Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 16:12

Donc, pas content de son premier court métrage personnel The high sign, qu'il juge imparfait, Keaton réussit à obtenir de son ami et producteur Joe Schenck de retourner au charbon, pour faire un film qu'il sortira en premier: il veut marquer le coup, et promettre au public du solide. Il obtient, avec One week, du TRES solide. C'est même parfait: sorti en France sous le nom un  peu impropre de La maison démontable, One week ne fait pas mentir son titre original, et utilise pour structurer le film un calendrier qu'on effeuille, et dont la première image est justement le premier plan du film. Cet accessoire temporel et chronologique s'avère aussi être un symbole de domesticité, et ça tombe bien, puisque la suite nous conte les aventures de deux jeunes mariés, Keaton et Sybil Seely, qui se voient offrir à l'issue de la cérémonie un cadeau très pratique: une maison préfabriquée. Mais l'ancien petit ami éconduit de la jeune femme se venge en intervertissant les numéros des caisses qui contiennent les éléments de la maison afin d'en rendre la construction  hasardeuse... 

 

Le film n'a pas la moindre graisse, et Keaton utilise la maison pourtant difforme et biscornue au grand bénéfice d'un film qui avance logiquement sur ses 22 minutes, truffé de gags sans qu'aucune scène soit indigeste, et le tout joué avec précision par les acteurs. La maison fournit un grand nombre d'occasions pour les gagmen de s'en donner à coeur joie: On sait que l'équipe de Keaton était composée de fameux virtuoses, Keaton, Eddie Cline et Clyde Bruckman en tête, mais l'occasion de se laisser aller tout en restant logique et réaliste, avec un sujet pareil, était trop belle: la maison a donc, à l'étage, des portes qui s'ouvrent sur l'extérieur, les accessoires de cuisine sont aussi à l'extérieur, les fenêtres semblent tout droit sorties d'un film expressioniste Allemand, etc... Chaque séquence exploite une pièce ou une particularité de la maison qui rend fou, et on appréciera l'ingéniosité de Keaton, qui trouve des solutions quelquefois inattendues, toujours excentriques mais aussi toujours géniales...

 

Les actrices des films de Keaton sont généralement oubliées, parlons donc de Sybil Seely, celle qui a à mon sens le mieux réussi à incarner la partenaire de Buster dans certains de ses films. Ce n'est sans doute pas une grande actrice, mais elle est physiquement une réponse idéale à Keaton, petite, aux traits simples, et aux gestes sans exagération. Keaton et son partenaire Eddie Cline la dirigent à la perfection, elle partage le temps de pellicule avec Buster, et le couple est plausible du début à la fin. Bien sur, c'est au mieux une ravissante idiote, mais le film offrant l'image physique de la désagrégation littérale du confort marital, sous le couvert de cette maison sans queue ni tête, c'est d'autant plus approprié... D'ailleurs, la plupart des films de Keaton s'intéresseront plus à la séduction avant le mariage qu'à la vie commune. Le couple, toutefois, fait front, et j'aime particulièrement le plan qui voit les deux jeunes mariés se réveiller au lendemain de la tempête, après avoir passé la nuit dehors, dans l'impossibilité de rentrer dans cette maison-derviche... nous voyons l'effet de la tempête sur la maison, encore plus biscornue qu'avant, mais eux vont se retourner pour la voir, et tombent dans les bras l'un de l'autre. Durant ce film, Sybil fait donc comme son mari, elle construit cette maison sans trop se poser de questions sur le résultat obtenu, commettant parfois des digressions en dessinant des petits coeurs sur le mur de la maison. Elle offre même à Keaton un gag lié à la nudité, le seul passage franchement absurde du film, puisqu'elle demande littéralement au caméraman de cacher l'objectif pendant qu'elle sort nue de la baignoire afin de rattraper le savon... De son coté, Keaton prouve à quel point il sait habiter ses films physiquement, payant de sa personne avec la précision qu'on lui connait. chaque séquence recèle une trouvaille dans ce sens, et on verra avec plaisir la progression des tâches physiques à accomplir, de plus en plus difficiles, de plus en plus drôles aussi. Le point culminant est sans doute le moment ou cette maison tourne sur son axe à la faveur d'une tempête, et Keaton cherche à y entrer, en visant la porte, mais ratant son coup un certain nombre de fois; parmi les autres gags les plus notables, on remarque une préfiguration du plus fameux moment de Steamboat Bill Junior (1928): un pan de mur tombe sur Keaton imperturbable: la fenêtre lui permet d'être indemne. Dans un ordre d'idées équivalent, Joe Roberts arrive à la maison avec un piano, et le jette littéralement sur Buster, qui reste coincé pendant quelques instants. Ca a l'air très réel, et ça l'est probablement.

 

Le film est aussi célèbre pour une fin très accomplie (Et qui reviendra plus d'une fois tant elle impressionnera), dans laquelle Keaton montre son talent pour l'accumulation de situations: une fois qu'ils ont appris que la maison est construite au mauvais emplacement, le couple tente de la déplacer, et la maison se retrouve coincée sur les rails. A l'horizon, un train se profile... jetez-vous sur le film, je n'en dirai pas plus.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Buster Keaton Muet
8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 11:04

Pour François Truffaut, le fait d'associer "cinéma" et "Grande-Bretagne" était impossible. le bonhomme mobilisait généralement toute sa mauvaise foi (et il en était franchement bien pourvu) pour dénigrer aussi souvent que possible le cinéma Britannique, à l'exception bien sûr des films d'Hitchcock...

 

Sans être nécessairement de la même importance que les films d'Alfred H., A cottage on Dartmoor est pourtant un bien bel essai, relativement typique de la fin du muet dans ses recherches (Montage "à la Russe", lumières, caméra très mobile...) et la dilatation du temps qui doit beaucoup au cinéma Allemand, puisque finalement au bout de 90 minutes, il y a eu relativement peu de scènes à voir, mais certaines sont gonflées pour épouser le point de vue du personnage principal et de sa souffrance. Le plus remarquable tient selon moi dans les efforts déployés aussi bien par le réalisateur que par les acteurs pour donner à voir des sentiments, des pensées, sans avoir recours à un arsenal de jeu académique, sans non plus tomber dans l'excès Veidtien: à ce titre, la participation de Hans Schlettow (Qui sous un nom plus aristocratique a participé à plusieurs Lang) est remarquable, puisqu'il incarne avec une certaine retenue le personnage principal, celui dont on apprendra assez vite qu'il est dangereux: il vient de s'évader, avec la seule motivation d'achever l'homme à la vie duquel il avait attenté, ainsi que de tuer la compagne de celui-ci, dont il croit qu'elle l'a trahi. Malgré le poids de toutes ces données, il parvient à rendre le personnage sympathique et humain. Norah Baring, qui tournera l'année suivante dans Murder de Hitchcock, est également remarquable, prenant en charge les ruptures de ton avec un visage mobile et très inhabituel: une scène, au début du film, la voit filmée dans une relative obscurité, recevant la lumière de coté. Lorsqu'elle entend un bruit, son visage s'immobilise, et on passe en une fraction de seconde d'une émotion à l'autre: l'éclairage a été choisi en fonction des deux expressions de l'actrice, et l'effet dramatique est saisissant. Norah Baring incarne l'objet du désir, sans jamais tomber dans le jeu de la femme fatale: c'est juste une brave fille de la classe ouvrière, cette classe que décidément le cinéma Anglais n'a jamais cessé de nous montrer à cette époque, chez Hitchcock, Elvey, ou chez Dupont. 

Le film tire également sa force d'une construction en flash-back des plus dynamiques: Lorsqu'il arrive à la maison ou se trouve la jeune femme et son enfant, seuls, celle-ci voit l'évadé, et un mouvement de caméra soudain sert de transition vers une scène qui s'est déroulée dans le passé, et qui va tout expliquer. Le doute sur ce qui va réellement se passer, aussi bien dans le flash-back que dans l'ensemble du film, sert de fil rouge et de fil conducteur à un suspense bien mené.


Petit plus, certainement très remarqué à l'époque, ou on appréciait les montage à la Eisenstein, Asquith se paie la fiole du cinéma parlant, en nous montrant une séance, au cours de laquelle Joe (Schlettow) épie les deux autres personnages à leur insu; Asquith nous montre le public conquis par l'orchestre qui accompagne la projection d'un Harold Lloyd, leur enthousiasme (Schlettow, lui, ne regarde que les deux autres, il ne regarde pas les films), et leur dispersion lorsque les musiciens s'arrêtent de jouer, pour boire de bières et attendre: on n'a plus besoin d'eux, le film est parlant: le public est divisé, plus personne ne réagit comme son voisin, une dame sourde ennuie sérieusement sa voisine en lui demandant constamment de lui expliquer le film, un amateur enthousiaste applaudit et se fait rabrouer, certains pleurent, d'autres rient... l'étape suivante dans cette direction, c'est bien sur la fameuse scène d'ouverture de City Lights... Et à propos de son, je n'en fais pas une habitude, mais la partition (exécutée au piano) est un modèle du genre dans ce film qui, s'il n'est pas forcément indispensable, est malgré tout une belle révélation, et il enfonce le clou: oui, il y a des choses à prendre chez les Anglais, y compris en matière de cinéma...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Anthony Asquith 1929 *
8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 10:24
Bien qu'il soit sorti en avril 1921 après d'autres deux-bobines, c'est le premier film de Buster (Et Eddie Cline, son alter ego-assistant-coréalisaeur), qu'il a trouvé suffisamment insatisfaisant pour le mettre de coté pendant un an. On sait qu'avec son passage à la réalisation Keaton reprenait en fait le flambeau de Roscoe Arbuckle, qui était parti pour tourner des longs métrages. Ce passage de témoin était naturel, puisque Arbuckle a toujours laissé ses partenaires mettre la main à la pâte dans ses courts, mais Keaton a d'emblée choisi un sentier moins franchement chaotique que son mentor et ce petit film est un début plus qu'encourageant. Bien qu'il se cherche encore, et n'a pas encore fixé sa "troupe" (L'actrice Barkine Burkett, par exemple, ne retournera pas avec lui, et l'imposant Joe Roberts, qui reviendra souvent pour jouer les "heavies", jusqu'à 1923, avec un rôle aussi important que, disons, l'immense Eric Campbell dans la série des films Mutual de Chaplin, n'est pas encore là), le film est nettement plus cohérent que pouvaient l'être la plupart des 2 bobines de Roscoe. 
High sign tourne autour d'une intrigue délirante basée sur le quiproquo suivant: Buster est engagé à la fois par une "mafia" (Les Blinking Buzzards) qui envisage la suppression du riche Nickelnurser qui les a déçus en refusant de payer un tribut, et par la victime potentielle elle-même, les deux parties étant persuadées d'avoir affaire à un tireur d'élite. Aux sempiternelles deux parties des courts d'Arbuckle, Keaton oppose un film construit à la façon d'un mini-long métrage, dans lequel les digressions surréalistes (Y compris des jeux langagiers, dans les intertitres: les "Blinking buzzards" sont un prétexte à un festival de mots en B, qui trouve un écho dans le nom de l'homme riche qui est leur cible, avec son évidente alitération en N.) s'intègrent bien mieux.
 Keaton est déja parfaitement à son aise en matière de mise en scène: pour lui, tourner un film, c'est utiliser l'écran en pliant le cadre à ses exigences; il pense ses séquences autour d'un décor, et dans ce film il intègre la profondeur de champ à ses gags, lorsqu'il fait courir un personnage vers le fond du champ par exemple. Chaplin en 1920/21 pensait encore en terme de déplacements horizontaux, mais Keaton utilisait tout l'espace, et se libérait des entraves du studio en baladant ses acteurs de terrain vague en fête foraine: il en résulte le sentiment d'une grande liberté dans ce film (pourtant encore sage): on voit de plus ses singuliers talents d'ingénieur déjà à l'oeuvre lors du final de ce film, une bagarre généralisée entre les bandits et la famille de la victime dans une maison entièrement truquée, truffée de trappes et de pièges divers. Un ballet magnifiquement réglé. Mais Keaton n'était pas content, estimant avoir abusé de gags faciles, alors il a tourné One Week pour qu'on voie de quoi il était capable. Si One week sera en effet un grand film, celui-ci vaut bien mieux que l'auteur voulait nous faire croire. Son principal problème, avec ce film, tenait dans son impression d'avoir escroqué le spectateur en lui faisant croire qu'il allait glisser sur une peau de banane, la scène se concluant sur un pied de nez de l'acteur à son public. Pour moi le gag non seulement fonctionne, mais est aussi très Keatonien, relayé dans ce film par les nombreuses occurences du signe cabalistique enfantin, par lequel les Blinking Buzzards se reconnaissent (et à en croire le film, les trois quarts de Los Angeles faisaient partie du groupe!), mais aussi dans ses autres films par diverses private jokes, tel le retour du chapeau porté par Keaton en 1920-23, dans une scène de Steamboat Bill Junior en 1928... Donc en mettant ce film de coté, l'auteur-acteur a probablement pêché, comme d'habitude, par excès de perfectionnisme...
Pour finir, une scène établit un lien, quasi ombilical, avec la série des courts de Roscoe Arbuckle par le biais d'un "cameo" (apparition non créditée): lorsqu'il s'entraine au tir, Keaton blesse accidentellement Al St-John, l'autre "poulain" d'Arbuckle, en fait son neveu, qui trainait avec son oncle sur les tournages depuis 1914, et qui se lançait dans une carrière solo lui aussi. Bien sur, il n'y a pas lieu de comparer les deux comédiens, mais ce genre de petit clin d'oeil amical nous rappelle qu'en plus d'être un cinéaste, Keaton était, aussi, un type formidable.
Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Buster Keaton Muet
8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 09:54

merryGoRound-imageDans la confusion qui entoure les circonstances du renvoi en 1922 de Stroheim de la Universal, les commentateurs ont beaucoup fantasmé. Il est vrai que les épisodes du feuilleton sont plutôt rocambolesques; le premier coup fut l’arrêt décidé par Thalberg du tournage de Foolish Wives afin de reprendre le contrôle de la production. Pour Stroheim, c’était une déclaration de guerre, mais il a sans doute cru à sa bonne étoile, ou à la protection de Carl Laemmle, donc pour sa production suivante, The merry-go-round, il n’a rien changé à sa manière, a même accentué ce que ses producteurs considéraient comme des idiosyncrasies, et n’a pas vu le coup venir, ou n’a pas voulu l’admettre: après la prise en charge de la censure par les studios eux-mêmes, on ne pouvait plus lui permettre les mêmes licences qu’avant.

 

Irving Thalberg, bien décidé à superviser la production, s’est bien vite arraché les cheveux devant la lenteur du tournage, due au soin maniaque apporté par Stroheim à chaque détail, et le nombre de plus en plus grand de prises pour chaque plan, aussi insignifiant soit-il. Il y a du Stroheim (Et du Curtiz aussi) dans ce réalisateur auquel s’oppose Kirk Douglas dans The bad and the beautiful… Le résultat de tous ces évènements fut le renvoi, au tiers seulement du film (du moins c'est ce qu'on estime aujourd'hui), de l’auteur-réalisateur, et son remplacement par Rupert Julian. Si le renvoi est une insulte à l’artiste, le remplacement par Julian ressemble à un camouflet au public, tant les deux hommes étaient opposés, en terme de talent, comme en terme de comportement. 

 

Ce renvoi spectaculaire ne fait qu’inaugurer une pratique qui sera courante dans les années 20, 30, 40, typique du mode de fonctionnement des studios. Si cette particulière instance est si souvent commentée, c’est aussi en raison du lien entre Stroheim et ses films : auteur, metteur en scène et inspirateur de The merry-go-round, Stroheim ne pouvait pas penser être un modeste employé d’une grande structure, il était un artiste. Il serait vain de prétendre que Thalberg a utilisé l’anecdote afin d’asseoir son pouvoir, il est plus sur qu’il ait été simplement excédé par les excès du metteur en scène. Mais l’affaire servira de jurisprudence, notamment à la MGM dans les décennies qui suivront: d’autres renvois célèbres, de Sternberg, Hawks, Borzage, Christensen, Stiller, Buchowetzki ou même Cedric Gibbons en font foi. Le renvoi fut pour les acteurs et techniciens amis de Stroheim l’occasion de montrer leur loyauté: Julian a du à son arrivée trouver un remplaçant pour Wallace Beery qui démissionna dès l’annonce du renvoi de Von, il eut aussi à faire face à une fronde et une grogne systématique des techniciens durant l’ensemble du tournage, et fut accueilli par l'acteur Norman Kerry, en pleurs, qui sans le regarder s’écroula en disant: «Oh, comme j’aimais cet homme». Il ne parlait ans doute pas de l’immortel auteur de The kaiser, beast of Berlin.

La Universal a donc pu montrer The Merry-go-round, 'de Rupert Julian', dont de nombreux critiques ont relevé les prouesses de mise en scène. Il a eu un grand succès, et Norman Kerry et Mary Philbin sont devenus des stars, certes de moyenne grandeur, mais appréciés.

Le scénario prévu par Stroheim était axé sur une exploration mélodramatique de l’Autriche de 1910 à 1918, pour montrer le tournant opéré sur les conventions sociales et les hiérarchies par la première guerre mondiale, permettant une nouvelle fois à l’auteur de créer la vision d’un monde malade de ses propres perversions et suffoquant sous le poids de ses conventions. Comme révélateur, Stroheim a choisi de s’intéresser à l’amour d’un aristocrate, Franzi, interprété par Norman Kerry, et d’une roturière, la foraine Mary Philbin, alors débutante. Les étapes du film l’amenaient à traiter son histoire, strictement chronologiquement, d’une façon feuilletonesque, en montrant progressivement l’évolution des sentiments des personnages. Il reste des bons moments, surtout dans la première heure qui est riche en scène réalisées par Stroheim. Les moments les plus crus (Une orgie humide - au champagne - chez la mère maquerelle interprétée par Maude George) et les plus ritualisés (Le réveil de l’officier, son bain, son habillage) portent sa marque, et Stroheim a placé ses pions: Dale Fuller, Maude George et Cesare Gravina reviennent, et un nouveau venu va faire partie de sa stock-company: Sydney Bracy, qui sera le plus souvent cantonné au rôle d’ordonnance : on le reverra donc dans The Merry Widow, et dans the Wedding March.

Compte tenu de l'histoire compliquée de son tournage, le film devrait souffrir d’un cruel manque de cohésion, mais passe assez bien la rampe aujourd’hui, sachant que le fonds de l’intrigue a été respecté. Mais la plupart des scènes de foire sont fades, tournées manifestement après que Julian ait remplacé Beery par George Siegmann. Celui-ci n’est pas mauvais du tout, mais la mise en scène manque d’imagination. La scène du meurtre de Siegmann par un orang-outang, située vers la fin du film, est nulle. Bref, les occasions de briller manquent à Julian... La morale du film, l’abandon du titre de comte par Kerry afin de se marier avec Philbin, sert néanmoins le propos du véritable auteur, même s’il n’en a jamais tourné la fin lui-même. D'ailleurs, à l’issue de ce tournage, Stroheim, qui pouvait par contrat prétendre à une citation au générique, a refusé d’être associé au film. Il était très occupé à préparer son prochain film, et malgré son renvoi, probablement gonflé à bloc: on allait voir ce qu’on allait voir !

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Erich Von Stroheim Muet 1923 Rupert Julian **
8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 08:22

Premier film Paramount, première réalisation en solo, première réalisation aux Etats-Unis, première comédie à la Wilder, aussi. On lira de-ci, de-là, les commentateurs parler au sujet de ce film comme du "premier Wilder". Ce genre d'approximations est rendu inévitable. Surtout que The major and the minor est à la fois un film d'une immense signification, et un modeste (presque) début; vrai, cette gentille comédie avec ses airs de ne pas y toucher, semble déjà porter en elle les germes de ce que sera la carrière du grand metteur en scène, son oeuvre, ses personnages, ses dialogues... Ses gags allusifs et sa petite manie (délicieuse) de mélanger le grandiose et le trivial, le sublime et le vulgaire. Après tout, l'argument fera des petits: une jeune femme, Susan Applegate, lassée d'essayer de percer à New York, et fatiguée des avances de vieux cochons auxquels elle prodigue des massages du cuir chevelu, choisit de repartir vers son Iowa natal, mais son argent ne le lui permet pas; elle se fait donc passer pour une enfant de douze ans, Sousou, et à la faveur d'une poursuite dans le train, se réfugie dans le compartiment du major Philip Kirby, instructeur d'une académie militaire, dans laquelle elle va rester environ une semaine: elle y aura fort à faire, repoussant les avances de cadets tous plus entreprenants les uns que les autres, et réalisant qu'il lui faut empêcher le mariage de 'son' major avec une abominable pimbêche, Pamela Hill. Son passé revient toutefois la hanter, puisque c'est un des vieux dégoutants auxquels elle a refusé de céder qui la reconnaitra et le dira à Miss Hill, justement...

Au delà des recours Wilderiens au sous-entendu et de l'inévitable obsession sexuelle de 80% des males (le reste de l'oeuvre portera ce pourcentage à 99% mais ici les plus obsédés sont des adolescents en uniforme, qui utilisent tous le même vieux trucs, prétexte à quelques allusions verbales réjouissantes), le mensonge et la dissimulation, accompagnés d'occasionnels déguisements ou inversion de personnages, reviendront en force: Some like it hot, bien sur, mais aussi Kiss me stupid, The private life of Sherlock Holmes, The fortune cookie, Irma la douce, et dans un autre genre Witness for the prosecution!


D'autre part, le film est vraiment un conte de fée, baigné évidemment dans l'Amérique de 1942 (Parmi les signes extérieurs de culture populaire, on remarquera le gag des élèves de l'école voisine qui se prennent toutes pour Veronica Lake, la passion pour Benny Goodman d'un jeune cadet doué en claquettes...), avec sa Cendrillon à l'envers, son prince charmant, sa grenouille : un véritable petit caillou, isolé durant le film par une des bonnes fées, Lucy, la seule à connaître la vérité: à douze ans, et très précoce, elle est passionnée de science et a isolé un têtard à fins d'expérimentation. A la fin, le don de cette grenouille à Susan va permettre la rencontre du Major et de la vraie Susan. Et le film a bien sur sa méchante fée; cette tendance reviendra chez Wilder, lui inspirant d'authentiques contes (Sabrina) ou des histoires plus détournées (Irma), mais les mélangeant toujours au vulgaire avec méthode et délectation.

La méchante fée, c'est l'abominable fiancée, Pamela Hill, flanquée en guise de balise d'un tic verbal: elle passe son temps à dire l'adjectif "Beguiling". Une manie qui permettra à Susan-Sousou de l'imiter efficacement pour se faire passer pour elle et accélérer la promotion voulue par Kirby. Par ailleurs, pour une femme qui vit dans un contexte militaire, le nom de Hill, renvoie à une colline à prendre: entre miss Hill et sa carrière de soldat, Kirby doit choisir sa bataille. Si Kirby est un nom neutre et vaguement sympathique, Miss Applegate, qui habite à Stevenson, Iowa, renvoie à l'Amérique profonde, celle qu'on retrouvera des années plus tard à Climax, Nevada, ou dans l'Arizona de Ace in the hole. Bien sûr, Applegate renvoie aussi à cette si Américaine denrée qu'est la tarte aux pommes, même si Mrs Applegate vend... des fraises.

Ainsi, film-matrice plus marquant que le sympathique mais brouillon Mauvaise graine, The major and the minor est-il un digne début pour son metteur en scène; cependant, si on prend plaisir à la comédie, certains aspects restent encore embryonnaires. Ginger Rogers, déjà revenue de tout, peine à aller au-delà de l'amertume d'une vie déjà vécue. On aura plus tard, plus d'affection pour les personnages à venir, et cette grande andouille de Ray Milland est plus attachant, finalement. Mais quelle naïveté! L'histoire ne tient pas vraiment debout, au-delà de son charme et de sa joliesse... Un moment durant lequel le cinéaste, avec la complicité de son chef opérateur Leo Tover, met Susan en danger, puisqu'elle a décidé de dire la vérité à son major, et s'est habillée en femme, la voit déambuler dans les couloirs désert, et peu éclairés de l'académie militaire, et bien sûr au lieu de rendez-vous, le major est absent, et Miss Hill, qui a flairé le pot-aux-roses, l'attend. la gravité affleure, et la lutte entre les deux femmes reste courtoise, mais la photo louche vers le noir... Cet aspect marquera durablement l'oeuvre de Billy Wilder, les trois films suivants en fourniront l'essence: Five graves to cairo, Double indemnity, The lost week-end, trois films noirs, dont un joyau, permettront à Billy Wilder d'enfin donner à sa verve sa vraie couleur, et de signer, toujours avec son co-scénariste Charles Brackett, des comédies plus graves qu'il n'y parait. A foreign affair, avec Marlene Dietrich, sera une meilleure introduction à la comédie selon Wilder: drôle, toujours. Caustique, bien sur. Mais surtout noire, noire...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Billy Wilder Comédie
7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 17:21

Donc, Blake Edwards nous a quittés, et comment dire, il y avait, le concernant, trois écoles. Des inconditionnels, des réfractaires, et des enthousiastes, prêts à défendre le bonhomme en cas de besoin, mais aussi prêts à reconnaitre que, comment dire, Curse of the Pink Panther ne valait pas tripette. J'appartiens a priori à la dernière catégorie, mais je n'ai pas encore vu tous ses films. Cela dit, il y en a un grand nombre que je considère comme des classiques, et sur lesquels je peux compter; j'y reviens, et y reviendrai encore souvent: The party, The great race, What did you do in the war daddy, Victor Victoria, 10, The pink panther, Experiment in terror, Days of wine and roses.. et Breakfast at Tiffany's.

Le film aurait pu être mis en scène par John Frankenheimer, mais selon Patrick Brion, Audrey Hepburn aurait mis son veto. On doit s'en réjouir; non que j'aie une dent contre Frankenheimer, je me dis juste que je ne l'imagine pas mettant en scène une telle comédie, d'une part, et que je suis parfaitement satisfait avec ce qu'Edwards en a fait: il se l'est approprié, envers et contre tous, en laissant chacun faire son boulot d'une part, mais aussi en ajoutant de façon spectaculaire son grain de sel inimitable. Les avis sont partagés sur ce film, mais j'avoue qu'il me transporte totalement, qu'il est, à lui tout seul, une autre planète...

Rappelons à toutes fins utiles l'histoire, celle de Holly Golightly (Audrey Hepburn), call-girl qui vit une vie joyeusement dissolue, seule avec son chat dans un chouette appartement, entre ses sorties avec des vieux messieurs. elle est à la recherche de "Mr Big": non le grand amour, mais le gros compte en banque; un jour, un nouveau voisin vient s'installer et débarque inopinément dans sa vie: Paul Varjak (George Peppard) est écrivain, mais il est surtout un jeune homme qui vit aux crochets d'une dame quadragénaire, mariée, et riche (Patricia Neal). Entre les deux, la complicité est immédiate, et ele va évidemment beaucoup plus loin que la seule amitié, mais Holly (son pseudonyme, on l'apprend durant le film) ne veut absolument pas s'engager, fuyant tout ce qui la fixerait dans cette existence.

Ce film prend sa source dans un roman de Truman Capote dont le propos était beaucoup plus risqué, avec des allusions à l'homosexualité. En réalité, ça n'a pas d'importance, la notoriété du film a dépassé celle du livre; il est devenu, clairement, un "véhicule" pour Audrey Hepburn, en même temps qu'un passionnant champ d'expérimentation pour le Blake Edwards des grands jours. Bien sûr, l'écrin est splendide, et le film est toujours envoûtant pour son coté intemporel, et la puissance de son esthétique, due autant à la grâce de miss Hepburn qu'à l'inventivité de Edith Head, costumière de luxe à la Paramount, qui a d'autant plus revendiqué ce film que sa contribution est cruciale; on s'y habille et déshabille beaucoup, devant nous, y compris dans un taxi à la fin! Le costume y définit les deux vies excentriques de Paul et Holly, lui enchaîné à sa maîtresse et les costumes qu'elle lui offre, et elle utilisant sa garde-robe comme une déclaration d'indépendance permanente. Le propos principal tient à mon sens dans deux scènes clés, la première étant celle durant laquelle, surprise, le mari de Holly, un habitant de l'Oklahoma qui la connait sous son nom de Lula Mae, vient la chercher, pensant naïvement la reprendre. Il l'a  épousée alors qu'elle avait 14 ans, et on s'attend à un développement façon Child Bride (le fameux film de "sexploitation") ou même Mountain justice, de Curtiz, ces films qui nous racontent la vie fruste des montagnards franchement arriérés; Mais à l'arrivée de Doc, son mari, Holly est réellement heureuse de le revoir. On pourrait accabler le mari, se dire qu'avec un départ dans la vie comme celui-ci, Holly ne pouvait que se fuir; on évite pourtant la dénonciation, pour entrer de plein-pied dans la question cruciale: mais qui est vraiment Holly? C'est la question à laquelle elle ne veut pas répondre, de même qu'elle met un point d'honneur à ne pas nommer son chat, dont elle assure qu'il aura un nom "quand elle aura son chez-soi, avec ses meubles". Autant dire jamais.

La deuxième scène est importante, à plus forte raison parce que c'est la fin du film, lorsqu'après un passage en prison (pour diverses raisons, savoureuses, mais passons) elle décide dans un taxi de libérer son chat, et voit fuir Paul excédé (en substance, il en a marre de ses excentricités), et comprend qu'elle l'aime et va devoir, enfin, se fixer, quel qu'en soit le prix. Très belle scène d'amour, avec l'ingrédient des grands jours, une pluie battante, et l'indispensable petite touche surréaliste: entre les deux amants, un chat trempé, qui se demande ce qu'il fait là...

Blake Edwards s'est approprié le film, qui par ailleurs ressemble beaucoup à une production Paramount de grande classe: couleurs splendides, production soignée, mais en prime, il y a l'humour décalé, présent en particulier dans la fameuse scène de la party chez Holly, au cours de laquelle le son passe totalement au second plan, pour favoriser les gags visuels, et George Peppard lâché au milieu de tous ces gens, tel un comique muet un brin décalé. On reverra ça chez Edwards, bien sûr, il n'empêche que la scène est superbe.

Et il y a le cas Mickey Rooney, interprétant un Japonais de carnaval, le sujet qui fâche le plus les gens à propos de ce film; Edwards a du batailler ferme pour maintenir ce personnage caricatural qui passe son temps à pester contre Holly et ses amis. Mais d'une part les gags (raciaux, donc) de mauvais goût sont tellement gros qu'ils confinent à une certaine forme d'absurde; ensuite, le coté loufoque sied assez bien à la vie dans une bulle sixties de Holly Golightly. Enfin, cela renforce par l'absurde la notion d'aliénation, qui est soit dit en passant au coeur non seulement de ce film, mais aussi de The party, Victor Victoria, The Tamarind seed, Days of wine and roses, Experiment in terror, et de tous ces moments de doute, de déguisement ou de mensonge dans les films de Blake Edwards... Par ailleurs, son sens de la comédie et son timing le poussent à réaliser de nombreuses scènes en plan-séquence, et sous sa direction sure et précise d'admirateur des prouesses burlesques, les acteurs font des merveilles. Audrey Hepburn, pour moi, n'a jamais été meilleure, y compris chez Donen ou Wilder.

Le charme indéfinissable de ce film doit sans doute beaucoup à l'impossibilité de le catégoriser de façon définitive, tant comme une comédie que comme un film sentimental; c'est comme toute l'oeuvre du metteur en scène qui ne s'est jamais cantonné dans un style tout en imprimant sa marque à tous ses films. La scène durant laquelle Paul se laisse suivre par "Doc" commence d'ailleurs comme une scène d'un film policier, avec la complicité de Henry Mancini (A ce propos, faut-il rappeler que ce grand film est aussi l'une des premières participations de Mancini à un film de Blake Edwards, et une partition superbe? on y trouve, en thème de générique, et repris souvent, dont une fois interprété par Audrey Hepburn, Moon River). Mais il est aussi un film très beau et qui propose un regard très humain sur l'aliénation d'un peuple tout entier tourné vers la réussite, et dont il nous conte les aventures de deux exclus, qui ont à un moment pris la tangente, l'une par la case Hollywood, avant la quasi-prostitution, et l'autre, un écrivain raté qui vit dans sa propre ombre, et a besoin de faux sentiments de femmes mures pour survivre. Un bien grand, noble et puissant sujet, pour un film inépuisable, qui commence par un petit déjeuner décalé, pris devant la devanture de Tiffany's, au petit matin.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Blake Edwards Comédie Audrey Hepburn
6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 08:45

Beaucoup des films muets de Lewis Milestone ont été longtemps perdus, ou difficiles d'accès, mais depuis quelques années, on a pu revoir quelques oeuvres plutôt intéressantes, voire excitantes. Trois films en particulier, qui datent de la période dorée de 1927 - 1928, nous permettent de juger de l'apport d'un metteur en scène qui a pu, en 1927, obtenir l'Oscar du meilleur réalisateur de comédies... C'était pour ce film.

 

Two Arabian knights (Produit par Howard Hughes, et distribué par United Artists) est situé entre deux films Paramount de 1926 d'un coté (Réalisés après un court passage par la Warner), et les deux autres films du trio mentionné plus haut, la comédie The garden of eden (1927) réalisée pour la Unitetd Artist avec Corinne Griffith, et le superbe film de gangsters The racket (Nominé aux Oscars pour la catégorie "meilleur film" en 1927/28), avec Thomas Meighan et Louis Wolheim, produit par Howard Hughes, mais distribué par Paramount. On peut ajouter à cette période clé deux collaborations pour lesquelles Milestone sera remplacé: par Ted Wilde, pour The kid brother (1927), avec Harold Lloyd, et par Sam taylor, pour Tempest (1928), avec John Barrymore. Si on compte les deux films pour lesquels il n'est finalement pas crédité, mais dont il est généralement dit qu'il a eu un apport important, sur l'un comme sur l'autre (et on constate sur Tempest en particulier qu'il a réussi à imposer son acteur fétiche, Louis Wolheim), on a donc les 5 derniers muets de Milestone, tous sur une période de deux ans, et bien des styles de films différents, du film de gangster à la comédie en passant par le film d'aventures sentimental...

 

Two Arabian Knights (dont le titre est un jeu de mots entre "knights", chevaliers, et "Arabian nights", le titre en Anglais des "contes des mille et une nuits") n'a évidemment pas l'ambition, ni la classe de The racket, mais il est une comédie dont la mise en scène est de grande qualité. Un certain nombre de détails peuvent surprendre, en particulier une attirance pour la vulgarité, contrebalancée par le goût certain dont la mise en scène fait preuve, qui est une marque que l'on retrouve dans Tempest, à travers le personnage de soudard de Wolheim, mais aussi bien sur dans The garden of Eden, et dans le coté "dur", proto-film noir de The racket. Ici, c'est aussi du à la source du film: il est évident que Two arabian Knights est la réponse de Howard Hughes au sucès phénoménal de What price glory en 1926, dans lequel Walsh faisait cohabiter deux soldats à grande gueule, qui rivalisaient de bagarres et de conquêtes. Si le film de Milestone commence dans les tranchées, bille en tête, quasiment par une bagarre entre l'un (William Boyd, simple soldat) et l'autre (Louis Wolheim, sergent), alors qu'un bataillon de soldats Allemands médusés attendent que les deux hommes s'aperçoivent de leur présence, avant de les faire prisonniers... le ton est donné, mais la rivalité restera physique, les deux hommes pactisant assez rapidement dans le camp de prisonniers. puis ils s'évaderont, déguisés en prisonniers Arabes, en volant au passage deux burnous à deux prisonniers Nord-Africains, puis les péripéties les amèneront sur un bateau, et là ils sauveront une jolie princesse interprétée par Mary Astor, qui les amènera à d'autres aventures plus idiotes et réjouissantes les unes que les autres.

 

Contrairement à What price glory, qui se vautre dans le picaresque par politesse, afin de ressentir en creux le désespoir de la guerre, Two Arabian knights n'est rien d'autre qu'une comédie, et la guerre en elle-même est vite oubliée. Ce coté décérébré du film est parfaitement assumé, et a un effet sur le moral qui est loin d'être négligeable. On peut y trouver à redire (Une fois de plus, les Arabes sont maltraités dans le film: bien que prisonniers au même titre que les héros, ils sont traités comme des ennemis, puis deviennent une menace incompétente lorsque les deux hommes sont en Arabie.) mais le but, de fournir une comédie enlevée et menée tambour battant, et mise en scène avec classe, est accompli.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet 1927 Lewis Milestone
5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 14:51

The devil's passkey (Le passe-partout du diable, 1920) est un film perdu. C’est même l’un de ces titres particulièrement perdus, puisque en 1943, le négatif a été retrouvé sous la forme d’un tas de poussière dans les archives de la Universal, et que toutes les copies recensées avaient, avec d’autres films muets, été détruites pour en récupérer des composants chimiques dans le but de fournir l’industrie d’armement ( !). Ce n’est plus un film perdu, c’est un film super-perdu. Pourtant, situé entre deux films plus souvent défendus par leur auteur, Blind Husbands et Foolish wives, celui-ci a été un grand succès, dont Laemmle était particulièrement fier, puisque il avait été tourné vite, monté vite, et avait rencontré un grand succès avec une histoire sophistiquée, qui se passait à Paris, dans les hautes sphères de la société, autour d’intrigues adultérines diverses, avec moult figurants. Y faisaient leur première apparition, dans de sublimes seconds rôles, Maude George en entremetteuse-maquerelle et Mae Busch en danseuse. Le luxe de la reconstitution de Paris s’ajoutait à la première des mises en scène de foule de Stroheim, qui a toujours été à l’aise pour recréer en studio (Ou non) les atmosphères urbaines, avec des passants qui font plus vrais que nature. Les photos qui subsistent en témoignent. On peut en voir quelques-unes sur le livre Stroheim: a pictorial record, de Herman G. Weinberg. Le film est aussi intéressant puisque Stroheim n'y jouait pas et n'avait pas d'alter ego, ce qui est rare (Trois films, en fait: Celui-ci, Greed et Walking Down Broadway), et que tout cela se passe bien loin du chocolat Viennois.

Quoiqu’il en soit, le film a permis à Stroheim d’obtenir le feu vert pour un projet de grande envergure : Foolish Wives, dont on sait à quel point il est important, aussi bien pour la grandeur que pour la chute de son auteur…


Il convient peut-être ici de profiter de cette petite note pour essayer de comprendre quel fut le parcours de Stroheim à la Universal, ses appuis, et surtout son statut vis-à-vis du studio. On a coutume de considérer que Stroheim se trouvait en porte-à-faux avec ses producteurs, mais au vu de ce qui s’est passé entre 1919 et 1923, c’est particulièrement faux : Considéré comme le jeune prodige dès Blind Husbands, soutenu et considéré comme le plus important des réalisateurs maison, devant Browning ou Julian, Stroheim avait la confiance de Laemmle, qui ne mettait il est vrai que rarement son nez dans les affaires du studio. C’est donc avec l’appui du studio qu’il allait se lancer dans un projet pharaonique, et c’est sans aucune retenue que notre héros a laissé les dollars s’accumuler sur ce tournage. C’est d’ailleurs devenu un argument publicitaire, les chiffres ayant été gonflés par le studio afin d’insister sur la puissance financière d’une entreprise que d’aucuns prenaient de haut. C’est avec l’arrivée de Thalberg à la supervision que les rapports avec le studio se sont dégradés : ce dernier, un peu trop philistin aux yeux de Stroheim, ne comprenait pas qu’on puisse laisser faire une telle débauche de mégalomanie. Ces deux-là, chacun ayant son génie particulier, ne pouvaient pas s’entendre…

Néanmoins, la période durant laquelle le réalisateur a été hébergé à la Universal reste historiquement importante, et montre que même un maverick comme Erich Von pouvait se sentir chez lui dans un studio, du moins jusqu’à un certain point… plus dure sera la chute.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Erich Von Stroheim Muet
4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 09:30

Considéré comme un film mineur dans desannées 50 dominées par ses westerns, le film d'Anthony Mann est pourtant bien plus qu'un agréable moment, et mérite, sinon d'être considéré à l'égal de Winchester 73, ou de Bend of the river, d'être vu et revu, ne serait-ce que par les fans de James Stewart. Et d'ailleurs, le film est très proche du western (Il nous conte l'arrivée du progrès dans une ville dimnée par ses passions), et possède des points communs avec les deux films précités, tout en donnant du héros incarné par l'acteur une image plus dure que celle qu'il avait l'habitude d'interpréter... comme les deux films précités, et comme The naked spur. Il faudrait donc beaucoup de mauvaise foi pour le mettre dans le même panier que, disons, The Glen Miller story...

 

En Louisiane, en 1946, deux ex-soldats (Stewart et Dan Duryea) arrivent avec une idée en tête: installer une pétrole au large, et forer pour trouver du pétrole. cela ne fait pas l'affaire des pêcheurs locaux dont l'activité est exclusivement de pêcher la crevette. Les deux hommes vont avoir maille à partir avec divers personnages locaux, à plus forte raison lorsque deux femmes, deux soeurs, vont s'intéresser à eux.

 

Steve Martin, interprété par James Stewart, est le principal moteur de l'action. Dans ce scénario de John Michael Hayes (Qui l'a co-signé, mais constamment revendiqué), Stewart est donc un obsédé du pétrole, comme il sera un homme tellement persuadé d'avoir été témoin d'un crime devant chez lui qu'il serait déçu s'il n'y en avait pas eu, dans rear window, dont le scruipt est également du à Hayes. Cet homme a une foi à déplacerles montagnes, qui si elles sont absentes, contrairement à tous les western de Mann, sont ici remplacées par la tour de la plateforme, autre symbole de la volonté de s'élever... On n'est pas si loin des personnages ambigus des westerns de Mann, qui sont tous des hommes mus par un désir, qu'il soit de vengeance, ou de réparer une injustice? Gambi,(Duryea), son acolyte, est au départ moins sérieux que lui, et on jurereait qu'il va suivre le même chemin qu'Arthur Kennedy dans Bend of the river: d'abord allié, puis ennemi. mais s'il reste sur la tangente, il va apporter à un moment crucial son soutien à la cause défendue par Martin.

 

L'autre versant de cette histoire, c'est la pêche, activité ancestrale, et qui là aussi est propice à l'obsession. Plutôt que de tourner à la lutte entre l'ancien et le nouveau, avec les pêcheurs en empêcheurs de progresser, le film pousse vers la collaboration, à l'avantage des pétroliers, puisque c'est grâce à Stewart qui découvre une invasion de crevettes rares, qui a lieu la nuit sur son lieu de forage, que les pêcjheurs peuvent enfin retrouver le temps de pêches miraculeuses... le progrès, finalement, a du bon. Jean wagner disait que le film n'était pas terrible, mais que les scènes portaient la marque du réalisateur. autant dire qu'il avait honte de l'aimer mais qu'il prenait du plaisir à le regarder: c'est bien là le moindre défaut de ce film détendu, dont les enjeux n'ont pas le coté dramatique des luttes dantesques des westerns du réalisateurs. Mais cette pause, avec ses bagarres, et eon personnage picaresque de matamore pêcheur incarné par Gilbert Roland, est un plaisir qui pour moi n'a rien de coupable...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Anthony Mann
3 janvier 2011 1 03 /01 /janvier /2011 10:26

Sorti en 1977, le film de Richard Brooks est donc à cheval sur deux périodes: d'une part, le franc-tireur Richard Brooks a un passé glorieux dans les studios, en particulier à la MGM dont il a été un temps à l'avant-garde, avec une passion pour les sujets brulants; d'autre part, le film est assez typique de la décennie dans laquelle il a été produit, ce qu'on a appelé l'age des réalisateurs à cause de l'émergence d'un certain nombre de petits nouveaux qui ont beaucoup fait parler d'eux, et de leur cinéma: un cinéma d'auteur avant tout. Martin Scorsese, Brian de Palma, Francis Ford Coppola, William Friedkin et Michael Cimino, notamment, explosent dans ces années 70.

Theresa (Diane Keaton) est une étudiante catholique d'origine Irlandaise lorsqu'elle fait tout pour attirer l'attention de son prof de composition littéraire dont elle est amoureuse. son but est très clair, elle veut qu'il l'initie aux rapports sexuels, parvient à ses fins, mais la fin de l'histoire est peu glorieuse; marié, il met fin d'une façon brutale à leurs relations. Théresa commence alors une odyssée personnelle, et de son plein gré passe d'aventure en aventure, contre ses parents, contre ses amis, mais aussi souvent contre elle-même: elle est institutrice spécialisée, et donne des cours à des mal-entendants le jour. Sa spirale nous est contée de façon chronologique, et ses rencontres, parfois extrêmes, la poussent toujours plus loin...

 

On est partagé devant ce film rare, qui a d'autant plus d'adeptes qu'il est souvent un lointain souvenir pour ceux qui l'ont vu, paramount ne le distribuant pas en Dévédé. Brooks était fier d'avoir "poussé l'enveloppe" assez loin, et d'avoir entrainé Diane Keaton, interessés par le rôle mais réticente à se déshabiller ou représenter l'acte sexuel de façon trop appuyée. Aujourd'hui, cet aspect scandaleux est émoussé, pour un public qui en a décidément vu bien d'autres. Par contre, l'arrière-plan constitué par les années 70 et les suites de la révolution sexuelle, mais aussi de la libération de la femme, bien que très ancrée (Les années disco, marquées par un grand nombre de scènes,de costumes et de musique, voir à ce sujet le générique de début), sert aujourd'hui le film, en le transformant, un peu malgré lui, en un témoignage sociologique.

Le propos de Brooks, c'était de montrer qu'une fois de plus, le principal ennemi de la femme qui voulait se libérer, c'était non pas elle-même, comme une partie du film pourrait le laisser penser, mais bien l'homme: depuis le professeur du début, qui ne "supporte plus une femme" après avoir eu des rapports avec elle, au psychopathe final, en passant par l'ami faux-jeton, et le père ultra-catholique (Irlandais, flic, catho. Vous avez dit cliché?), Théresa n'est pas aidée, ça non.

Mais comme tout ça est glauque! Il est aussi un cliché de dire que décidément la chair est triste, mais une fois de plus, cette histoire de galipettes se termine bien mal... Il faut attendre Shortbus pour tomber sur un film qui prend ce chemin d' aller (Très, très) loin dans la représentation de la sexualité, sans que tout le monde meure à la fin.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Richard Brooks