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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 13:36

Ce film qui est le premier des 5 tourné par Lillian Gish pour la MGM entre 1926 et 1928 est aussi un moment intéressant dans l'oeuvre de King Vidor pour cette même firme, situé entre deux films importants, The big parade (1925) et The crowd (1927), si on oublie le (sympathique mais mineur) Bardelys the magnificent (1926), considéré comme une récréation par son metteur en scène. Intéressant, mais certainement pas une pièce maîtresse. Disons qu'il nous éclaire sur la capacité de Vidor à mettre en scène de façon talentueuse un film qu'il n'a pas choisi, et pas vraiment piloté non plus.

De surcroît, il est aussi représentatif de ce que la firme voulait faire à cette époque, après seulement deux ans d'activité: réaliser des films de qualité avec des gens compétents, sur des sujets de qualités, en faisant avancer l'art cinématographique et en plaisant au public: bref, continuer sur la lancée du sublime He, who gets slapped (1924) de Sjöström, le premier film de la MGM. La Bohême est aussi et surtout représentatif du type de films que Lillian Gish avait à coeur de créer, car il est évident tout au long de ce mélodrame que tout le monde, de Vidor à John Gilbert en passant par le directeur de la photographie (Hendrik Sartov, au service de Miss Gish depuis Griffith) et l'ensemble du casting (Renée Adorée, Karl Dane, rescapés de la Grande parade, et choisis expressément par l'actrice après le visionnage privé du film; ou encore Roy d'Arcy, méchant attitré des mélos MGM qui prête son sourire carnassier au "villain" aristocrate) s'est soumis à la volonté de l'actrice. Vidor n'a jamais dit le contraire, La Bohême, c'est Lillian Gish. 

Celle-ci ne pouvait qu'être intéressée par ce mélodrame dans lequel la frêle Mimi, tuberculeuse, se tue à la tache, sacrifiant tout à son fiancé, le dramaturge Rodolphe; au moment ou celui-ci atteint le succès, elle meurt, et se dit heureuse. On le sait, Vidor s'est senti incapable de diriger la dernière scène, tellement les préparations physiques de l'actrice la rendait effrayante de maigreur: plutôt que d'avoir recours au maquillage, elle s'est sous-alimentée, et a à peine bu afin d'arriver à jouer la scène de façon réaliste. Vidor a cru qu'elle mourait vraiment, et cette émotion, qu'on est en droit de trouver risible, ce qui n'est pas mon cas, est palpable aujourd'hui. Autre conséquence d'un tel dévouement, la dame n'a eu aucun mal à diriger moralement la production, ensorcelant au passage son réalisateur, et sa co-vedette. Gilbert n'avait pas encore rencontré Garbo... 

On ne s'étonnera donc pas que tout au long des 93 minutes ce film soit un festival lillianesque, non seulement par sa présence, mais surtout par son style. Elle a dit, et écrit de plus, qu'elle souhaitait essayer avec ce film des scènes d'amour qui sortent de l'ordinaire, et demandait à Gilbert, avec l'approbation un peu méfiante de Vidor, de ne jamais la toucher, ou de ne s'approcher d'elle qu'à condition de pouvoir placer un obstacle dans le champ (Un arbre, une chaise...), l'idée étant bien sur de créer une dimension de désir palpable sans passer par des poses vulgaires ou des intertitres trop voyant. Après intervention du studio, des scènes plus physiques (Des baisers notamment)seront ajoutées (And I ended up kissing John Gilbert, dira Lillian amusée), mais le but de l'actrice est, à mon sens, atteint: lors de leur batifolages, si les deux acteurs dansent, ils n'en donnent pas moins l'impression de ne jamais concrétiser totalement leur désir, ce que confirme la scène ou Mimi défend (Gentiment mais surement, comme Mae Marsh dans Intolerance) à Rodolphe d'entrer chez elle. Leur seule confrontation totalement physique sera une scène de violence dans laquelle Rodolphe frappe Mimi, puis se rend compte que celle-ci crache du sang, justifiant du même coup les réticences de Mimi de se laisser approcher. 

L'apport principal de Vidor, c'est le choix de faire confiance aux acteurs, les impliquant physiquement dans le film, plutôt que de leur demander d'incarner un type, comme il était souvent demandé, en particulier dans un studio aussi compartimenté que la MGM. Gilbert, malgré tout, est un peu gauche, malgré sa sincérité lors de ses scènes en duo avec la diva, durant lesquelles elle l'a laissé la malmener assez sérieusement. Roy D'arcy (Mirko dans La Veuve Joyeuse, Manos Duras dans La Tentatrice) est plus subtil qu'à son habitude, ce qui n'est pas très difficile, il faut le dire... On obtient souvent le même naturel que celui obtenu par Vidor dans les scènes quasi-improvisées de son film précédent. On lui doit aussi d'avoir su tirer parti de la photographie éthérée de Sartov, qui épure les décors au profit des acteurs. Un gros regret par contre, la MGM pratiquait à l'époque une politique de normalisation qui les poussait à imposer la vitesse de 24 i/s, alors que plusieurs scènes en pâtissent (Cette normalisation avait été initiée par les comédies, et les exploitants avaient besoin d'un vitesse standardisée. 24 images permettaient une action plus fluide, et les film plus courts pouvaient permettre plus de représentations); de toute évidence ce film en souffre, notamment les scènes délicates de danse dans les prés, qui virent à la cavalcade...  

Quoi qu'il en soit, le film reste un grand moment grâce à la prestation de Lillian Gish, qui habite littéralement le décor, notamment dans la scène où elle tente de rejoindre Rodolphe, et s'accroche à tout ce qui passe à sa portée, alors qu'elle est mourante; le plan ou elle tombe de la voiture qu'elle avait agrippée, et reste quelques instant par terre, en plein vent, donne la pleine mesure de l'engagement physique de la dame; et le fait que les acteurs semblent tous occuper le décor de la même façon confirme qu'elle avait imposé des répétitions de la pantomime à toute l'équipe. 

Quant à Vidor, il réussit ici à maintenir de façon convaincante un ensemble cohérent, fluide et convaincant alors que le matériau mélodramatique ne lui convient probablement qu'à moitié, et la thématique pas du tout. C'est certainement aussi, pour lui, une forme de sacrifice... De son coté, Lillian Gish allait confirmer ses promesses avec The Scarlet Letter, dans lequel elle allait à nouveau diriger la production en étroite collaboration avec Victor Sjöström. 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926 King Vidor Lillian Gish Edward Everett Horton *
18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 10:15

Pour ce qui est de l'intrigue, et incidemment de la réputation de ce film, qui est loin d'être flatteuse, disons-le tout de suite: l'histoire est d'une affligeante banalité... Pour la MGM, une nouvelle occasion de se ridiculiser en utilisant les romans de Vicente Blasco Ibanez, qui a cette fois décidé de montrer ce qu'il pense des femmes en général, non, pardon, de LA femme. Dans le film, c'est Elena (Greta Garbo), une croqueuse d'hommes, qui ne peut s'en empêcher, même si à un moment, elle tente mollement de se disculper, plus ou moins: "ce n'est pas moi, c'est mon corps..." Elle est donc, comme le titre l'indique, La Tentatrice. Donc la mission de l'équipe du film est de donner corps à des fantasmes délirants, dans lesquels l'homme avance, et construit (Ou alors il est voué à la dépression ou la mort), et la femme détruit. Le mieux qu'elle puisse faire, sinon, est d'inspirer: ce qu'elle fait pour la plupart des personnages masculins ici...

L'intrigue commence à Paris: Manuel Robledo, Argentin de passage, rencontre lors d'une soirée galante une jeune femme qui le subjugue. Il tombe instantanément amoureux... Mais ne la revoit pas, jusqu'à ce qu'il découvre en visitant son ami le marquis de Torre-Bianco que la femme de ses rêves n'est autre que la nouvelle marquise. Le marquis a bon dos, et ne semble pas se rendre compte du fait qu'Elena a des amants. Mais a vérité éclate dans un scandale retentissant lorsque l'un d'entre eux se suicide en public en lui dédiant sa mort. 

Manuel retourne en Argentine, bien décidé à se jeter à corps perdu dans le travail, mais cette saine résolution sera mise à mal lorsque son ami Torre-Bianco arrive à son tour, accompagné d'Elena: Manuel, bien que réticent, mais aussi la plupart de ses associés, et le bandit local Manos Duras, un agité du poignard, du fouet et de la dynamite, tous vont tomber amoureux de la fatale beauté Parisienne.

Voilà: pas grand chose à faire donc, avec un script pareil, que d'y aller franco. Ce qu'a fait Niblo, dont la tâche était rude, car non seulement il s'attelait à un film infaisable, mais en prime il devait reprendre le tournage des mains de Mauritz Stiller... Il est de bon ton quand on parle de ce film, d'en citer la double paternité. Avant d'écrire ces lignes, je me suis promené dans la silento-blogosphère, et on y attribue souvent ce film à Fred Niblo et Mauritz Stiller, voire Mauritz Stiller et Fred Niblo. Occasionnellement, on aura même un "The Temptress, un film de Mauritz Stiller". Bien. Si effectivement le tournage en a bien commencé en mars 1926, sous la direction de Stiller, le metteur en scène Russo-Suédois a été viré manu militari, et tout ce qu'il a tourné a été refait par Niblo. Et les preuves sont nombreuses: la fête du début, qu'il avait effectivement tournée en entier, était située dans un décor différent, et l'acteur Antonio Moreno avait à la demande de Stiller rasé sa moustache: dans le film fini, il a sa moustache. Pour la scène du dîner fatal, chez le marquis, là encore, le lieu diffère, et la moustache est présente, attestant que la scène telle qu'elle est dans le film est bien de Niblo; de plus, Stiller avait donné le rôle de Torre-Bianco à H. B. Warner, et dans le film fini, c'est Armand Kaliz... Il semble donc que toute contribution de Stiller ait été effacée.

Manuel Robledo, c'est Antonio Moreno donc, révélé par Ingram dans Mare Nostrum l'année précédente. Il fait le job, dirons-nous, mais il est à peine plus qu'un stéréotype... face à lui, Armand Kaliz est somme toute excellent en homme parfaitement décalé, un noble qui n'a jamais travaillé de sa vie, et qui est juste bon à tomber tout cru dans les bras d'une Elena... Ou d'une autre, puisque on le voit négligemment fricoter avec sa bonne. Les moeurs légères telles que dépeintes dans ce film sont pour moi l'une des preuves que le film n'est décidément pas à prendre au sérieux: Niblo, inspiré par Clarence Brown (The eagle), a réalisé une excellente scène de dîner dans laquelle il s'est amusé en un majestueux travelling arrière entrecoupé d'inserts, à contraster fortement la noble assemblée, et les pieds et jambes des convives, qui semblent doués d'une vie propre... et moins propre.

Mais le principal argument de vente du film, ce autour de quoi il a été tourné, et c'était déjà l'intention lorsque Stiller était aux commandes, c'est bien sûr Garbo. Autant The torrent ne l'utilisait que peu, autant ce film est construit autour d'elle, et pour elle. Et Garbo, qui a détesté l'entreprise de A jusqu'à Z, y fait un boulot fantastique: autant son personnage de tombeuse diabolique est ridicule et lamentable, autant l'actrice y est impériale! Niblo ne s'y est pas trompé, car elle l'a inspiré. la première fois qu'on la voit, elle porte un masque; le metteur en scène va délayer le moment de la démasquer, et va même aller jusqu'à choisir de nous montrer la révélation de son visage en cadrant la réaction de Robledo. Lors de la visite de celui-ci chez Torre-Bianco, il répète cet effet pour nous révéler que la jeune épouse du marquis, d'abord vue de très loin descendant un monumental escalier, est bien Elena, comme le prouve la surprise de Manuel...

Le seul autre à bénéficier de cette largesse du metteur en scène est Roy D'Arcy, qui interprète le bandit Manos Duras. La première fois qu'il est vu, c'est son ombre qui l'annonce avant qu'il ne passe lentement la porte avant d'arriver dans la maison de Robledo. D'Arcy, bien sûr, était le double maléfique de Stroheim dans The merry widow, et on voit qu'il avait pour mission de répéter ce personnage dans ce nouveau film. Mais impossible de prendre au sérieux ce desperado tout vêtu de cuir noir, qui manie le fouet comme George Raft les pièces de monnaie. Il sert essentiellement de caution érotique masculine, en permettant une série de scènes qui font s'affronter les deux hommes, torse nu, un fouet à la main, pour Elena, et la récompense: Elena va soigner de ses baisers le torse meurtri de Robledo.

Rien que ça...

Pour finir, c'est un film hautement divertissant, de par son exagération même, car il est impossible d'y croire un seul instant. La MGM fait malgré tout une démonstration de ses moyens, avec des effets spéciaux (Robledo construit un barrage, donc, dynamite, et inondation, sont au programme), des scènes de nuit particulièrement soignées. Le fait est que c'est aussi un film qui accuse la femme d'être à l'origine de tout le mal possible et imaginable, ce qui me fait préférer la version "rose" du film, celle qui dispose d'une fin heureuse: Robledo finit son barrage, et en attribue l'achèvement au fait qu'Elena a su le galvaniser. Dans l'autre version, il finit son barrage, mais Elena finit à la rue, complètement saoule dans un bistrot, croyant reconnaître Jésus dans un client anonyme de la terrasse...

Bref: mauvais, oui. Mais tellement soigné. Les personnages sont des stéréotypes navrants, absolument. mis ils sont tellement bien interprétés. Ce film rend fou.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926 Fred Niblo Greta Garbo *
17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 18:33

Ceci est le premier film Américain de Greta Garbo, dont la MGM ne savait manifestement pas encore quoi faire. Monta Bell, entre Lady of the night et Upstage, était en plein dans ses obsessions, entre le monde du spectacle, les bas-fonds et la prostitution, qu'il avait représentés avec Norma Shearer. Il ne savait sans doute pas trop quoi faire de la jeune Suédoise non plus! Et il n'avait peut être pas très envie de mettre en scène cette espagnolade avec catastrophe naturelle (Un torrent, une inondation, etc), adaptée du toujours pratique Vicente Blasco Ibanez: rien qu'au temps du muet, parmi les adaptations de son oeuvre, on compte The four horsemen of the apocalypse, Blood and sand, Mare Nostrum, et The temptress, tous tournés à la Metro ou la MGM...

Le film, essentiellement mélodramatique et mettant aux prises la belle Leonora (Garbo), cantatrice richissime issue d'une famille pauvre, et Don Rafael Brull (Ricardo Cortez), député issu d'une famille de la très bonne société, ne tient évidemment pas debout, mais le cinéaste se rappelle parfois à notre bon souvenir, en particulier par la peinture de la frustration du milieu du spectacle, qui anticipe évidemment sur Upstage. Une scène a retenu mon attention, qui montre le désarroi de Leonora, "La brunna", qui a tout, mais voudrait tant reconquérir le coeur de l'homme qui lui a fait faux bond. Bell choisit de la montrer au milieu des convives d'un club Parisien, en plaçant sa caméra sur la scène, derrière les jambes d'une danseuse anonyme qui danse le charleston. Pour le reste, le cinéaste accomplit ni plus ni moins que son boulot, donnant à voir une intrigue sans saveur ni conviction, autour de scènes de désastre plus ou moins bien fichues. 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926 Monta Bell Greta Garbo *
13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 17:01

Adapté de George Sand, le film raconte une aventure de deux tourtereaux perdus dans le monde cruel des Mauprat, une famille du Berry dont l'une des branches vit de brigandage, sous l'influence du patriarche (L'impayable Maurice Schutz). Sa nièce, Edmée (Sandra Milowanoff), tombe sous sa coupe. Elle va s'échapper grâce à son cousin Bertrand (Nino Costantini). mais celui-ci fait partie de la bande... Echappera-t-il à l'exécution?

Epstein retrouve pour sa toute première production indépendante (Des "films Jean Epstein") l'esprit de Robert Macaire, qu'il avait tourné dans les décors naturels du Sud. Et en toute liberté il réalise en plein Berry une adaptation de George Sand, il place donc ses acteurs dans les lieux même du drame et se laisse prendre dans une splendide spirale mélodramatique sans temps mort. Pas de rigolade ici contrairement à son film à épisodes cités plus haut, mais je ne comprends absolument pas la réputation de médiocrité dont soufre ce film: Certes, c'est un divertissement, mais il atteint son but avec style, avec panache même, dans l'esprit des meilleurs films romanesques... C'est une grande réussite.

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Published by François Massarelli - dans Jean Epstein Muet 1926 *
11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 08:15

Une histoire d'amour, certes, mais avec Dreyer, il ne faut pas s'attendre à du torride... Le film se situe dans la fin de la période muette du cinéaste, à l'époque durant laquelle il raffine son art et se débarrasse progressivement de tout ce qui le gêne: le maquillage, les excès de jeu en tous genres (Non qu'il ait été jusqu'à présent connu pour l'emphase de ses acteurs, mais passons) et même, semble-t-il les acteurs eux-même! Je m'explique: ce film, coproduction Suédoise et Norvégienne pour le réalisateur Danois, se conforme à un style très courant dans le cinéma Norvégien: la nature prime, et le naturalisme du jeu reste une règle absolue, à laquelle le metteur en scène se conforme d'autant plus facilement, que c'est ce qu'il a toujours cherché. D'où, probablement, la simplicité absolue, quasi janséniste, de l'action dans un film qui reste très clair et très linéaire dans son intrigue:

Tore, le fils d'un fermier peu fortuné, s'en retourne au pays, pour aider son père. Sa voisine Berit s'en réjouit, car depuis l'enfance les deux sont amoureux sans jamais s'en être parlé. Mais avec le travail conséquent abattu par Tore sur la ferme de son père pour en redresser la situation, les perspectives d'avenir se précisent, et Tore commence à esquisser le projet de demander au père de Berit la main de la jeune femme. manque de chance, il est coiffé au poteau par une autre famille, respectable et respectée, et le papa refuse donc d'envisager de la marier à Tore, qui n'a rien...

Il manque d'enjeu, en dépit de cette intrigue mélodramatique à souhait: en effet, Dreyer résout ce conflit classique aux deux tiers du film, pour laisser la nature sauvage prendre le dessus... Le dernier acte montre comment le fiancé éconduit va tenter de saboter le jour du mariage en libérant les troncs d'arbre entreposés sur le bord de la rivière, sur laquelle les deux amoureux doivent être véhiculés pour rejoindre leur maison après la cérémonie de mariage. 

C'est une belle séquence, et tout le film reste agréable bien sûr à voir, pour la simplicité rayonnante du jeu des deux acteurs principaux (Dreyer a clairement trouvé définitivement son style, et n'en variera plus jamais) et pour la façon dont, en cet été 1925, le metteur en scène a utilisé la beauté lyrique de la nature Norvégienne. Mais c'est quand même un bien petit film au regard de celui qui lui succède dans la filmographie muette en dents de scie de ce géant du cinéma... Mais au moins, Glomdalsbruden se rattache-t-il à la thématique de Dreyer, effectuant un parallèle entre l'amour timide mais sans conteste de Berit et Tore, la beauté de la nature, et la volonté bienveillante de Dieu sur les deux amoureux... Car oui, ce film se termine plutôt bien. Et la façon dont Berit est opprimée par la culture locale, comme toutes les femmes, rejoint l'humanisme de l'oeuvre entière.

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Published by François Massarelli - dans 1926 Muet Carl Theodor Dreyer **
4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 18:58

 

Mais pourquoi ce film admirable n'est-il pas parmi les classiques révérés du muet, les Metropolis, The General, Napoléon, Sunrise, The Iron Horse, ou Safety last? C'est un western, il possède une séquence spectaculaire, il  été conservé dans des copies de première génération en parfait état, et en prime, il fait le lie avec le parlant, non seulement par la carrière de son metteur en scène (Henry King n'est quand même pas n'importe qui, même si ses films ultérieurs ne soulève généralement pas mon enthousiasme de par leur académisme trop prononcé), mais aussi, surtout par le fait qu'il est interprété par deux stars, et quelles stars! Ronald Colman, et Gary Cooper!

Il faudrait ajouter Vilma Banky, bien sur: d'autant qu'elle est l'interprète de Barbara Worth, la personne qui donne son titre au film. Elle est aussi un lien symbolique de la résistance humaine et de la résilience sur l'ensemble de l'intrigue: enfant trouvée dans le désert lors d'une tempête de sable, ses parents venant de mourir, elle a été adoptée par le brave Jefferson Worth, un homme qui s'est installé dans le désert comme on part évangéliser sur un coup de tête! Entouré d'une authentique famille, son acharnement vont lui permettre de vivre tranquille, avec un rêve: un jour, irriguer la rude et aride vallée au bord de laquelle il s'est installé. Ce sera chose faite lorsque, quinze années après la découverte de la petite Barbara, viennent s'installer le banquier James Greenfield et son fils adoptif Willard Holmes (Ronald Colman). Greenfield vient avec les moyens financiers d'installer un système d'irrigation, et Holmes est son ingénieur. Mais les deux hommes n'ont pas la même conception du progrès. Pour Holmes, c'est un moyen de faire avancer l'humanité. Pour Greenfied, un moyen de s'enrichir. a ce conflit entre les deux philosophies vont bientôt s'ajouter deux autres problèmes: d'une part, Worth n'accepte pas la colonisation de son pays par Greenfield et ses méthodes; d'autre part, le jeune Abe Lee, le fils d'un des collaborateurs de Worth, apprécie très peu la venue de Holmes, qui se pose vite en rival pour les affections de Miss Worth... Qui va donc gagner le coeur de la belle?

L'amour de l'homme de l'Ouest (Cooper) et de l'homme de l'Est (Colman) pour la même femme cache un conflit de civilisations, dans lequel King se refuse à trancher: si la belle blonde représente bien sur une terre à dompter, une civilisation à installer là ou il n'y  rien, c'est de l'alliance entre les deux que naîtra le salut. Entre la destinée manifeste combinée au progrès, et la recherche romantique d'une certaine tranquillité fragile, il y a moyen de s'entendre. Tout un portrait de l'Ouest, en somme. Pourtant, ce western qui se termine dans les années 20 est plutôt une histoire contemporaine au moment où il est filmé, mais la beauté des paysages, tournés en plein désert, et le don de la composition phénoménal de King trouvent dans ces lieux désolés un lyrisme à tomber à la renverse... Ajoutons que les acteurs sont dirigés avec tact, et leur jeu nous rappelle bien sur les autres chefs d'oeuvre de King dans les années 20: Tol'able david (1921), The White sister (1923) et Stella Dallas (1925). La retenue de Colman et Banky, le naturel de Cooper sont exemplaires. 

...Et il y a la scène de l'inondation! Prouesse de montage, en une dizaine de minutes, la description de la fuite d'une population éberluée, en plein désert, à laquelle on annonce l'arrivée d'un raz de marée qui va dévaster leur ville, filmée à grands renforts de figurants, et fourmillant de détails superbes, est digne de figurer aux côtés de l'inondation de Metropolis (1926), la ruée vers le Dakota dans Three bad men (1926), la traversée de la Mer Rouge dans The ten commandments (1923) ou la course de chars dans Ben Hur (1925). A une époque où c'est en découvrant des effets spéciaux que les studios (En particulier la MGM: voir The torrent (1925) et son inondation, ou The temptress en 1926 et ses destructions de barrage très convenues) se mettent à banaliser et affadir le spectaculaire cinématographique, King se sort de l'exercice avec les honneurs. Il fait même plus encore: en combinant le volontarisme rigoureux de Tol'able David, le spectaculaire religieux (Vu ici sous un angle profane) de White sister, et le mélodrame habité de Stella Dallas, il réussit un authentique chef d'oeuvre, le sien, mais aussi un des très grands westerns. Voilà.

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Published by François Massarelli - dans Muet Western 1926 * Gary Cooper
26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 10:58

Mantrap était l'un des films préférés de Clara Bow; c'était aussi son introduction au grand monde, après avoir enchaîné seconds rôles et productions moindres, c'était son premier rôle en vedette pour un studio de premier plan, qui allai ensuite lui proposer un contrat de star... Mais de tous les films qu'elle a tournés en vedette (Exception faite de Wings, dans lequel on peut décemment considérer que son rôle est limité), c'est sans doute le meilleur qu'on puisse voir aujourd'hui. L'entente a été parfaite entre la star et son metteur en scène (Et même plus que parfaite à en croire la légende, sacré Victor!), et de ce qui aurait pu être une comédie vaguement sexy de plus ou de moins, l'équipe en a fait un chef d'oeuvre de comédie gonflée.

Deux hommes s'apprêtent à prendre des vacances momentanément, pour des raisons différentes voire opposées: Joe Easter, le trappeur qui vit à Mantrap Lodge, en pleine nature, a besoin d'aller à la grande ville pour y voir des filles, parce que la solitude lui pèse, alors que l'avocat Ralph Prescott, de son côté, est un avocat spécialisé en divorces, qui n'en peut plus de recevoir des clientes fortunées qui tentent de le séduire. Easter se rend donc à Minneapolis où il rencontre une jeune manucure, Alverna, qui croit trouver en lui l'homme des bois, et Ralph écoute son ami Woodbury, qui le persuade d'aller camper au grand air. Et Ralph et Woodbury vont donc s'installer à Mantrap, en pleine saison des pluies, semble-t-il. Lorsque Ralph rencontre Joe, celui-ci l'invite à venir se refaire une santé dans sa cabane, et lui présente Alverna...

Comme on dit dans ces cas-là, "vous pouvez deviner la suite"... Sauf que non, ce serait trop facile! Fleming a distribué les rôles à une troupe formidable: Joe Easter est interprété par Ernest Torrence, qui sait si bien doser sa jovialité et son manque flagrant de sophistication, tout en provoquant la sympathie du public; Percy Marmont est arfait en avocat coincé, cela va sans dire! Eugene Pallette interprète Woodbury, et parmi les habitants de mantrap, on apercevra Ford Sterling, Lon Poff (En pasteur...), Josephine Crowell en une voisine qui se mèle de ce qui ne la regarde pas, et William Orlamond interprétant son mari qui la suit partout comme un petit chien. On note que j'ai gardé l'inévitable pour la fin: Clara Bow, confondante de naturel, est donc Alverna. Alverna, comme Clara Bow, est dotée dune sexualité visible et assumée, jamais mise en valeur par des robes suggestives, mais plus par un comportement exubérant. Et ce petit bout de bonne femme va en faire baver à tous les hommes, mais le pire c'est qu'elle en fait une affirmation de sa féminité, les hommes dans 'histoire étant priés d'accepter. Et Fleming ne cherche à aucun moment à la punir ou à l'excuser de son comportement. Lors d'une scène, la jeune femme prend le pouvoir, et confronte "ses" deux hommes, Prescott et Easter, et... montre qui est la patronne. Clara Bow est troublante, et c'est son meilleur rôle.

Au cas ou on se poserait la question, sachez qu'il existe bien un lac Mantrap dans le Minnesota, ce n'est donc pas une invention de l'auteur du roman, Sinclair Lewis, ou de Victor Fleming, qui s'était lui fait prendre aux pièges de Clara Bow. Ni le premier, ni le dernier...

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Published by François Massarelli - dans Victor Fleming Clara Bow Muet Comédie 1926 **
24 décembre 2016 6 24 /12 /décembre /2016 08:39

Le même jour, Samuel "Kid" Boots (Eddie Cantor) se fait virer pour maladresse extrême de son travail chez un tailleur, se fait un ennemi mortel en la personne d'une grande brute (Malcolm Waite), et rencontre la femme de sa vie, Clara (Bow). Tant qu'à faire, il va aussi faire une autre rencontre déterminante, celle de Tom (Lawrence Gray), un professeur de golf empêtré dans un mariage avec une intrigante (Natalie Kingston) qui cherche, quant à elle, à s'échapper de son divorce. Suite à un certain nombre de quiproquos, "Kid Boots" devient le témoin de Tom, et ce trois jours avant que le divorce ne soit finalisé. Et tout ce petit monde se retrouve dans la même station balnéaire. Il va donc, y avoir du sport...

Ceci est le premier film de Eddie Cantor, star chez Ziegfeld, et dont la popularité grandissante coïncide avec l'avènement des studios. La Paramount, en lui offrant un "véhicule" taillé sur mesure (A la base de ce film, figure une pièce où l'acteur avait triomphé), pose du même coup les jalons de ce qui va bientôt devenir la façon de traiter le burlesque à la MGM, la Fox ou la Paramount: choix d'un réalisateur, des acteurs, lieux de l'action, tout passe par le studio; une gestion efficace de la comédie, qui fait certes du bon boulot, mais qui tranche avec l'artisanat tel que le pratiquaient tous les spécialistes du genre: Keaton, Chaplin, Lloyd et Langdon en tête. Bref, aurait pu dire Churchill, la comédie est un art trop important pour la confier à des néophytes... Non que ce film soit mauvais, loin de là. Mais il reste mécanique, et parfois on voit les ficelles. Et Eddie Cantor fait de son mieux, difficile dans les meilleurs moments de ne pas penser aux modèles prestigieux qu'il s'est choisi... Pour ce qui est de Clara Bow, qui était encore à l'essai, elle apporte à son rôle de flapper dynamique toute sa connaissance du type, et ses scènes avec Cantor, bien que peu nombreuses hélas, valent le détour. Si certaines scènes recyclent de façon voyante, notamment une scène de massage avec contorsionniste qui renvoie directement à The cure de Chaplin (Sauf que cette fois, c'est Cantor, c'est à dire le héros, qui est le contorsioniste), il y a une atmosphère générale de représentation du sport, qui fera des petits: Run girl run, de Alf Goulding chez Sennett, College de Buster Keaton, ou encore de nombreux courts métrages des années 20 ou 30... Ce n'est donc peut-être pas la comédie de la décennie, mais ça se laisse voir sans déplaisir.

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Published by François Massarelli - dans Muet Clara Bow Comédie 1926 **
2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 21:32

Un serial Soviétique, qui fonctionne à la fois en continuité (La dette à Mabuse, aux Vampires et aux serials Américains est évidente), et en rupture ("Soviétique", déjà, et le film s'amuse constamment à envoyer des piques à l'Ouest triomphant, avec un humour souvent provocant, et parfois désopilant). Ces aventures en trois épisodes, situées dans une Amérique de pacotille, sont celles de trois apprentis journalistes embarqués dans une rocambolesque intrigue autour de la mort d'un homme qui n'est pas tout à fait mort, un riche industriel à la vie trépidante et aux maîtresses nombreuses, avec de l'humour méchant qui s'attaque aux préjugés typiques de Américains ("Oui, un homme est mort, mais ce n'est pas très grave, il est noir..."), avec des ramifications sociales (Les héritiers du mort liquident l'usine et renvoient tous les ouvriers), politiques (Derrière le conglomérat industriel, se cache un complot proto-fasciste, et bien sur ces salopards vont accuser les bolcheviques...), policières (Des enlèvements, des assassinats, en veux-tu en voilà) et bien sur une petite pré-apocalypse chimique, avec contamination des pauvres soviétiques par le virus de la peste... Au milieu de tout ça, une femme, convoitée par tous les hommes, une ouvrière digne et flanquée d'un neveu auquel elle tient comme à la prunelle de ses yeux: Miss Mend. D'où le titre...

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Published by François Massarelli - dans Russie Muet 1926 *
29 août 2015 6 29 /08 /août /2015 09:28

Ce film est le premier des longs métrages réalisés par Taylor après la fin de son travail muet avec Harold Lloyd, et hors de l'influence du comédien, on sent le metteur en scène parfaitement à l'aise dans la comédie légère, aidé par Beatrice Lillie, une actrice qui aurait pu faire concurrence à Chaplin et Keaton sur bien des points. Le film est délicieux, Chaplinien aussi dans sa politesse, et son refus d'une fin trop facile. Jack Pickford joue avec une conviction rare les hommes-objets, mais le show, c'est Lillie, femme à tout faire d'une troupe de théâtre qui se rêve actrice jusqu'au jour ou elle va jouer le rôle de sa vie... dans la vraie vie. A consulter les sites, articles et autres archives consacrés à Beatrice Lillie, on reprend souvent l'affirmation péremptoire d'une sorte de proximité évidente entre elle et Chaplin, et c'est vrai que la sûreté de son geste, son timing, son sens du comique la rapprochent de lui, mais à mon sens, la façon dont elle joue sur l'émotion exprimée sans aucunement la souligner, avec cette étrange mais fascinante impassibilité, et la raideur de son corps, elle renvoie finalement plus à Keaton, en tout cas à une comédie physique essentiellement... Et en vérité, ce film rare mais précieux renvoie au théâtre, à la performance permanente, et à un espace troublant de la vie d'un acteur, une zone perméable dans laquelle la vie et l'art, finalement, se confondent un peu...

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Published by François Massarelli - dans Muet Sam Taylor 1926 *