Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Présentation

  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
  • Contact

Recherche

Catégories

4 novembre 2025 2 04 /11 /novembre /2025 22:10

A Copenhague, nous faisons la connaissance de Nikolajsen (Oscar Stribolt), un tavernier qui a des soucis: il vient d'apprendre l'existence d'une fille qu'il a eu d'une première idylle, et son épouse n'est pas au courant. Elle vit au Jutland, mais comment justifier un voyage? Il se confie à ses amis, tous commerçants et artisans dans son quartier... Apprenant qu'il y a une soudaine et inexplicable invasion de loups dans la région, ils décident de s'y rendre, pour chercher la jeune femme, sous le prétexte de faire la chasse aux loups...

Pendant ce temps, un étudiant (Gorm Schmidt), habitué de la taverne, est justement en vacances au Jutland, où il fait la rencontre d'une délicieuse jeune femme (Lise Bauditz)... Et deux vagabonds (Carl Schenström, Harald Madsen, alias Doublepatte et Patachon) se greffent sur la chasse au loup pour y gagner un peu d'argent...

C'est un scénario loufoque, et on regrette qu'il le soit, finalement, plus que le film: car c'est sage, et assez routinier... Une fois de plus, le décor est superbement mis en valeur (c'est surtout qu'il y a un lac, et des forêts autour, et que voulez-vous, j'y suis très sensible), et le camping à la dure dans les bois est rehaussé de la présence des inévitables jolies baigneuses, invitées permanentes des films de Lauritzen... On devine dès le départ que tout va rentrer dans l'ordre...

Se pourrait-il qu'à l'heure de se concentrer sur un Don Quichotte nettement plus ambitieux, Lauritzen et ses deux acteurs fétiches n'avaient pas trop de temps à perdre avec un film aussi banal?

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Schenström & Madsen Lau Lauritzen 1926
28 octobre 2025 2 28 /10 /octobre /2025 22:02

1914... Le Capitaine Ulysse Ferragut (Antonio Moreno), un Espagnol, a grandi sous l'influence de son oncle, surnommé le Triton: ce dernier était littéralement amoureux de la Mer Méditerranée, et lui a transmis sa passion. C'est contre le gré de son épouse, l'austère Dona Cinta, qu'Ulysse est devenu capitaine de cargo. Il sillonne "sa" mer, avec son cargo Mare Nostrum, mais cela ne rapporte guère... La guerre éclate mais l'Espagne reste neutre. Dans le cadre de ses voyages, Ulysse rencontre une jeune femme, Freya Talberg (Alice Terry), qui ressemble de façon impressionnante à un portrait de la déesse Amphitrite, personnification de la mer dans le monde antique: ce portrait était accroché chez le Triton. Mais plus prosaïquement, Freya est une espionne Allemande, et leur rencontre va être le moyen pour la jeune femme de pousser le capitaine, amoureux d'elle, à collaborer avec les marins Allemands...

Ingram avait réussi à imposer à la Metro, juste avant que celle-ci ne fusionne avec Goldwyn, de tourner The Arab en Afrique du Nord. Il en est sorti bouleversé... Peut-être pas autant que le racontait le cinéaste Franco-Américain Robert Florey, qui prétendait avoir rencontré Rex Ingram transfiguré, converti à l'Islam, et ne parlant plus qu'en citant des passages du Coran... Non, disons plutôt que le cinéaste a particulièrement apprécié le fait de travailler en indépendant, loin des studios. Et comme le montage de The Arab, effectué une fois la MGM créée, lui a déplu fortement, il a pris la décision de s'installer en Europe, à Nice plus précisément, où il allait utiliser les Studios de la Victorine pour tourner des films qui seraient ensuite vendus à la MGM sans que le cinéaste n'ait à se frotter au studio... D'autres films (The Magician, The garden of Allah) suivraient, mais l'expérience tournerait au fiasco. En attendant, il aura au moins pu faire ce film, l'un des plus extravagants, symboliques, et profondément baroques de toute son oeuvre.

C'est la deusième adaptation de Vicente Blasco Ibanez que réalise Ingram, la première étant The four horsemen of the Apocalypse: dans les deux films, il est question de la Guerre Mondiale, vue sous un angle hautement symbolique. Les 2 films (et, j'imagine, les romans également) ne manquent pas de similitudes: un héros pris entre deux feux, un amour fou, absolu et maudit, et une filiation symbolique (le "Centaure" Argentin de The four horsemen est ici supplanté par un "Triton"). Les deux héros de chque film sont à part, l'un est un dandy autant qu'un artiste, et l'autre aime plus la méditerranée et ses mystères, que son épouse... La mort rôde, entre les exactions répugnantes des soudards allemand du premier film, et le torpillage d'un paquebot Américain dans Mare Nostrum, un attentat auquel Ulysse aura participé, et qui mène à la mort de son fils unique...

Ingram ne pouvait s'accomplir que dans le mélodrame, dans l'énorme et le délirant. Tous ses films débordent de la vérité, qu'ils transposent en des termes poétiques, profondément cinématographiques et visuellement forts. Ils ne sont jamais exempts de scories, d'un humour parfois un peu facile, mais aussi d'une faune étonnante. Il aimait à s'entourer d'acteurs qui soulignaient le grotesque, et a beaucoup fait pour permettre à des acteurs physiquement différents (nainsc omme John George, acteurs obèses, dont Hughie Mack, un ancien de chez Sennett qui avait également joué pour Stroheim), voire différents tout court (Rose Dione, actrice ouvertement lesbienne, était l'une de ses protégées) de faire carrière dans le cinéma Américain des années 20. S'il choisissait de réaliser des films d'après des auteurs populaires (Anthony Hope, Rafael Sabatini, Ibanez) ou d'après des histoires qui se prêtaient à ses obsessions personnelles (Eugénie Grandet pour The Conquering Power, et une nouvelle fantastique de William Somerset Maugham pour The Magician), c'est qu'il entendait s'approprier totalement le matériau qu'il adaptait. Un peu, finalement, à la façon d'Hitchcock plus tard, ou plus sûrement à la façn de Michael Powell, qui travailla sur quelques-uns de ses films européens... dont celui-ci.

A travers la rencontre inattendue entre la "déesse Amphitrite" et l'infortuné Ulysse Ferragut, Ingram nous raconte ioniquement les infortunes de l'amour, l'écueil du devoir, l'incompatibilité entre les aspirations et la vie. C'est Alice Terry qui a (presque) le dernier mot, dans une scène surprenante par sa dignité: celle, inspirée de la fin de Mata-Hari, durant laquelle la jeune femme va marcher jusqu'à la mort. "Everyne must die"... Constat amer, subtilement ironique, ou terriblement banal? Le film, en tout cas, ne l'est absolument pas: paré des pieds à la tête, chaque scène montre une vitalité cinématographique, un sens de l'image qui explose dans chaque plan. Rex Ingram était un cinéaste excentrique dont on aimeait revoir plus des quelques films qui nous restent... Celui-ci, une ode délirante à la Mer qui avait accueilli Ingram, est particulièrement beau.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans 1926 Rex Ingram Muet
26 octobre 2025 7 26 /10 /octobre /2025 23:04

Dans les années 20, l'occultisme est une forme de mode qui prend essentiellement les classes les plus aisées, et va aboutir à un chef d'oeuvre cinématographique absolu... Ce n'est pas ce film, qui s'inspire quand même du mouvement, ainsi que de la personnalié d'Alceister Crowley.

Rex Ingram, impétueusement fâché après la MGM qui lui a refusé la réalisation de Ben-Hur après le retrait de Charles Brabin, et profondément en colère contre Louis B. Mayer (au point de toujours demander à ce ses films sortent sous étiquette « Metro-Goldwyn » seulement, c'est dire l'étendue de la bouderie), a prétexté un film situé en Europe pour y partir, et maintenant il ne veut, tout simplement, plus revenir. Il est basé à Nice, et utilise les Studios de la Victorine, mais pas seulement, comme le prouvent de nombreux extérieurs situés à Paris... Son film, après l'ambitieuse vignette d'après-guerre Mare Nostrum, version opératique des années de conflit mondial vues sous l'angle de l'ivresse de l'amour fou, est un petit mélodrame occulte adapté de Somerset Maugham, qui promet beaucoup, et déçoit quelque peu...

Alice Terry y interprète une sculptrice Américaine installée à Paris qui a un accident, nécessitant une intervention chirurgicale délicate. Celle-ci est confiée à un jeune prodige Américain, le docteur Burdon, joué par Ivan Petrovitch: de l'opération, qui est un succès, naîtra une relation entre les deux jeunes gens. Mais un autre homme a des vues sur la jeune artiste, l'occultiste Oliver Haddo (Paul Wegener), qui très vite va lui montrer l'étendue de son pouvoir...

...De suggestion ? Le film contient une inconsistance majeure : d'un côté il semble qu'Haddo soit réellement doté de pouvoirs, ce qui évidemment ouvre la porte à une interprétation magique au premier degré. Sauf que vers la fin du film, un intertitre nous apprend qu'il est en réalité totalement dingo. Ce qui pose évidemment problème, puisque un (excellente) scène nous montre, en effet, Wegener emmener avec lui Alice Terry dans un monde inquiétant de faune, de diables et de sorcières... Et qu'à deux ou trois reprises, il l'hypnotise comme un rien.

Mais c'est sans doute la loi du genre, le mélodrame fantastique avec tours lugubres, laboratoires médiévaux, grimoires et assistants nains : tous ces ingrédients sont d'ailleurs bien présents, et si vous ajoutez un faune, vous voyez qu'on n'est pas volé... Mais le principal écueil du film, c'est que si on constate qu'il est à l'aise pour réaliser un film de genre, on aimerait qu'il aille un peu plus loin, car c'est quand même le metteur en scène de l'époustouflant Scaramouche et du baroque Mare Nostrum, alors cette petite entreprise occultiste, qui bénéficie de beaux décors et de l'équipe rodée de Rex Ingram, méritait mieux que ça, quand même ! Reste Wegener, le principal atout du film, qui est exactement comme on l'imagine, c'est-à-dire inquiétant, énorme et parfaitement à son aise dans ce fatras inspiré à la fois de Haxan, de Nosferatu (LE chef d'oeuvre ouvertement occultiste dont je parlais plus haut) et de Gustave Doré...

Au moins le film a-t-il un atout qu'on pourra qualifier d'ironique. Derrière cette jeune artiste (qu'on nous conduit à imaginer vierge, ce qui va sans dire et ça tombe bien puisque le dire clairement serait proscrit même en intertitres!) qui sous hypnose et à la vue d'un faune, se met à imaginer des bacchanales crapuleuses (beaucoup, mais alors beaucoup de gens à peine vêtus) il y a tout un fantasme rigolard de la répression sexuelle, si typiquement Anglo-Saxonne, dont l'Irlandais Rex Ingram, fils de pasteur protestant, devait quand même bien avoir la mesure... Au point d'en confier le rôle à son épouse...

Sinon, Ingram se cherche, et pour ce film, il a trouvé... des influences: m'est avis que le fils d'Hollywood a vu, pêle-mêle, les films Le brasier ardent, de Mosjoukine, The penalty, de Wallace Worsley, Häxan, de Benjamin Christensen, et sans doute Dante's Inferno, de Henry Otto. Tous l'ont clairement inspiré*... Et puisqu'on parle de l'influence d'un cinéaste, rappelons en guise de post-scriptum que le tout jeune Michael Powell, qui a commencé travailler en qualité d'homme-à-tout-faire pour Rex Ingram avec le film précédent, est ici acteur, entre autres choses. Vous le reconnaitrez facilement, il interprète un touriste Britannique...

*Puisqu'on parle de Dante's inferno, produit en 1924 pour la Fox, il y aura un remake parlant en 1935, avec Spencer Tracy, un film qui utilisera des extraits et rushes du film de 1924... Il fut réalisé par Harry Lachman, qui en 1925- 1926, était en France. Il était l'un des assistants d'Ingram sur ce film.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans 1926 Muet Rex Ingram *
12 août 2025 2 12 /08 /août /2025 13:40

Bill Scott (Harry Carey) arive à Satan Town, une ville qui se revendique comme étant un lieu de perdition... Il est venu autant par fascination que par curiosité, mais très vite il comprend que la réputation n'est pas usurpée. Il prend la défense d'une jeune femme, Sue (Kathleen Collins) qui tente de renverser la situation avec l'aide des honnêtes gens, mais elle est la cible des agissements d'une bande de malfaiteurs dirigés par Malamute (Ben Hendricks).

C'est un western extrêmement générique, qui repose beaucoup sur la personnalité d'Harry Carey, et son côté direct. Il n'y a pas, dans la version qui survit, de passage vraiment notable. Il faut dire que la version intégrale a disparu, et que les copies survivantes proviennent d'une copie d'une seule bobine (contre six dans la version intégrale) qui proposait un condensé de l'intrigue, réduite à sa plus simple expression...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet 1926 Western
27 juillet 2025 7 27 /07 /juillet /2025 14:22

La compilation Wonder dogs, consacrée par Kino aux films mettant en scène des chiens dans l'ombre de Rin-tin-tin, l'a parfaitement démontré: les gens raffolaient des films qui mettaient en scène ces animaux de compagnie, le plus souvent en "meilleurs amis de l'homme", et si possible dans des contextes policiers... Ce film en est un exemple. L'accent, d'ailleurs, y est mis sur l'action, à partir d'une intrigue très passe-partout.

Tout y est blanc ou noir, binaire et clairement penchant du côté du mal ou du côté du bien. Alors qu'un valeureux policier (Edward Hearn) secondé de son non moins valeureux chien Peter The Great, agit contre des bandits, l'animal déchire le vêtement d'un homme... Il s'agit du frère de la fiancée du héros, un caissier de banque qui est tombé dans les griffes des malfaiteurs...

Le film est prétexte à des péripéties certes téléphonées, mais parfaitement représentées, par un maître du film d'action à l'époque: c'est lui qui avait réglé la mémorable séquence de la course de chars, dans le Ben-Hur de Fred Niblo, et accéléré le mouvement de manière impressionnante dans The phantom of the opera. Ici, il se livre à l'inévitable poursuite lors de la dernière bobine... Un film qu'on oubliera pourtant très vite...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans 1926 Muet ** Wonder dogs
18 mai 2025 7 18 /05 /mai /2025 21:55

René Le Somptier, engagé à la Gaumont à l'époque de Louis Feuillade, était un étrange cinéaste, accessoirement journaliste et poète, qui officia sur des films Gaumont avant de bifurquer vers une carrière de metteur en scène mercenaire, réalisant pour nalpas, le Film d'Art et la Société des Ciné-romans, des films essentiellement populaires... On pourrait sans problème citer, aussi, La dame de Monsoreau et La Sultane de l'Amour (co-réalisé avec Charles Burguet)comme ses hauts faits d'arme, deux films assez inspides, mais réhaussés par une coloration au pochoir sur l'intégralité de leur métrage...

Georges Biscot de son côté est un acteur de comédie, révélé par Feuillade là encore, qui s'illustra dans un rôle proche de celui de Marcel Levesque avant lui: l'éternel faire-valoir, mais moins le meilleur ami du héros (Mazamette, interprété par Levesque dans Les Vampires) qu'un domestique doté d'un bon sens comique (Tih-Minh)... Sa popularité était énorme, et le voici donc propulsé vedette d'un feuilleton en six épisodes pince-sans rire...

Georges Grigny-Latour, fils d'un éminent académicien, fait le désespoir de ce dernier, depuis qu'il a choisi une carrire sportive: sous le pseudonyme du Petit Parigot, il est deenu extrèmement populaire... Mais dans le cadre d'une rencontre sportive, il est amené à croiser le chemin d'une jeune femme, qu'il va retrouver de manière systématique face à lui... Il découvre qu'elle est la victime des agissements d'un sale type, qui se trouve être le futur beau-frère de Georges... Celui-ci est donc lancé dans une aventure plus que rocambolesque... en six épisodes.

Totalement impossible à prendre au sérieux, ce film joue en permanence sur les faux-semblants, beaucoup plus dans son intrigue que dans sa mise en scène (pas vraiment notable)... Le scénario a permis à l'équipe, très probablement, une bonne dose d'improvisation, et des tournages au gré des envies, un jour à Paris, le lendemain à Cherbourg... Et jamais le film ne semble totalement oublier de souligner l'absurde intégrale de la situation, notamment à travers un art de la digression loufoque. De là à le classer dans la même catégorie que les chefs d'oeuvre de Feuillade, il n'y a qu'un pas... Que je ne franchirai certes pas.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet 1926
16 mars 2025 7 16 /03 /mars /2025 14:40

L'étudiant de Prague a déjà fait l'objet d'une adaptation par son scénariste Hanns Heinz Ewers en 1913, avec la collaboration de Stellan Rye. Le rôle principal, celui de l'étudiant épéiste Balduin, était tenu par Paul Wegener, qui était, déjà, trop vieux pour le rôle... C'est aussi le cas de Conrad Veidt mais ça se voit moins!

En automne, un groupe d'étudiants en goguette s'arrêtent à une tavrne pour y boire et prendre du bon temps. Balduin l'étudiant est amené à secourir la fille d'un noble local, la belle Margit, dont le cheval s'est emballé lors d'une partie de chasse. Balduin est hanté par le souvenir de la jeune femme, et délaisse sa petite amie Lyduschka. Prenant conscience de sa classe sociale, il passe un contrat surnaturel avec le prêteur sur gages Scapinelli (Werner Krauss), qui lui confère richesse et gloire. Il peut désormais essayer de séduire la belle Margit...

Nouvelle variation sur le thème du double et du contrat maléfique, le film est sorti la même année que Faust... Sous la direction de Galeen, il se pare d'un souffle impressionnant, et d'une richesse que ne possédait pas celui de 1913, tout en lourdeurs assez poussiéreuses... Un remake ne s'imposait peut-être pas, mais de toute façon, ce nouvel Etudiant de prague est bien un tout autre film, plus accessible en 1926 aux spectateurs du monde entier, clairement. 

Galeen poursuit ainsi un travail de réappropriation des mythes (Germaniques ou non, puisqu'il a collaboré au film Nosferatu, après tout) en s'appropriant différemment des habitudes de l'écran allemand, l'héritage de la tentation d'un cinéma expressionniste, sempiternel sujet de débat autour des oeuvres cinématographiques de Weimar..; Il y utilise bien des aspects du style (les décors marqués d'Hermann Warm, et bien sûr les deux acteurs les plus marquants de Caligari, ce n'est pas rien) mais son film est empreint d'une vraie fraîcheur: et le jeu de Veidt en particulier y est moins chargé qu'à l'accoutumée. Et Krauss est méconnaissable!

Galeen, et Ewers qui a collaboré au scénario, placent le film dans un souffle spectaculaire, en développant l'intrigue sur deux heures, aussi, évitant les lourdeurs de l'oeuvre initiale. La scène la plus emblématique, durant laquelle Scapinelli opère un échange entre Balduin et son double à travers un miroir, est sans doute la plus traditionnelle, sous l'influence inévitable des habitudes du cinéma allemand d'avant... Mais la magnifique scène de l'entrevue nocturne entre Balduin et Margit, qui fait intervenir les quatre principaux personnages, est superbement pensée, avec l'utilisation inquiétante de l'immense ombre de Krauss...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Henrik Galeen Conrad Veidt 1926 **
29 octobre 2024 2 29 /10 /octobre /2024 14:59

Le remake de ce ilm par William Wellman est tellement fidèle, qu'il me semble approprié de répéter les contours de l'intrigue:

L'action commence autour d'un fort en plein désert, qui vient de subir une attaque. Quand les secours arrivent, on constate que tous les soldats au remparts sont les cadavres de la garnison. Il y a juste eu un coup de feu, qui l'a tiré? L'officier en charge examine les lieux, découvre des étrangetés: un cadavre qui tient une mystérieuse lettre dans sa main, s'accusant d'un crime, et aucune trace du mystérieux tireur... Quand il quitte le fort pour retrouver la troupe, un feu se déclare dans le fort.

Quinze années auparavant, nous faisons la connaissance des trois orphelins Geste: Beau, Digby et John, qui ont été adoptés ensemble... Une étrange affaire se déroule en leur présence, un bijou à la valeur inestimable a été dérobé. Chacun d'entre eux peut être soupçonné, Beau (Ronald Colman) décide de partir le premier, pour éviter que ses deux frères soient suspects. Digby (Neil hamilton) part ensuite et enfin John (Ralph Forbes): ils vont tous s'engager dans la légion étrangère française...

C'est de l'aventure telle qu'elle se concevait entre la fin du XIXe siècle, et les quarante premières années du XXe.  Une aventure dominée dans la plupart des fictions par l'image tutélaire de l'Angleterre, des comportements héroïques plus grands que nature, incarnés ici par trois frères dont l'amour les uns pour les autres "est plus fort que la peur de la mort"... Une aventure qui ne pouvait s'accomplir que dans des endroits reculés, forcément exotiques: le contexte de la légion Etrangère permet le recours au Sahara, et à ses mystérieux Touaregs, enveloppés d'un flou artistique savamment entretenu en même temps que d'étoffes protectrices... Le désert et ses batailles ensablées deviennent les éléments décoratifs d'une aventure absolue, enfermée à la fois dans le destin fatal de ses protagonistes, et dans les clichés sagement accumulés pour satisfaire le spectateur venu les chercher dans les salles obscures. Mais comme de juste, cette aventure rocambolesque qui commence par la disparition mystérieuse (et qui ne sera élucidée qu'à la fin) d'un bijou, est en fait construite, d'une certaine façon... sur du vide.

C'est donc un film extrêmement bien fait, par un orfèvre en la matière. Brenon n'était sans doute pas l'un des plus importants metteurs en scènes Américains du temps du muet, ni l'un des plus inventifs. Mais il savait ce qu'il faisait, et son savoir-faire combiné à, semble-t-il, un certain autoritarisme, débouchent à l'écran sur du particulièrement solide!

Et puis, dans cette histoire certes convenue, on aura le plaisir de revoir des acteurs de premier plan et des seconds rôles qui ne sont pas n'importe qui: Ronald Colman, Noah Beery (en officier qui aurait sans aucun état d'âme pu commander le Bounty!), Victor McLaglen, et l'inévitable William Powell en félon... Classique.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans William Powell Herbert Brenon Muet 1926 **
21 octobre 2024 1 21 /10 /octobre /2024 15:43

Un criminel mystérieux, qui se déguise en chauve-souris et utilise de façon insistante une imagerie et une symbolique liée à l'animal, dérobe des bijoux prestigieux, et menace une demeure louée par l'autrice Cornelia Van Gorden. Autour de cette dernière, et alors que les indices de la présence du maléfique individu se précisent, des individus divers et variés: la nièce et son petit ami, un étrange domestique Japonais (probablement fourni avec la maison), un détective privé mystérieux, et un policier qui l'est moins... 

Fatalement, la question n'est pas tant "que va donc faire la "Chauve-Souris", que "QUI est la Chauve-souris". La solution sera donnée, au terme d'un film décoratif et parfois pesant. Tout ici, bien entendu est nocturne, et assez théâtral, dans la mesure où West, qui vient justement des planches, adapte ici un énorme succès qui se répète depuis des années sur Broadway. Il est d'ailleurs probable que le succès de la pièce a eu une incidence sur l'émergence d'un genre à part entière: One exciting night, de Griffith, ou encore Haunted spooks de Harold Lloyd en témoignent. ...et West lui-même s'y est essayé en 1925 avec The monster, un film assez moyen, mais à l'esthétique totalement délirante.

C'est d'ailleurs à ce genre de production de maison hantée que les films d'épouvante d'avant Dracula et Frankenstein vont systématiquement se référer, avant de trouver enfin la lumière et de se laisser enfin influencer par le cinéma Allemand. Ici, ce serait plutôt le cinéma Danois qui serait la référence... Un art aimable et volontaire de la lumière, dans des cadres rigoureux et bien définis. C'est sûr, on appréciera la façon dont West utilise les ressources de sa vision nocturne. On constatera aussi que force reste à la comédie... Comme s'il fallait ne surtout pas prendre trop au sérieux ces diableries... 

Des acteurs compétents, enfin, font consciencieusement leur travail: Tullio Carminati est le mystérieux détective, Jewel Carmen la jolie nièce et son copain est interprété par Jack Pickford. Louise Fazenda joue la bonne de Cornelia Van Gorden interprétée par Emily Fitzroy. L'inspecteur Anderson est interprété par Eddie Gribbon, et le mystérieux Japonais ne pouvait être que Sojin Kamayama! Mais bon, d'une part mettez un acteur ou une actrice dans un costume de chauve-souris (je ne vous dirai pas qui) et vous n'obtiedrez rien d'autre que du ridicule... et sinon, l'année suivante, Paul Leni tournera l'exceeptionnellement beau The cat and the canary: LE film du genre. 

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet 1926 **
9 juin 2024 7 09 /06 /juin /2024 21:25

Londres, milieu des années 20. Dans le quotidien bien agencé de ses habitants, un monstre vient tout gâcher, et assassine des jeunes femmes, toutes blondes. La psychose s'empare de la ville, en particulier des jeunes femmes qui travaillent tard, comme par exemple les chorus girls du spectacle "Golden Curls (Boucles blondes)". Le meurtrier opère dans un quartier bien délimité, et laisse sur les cadavres de ses infortunées victimes un petit papier sur lequel il a dessiné un triangle, avec une inscription en guise de signature: The avenger (le vengeur)...

C'est dans ce contexte que dans une modeste bâtisse tenue par un couple de retraités, les Bunting, vient s'installer un mystérieux étranger. L'homme qui a décidé de louer la chambre est secret, peu bavard, mais surtout il tranche sur la petite famille simple par son air torturé et sa réaction d'horreur devant la décoration de la chambre: il fait tout de suite enlever les jolies images un peu polissonnes de beautés blondes déshabillées qui ornaient sa chambre. Par contre il s'entend très bien avec Daisy, la jolie fille blonde des Bunting, qui travaille comme mannequin, ce qui n'est pas du goût du fiancé auto-proclamé de celle-ci, un policier qui travaille sur l'affaire de l'Avenger; aussi, lorsqu'il devient de plus en plus clair que l'étranger non seulement est lié à l'affaire, mais pourrait bien être le meurtrier lui même, les choses se compliquent pour tout le monde...

Bien que le film soit déjà son troisième, après The pleasure garden et le film perdu The mountain eagle, on a coutume de référer à The lodger comme étant le "premier Hitchcock picture", selon les mots du Maître lui-même. Ca s'explique et se justifie très bien en effet: c'est pour commencer le seul de ses films muets (Si on considère l'hybride Blackmail, 1929, comme un film parlant) à traiter d'une histoire criminelle, et à se situer dans un Londres contemporain marqué par les petites histoires quotidiennes de sa classe ouvrière: de fait, Daisy (Interprétée par le mannequin June) travaille, le policier joué par Malcolm Keen est aussi un homme occupé, et on a le sentiment ici que le réalisateur est dans un milieu familier, ce qui sera confirmé par la plupart de ses films Anglais, situés le plus souvent dans le petit peuple Anglais plus que dans la gentry... 

Mais évidemment, si on peut comprendre le plaisir du metteur en scène à se plonger enfin dans l'Angleterre telle qu'il l'aime et la connait après deux films tournés en Allemagne, l'aspect criminel du film est le plus notable, compte tenu du tournant que prendra bientôt sa carrière. Et dès ce premier exercice policier, le metteur en scène est parfaitement à l'aise avec un genre qu'il va contribuer à définir: il manie avec dextérité les formes héritées du cinéma Allemand, l'utilisation des ombres, l'installation d'une atmosphère quotidienne envahie par l'angoisse, la brume, et sait à merveille donner à voir les sensations: la peur, mais aussi le bruit (Les scènes qui nous montrent des gens qui écoutent, tout en réussissant à visualiser le bruit entendu, sont nombreuses, et les intertitres ne sont pourtant pas sollicités.). Hitchcock, précurseur de Welles à cet égard, manipule aussi avec talent les images pour donner à voir le sentiment d'urgence et la propagation médiatique de la terreur, en intercalant les images de découvertes du corps d'une femme, les réactions du peuple de Londres, les débuts de l'enquête, puis la façon dont la presse se met en branle. Les intertitres sont également utilisés pour compléter cette information plus que pour la relayer, et le texte est parfois utilisé comme image, ou réciproquement, ainsi le leitmotiv de l'enseigne néon "Tonight, golden curls", qui rappelle d'une part la continuation des activités (the show must go on!), mais aussi effectue un renvoi à l'obsession du tueur pour les blondes.

Et puis, il y a bien sûr dans The Lodger des thèmes qui font une première apparition, ou d'autres qui auront une résonance intéressante dans le reste des films d'Hitchcock. je prends conscience ici de manipuler une information qui est supposée rester une surprise dans le film, mais que la plupart des fans du metteur en scène ou des cinéphiles s'accorderaient à ne considérer que comme un secret de polichinelle: le héros, joué par la star du film Ivor Novello, n'est pas le coupable. C'est un faux coupable, comme tant de héros Hitchcockiens futurs, mais qui prend toute la place, à tel point que l'arrestation du vrai Avenger a lieu hors champ, sans qu'on s'y intéresse plus avant. Ce qui compte dans ce film, c'est non pas qu'on détermine si le héros est bien le serial killer, mais plutôt qu'on puisse le soupçonner de l'être, comme le font la plupart des protagonistes. D'ailleurs, le parallèle entre les deux est frappant, et souvent souligné, à commencer par le nom du tueur: c'est précisément par désir de vengeance contre l'assassin qui se surnomme lui-même le vengeur que Novello vient s'installer en plein dans le quartier des meurtres, car sa soeur était la première victime. Donc le vrai Avenger, c'est bien lui...

Dans le quotidien d'une ville généralement considérée comme relativement paisible, tout en étant industrieuse, Hitchcock a lâché son premier meurtrier, mais il a aussi peint un amour inattendu, relevé dans son quotidien, amour naissant entre le héros et Daisy. Celle-ci, jeune femme indépendante et suffisamment intelligente pour ne pas céder à la panique contrairement au reste de la ville, a su reconnaître en ce bel étranger un idéal amoureux, qui va d'ailleurs la pousser à s'installer très vite dans le quotidien du jeune homme: sans être nécessairement érotique, leur complicité est vite affichée, assumée, physique, ce que confirme une scène durant laquelle le jeun homme veut lui parler, alors qu'elle prend un bain. Entre la nudité de la jeune femme (Pudiquement représentée), l'eau, la vapeur du bain et la porte qui les sépare, les obstacles à l'intimité sont nombreux, mais ne les gênent pas pour communiquer. Par opposition, les tentatives du policier de provoquer une complicité avec Daisy sont gauches et peu probantes... Par contre, Novello et l'actrice June sont à plusieurs moments surpris dans les bras l'un de l'autre. Mais la jeune femme, victime potentielle évidente, ne sera jamais autre chose qu'un refuge, une protection pour le jeune homme, à plus forte raison pendant la tentative de lynchage que la population exerce sur lui; c'est elle qui le recueille, l'aide même à s'enfuir, comme plus tard madeleine Carroll (The 39 steps) ou Eva Marie-Saint (North by Northwest). Bien sûr, la figure féminine principale évoluera de film en film, jusqu'à assumer des formes beaucoup plus complexes...

On peut aussi regretter que dans ce film, contrairement à ce qui deviendra souvent la règle chez Hitchcock, on ne parvient pas à ressentir de façon très claire le danger dans lequel l'héroïne est supposée se trouver. Ca en affaiblit quelque peu la portée, sans pour autant complètement gâcher la fête.

 

The Lodger est sans doute le plus intéressant des films muets de son auteur (Même s'il ne faut en négliger aucun!), et c'est un film dont le style comme la thématique anticipe le mieux sur les festivités à venir. et surtout c'est un manifeste totalement Anglais dans la peinture tendre du quotidien d'un Londonien, qui doit faire attention à sa consommation de gaz, louer une chambre pour joindre les deux bouts, qui vit dans un quasi sous-sol, et doit parfois avoir de la petite monnaie sur soi pour faire marcher certains appareils (Chauffage, gaz, voire ici un coffre-fort dans la chambre du héros)... Un endroit ou les gens qui sont réunis autour d'un fish and chips sont pour certains des gens qui auront à défendre chèrement leur peau lors du blitz quelques 15 années plus tard. Tout ça, en plus, du sempiternel "faux coupable", de l'amour entre un mystérieux homme et une jolie blonde, d'une impression que votre voisin pourrait bien être Jack L'Eventreur, à moins que ce ne soit vous même, est enrobé dans une mise en scène à la virtuosité admirable. ...Vous avez dit "Hitchcockien"?

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet 1926 Alfred Hitchcock Criterion **