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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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27 février 2022 7 27 /02 /février /2022 17:06

Un meurtre a eu lieu, sous les yeux d'un témoin: Claire Gregory (Mimi Rogers), une jeune femme de la très bonne société de New York sait qu'elle peut être éliminée à tout moment par le tueur qui a réussi à s'enfuir: on lui assigne un garde du corps pour les nuits, un jeune inspecteur (Tom Berenger) qui vient de monter en grade, et qui va avoir de grandes difficultés, surtout pour ne pas laisser libre court à son attirance pour la personne qu'il doit protéger...

Sur la simple foi de son synopsis, ça peut sembler être un quickie destiné à faire avaler la pilule de l'échec cuisant de son dernier film, Legend, pouur Scott. Mais le film a été en gestation, et Scott était sur les rangs, dès 1982, au moment où sortait Blade Runner... De fait, on est en 1987, et Scott coche absolument toutes les cases du néo-noir des années 80: ambiances nocturnes, ruptures de ton brutales, présence obsédante du monde de la nuit (avec passage obligé par des endroits où l'on danse sur, hum, de la musique), mais aussi lumières bleutées de néon, montage "cut" et codification sommaire de la sophistication, Mimi Rogers en tête.

C'est là que le film fera sans doute sourire, dans l'opposition constante entre la belle New Yorkaise de bonne famille, habillée du plus pur chic 1987, et la famille de Tom Berenger, surtout son épouse: ils sont natifs du Queens et ça se sent... Mais la principale tempête souffle ici dans la tête du héros, d'abord face à un dilemme, puis face à des remords, et surtout face à une confusion monumentale en ce qui concerne la notion de devoir... Le film est visuellement certes bardé de clichés, mais il est efficace de bout en bout, et en dépit des atrocités vestimentaires de rigueur, on s'attache à ce policier et à sa famille, même si Lorraine Bracco en fait quand même un peu des tonnes. Et comme si on anticipait un peu sur d'autres films, c'est à cette dernière qu'on devra le dernier mot... Ou plutôt la dernière cartouche. 

 

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Published by François Massarelli - dans Ridley Scott Noir
26 février 2022 6 26 /02 /février /2022 12:25

A Marseille, la rivalité de bandits entre Justin, l'enfant du pays, et l'infâme Esposito, venu de Naples et qui tente de disputer à Justin sa domination bonhomme et tranquille du vieux port, prend des proportions inquiétantes...

D'un côté, la bande de Justin (Berval), qu'on ne verra pas beaucoup commettre de crimes, et de l'autres, les affreux représentés par Esposito (Alexandre Rignault), qui sont beaucoup plus montrés en situation. Le propos de Carlo Rim est dès le départ assujetti à une forme de folklore local Marseillais, qui nous donne un peu l'impression d'assister aux aventures d'une sorte de Robin de Bois local! C'est discutable, mais ce n'est pas le sujet: on est plus ici dans une sorte de chanson de geste, assez tendre et même occasionnellement picaresque (je rejoins totalement Christine Leteux qui dans son excellente biographie du cinéaste compare la "guerre" entre Esposito et Justin, à la rivalité détaillée par d'autres canailles dans The Bowery de Raoul Walsh): Justin et ses copains, ce sont des braves gars, un peu coquins sur les bords, mais si bons camarades...

Le film prend son temps avant de nous montrer Justin, permettant à Rim et Tourneur d'installer tout un univers: la police, qui compte les points (et occasionnellement les morts), les locaux, qui prennent à la galéjade toute tentative de moralisation officielle de la situation, mais aussi les braves gens qui ont pour la plupart choisi leur camp: ils aiment leur Justin, quoi... Un personnage récurrent, celui d'un journaliste venu d'ailleurs, renvoie à Carlo Rim lui-même, et une sous-intrigue qui déplace adroitement les notions de légalité et d'illégalité vers la morale elle-même, permet d'accroître la sympathie à l'égard de Justin: un jeune Italien, Silvio (Armand Larcher), séduit la jeune Totone (Ghislaine Bru), qui n'a pas compris qu'il va la mettre sur le trottoir, et même pas Marseillais: on pense plutôt à de l'exotique... Quand elle se rend compte de la situation la jeune femme va finir par demander la protection de Justin. 

Une scène souvent commentée du film est basée sur une idée à la Scarface: un convoi mortuaire est le prétexte d'une importante opération de contrebande, pour Esposito qui déplace ainsi une quantité importante d'opium, sans avoir consulté Justin et son allié Chinois: le suspense et la farce se mélangent dans une séquence excellente, et qui montre bien qu'on est finalement dans un univers plus baroque que celui de Duvivier pour Pépé le Moko...  Mais cela montre aussi que Justin, tout Robin des Bois qu'il soit, se mêle aussi de trafic de drogue...

Je parlais de Scarface, tout à l'heure, il est intéressant de noter que le film y fait directement allusion dans son dialogue. Mais c'est bien d'un film français qu'il s'agit, qui évite constamment le bavardage, et qui nous donne droit à une belle plongée dans la pègre Marseillaise, avé l'accent, qui en fait un superbe classique, l'un des meilleurs films de son auteur. Un film dans lequel les gangsters iront, pour certains, au bout de leur destin, mais qui nous montre 'une vérité tellement belle qu'on la prend pour un mensonge'... en quelque sorte.

 

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Published by François Massarelli - dans Maurice Tourneur Noir
8 février 2022 2 08 /02 /février /2022 11:03

Thérèse (Juliette Gréco) et Denise (Irène Galter), deux soeurs, perdent leurs deux parents dans un accident de voiture. Thérèse, l'aînée, doit quitter le couvent où elle est novice pour s'occuper de sa soeur et tenir la papeterie familiale... 

Max (Philippe Lemaire), un jeune employé d'un garage, vit non seulement de son salaire, mais aussi de la boxe, et de son incommensurable succès auprès des femmes: il séduit une voyageuse de passage (Yvonne Sanson), et devient son chauffeur, avec la complicité de son copain Biquet (Daniel Cauchy), qui est chasseur au Carlton de Cannes où la belle dame est descendue. Les deux complices sont attirés par ses bijoux... 

Ces deux univers vont se mélanger quand Max va rencontrer Denise.

Je m'arrête là, car le film passe finalement par des détours surprenants: pour son troisième long métrage, il semble que Melville ait voulu greffer plusieurs genres les uns contre les autres: drame (la foi de Thérèse et ses dilemmes particulièrement carabinés, un thème qui reviendra de façon plus ascétique dans l'admirable Léon Morin, Prêtre), comédie sentimentale qui vire au cauchemar (Denise), film de gangsters minables (Biquet et Max), et film noir pour mélanger le tout.

On s'y perd parfois un peu, justement en raison des ruptures de ton qui sont particulièrement spectaculaire, mais aussi parce que le film ressemble à un mélange entre une production classique, et du cinéma de guérilla comme Melville savait en faire: d'un côté, des acteurs établis (on reconnaîtra Fernand Sardou et Robert Dalban en plus de Juliette Gréco) et des scènes tournés dans d'impeccables studios, de l'autre, un tournage méridional, à l'italienne, c'est à dire que toutes les scènes d'extérieur ont été tournées en muet et post-synchronisées: du coup, plusieurs acteurs de figuration ont la même voix; celle de Melville lui-même. 

Mais c'est un film plein de vitalité, d'idées, de tentatives. Suivre max ou suivre Thérèse? En proposant à son public la réunion scandaleuse de deux êtres que tout oppose, il commence à aller vers ce qui fera sa légende, le film noir. Rien que pour ça...

 

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Published by François Massarelli - dans Noir Jean-Pierre Melville
6 février 2022 7 06 /02 /février /2022 09:51

Le "bal du monstre" du titre est, selon un personnage du film, une tradition de la justice Britannique: avant d'exécuter un homme, on aurait organisé une fête à son honneur dans les geôles d'Angleterre; si c'est avéré (je n'ai rien trouvé sur ce point en faisant une rapide recherche), c'est donc une tradition qui remonte à un certain temps, d'une part parce qu'on imagine assez mal l'Angleterre du XXe siècle procéder à ce genre de rituel, d'autre part parce que le Royaume s'est sainement débarrassé en 1969 de cette sale manie qu'ont certains états de vouloir assassiner légalement ses ressortissants à l'occasion...

Pas les Etats-Unis, encore moins le Sud du pays. Le film est situé en Géorgie,  vers 2000 (l'état n'abandonnera la chaise électrique qu'en 2001) dans une petite bourgade située très près d'un pénitencier d'état. On va y exécuter un homme, qui a effectué un assaut sur un policier, entraînant sa mort. L'accusé Lawrence Musgrove (Sean Combs) est noir, comme trop d'hommes qui sont ses compagnons à Death Row. On fait la connaissance de la famille du futur défunt, son épouse Leticia (Halle Berry), qui doit non seulement faire face à la nécessité de rester seule avec son fils Tyrell (Coronji Calhoun), mais aussi de se battre pour survivre dans une société où la ségrégation est encore très vivace.

Par ailleurs, une autre famille est présentée, les Grotowski: trois hommes, le grand père (Peter Boyle), invalide, un raciste invétéré, qui a poussé son épouse au suicide si on en croit ce qu'il en dit; le petit fils, Sonny (Heath Ledger), en conflit avec son père, et enfin ce dernier, Hank (Billy Bob Thornton): le premier est un retraité du département des corrections de l'état, le service public qui gère la peine capitale entre autres; Hank est chef d'équipe au pénitencier d'état et il a transmis la vocation à Sonny, à moins qu'il ne lui ait pas laissé le choix... Le racisme du grand-père établit les règles chez les Grotowski, dont les voisins sont noirs: ça n'arrange rien...

Hank et Sonny ne partagent pas que leur métier, ils fréquentent aussi la même prostituée, Vera, ce que nous montrent deux scènes sordides par leur naturalisme, leur franchise mais aussi le fait que la jeune femme se comporte point pour point, geste pour geste, également de la même façon avec l'un qu'avec l'autre... Pour résumer, Hank et Sonny ne sont pas heureux: le premier semble reprocher en permanence à son fils de n'être pas tout à fait comme lui (pour commencer, Sonny ne partage pas le racisme de ses aînés), et ne lui passe aucune erreur. Le second reproche à son père de ne pas l'aimer... Sonny se suicide. 

Après la mort de Lawrence et celle de Sonny, et la démission de Hank, les destins de Leticia et Hank vont se croiser, puis se mélanger, et enfin une histoire d'amour, fragile mais réelle, va se mettre en place. Mais comment dire à la femme qu'on aime qu'on a participé à la mise à mort de son mari?

C'est le fil rouge du film, un fil rouge qui a le bon goût d'une part de ne jamais être évoqué ouvertement, d'autre part de ne pas vraiment être rompu au fil des scènes de ce film exigeant mais envoûtant. Forster a placé ses personnages dans une caractérisation sur la distance, et c'est le premier des atouts considérables du film: Leticia et Hank, finalement, partagent un point qui est la source de bien des douleurs, une solitude envahissante... Et un besoin de trouver quelqu'un avec qui partager le quotidien. C'est le sens d'une scène qui a fait couler beaucoup d'encre, et qui a eu pour conséquence qu'il y a deux versions du film, l'une plus explicite que l'autre: l'inévitable rapprochement de Leticia et Hank, qui a commencé de façon traumatique par une troisième mort, aussi navrante que les autres, va se concrétiser par une nuit de sexualité intensive et particulièrement graphique, que Forster a souhaité tourner dans une vraie maison afin non seulement de truffer le champ de meubles et autres objets (ce qui est bien pratique, on en conviendra), mais aussi pour se conformer à un modèle assumé de naturalisme narratif... Le travail des acteurs est passé par un dialect coach, et tous s'en sortent merveilleusement bien, surtout Halle Berry, dont l'accent naturel est aux antipodes de celui, brut de décoffrage, de Leticia. 

On pourra questionner le raccourci qui donne l'impression qu'on peut se sortir facilement d'un triple deuil, d'une misère de vivre dans un état rétrograde, et des pires vicissitudes de l'existence, grâce à une bonne vieille nuit de débauche assumée, mais au-delà de ce défaut, le film réussit à placer sous nos yeux les paradoxes d'une société culturelle qui a tout fait pour que misère, injustice, racisme et ségrégation, violence, fassent partie de son ADN. Dans ces conditions, quelle que soit la méthode qu'un Hank (qui va se débarrasser symboliquement de son père, comme s'il abandonnait tout racisme avec ce geste) et une Leticia prennent, on se dit qu'après tout qu'elle sera bonne à prendre... Même au milieu de sa rigueur naturaliste, Forster n'hésite pas à pimenter de symbolisme (comme le moment frappant où Hank brûle sa tenue de travail, qui est filmée sous un angle qui nous donne l'impression qu'il brûle lui-même, comme pour se laver de sa tentation raciste?) son portrait de la Géorgie malade. Et le film est une formidable introduction à l'atmosphère particulière d'une certaine Amérique, celle qui exécute.

 

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Published by François Massarelli - dans Noir
3 février 2022 4 03 /02 /février /2022 17:58

A Manhattan, un journaliste qui travaille à l'agence France-Presse, Moreau (Jean-Pierre Melville) fait équipe avec un photographe à la réputation désastreuse, Delmas (Pierre Grasset) pour retrouver la trace d'un diplomate Français de l'ONU dont l'absence a été très remarquée et commentée; ils cherchent d'abord dans les nombreuses maîtresses de l'homme, et commencent un long périple nocturne dans les rues toujours actives de la ville...

Melville traque les noctambules et lâche deux hommes parfaitement compatibles avec la vie de la nuit New-Yorkaise, aux trousses d'un insaisissable (et pour cause: il est mort) diplomate, qui devient le prétexte d'un jeu du chat et de la souris entre cynisme et morale, entre la docilité d'un Moreau qui ne veut pas faire de tort à la diplomatie française, ou à la famille d'un mort, et Delmas, le buveur et coureur qui jongle avec l'idée de devenir riche en publiant des photos douteuses... Et on se demande bien ce qu'on est venu faire devant un film pareil. 

Il faut dire que je soupçonne que les véritables motivations de Melville, qui semble avoir improvisé son film à New York, soient surtout de filmer Américain! D'où des trous béants, occupés à nous montrer des taxis, des gens qui prennent des taxis, des gens qui sortent de taxis... C'est raté, du début à la fin. Melville retournera tourner en France, et accumulera les oeuvres de premier plan... Tant mieux.

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Published by François Massarelli - dans Jean-Pierre Melville Noir
30 janvier 2022 7 30 /01 /janvier /2022 08:39

Willy Ferrière (Gaston Jacquet), un jeune homme de bonne famille qui évolue dans les milieux interlopes et populaires de Paris, n'a plus le sou. Et c'est dommage, car il est sur le point de se marier... Et Edna (Gina Manès), la promise, aime bien l'argent. Alors quand à l'Eden café, il parle un peu fort du fait qu'il serait bon de se débarrasser de sa bonne tante, qui est assise sur un tapis d'argent qui lui reviendrait à lui directement, des oreilles écoutent... Et il reçoit une proposition qu'il décide d'accepter. 

Quand le bandit minable Joseph Heurtin (Alexandre Rignault) se rend chez la tante Henderson, il a plusieurs surprises: d'abord c'est ouvert; ensuite, il y a du sang partout; enfin, la vieille est déjà morte, et il y a quelqu'un: Radek (Valerii Inkijinoff), un étudiant en médecine avec lequel il avait planifié le crime, avant que ce dernier se dégonfle... Mais Radek a tout manigancé justement parce que Heurtin est faible, et pas très intelligent... Radek lui a donc permis de se rendre sur les lieux d'un crime, de se mettre du sang partout et de laisser ses empreintes sur chaque objet de l'appartement! Il promet à Heurtin de tout effacer, en échange de la promesse de ne pas dénoncer son complice. Un seul des deux hommes tiendra sa promesse...

Quand le commissaire Maigret (Harry Baur) est chargé de l'affaire, on ne tardera pas à appréhender Heurtin. Celui-ci ne tardera pas à pousser le commissaire à ne pas pouvoir un seul instant croire à sa culpabilité et surtout au fait qu'il ait pu être seul sur un meurtre comme celui-ci. Le commissaire lui tend donc un piège, en lui permettant de s'évader: il sait qu'une fois libre Heurtin fera tout pour retrouver un hypothétique complice: c'est comme ça que Maigret va retrouver la trace de Radek. Mais celui-ci, au lieu de se débiner, fait tout pour attirer l'attention sur lui...

L'intrigue, adaptée évidemment d'un roman de Simenon, est touffue, c'est le moins qu'on puisse dire. Mais si Simenon charge particulièrement son assassin psychopathe (un étranger, on ne se refait pas: l'écrivain était sérieusement xénophobe), Duvivier étend aussi la noirceur de son film à à peu près tout le monde de la nuit, mais à des degrés divers. Ce pauvre Heurtin, par exemple, devient une victime d'un criminel, un homme et qui a décidé d'emporter tout le monde dans la spirale de sa mort. Willy Ferrière et Edna, les deux bourgeois qui aiment s'encanailler, sont finalement deux minables qui vivent aux crochets du crime, et la première scène donne clairement l'impression que Ferrière serait quand même un tout petit peu proxénète. La vision sans fard d'une société parallèle, avec les malfrats, les ivrognes, les prostituées, est autant une forme de réalisme qu'une trace de baroque dans le film... 

Et Duvivier soigne sa partition en ayant recours à sa technique dérivée du muet, tout en expérimentant avec le sonore: le monde qu'il nous dépeint fonctionne comme d'habitude sur plusieurs niveaux, visuel bien entendu mais aussi sonore avec ses contrepoints, lorsque le cinéaste nous montre une chose en nous en faisant entendre une autre. La scène de l'évasion d'Heurtin, par exemple, est l'occasion pour les policiers de laisser Heurtin seul dans une voiture en fausse panne, pendant que tous les policiers du véhicule se penchent sur le moteur: la bande-son nous fait entendre la conversation de tous ces garagistes du dimanche qui regardent dans le moteur, pendant que l'image reste sur Heurtin qui hésite à tirer parti de l'oportunité... 

D'autres expériences sont moins heureuses, telle cette scène qui permet à un policier d'enchaîner les visites à des établissements divers, à la recherche du coupable présumé: Duvivier a utilisé des transparences, qui permettent au policier de passer dans le même plan d'une boutique à l'autre. La compression du temps pour des actes routiniers était une bonne idée, mais le résultat est médiocre quant à la qualité photographique... 

Mon grand regret face à ce film est lié à l'interprétation: tout le monde est excellent, et le film confine parfois à la comédie policière en particulier avec les interrogatoires des domestiques, totalement savoureux. Hélas, Inkijinoff, auréolé sans doute de la réputation du film Tempête sur l'Asie de Poudovkine, dont il était le principal acteur, est souvent excessif: certes, son personnage est un dangereux psychopathe, et son physique lui confère facilement des aspects inquiétants: il me fait penser à ce niveau à un petit cousin de Peter Lorre... Mais il en fait dix fois trop, contrairement à Lorre: je suis persuadé que le film de Lang était dans le viseur de Duvivier... Ce dernier rattrape le coup avec le dynamisme phénoménal de sa mise en scène sur le final ...

La tête du titre, c'est celle d'un homme qui sera condamné si on ne prouve pas son innocence. Innocence relative, car on n'est sans doute jamais totalement innocent, et Joseph Heurtin s'est rendu chez la Tante Henderson dans le but de... de quoi, d'ailleurs? La tuer ou simplement s'en prendre à son argent? En lieu et place de cet homme qui sauvera sa tête, Maigret va se retrouver face à un nihiliste sauvage et mourant, un sale type qui fera tout pour laisser autant d'ennuis que possible derrière lui: bref, c'est noir.

 

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Published by François Massarelli - dans Julien Duvivier Noir Criterion
3 janvier 2022 1 03 /01 /janvier /2022 18:19

Zürich, années 50 : le fils d’un procureur surprend chez lui une visite du père d’un ancien condamné, Léonard Maurizius (Daniel Gélin), que son père (Charles Vanel) a envoyé en prison. Il l’interroge, et s’intéresse de plus en plus à l’affaire de meurtre qui date d’une vingtaine d’années auparavant, et en acquiert la conviction de l’innocence du condamné… Remontant la piste, le jeune Etzel Andergast (Jacques Chabassol) s’acharne et retrouve certains protagonistes du drame…

Bien sûr, c’est une histoire embrouillée, et pourtant on pourrait se dire qu’elle tient à peu de choses, voire à rien, puisqu’il semble établi dès le départ que la balle supposée avoir été tirée par Maurizius pour tuer son épouse de face, a été en fait tirée de derrière la malheureuse, l’abattant dans le dos. Mais l’idée selon laquelle le condamné aurait pâti d’un acharnement particulier est ainsi renforcée… Duvivier s’intéresse ici à la justice et à ses ramifications, à ses obsédés aussi, comme ce jeune garçon frêle et obsédé de justice, justement (dans la première scène, on le voit se dénonçant en classe pour une faute qu’il n’a pas commise, afin de prendre sur lui le poids du châtiment !)…

Le personnage est intéressant, mais il semble que Duvivier ait choisi Chabassol justement pour son côté fragile et hésitant, et Etzel Andergast s’en ressent. Le film est souvent passionnant par l’idée de la recherche d’une vérité passée comme étant un dédale sans fin, situé dans des décors volontairement réduits à l’essentiel (avec des murs noirs), une superbe idée de Max Douy et Duvivier. Le casting, dominé par Gélin et Vanel même si celui-ci est amené à jouer un rôle mineur, est aussi l’objet de plusieurs problèmes, le moindre n’étant pas la femme fatale incarnée ici par Eleonora Rossi Drago, qui interprète la sœur de l’épouse de Gélin, et sur laquelle pèse une noire menace. D’ailleurs, quand cette menace s’incarne en Anton Walbrook, on est également déçus : l’immense acteur de Michael Powell, cette fois, en fait trop…

Mais c’est un film foncièrement différent des autres films noirs du genre, de ceux de Duvivier notamment. Une plongée noire dans les arcanes de la justice, de son fonctionnement, et de ses à-côtés sordides…

 

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Published by François Massarelli - dans Noir Julien Duvivier
21 décembre 2021 2 21 /12 /décembre /2021 08:04

En Forêt Noire, l'historien Français Michel Boissard a été invité à se rendre au château du vieux Mathias Desgrez: il espère y trouver de quoi alimenter son prochain livre qui sera consacré à une affaire vieille de plusieurs siècles, concernant une histoire de sorcellerie ayant coûté la vie à une ancêtre de son épouse, la frêle Marie D'Aubray. Mathias Desgrez étant lui-même obsédé par cette intrigue, se réjouit d'avance de rencontrer une descendante de la supposée sorcière que son aïeul avait dénoncé... Pour l'occasion, la famille Desgrez est rassemblée: son neveu Mark, l'avocat en peine d'argent et son épouse Lucy que Mathias déteste, Stephane, le vendeur de voiture en mal de succès, qui est prié de passer le séjour sans jamais voir son oncle qui le hait, et les amis (un étrange médecin radié de l'ordre, le dr Herrmann) et domestiques... 

Comme tout le monde est rassemblé, fatalement, il y a un mort, selon le théorème d'Hercule: on retrouve le vieux Mathias au matin, terrassé. Ce qui arrange bien les affaires de sa famille, bien entendu. Mais le mystère e tarde pas: d'une part, s'agit-il d'un meurtre? Mark est bien pressé d'en finir avec les formalités, et pas grand monde ne semble vraiment concevoir de tristesse... Et si meurtre il y a eu, qui est cette femme qu'on a vue lui porter sa collation du soir, dont le verre qui s'avèrera contenir des traces d'arsenic?

Le titre nous est explicité dès le départ: la chambre ardente est un type de tribunal qui a officié dans des affaires de sorcellerie au XVIIe siècle, et qui est justement celui qui a condamné la marquise de Brinvilliers à la décapitation suivie de barbecue...

Autant le dire tout de suite: même si dès la fin du premier acte, un ou plutôt des coupables se dénoncent, ça restera compliqué, et tout le monde va s'épuiser la santé à essayer d'y comprendre quoi que ce soit. S'il a soigné son film, Duvivier s'est beaucoup plus intéressé à ses personnages et à leurs rapports entre eux, qu'à une intrigue de roman policier assez classique. Il a d'ailleurs convoqué quelques jeunes loups de la nouvelle vague pour l'interprétation: Mark, c'est Brialy, qui est étonnant (c'est à dire, pour une fois, bon) en jeune avocat trop sérieux qui cache une crapuleuse aventure sentimentale; Stephane est interprété par Claude Rich, toujours à l'aise quel que soit le contexte; et Marie d'Aubray, la frêle et névrotique marquise à l'héritage trop lourd à porter, aura les traits illuminés d'Edith Scob... On trouve également Antoine Balpêtré, Antoine Duvallès ou Helena Manson pour faire bonne mesure, et on sera surpris de croiser Claude Piéplu en inspecteur fine mouche...

Duvivier ne choisit pas de privilégier un point de vue, ni de désigner un héros en titre: Mathias meurt bien vite, le Dr Herrmann m'a tout l'air d'un vieux maniaque probablement un rien libidineux, l'historien est d'un vulgaire assumé et les deux frères sont d'abominables fripouilles obsédées par l'argent du vieux Mathias... Reste Marie, qui éclaire le film d'une interprétation fantastique, ce que Duvivier rend possible en multipliant les scènes de brume, les poursuites angoissées dans la forêt, et une magistrale scène de meurtre aux relents trop bizarres pour être honnête... Et de toute façon, sa cible, ce sont ces braves gens, ces sales types pleins de sales idées qui s'agitent comme des pantins devant nous. Car à la fin de sa carrière, le moins qu'on puisse dire, c'est que la noirceur légendaire du cinéaste était loin de s'arranger! Reste une oeuvre qui est un jeu de massacre stimulant par ses failles même: le genre de trous béants dans le script qui a du faire tiquer plus d'un commentateur, mais qui, bizarrement, donne de la classe au film... Et je ne parle pas de "qui a tué", vous verrez qu'il y a plus intéressant.

 

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Published by François Massarelli - dans Julien Duvivier Noir Comédie
19 décembre 2021 7 19 /12 /décembre /2021 08:16

Le 6e film des frères Coen est la rencontre parfaite entre le film noir contemporain et la comédie, et un des films les plus directs qui soient... Situé entre Minnesota (L'état ou les deux frères ont grandi) et Dakota du nord, on peut en fait considérer aussi qu'il y a une part autobiographique tordue devant cette histoire qui met en scène des petites gens des environs, à l'accent Américano-Nordique très prononcé (On notera le jeu sur les "yah!" ). Le film revient par ailleurs en arrière en utilisant les personnages codés du film noir, comme Blood Simple en 1984, mais en les sortant du cadre strict du film policier... Autre apparente redite, on assiste ici à un enlèvement (ce qui sera à nouveau le cas d'un ou deux aspects de The big Lebowski et The man who wasn't there, incidemment), mais ce n'est pas un vrai: Jerry Lundergaard, un minable qui a épousé la fille de son patron, possesseur du concessionnaire automobile qui l'emploie, décide de fomenter avec l'aide d'un truand un faux kidnapping de son épouse, ainsi son beau-père paiera. Mais grains de sable sur grains de sable, morts violentes en cascade, vont empêcher dès le départ la bonne tenue du plan...

La construction de ce film, qui s'avère donc une étude de l'échec et de ses mécanismes, repose sur trois actes, séparés par deux fondus; dans le premier, on voit la rencontre entre Lundergaard (William H. Macy, veule et pleutre à souhait) et les deux truands qui ont répondu à l'appel, le laconique et dangereux Gaear Grimsrud (Peter Stormare), et Carl Showalter (Steve Buscemi), qui lui au contraire parle trop. L'arrangement est simple: Jerry négocie auprès du beau-père, et les trois se partagent la rançon. On apprend vite que Lundergaard a des ennuis jusqu'au cou, avec des prêts crapuleux, des comptes falsifiés, etc... par ailleurs, son beau-père (Harve Presnell) le méprise ouvertement. Les deux truands sont tellement dissemblables, et Grimsrud est tellement étrange, qu'on sait dès le départ qu'il y a aura des embrouilles. Quant au kidnapping, il se déroule sans heurts, et illustre bien le mélange typique du film entre narration et action violentes, et comique de décalage et de situation... La première partie se clôt sur un massacre, lorsque les deux truands sont arrêtés par un policier, en plein milieu d'une route, et que le policier mais aussi deux témoins sont froidement abattus par Grimsrud, aussi efficace qu'il est laconique...

Dans la deuxième partie on fait la connaissance d'un fin limier d'un genre nouveau, Marge Gunderson: enceinte jusqu'aux yeux, locale jusqu'aux sourcils, elle promène son ventre en relief et son bon sens nordique d'un lieu de crime à l'autre, et est aussi efficace que Droopy. Elle est interprétée avec génie par Frances McDormand. Dans cette partie, on voit le plan s'enrayer de multiples façons, en particulier lorsque le beau-père répugne à faire confiance à Jerry, mais aussi à se séparer de l'argent réclamé pour sauver sa fille. On voit aussi que Jerry ne parle pas de mêmes chiffres à son beau-père et aux "Kidnappeurs"... Enfin, l'entente déjà fragile entre ces deux-là se lézarde, et Carl fait de plus en plus cavalier seul. Une sous-intrigue, soulignant la duplicité et les coups tordus, montre Marge qui reprend contact avec un ami de lycée qui lui fait le numéro de l'époux veuf trop tôt. Elle apprend peu après la vérité, tout en continuant son enquête.

Dans la troisième partie, tout arrive à sa conclusion logique, et les morts s'accumulent: le vieux Gustafson, le beau-père; Carl; L'épouse; un pauvre type à un péage de parking, etc... Jerry a de plus en plus de mal aussi bien à assumer son plan, qu'à dissimuler la minable vie de tromperie qu'il mène. Quant à l'argent que tous convoitent, il est "planqué" par Carl, dans un champ enneigé, au milieu de nulle part... Il sera d'ailleurs récupéré sur cette même route quelques semaines plus tard, dans un épisode de la série dérivée Fargo, mais c'est une autre histoire et un autre contexte.

Des objets, isolés dans la brume neigeuse, des champs enneigés à perte de vue: les frères Coen utilisent le coté cotonneux de la saison hivernale de façon magistrale, dans des plans dont la composition renvoie au flou de l'horizon, et à l'isolement des êtres. Seuls, Marge et son mari Norm ont le droit dans cette histoire de minables (Située, comme le film suivant The big Lebowski, dans un passé proche, cette fois 1987) d'assumer tranquillement un bonheur à deux. tous les autres mentent (Jerry), truandent (Le vieux Gustafson pique un bon plan financier à Jerry sans aucun scrupule), font semblant (les prostituées, escort girls, ou autres filles de passage qui rencontrent le chemin des deux tueurs chaotiques)... Pourtant, dans ce film drôle et au rythme parfait, la mort rode, et elle n'est pas commode, comme en témoigne la scène baroque dont Marge, au détour d'un petit bois tout enjolivé de neige, va être le témoin... Avec du rouge un peu partout. Caustique, digne, dans son flux et son ambiance, et particulièrement méchant, je tiens Fargo pour le chef d'oeuvre des frères Coen.

 

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Published by François Massarelli - dans Joel & Ethan Coen Comédie Noir
11 novembre 2021 4 11 /11 /novembre /2021 12:10

Eté 1929: Irene Redfield (Tessa Thompson) vit à New York; il fait épouvantablement chaud, et en prenant un taxi, elle décide de se rendre au prestigieux hôtel Dayton pour y rendre le thé... Là, elle rencontre un couple, dont la femme semble s'intéresser à elle, mais elle ne la connaît pas. Ou plutôt elle ne la reconnaît pas: car 12 années auparavant, elles étaient en classe ensemble. Et c'était à Harlem car Irene et Clare (Ruth Negga) sont toutes deux Afro-Américaines, même si cette fois, pour la seule fois de sa vie, Irene a tenté un coup de poker en venant sans se faire repérer s'installer à une table du très select établissement, et même si Clare est mariée à un homme d'affaires, John Bellew (Alexander Skarsgaard), qui n'a pas la moindre idée que sa femme est une...

Ici aurait du se placer un terme péjoratif, utilisé à tort et à travers dans une courte mais très instructive conversation: car John Bellew est raciste, son épouse le mène en bateau et il n'a pas la moindre idée que cette femme qu'il a sous les yeux puisse être autre chose que blanche. La situation est suffisamment malsaine pour que Irene prenne la décision de ne jamais plus revoir son amie. Et pourtant, elle se reverront car Clare, lassée de mentir, se sent bien auprès de gens avec lesquels elle peut enfin être elle-même... Pour Irene, qui souhaite ne pas faire de vagues, et profiter d'un bonheur simple et fragile à l'écart de la ségrégation, mais qui est attirée de plus en plus inéluctablement par cette ancienne amie qui pourrait être beaucoup plus, le drame est inévitable.

Rebecca Hall a décidé d'adapter le roman de Nella Larsen en situant le style du film en 1929 également: ça passe donc par un cadre de 1929 (1:33:1), des lentilles typiques de ce qu'on utilisait à l'époque, et un noir et blanc d'une grande beauté. Elle ne se livre quasiment à aucun mouvement d'appareil, en tout cas aucun mouvement inutile (façon "il est beau mon paysage de Nouvelle-Zélande", suivez mon regard) Elle a aussi choisi de ne pas se livrer à la reconstitution entièrement faite des clichés en vigueur, a musique est donc utilisée avec beaucoup de soin, et un certain nombre de parti-pris dont elle ne déroge jamais. Il faut par exemple attendre d'arriver au bout d'une dizaine de minutes à Harlem pour entendre des instruments, et le jazz est utilisé en contexte: lors d'une soirée de fête d'un "negro circle" dont fait partie Irene. Enfin, le choix de situer l'action en 1929 est souligné par une lente introduction, dans laquelle le spectateur, en caméra subjective, se retrouve tout à coup en 1929 et a du mal à faire le point... Un moyen un peu naïf, complété par un final dans lequel la neige contribue à éloigner le public progressivement, pour permettre toutefois au spectateur de s'interroger sur l'actualité des comportements qui nous sont montrés...

En effet, nous ne sommes pas seulement confrontés à la ségrégation. L'attitude particulièrement hostile de John Bellew, dont je ne doute évidemment pas qu'à part son racisme ("I hate them", dit-il des noirs, avant de prétexter les stupidités habituelles, crime et délinquance), c'est probablement un brave type, est contrebalancée par le fait qu'un certain nombre d'excentriques blancs, et notamment des bourgeois, se font remarquer lors des fêtes organisées par le cercle d'Irene. Celle-ci, d'ailleurs, si elle n'ignore pas le racisme des blancs (il motive sa peur dans la première séquence), ne souhaite pas en rester là: elle demande à son mari de ne pas revenir constamment à la charge sur les lynchages dont il parle constamment à leurs deux garçons. Elle voudrait, semble-t-il, vivre en toute quiétude son bonheur fragile: mariée à un médecin, deux enfants, une bonne. A Harlem, ce sont, eux-mêmes, des représentants de la bourgeoisie. Donc d'un côté, le racisme et ses manifestations sont une occasion de mettre ce bonheur en danger, et de l'autre les revendications des Afro-Américains, soit d'avoir légalité, soit comme Clare de se faire passer pour blancs, sont absurdes et dangereuses...

A cette intrigue d'identité ethnique vient se mêler une autre quête, celle d'une identité sexuelle qui n'est pas développée jusqu'au bout, mais apparaît comme un contrepoint. Le fait que non seulement Irene désire Clare, mais qu'en prime elle soit jalouse des attentions de son propre mari envers son mari, complique en effet la donne et complique du même coup le film: ça l'alourdit. Non que ce ne soit pertinent, mais surtout ça n'agit que sous la forme d'un symbole: pas difficile de voir, derrière chaque personnage et chaque désir, un commentaire sur la difficile condition d'un Afro-Américain: derrière Clare, la tentation de "passer", soit se faire passer pour blanc, au risque de l'aliénation culturelle; derrière le mari médecin mais soucieux de transmettre la peur du racisme à ses enfants, une sorte de lucidité revendicatrice; derrière Irene, enfin, la tentation, soit de faire la sourde oreille à tout, soit de faire comme son amie...

Le film reste actuel, et a été motivé par la façon dont cette thématique semble survivre à tout: l'existence de ces cercles ou associations, déjà vivaces dans le Nord à cette époque, et qui vont trouver un écho favorable dans le mouvement pour les droits civiques; les revendications des années 50 et 60, qui vont porter leurs fruits; l'émergence de fait d'une classe moyenne noire, dans les années 60; l'obtention de l'égalité dans la loi, l'égalité des opportunités et même l'accession des noirs aux postes-clés: mairies, gouverneurs, sénateurs, ministres, président... Mais malgré toutes ces avancées, les noirs doivent encore et toujours se situer par rapport aux blancs, ce que l'Amérique de Trump a confirmé durant quatre ans, et que la nouvelle obsession inquiétante pour le racisme anti-blancs, ce mythe pour sous-développés du bulbe, souligne de façon plus forte encore.

Si le film, très austère malgré sa beauté, n'est pas la perfection incarnée, il est suffisamment troublant et intrigant, par son sens aigu du détail (vêtements, bruits, tout compte ici), son utilisation inventive du point de vue, et le jeu tout en passion de Tessa Thompson, et tout en excentricité de Ruth Negga. En attendant qu'on puisse le voir autrement, il est disponible sur Netflix...

 

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Published by François Massarelli - dans Noir