Sally Trent (Claudette Colbert) a une fille, mais le père est parti sans laisser d'adresse... Priée de laisser son appartement, elle n'a pas d'autre solution que de placer sa petite dans un orphelinat pour qu'elle soit adoptée. Chanteuse, elle va grimper les échelons des jobs pour night club, puis être repérée par le dirigeant d'une radio locale (Ricard Cortez): elle va devenir célèbre sous une nouvelle identité, celle de Tante Jenny, présentatrice un peu délurée d'un programme sponsorisé pour enfants. Elle va utiliser cette fonction pour tenter de retrouver sa fille...
C'est un rôle remarquable qui permet à Claudette Colbert de nous livrer le grand jeu! Elle y est formidable, accompagnant sans grand effort les changements permanents d'ambiance et de genre, entre la comédie salée typique des films pré-code, et mélodrame bien assumé. Pas une scène ne semble de trop, et le personnage et son drame sont suffisamment prenants pour qu'on y adhère. A sa façon, c'est devenu un classique de la période.
Pour ceux que ça intéresse, c'est aussi l'un des nombreux, très nombreux films où on peut apercevoir Toby Wing, modèle et starlette souvent utilisée dans les comédies de l'époque pour sa plastique. Elle n'y prononce pas un mot... Je m'en voudrais toutefois de ne pas mentionner les scènes où Claudette Colbert chante (si c'est bien elle, elle pourrait avoir été doublée): son vibrato est insupportable... Mais au moins elle chante juste, contrairement à quelqu'une.
Dans une toute petite ville où vivent un grand nombre de jeunes adultes qui étudient ensemble, on n'a de conversations que pour se plaindre du playboy local: immensément riche, Romer Sheffield (Cary Grant) s'affiche en effet au bras de plantureuses créatures qui changent régulièrement... Les mères déconseillent à leurs filles de l'approcher, les garçons le jalousent mais voudraient tant l'approcher... C'est ce qui va arriver quand il décide de tenter de séduire Ruth (Nancy Carroll), une jeune fille de très bonne famille. Celle-ci est attirée par lui, mais elle va déclencher un scandale quand elle passera la nuit (littéralement, car il ne coucheront pas ensemble) avec Romer...
Un deuxième homme est interprété par Randolph Scott: Billy, le brave géographe, ami d'enfance de Ruth et un brin boy-scout sur les bords. Dans un premier temps, Ruth s'apprête à se marier avec lui, mais elle constate bien vite que comme la bonne ville de son enfance, son futur mari semble obsédé par sa faute supposée. Le film, mis en scène avec un solide métier par un vieux routier de la comédie, alterne avec adresse les scènes plaisantes et les soupçons de scandale.
Seiter donne le principal point de vue à Nancy Carroll, qui a la tâche redoutable de faire passer la pilule d'un comportement que les ligues de décence ont du avoir bien du mal à avaler: quand le scandale éclate, plus besoin de se retenir, nous dit-elle en substance. Le film vaut aussi pour son portrait d'une Amérique profonde en proie aux tentations du jazz age qui est enfin parvenu à eux, avec ses étudiants à la recherche de plaisir facile, et par la retenue de Cary Grant qui était encore à ses débuts.
Un dramaturge raté et alcoolique, tourné journaliste des chiens écrasés, rencontre une jeune héritière, et c’est le coup de foudre. L’effet de Joan (Sylvia Sidney) sur Gerry (Fredric March) est immédiatement bénéfique, et en dépit des réserves de la famille de la jeune femme, ils se marient. Après quelques mois difficiles, Gerry reçoit une nouvelle intéressante : une de ses pièces va être jouée à New York. Mais confronté à une actrice qui est un amour de jeunesse, Gerry replonge dans l’alcoolisme. Confrontée à un choix entre la fuite, puis le divorce, ou accompagner son mari dans sa descente aux enfers, Joan prend une décision radicale, celle de faire concurrence à son mari en matière de vie dissolue…
Etrange film, qui oscille constamment entre des éléments de comédie et de mélodrame, sans jamais choisir, et qui donne parfois l’impression de nous pousser à rire de ce qui ne devrait justement pas prêter à la comédie… le problème ici c’est que le film repose intensément sur une soulographie intense, notamment de la part de Fredric March, mais elle est jouée principalement pour le pittoresque. Un atout par contre dans ce petit film assez typique des productions Paramount de l’époque, est une question du point de vue, fortement orienté du côté de Sylvia Sidney, et elle est comme souvent, remarquable dans ce petit rôle difficile car marqué de tous bords de codes antagonistes: fille de bonne famille, mais avec une morale saine ; amoureuse et prête au sacrifice, mais devant souvent penser pour deux… La fin, à mon sens, qui se vautre dans le mélodrame symboliste en essayant de jouer d’une certaine subtilité, est hélas ratée.
Calcutta, dans une maison Britannique cossue: un homme a été tué, et une medium est invitée à diriger une séance de spiritisme qui pourrait permettre à la bonne société de mettre la main sur le ou la coupable. Bien sûr que le ou la coupable est justement parmi eux, et en prime durant la séance il y aura un deuxième meurtre, et l'étau se resserre sur une jeune femme que la médium essaie de protéger. Pendant ce temps, l'inspecteur Delzance (Bela Lugosi) mène l'enquête d'un sourcil inquisiteur...
Ce film, le premier parlant de Tod Browning, a une épouvantable réputation: mal foutu, mal joué, mal synchronisé... C'est non seulement vrai, mais si ce n'était que ça il se conformerait à la vaste majorité des films parlants d'avant 1930, tant la technique du cinéma parlant n'était pas au point! Mais c'est en fait bien pire: en dépit d'efforts notables pour bouger la caméra, ce qui n'était quasiment plus fait du tout à cette période, Browning s'est endormi sur son tournage, au point de laisser monter un plan d'ensemble spectaculaire... avec le micro quasiment au milieu du champ. Et le monteur a du le rejoindre dans sa sieste réparatrice, tant les transitions entre les plans donnent lieu à d'embarrassants moments de sur-place.
Quant au whodunit qui a lieu sous nos yeux, eh bien comme d'habitude, on s'en fout que ce soit ou non Leila Hyams qui a tué. Browning aussi a l'air de ne pas s'en inquiéter. Par contre il s'est amusé à nous montrer la medium dévoiler quelques-uns de ses trucs dans une séquence... Décidément, c'était son péché mignon! Bref: un film pour rien, donc.
Donald Free travaille pour la diplomatie Américaine, mais surtout pour des opérations secrètes et nocturnes. De là à le considérer comme un espion, il n'y a qu'un pas, que la justice Française franchit sans hésiter. Déporté, devenu persona non grata pour le gouvernement Américain, il doit désormais travailler dans le privé: une péripétie qui suit son arrivée à la maison l'inspire, il sera détective et commence donc à travailler pour une agence dirigée par le très inefficace et encore moins honnête Hogan (Arthur Hohl), dont l'affaire est financée par le louche Bandor (Gordon Westcott).
C'est un film aux rebondissements constants, et qui allie avec efficacité le légendaire montage de la Warner, un ton de comédie débridée (avec William Powell, donc grand luxe), et la mise en scène à son plus haut niveau de Michael Curtiz; certes, Powell n'est pas confronté à Kay Francis, mais Margaret Lindsay fait assez bien l'affaire. Et le personnage principal, un homme de l'ombre qui doit se remettre en question et retrouver une vocation tout en gardant la conscience claire, est l'un des premiers grands héros des errances de la filmographie de Curtiz. Certes, il n'est pas Rick, mais il ne faut pas trop en demander...
Et puis, Private Detective 62 fait aussi partie de la prestigieuse, parfois étonnante filmographie de William Powell, qui après ses rôles d'ignoble fripouille dans les années 20, a enfin trouvé sa vocation avec les interprétations de détectives toutes plus savoureuses les unes que les autres... La même année, Curtiz a réalisé avec l'acteur The Kennel Murder Case dans lequel il retrouvait le personnage de Philo Vance.
Nouvellement formé Yogi, le magicien Chandu (Edmund Lowe), unique homme de l'occident à avoir eu cet honneur, part en guerre contre l'ignoble Roxor (Bela Lugosi), qui a capturé son beau-frère (Henry B. Walthall). En effet, il entend bien que ce dernier lui fournisse le secret de son rayon de la mort...
La Fox n'était pas vraiment le lieu où le fantastique pouvait s'exprimer, mais il y a eu quelques tentatives, comme du reste à la MGM, la Paramount ou la Warner! Ce film au scénario hallucinant (j'ai volontairement fait court parce que si le ridicule ne tue pas, des fois il fout un peu la honte quand même) a l'air totalement assumé par sa distribution, et servi sur un plateau par un couple improbable de metteurs en scène: Marcel Varnel était un artisan du cinéma de série B, et Menzies pour sa part l'un des décorateurs-clé de la période, depuis les années 20, et ça se voit. Il recycle d'ailleurs des idées qui datent de sa participation à l'admirable Thief of Bagdad.
Pour le reste, dialogues idiots, secrets inavouables, présence visible de Charles Stevens, le célèbre faux petit-fils de Geronimo, demoiselles en détresse, aventures improbables, hypnose, destin pire que la mort, Bela Lugosi et marché aux esclaves, bref: un classique pré-code! Ce film aux parfums de cigares qui fait rire du pharaon rasta, est assez proche des Tarzan de la MGM...
Ce court métrage, le dernier présentant (plus ou moins) Max Davidson en vedette, n'est pas une production de Hal Roach: la MGM, dans un désir d'arrondir les angles, a décidé que le petit studio n'avait plus le droit de présenter des courts métrages "ethniques"... Le comédien, accompagné de l'inusable Spec O'Donnell (qui a bien grandi), y sert essentiellement de faire-valoir à Louise Fazenda. Lewis Foster, le metteur en scène, vient de chez Roach, donc même si le ton n'est pas le même on y retrouve certains traits caractéristiques des films précédents du comédien.
Un groupe de touristes égarés cherche une auberge où dormir: quand ils en trouvent une, ils ne savent pas qu'ils vont subir une nuit de terreur, en compagnie de fantômes tous plus bizarres les uns que les autres...
Ce n'est pas un script, juste un prétexte; d'ailleurs on s'imagine que dans l'esprit des concepteurs dudit scénario, les personnages étaient tous des imbéciles: l'arrivée du parlant été l'occasion d'un grand appauvrissement de la comédie, sauf... chez Roach. Donc ici, la mise en scène de Foster fait tout ce qu'elle peut pour sauver le film du pire destin d'une comédie: ne pas, mais alors pas du tout, être drôle... Grâce à Davidson et O'Donnell, on y parvient... parfois. Mais pas souvent...
Hal Roach souhaitait par-dessus tout que son studio passe au parlant, dès la deuxième moitié de l'année 1928, mais il lui a fallu attendre, en raison des hésitations du distributeur MGM. Car ces derniers étaient impliqués un peu plus que dans la seule distribution des films du petit indépendant: par exemple, ils s'ingéraient dans certains choix éditoriaux et ont notamment tout fait pour ralentir, puis arrêter la série des courts métrages de Max Davidson, jugés trop ethniques, et contraires à l'assimilation prônée par les dirigeants de la plupart des grands studios.
Il a donc fallu attendre jusqu'à la deuxième moitié de 1929, puisque la MGM souhaitait que Roach ne soit as trop en avance sur le "grand frère" qui retardait le passage au parlant; tous les premiers courts métrages parlants sortis en 1929, un pour chaque série des courts Roach, portaient un titre en rapport avec le son: par exemple, "Unaccustomed as we are " de Laurel et Hardy était une une phrase-cliché souvent prononcée par des orateurs lors d'un discours, mettant en valeur le manque d'habitude de parler en public. Hurdy-gurdy, c'est plutôt du son: un orgue de barbarie...
Le film est situé dans la cour d'un immeuble, on assiste aux conversations d'un certain nombre de familles qui profitent de la chaleur sur leurs balcons: deux familles juives (dont une avec Max Davidson) devisent en un mélange de yiddish et d'anglais, le policier Irlandais Edgar Kennedy tente sans succès de faire une sieste, et les Italiens qui sont juste au-dessus de lui ont du mal à retenir leurs animaux de faire des bêtises: un chat qui fait tomber du lait sur le crâne d'oeuf de l'agent Kennedy, et un petit singe, qui pourrait bien être en rapport avec l'orgue de barbarie du titre, et qui est motivé dans on espièglerie par la velléité de sieste manifestée par le policier.
Dans cette carte postale qui est une caricature du New York populaire, un petit mystère: Thelma Todd fait venir bloc de glace après bloc de glace, et les utilise dans une pièce de son appartement. Elle a peu que quelqu'un meure, mais qui? Le petit mystère ira assez loin, jusqu'à l'intervention du policier dans cet immeuble où tout le monde écoute tout le monde...
C'est assez réussi, maintenant ça reste un film parlant des premiers temps, donc très maladroit dans ses dispositifs, répétitif et assez bavard. Si Max Davidson n'a qu'un rôle décoratif dans ce film, c'est lui qui a droit à son nom en premier au générique. pas de quoi, pourtant, comparer ces deux bobines avec les feux d'artifices de gags visuels très travaillés de ses films muets... un motif de satisfaction: Thelma Todd est arrivée au studio, et elle a déjà un rôle très important...
Oubliez Edgar Allan Poe un instant: son oeuvre telle qu'explorée par les films Universal n'a été qu'un prétexte à faire des films d'épouvante distinctifs, originaux et profondément perturbants. Des trois films séminaux produits dans les années 30, tous mettant en vedette Bela Lugosi dans des rôles bien différents de son Dracula, celui-ci est, et de loin, le meilleur. C'est aussi le premier film qui mettra côte à côte les deux concurrents, les deux vedettes absolues du genre, en associant donc Lugosi à Boris Karloff... cette fois pour un rôle extrêmement différent de son Frankenstein.
Un couple de jeunes mariés, qui a décidé (mais pourquoi...?) de passer sa lune de miel dans la Hongrie de 1934, rencontre un médecin, le Dr Vitus Wendergast. Quand leur bus commun est accidenté, celui-ci les aide à atteindre une étrange villa, qui est la propriété d'une de ses relations, le mystérieux ingénieur et architecte Hjalmar Poelzig. Ce dernier cache plus d'un lourd secret, mais Wendergast aussi: il est venu se venger de Poelzig, qui lui a volé sa femme durant la guerre...
...Et plus si affinités: car dans ce film on ne s'arrête pas à une simple histoire de vengeance. Hjalmar Poelzig ne pouvait pas se contenter de voler la femme du Docteur, il a fallu qu'il se marie aussi avec sa fille! Et il garde dans son sous-sol des momies parfaitement conservées de ses épouses. Et par dessus le marché, il est aussi grand prêtre d'un culte sataniste... Ce qui ne devrait pas passer tellement ça pousse le bouchon du ridicule, mais justement la force du film est à la fois dans le fait d'assumer l'exagération sous toutes ses formes, et de proposer une direction d'acteurs, pour une fois toute en finesse et en subtilité! Ce qui, avec Lugosi et Karloff, tient du miracle. Ou du Mirakle... Et Ulmer met une forte distance entre nous spectateurs et ses personnages, en se servant à merveille du décor, ainsi que d'une cinématographie très maîtrisée: le chef opérateur était John J. Mescall, et il se tient concernant l'ombre et le clair-obscur dans la lignée de Karl Freund, sans l'inclinaison pour les caméras qui bougent dans tous les sens.
Et Poe dans tout ça? D'une part, cette sombre histoire de personnage diabolique qui tient dans sa cave une sorte de collection de ses épouses empaillées, se situe quand même en droite ligne de l'oeuvre, et il y a bien un chat noir ici: il apparaît pour jouer des tours de cochon au pauvre Dr Wendergast, qui a la phobie de ces gentilles bêtes. Comme quoi même quand Lugosi interprète, enfin, un personnage positif (bien que très ambigu), il lui fallait un défaut... Et le chat est présent, en creux, à travers cette impression que les épouses collectionnées sont un peu les neuf vies de la compagne de Poelzig, plus que les huit femmes de Barbe-bleue. Sinon, on retrouve la poésie particulière de Poe dans une scène d'écorchage subliminale mais effective...
Avec son intrigue improbable, et ses deux américains d'une quasi totale inutilité (au fait, il s'agit de David Manners, déjà vaguement aperçu dans Dracula, et de Jacqueline Wells, alias Julie Bishop), le film réussit à être l'un des tous meilleurs parmi les oeuvres d'épouvante des années 30 réalisées à la Universal. Pas pour autant le plus raisonnable...
Parce que MrsHardy(Mae Busch) se plaint de voir son mari s’associer constamment avec MrLaurel, ce dernier suggère à son ami d’adopter un enfant ; mais lorsque de retour à la maison avec un bébéHardyapprend que son épouse souhaite divorcer, il va donc devoir élever cet enfant seul, ou plutôt avecLaurel, ce qui est pire.
L’histoire ne tient pas debout, et par ailleurs, on remarquera la façon dont le bébé devient un objet pur et simple et bruyant. Quelques bons gags sauvent l’entreprise, avec en particulier le biberon queLaurelsort de sa chemise de nuit, comme s’il y était toujours caché, et diverses scènes de destruction dues à la rencontre inopinée entre la tête deHardyet les meubles. Pour le reste: la routine...