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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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26 avril 2020 7 26 /04 /avril /2020 11:56

A l'origine du film, une pièce de théâtre, l'une de ces nombreuses oeuvres mises en avant par les réformateurs, groupes de tempérance et autres associations religieuses: un peu à la façon du célèbre Uncle Tom's Cabin. Mais en pleine prohibition, cette intrigue anti-alcoolique aurait du perdre son attrait. Le truc employé dans le film pour réactualiser, a été de placer l'histoire dans un flash-back, entre l'arrivée d'un dandy citadin en pleine campagne (on comprendra qu'il est un bootlegger), qui se plaint du calme de la communauté, et les souvenirs d'un protagoniste local, qui lui raconte comment le village est devenu un paradis raisonnable, après avoir été un enfer...

L'intrigue tourne donc autour de Joe Morgan , un brave homme dépossédé de son entreprise par l'alliance entre quelques notables et des hommes corrompus. Morgan passe son temps à boire, et symbolise à lui seul la déchéance programmée de toute la communauté. Il leur faudra un électrochoc, à savoir la mort d'une petite fille lors d'une bagarre entre deux hommes ivres, pour que la situation change...

On va assez loin, jusqu'à la lutte à mort entre deux hommes, et même jusqu'à l'incendie volontaire du saloon par les citoyens révoltés... Le film est une petite production indépendante par les Colored players of Philadelphia, un groupe d'acteurs qui a tenté de lancer une production de films Afro-Américains non militants, et sous la responsabilité d'entrepreneurs établis. Ca  a été un échec, puisque la compagnie a du jeter l'éponge après seulement quatre films, dont celui-ci est le deuxième. Mais c'est assez soigné, avec des acteurs capables, dont Charles Gilpin, qui joue le rôle principal, et qui était une sommité du théâtre Afro-Américain, ou encore Lawrence Chenault, qui jouait souvent pour Oscar Micheaux. Une autre version de la pièce, 100% blanche celle-ci, sera produite en 1931. Il faut croire que la prohibition n'était pas des plus efficaces...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926 **
25 avril 2020 6 25 /04 /avril /2020 17:39

Un chimiste (Werner Krauss) vit le parfait amour avec son épouse (Ruth Weyher) en pleine harmonie, lorsque il remarque les traces d'un trouble dans sa vie: il ne supporte plus d'utiliser des couteaux, et s'isole de sa femme. Lequel des deux événements contemporains au début de son problème a bien pu jouer dans l'apparition de sa névrose? L'arrivée de leur cousin (Jack Trevor) dont il est secrètement jaloux? Le meurtre de la voisine par son mari, qui lui a tranché la gorge avec un rasoir? Ou le professeur manifeste-t-il tout simplement une sorte de frustration quant à l'absence d'enfants dans le couple? C'est à la psychanalyse de répondre...

Pabst était un touche-à-tout dès l'époque du muet, et ce film, situé comme une parenthèse dans son oeuvre entre deux oeuvres de longue haleine toutes deux marquées par une forte inspiration sociale (Die freudlose Gasse, Die Liebe der Jeanne Ney), le voit s'intéresser à un drame bourgeois finalement assez banal. Il n'y aurait sans doute pas grand chose à retirer d'un tel cas, si Pabst n'avait fait des choix formidables: d'une part il a demandé à ses acteurs de jouer dans le plus grand naturel dans la partie qui conte l'histoire domestique. Et Werner Krauss, grand acteur expressionniste devant l'éternel, est ici plus que subtil...

Par contre, Pabst obtient des passages plus délirants dans ses séquences de rêve, qui sont souvent répétées dans le film (nous assistons au rêve dans on intégralité, puis il sera découpé en tranches pour être analysé plus tard): mais ces séquences doivent leur ton baroque plus aux choix visuels qu'au jeu des acteurs, encore. Enfin, l'analyse se solde par des recours à des scènes durant lesquelles Pabst fait rejouer les moments-clés du drame par ses acteurs, sur des fonds blanc, et dans un style de jeu neutre. Il en ressort l'impression d'une complexité de la psychologie humaine, rendue ainsi palpable pour le spectateur du film muet.

Le film était une commande ambitieuse du département Kulturfilm de la UFA, qui se spécialisait dans les documentaires, plus que dans les films narratifs. Ce qui n'empêche pas Pabst de s'amuser un peu; par exemple, il réussit parfois à teinter son intrigue d'une touche de comédie légère; surtout, il contourne une exigence de la censure: dans ce film qui a recours à Freud, pas une trace de sexualité. Pas une trace, du moins, dans le script... Dans le film, c'est autre chose. Ainsi, si la jalousie et l'absence d'enfants sont deux moteurs de la névrose, on constatera que le professeur manifeste à deux ou trois reprises, symboliquement, des traces d'impuissance, certes motivées par la jalousie. Et l'effort quasi impossible de se rendre en haut d'un phare qui grandit au fur et à mesure, est un symbole phallique qui manque de subtilité!

C'est donc à une authentique halte psychanalytique dans l'oeuvre de Pabst que nous sommes conviés, une halte faite avec goût, et qui n'est pas un film si mineur dans l'oeuvre de celui qui a dressé, de film en film, un portrait social et moral de l'Allemagne des années 20, et l'a fait en débouchant souvent sur une thématique d'une richesse impressionnante.

 

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Published by François Massarelli - dans 1926 Georg Wilhelm Pabst Muet *
4 avril 2020 6 04 /04 /avril /2020 09:51

Une affaire curieuse, mêlant escroquerie, vol en bande, et corruption généralisée, mâtinée de kidnapping, provoque l'intervention de Billy Stokes, vétéran aviateur de la première guerre mondiale et détective amateur. Réussira-t-il à récupérer l'argent volé et à innocenter le bouc-émissaire?

On pourrait se contenter d'ironiser, devant la pauvreté affichée de ce film qui se targue d'opposer deux aviateurs en pleine Floride, dans les arrières-cours les plus désolées des quartiers noirs des environs de Jacksonville... C'est fauché à l'extrême, les faux raccords sont légion, les acteurs pas vraiment au niveau, et en plus ils regardent parfois le metteur en scène hors champ leur donner des instructions. Le pire, bien sûr, ce sont les scènes aériennes tournées dans une grange devant une toile peinte, cette dernière avec des réparations visibles. On pourrait.

Pourtant, il faut avoir conscience que cette production 100% Afro-Américaine, située dans un état du Sud, et pas le plus progressiste loin de là, a du avoir bien des vicissitudes, et bien du courage pour s'accomplir. Norman était un passionné de cinéma qui s'était fixé pour mission de fournir les cinémas de la ségrégation avec des films qui n'avaient tout bêtement rien de militant, juste des films policiers, des films d'aventure, des comédies, en 35 mm avec un budget ridicule... Il a découpé son film en 6 parties pour permettre aux exploitants de montrer le film comme un serial s'ils le voulaient, et il a sciemment adopté le ton légèrement surréaliste et ultra-naïf du genre... Par moments, la proverbiale "suspension of disbelief" qui est la clé de l'adhésion au cinéma (en gros, c'est le moment où vous savez pertinemment que c'est faux, mais vous y croyez quand même)  finit même par fonctionner... un peu.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926 **
27 août 2019 2 27 /08 /août /2019 17:40

Un couple de saltimbanques (Une danseuse, et un homme-canon) veut se marier... Mais comme lui est jaloux et elle veut garder sa liberté de se produire sur scène, ils abandonnent leurs idées de mariage. Puis un certain nombre de personnages viennent leur polluer l'existence, dont un industriel amoureux de la danseuse, et son épouse qui elle souhaite retrouver l'homme-canon. Bref: les portes claquent, les "ciel mon mari" sont muets, et si le rythme est bien là, l'invention est à chercher ailleurs...

Il y a sans doute quelque chose de furieusement Berlinois dans ce film, qui d'ailleurs recrute deux acteurs que l'on connaît aujourd'hui surtout par leur contribution aux oeuvres de jeunesse de Ernst Lubitsch: Ossi Oswalda et Harry Liedtke. Mais Oswald, lui, n'est évidemment pas Lubitsch! Donc cette comédie avec vieux messieurs obsédés par les jambes des danseuses reste quand même sérieusement clouée au plancher, à plat.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Richard Oswald Muet 1926
18 août 2019 7 18 /08 /août /2019 12:04

Nicolas Koline, émigré Russe arrivé à Paris en même temps que les Mosjoukine, Volkoff, Lyssenko et consorts, a été lui aussi une figure importante du cinéma Français muet, avec la compagnie Albatros d'abord,  puis en indépendant. Acteur de comédie (Il est bien sûr l'immortel cuisinier "invisible" de Napoléon) et metteur en scène à l'occasion, son cinéma était tourné résolument vers le public, et notamment celui de la comédie...

Le graisseur du P.L.M. (Paris-Lyon-Marseille, avant la création de la SNCF), Galupin (Nicolas Koline), a une vie tranquille, entre son pot-au-feu, son petit blanc, et un boulot certes salissant mais qu'il aime bien: un jour qu'il est à graisser les roues d'un train à l'arrêt, deux passagers se plaignent de son chant intempestif... John Beckler (Charles Vanel) et son secrétaire Colchester font venir le graisseur, et échangent quelques mots. Surpris devant l'optimisme de Galupin, Beckler lui fait comprendre que posséder de l'argent n'apporte que des soucis, et ils font un marché: Beckler donnera 600 000 Francs par mois à Galupin à la condition expresse que celui-ci les dépensera intégralement. Le graisseur accepte, mais ne va pas tarder à le regretter...

La famille Galupin se complète de cinq personnes; Madame Galupin (Ernestine de son petit nom) est interprétée en solide matrone par Madeleine Guitty, et sinon ils ont quatre enfants. Le ton global est celui de la farce, et pas des plus fines... Ca se laisse voir comme on dit, et Nicolas Koline est décidément bien sympathique, mais c'est tellement inoffensif que ça en devient sans saveur...

Sauf peut-être quand Galupin qui n'arrive pas à écouler son argent fait une croisière avec des marins saouls, et qu'ils abordent ce qu'ils croient être une île déserte, et qui s'avère être une station balnéaire. La bouffonnerie l'emporte... 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926
17 juillet 2019 3 17 /07 /juillet /2019 16:39

Peter (Ralph Ludwig), Lotte (Margot Misch) et Frieda (Fee Wachsmuth) sont des enfants placés dans une famille d'accueil, les Zielke: et comme on s'en doute dans un mélodrame, la vie n'est pas rose. Madame Zielke (Margarethe Kupfer) a recueilli des enfants illégitimes parce qu'elle peut en tirer quelque chose, et le père Zielke (Max Maximilian) est alcoolique et violent. Un jour, Peter et Lotte prennent très froid, et Lotte meurt de pneumonie: Peter décide de dénoncer le couple, et va se trouver placé chez une femme (Hermine Sterler) qui est très bonne avec lui. Mais son père (Bernhard Goetzke) réapparaît dans sa vie: il est batelier, et il se figure que devenu un peu plus grand, il peut faire travailler son fils...

Lamprecht choisit cette fois de s'intéresser aux gosses de Berlin, et crée à cette occasion un univers Dickensien, avec en prime un couple d'affreux parents d'accueil qui ont tout des Thénardier! Il choisit aussi de se situer à la hauteur de ses petits héros, et surtout de Peter: il est vrai que le jeune acteur, Ralph Ludwig, est excellent dans le rôle. Mais surtout, et ça lui sera reproché au vu des critiques contemporaines, le metteur en scène adopte le point de vue d'un enfant: ils souffrent, et le reconnaissent; ils envient ceux qui ont plus qu'eux (comme le prouve la toute première scène où on passe de la description des passe-temps d'une petite fille de riches, à la misère des deux héros), mais ils acceptent tristement le monde tel qu'il est, sans le questionner plus avant. Et le film ne le fait pas non plus...

Ce n'est pas la première fois que je le dis: Lamprecht est riche en compassion, et c'est un homme qui est motivé par la générosité. Ses films en font foi; mais changer le monde? Ca ne semble pas l'intéresser... Au moins son film est-il une plongée assez réussie dans la vie de ces enfants, mais on aura du mal à parler ici de réalisme, tant le film se nourrit des traditions du mélodrame et des romans simplistes. Maintenant, on ne quitte de toute façon pas l'univers de Lamprecht, puisqu'il fait ici appel à ses acteurs habituels, et que de nombreuses scènes, de par la vitalité des jeunes acteurs, nous prouvent que le tournage a du être un grand moment pour tout le monde. Cette joie de vivre transparaît au moins à l'écran...

 

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Published by François Massarelli - dans Gerhard Lamprecht 1926 Muet *
16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 17:47

Continuant dans la veine de son film Die Verrufenen qui s'intéressait de façon naturaliste à la vie de pauvres berlinois, Lamprecht se lance dans une fresque dédiée à la vraie vie d'un immeuble sous la République de Weimar, utilisant le prétexte du lieu presque unique pour lier les histoires et les personnages entre eux.

Les personnages, c'est bien sûr le mot-clé: l'une des réussites du film dont je parlais plus tôt avait été dans la confection "prise sur le vif" de ces quelques habitants défavorisés de la capitale Allemande. Ce nouveau film n'est pas en reste, et le film repose sur plusieurs anecdotes liées au lieu, un immeuble de centre-ville qui abrite plusieurs familles et plusieurs destins:

La propriétaire, la veuve Büttner (Erika Glässner), est une méchante personne, qui n'est satisfaite que par l'arrivée en temps et en heure des loyers. Elle met un point d'honneur à menacer ceux qui ne paient pas de les mettre dehors. Elle va tomber entre les griffes d'un escroc qui va lui promettre le mariage.

...C'est d'ailleurs la faute de Ria Ricorda Roda, la "conseillère matrimoniale" (Margarethe Kupfer), une brave dame qui semble prospérer avec une affaire qui n'a sans doute pas grand chose d'honnête.

Madame Ipanovna (Olga Limburg) tient une école de danse dans l'immeuble, ce qui donne parfois de la vie dans les escaliers.

Dans les derniers étages, il y a la famille du vendeur de ballons (Berthold Reissig), et un vieux professeur de piano qui a du mal à joindre les deux bouts (Paul Bildt). Il y a aussi une dame qui a sans doute connu des jours meilleurs, madame Von Volgast (Mathilde Sussin) et son fils Dieter (Andreas Bull).

L'intrigue la plus importante, au milieu de tout ça (avec des ramifications évidemment) est celle qui concerne le bijoutier Rudloff (Eduard Rothauser) et ses deux filles: la plus jeune, Brigitte (Renate Brausewetter), travaille avec lui et est attentive aux malheurs des habitants des étages, surtout le jeune Dieter; la plus âgée, Gertrud (Aud Egede-Nissen), est mariée au conseiller d'état Helmuth Köhler (Alfred Abel), mais elle vient de passer en jugement pour avoir entraîné la mort d'un homme en conduisant. Au début du film, on apprend qu'elle vient d'accoucher d'un fils: la famille se déchire autour de la condition de la mère et de l'enfant...

Tout ce petit monde nous est présenté au début par deux infatigables commères, qui donnent un peu un ton léger au film. C'est vrai que contrairement à son précédent effort "Berlinois", Lamprecht a décidé d'insuffler un peu de comédie dans ce nouvel effort qui en dépit de similitudes de structure avec Die freudlose Gasse, reste beaucoup plus optimiste. C'est, tout de suite, un film passionnant, qui sait nous rendre proche des personnages, au moyen de scènes parfois en apparence inutiles, mais qui toutes participent d'un ensemble, soit en faisant le lien entre les êtres et les appartements, soit en créant des passerelles d'une intrigue à l'autre. 

Tout ne sera pas totalement résolu à la fin du film, mais la plupart des personnages vont évoluer, et beaucoup d'entre eux vont voir leurs problèmes résolus: ce qui n'a pas manqué d'attirer sur Lamprecht les foudres de certains critiques qui l'accusaient de légèreté, là où il avait plutôt tendance à  faire passer un message, fut-il naïf: car le futur metteur en scène d'Emil und die Detektive nous parle ici d'entraide, de main tendue et de compassion. Son film n'a rien d'un cri d'alarme politique, mais c'est beaucoup plus un éloge de la générosité, incarnée entre autres par Brigitte et son père. Mais on peut aussi voir cet aspect dans le comportement d'une ballerine anonyme, qui met en rapport Madame Ipanovna et le pianiste, sauvant ainsi ce dernier. Elle avait une bonne raison, car elle lui avait manqué de respect dans l'escalier. Et on en revient à ce que je disais plus tôt sur ces scènes apparemment inutiles: c'est parce qu'elle revient de l'étage où elle a acheté un ballon que la jeune femme bouscule le pianiste, et par voie de conséquence lui vient ensuite en aide. Tout le film fonctionne dans cette tendance à passer d'une strate (d'un étage) à l'autre, par des mouvements qui tous ont une suite, des conséquences, et une logique naturelle et désarmante. 

L'effort d'observation qui préside au film est remarquable, tout comme la mise en scène qui disparaît totalement derrière les personnages et leur destin. Ca donne un film généreux, qui emballe sans jamais faire d'étincelles inutiles. Car il est manifeste, au vu de  ses films, que Lamprecht aime demander de la retenue à ses acteurs, qui sont remarquables de subtilité. Les plus intenses restent, sans surprise, les deux "stars Langiennes", Alfred Abel et Aud Egede-Nissen, qui réussissent à ne pas déparer en jouant suffisamment le jeu. Et l'actrice, qui doit incarner dans le film une prisonnière séparée de son enfant nouveau-né, est sans doute le seul vrai lien de ce beau film avec le mélodrame. Pour ma part, je pense que l'interprétation de celle qui fut une Cara Carozza excessive dans Dr Mabuse, der Spieler, est ici irréprochable.

Voilà qui donne sérieusement envie de continuer à explorer le travail de Gerhard Lamprecht, un metteur en scène qui n'était ni Lang, ni Lubitsch, ni Murnau, ni Pabst, et qui a pourtant réussi à se bâtir une carrière hors des sentiers battus du cinéma Allemand, autour de quelques films hautement personnels, dont celui-ci est un excellent échantillon... Et à travers son plaidoyer pour la générosité et l'entraide, se niche un portrait fascinant d'une société en voie de désintégration, dont on sait ce qu'elle est devenue ensuite: alors ça donne envie de tirer la sonnette d'alarme.

 

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Published by François Massarelli - dans Gerhard Lamprecht Muet 1926 *
3 juillet 2019 3 03 /07 /juillet /2019 16:05

L'auteur de A star is born (1937) a mis du temps à percer, si on en croit son imposante filmographie: celle-ci commence en effet en 1920, soit deux ans après la fin d'un événement crucial de sa vie: sa participation à la première guerre mondiale. Ce qu'il en a retiré en tant que cinéaste? Un sens absolu du refus du compromis, et une maîtrise hallucinante des films d'action. Ce qu'il reste de ses vertes années, pourtant, est ce film: l'une des comédies les pires que j'aie pu voir... Et apparemment ce sentiment est unanime.

Il nous conte les mésaventures de Peter Good (George K. Arthur), un nigaud (en Anglais de l'époque, a boob) qui dans un petit coin campagnard et donc fort reculé de l'Amérique, est amoureux depuis toujours de son amie Amy (Gertrude Olmstead). Mais celle-ci lui préfère un beau moustachu, Benson (Harry D'Algy). Pour impressionner et récupérer sa fiancée, Peter décide de devenir un homme d'action...

Théoriquement, c'est Robert Vignola qui devrait être crédité ici, sauf que... Wellman, décidément mal perçu par le nouveau studio qu'était la MGM, a été appelé à la rescousse pour terminer le film à la place de Vignola qui était hors-jeu. C'est assez incroyable qu'un dur à cuire comme Wellman, dont on sait l'efficacité, ait pu être considéré uniquement comme un "réparateur" de films par le studio, puisque ce cas n'est pas isolé dans sa période MGM. Mais sa période de travail sur le film a été jugée suffisamment longue pour qu'il hérite d'un crédit. Je ne pense pas que le cadeau soit très valorisant!

On va le dire tout de suite: Wellman a toujours prétendu qu'il avait commencé à boire plus que de raison durant le tournage de ce film afin d'oublier et de faire passer la pilule. On ne peut que le croire, tellement ce film n'est ni drôle, ni réussi, ni intéressant. Une heure qui passe lentement, dans une torpeur malaisée... Rien à retirer si ce n'est une série d'apparitions de Joan Crawford, dont on peut se demander pourquoi la MGM l'employait au compte-gouttes! Wellman a ensuite tout fait pour se faire virer, et comme on le sait, il a ensuite trouvé refuge à la Paramount où on l'a un peu mieux traité. Ouf.

 

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Published by François Massarelli - dans 1926 William Wellman Comédie Navets Robert Vignola **
22 avril 2019 1 22 /04 /avril /2019 15:56

Le grand déclencheur, ça a été The big parade: le film de King Vidor a changé pour toujours la façon dont le cinéma Américain allait désormais voir la guerre. Avant, c'était Hearts of the world, The four horsemen of the apocalypse ou Shoulder arms: la tragédie, l'opéra même, voire la comédie, mais quelque soit la teneur dramatique, il y avait toujours un "nous" et un "eux"... Avec The big parade, on a découvert, enfin, que la guerre est une souffrance partagée, un gouffre dans lequel l'homme perd son humanité. ce qui ne l'empêche pas de rester, occasionnellement, un héros. Après le film de Vidor, d'autres sont venus s'ajouter et confirmer cette nouvelle façon de voir. Dans cette période qui va de 1925 à la fin du muet, on peut évidemment compter Wings (1927) de William Wellman, et le magnifique film All quiet on the western front (1930) de Lewis Milestone. De façon moins flagrante, Seventh heaven (1927) et Lucky Star (1929) de Frank Borzage, et Four sons (1928) de John Ford, s'ajoutent par certaines séquences à la liste. Enfin, ce film de Walsh, l'un des rares à avoir survécu, est l'un des plus gros succès de la période...

Deux Marines, le capitaine Flagg (Victor McLaglen) et le sergent Quirt (Edmund Lowe) sont d'éternels rivaux, depuis toujours: à chaque fois que Flagg fait une conquête féminine, Quirt se débrouille pour la lui piquer... Mais c'est la guerre, et Flagg est le che d'un bataillon au repos sur l'arrière, dans un petit village: il est très bien, du reste, car le cafetier local a une jolie fille, Charmaine (Dolores Del Rio), dont Flagg est vaguement amoureux. Bref, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes, si d'une part Quirt ne venait relever le capitaine de son commandement, le temps d'une permission à Bar-Le-Duc, et bien sûr, s'il ne fallait pas de temps à autre aller chatouiller les Allemands...

L'impression qui domine, est celle d'une fuite en avant. Flagg et Quirt n'ont pas d'attache, semble-t-il, ils vivent tout entiers pour leur mission... Mais ça ne les empêche pas d'avoir une vraie lucidité sur les hommes qui les entourent. Flagg en particulier est une vraie mère poule, du moins par derrière... Et Walsh divise son film en deux sortes d'épisodes: ceux consacrés à la vie qui continue, à l'arrière, malgré la menace permanente, et ceux-là sont de la comédie pure et dure. Les autres parties du film sont bien sûr les scènes de guerre, et elles tranchent sur les autres par leur dureté et leur réalisme...

Le propos de Walsh est de montrer que l'homme a besoin en temps de guerre d'une sorte d'espace neutre, et Charmaine est cette garantie pour les deux hommes... Pas que pour eux, car Charmaine, qui clame haut et fort qu'elle ne vendra pas son coeur, devient chez le sentimental Raoul Walsh une mère poule pour tous les soldats qui peuvent mourir un jour où l'autre. Elle agit même en mère de substitution pour un jeune artiste-peintre dont Flagg pense qu'il n'a rien à faire dans cette guerre.

Mais rien à faire: le côté bourru des hommes entre eux en attendant la bataille, le "repos du guerrier" incarné par une fille pas farouche, tout ça est daté, et pas vraiment concluant... Trop de picaresque finit par rendre le film un peu suspect, et puis on n'oublie pas qu'il y a une pièce à succès, justement. Walsh a mieux dépeint la guerre dans Objective to Burma, par exemple... Reste qu'on aimerait au moins voir ce classique jamais édité en DVD dans de bonnes conditions! 

Une dernière chose: je ne le trouve certes pas convaincant, mais ce What price glory? de Raoul Walsh, a au moins un avantage pour lui: il n'est pas l'immonde remake de 1952, l'un des films les plus atroces de John Ford.

 

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Muet 1926 Première guerre mondiale **
15 mars 2019 5 15 /03 /mars /2019 17:54

Cecil B. DeMille a risqué le tout pour le tout en 1923: lassé de travailler pour la Paramount, qui commençait à être un carcan, il a largué les amarres et s'est lancé dans l'aventure du studio indépendant: une aventure vouée à l'échec, d'autant que l'idée de se placer sous l'aile protectrice de Pathé était une erreur fatale: le distributeur, comme le studio, était condamné à plus ou moins brève échéance... Mais en attendant ce funeste destin, l'autocrate à bandes molletières a au moins eu le temps de lancer une production intéressante, partagée entre des films de série A (les siens, souvent ambitieux et toujours singuliers, parmi lesquels The King of Kings, ou The Volga Boatman, The Road to Yesterday et The Godless Girl sont les plus notables, à des degrés divers), d'autres destinés à alimenter les goûts du grand public (Dont le meilleur des films de Rupert Julian, The Yankee Clipper, ou l'impressionnant Chicago crédité à Frank Urson, mais dont la paternité réelle ne fait aucun doute, et puis de nombreux drames romantiques parmi lesquels White gold)... enfin, les films DeMille produisaient aussi des comédies, dont ce joyau.

Rod La Rocque, apparu justement dans les productions ambitieuses du grand réalisateur, est la vedette de ce film, qui prend probablement prétexte de la sortie cette même année de The Black Pirate d'Albert Parker et Douglas Fairbanks. Non que cette comédie soit un film de pirates, mais les clins d'oeil savoureux à Fairbanks, son style et son univers, sont légion... Rod La Rocque, dédié le plus souvent aux rôles sous-valentiniens de séducteur musclé, se moque ouvertement de sa propre image en même temps qu'il nous fait une parodie espiègle de Fairbanks, dans un film qui renvoie d'ailleurs souvent à l'esprit un peu ironique des films du grand acteur réalisés avant son Zorro: des oeuvres souvent marquées par un humour physique et assez inventif...

Jerry Cleggett est le dernier héritier d'une glorieuse famille fondée par un pirate: pour avoir le droit de devenir maîtres d'une conséquente fortune, les Cleggett doivent se marier comme leur ancêtre le jour de leur vingt-cinquième anniversaire. C'est donc l'anniversaire de Jerry, et... pas de fiancée à l'horizon. Mais comme c'est un jeune homme bien de son temps, ça n'a pas l'air de le gêner, sauf que... les huissiers sont là et saisissent jusqu'à son pyjama, dernier rempart contre l'indécence... Et pourtant une femme va entrer dans sa vie: Agatha (Mildred Harris), héritière légitime d'une fortune conséquente, poursuivie par un oncle (Snitz Edwards) qui lui n'hérite que de trente cents, et lui en veut: il a d'ailleurs détruit l'héritage, dont il ne reste qu'une trace: la feuille s'est en effet collée un instant sur le dos humide de la jeune femme qui prenait un bain, et l'oncle voudrait effacer cette dernière preuve...

Oui, ça a l'air délirant comme ça, mais ce n'est que le début: le reste part encore plus dans tous les sens, et comme James Horne est aux commandes, on est dans la tradition du slapstick le plus joyeux, c'est-à-dire drôle, improbable, mais ni sans rebondissements (poursuites, hold-up, coups sur la tête, bagarres, cascades idiotes, et j'en passe) ni sans rigueur... La Rocque se fait plaisir en parodiant son identité de jeune premier (et certaines scènes du début, qui montrent un essaim de rombières tentant de capter la nudité furtive du jeune homme sous des draps, sont particulièrement coquines), et lui et Mildred Harris dynamitent avec allégresse les conventions du cinéma de genre, en alternant baisers fougueux et bourre-pifs bien balancés. Snitz Edwards est généralement un minable dans les films qu'il interprète: ici, c'est un minable méchant, il y est splendide! Bref, ce petit film pour rire est une vraie pépite...

 

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Published by François Massarelli - dans 1926 Comédie Cecil B. DeMille Muet *