tout son style. Ici pas de voix off en revanche, la narration restant assez sage. Les tribulations de Bing Crosby au pays des vaches et des couettes ne manquent pas de joliesse, mais pour être franc, je lui trouve un singulier manque de charisme, contrairement à Maurice Chevalier dans la Veuve joyeuse… On en est loin. Joan Fontaine est plus intéressante en comtesse qui cherche à faire exploser le carcan des conventions, et s’amuse volontiers à légèrement écorner son image de Sainte Nitouche en se laissant séduire. Mais le meilleur de ce film, on le trouve avec parcimonie dans les dialogues souvent exquis, légèrement absurdes, de la cour et des nobles qui passent semble-t-il leur vie à critiquer les Américains. Sig Ruman, en « ami du Dr Freud », nous rappelle l’un des apports de l’Autriche en pratiquant sur les canidés une amusante proto-psychanalyse. On aimera aussi les sous-entendus ici véhiculés par les chiens, qui concrétisent ce que leurs maîtres ne peuvent se permettre...Tout cela ne va pas chercher loin, mais Wilder a rendu, en élève appliqué, une copie très propre, très soignée. Il a été légitimement déçu de ne pas recevoir l’aval du public, et en a conçu une rancœur tenace à l’égard du film, d’où sa réputation. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a su rebondir, et ce dès le film suivant, qui prend le contre-pied de celui-ci en à peu près tous les points.

 

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Published by François Massarelli - dans Billy Wilder Comédie Musical
26 décembre 2010 7 26 /12 /décembre /2010 17:49

Pour son 21e film, Billy Wilder semble commencer à accuser le coup d'un insuccès chronique: suite au triomphe de son film The apartment, qui lui a rapporté son deuxième Oscar du meilleur film, il accumule échec sur échec, tant public que critique, et la volée de bois vert que lui a valu le très provocateur Kiss me stupid lui est particulièrement restée en travers de la gorge. C'est pourquoi il va déverser une grande rasade de bile dans ce film, qui fait souvent semblant d'épouser les expériences formelles de la période, mais est du pur Wilder: écrit à la virgule près, avec des acteurs acquis (Lemmon, Cliff Osmond) ou qui font une entrée tonitruante dans son univers (Walter Matthau); il destine, comme souvent, son jeu de massacre à l'Amérique, dont un certain nombre de traits sont ici représentés: Omniprésence des médias et en particulier de la TV, carriérisme, mais aussi fausse mobilité sociale, ségrégation de fait, symbolisme vide des droits civiques récemment conquis par les noirs sous la bannière de Martin Luther King... Wilder mobilise ses vieux thèmes, et s'amuse à pousser sa logique du mensonge, ou de la dissimulation, jusqu'au bout, dans un film qui nous conte les aventures d'un avocat véreux (Matthau) qui tente d'exploiter un petit accident dont son beau-frère (Lemmon) a été victime, afin de récupérer le pactole. Tourné avec la rigueur d'un film noir, structuré en 16 chapitres apparents (Chacun son titre, numérotés de 1 à 16), le film est ce qu'on pourrait appeler une comédie triste, et tient son titre d'un de ces "fortune cookies", les gâteaux Chinois qui contiennent un conseil, un dicton, ou une vision d'avenir. Ici, le cookie dit en substance: 'tu ne peux pas tromper tout le monde une fois, ou une personne tout le temps.', et pourtant Willie Gingrich, l'avocat, est bien parti pour tromper son monde. le seul point sur lequel il n'avait pas compté, c'est l'honnêteté non pas d'un, mais de deux hommes...

 

Un soir de match de football, à Cleveland, la couverture média de l'événement est assurée par CBS, et Harry Hinkle (Jack Lemmon) est l'un de leurs cameramen. Hélas, pendant une action de "Boom boom" Jackson, un populaire joueur Afro-Américain (Ron Rich), ce dernier lui rentre dedans et provoque un évanouissement du cameraman. A l'hôpital, ce dernier reste quelques heures en observation, toujours inconscient, pendant que sa famille attend: sa mère, sa soeur et son beau-frère (Willie Gingrich: Walter Matthau), ces derniers accompagnés de leurs deux enfants, vont rester un petit temps à attendre, et nous donner une splendide image de médiocrité auto-satisfaite (Aucun rapport d'affection ni de tendresse ne semble colorer les rapports de Gingrich et de son épouse, et il n'a pas l'air de se soucier de ses enfants non plus, la mère ne l'ouvre que pour pleurer, et se faire envoyer sur les roses d'un sonore "Shut up" par son gendre). Mais surtout, il vont fournir une occasion en or aux scénaristes: particulièrement avide de s'élever de sa médiocrité financière, et totalement dénué de scrupules, Gingrich apprend de la bouche de sa belle-mère que Hinkle a été victime d'un accident étant enfant, ayant eu une vertèbre sérieusement abîmée: celle-ci doit toujours avoir le même aspect. Il décide de monter une arnaque avec Hinkle, prétendant que ce dernier a été à demi-paralysé par le choc. Hinkle n'est pas très chaud au départ, puis finit par accepter dans l'espoir que sa femme, Sandi (Judi West) lui revienne: aspirante chanteuse, et surtout à la recherche d'un bon parti, elle est partie avec un chef d'orchestre, alors que les perspectives de carrière de Harry ne semblaient pas aller très loin. Elle n'a pas percé pour autant.

Les grains de sable dans cette affaire vont être fournis par trois facteurs: d'une part, bien sur, les avocats de CBS, qui connaissent la réputation de Gingrich, ne croient pas une seule seconde à la paralysie, et engagent Chester Purkey(Cliff Osmond, la garagiste parolier de Kiss me stupid), un détective très fort, qui a déja croisé la route de Gingrich. celui-ci va devoir se méfier des micros et autres caméras de surveillance installés par l'infatigable Purkey, sis en face de l'appartement de Hinkle. D'autre part, le joueur de football par lequel toute cette histoire est arrivée, le bien nommé "boom boom", s'en veut, et va être aux petits soins avec Hinkle, jusqu'à le servir littéralement: il s'installe avec lui, lui fait la cuisine, lui sert le café, et va même jusqu'à récupérer sa femme à l'aéroport. Et en allant la chercher, il ne met pas longtemps à flairer que la jeune femme ne revient pas nécessairement parce qu'elle aime son mari, mais bien plutôt parce qu'elle a compris qu'elle pouvait se faire de l'argent en revenant au bon moment, juste avant une opération qu'elle sent juteuse. Lui qui se dévoue pour Harry, sans compter, ne supporte pas de voir les rapaces s'agiter autour de son ami.

Enfin, autre grain de sable, et non des moindres, Harry qui ne voulait pas de cette arnaque avant de comprendre qu'elle pouvait lui rendre sa femme, ne va pas vraiment apprécier la tournure que prennent les choses, et va finir par refuser de continuer jusqu'au bout.

Wilder fait du Wilder, et avec Izzy Diamond, il a concocté des dialogues avec une délectation évidente. le principal moteur, c'est l'odieux Gingrich, mais il s'amuse aussi beaucoup avec les échanges aigre-doux entre Purkey et son collaborateur. par contre, il a trop insisté sur l'angélisme de Boom Boom, qui confine parfois à une certaine forme de naïveté un peu gênante... Les deux scénaristes se sont amusés sinon à glisser quelques allusions aux médias du moment: le film commence par la couverture médiatique d'un match de football, mais le cameraman qui filme l'appartement de Hinkle depuis l'autre coté de la rue a hâte de rentrer chez lui pour regarder Batman... Toujours, cette tendance à mettre en valeur l'importance de la culture populaire chez ses personnages....Comme toujours, Wilder a aussi su inventer des noms évocateurs, tous chargés soit en sens soit en résonances: au-delà du très simple Hinkle, qui ressemble à un "Twinkle" qui aurait été raboté de son début (To twinkle, c'est le verbe qui veut dire "scintiller", comme les étoiles donc), on a bien sur Gingrich, le nom qui rappelle vaguement le "Grinch", et qui est porté par un personnage odieux et sans scrupules, joué avec gourmandise par Walter Matthau: bref, un sale bonhomme, qui trompe tout le monde tout le temps, n'a de famille que parce qu'un jour il a couché avec sa secrétaire, et a sans doute couché avec sa belle soeur (Il lui met la main aux fesses, et lui signale qu'elle a pris un peu de rondeurs); sinon, Chester Purkey, parfois surnommé "tas de graisse" par son collaborateur, est un personnage rondouillard, mais habile. Un détective privé avec "Key" dans son nom, quoi de plus approprié? Enfin, Boom boom Jackson, le personnage le plus honnête de cette sarabande, est doté d'un patronyme intéressant: Jackson, c'est la capitale du Mississippi, l'état dans lequel les plus importantes avancées de la lutte des noirs pour les droits civiques se sont tenues...Ce ne peut être un hasard, même si le film semble s'en défendre, on constate que le thème des droits civiques est présent, même en creux, du début à la fin de ce film: Jackson, vedette du football, avoue lui-même n'avoir aucun avenir en dehors du sport, et tient un bowling fréquenté uniquement par des noirs. Ses rapports avec les blancs sont symbolisés par ces scènes durant lesquelles il sert son ami Hinkle, dévoué entièrement corps et âmes. Sa seule récompense sera de culpabiliser tant et si bien qu'il va mettre sa carrière en l'air. Mais au moment de s'avouer vaincu, Chester Purkey qui a compris que le point de faible de Hinkle, c'est son amitié avec Boom Boom, va se lancer dans une diatribe ultra-raciste, qu'il semble ne pas avoir eu trop de mal à improviser, afin de provoquer la colère de Hinkle: celui-ci lui envoie un coup de poing qui prouve qu'il n'est pas paralysé... Tous les coups sont permis, bien sur, mais dans l'histoire, Jackson devient doublement victime: de ses égarements, puis de la duplicité des autres...

Au-delà des inégalités raciales, marque des années soixante dont Wilder a pu parfumer son film, c'est d'inégalité sociale qu'il est largement question dans ce film; on a bien un portrait au vitriol de la nécessité de s'élever, qui frappe d'autant plus qu'elle va de pair avec un manque total de décence: les deux personnes qui souhaitent s'améliorer, Gingrich et Sandy, sont absolument lamentables. La famille de Hinkle ne vaut pas mieux, mais manque singulièrement de substance. Il est intéressant de constater que Hinkle n'a que très peu de contacts avec eux, la plupart des scènes familiales le concernant étant passées avec Sandy ou Gingrich. A la fin, c'est avec Boom boom qu'il décide de passer du temps, réussissant à le remettre de bonne humeur, par le simple biais de la complicité. Si Hinkle est plutôt un médiocre, il est aussi plutôt sympathique, d'autant qu'il a su dire non à la voie tracée par son beau-frère, et ce au bon moment. Le révélateur, c'est soit l'évidente duplicité de sa femme, soit le traitement infligé dans les médias à Boom boom Jackson. Quoi qu'il en soit, il décide de redevenir un homme honnête, et s'en sort plutôt bien, le film se terminant sur Jackson et Hinkle, dans un stade vide, fraternellement unis en jouant avec un ballon. Si on n'a pas vraiment de message politique dans ce film, il est clair que la sympathie de Wilder s'est pour une fois assez clairement exprimée dans cette scène finale...

En dépit de ses qualités, le film peine à apparaître suffisamment clair, et on se demande parfois quelle est la cible du jeu de massacre cette fois. Mais même imparfait, il reste à n'en pas douter un film de Billy Wilder, qui plus est avec Jack Lemmon, et aura une descendance inattendue, dans la mesure ou le partenariat entre Lemmon et Matthau fera des petits, et pas seulement avec les deux autres films de Wilder qui les mettront en valeur. un duo de stars est né avec ce film attachant... qui n'aura évidemment pas beaucoup de succès en cette fin des années 60.

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Published by François Massarelli - dans Billy Wilder
26 décembre 2010 7 26 /12 /décembre /2010 16:18

On peut se poser la question de savoir si oui ou non ce film est une tentative pragmatique et raisonnée de gagner l’oscar du meilleur film, pour un metteur en scène qui avait eu beaucoup d’espoirs l’année précédente. Si ce n’est pas le cas, tant pis, ça y ressemblait beaucoup. Si c’est le cas, après tout, il a effectivement gagné…

Ray Milland incarne Don, un écrivain en mal de naissance (Il n’a que le titre de son premier roman, The bottle…), qui est alcoolique. Mais contrairement à bien des films didactiques, c’est un homme bien, il est malade, il n’est pas diabolique. C’est juste une victime, donc. Un angle d’approche pas forcément très répandu sur le sujet à cette époque… Don n’est pas tout seul, il vit avec son frère Wick (Philip Terry), tout son contraire, et il a une petite amie (Jane Wyman) , qui se dévoue de manière particulièrement impressionnante, si on tient compte du nombre de couleuvres qu’elle a à avaler. Le film nous présente l’expérience cathartique d’un week-end durant lequel Don va aller trop loin une fois de trop, et l’ouverture vers un lendemain meilleur.

Evacuons l’histoire et le coté Chronique de l’alcoolisme une bonne fois pour toutes : ce film relate, s’intéresse sérieusement à son sujet, mais selon moi l’intérêt est ailleurs. Dans le fait qu’on suive ici, à travers des journées d’un alcoolique, porté sur la dissimulation et le délire bien entendu, une périple chaotique, mais jamais incompréhensible ; ne cherchons pas ici de narration à la « Fear and loathing in Las vegas », par exemple. Wilder se laisse porter par deux courants : l’un plutôt réaliste, qui prend le parti de relater le tout avec l’atmosphère propre au film noir, que l’auteur de Double indemnity a du mal à quitter, et l’autre plus onirique, qui prend racine dans le cinéma Allemand, comme d’ailleurs tout un pan de la production de films noirs à l’époque. En gros, le film ressemble beaucoup à un de ces films Fox de la fin des années 40 dans lesquels certains cinéastes ont mélangé ainsi les styles… Mais le versant réaliste s’en tire mieux que le reste, notamment à travers les crises de Delirium tremens : celle à laquelle Don assiste à l’hôpital, durant laquelle il joue sur la confusion, les ombres, les apparitions de professionnels dont le calme blasé contraste avec la terreur manifestée par l’homme qui souffre, est d’autant plus efficace, terrifiante même, que la scène « vécue » par Don quelques minutes plus tard dans le film, qui voit intervenir des animaux (une souris, et une chauve souris pas toujours convaincante). Cette gaucherie qui nous empêche d’adhérer au film, se retrouve dans le mélange des personnages. Afin de rendre son Don sympathique, il fallait bien sur le voir vivre au milieu des autres vraies gens, et à ce titre, Jane Wyman, en sainte petite amie, est caricaturale, jusque dans son manteau de léopard, qui sert une fois de plus de petit caillou « Wilderien », puisqu’il est le symbole de leur rencontre, mais aussi de sa volonté d’en finir… Wick est un de ces personnages médiocres, que Wilder se refuse pour l’instant à prendre pour héros, mais ça viendra : un physique quelconque, des grosses lunettes, des airs moralisateurs et une raideur ridicule… Pour l’instant séparés, les deux frères (Le héros/ le ringard) seront plus tard réunis dans des films comme Sabrina ou Avanti. Un aspect plus intéressant de ce film, c’est bien sur la faune autour de Don, plus vivante, moins balisée : les barmen et commerçants, moralistes et souvent fins analystes de la chose humaine, qui fournissent à Don un écrin intéressant pour enchainer des aphorismes durant sa soulographie, et la dame de petite vertu (Sa profession ne fait aucun doute) qui a pour fonction si typique dansles films de Wilder d’assassiner le langage (« Ridic », au lieu de « ridiculous, etc, ce qui a l’effet d’exaspérer Don) tout en offrant le spectre de la tentation à Don, mais on se rend compte qu’elle vaut mieux que ça dans une jolie scène ou Milland vient lui mendier de l’argent, et l’embrasse. On s’attendrait à une baffe, ou même une remarque cynique, voire « professionnelle » de la part de la jeune femme, mais elle pleure, révélant une fragilité insoupçonnée dans les scènes qui ont précédé… La construction du film, faite de retour en arrière, et de narration en off à la première personne, est impeccable.

Bon, Wilder pouvait mieux faire : il le fera. Mais il a bien mérité son Oscar, admettons-le…

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Published by François Massarelli - dans Billy Wilder
26 décembre 2010 7 26 /12 /décembre /2010 16:15

Au sortir de son troisième film, Wilder se sent plus fort, et va pousser un pion décisif; c'est vrai que les années 40 sont l'age d'or du film noir, mais on dit ça aujourd'hui précisément parce qu'on a le recul ET les classiques. En 1944, après quelques films décisifs (Huston, Walsh, Hitchcock, ...), tout reste à inventer. Mais Double indemnity ressemble bien à un film-somme sur le genre: Wilder avait sciemment étudié ses classiques, notamment Hitchcock, et son chef-opérateur John Seitz lui avait emboité le pas. Le style de ce film est d'une grande classe, très réussi, et bien sur il ne manquera pas de commentaires pour aller jusqu'à subodorer qu'il est trop parfait, voire lisse: Trop appliqué... Tant pis: l'idée était de finir un film, pas de l'ouvrir aux quatre vents. Wilder cherchait à faire son Hitchcock, et pour quelqu'un qui souhaitait faire montre de ce qu'il pouvait faire, c'est une réussite sans précédent.

 


Au milieu de cette narration si classique, faite d'une dose calibrée au millimètre près de voix off, visions nocturnes, ombres, suspense parfait, érotisme suggestif et rasades d'alcool enfumé, il est toujours instructif de chercher la petite bête, celle qui rattachera ce film au reste de l'oeuvre de Wilder. Ca ne vous semble pas curieux de voir ce film, parfait exemple d'un film noir stricto sensu, totalement isolé dans la filmographie de Wilder? Et pourtant y-a-t-il plus Wilderien que Barton Keyes, interprété génialement (Sans aucun excès) par Edward G. Robinson? Il est le sujet du film, celui dont on ne verra que le versant public, avec la petite dose d'intime révélée à son ami-fils, Walter Neff. Si Robinson joue bien le sujet, le point de vue est systématiquement autre, passant par le biais de Neff, l'homme qui trahit son père, celui qui croit à la fois être la victime d'une femme fatale (C'est parce que tu le veux bien) et le maître de sa destinée: un loser, donc, qui se paie le luxe de choisir qui s'en sortira en jouant les protecteurs face à Lola et Zachetti. Neff, au nom trop anonyme pour être autre chose qu'un vulgaire homme, est parfait pour rejoindre la cohorte de andouilles Wilderiennes: les vulgaires, les minables: le Jack Lemmon d'Avanti avant de se libérer sous la pression amicale de Juliet Mills, par exemple, le Nestor Patou qui n'a pas encore succombé aux charmes d'Irma la douce, ou encore Bogart en has-been décalé dans Sabrina: tous ces gens auxquels on a envie de botter les fesses afin qu'ils changent. La différence avec ce Neff, c'est que lui, d'avance, est condamné, incapable de changer; il y aura plus de tendresse pour les autres, qui seront souvent "sauvés" par Wilder. Ici, point de salut, au-delà du lien sublime de tendresse qui lie Neff à son" Père" Keyes.

Phyllis Dietrichson: quel nom! encore une trace du grand Wilder, cette capacité à inventer les noms qui nous agressent, ou nous caressent, ou vous donnent tout de suite la clé de l'énigme. Le nom lui seul nous informe que cette femme est mal mariée, le nom de famille qu'il y a quelque chose à enlever... Barbara Stanwyck est unique dans le film noir par sa plastique imparfaite, je pense que c'est juste de dire cela: elle en est encore plus fascinante, mais l'exagération de ses traits par cette incroyable perruque, la vulgarité des détails soulignés par la mise en scène, le dialogue, la situation, le décor: la façon dont Wilder joue sur la quasi nudité au début du film, reprise immédiatement par la voix off de Neff. Elle est, plus que Neff qui ne succombe à cette escroquerie généralisée que parce qu'il le souhaite, le personnage qui se déguise, passage obligé d'un film de Billy Wilder; Mais Neff, lui, passe de l'autre coté du miroir, un monde, d'ailleurs ou les portes ne s'ouvrent pas du bon côté, comme on peut le remarquer dans une scène de suspense célèbre...

Autre chose frappante, c'est l'escamotage du corps: un homme meurt, mais on meurtre est vu au travers d'un visage, celui de la femme qui se tient à ses cotés, mais qui sait ce qui se trame. C'est un écho de la scène fameuse de la lampe dans le film précédent, et à partir de là, M. Dietrichson, la victime, va purement et simplement disparaître du film: une façon de nous dire à quel point ce personnage, méchant homme détestable il est vrai, n'a aucun intérêt: c'est un McGuffin.

Avec ce concentré de film noir, Wilder souhaitait obtenir son diplôme de mise en scène: c'est désormais chose faite. Il souhaitait un Oscar, il se contentera de nominations, et de l'adoubement d'Hitchcock soi-même...

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Published by François Massarelli - dans Billy Wilder Noir Barbara Stanwyck
26 décembre 2010 7 26 /12 /décembre /2010 14:42

His new job est donc le premier film pour la compagnie Essanay, et on sent que Chaplin a pu prendre son temps pour préparer ce film, qui renvoie directement au style établi chez Sennett dans The new janitor, mais fait cette fois l'économie des actes héroïques. Chaplin est donc embauché (Suite à une compétition avec Ben Turpin pour être le premier interviewé) par un studio de cinéma, pour être assistant accessoiriste d'abord, puis acteur (!). le film repose d'une part sur la dynamique de l'éléphant Chaplin dans un magasin de porcelaine, d'autre part sur l'observation: le metteur en scène, désormais son seul maître, s'en donne à coeur joie pour creuser des gags basés sur les situations liées à l'endroit. De fait, la mise en scène épouse, plutôt que le mouvement, la scénographie liée aux espaces: chaque partie du studio est d'ailleurs filmée d'un angle immuable, comme si Chaplin s'interdisait d'utiliser la caméra pour faire des digressions. L'ensemble est d'une grande lisibilité, et le montage lie de façon géographique chacun des lieux aux autres, les personnages sortant et entrant à droite et à gauche, comme au théâtre.

Une exception toutefois à l'immobilité constatée de la caméra: avec son nouveau chef-opérateur (Rollie Totheroh, qui restera jusqu'à 1948...), a utilisé une série de travellings lents, avant et arrière, appelés à l'époque "Mouvements Cabiria" en raison de leur présence remarquée dans le film épique du même nom de Giovanni Pastrone (1914). Une caméra qui bouge, ce n'est pas autre chose qu'une rareté chez Chaplin. Sa principale matière première, c'est l'acteur, et bien sur lui-même. Il est excellent, bien sur, vampirisant chaque plan, mais il a sur s'entourer avantageusement: parmi les acteurs, on remarquera Ben Turpin, l'acteur qui louche, qui a droit à un crédit à la même hauteur que Chaplin lui-même: on sent le metteur en scène à la recherche d'un partenaire, ce qui lui passera. Sinon, Charlotte Mineau joue la grande actrice (A tous les sens du terme) mais ne fera jamais suffisamment figure d'héroïne pour Chaplin, qui n'a pas encore trouvé la grande Edna Purviance, dont il fera son actrice principale sur un grand nombre de films. Leo White compose deux silhouettes, sur les deux bobines de ce film, et on le reverra sur la plupart des films Essanay. Bien sur, il convient de la mentionner: la dactylo qui travaille au fond de la pièce dans le premier plan, n'est autre que Gloria Swanson. Tous ces acteurs ont donc du suivre Chaplin à Chicago, y compris Swanson qui n'apparait que quelques secondes.

Ce film très sagement construit se démarque donc de la production Sennett par son absence de frénésie, presque par sa sagesse. le propos tend un peu à se perdre, on aurait aimé plus d'interaction notamment avec Turpin, mais il est clair que Chaplin a déjà une grande part de son style en mains, et il va bientôt pouvoir continuer à expérimenter, tout en affinant plus avant son personnage. Voilà quels vont être les enjeux de son contrat avec l'Essanay.

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Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin Muet
24 décembre 2010 5 24 /12 /décembre /2010 10:21

 

A serious man marque une grande première chez les Coen. Le film est le premier à raconter une histoire dans laquelle leurs racines Juives sont au premier plan, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'ils n'ont pas fait les choses à moitié, depuis le prologue en forme d'histoire Juive issue de l'inconscient collectif : Un couple marié, au XIXe siècle, se dispute autour de l'authenticité de la mort d'un voisin, avant que celui-ci ne frappe à la porte. Pour prouver sa théorie (Elle affirme qu'il est bien mort), l'épouse le poignarde, et "il ne se sent pas très bien". On n'en saura pas plus, sauf que la poisse satirique qui enveloppe l'anecdote va pour le reste du film rejaillir sur Larry Gopnik, un professeur d'université qui en cette année 1967, vit dans le Minnesota, au sein d'une communauté Juive qu'on ne quitte jamais de tout le film, et tout, depuis les coutumes (Le film est rythmé par l'approche d'une bar-mitsva) jusqu'au langage (Truffé de mots dont tout le monde semble comprendre le sens, sans qu'un non-initié ne s'y perde vraiment), confère à ce film réjouissant un parfum à la fois respectueux et auto-caricatural qui n'étonnera que ceux qui découvrent les Coen. Tout comme pour leurs autres films d'époque, Miller's crossing, Barton Fink, The Hudsucker proxy, O Brother where art thou ou The man who wasn't there, la maniaquerie de la reconstitution d'un monde est un présupposé indispensable aux Coen pour imposer leur vision, rigolarde et décalée.

Larry Gopnik, comme d'autres héros des frères Coen avant lui, a donc la poisse; qu'on en juge: il voit une famille Coréenne le menacer de poursuites judiciaires s'il n'accepte pas leur tentative de corruption afin de remonter les notes de Clive, leur rejeton; son fils lui pique des sous pour s'acheter des disques, voire des produits doucement illicites (Danny, le jeune fils dont la bar-mitsva approche, est l'un des seuls liens de ce film sis en 1967 avec le 'summer of love': il fume des joints, et il écoute du Santana et du Jefferson airplane); sa fille ne met plus les pieds à l'école, son frère invalide est obligé de rester avec eux, mais va leur attirer des ennuis en jouant sans réserves et en allant lutiner des filles dans le Dakota du nord (A Fargo, peut-être?)... Quant à son épouse, elle souhaite vivre avec un autre, et celui-ci passe son temps à prendre Larry dans ses bras pour noyer le poisson... D'où un doute sérieux et récurrent quant à son destin personnel, qui le pousse à consulter rabbin sur rabbin. Mais Larry aurait du le savoir: sa crise de la quarantaine, aussi bien active (Un moment, il a une tentation d'adultère) que passive (il en prend plein la figure), n'est rien qu'une marque communautaire: la poisse, il la partage, comme le prouve le nombre de morts soudaines et accidentelles sur son passage... le final est sans ambiguïté; alors que les nuages de la crise conjugale semblent s'éloigner, que le fils a bien, en dépit de son état second, assumé sa bar-mitsva et reçoit les félicitations de toute la communauté, les ennuis reviennent: une radiographie passée au début du film a semble-t-il des révélations à faire, le cabinet d'avocat consulté réclame des honoraires exorbitants, et une vraie tempête, Midwest-style, menace au loin...

Malgré tout cela, ultime trait d'humour noir, le générique annonce fièrement à la fin qu' "Aucun Juif n'a été maltraité durant le tournage"...

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Published by François Massarelli - dans Joel & Ethan Coen Comédie
23 décembre 2010 4 23 /12 /décembre /2010 19:13
Dans le chaos qui a suivi la débâcle de 1918, le cinéma n’a pas été le dernier a se faire le reflet des inquiétudes populaires aussi bien que des hésitations des classes bourgeoises. Malgré la richesse, pour ne pas dire la pléthore, aussi bien de films que de talents que de styles et genres explorés durant ces années d’or, on retient surtout un mot, un film, et ses conséquences plus ou moins comprises. Vrai, Le Cabinet du docteur Caligari a bien été une révolution, l’explosion d’un nouveau genre, mais l’insistance des critiques a nommer tout ce qui vient d’Allemagne « film expressionniste » lui donne une importance inattendue, et une paternité qui n’a rien de concret : après la vague de cinéma « Expressionniste » née immédiatement de l’effet Caligari (Lui ont emboîté le pas Wegener et son Golem par exemple, en atténuant considérablement l’expressionnisme de ses costumes, et en refaçonnant l’extrême exagération des décors, ou encore dans un autre genre Le cabinet des figures de cire, de Paul Leni, en 1923), d’autres films ont exploré d’autres voies : Nosferatu, film fantastique, tourné en décors naturels, ou encore la trilogie du Kammerspiel, autour des scénarios de Carl Mayer pour Murnau (Le dernier des hommes) et Lupu-Pick (Le rail, La nuit de la St-Sylvestre) sont encore des films d’un autre genre. Et Lang ? Si le cinéaste s’est toujours déclaré avoir été à la base de Caligari, il faut reconnaitre que son cinéma en ces années charnières (Je parle ici des années 1919-1923) est dominé par le feuilleton (Mabuse, Die Spinnen), par un certain sens du mélodrame(Das wanderne Bild, Die vier um die Frau) et par une version toute personnelle des déformations de l’expressionnisme (Der müde Tod/Les trois lumières), ce qu’on peut d’ailleurs aussi dire du Lubitsch de La poupée, et de la Chatte des montagnes … Au milieu de ce qui est un kaléidoscope de formes, de genre, d’expérimentations dont les meilleurs exemples sont encore à venir, apparait un cinéaste qui va d’abord se livrer à sa propre vision des formes expressionnistes : Der Schatz (Le trésor) est en 1923 un film très marqué par Le cabinet du docteur Caligari, qui nous conte une intrigue assez proche des drames paysans de Murnau, mais dont le cadre volontiers distordu et le jeu volontiers outré de certains acteurs renvoie à cette tendance décidément envahissante du cinéma Allemand… Et pourtant, on verra, encore aujourd’hui, des critiques qui mettent tout cela dans le même panier : même des films aussi éloignés de l’expressionnisme que Loulou (Pour rester chez Pabst ) ou Tartuffe (Pour saluer le plus grand selon moi de tous ces cinéastes) se verront ainsi esampiller "expressionistes" par facilité, de façon aussi stupide que ces gens qui vous demandent si vous ne regardez que du cinéma en noir et blanc ou si vous aimez les autres genres. Voila pourquoi je me suis amené à me demander ce qui peut bien rattacher Die freudlose Gasse (la rue sans joie) de Georg Wilhelm Pabst à l’expressionnisme. Parce que sinon, je pense qu’il vaudrait mieux aller chercher du coté du mélodrame, ou même à un hypothétique « naturalisme », puisque sans surprise, au-delà de quelques décors stylisés, qui n’ont que peu de points communs avec les décors totalement faux et esquissés du fameux film de Robert Wiene, au-delà du jeu outrancier et en roue libre de quelques moments-clés de la performance de Valeska Gert, au-delà enfin de la noirceur de l’ensemble, du tournage en studio ou de l’utilisation du clair-obscur (Presque tout le film se passe de nuit, dans une seule rue), on est bien loin de l’expressionnisme, en effet. Mais le film est une somme. Loin de la rigueur paralysante des expériences de Mayer, qui souhaitait se passer notamment des intertitres, ou de la mégalomanie d’un Lang qui souhaitait construire (Metropolis) ou reconstruire (Mabuse, Die Nibelungen) des mondes, Pabst se repose sur des acquis dans lesquels on peut voir une certaine tradition populaire du cinéma, également incarnée par Lang à cette époque avant qu’il ne reconstitue le Walhalla en studio… on peut aussi y voir soit l’influence de Stroheim, soit un conception simultanée à celle du grand cinéaste Américain, qui à cette même époque s’investissait dans un cinéma romanesque et fleuve : La rue sans joie, avec ses 15 personnages dans un lieu unique, égrène quelques jours de ces destins croisés, et se rapproche d’un Greed à l’Allemande : il partage avec lui, et avec L’argent de L’Herbier, un autre chef d’œuvre du muet, le thème de l’argent justement ; mais chacun des ces trois films a su prendre une route différente. En tout cas, voici définie pour ce film exceptionnel de Pabst une place qui dépasse bien sur le cinéma Allemand, et qui renvoie plutôt à l’idée qu’on se ferait d’un cinéma muet Européen, dont il serait bien sur l’un des fleurons, expressionniste… ou pas.

Bien que le cinéaste, avec son goût pour les histoires situées dans les bordels ou qui en viennent (Voir à ce sujet L’Atlantide, L’opéra de quat’sous, Le journal d’une fille perdue et Loulou, excusez du peu), passe pour un dur à cuire, La rue sans joie, à la base, est un mélo. Mais contrairement à bien des œuvres du genre, qu’elles soient signées Griffith, Borzage ou Stroheim, ce film est choral : je sais, il y a un phénomène de mode derrière ce genre passe-partout, mais force est de constater qu’avec sa rue Melchior, ses personnages et leurs destins qui s’y croisent, le qualificatif est très approprié : le film nous conte, en quelque jours, la vie d’une rue à Vienne en 1921, en pleine inflation galopante, à travers les vies entrecroisées de quelques protagonistes : des petites gens, interprétés notamment par Asta Nielsen, Greta Garbo, des bourgeois ou assimilés (Henry Stuart, Agnes Esterhazy), les deux incontournables « notables » de la rue, un boucher interprété par Werner Krauss et la propriétaire d’une boutique de mode (Valeska Gert) qui se transforme la nuit en une boite de nuit très en vue, à l’intérieur de la quelle les jeunes filles qui veulent s’en sortir trouvent toutes à qui parler. Le boucher utilise également ces méthodes, en permettant aux jeunes femmes sans le sou de coucher avec lui contre de la viande. Un personnage joue un peu le fil rouge, Canez, un diplomate étranger interprété par Robert Garrison, qui oscille de bouge en bordel, tout en se frottant à l’essentiel de la bonne société, en étant à certains moments le principal suspect d’un meurtre, et à d’autres le protecteur du personnage interprété par Asta Nielsen. Les intrigues tournent autour de la pauvreté, vue de trois points de vue différents : les pauvres et très pauvres, qui n’ont pas d’argent ou sombrent dans les ennuis suite à de mauvais choix ; les bourgeois, qui sont conscients de la fragilité de leur statut, et qui tentent d’en avoir toujours plus, ou d’asseoir mieux leur position, et enfin les deux brigands qui régissent ce petit monde, l’un en fournissant la viande, l’autre en procurant du plaisir. Ces deux personnages sont très impliqués dans la structure de l’ensemble, classiquement construit en 9 actes, suivant l’habitude du cinéma Allemand et Scandinave. Krauss joue un rôle de premier plan dans le premier acte, servant l’exposition du film, en établissant clairement les conditions dans lesquelles vivent les pauvres gens, victimes d’un odieux profiteur ; il revient au dernier acte pour fournir un point d’orgue salutaire à tout le film, et on l’apercevra entretemps plus qu’on ne le verra, lors par exemple de ses visites au « Salon » de Frau Greifer, dont il est bien sur un client assidu. De son coté, la Greifer est très présente tout au long du film, ne serait-ce qu’en raison de sa mainmise sur le vice local, mais aussi parce que son lieu de rendez-vous est incontournable, et qui plus est la « boite de nuit » est au rez-de-chaussée de l’immeuble ou vivent Garbo et sa famille. Garbo et Nielsen sont par ailleurs les héroïnes du film : l’une jamais nommée(Nielsen) s’enfuit de sa famille, lasse de la pauvreté, et effrayée de n’avoir d’autre destin que de devoir coucher avec le boucher pour avoir le droit de manger. En chemin, elle va devenir la maitresse de Canez, le témoin-clé d’un meurtre dans lequel son vieux fiancé Egon est trempé, et une figure sacrificielle importante de l’intrigue. De son coté, Garbo incarne Grete, la fille d’un fonctionnaire qui a cru s’élever en jouant en bourse, a perdu son travail, et voit dépérir ses deux enfants. La plus grande va donc , suite à son licenciement (Elle s’est refusée à son patron) se tourner vers la Greifer afin de subvenir aux besoins de sa famille. Au-delà de l’absurde de la situation (Elle quitte son emploi la tête haute, mais va échouer dans la prostitution quand même.), le personnage est très soigné, et sa descente aux enfers, moins contrôlée que celle d’Asta Nielsen, donne une légitimité mélodramatique au film. Une autre intrigue, autour d’Egon, et d’une jeune fille de bonne famille qui lui dit ne pouvoir l’accepter que lorsqu’il aura fait la preuve de pouvoir à n’importe quel prix devenir riche, se greffe plus ou moins sur ces éléments, et va fournir l’essentiel de la partie « policière » du film : une jeune femme de la haute société a été assassinée lors d’un rendez-vous amoureux à coté de chez la Greifer. Or on sait, et Asta Nielsen le sait aussi, que Henry Stuart (Egon) était son amant. Voilà les grandes lignes d’un script qui malgré la multiplicité des sous-intrigues, coule tout seul et maintient l’intérêt du début à la fin. La multiplicité fait d’ailleurs tout passer, et on a tellement de mélodrames potentiels, qu’on se situe tout de même en plein symbolisme : voici un monde en crise, qui ne va pas pouvoir échapper au final, aux flammes de l’enfer…


Malgré cet aspect, le symbolisme se colore fortement de naturalisme ; d’abord, le boucher qui offre son début et sa fin au film, ce petit roi local, permet à Krauss de composer une silhouette à la Stroheim, picaresque et vulgaire en diable. Et puis, le film baigne dans une reconstitution contemporaine dans laquelle on évite les toilettes trop belles pour les jeunes femmes pauvres, il y a d’ailleurs un jeu essentiel autour du vêtement : n’oublions pas que la reine-maquerelle des lieux est modiste, cet élément aura de l’importance. Le discret décor parfois impressionniste se pare malgré tout d’un certain réalisme, et on voit que l’escalier tordu (Qui monte au septième ciel ?) est authentique malgré ses aspects caligariens, lorsqu’à plusieurs reprises les prostituées le gravissent, seules ou accompagnées. Et puis, même si le film est situé à Vienne en 1921, on imagine que la rue Melchior aurait bien pu être à Berlin en 1925… Mais là ou Lang, par exemple, situe ses films dans une réalité à peine déformée, force est de constater que dans Le Docteur Mabuse, on ne va dans les milieux populaires que lorsque les héros s’encanaillent ; ici, on ne quitte pas la rue Melchior, et dès qu’on y est en pleine nuit, on y croise la file des gens qui attendent le lendemain en faisant, à tout hasard, la queue chez le boucher. Et là, on revient au symbolisme…

L’une des principales forces du film, et la principale cause de la censure dont il a été victime, reste l’érotisme de La rue sans joie. Un érotisme assez particulier, fait d’un mélange de suggestion (Tous les actes sexuels du film sont bien sur hors-champ, depuis le viol « consenti » dans l’arrière boutique de la boucherie, entendu mais pas vu par Asta Nielsen, décidément un témoin en tous les domaines dans ce film, jusqu’à la possession de Nielsen par Canez, dont la face grimaçante emplit tout l’espace du cadre quand il s’approche d’elle.), de divers actes manqués (Le patron de Grete lui fait un chantage, un garçon de chez Greifer poursuit la jeune femme dont il est amoureux lorsqu’il l’aperçoit dans une robe très suggestive), et surtout de vêtements. Ces derniers, en effet, déclinent une sorte d’état des lieux des personnages quant à leur situation en matière de sexe ; au début du film, les deux jeunes femmes qui vont chez le boucher sont toutes deux habillées de vêtements noirs, bas noirs, chaussures simples. Elles n’ont aucune intention préalable d’avoir des rapports, mais l’une d’entre elles cédera au boucher, à la sauvette, et l’autre (Nielsen, donc) s’enfuira. Une fois revenue de tout, ele cède aux avances de Canez, qui symboliquement, lui donne une robe, dont il insiste qu’elle ne recouvre pas les épaules de la jeune femme, et les dévoile lui-même d’un geste ferme. Elle portera du reste un costume d’une grande sophistication, mais transparent : sorte de reflet de sa soumission, qui est en grand contraste avec l’absence d’émotions dont elle fait désormais preuve. De son coté, Grete a cru son père quand celui-ci lui a annoncé avoir gagné une fortune en bourse, elle a donc été chez Greifer pour s’acheter un manteau de fourrure ; à cause de ce dernier, son patron la prendra pour une fille facile, provoquant alors son licenciement après avoir tenté sa chance. Grete ne se départira jamais de ce manteau, le confondant avec sa dignité ; il aura pourtant été sa chute, et elle troque dans les dernières scènes contre un autre habit, également fourni par la Greifer : une robe très déshabillée, au dos nu, et qui lui dévoile une bonne partie des seins ; on sent d’ailleurs la jeune Garbo particulièrement gênée. Les prostituées, danseuses, et autres aperçues chez Greifer, dans les coulisses par Grete le jour de son « entrée en fonction » sont d’ailleurs toutes habillées, mais d’étoffes légères et parfois transparentes, de vêtements amples, et Valeska Gert elle-même porte une tunique échancrée : on le voit, les habits dévoilent plus qu’ils ne cachent, et accompagnent la déchéance de l’héroïne. Deux scènes ressortissent d’un érotisme plus classique, et donc moins habillé : l’une, sans doute perdue mais représentée par une photo, nous montre trois danseuses nues, dans un tableau vivant chez la Greifer. La scène serait anecdotique si elle n’était suivie immédiatement d’un plan ou Grete, dans sa fameuse robe, se contemple dans trois miroirs… Ce type d’écho est utilisé occasionnellement par Pabst pour donner du liant : ainsi, au plan de la foule qui applaudit à tout rompre les attractions proposées chez Greifer, Pabst fait-il suivre un plan de la foule qui se masse dehors en attendant des jours meilleurs. Dernière séquence « érotique » dont nous discuterons, le flash-back du meurtre, qui intervient vers la fin : Asta Nielsen a vu dans une pièce à coté de celle ou elle se tient, un couple : Egon, le jeune homme qu’elle aime, et Lia leid, l’une de ses maitresses. Celle-ci est vue de dos, et le dos est nu, et très éclairé : impossible au spectateur de regarder autre chose. Les plans qui suivent le départ d’Egon ne cadrent que le profil de la jeune femme qui se dénude(Elle enlève ses bijoux), elle est un buste à la blancheur diaphane… mais derrière elle, les mains d’une femme s’approchent, et un fondu au noir termine la scène : l’espace d’un instant, Pabst a joué avec la nudité, mais il s’est ravisé, et c’est la mort qui l’emporte. Le sexe pour échapper à la faim, la mort pour se venger du sexe, et au final le feu pour nettoyer tout ça.



Le destin du film a été celui d’un grand nombre de films Européens, exportés, remontés, censurés… Aucune copie complète n’a survécu, et toutes les copies possédaient de sérieuses différences, avant cette restauration enfin « achevée » en 2009. Je mets les guillemets afin de rappeler que le destin de cette reconstruction est fragile : tout comme Metropolis, on ne sait pas jusqu’à quand cette version fera autorité ...
En attendant, on peut donc passer 2 heures 30 en compagnie de ce film, dont décidément je ne me lasse pas. On a le sentiment qu’en réduisant les ambitions d’un film à 15 personnages et à une rue, Pabst a un peu accompli le type de prouesse qu’aurait souhaité accomplir le Stroheim de Greed ou de Foolish Wives… ses acteurs, dans l’ensemble jouent assez juste, sauf Valeska Gert, mais le metteur en scène la laisse volontiers faire ses excentricités ; après tout le personnage doit avoir bien vécu pour en arriver là ou elle est ; les mimiques de Gert suggèrent une vie intérieure effrayante. Des deux actrices les plus remarquées de ce film, à savoir Nielsen et Garbo, celle qui est sur la pente descendante (Asta Nielsen, dans son dernier film) est éclipsée par le jeu instinctif de la deuxième. Chez Stiller, Greta Garbo était une poupée dans les mains de son metteur en scène, ici, Pabst en a fait une actrice, dont le beau visage triste nous aide à choisir une bonne fois pour toutes notre camp : ce film s’indigne et nous invite, nous enjoint à le suivre, et pour ma part, ça marche. Je sais que cette manipulation est d’un autre âge, mais j’y souscris, totalement et sans réserves.

... Voila pourquoi j'aime Die freudlose Gasse.

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Published by François Massarelli - dans Muet Asta Nielsen Georg Wilhelm Pabst 1925 Greta Garbo *