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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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10 août 2023 4 10 /08 /août /2023 12:07

On tue un homme dans un tunnel... Sur une autre scène de crime, l'inspecteur Carrel (Louis Jouvet) est en train d'examiner une afaire qui démarre, celle de l'assassinat d'un avocat radié, mais on vient le chercher por voir l'homme du tunnel, car c'est son sosie. L'inspecteur va donc devenir l'escroc Vidauban pour résoudre cette autre affaire, et découvrir que les deux affaires sont liées...

Le film commence par un prologue assez étrange, dans lequel (comme ça se faisait beaucoup alors) on prend le spectateur pour un imbécile en lui expliquant que des histoires de double et de sosie, dans le cinéma, il y en a eu... On prend même pour exemple Copie Conforme, de Jean Dréville, avec Louis Jouvet! Comment pouvez-vous prendre ce sombre film noir au sérieux après ça? Il y a d'autres idées dans ce film, certaines saugrenues, d'autres qui marchent: l'influence est sans aucun l'ombre d'un doute le film noir "à l'américaine", mais le traitement est beaucoup plus bavard...

Louis Jouvet promène donc son génie dans une intrigue qui a deux défauts: elle est incompréhensible, et elle est trop riche. Du coup, on s'ennuie très vite ferme... Et cette manie de faire reposer les intuitions d'un policier génial sur absolument rien! 

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Published by François Massarelli - dans Noir Henri Decoin
17 juillet 2023 1 17 /07 /juillet /2023 21:47

Le corbeau n'est (officiellement) que le deuxième long métrage de Clouzot, et pourtant quelle maîtrise! Tout est déjà en place, la mise en scène sûre et définitive, la méchanceté des dialogues (Co-signés avec le scénariste Louis Chavance, mais la patte de Clouzot est inimitable), la description d'un univers provincial cruel et rongé par l'amoralité, et un sens de la construction qui assujettit l'acteur, dans un cinéma Français dominé par la manie des monstres sacrés... ne nous y trompons pas, les acteurs sont tous excellents (y compris la fade Micheline Francey, utilisée précisément pour sa transparence) dans ce film. Le corbeau a aussi (surtout, dirons certains) nourri la polémique: venons-y tout de suite.

Le corbeau est donc une production Continental, comme 29 autres films de la période 1941-1944. parmi ceux-ci, des classiques (Au bonheur des dames, d'André Cayatte, La main du diable de Maurice Tourneur, ou encore L'assassinat du père Noël, de Christian-Jacque), et on y dénombre trois films auxquels Clouzot a contribué, d'abord comme scénariste: Le dernier des six (1941), de Georges Lacombe, premier film avec Fresnay en commissaire Wensceslas Vorobéïetchik. Puis, fort de son succès et de son autorité il s'est vu confier deux réalisations; le premier de ces deux films, L'assassin habite au 21 (1942), d'après un autre roman de Stanislas-André Steeman avec Fresnay à nouveau en Wensceslas Vorobéïetchik, puis, bien sûr, Le corbeau. Outre Clouzot, les trois fims ont un autre point commun, en la personne de Pierre Fresnay. Pierre Fresnay, homme de droite, dont la vieillesse a coïncidé avec un flirt ambigu et assez poussé avec l'extrême droite de Jean-Marie Le pen, pour la maison de disques duquel Fresnay a enregistré un certain nombre de textes sur disques, notamment les "poèmes de Fresnes" de Robert Brasillach. Pas anodin quand on considère l'histoire compliquée de ce film

Et justement, les 30 films Continental sont aujourd'hui célèbres pour avoir été au coeur de la tourmente purgatoire à la libération, lorsque des cinéastes, acteurs, scénaristes et techniciens ont été accusés de collaboration pour avoir travaillé à la Continental, firme dirigée par un Allemand placé là par Goebbels lui-même, Alfred Greven, dont l'ambition affichée était de créer une structure de création et de diffusion Franco-Française, avec des films de distraction, principalement comédies et policiers, dans lesquels les artistes Français trouveraient à s'exprimer, sans avoir trop de choses à dire.

Pourtant, l'intention de Goebbels était différente: il souhaitait asseoir la domination de l'Allemagne sur le public Français, en créant une société incontournable. On notera qu'il n'est en aucun cas question ici de propagande, et dans l'ensemble les films en étaient dépourvus. Mais il ne faut malgré tout pas oublier qu'Alfred Greven était un nazi encarté.

L'autre exemple de problème posé par la Continental, et le plus célèbre, c'est donc ce film: histoire policière basée sur une affaire de lettres anonymes, il a été accusé à la libération de montrer un visage honteux de la France, supposément voulu par les Allemands pour salir notre beau pays. Clouzot a été frappé d'indignité Nationale, emprisonné, et empêché ensuite de faire son métier jusqu'à 1947.

On le sait aujourd'hui, cette condamnation n'avait aucun sens, d'une part parce que Le Corbeau n'a aucune espèce de rapport avec la propagande Allemande, d'autre part parce que le film s'est avéré gênant pour l'occupant, révélant un pan de quotidien dont on ne parlait pas, en ces temps ou dénoncer son voisin était encouragé par les nazis. Pour en finir avec cette histoire, quant à l'accusation de salir notre beau pays en montrant les Français comme d'incorrigibles salopards avides d'espionner, salir, exclure et calomnier leurs voisins, il faut bien reconnaître que les Français étaient, et sont encore comme ça. Oh! pas tous, bien sûr... Mais il y en a. 

Un corbeau, c'est un dénonciateur anonyme tout autant qu'un anonymographe (Le terme est celui utilisé dans le film par le spécialiste), c'est donc assez ambigu: d'une part, le personnage dénonce maladivement, que ce soit vrai ou faux, et d'autre part il ou elle se pose en moraliste dans la mesure où tout ragot peut avoir un fond de vérité. De même qu'aux Etats-Unis, les historiens Morris et Goscinny ont bien montré qu'un chasseur de primes profitait d'un système légal, mais était méprisé par la population, tout en amenant à la justice des gens qui avaient effectivement commis des crimes, l'histoire du film montre bien que la population victime d'un anonymographe en profite pour se purger, en pestant contre le "corbeau", mais en suivant ses jugements. Le film raconte donc comment un corbeau sème la panique et la zizanie dans une petite sous-préfecture en s'acharnant en particulier sur le taciturne docteur Rémy Germain (Fresnay) accusé de pratiquer des avortements à la chaine. Les lettres se multiplient, provoquant d'une part le suicide d'un homme atteint d'un cancer du foie, et qui ne se savait pas condamné avant de recevoir une lettre, d'autre part la colère de la population qui se cherche un bouc émissaire, le trouvant à un moment en la personne d'une infirmière aigrie et vieille fille, mais la population (relayée par ses édiles) finit par se retourner contre la principale victime des lettres anonymes, le docteur Germain.

Pour commencer à faire le tour d'horizon du film, il convient sans doute de présenter ses personnages, l'un des forte de Clouzot étant dans le fait de construire des personnalités valides, rendant l'intrigue solide. On en dénombre au moins douze particulièrement définis, un grand nombre desquels ayant des secrets souvent inavouables:

Le docteur Germain (Pierre Fresnay): excellent médecin, le docteur Germain cache un secret lourd, et une identité inattendue, qui fait l'objet d'un petit suspense interne. L'homme a, effectivement, pratiqué des avortements, mais tous en des circonstances durant lesquelles la vie de la mère était en danger. Il est aussi accusé de fricoter avec Laura Vorzet, mais a une relation durant le film avec Denise.

Le docteur Vorzet (Pierre Larquey): spécialiste psychiatrique, le tranquille et sympathique docteur Vorzet est un patriarche, un connaisseur de la morale humaine, qui apporte un grand nombre d'informations utiles dans le film, ayant été nommé expert en anonymographie sur plusieurs affaires.

Laura Vorzet (Micheline Francey): mal mariée, Laura Vorzet cache sa frustration derrière son métier d'assistante sociale. Elle est amoureuse du docteur Germain, ce qui n'est pas sans poser quelques problèmes dans cette petite ville.

Marie Corbin (Helena Manson): la soeur de Laura. Ancienne petite amie du docteur Vorzet qui lui a préféré sa jeune seur, elle est une infirmière vêtue de noir, cassante et sèche. Le suspect principal durant le film, elle est brièvement incarcérée.

Denise Saillens (Ginette Leclerc): boiteuse, la sensuelle soeur du directeur de l'école est amoureuse de Rémy, et poursuit durant le film le médecin de ses assiduités. Elle a une vision intéressante, et est l'une des rares personnes, avec Vorzet, dont Germain écoute les avis et conseils.

Rolande Saillens (Liliane Maigné): La jeune soeur de Denise est une adolescente, qui travaille à la Poste, pique dans la caisse, écoute aux portes et louche clairement sur Germain. Il est fascinant d'imaginer quelle adulte en résultera!

Saillens (Noël Roquevert): le très droit Saillens a perdu un bras dans l'accident qui a rendu sa soeur boiteuse. Il a l'air sans histoire comme ça, mais on ne sait jamais.

Le docteur Delorme (Antoine Balpêtré): las et uniquement motivé dans son métier par les maladies rigolotes ("vous allez voir, c'est crevant!"), le très immoral directeur de l'hôpital juge vite, et s'embarrasse peu d'indulgence. Il a, lui aussi, des petites saletés sur la conscience.

Le docteur Bertrand (Louis Seigner): coincé, obsédé par la culpabilité potentielle du docteur Germain, qu'il hait. de toutes ses forces...

Bonnevie, l'économe de l'hôpital (Jean Brochard): Témoin de toutes ces turpitudes, une autre cible de l'auteur des lettres anonymes.

Le sous-préfet (Pierre Bertin): inévitable représentant de l'ordre, la cible de Clouzot pour dénoncer la médiocrité. Il apprend son déplacement par voie de presse.

La mère de François (Sylvie): La mère éplorée du malade qui se suicide, elle avoue à Germain être sur la piste du corbeau, responsable de la mort de son fils.

Tous ces gens sont présentés sans fioritures, en situation, et tous bénéficient de la verve dialoguiste de Clouzot.

Après un film policier impeccablement mis en scène, à la virtuosité ludique, dans lequel le moralisme a peu à voir avec la résolution enjouée d'une énigme classique, Clouzot s'attaquait à toute autre chose avec cette deuxième oeuvre, et on peut finalement comprendre à quel point le film pouvait être gênant, à l'heure de la réconciliation nationale, alors qu'il fallait prouver que sous l'enveloppe du Français occupé battait immanquablement le coeur de la Résistance, de voir ces gens occupés à se chercher des poux dans la tête, et prêts à se débarrasser de la personne qu'on accable, c'était trop. Mais justement, derrière le portrait de ces Français moyens qui parlent derrière le dos du Docteur Germain, qui disent à qui veut l'entendre que, n'est-ce-pas, "il n'y a pas de fumée sans feu", qui cherchent à se débarrasser d'un collaborateur encombrant à la grâce d'une lettre anonyme (Delorme), qui sauvent leur tête grâce à un autre lettre anonyme (Bonnevie), qui choisissent leur victime expiatoire en la personne de la vieille fille, et s'avèrent prêts à la lyncher (la scène est splendide, et le moins qu'on puisse dire c'est qu'Helena Manson y est extraordinaire. Le plan de la silhouette noire, fuyant la persécution, dans une ville déserte, alors que la bande-son est saturée de cris et de bruits de foule, reste en mémoire longtemps après la vision), bref derrière tout ça, il est tentant de voir un portrait du Français sous l'occupation. Insidieusement, mais à coup sûr. Chez Clouzot, une fois la guerre finie, la peinture de la France profonde continuera, avec les grands films que l'on sait.

Une scène célèbre du film voit le docteur Vorzet, souvent utilisé pour faire passer de nombreux messages dans le film, utiliser sa sagesse pour expliquer à Germain le fond du problème: personne n'est ni bon, ni mauvais, ni blanc ni noir, et tout le monde est un peu des deux; il utilise à cette fin une lampe qu'il fait se balancer, la lumière changeant alors, éclairant tour à tour différents objets avant de les laisser dans l'obscurité. Clouzot reviendra souvent à cette idée, et terminera du reste sa carrière en étant fasciné par l'art cinétique, expérimentant sur la lumière avec ses eux derniers projets, l'inachevé L'enfer (1964), puis La prisonnière, en 1968. Si pour cette scène du Corbeau on peut voir la grande adéquation entre les acteurs, le texte, l'intrigue, la mise en scène, la montage et la photographie (Bref, tous les ingrédients d'un film), il ne faut peut-être y voir qu'une fausse piste, surtout lorsque Vorzet, joué avec génie par Larquey, lache une dernière pirouette en démontrant à Germain combien la vérité, ou plutôt la lumière est insaisissable: Germain se brule en essayant d'arrêter le balancement de la lampe. Un thème qui reviendra, le renvoi dos à dos des criminels et des policiers, mais aussi la relativité du crime étant, chez Clouzot comme chez Lang ou Hitchcock, des obsessions. Mais chez lui, c'est un cas le plus souvent désespéré: le film s'ouvre, cyniquement, sur une petite visite de la ville de St-Robin, visite qui commence... par le cimetière, dont la caméra s'échappe en passant par le portail: celui-ci grince abominablement: le point de vue est bien celui de la faucheuse, et le ton on ne peut plus sardonique. La fin, après effectivement le passage de la mort par la ville, voit une silhouette de dame, vêtue et voilée de noir, s'éloigner sous l'oeil impuissant du Dr Germain, l'homme qui a sans doute le plus appris, mais aussi, sans doute, beaucoup gagné dans ce beau, cet extraordinaire, cet indispensable film.

 

Le corbeau (Henri-Georges Clouzot, 1943)
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Published by François Massarelli - dans Henri-Georges Clouzot Noir Criterion
27 avril 2023 4 27 /04 /avril /2023 17:46

Sur le front Italien, pendant la seconde guerre mondiale, deux soldats Anglais sont liés par un petit secret inattendu: Roger, l'un d'entre eux, correspond avec une jeune femme restée au pays, Victoria, mais c'est l'autre, Alan (Joseph Cotten) qui écrit en fait les lettres, parce qu'il est plus doué... Du coup, Alan, amoureux d'une inconnue qu'il pense ne jamais rencontrer, est amer, et se rend bien compte que son copain n'en vaut pas la peine. Ce dernier rentre en Angleterre avec la ferme intention d'épouser la jeune femme, mais Alan, resté au front, est blessé. Quand il est démobilisé, il rentre chez lui et apprend le décès de Roger. Il a été tué, et un procès a établi que Victoria (Jennifer Jones) serait responsable de sa mort, par légitime défense...

Secrets de famille, sentiments exacerbés, poids du destin, amnésie, mystères à gogo... le film ne se prive absolument pas d'aller vers l'infini et au-delà des limites du raisonnable! Ca commence avec une situation à la Cyrano de Bergerac, mais la conquête de Victoria ne sera évidemment pas la finalité du film. C'est une oeuvre hautement sentimentale, romantique en diable, avec une dose incroyable d'invraisemblances qui auraient pu tout faire capoter...

Mais Dieterle est habitué après tout à tout faire passer, il le fait depuis toujours. N'oublions pas que c'est lui (et avec les mêmes acteurs) qui tournera 3 années après le flamboyant Portrait of Jennie, l'un de ces films qui ose tout! Et il semble se plaire dans cette intrigue amoureuse qui débouche sur du film noir, à moins que ce ne soit le contraire. C'est une étape assez étonnante dans le cinéma des années 40, un film nettement moins connu que d'autres, sans doute avec raison... Mais ne boudons pas notre plaisir, une fois acceptées toutes les invraisemblances.

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Published by François Massarelli - dans William Dieterle Noir
25 mars 2023 6 25 /03 /mars /2023 19:08

Lane Bellamy (Joan Crawford), une jeune femme dans la galère, fait partie d'un spectacle ambulant (elle est danseuse du ventre), qui est tombé dans le collimateur de la police locale d'un petit patelin. Mais quand tout le cirque s'en va pour échapper au shériff (Sidney Greenstreet), elle reste, et rencontre l'adjoint du shériff, Field Carlysle. Le coup de foudre est immédiat... Mais le shériff veille: il a en effet décidé que son adjoint serait l'homme fort officiel du conté, et pense que la jeune femme est une mauvaise influence sur lui: Lane Bellamy d'un côté, Titus Semple de l'autre, un combat de titans a commencé...

C'est sûr qu'il est impossible de ne pas penser à Mildred Pierce: deux films nois de la Warner, deux femmes fortes en butte à la malignité et l'obsession de contrôle des hommes, deux fois Michael Curtiz et deux fois Joan Crawford... C'est pourtant un film bien différent, qui commence d'ailleurs au plus bas, par une voix off qui semble énoncer une évidence: Lane Bellamy nous présente le microcosme de la ville de Boldon, comme elle présenterait certainement n'importe quelle petite communauté: elle montre qu'il y a le bas, et Flamingo Road, soit l'idéal à atteindre, avec vue imprenable sur le paradis; puis elle nous montre les lieu sordides, et finit par la foire: et là, Michael Curtiz nous montre cet univers d'un plan si typique de son style: un long plan, avec balayage latéral, et au milieu de toute cette figuration, presque invisible parmi d'autres danseuses, Joan Crawford prend son mal en patience sur une estrade. C'est une formidable entrée en matière, entre fatalisme, et ironie plus que narquoise...

A travers le film, la cible, c'est une certaine façon de mener les choses, dans les petites villes, avec comme seul patron, un shériff despotique, une araignée qui a tout le monde dans ses filets, et qui ne se gênera jamais pour systématiquement avancer ses pions, car il ne roule que pour lui-même. Mais qu'une femme se dresse sur son chemin, c'est la goutte d'eau. Les acteurs, Greenstreet et Crawford en tête, sont splendides, et de fait aucun personnage ne leur arrive à la cheville: ce n'est pas un hasard.

La mise en scène de ce pamphlet (qui arrive 4 ans après la fin d'une guerre, comme pour rappeler que le fascisme peut parfois prendre des formes plus larvées) est impeccable, et pour cause, Curtiz, même si on lui a cette fois fourni clé en mains une histoire édifiante de bruit et de fureur mais qui se terinera bien, est dans son élément, le noir le plus profond, avec mensonges, carrières sordides, politiques pourrie, et cadavres. Et pas que dans le placard... Baroque, le film est non seulement dans la lignée de son "grand frère" plus connu, mais aussi proche de The unsuspected, le grand film maudit du Curtiz des années 40. Noir comme de l'encre...

 

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Noir
26 février 2023 7 26 /02 /février /2023 17:03

Voilà quelque chose d'intéressant: un remake d'un film par son réalisateur, 5 ans après... mais d'une façon déguisée, tant et si bien qu'il s'agit d'une optique fortement différente. Le film de 1933, The kiss before the mirror, était marqué par la période (pré-code) durant laquelle il avait été tourné, et celui-ci se tient à l'écart, en apparence du moins, des sujets de fâcherie pour le Code Hays!

Warren William y est Jim Stowell, un procureur efficace et impitoyable, qui semble s'être juré de repeupler Death Row... Et qui ne mâche pas ses mots. Quand le film commence, une exécution va avoir lieu, qui pousse les amis et complices de l'exécuté à menacer ouvertement Jim Stowell. Celui-ci commence à porter une arme, et échappe de peu à un attentat. Son épouse Lucy se lamente du peu d'intérêt qu'il semble lui porter, et commence à s'en plaindre... 

D'autant que des rumeurs vont bon train, qui lient l'épouse délaissée d'un procureur décidément amoureux de son métier, à un jeune étudiant... Mais quand un professeur de science politiques est arrêté après avoir tué son épouse de sang-froid, parce qu'elle le trompait, Jim voit dans l'histoire de l'accusé des similitudes avec la sienne, et commence à sentir la jalousie l'envahir...

Le film de 1933 commençait par l'histoire criminelle, et on faisait la connaissance de l'avocat qui devait défendre l'accusé plus tard. C'est lui qui retrouvait dans sa situation des similitudes... Mais ici, on s'intéresse à Jim Stowell, et à son lien avec son métier qui prend toute la place que devrait prendre l'amour pour son épouse. On retrouve donc ici un thème très présent dans l'oeuvre de James Whale, celui des épouses délaissées, une de ses marques de fabrique! Certes, le film est plus raisonnable, moins novateur en tout cas que l'original, mais se voit sans problème, d'autant que Warren William est là, et décidément, on a envie de le suivre!

Le film, d'ailleurs, se démarque de son prédécesseur dans la scène du procès: là où Frank Morgan demandait et obtenait la liberté pour son client, faisant ainsi son travail d'avocat, l'obsédé de la peine de mort qu'est Warren William semble jouer contre son camp en demandant l'indulgence pour l'accusé! Whale, à travers le sympathique personnage de Sharpy, l'assistante de Stowell, manifeste peu de goût pour cette manie Américaine d'assassiner légalement les gens.

Et les premières quinze minutes, tout en ayant un ton de comédie, montrent souvent l'une des marques stylistiques les plus impressionnantes du réalisateur, cette faculté qu'il avait de faire de la caméra mobile un excitant facteur de point de vue. Sans temps mort, le film fait moins de 70 minutes, ce qui l'identifie comme une probable série B: le réalisateur était en bout de course, sans doute, et peu soutenu par la Universal... Il ne lui restait plus que deux années à travailler.

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Published by François Massarelli - dans James Whale Noir
8 octobre 2022 6 08 /10 /octobre /2022 07:13

E.V. Marshall, que tout le monde surnomme Marsh (Tom Tryon), entretient une relation avec Paulie Nevins (Carol Ohmart), l'épouse de son patron. Ce dernier (James Gregory) est un homme violent et imprévisible, qui passe sa jalousie en accès de rage sur sa femme. Marsh enjoint à cette dernière de le quitter, mais elle refuse car elle a pris goût à l'aisance matérielle... Lors d'un rendez-vous, ils ont entendu une conversation entre trois mystérieux hommes, qui planifiaient un vol de bijoux spectaculaire! Paulie va décider de s'en mêler et de voler le butin aux voleurs...

On pourrait s'arrêter là, tant l'intrigue installée à partir de ces ingrédients suffit à elle seule à faire un film. Et puis, si on enlève le mari colérique, on est assez proche du scénario de Double indemnity, de Billy Wilder qui est non seulement le seul film noir de son auteur, mais aussi un chef d'oeuvre et un modèle du genre! 

Mais l'histoire, concoctée avec l'aide de Frank Tashlin, l'ancien réalisateur-animateur de la Warner, ne s'arrête pas là, et contient une forte dose d'ironie mordante. Ces personnages sont maudits, on le comprendra très vite, et si le spectateur est très vite amené à prendre le parti de Marsh et à se défier de la belle Paulie, celle-ci doit également compter sur un mari qui ne se laissera pas faire, et qui ne va pas rester dans son coin: lors de la nuit du vol, il suit les amants pour les confronter et dans la pagaille, il est tué.

Qui a tué? Peu importe, en l'occurrence. Car même si c'est une balle perdue, Marsh et Paulie sont tout autant des victimes que lui, et vont devoir faire face à une enquête... Une enquête dans laquelle Marsh va découvrir qu'il a suivi la mauvaise personne en tombant amoureux de Paulie, et que pendant ce temps, la secrétaire de son patron (Jody Lawrence) est prête à tous les sacrifices pour lui!

Bref, ça se complique, et plus ça se complique, plus tout le monde est dans la panade. Suivant, à l'envers, le principe d'Hitchcock (plus le méchant est réussi, meilleur est le film), les scénaristes ont aussi créé des personnages de flics intègres mais assez ordinaires, tout comme Edward G. Robinson d'ailleurs dans Double indemnity, décidément on y revient! 

Dans le film, son premier film noir depuis The breaking point, Curtiz trouve très vite ses marques, dans une mise en scène qui se concentre constamment sur le destin mal parti des deux protagonistes, et la mécanique implacable qui va les broyer. On est dans un territoire à la Thérèse Raquin, du coup: à partir du moment où les deux amants mettent le doigt dans la mécanique du crime, ils sont foutus et leur histoire ne tiendra pas le choc; on reproche beaucoup à Curtiz, c'est le cas du biographe Alan K. Rode, d'avoir choisi dans ce film personnel des acteurs inconnus, mais il me semble que ce choix renforce l'ironie et la délicieuse plongée vers les abîmes de la noirceur. Là encore, ce qu'avait imposé Wilder à ses stars, c'était l'ordinaire, la vulgarité même... Ici, Curtiz joue à fond sur le manque de glamour des parfaits inconnus qu'il dirige.

Avec un bémol: on sent bien qu'il a tout fait pour mettre en valeur sa star féminine, Carol Ohmart, qui joue de sa séduction en femme fatale, et... ça ne marche pas. D'autant que les seconds rôles en imposent, et apportent dans le film une vie, un tonus qui renforce encore le côté ironique: il faut voir ce que Elaine Stritch, qui joue le rôle de la bonne copine qui n'a rien compris à rien, apporte à une actrice comme Ohmart, à laquelle Curtiz a probablement donné l'instruction d'être aussi proche de Patricia Neal (dans Breaking point) que possible...

Mais avec son inimitable style flamboyant, ses jeux de mouvements à la précision diabolique, le goût pour un noir et blanc d'une incroyable beauté (les scènes nocturnes) ses ombres, une fois de plus, la vedette du film, c'est Curtiz lui-même!

 

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Noir
29 août 2022 1 29 /08 /août /2022 16:33

Libby Day (Charlize Theron) est la seule survivante d'un massacre perpétré dans la ferme familiale, en 1985. Ses deux soeurs, leur mère ont été assassinées et l'enquête a très vite conclu que c'était Ben, son grand frère, un adolescent ombrageux, qui avait commis le crime pour rien ou presque: on le disait Sataniste... 25 ans plus tard, Libby, qui survit encore à ce sombre drame, va être amenée à replonger dans l'affaire, quand un club de doux dingues fascinés par les crimes célèbre la contacte... Lyle (Nicholas Hoult), le chef de la bande d'excentriques, essaie de lui faire réviser son jugement, car il est persuadé que Ben n'a pas tué sa famille...

C'est un thriller, le deuxième roman de Gillian Flynn, qui est à la base de ce film. Clairement, l'intention était probablement de capitaliser sur le succès à tous points de vue de l'adaptation par David Fincher et Gillian Flynn elle-même de son troisième roman, son chef d'oeuvre, Gone girl. Donc il y a eu des moyens, et pour peindre la tragédie de la famille Day à sa juste couleur, le moins qu'on puisse dire c'est que les teintes sombres de manquent pas. Mais...

La déception se fait vite sentir, parce que le roman, dense et sinueux, avec une narration éclatée entre Libby maintenant, et les protagonistes, principalement Ben et sa mère, prenait son temps pour asséner ses coups et distiller son venin. Le film fait en 1 heure et 50 minutes et contient non seulement tout ou presque ce que le roman proposait... Il en rajoute même, afin toujours de simplifier la tâche du spectateur... C'est assez malaisé, et je reste persuadé que la lecture du roman est indispensable avant de voir le film... Du coup, ce dernier devient, j'en ai bien peur, inutile.

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Published by François Massarelli - dans Noir
12 août 2022 5 12 /08 /août /2022 13:18

Bernie Lootz (William H. Macy) est un malchanceux chronique, ce qui lui garantit un emploi à Vegas. C'est que son patron, Shelly (Alec Baldwin), qui tient un casino  (c'est donc un mafioso malhonnête et sans scrupules) à Las Vegas, fonctionne un peu à l'ancienne, il l'emploie donc comme "cooler", pour tempérer par sa malchance les possibilités de gain autour de lui! ...Et ça marche. 

Bernie a repéré la nouvelle serveuse, Natalie (Maria Bello), et ils commencent à se voir en dehors du travail. Bernie n'en revient pas: elle s'intéresse à lui, et très vite ils deviennent inséparables. Quand elle lui avoue ses sentiments, Bernie devient chanceux... Ce qui n'est pas du tout du goût de Shelly, qui a justement payé Natalie pour maintenir son "cooler" en l'état... 

Sous des dehors qui tiennent autant de la comédie que du film noir, cette histoire de chance et de malchance, de loyauté et d'amour, de tricherie et de sentiments, est un conte. Pour commencer ce conte repose sur l'un des mythes les plus établis de l'humanité, avec l'astrologie et la religion: le concept de chance... Manifestement, dans cette histoire, ça existe... 

C'est l'occasion pour nous de visiter le monde d'un casino à Vegas depuis les coulisses, et bien entendu, c'est absolument sordide. Alec Baldwin est formidable en patron "à l'ancienne", qui repose sur la superstition, demande de la loyauté à ses employés, mais est capable d'une part de se débarrasser d'un chanteur lessivé en lui forçant une overdose, et d'autre part se débarrasse de ceux qu'il soupçonne d'avoir triché pour gagner, en les massacrant à coups de marteau...

Le principal atout d'un film qui joue à nous faire peu à la fin, avec des retournements de situation (qui sabotent d'ailleurs l'effet de la fin, devenue insipide) est une histoire d'amour improbable entre deux personnages, et comme ils sont interprétés par William Macy et Maria Bello, forcément, on suit.

 

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Published by François Massarelli - dans Noir
6 août 2022 6 06 /08 /août /2022 10:22

Mashhad, Iran, 2001: une prostituée se fait assassiner par un client qui l'a attirée chez lui. Il s'avère que c'est loin d'être la première. Nous suivons en parallèle les parcours de deux personnes: Rahimi (Zar Amir Ebrahimi), une journaliste dont le travail est d'enquêter sur place, dans la ville sainte, et de rapporter à son journal tous les faits sur l'affaire, et Saeed (Mahdi Bajestani), un maçon fondamentaliste dont on ne mettra pas longtemps à comprendre qu'il s'agit du tueur...

Situé en Iran, le film a été tourné en Jordanie, car Abbasi, qui est désormais basé en Scandinavie, savait que le sujet ferait polémique dans son pays d'origine... Le film est inspiré de faits réels, et si le personnage de Saeed est sans doute très proche du tueur authentique (16 victimes entre 2000 et 2001, toutes prostituées et toxicomanes, comme dans le film), le personnage de Rahimi, la journaliste rebelle qui se fait constamment rembarrer pour un oui ou pour un non, pour un tchador mal mis, pour avoir ouvertement dit qu'elle fumait, ou pour les libertés qu'elle se permet en tant que journaliste, est un composite qui permet d'étendre le sujet. Car cette histoire n'est pas qu'une simple intrigue policière...

Le style adopté par Abbasi est la caméra sur l'épaule, dans une urgence qui renvoie à la guerilla cinématographique d'un Soderbergh (Traffic). Pas ici d'images léchées ou de maniérisme, tout va dans le sens d'un naturalisme à coups de poings, d'une franchise sur les domaines du sexe, de la drogue... On imaginerait un Iran qui, après la révolution Islamique, aurait nécessairement "réglé" son compte à la prostitution et à la drogue, mais il n'en est rien: dans un pays aussi rigoriste, avec une telle barrière entre les hommes et les femmes, la prostitution est encore plus sordide, c'est l'un des aspects les plus frappants, surtout dans le premier tiers du film. Avec le point de vue de Rahimi, nous découvrons une situation terrible pour la femme, pour la jeune journaliste qui ne joue pas jeu bien sûr, mais pour toutes les femmes...

Car le personnage principal est Rahimi, mais nous suivons aussi Saeed chez lui, dans sa famille, en espérant qu'à un moment ou un autre il se trahisse: son désir de tuer est tellement fort qu'il nous est montré à plusieurs reprises, profitant d'un départ momentané de son épouse (elle rend visite à ses parents qui habitent la même ville) pour "partir en chasse", ramener une fille et la tuer. Lors d'une de ces scènes extrêmement graphiques, l'épouse revient, et Saeed échappe à la confrontation de justesse... 

Du coup, on sera très surpris d'un développement du troisième acte dans lequel, après une planque durant laquelle Saeed a ramené chez lui Rahimi, qui se fait passer pour une prostituée, l'homme a enfin été arrêté: il se tient un double discours, d'ailleurs pressenti par la jeune femme. D'un côté, le ministère public ira dans le sens d'une condamnation très dure, et d'un châtiment sans espoir. De l'autre, Saeed devient le héros de la ville sainte, et sa famille le soutient sans l'ombre d'une hésitation. La douce Fatemeh, son épouse, explique sans ambiguité à leur fils Ali que ce que son père a fait, son obsession de ce qu'il appelle le "nettoyage", est un acte divin. Et devant le caméscope de Rahimi qui va rentrer à Téhéran, le jeune Ali explique d'une part le mode opératoire de son père en utilisant la complicité de sa petite soeur qui "joue la morte", puis il explique avec un sourire exalté qu'une fois son père mort, il y aura une relève. Et au vu du comportement global des hommes dans le film (il y a une exception, un journaliste), il a cent fois raison.

 

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Published by François Massarelli - dans Noir
18 juillet 2022 1 18 /07 /juillet /2022 15:57

Un bateau explose dans un port Californien; à son bord, des cadavres de toutes nationalités, et selon toute vraisemblance il s'agirait d'un deal de drogue qui aurait particulièrement mal tourné. Sur la piste de Dean Keaton (Gabriel Byrne), un malfaiteur qui a été identifié sur les lieux avant que tout ne brûle, l'agent David Kujan (Chazz Palminteri) a sur les bras une affaire complexe, et un seul témoin viable: Roger "Verbal" Kint (Kevin Spacey), un obscur petit malfrat qui a été mêlé à une série de problèmes, et qui non seulement protège Keaton en le dédouanant dans son témoignage, mais surtout semble ne pas en dire beaucoup. Jusqu'à ce qu'un autre témoin ne se manifeste, un Hongrois qui a survécu à l'incendie, et qui a identifié sur les lieux le bandit le plus redoutable qui soit, le mystérieux Keyzer Söze. Kujan écoute Kint lui raconter une incroyable histoire de manipulation de cinq gangsters dans les griffes d'un homme que d'aucuns s'obstinent à identifier comme le diable...

Un: le film est un film noir, à l'ancienne (et déjà identifié comme tel à l'époque de sa sortie, au sein d'un genre qu'on qualifiait à l'époque de "néo-noir") dans lequel le metteur en scène et le monteur (qui est aussi le compositeur du film) se jouent allègrement de la chronologie et du spectateur. Chaque carte de l'édifice ajoute une nouvelle dimension à une histoire qui devient vite prenante et dont on se rendra vite compte qu'elle tient entièrement sur des témoignages: ceux qu'untel a entend de tel ou telle autre, qui n'est souvent plus là pour confirmer. Ou encore, l' ami agent du FBI (Gianni Esposito), qui parfois vient au téléphone pour expliquer comment la conversation avec plusieurs interprètes évolue, car avec un Hongrois qui ne parle pas Anglais, à plus forte raison grand brûlé sur un lit d'hôpital, ce n'est pas facile de converser...

Deux: tout est, en fait, histoire de point de vue. Entre un policier à qui on ne la fait pas (Palminteri, magistral) et un malfrat minable mais protégé par une relative bonne étoile (il a obtenu une quasi immunité qui sert bien ses intérêts), qui a raison? Celui qui est sur la piste de l'insaisissable Dean Keaton, le policier corrompu devenu malfrat avant de dire à qui veut l'entendre qu'il a décidé de changer, alors que ce ne serait que de la poudre aux yeux? Ou celui qui lui raconte comment, ayant vu Keaton en action puis l'ayant vu se faire tuer par le diable même, Keaton est finalement une victime? 

Trois: manipuler, le grand mot est là. Comme le dit Verbal, le plus grand tour de magie que le diable a réussi, c'est de persuader l'humanité qu'il n'existe pas. A travers cette histoire dans laquelle des malfaiteurs, un temps réunis presque comme par hasard dans une identification bidon (et hilarante) se retrouvent manipulés par un maître en la matière, Bryan Singer s'intéresse au mal, celui qu'on n'ose à peine nommer, celui qui vous enlève toute volonté, et dont les ramifications sont telles qu'on ne sortira jamais de son emprise.

Quatre: je ne reviens pas sur Keyser Söze, l'une des plus éblouissantes figures du mal qui soit. Singer a aussi réussi ses flics, et tous ses bandits, en particulier Keaton, mais aussi MacManus le dur cynique (le seul grand rôle de Stephen Baldwin), le petit malin Hockney (Kevin Pollak, totalement hors de son registre), et l'inattendu Benicio del Toro, avec d'incompréhensibles tics de langage, est lui aussi parfait. Le montage de ce film, dont les acteurs se rappellent d'un tournage sans queue ni tête (lors de l'identification, le mauvais esprit et les fous rires ne sont pas ceux des personnages, mais ceux des acteurs qui se moquaient ouvertement du film et de son metteur en scène, et la scène est devenue un classique), est un tour de force. Et même quand on en connaît tous les contours et tous les développements, le plaisir est toujours là: c'est le meilleur film de son auteur, sans problème. Et manifestement, au vu de sa carrière, ça le restera!

 

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Published by François Massarelli - dans Noir Bryan Singer