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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 10:40

Bon, Michael Curtiz a vraiment tout fait... Et même si décidément ça ne lui réussit pas vraiment, il a aussi tâté de la comédie. Avec toujours ce sentiment que ce genre de films était surtout pour lui une mission imposée, à laquelle il ne comprenait pas grand chose. Ce genre, pour lui, est toujours l'occasion de développer un sens mécanique de la mise en scène, qui tranche sur la complexité de ses drames, et le panache de ses films d'aventures...

Cette petite rareté avec James Cagney et Bette Davis tourne autour de deux initiatives de Cagney et d'un concurrent de créer une entreprise qui, moyennement une commission, permet aux légataires ignorant leur bonheur de toucher leur héritage; c'est plus ou moins légal, fait avec malhonnêteté, et puisque c'est du Curtiz et que ce dernier n'a aucun scrupule en matière de comédie, le tout permet des gags douteux sur le mariage, la bigamie, ainsi que d'innombrables tricheries. C'est sans prétention, et Cagney, Bette Davis et les autres font très bien ce qu'on attend d'eux. L'utilisation des accents New-Yokais et Irlandais-Américain (Concernant Cagney, un mélange des deux) rend le tout un peu savoureux quand même.

Quant à Curtiz, il fait, discrètement, son travail, c'est à dire qu'il laisse sa mise en scène se faire dicter par Cagney et Davis. Une scène de quasi-suspense, dans laquelle Cagney et ses sbires essaient de faire sortir un truand en cachette (Sur le point d'hériter) de son appartement nous rappelle la versatilité de Curtiz, mais ce qui frappe, c'est la tendresse évidente pour ces escrocs, tous poursuivant à leur façon leur rêve Américain... Mais vite!

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Pre-code Michael Curtiz
14 mars 2017 2 14 /03 /mars /2017 14:27

Alfred E. Green est l'homme de deux films, ce qui ne l'a pas empêché de réaliser un grand nombre d'oeuvres, mais si on excepte Ella Cinders (1926) avec Colleen Moore, et ce petit brûlot justement célèbre pour de mauvaises raisons, pas de quoi se relever la nuit... Et Baby Face doit sa notoriété, beaucoup plus à ce qui n'en est pas sorti, qu'à ce qu'on a pu voir en 1933... Je m'explique:

On sait que la période qui va des débuts du parlant jusqu'à la fin du premier semestre 1934, correspond aux Etats-Unis à une profonde mutation, soudaine et presque inattendue, du matériau cinématographique, liée bien sur à la mutation de l'arrivée du parlant et ses prolongements techniques: d'une part, la donne a changé, et dans un premier temps, les films sont uniques: fini les négatifs différents, assemblés de prises différentes ou de prises de vues effectuées à des angles alternatifs, qu'on va envoyer à des territoires différents (Il y a malgré tout des exceptions, la plus célèbre étant sans doute The front Page). Désormais, pour accommoder les coûts du parlant, on réalise un négatif, qui va essentiellement servir pour les territoires Anglo-saxons. Après une courte période durant laquelle les films sont tournés en plusieurs langues, la tendance du doublage se stabilise vers 1932...  De même, le parlant permet de compléter l'image en apportant un degré supplémentaire de suggestion, d'autant qu'à la concurrence de la radio le cinéma ajoute l'image. Et l'image plus le son, dans le cinéma, permet un nouveau degré dans le sous-entendu, ce qui va se confirmer. Donc les films deviennent volontiers plus salaces, plus culottés (Ou moins, tout dépend de ce qu'on entend par "culottés"...), moins prudes. La période est ainsi, rétrospectivement, nommée "pré-code" en référence au renforcement du code de production qui a lieu durant l'année 1934, afin de centraliser une censure, sous l'impulsion de Joseph Breen, président d'une association ultra-conservatrice de citoyens catholiques, qui s'érigent en remparts de la morale...

Autant dire que dans l'esprit de bien des cinéphiles curieux de tout, en particulier depuis que le cinéma a atteint un statut de consommation de masse via la vidéo, ce terme de pré-code tend à désigner des films qui se vautrent allègrement dans une certaine dose de provocation: et on peut bien entendu citer les films d'horreur de la Universal, les audaces de Freaks, les jeunes femmes tourbillonnantes des comédies musicales de Busby Berkeley, et bien entendu les nudités affichées et inattendues de The scarlet empress et Tarzan and his mate. ...Sauf que, justement, la vérité n'est pas aussi simple, et je pense qu'on peut citer ce film précis, Baby face, pour montrer que si l'audace sous toutes ses formes, en effet, caractérise les productions de cette période, tout n'était pas autorisé. Et pour re-citer un de nos classiques, si Tarzan and his mate possède une scène longue et hallucinante par le degré de nudité qu'elle affiche, celle du bain de Tarzan et Jane, cette séquence n'a jamais figuré dans le montage sorti en salles en 1934. Baby face, lui aussi, a fait l'objet d'une censure interne à la WB avant d'être soumis au public. Et on ne le saurait sans doute pas, si on n'avait pas retrouvé un beau jour la version de "pré-sortie", d'un montage différent de celle sortie, qui est il est vrai particulièrement audacieuse... On y conte une descente aux enfers, assumée et volontaire, qui s'arrête un jour brusquement lors de la découverte des sentiments, mais le film dans le montage sorti en 1934 atténuait tant bien que mal la teneur en soufre de ladite descente aux enfers, et insistait sur l'idée de rédemption.

Mais la version longtemps inédite contient non seulement une fable sur la promotion-canapé assumée, mais aussi une réflexion acerbe, provocatrice et osée sur la sexualité, prise à l'envers des codes mélodramatiques en vigueur, plus une bonne dose de sous-texte inattendu, si on soulève quelques petits cailloux disséminés ça et là... et le fait que l'actrice principale soir Barbara Stanwyck, évidemment, aide la film à se hisser au-dessus du mélodrame en osant affronter l'indicible! Elle est magistrale.

Lily Powers (Barbara Stanwyck) vit chez son père, qui tient en cette fin de la prohibition un speakeasy florissant. En effet, il bénéficie d'une protection tranquille, qu'on ne tarde pas à nous expliquer... la fille est dure, manifestement, tenant tête à son père, notamment quand celui-ci déclare vouloir se débarrasser de Chico, la petite employée noire à laquelle Lily est très attachée: comme le dit Lily, d'un ton extrêmement menaçant: "Chico stays". On se pose donc la question: quel est ce moyen de pression dont dispose Lily pour imposer ainsi sa volonté à son père? On a très vite la réponse: le père s'arrange avec un client, un homme important manifestement, et vire tous ses clients, afin de laisser le ponte seul avec sa fille. Mais Lily ne l'entend pas de cette oreille, et ne se laisse pas faire. En sortant, le gros bonnet annonce au père qu'il ne bénéficiera plus de sa protection face aux raids intempestifs de la police...  Peu de temps après, le père meurt dans l'explosion de sa distillerie clandestine, et Lily et Chico, libérées, partent pour la grande ville. Elles font comme tant d'autres héros et héroïnes de films durant la grande dépression: elles empruntent un train en tant que passagères clandestines; durant le voyage, un homme qui surveille les wagons veut les déloger, mais selon un procédé bien établi, Lily va le persuader de n'en rien faire. Une fois arrivées en ville, Lily trouve facilement un emploi, et va coucher avec autant de hommes qu'il le faut pour escalader autant de marches qu'elle pourra.

Un motif dans la bande-son, qui finit d'ailleurs par être un peu énervant, accompagne et annonce chaque étape de la croisade de coucherie accomplie par Lily: la chanson St Louis Blues, parfois interprétée à l'écran par Chico (Theresa Harris), rythme en effet les écarts de conduite de la jeune femme. La mise en scène, qui doit bien sur suggérer, mais aussi intégrer les coucheries (Et l'ascension sociale qui en découle) est plutôt fort bien défendue par Green, qui trouve quelques moments de grâce: la cigarette allumée par Barbara Stanwyck dans la pénombre du wagon, par exemple, qui devient tout à coup la seule source de lumière, trouant la pénombre pour révéler son visage tranquille; une scène extraordinaire, qui aurait pu dans un autre film annoncer la fin de l'intrigue, nous montre la jeune femme qui a du se retrouver seule dans son appartement face à deux rivaux, et constate qu'ils se sont entre-tués: elle voit le corps de l'un d'entre eux, et on ne voit que son dos. Le corps de l'homme mort, dans une position tordue, et à terre, contraste avec la blancheur virginale du dos nu de la jeune femme, car elle portait ce soir-là une robe particulièrement osée. Elle se tourne vers la gauche, et on ne voit plus que son profil, les yeux baissés. Honte? Résignation? c'est ambigu. mais tous les aspects corrosifs ou presque du film sont contenus dans cette scène. Une autre, plus suggestive encore, montre Lily et un de ses patrons surpris dans une position équivoque, hors champ, par un employé qui regarde, choqué, droit vers la caméra... Mais en reculant un peu, celle-ci nous révèle un miroir, qui nous montre Lily réajuster son rouge à lèvres. Pas tant d'ambiguïté, donc.

L'un des aspects qui a été le plus rabotés dans la version finalement sortie, est la prémonition de son ascension sociale, contenue dans un échange entre Lily Powers et un vieil homme au début du film: client du speakeasy, le vieux Cragg est un immigré Allemand avec lequel Lily aime à deviser. Il lui parle de sa passion pour Nietszche, et lorsque le père décède, le vieil homme auquel on ne la fait pas enjoint à Lily de saisir sa chance, et d'accomplir sa destinée en utilisant sa toute-puissance. Et c'est ce que va faire la jeune femme, qui ne se cache pas d'avoir déjà de l'expérience, beaucoup d'expérience, grâce aux petits arrangements de son père. donc non seulement la confrontation qui ouvre le film n'est pas sa première expérience autour du risque de coucher, mais elle a semble-t-il déjà été initiée sous la responsabilité de son père. Ce qui, bien sûr, est particulièrement sordide. Mais le film ne s'arrête pas là: on peut en effet s'interroger, compte tenu du peu d'estime dans laquelle elle tient ses "victimes", sur son orientation sexuelle, ce que son lien avec Chico au début du film nous autorise à faire. La civilisation blanche et sans pitié du film reprend ses droits, et au fur et à mesure de l'ascension sociale de Lily, Chico sera de plus en plus ouvertement sa domestique, avant de quasiment disparaître du film. Mais l'ambiguïté demeure sur leurs rapports... Reste que le film est notable pour son absence de jugement, ou de position morale tranchée.

A toute descente aux enfers, correspond donc une rédemption: si elle sera prolongée dans le film finalement sorti, cette version nous montre au moins Lily sauvée par un sentiment inattendu: l'amour... Mariée à un des actionnaires majoritaires de la firme (George Brent), Lily est plus que jamais déterminée à continuer seule. Et devant un scandale qui pointe le bout de son nez (la jeune femme est sous le feu des projecteurs, bien entendu), elle refusera de l'aider, avant de ressentir un certain trouble: au moment de quitter le domicile conjugal, elle interdit à Chico, pour la première fois dans le film, de chanter St Louis Blues. Peu de temps après, elle réalise: elle est amoureuse de son mari... La fin sera dès lors assez rapide, sinon expédiée. Pas la peine de s'appesantir, le film n'a pas besoin d'une leçon de morale... reste qu'on peut s'interroger sur la véritable finalité du film, qui explore certes un cas extrême, et accompagne les pas d'une serial-coucheuse... Une façon de rendre la monnaie de leur pièce aux hommes? D'aller contre les codes lénifiants du mélodrame, qui veulent qu'une mauvaise fille ne devienne une mauvaise fille que parce que la toute-puissance des hommes l'a voulue ainsi? Envie pour la Warner de concurrencer la MGM qui vient de sortir le salace Red-Headed Woman avec Jean Harlow, un film (nettement plus mécanique) de Jack Conway qui raconte à peu près la même histoire? Ou tout bonnement une envie de pousser l'enveloppe encore plus loin en matière de scandale cinématographique, tout en restant dans le giron de ce qui est jugé acceptable par les studios?

si c'est ce dernier cas qui est la vraie raison de l'existence du film, alors c'est raté, puisque Baby face, à peu près en même temps que Convention City (Dont toutes les copies allaient être brûlées par la WB), et Tarzan and his mate (Qui subirait des coupes afin d'en atténuer l'érotisme), allait subir une certaine modification avant sortie. Le signe avant-coureur d'une reprise en main de la censure, devenue inévitable. en attendant, le film vaut le détour, comme un parfait révélateur d'une époque ou tout paraissait possible au cinéma, avant l'âge des lits jumeaux...

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Alfred E. Green Barbara Stanwyck
26 février 2017 7 26 /02 /février /2017 09:29

Avec un titre pareil, on ne sait pas vraiment à quoi s'attendre, mais la date, et la présence de Ruth Chatterton au générique devraient quand même nous mettre la puce à l'oreille... Non, ce film ne conte en rien un accident de voiture! C'est plutôt un mélodrame sentimental sur fond de... crise économique. Il raconte en effet les atermoiements d'un couple que l'argent, ou plutôt son manque, a conduit à l'impasse: incapable d'assumer leur amour, ils attendent un divorce qui restera hypothétique tant que l'un et l'autre refusent de faire le premier pas de peur de blesser l'autre...

La mise en scène est, selon la formule consacrée, élégante, il me semble que c'est ce que l'on dit à chaque fois que Dieterle est dans le coup... N'empêche qu'il n'y a rien qui distingue profondément ce film ennuyeux (Bien que n'atteignant pas une heure) des autres films avec Ruth Chatterton, quel qu'en ait été le metteur en scène. pire: son sujet (Le drame des nantis) le destine à la poubelle. Bon, ni Chatterton, ni son inévitable comparse George Brent ne sont en cause, mais au moins, le splendide Female, réalisé l'année suivante par un conglomérat fabuleux (Commencé par Curtiz, fini par Dieterle, à moins que ce ne soit le contraire), avait au moins l'avantage d'être sardonique et provocateur.

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Published by François Massarelli - dans Pre-code William Dieterle
21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 10:25

Sherwood Nash (William Powell) est un homme d'affaires, polyvalent, mais qui n'a pas encore trouvé son créneau... Ce qui l'encourage à tout essayer! Après avoir raté son entrée dans la finance, il rencontre une jeune femme au talent certain, Lynn (Bette Davis), qui dessine à la perfection des costumes. Il a l'idée de lui faire plagier les robes importées de Paris par les trois principales maisons de couture de New York, ce qui va évidemment lui rapporter des ennuis... mais s'il joue ses cartes de façon appropriée, ça va aussi lui rapporter tout court, avec un voyage à Paris à la clé, et bien sur, une question qui va le hanter, aussi bien que Lynn: sont-ils, ou ne sont-ils pas, faits l'un pour l'autre?

Voilà le type de film que Dieterle pouvait tourner en trois semaines sans avoir l'air de se fatiguer... Pur produit de la Warner de ce début d'années 30, avec la star William Powell qui s'apprêtait à passer à la concurrence (MGM) avec armes et bagages, Fashions of 1934 (Parfois appelé seulement Fashions) est aussi un film aux frontières mal définies entre comédie et comédie musicale, grâce à l'apparition d'un numéro de music-hall dont le maître d'oeuvre est bien sur Busby Berkeley. Et Bette Davis, qui a détesté le film et la direction que souhaitait lui voir prendre le studio, est adorable, comme toujours dans les films de cette période... Si le plaisir qu'on prend à suivre ces immorales aventures d'un escroc au capital de sympathie indéniable est très palpable, on s'autorisera quand même une réserve: tout ça ne vole pas très haut, et derrière l'intrigue gentiment immorale et l'élégance efficace habituelle de la réalisation de Dieterle, on a beaucoup de grivoiserie, incarnée en particulier par l'homme de main de Nash, Surnommé Snap (Frank McHugh), qui est un obsédé sexuel d'un niveau très avancé. Bref, cette histoire de mode et de plumes d'autruche est légère, légère, et pas très conséquente.

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Published by François Massarelli - dans William Dieterle Busby Berkeley Comédie Pre-code William Powell
5 février 2017 7 05 /02 /février /2017 09:31

Hildy Johnson (Pat O'Brien), reporter extraordinaire, veut se marier... et pour ça, il lui fait cesser d'être un journaliste, surtout qu'il travaille pour Walter Burns (Adolphe Menjou), un patron sans aucun scrupules, qui lui a plus d'une fois fait vendre son âme. Mais le problème, c'est que Burns ne veut pas se résoudre à perdre son meilleur journaliste. Profitant d'une crise inattendue (Un condamné à mort s'est évadé dans des circonstances étonnantes, juste à côté de la salle de presse de la prison), Burns va tout faire pour retenir Johnson qui serait selon lui le meilleur pour rendre compte de l'incident.

Ce film nerveux et désormais mythique est donc la première des trois adaptations de la pièce de Ben Hecht. La place qu'il tient dans l'histoire du cinéma, en comédie exemplaire supposée avoir établi une bonne fois pour toutes que ce n'était pas parce que le cinéma était désormais parlant qu'il devait s'abstenir de bouger, et le ton qui s'est imposé dans tant de films des années 30 consacrées au monde de la presse, contraste quand même avec l'objet qu'on a devant les yeux: un film certes distrayant, certes drôle, mais qui reste confiné, théâtre oblige, même si les efforts pour bouger la caméra, et lui faire transmettre ce frisson du scoop, cette fébrilité et cette frénésie des moments durant lesquels il faut être plus rapide que le concurrent. Et on voit aussi très bien Howard Hughes à la manoeuvre, qui pousse les boutons derrière Milestone, et appuie pour avoir un peu plus de sous-entendus, un peu plus de vulgarité, etc... Le résultat parait souvent excessif, gonflé, et en manque d'un certain raffinement. Pour finir, pourrait-on trouver tant de mérites à Menjou et O'Broen, si Grant et Russell n'étaient à leur tour passés par là 8 ans plus tard? La meilleure version de The front page est celle de Hawks, His Girl Friday. Haut la main.

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Published by François Massarelli - dans Lewis Milestone Comédie Pre-code Edward Everett Horton
29 janvier 2017 7 29 /01 /janvier /2017 11:50

Le cinquième des films de Curtiz tournés en 1930 (Il y en a eu six) a subi à peu près le même sort que la plupart des autres: comédie musicale à sa sortie, le film a été recoupé afin de se transformer en comédie tout court, même si deux chansons, mais parfaitement en situation, ont survécu. C'est aussi une comédie militaire, avec tout ce que ce terme peut faire soupçonner en matière de délicatesse et de subtilité: coups de pieds au fondement, confusion de grade, punition... Le comique troupier, dans toute sa splendeur. Et pourtant...

Il y a des moments où on sent un peu la patte de Curtiz, cette incapacité à torcher le travail, ce point d'honneur à tout risquer: les cinq minutes qui sentent bon le film de gangsters au début par exemple: Ben Lyon joue le membre d'un gang qui se bat avec un autre, et lors de l'altercation il le fait tomber de plusieurs étages. Il n'attend pas, et suivi par les autres intègre la parade des soldats qui s'apprêtent à partir en Europe pour combattre. La foule mobilisée, la maîtrise de la mise en scène et du montage, on sent bien que le réalisateur n'a absolument pas traité la scène par-dessus la jambe.

Et de nombreuses séquences témoignent de son insistance à couvrir tous les aspects d'une scène, et à mobiliser tout le studio pour ça s'il le faut. Il fait respirer ce qui n'aurait pu être qu'une production parlante de plus, en mélangeant prise de vue à l'extérieur (Donc muettes) et scènes tournées en studio avec des mattes paintings. et du coup le travail de caméra et le montage encore une fois, gardent un dynamisme qu'on ne trouverait pas dans beaucoup de films de 1929 ou 1930.

Mais A soldier's plaything, qui d'ailleurs a été tourné en écran large, mais sans que l'on sache si ce système (Le format "Widescreen" de la Warner/First National, VitaScope) a été réellement exploité à cause des mauvais résultats des films MGM, Fox ou Paramount tourné dans ce type de procédé, reste à la base "juste un film de Michael Curtiz de 1930": bien, voire très bien fait, mais entièrement tributaire de la volonté du studio, de son script et de ses acteurs.

Parmi lesquels Harry Langdon, qui n'a pas besoin d'être dirigé. Si vous voulez mon avis, la voix ne lui sied pas, mais lors pas du tout. Pour le reste il est lui-même... Son capital de sympathie est probablement le principal ingrédient de ce petit film mal foutu.

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Harry Langdon Michael Curtiz Comédie Première guerre mondiale
25 janvier 2017 3 25 /01 /janvier /2017 18:32

Eddie (Eddie Cantor) est un peu simplet, mais tout le monde l'aime bien, dans la ville de West Rome; sauf le très méchant promoteur Cooper, qui en a assez de le retrouver sur son chemin. Et là, bien sur, on s'attend à ce que Eddie, par son volontarisme sa gentillesse et sa naïveté, triomphe du sale promoteur pourri, mais... c'est ce qui arriverait dans un film de Capra. Ici, c'est bien différent: Eddie est chassé de la ville, a un petit accident, et... se retrouve à Rome. Mais pas West Rome, non, LE Rome, et à l'époque Romaine en prime... Il va y déjouer les plans de l'empereur Valerius, libérer des esclaves, rapprocher des amoureux, visiter les bains des femmes (Longuement), et... chanter.

Oui, c'est un musical, et historiquement, c'est l'un des grands intérêts du film: Goldwyn avait eu la bonne idée d'engager un chorégraphe inconnu avec un oeil cinématographique, Busby Berkeley, et de lui confier les girls des follies Ziegfeld, pour pimenter le film.

Eh bien c'est très efficace...

Sinon, Cantor fait tout ce qu'il peut, de sa voix fluette, pour occuper un peu de terrain. Il a le physique (malingre, comme la plupart des plus grands!!) de l'emploi de comédien, le volontarisme, et ne recule devant aucune loufoquerie. Il a aussi un talent pour asséner les mires sous-entendus avec un aplomb extraordinaire. Et il commence une poursuite de chars cloué à la nacelle de son véhicule, ce qui est déjà intéressant, mais surtout il finira en ski. 

Et ça, il fallait l'oser.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Musical Pre-code
20 novembre 2016 7 20 /11 /novembre /2016 18:01

Le duc Otto Von Liebenheim (Claud Allister) va se marier, du moins le croit-il: sa fiancée, la belle comtesse Mara (Jeanette McDonald), l'a pourtant habitué à partir sans crier gare, c'est la troisième fois! Il va essayer de la reconquérir, mais la belle s'est installée à Monte-Carlo, ou elle espère naïvement faire une fortune au jeu... Elle va, bien sur, tout perdre. Sauf l'admiration d'un inconnu, Rudolph (Jack Buchanan) qui va essayer de se rendre vite indispensable, en se faisant passer pour un coiffeur aux largesses inattendues, auprès de celle qui n'a pas les moyens d'en engager un...

Quiconque a vu le précédent film de Lubitsch, The Love Parade, sera immédiatement en territoire connu: comédie musicale empreinte d'audaces, de délicieux marivaudages et de sous-entendus grivois , les chansons y sont parfaitement intégrées et la comédie n'y est jamais non plus un prétexte au remplissage. Bien sur, on est dans une ère pré-Berkeley (A une ou deux années près), donc pas de chorégraphie au sens strict: juste un incessant balet des corps, des têtes et du reste, pour ces riches oisifs et leurs valets et domestiques, qui se retrouvent dans une situation proche du Monsieur Beaucaire de André Messager: un prince, déguisé en un coiffeur qui prétend être noble... L'occasion pour les acteurs du film, dans le final, de se mesurer à ceux de la pièce...

Comme le film précédent, celui-ci est une réussite, aussi friponne que peut l'être un film de Lubitsch de 1930, et une fois de plus l'auteur se contrefiche des limitations de la caméra, à cette époque ou les plus grands metteurs en scène tendaient à marquer un temps d'arrêt pour apprivoiser le nouveau médium, Lubitsch fait comme il l'a toujours fait: du Lubitsch! Avec ou sans Maurice Chevalier... Mais avec Jack Buchanan, excellent, l'inévitable Jeannette McDonald, et en soubrette décalée, la grande ZaSu Pitts. 

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Published by François Massarelli - dans Ernst Lubitsch Pré-code Musical Criterion
16 septembre 2016 5 16 /09 /septembre /2016 20:49

Réalisé la même année que Dracula, le film de Whale est une adaptation étonnamment inventive du roman de Mary Shelley, dont il semblerait qu'on n'ait retenu que le meilleur. Comparé à l'autre film-évènement de cette année horrifique, il est évident que Frankenstein domine: là ou Browning s'était efforcé de coller au maximum sur la pièce de théâtre adaptée du roman de Stoker (Au point de donner parfois l'illusion que les acteurs sont sur une scène), Whale a privilégié le cinéma dans son film, prenant appui sur son amour fervent des films d'épouvante Allemands, Le cabinet du Dr Caligari en tête: Une inspiration qui apparait de façon évidente dans une scène qui cite ouvertement le classique expressioniste de Wiene: celle de la tentative de s'approprier la "mariée" Elizabeth vers la fin: Karloff s'approche de Mae Clarke aussi lentement que Conrad Veidt de Lil Dagover.

 

 

 

Frankenstein commence de façon appropriée, par un service funéraire, et un plan assez long qui montre les personnes assistant au dit service, jusqu'à une figure sculptée de squelette; la scène évoque non seulement le thème majeur du film, il est aussi une façon bien pratique de mettre en valeur le coté indiciblement Est-européen du film... un moyen passe-partout déja expérimenté par Browning dans la scène de la passe de Borgo dans Dracula, mais tellement plus efficace dans ce film, ou l'ambiance mortuaire installe dès le départ une atmosphère pesante, dont les scènes suivantes vont bénéficier: Henry Frankenstein (Colin Clive) et son serviteur Fritz (Dwight Frye) sont en effet venus attendre tranquillement la fin du service religieux pour déterrer le cadavre... ensuite, le bossu Fritz ira à l'université mettre la main sur un cerveau, afin de nourrir les expériences de son maitre. mais Whale maintient le suspense, et on ne sait pas vraiment, avant qu'au bout d'une vingtaine de minutes la fameuse séquence de "naissance" du monstre ne vienne mettre les points sur les I, ce qui se trame, si Frankenstein est fou ou génial, intéressé par le bien de l'humanité, ou profondément maléfique... Et puis une fois le monstre créé, tout s'éclaire, le savant est incapable de l'appeler autrement que "It", une vulgaire chose, une création vite oubliée car imparfaite. Voilà qui est clair, et qui explique pourquoi il sera si facile pour le spectateur de s'intéresser à ce monstre si humain: abandonné par son créateur, il va vite être à la recherche de gens qui l'aiment, ou s'intéressent à lui, et va hélas provoquer la mort sur son chemin...

 

C'est un peu injuste, du reste, de limiter l'intérêt qu'on porte au monstre de Boris Karloff (Rappelons à tous les béotiens que Frankenstein, ce n'est pas le monstre , mais son créateur) à un truc scénaristique: de toute évidence, un personnage aussi fabuleux ne pouvait prendre vie qu'avec le talent d'un acteur exceptionnel, quelqu'un qui puisse maitriser le langage du corps pour aller dans le sens des grands films muets dont Whale s'inspirait avec génie. L'une des raisons pour lesquelles on aime tant Boris Karloff aujourd'hui, c'est précisément qu'il a joué le rôle de sa vie dans ce film, l'un des plus beaux rôles et les plus inoubliables qui soient...

 

Le film a été majoritairement tourné en studio à l'exception des scènes de la fameuse mort de la petite fille, de la fête au village et de l'émotion des villageois qui va les conduire à une expédition punitive. Ca permet, une fois encore bien plus que dans Dracula, à la caméra de se libérer de façon très satisfaisante. Et de fait le talent de Robert Edeson dans le film est à la mesure des ambitions de Whale, et le film est rendu inoubliable par l'élégance picturale de l'ensemble; du reste, c'est depuis toujours un des plus beaux films en noir et blanc qui soient... Mais le talent de Whale ne s'arrête pas à sa collaboration réussie avec Edeson; si le matériau lui a tant plu (Le film est passé par plusieurs mains, avant d'être confié au metteur en scène Anglais, qui n'avait pas au départ de vraie envie de le tourner avant de réaliser qu'il s'agissait d'une opportunité incroyable), c'est aussi parce qu'il va pouvoir sans aucune retenue se livrer à des expérimentations de découpage, comme ce plan d'ouverture en plein vif du sujet, ou ces séquences qui en disent tellement plus en trangressant les petites habitudes: la façon dont il présente le triangle amoureux entre Henry, sa fiancée Elizabeth (Mae Clarke) et leur ami Victor (John Boles), passe par une scène qui commence par trois gros plans inattendus (Henry sur un portrait, puis Victor qui entre chez Elizabeth, Elizabeth enfin), avant même le plan d'ensemble qui va permettre au spectateur de comprendre ou il est... Ainsi, sont mises en valeur l'urgence des sentiments de Victor qui souhaite tant ramasser les miettes de son ami Henry, et ceux d'Elizabeth qui ressent l'absence d'Henry ainsi que les préoccupations scientifiques de ce dernier, comme une trahison implicite. Et puis le  metteur en scène a choisi des lieux (La tour délabrée où Henry se livre à des expériences, les décors de vieux château branlant, et le moulin final qui plaira tant à Tim Burton qu'il le citera le plus souvent possible), et a privilégié dans son découpage des scènes emblématiques qui vont lui permettre de jouer sur les nerfs. et puis surtout, il y a la scène hallucinante de la "naissance" du monstre, avec ses appareillages électriques, sa foudre, son attente sublime, et son couronnement d'un "It's alive" qui sera repris par tous les parodieurs de la planète... Une scène qui louche sérieusement du côté d'un autre film Allemand qu'on ne présente plus: Metropolis.

 

Le film aura comme chacun sait une suite, qui lui sera supérieure, mais reconnaissons à Frankenstein la place d'honneur: sorti en 1931, quelques mois après Dracula, le film semble avoir été tourné dix ans après tellement le metteur en scène a su éviter les écueils du début du parlant: une diction erratique, une pesanteur qui est due à l'absence de musique, et qui débouche sur de la lourdeur plutôt que de la tension, mais surtout Whale, un homosexuel militant, un intellectuel Anglais à Hollywood, a su mettre en question un thème qui taraude l'humanité, et agir en vrai rebelle, c'est-à-dire faire en sorte que le public s'identifie à celui qu'il aurait du rejeter, ce monstre sans parole, mais aux yeux avides de reconnaissance, et qui reviendra, on peut compter sur lui. Frankenstein a voulu jouer à Dieu, et comme Dieu, il a créé un monstre violent, aux passions irrésolues, et qui n'aura de cesse que de comprendre à quoi il sert. D'où la nécessité d'une vraie confrontation physique entre les deux hommes à la fin...

 

Oui, la question de la création hante ce film, et il la tourne, la retourne, et ne la lâche plus avant qu'elle ne finisse par nous éclabousser avec l'abusurdité même de l'existence. Comment voulez-vous après ça qu'on ne s'attache pas à un tel film?

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Published by François Massarelli - dans Pre-code James Whale
15 août 2016 1 15 /08 /août /2016 17:33

Sorti en février 1934, Honeymoon hotel est le premier dessin animé en couleurs de la série Merrie melodies (le pendant "noble" des Looney tunes) de la Warner. Contrairement au concurrent Disney qui expérimentait déjà avec un Technicolor trois bandes d'une grande finesse, Schlesinger s'était laissé tenter par le procédé Cinecolor, qui est assez peu glorieux... Mais aussi assez peu coûteux! Curieusement, je trouve que ça donne au film un cachet assez particulier, avec des couleurs tellement délavées qu'elles ont l'air d'être issue d'un procédé de contrebande!

Le film qui montre les frasques de bestioles qui se rendent à un hôtel dont la destinée première est d'accueillir des nouveaux mariés, recycle bien sûr les chansons du film de Lloyd Bacon et Busby Berkeley Footlight Parade (1933), oeuvres de l'équipe Warren-Dubin, et il se vautre lui aussi sans complexes dans la gaudriole... Il reprend aussi la trame du numéro musical correspondant, dans lequel tout le personnel (plus ou moins reproduit ici, des lingères au détective en passant par les grooms) se présente en chansons... Des chansons dans lesquelles il est assez couramment question de l'acte nuptial. Donc pour résumer, ce n'est décidément pas Disney...

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Animation Looney Tunes