Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
7 mai 2017 7 07 /05 /mai /2017 19:02

Sans aller jusqu'à partager le cri du coeur de Louis Delluc, qui a vu le film à sa sortie Française et ne pouvait le juger qu'à l'aulne de ce qui existait déjà, ce film de Sjöström est, comme on dit, un sacré morceau! Une histoire d'amour hallucinée et jusqu'au-boutiste, dans laquelle le cinéaste nous livre une fois de plus sa vision de la vie, de la noirceur de l'existence, et du destin de l'homme, dans une fuite en avant magnifique... et d'un pessimisme radical. Et l'homme doit forcément entrer en conflit avec la société, c'est-à-dire avec lui-même, et se battre contre un ennemi encore plus implacable: la nature...

Dans une ferme, en Islande, un nouvel arrivant provoque les passions: la fermière, une veuve encore jeune et convoitée par tous les partis importants de ka région, est fascinée par celui dont on ignore tout, et le beau frère de la dame quant à lui, ne va pas tarder à découvrir qu'il a un passé sulfureux. Kari (Sjöström) s'appelle en réalité Egvind, et il est un voleur qui a fait de la prison. Mais Halla (Edith Erastoff), en l'apprenant, lui avoue quand même son amour pour lui. Et quand on vient le chercher, elle décide fuir avec lui vers la montagne, ou ils pourront vivre, sinon heureux, du moins ensemble.

Et bien sur, le film ne s'arrête pas là. D'une certaine manière il commence même vraiment tant la deuxième partie, entièrement située en montagne dans des décors naturels magnifiques et menaçants, est le coeur même de l'oeuvre. C'est là le choix qu'ont fait les deux amants, qui auront un enfant, et n'auront de cesse que de fuir les autres: la venue d'un ancien ami, par exemple, ou un parti de fermiers qui les cherchent, vont précipiter les deux héros toujours plus loin, et vont même indirectement provoquer un infanticide: préférant le tuer plutôt que de laisser son enfant à sa propre famille, Halla le précipite dans le vide... Et la venue de l'ami, qui au début apporte un peu de changement, va avoir un effet désastreux quand le nouveau venu apercevra Halla qui se lave dans une source. Il ne s'en remettra pas... Je ne peux m'empêcher de penser que si, dans The scarlet letter, Hester et Dimmesdale avaient pu s'enfuir, dans l'esprit de Sjöström, ils n'auraient pas connu un autre destin que celui-ci.

Louis Delluc non plus, qui voyait en ce film, jusqu'à la fin de sa vie, le meilleur film du monde! Je ne suis, bien sur, pas de cet avis. Mais la hauteur de vues, le fait que Sjöström ait osé aller tourner ce film dans des conditions incroyables, et la noirceur de l'ensemble, forcent l'admiration pour le savoir faire du metteur en scène, un homme entièrement dédié à un art qui n'avait pas 25 ans d'existence.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Victor Sjöström 1918 **
20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 17:20

On a gardé tellement peu de ces petits westerns qui s'enchaînaient à une cadence infernale, tournés entre 1917 et 1919 par Ford pour Universal, qu'en découvrir un nouveau est toujours une occasion à ne pas rater. Pour la plupart d'entre eux, ils montraient les aventures de personnages (Souvent nommés "Cheyenne Harry") interprétés par Harry Carey, qui subissait la forte influence de William S. Hart dont les films étaient toujours soignés. Cette influence s'exerçait essentiellement dans la parcours du héros, souvent une fripouille (Ici c'est un joueur poursuivi pour l'ensemble de son oeuvre!), mais doté d'un fort sens moral, qui le faisait revenir en arrière et se racheter... Mais contrairement à Hart, lors de sa rédemption, Carey n'en fait pas tout un plat!

Dans Hell Bent, Harry s'installe dans une petite ville tenue par des bandits, dont Beau Ross. Parmi les citoyens, une jeune femme, Bess (Neva Gerber) vit avec son frère Jack (Jack Pegg). Mais celui-ci état incapable d'assumer un rôle de chef de famille, elle est obligée de travailler... au saloon, en tant que danseuse. La première fois qu'il la voit, Harry lui manque singulièrement de respect mais se ravise le lendemain, honteux... et amoureux. L'intrigue s'emballe lorsque après un coup fumant, les bandits partent, emportant la jeune femme avec eux...

Le film est assez difficile à comprendre aujourd'hui, la faute n'incombant pas qu'aux cinéastes: on ne dispose de ces premiers films Universal, la plupart du temps, que dans des copies retrouvées en république Tchèque, en Hongrie ou en Pologne. Ils ont fait l'objet de tripatouillages à leur sortie (Par exemple, le personnage de Carey, dans Straight shootin', s'appelle Hal Philips!); Mais ce qu'on comprend, c'est un cahier des charges western très bien rempli: dès le départ, Ford nous propose une étonnante introduction, qui voit un auteur de romans recevoir une lettre d'un lecteur qui se plaint du manque de réalisme de ses personnages. Pour y remédier, il regarde une reproduction du tableau de Remington, A misdeal... qui s'anime sous nos yeux, et le film peut commencer! Et il y a des inventions jusqu'au bout, lorsque le héros pourchasse son ennemi jusque dans le désert, dont il ne réchappera que de justesse. Le tout est pimenté de surprenantes ruptures de ton: à l'humour bon enfant du début, succédera bientôt un climat plus oppressant quand Harry se transforme de cow-boy solitaire en homme dévoué à la femme qu'il aime et qui est en danger. Hell-bent, après tout, est un adjectif qui veut dire qu'on est déterminé à aller jusqu'en enfer s'il le faut, pour faire triompher sa cause.

Bref, Ford fait ses gammes, et avec la complicité toujours précieuse de Carey, évite la monotonie, tout en devenant tranquillement l'un des meilleurs cinéastes du monde, tout bonnement.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet John Ford 1918 Western **
20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 12:44

Sorti un an avant J'accuse, ce film est le deuxième après Mater Dolorosa dans lequel Gance utilise un arrière-plan psychologique qui détermine toute la mise en scène, et sur ce point, il est l'héritier direct de The cheat (Eclairages sophistiqués) et de The whispering chorus (Visualisation de la pensée et du tourment intérieur des personnages), tous les deux réalisés (En 1915 et 1917 respectivement) par Cecil B. DeMille. Le film est donc ambitieux, marqué comme les films du modèle par une volonté de faire évoluer le cinéma vers le haut, mais... La dixième Symphonie est aussi un mélodrame Européen de la pire espèce, situé strictement dans la grande bourgeoisie, et qui résout tous les conflits et fait avancer toutes les parties de l'intrigue en utilisant des échanges épistolaires permanents, qui lassent avant même la fin de la première bobine! C'est donc une oeuvre à la fois riche et ratée, pleine de promesses et remplie de défauts...

Lors d'un échange vif et chargé de menaces, Eve Dinant (Emmy Lynn) tue Varna Ryce, la soeur de son amant Fred (Jean Toulout); celui-ci, qui est sur les lieux, conclut un pacte avec elle: il étouffe l'affaire en ne la dénonçant pas à la police (Qui croira donc à un suicide) si elle accepte de continuer à vivre avec lui, en dépit de sa lassitude d'être le jouet de ses fantasmes les plus sordides. Eve accepte mais après quelque temps achète sa liberté contre une somme colossale. Une année passe, Eve s'est mariée avec le compositeur Enric Damor (Séverin-Mars), et elle s'entend fort bien avec la fille de ce dernier, la jeune Claire (Elizabeth Nizan). Une famille sans ombres, mais... Claire rencontre Fred et tombe amoureuse. Et ce dernier est fort attiré par le poids du compte en banque de la demoiselle...

Une intrigue fourre-tout, mais qui sent sérieusement la naphtaline, et je pense que c'était déjà le cas en 1918. Il y a des qualités, c'est vrai: ce talent qu'à Gance de nous faire partager les émotions de ses personnages est illustré par deux tours de force: d'une part, une ouverture directe et violente sur le coeur même du drame, sur un plan qui illustre le moment situé immédiatement après la mort de Varna. Tout ce que nous avons à savoir de Fred et Eve nous sera communiqué par cette scène, et les enjeux du mélo y sont on ne peut plus clairs. La scène se joue dans un désordre de coussins et de meubles, dans la pénombre d'un intérieur bourgeois qui se pare d'ambiances inquiétantes. Ensuite, lors de la présentation de sa symphonie de la souffrance, Enric Damor provoque une telle charge d'émotions en son public, que Gance nous montre la musique, ce qui est en soi gonflé, et à demi-réussi: chaque personne dans l'audience réagit à l'unisson des autres, et la tension du moment est palpable.

Mais à côté de ces réussites occasionnelles, et des audaces (Les inserts psychologiques, parfois ironiques, la construction qui prévient, anticipe, rappelle avec brio, via des plans oniriques, ironiques ou tout bonnement illustratifs), Gance a été trop loin par exemple en nous montrant la musique (et puis quoi encore?) par le truchement d'une danseuse dans des inserts ridicules, d'un genre qui reviennent aussi dans J'accuse lorsque le cinéaste veut nous faire partager la beauté supposée d'une poésie... Il se perd aussi dans des transfigurations poétiques qui transforment ce pauvre Séverin-Mars en Beethoven, et Emmy Lynn en victoire de Samothrace! Et sinon, beaucoup de choses passent par l'écrit: pas les intertitres, non: des échanges épistolaires, petits messages et autres: c'est de la tricherie! Enfin, le cinéma Français avait besoin de mieux prendre modèle sur les Américains, qui privilégiaient déjà dans leurs drames comme leurs comédies, un point de vue plus démocratique. Avec ses oisifs, bourgeois, compositeurs, poètes aisés ou autres marquis, Gance se situe encore dans un avant-guerre rassis, ce qui on l'admettra est paradoxal pour un film sorti en novembre 1918...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Abel Gance Muet 1918
6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 17:15

Un grand nombre de films de 1918 avec Douglas Fairbanks sont aujourd'hui perdus. C'est notamment le cas de la version intégrale de ce film, dont seule une bobine (Partielle, la première) a été conservée. On y voit comment le film, une comédie d'aventures comme d'habitude, prend sa source dans un quotidien décidément trop grand pour le héros, qui commence par littéralement sortir d'une cage... avant de se retrouver à son poste: il est caissier dans une banque! Un de ses supérieurs lui confie une mission délicate: il doit veiller sur la santé d'Agamemnon, un canari. Mais Doug va, après sa rencontre avec un philosophe vagabond, rendre sa liberté à l'oiseau, et, forcément, devoir être libre lui aussi, parce que ce geste l'oblige au licenciement. C'est donc un Doug littéralement nu comme un ver que l'on quitte, il vient de se baigner, et quelqu'un lui a pris ses vêtements... et le reste est perdu.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1918 Douglas Fairbanks Allan Dwan Film perdu
10 mai 2015 7 10 /05 /mai /2015 17:33

Réalisée en 1916, mais sortie uniquement deux ans plus tard, cette petite comédie fait partie des films avec lesquels la tragédienne de l'écran cultivait sa popularité de façon innée dans les années 10, en Allemagne. On y conte cette fois une histoire simple et entièrement basée sur un point de départ simplissime: le jeune explorateur Knud Prätorius (Freddy Wingardh) est parti au Groenland, et revient en Europe pour retrouver ses parents. ces derniers, qui ont décidé de pousser leur fils à épouser la belle Anna, sont loins de se douter que Knud revien en réalité avec 'une petite surprise du Groenland', à davoir la jeune Eskimo Ivigtut (Asta Nielsen), qui n'a évidemment jamais été e Europe et qui va bouleverser la maisonnée pendant quelques jours, éprouvant du même coup le plus grand mal à se faire accepter par les parents de Knud. ceux-ci, surtout la mère de mêche avec Anna, vont tou faire pour séparer Knud et Ivigtut...

L'essentiel de l'intrigue est dans le décalage entre la jeune Groenlandaise et son nouvel environnement, on ne s'étonnera donc pas que l'essentiel du film tourne autour de la star, qu'on voit d'ailleurs en grande discussion au cours d'un prologue avec un homme à l'air sérieux: le metteur en scène, un producteur, ou l'un des deux scénaristes, Martin Jorgenson et Louis Levy? Je ne le sais pas, mais ces deux derniers, déjà responsables de l'écriture du film Das Liebes ABC, ont eu le nez fin: Nielsen s'amuse comme une folle à jouer le grotesque de la situation. On peut rétorquer que la situation n'appelait pas forcément un long métrage, mais la belle prend telleemnt de plaisir à déambuler (Avec caméra cachée) dans les rues au milieu de passants éberlués, déguisée et avec un air particulièrement naïf, qu'on les pardonnera. Et la fin joue avec les nerfs des censeurs, afin dejustifier, bien sur, le titre...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Asta Nielsen 1918 *
9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 18:23

Sorti quelques mois à peine après Old Wives for new, ce nouveau film du cycle de comédies est un véritable chef d'oeuvre, constammant réjouissant. Il est à l'origine de tout un pan glorieux du cinéma Américain, et on pourrait sans aucun doute évoquer des cousinages stylistiques et thématiques avec les oeuvres de Lois Weber (Too wise wives, en 1921), Stroheim (Foolish wives, 1922 mais aussi l'utilisation du détail, le sens des objets et la mise en oeuvre des signes dans tous ses films) ou bien sur Lubitsch (The Marriage circle, 1924, pour ne citer que celui-ci). L'un des grands atouts de ce nouveau film, c'est bien sur l'inversion par rapport au précédent qui se focalisait sur un héros. C'est non seulement une femme qui est au centre du film, mais qui plus est, elle est incarnée par Gloria Swanson, qui prète son expressivité géniale, en particulier, à une batterie de gros plans ravageurs qui ne rompent jamais le rythme de l'ensemble.

 

Au couple du film précédent se substitue un nouveau mariage dont l'épouse déplore le ronronnement, surtout lorsqu'à la faveur d'une soirée elle peut comparer son mari (Eliott Dexter, de retour) avec un bellâtre. Elle finit par demander le divorce, et découvrira chez son nouveau galant des défauts encore pires que ceux de son ex-mari, celui-ci profitant de la séparation pour changer et se réformer. Par dessus le marché, son nouveau mari la trompe, et elle reviendra vers son mari, et ils vivront bien sur très heureux. Les échos de Old Wives sont légion, mais on pourrait citer les acteurs (Sylvia Ashton métamorphosée, Elliott Dexter bien sur, Theodore Roberts, et la jolie Julia Faye, dans un role secondaire révélateur pour les principaux protagonistes), l'environnement des héros, qui sont une fois de plus (Il faudra s'y habituer...) des bourgeois aisés aux professions libérales évoluant dans des maisons luxueuses, et une obsession des détails qui ancrent l'histoire dans la réalité contemporaine; l'un des plus frappants est l'utilisation de gramophones, paradoxaux pour un film muet, permettant à la caméra d'enregistrer les étiquettes des disques qu'écoutent les protagonistes, mélodies d'époque bien sur mais surtout miroirs des situations dans lesquelles ils évoluent; autres détails, la façon dont Gloria Swanson compare ses maris, détaillant les qualités du nouveau, et les défauts du précédent (Les chaussures élimées de l'un, les bottines flambant neuves de l'autre; les mauvais cigares de l'un contre le fume-cigarettes de l'autre, etc...); à ces réemplois et variations stylistiques, viennent s'ajouter des échos internes au film, cohérents et très lisibles, qui utilisent les gags de l'histoire de façon dynamique: ainsi, un détail récurrent et trivial peut-il prendre un relief inattendu: l'obsession de son mari pour les oignons empêche à un moment l'héroïne de l'embrasser, mais chez son nouveau mari, c'est l'odeur de l'alcool qu'elle décèle. Ces deux anecdotes, l'une et l'autre déterminantes, sont racontées strictement par les images. Nous sommes, déja, un peu chez Lubitsch.


Une innovation presque anodine, ici, aura une intéressante résonnance: lorsque le bellâtre tente de séduire Swanson, il lui fait miroiter des situations qui déclenchent chez elles des visions fantasmatiques; ces visions sont l'une des premières incarnations des obsessions mythologico-biblico-passéistes et érotiques de l'auteur, et on le sait, elles auront une impressionnante descendance... Il reviendra très vites sur ces inserts.
Un aspect inévitable du film, dont il ne me semble pas trop pertinent de se plaindre, est l'incroyable futilité du personnage de Leila (Swanson), qui juge beaucoup sur l'apparence; c'est d'une part typique de l'époque, ou encore de l'impression qu'on se fait des femmes de cette fin de décennie: futile, certes, mais son obsession du paraître va de fait provoquer chez son mari une véritable prise de conscience des liens de tendresse qui les unissent, le véritable sujet à n'en pas douter. De plus, ce désir de se changer selon les désirs de son épouse va lui permettre à plusieurs reprises de faire preuve d'une grande noblesse; par contre, on pourrait épiloguer (Inutilement, mais bon) sans fin sur la dure loi du genre, qui impose à Sylvia Ashton de couler son mariage dans Old Wives for new, alors que Elliott Dexter le sauve dans Don't change your husband. C'est d'autant plus inutile que tout, pour les deux films, est dans le titre. Nous étions donc prévenus.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Cecil B. DeMille 1918 *
9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 18:19

Quelques semaines après la complétion de son Whispering Chorus, Cecil B. DeMille s'attelle à cette tache, afin de capitaliser sur l'achat des droits par la Artcraft, et tourne de ce fait l'une des premières comédies de sa série "matrimoniale": des titres cousins, des scénarios dont les rebondissements portent sur l'adultère, le divorce, la séduction, le crime passionnel et la lassitude conjugale; d'autres suivront: Why change your wife, Don't change your husband...

 
Le thême de l'échange, contenu dans le titre, explicite en fait le parcours du film, dans lequel un homme las de son épouse (Qui a bien changé depuis sa prime jeunesse, désormais incarnée par Sylvia Ashton, la future Momma Sieppe de Greed, et qui force la dose de façon burlesque en abominable souillon obèse) va progressivement réussir à utiliser les circonstances pour obtenir un divorce, en utilisant les frasques extra-conjugales d'un ami, et finira par épouser une frêle et tendre jeune femme, qui plus est vertueuse. Le film fit un peu scandale en son temps, il faut dire que DeMille a forcé la dose, depuis le mari qui séduit effrontément une jeune femme rencontrée par hasard, encouragé par son propre fils, jusqu'à une séquence de boite de nuit dans laquelle un vieux beau qui a déja plusieurs conquêtes à sa table répond favorablement aux avances d'une dame d'une autre table, plutot ouvertement délurée, et qui l'invitera directement chez elle sans se faire désirer trop longtemps. Le tout est enrobé d'un parfum de comédie élégante, qui en fait le pendant satirique des grands mélodrames bourgeois de l'auteur.


Le film a été tourné rapidement, mais de ce tournage découle un rhythme assez trépidant. De fait, l'efficacité prime, pour un ensemble qui n'ennuie jamais, et dont les ruptures de tons sont remarquables. Comédie oblige, le montage est plus haché, plus nerveux, et bien sur les acteurs sont un rien moins subtils. Par rapport aux films ultérieurs, les acteurs sont moins notables, plus anonymes, par opposition aux Swanson, Meighan, Daniels... des films qui suivront; néanmoins on retrouvera ici avec plaisir, outre Sylvia Ashton, Elliott Dexter (Déja dans The Whispering Chorus), Gustav Von Seyffertitz, l'un des fréquents seconds role du muet, confiné aux roles de traitre, et qui joue un secrétaire avide (Et prêt à tout, je n'en dis pas plus), et bien sur l'inamovible Theodore Roberts est déja là. Le petit monde de Cecil B. DeMille est complété par l'inévitable Jeanie McPherson, dont le role de narratrice se fait ici plus neutre contrairement à sa tendance à envahir les intertitres de Whispering Chorus. Bref, ce film est constamment une bonne surprise, qui donne envie de revoir tout le cycle des comédies du mariage de l'auteur...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Cecil B. DeMille 1918 *
9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 18:15

Chaplin estimait que Demille parvenait à maturité avec ce film, une étonnante production dans laquelle le metteur en scène explore une nouvelle fois le drame bourgeois, exploitant le thème de la déchéance et ses ramifications sur la famille d'un héros et son entourage, mais cette fois-ci, il en profite pour expérimenter avec la surimpression, de façon très appuyée.

Un homme frustré par sa médiocrité trafique les comptes de sa société pour offrir une vie plus décente à sa femme. Pris par le remords (Et par crainte des suites judiciaires) il s'enfuit, et réussit par une machination à se faire passer pour mort, assassiné. Et comme nous sommes dans un mélodrame, il sera accusé de son propre meurtre, mettant en danger, s'il fait éclater la vérité, le bonheur de sa '"veuve", remariée. Le titre Français, Le rachat suprême, met l'accent sur le dilemme du héros. Une constante de ce film est la matérialisation des pensées, de la conscience et des graves questions que se posent les personnages par des surimpressions très travaillées et traitée avec une grande attention. Nous sommes en 1918, et les films suédois (Korkarlen de Sjöström) ou Allemands, friands de ces techniques, n'ont pas encore eu leur influence fantastique; du reste, pas de monstres, et à peine un fantome dans ce film, qui rappelle une fois de plus les films russes de Bauer par son esthétique bourgeoise faite d'une reconstitution minutieuse des décors et des toilettes, et de la représentation de la conscience du héros(le "choeur chuchotant" du titre). Une autre utilisation de la surimpression permet à DeMille d'économiser les plans, représentant l'héroïne comprenant sa situation, sa bigamie, et la menace qui pèse sur l'enfant qu'elle attend, le tout grâce à des images qui gravitent autour d'elle; on anticipe sur la vision des 7 péchés capitaux quittant le corps de Madeleine dans King of Kings (1927), et le résultat, en un seul plan, est efficace.


Le film a bien sur vieilli par son sujet et la sempiternelle représentation d'une bourgeoisie en décadence; Mais, comme dans les trois films précédemment évoqués, le jeu des acteurs (Raymond Hatton, Elliot Dexter, et la troupe habituelle de DeMille), la photographie (Alvin Wyckoff), les décors et costumes déjà mentionnés sont tous excellents. Le sens de l'économie et la rigueur du montage permettent une foie de plus d'aller directement à l'essentiel. Une nouveauté, annonciatrice de cieux plus lourds, en revanche: le symbolisme de la conscience du héros, systématiquement visualisée par ce "Whispering Chorus", n'est déjà pas en soi terriblement heureux, mais de surcroît il autorise DeMille et Jeanie McPherson à user du commentaire d'auteur sur la situation, une constante irritante de leurs films ultérieurs, et une des sales manies les plus ennuyeuses des films contemporains de Griffith.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Cecil B. DeMille 1918 *
15 mai 2011 7 15 /05 /mai /2011 19:01

Il aura cette fois fallu 5 mois (De mai à  septembre 1918) pour réaliser ce film de trois bobines, qui permet une deuxième fois à Chaplin d'étendre son registre, dans tous les domaines après la réussite de A dog's life. Ce film frappe fort, très fort, mais pas forcément dans le sens où on l'entend d'habitude, plutôt par sa rigueur et sa construction: malgré les nombreux écrits de George Sadoul, un inconditionnel du cinéaste, et un farouche défenseur d'un Chaplin "révolutionnaire", ce film n'est pas la charge violente, anti-guerrière qu'on voulait parfois décrire. Une explication, du reste, s'impose afin de dédouaner le grand historien: celui-ci a vu les films de Chaplin dans sa jeunesse, et ils ne sont ressortis des placards que longtemps avant: nous avons, nous, la chance de pouvoir y accéder tous les jours...

3 bobines, donc, c'est un format idéal, pour l'instant, qui permet à Chaplin une fois de plus d'étendre son propos et l'univers qu'il dépeint. Les premiers plans forment une scène d'exposition qui est un régal d'économie, et du pur Chaplin: les soldats à l'exercice, permettent en un seul plan d'établir une bonne fois pour toutes son personnage, sa différence et son rapport aux autres mâtiné de maladresse comique: on voit le bataillon au garde à vous, et la caméra glisse lentement vers la gauche, montrant un soldat qui décidément n'est pas comme les autres. A coté de lui, Albert Austin va souffrir de la très personnelle façon qu'a son voisin de tenir son fusil. L'officier, qui comme tout bon officier aboie sur ses hommes, est interprété par Tom Wilson, préposé aux rôles autoritaires. A la fin de la séquence, les soldats sont au repos, et Chaplin s'endort...

Les tranchées sont sans doute le décor le plus spectaculaire du film. Elles sont particulièrement réalistes, fonctionnelles, en même temps permettent une série de gags, comme la grenade au Limburger (un fromage qui sent épouvantablement... Un fromage, donc), ou encore la façon dont Chaplin utilise les tirs ennemis pour allumer ses cigarettes. et puis les logis souterrains vont être pour lui un moyen sûr de décrire les conditions de vie atroces de ses soldats (un passage obligé chez lui, ne l'oublions pas), en montrant la faculté tranquille d'adaptation des troufions, notamment à une inondation. Le jeu de Chaplin avec son demi-frère Sid, qui a rarement été aussi présent que dans ce film, est dans toutes les mémoires, et il est hallucinant de voir le metteur en scène Chaplin jouer aussi adroitement sur le fil du rasoir, constamment entre drame et comédie, entre justesse et excès, sans tomber jamais d'un côté ou de l'autre.

Dans ce film, Chaplin est donc un héros! On n'y croit que dans la mesure ou on connait la fin du film, mais c'est un premier indice qui nous prouve que si Chaplin s'amuse à un moment de l'héroïsme de son héros, qui se porte volontaire mais se dégonfle en apprenant qu'il s'agit d'une mission suicide, il y abat consciencieusement de nombreux ennemis, se bat clairement pour l'Oncle Sam (Ce qu'il revendique dans une scène superbe de fraternisation avec une jeune femme Française interprétée par Edna Purviance, qui est un prétexte à pantomime: ils ne se comprennent pas), et il va jusqu'à "encercler" 13 soldats Allemands, pour les faire prisonniers. On est loin du délire évoqué par les historiens, dans un film ou on est supposé attendre de notre héros qu'il distribue les coups de pieds au président Wilson, Poincaré autant qu'au Kaiser. Le film ne nous montre Chaplin utiliser ses pieds que sur l'arrière-train d'un officier minuscule interprété par Loyal Underwood, et sur le Kaiser, une fois de plus son frère. Chaplin n'était pas franchement un pacifiste en 1918, du reste il participait à la propagande activement comme chacun sait. Son film est une comédie, irrévérencieuse juste ce qu'il faut, et c'est déjà un grand pas dans la représentation de la guerre: je trouve le film d'ailleurs plus réaliste que d'autres, dans des genres différents: Hearts of humanity, ou même The four horsemen of the Apocalypse...

Pour finir, je m'en voudrais de ne pas évoquer une scène qui me touche particulièrement: je parle de celle durant laquelle Chaplin est déguisé en arbre pour infiltrer les lignes ennemies. L'arbre en question, un costume en caoutchouc, est une image qui me hante, depuis la première vision du film, sans que je puisse expliquer pourquoi. Chaplin est un immense acteur, on sait qu'il se déguisera un jour en poulet, et de façon probante. Ici, il est un arbre, et caché dans une forêt, recherché par un Henry Bergman en uniforme Prussien, le plan durant lequel cet arbre s'anime a un pouvoir onirique qui a peut-être échappé à son créateur...

Pourtant celui-ci a tout prévu: il a même pour son film, résolu de couper une bobine entière qui montrait la vie de son héros avant l'armée, et qui était composée de gags parfois très drôles, avec un Albert Austin en médecin militaire, et une scène d'ombres chinoises. Le film avait tout pour être un ambitieux projet qui aurait approché une heure de comédie. Le résultat aurait sans doute été un peu moins bon, mais non: le film tel qu'on peut le voir est franchement supérieur. Chaplin cinéaste savait parfois faire des choix hallucinants, et souvent justes, la preuve!

Une fois sorti ce film, c'en est fini de l'année 1918. si on excepte The Bond, qui reste un effort mineur de propagande avant tout, à part dans l'oeuvre, Chaplin est passé de 14 films en 1915, puis 8 sortis en 1916 (Easy Street est sorti en janvier 1917), puis 4 en 1917, à seulement 2 en 1918. Il impose son rythme, prend son temps. Le résultat lui donne raison.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin Muet Première guerre mondiale 1918 **
13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 17:56

A nouveau contrat, nouveau studio: Chaplin est encore mieux loti à la First National qu'à la Mutual, et a obtenu la construction d'un studio. Nouvelles résolutions aussi: désormais il n'en fait qu'à sa tête, et la compagnie va relativement laisser faire dans un premier temps, engrangeant des revenus substantiels de ces films qui seront tous des succès... A dog's life montre une nouvelle direction, marquée en particulier par l'allongement du film (trois bobines) et une utilisation de l'espace qui prend désormais ses aises, la consécration d'un travail d'équipe, la plupart des collaborateurs importants des films de la Mutual étant confirmés dans leur fonction, et complétés par de nouveaux acteurs. Tout va bien donc...

A dog's life est justement célèbre, et retourne dans la veine sociale qui a fait la réussite de nombreux films, de The tramp à The Vagabond. Alors que le vagabondage de Easy street s'arrêtait dès le premier plan, ici, Chaplin habite dans la misère: il dort à même le sol d'un terrain vague. Le décor de taudis du film est impressionnant par son étendue, et sa cohérence à défaut de réalisme. Chaplin se réveille, et commence une journée de débrouille, qui va le voir voler un marchand ambulant (Sidney Chaplin), trouver l'amour (Edna Purviance) dans un bouge dont il va se faire vider parce qu'il n'a pas de quoi se payer à boire, échapper à un flic (Tom Wilson), et voler des voleurs, trouvant ainsi de quoi alimenter ses rêves domestiques avec Edna... Et surtout il va trouver un compagnon canin aussi mal loti que lui, le "bâtard pur race" Scraps!

Le film ose beaucoup plus qu'avant développer les scènes, certains réglées comme des ballets: la recherche de travail passe par une compétition marquée par un jeu physique de chaises musicales qui est à la fois tragique (Charlie se fait avoir) et terriblement drôle. La notion de ballet s'applique aussi au jeu particulièrement précis entre Sidney et son frère, lors de la séquence ou Chaplin mange tout ce qui dépasse dès que le commerçant a le dos tourné. une large part du film se passe dans le restaurant-bar, dont Chaplin s'attarde à nous montrer le fonctionnement: le patron engage des filles pour faire boire et danser les clients, et Edna, la chanteuse, est mise à contribution, carrément exploitée. Chaplin montre une fois de plus ses sympathies, en se référant toutefois plus à Dickens qu'à Marx... Le maître-mot de ce film qui prend donc son temps, c'est la survie, le lutte pour travailler, manger, protéger ceux qu'on aime, avancer, et à la fin, planter quelque chose pour laisser fonctionner le cycle de la vie. Le film ne se terminera d'ailleurs pas sur une poursuite, même s'il y a une pagaille du tonnerre de Dieu dans le restaurant, entre Chaplin, Edna d'un coté, et les deux voleurs menaçants incarnés par Albert Austin et un homme qu'un jour nous identifierons un jour... Non, le film va plus loin que le simple énoncé nihiliste qui clot le chapitre urbain du film, par la destruction et la bagarre: Edna et Charlie ont droit au bonheur... il y aura dans Modern Times un retour en arrière, comme chacun sait, et des réminiscences de ce film.

La construction du film profite donc pleinement de l'espace permis par les trois bobines de ce film, qui dépasse largement la demi-heure, ce que Chaplin voulait faire on s'en rappelle depuis 1915 et le projet Life. Finies aussi les années Mutual, avec les deux bobines aux titres génériques, on entre définitivement dans une nouvelle période, dont les films vont continuer à creuser les thèmes définis par ses douze précédents courts métrages, tout en diversifiant la longueur, et même la forme. A dog's life n'est pas qu'une étape brillante qui prouve à quel point Chaplin avait raison de vouloir étendre son champ d'action, c'est aussi un classique! ...un de plus.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin Muet 1918 **