On y revient toujours, forcément. Quoique... bien que courte et balisée UNIQUEMENT de temps forts, et de déconfitures anthologiques, la carrière de Stroheim intimide. Les ouvrages ont été légion, mais dans les années 50 et 60. Les cinéastes qui l'admirent sont nombreux, mais ils sont aussi tous morts, et je crains qu'il faille se contenter, un peu comme avec Murnau, d'un consensus louche: personne n'en parle parce que c'est le passé. Un certain nombre de voix enthousiastes ont salué la parution de deux ensembles(Kino et MK2) qui reprennent les mêmes films, et nous sommes nombreux, sans doute, à avoir digitalisé ou fait digitaliser Greed ou The Merry Widow, lors de leur passage télévisé: on a de la matière, et ça tombe bien, car même si il est clair que 9 films, la plupart incomplets ou perdus, ce n'est pas la mer à boire, l'oeuvre de Stroheim, au même titre que celle d'Eisenstein, mérite qu'on s'y attarde, et aussi souvent que possible. Le point sur les films s'impose-t-il? Sans doute, car contrairement à la légende, Stroheim n'est pas que l'homme de Greed et Foolish Wives, loin s'en faut. Par ailleurs, il faut aussi faire le point sur la disponibilité de l'oeuvre, et qui sait? se surprendre mutuellement, par l'annonce de l'une ou l'autre redécouverte... Cela dit, si les films de notre réalisateur ont été parmi les plus recherchés, et certains les sont encore, ils sont aussi parmi les plus voyants. Si quelqu'un retrouvait un jour une demi-bobine de The devil's passkey(1920), ça se saurait...
Petite filmographie donc, assortie d'une dvdgraphie:
BLIND HUSBANDS(1919)8 bobines Le premier film de Stroheim est celui-ci qui est aujourd'hui le plus intact. Non qu'il n'y ait pas eu la moindre dissension entre l'auteur-acteur-réalisateur et la Universal, mais les coincessions de l'un et de l'autre ont permis une atmosphère de travail qui a bénéficié au film, et sa sortie s'est accompagnée d'un grand succès. Disponible en Z1(Kino), en Z2(MK2, Edition Filmmuseum, Bach). BH est, aujourd'hui, le seul film conforme à la vision de Stroheim qui subsiste.
THE DEVIL'S PASSKEY(1920)7 bobines Les avis sont partagés, puisque selon Denis Marion, le film aurait fait 12 bobines, ce dont je doute, vu les réticences de la Universal à dépasser les 10 bobines sur des films spectaculaires comme Foolish Wives ou Hunchback of Notre-dame. POur ce film, Stroheim n'était pas un acteur, et c'était volontaire: il voulait témoigner de sa polyvalence et de sa capacité à aller d'un genre à l'autre. Pour le reste, impossible de juger ce film sur pièces... Perdu!
FOOLISH WIVES(1922)10 bobines(Version salles)14 bobines (version gala) On le sait, les ennuis commencent avec ce film. Deux versions, toutes les deux insatisfaisantes pour l'auteur qui pour la première fois a utilisé la dimension romanesque dans un film, ce qui n'apparait plus une fois coupé... Le film, presque perdu, a été reconstitué à partir de divers matériaux en 1972, ettotalise aujourd'hui presque 10 bobines, mais dans quel état! Disponible en Z1(Kino), en Z2(MK2 et Bach)
THE MERRY-GO-ROUND(1923)12 bobines Les rapports difficiles avec Universal arrivent à terme avec ce film, dont l'auteur est débarqué après 6 semaines. Des plans seront retournés, le film complété par l'abominable Rupert Julian, et 14 minutes de Stroheim subsistent. Pas un grand film, mais pas un mauvais film non plus... Disponible en Z1(Image entertainment); les 14 minutes de Stroheim sont sur le DVD de Queen Kelly(Kino)
GREED(1914)10 bobines(Version sortie) ou 42 bobines(Version montée et montrée par Stroheim); 18 bobines(Montée par Rex Ingram et Grant Whytock)230 minutes(Reconstitution par Rick Schmidlin) Tourné pour Goldwyn, puis pour MGM. Il y aurait beaucoup à dire sur ce film, on le verra en temps voulu. Contentons nous de dire ceci: il est possible de voir en DVD aujourd'hui Taxi, Le cinquieme élément, Les visiteurs, La septième compagnie... Pas Greed.
THE MERRY WIDOW(1925) J'avais une famille à nourrir, se défendait-il... Pas indigne, pourtant, ce film flamboyant et éminemment Stroheimien, avec un bon John Gilbert. La MGM a joué son role à la perfection, et le film, quoique amputé de quelques passages, nous dit-on, reste fidèle à l'essentiel de ce que voulait l'auteur. Sinon, le film existe dans une édition correcte chez warner (Collection Warner Archives, sans ST)
THE WEDDING MARCH(1928)12 bobines + 8 bobines Fresque(Pour Pat Powers, un indépendant qui revendra le film à Paramount) qui reprend les choses là ou s'était arrêté THE MERRY GO ROUND... En deux parties, dont seule la première était conforme à l'idée du réalisateur. La deuxième a disparu, semble-t-il, quoique une rumeur fait état de quelques fragments... Pas de DVD.
QUEEN KELLY(1929) Sorti en 1931(8 bobines, avec une fin tournée en l'absence de Stroheim) Interrompu en plein tournage, le film, produit par Joe Kennedy(Le père de...)pour Gloria Swanson(Pour UA)ets l'unique film pour lequel la version sortie(tardivement, et pas aux Etats-Unis)incorporait plus de matériel que ce que l'auteur souhaitait conserver. On sait que la version sortie par Kino, depuis 1985, tente de reconstruire la "vision" de Stroheim. Mais l'autre a circulé, et les comparaisons entre les deux sont intéressantes. Disponible en Z1(Kino), en Z2(MK2)
WALKING DOWN BROADWAY(1932)Remplacé par HELLO SISTER, 14 bobines Refait sous un nouveau titre par Al Werker, ce film Fox est alléchant: Zasu Pitts, de retour après ses rôles dans Greed et The wedding march, des jeunes acteurs inconnus, une atmosphère Pre-code... Diffusé il ya quelques années par le Cinéma de Minuit, merci M. Brion...
Avec sa narration mystérieuse, ses personnages engoncés dans une morale authentiquement Victorienne (Victoria fait d'ailleurs objectivement partie du puzzle), ce film fait tout pour avoir l'air d'un autre age. Bien sur, Wilder a fait appel à la couleur, comme il le fera de nouveau dans ses quatre prochains films, mais cette couleur est diffusée, délicate, travaillée. La musique de Miklos Rosza ajoute à cette impression de classicisme excessif, et le ton très Anglais des deux acteurs retenus par Wilder pour interpréter ses personnages enfonce plus avant le clou: Robert Stephens est un grand Holmes, à commencer par le fait qu'il se situe "en dehors" de la fiction, qu'il dénonce dès la première scène: il reproche en effet à Watson de l'avoir agrandi pour ses chroniques, et s'autoparodie en permanence, citant la prose du dr Watson... celui-ci est interprété avec un grand bonheur par Colin Blakely, qui est de toute évidence dirigé par Wilder dans l'optique de faire du Jack Lemmon: il possède un coté faire-valoir, un décalage génial, et tel Gerry devenant Daphné dans Some like it hot, il rend son "déguisement" de valet très à coeur dans le dernier acte du film. Le déguisement qui devient réalité, c'est un thème toujours présent chez l'auteur...







/image%2F0994617%2F20230721%2Fob_f61bd6_poe0rbvpifexo7eroisf126v663x9j-large.jpg)

/image%2F0994617%2F20230721%2Fob_0703b7_vpwzbcv1hihys5nbp1k1nrmavew3mm-large.jpg)
/image%2F0994617%2F20230721%2Fob_e32dd4_1y4hs6rmszxfz2kwpm94g2wcbmmyez-large.jpg)
Il ya peu à analyser en surface dans ce film, qui construit une histoire très savamment en enchaînant les morceaux de bravoure ; Gilliam lui-même avoue ne pas savoir de quoi il parle, même s’il n’est pas difficile d’y voir l’affirmation par un artiste de la toute-puissance de l’imaginaire, ainsi que la présence obsessionnelle d’une Angleterre Thatcherienne, déjà la cible de Time Bandits, Brazil et Crimson permanent insurance. Cette Angleterre bureaucrate qui s'interdit de rêver, compte sou à sou et veut empêcher le bonheur, est confiée à Jonathan Pryce, tout un symbole...
/image%2F0994617%2F20230721%2Fob_9ac75e_kncsht6pxm1wjwodxnozz5nj8bbdqi-large.jpg)