Mêlant une fois de plus la comédie, une dose de sentimentalisme et une rasade de sensationnel, Lawyer man est un film typique de la période: bourré de sous-entendus, souvent joyeusement immoral, et un exercice de style plus direct pour Dieterle, dont les films ont généralement plus de préciosité. Tout y est probablement question de public: ici, avec William Powell en vedette, il vise le public masculin, et le fait avec des armes parfois inattendues...
Anton Adam est un avocat doué, mais en pleine ascension: un jour, un adversaire malheureux mais admiratif lui offre un partenariat. Son ascension sera de courte durée, car il tombe entre les mains d'une organisation mafieuse, qui va tout faire pour le coincer. Car Anton Adam a un défaut: il est certes intègre, mais perd tout sens de la réalité dès lors qu'une jolie fille croise son chemin... Toutes, sauf une: sa secrétaire, Olga, dont il n'a pas l'air de s'apercevoir qu'il s'agit de Joan Blondell, et qui elle en revanche n'a d'yeux que pour lui...
Immoral, disais-je: en effet, cet avocat intègre va passer carrément de l'autre côté lorsqu'il se rend compte qu'il lui est impossible de faire triompher la justice en restant honnête... La fin justifie les moyens. Et Dieterle prend une décision inattendue: il se tient quasi systématiquement à l'écart des scènes de procès, préférant les scènes de tractation, de manipulation ou de négociation. Et surtout il nous intéresse à la vie privée de son héros et à son hobby principal: les femmes... Un accessoire lui sert d'ailleurs d'indicateur du trouble d'Anton Adam: quand il est en conversation avec Claire Dodd, les yeux dans son décolleté, l'avocat ne contrôle plus l'énorme havane qu'il arbore constamment à la bouche, et celui-ci se relève sans vergogne... Bref: on est en 1932, et Dieterle avait envie de s'amuser...
"He stole her jewels, but that wasn't all" clamaient les affiches de ce petit film (moins de soixante-dix minutes) qui était assurément un produit de série pour la Warner, le deuxième film en vedette de l'actrice Kay Francis, cette fois accompagnée de la séduction légendaire du grand William Powell. Dieterle, concurrent direct de Michael Curtiz au sein du studio, a réalisé cinq films en cette année 1932, et tous portent évidemment sa marque celle d'une mise en scène excentrique, inattendue, et constamment inventive. Quand les sujets sont intéressants, il n'y a pas moyen de s'y ennuyer...
Vienne: Kay Francis, en héroïne exemplaire des films pré-code, interprète la baronne Teri, qui est doté d'un mari tendre, âgé, et richissime: donc elle s'ennuie à mourir, entre les séances de massage et les visites aux bijouteries. Les deux péchés mignons de la belle sont en effet les diamants et les amants. Lorsqu'en se rendant dans une bijouterie, elle est victime d'une attaque à main armée par un génie du vol, spécialisé dans les bijoux justement, c'est l'amour fou entre les deux...
Et oui, le voleur élégant qui utilise son charme (et des cigarettes qui font rire pour endormir les pandores) dans ce film est bien interprété par William Powell, et ces deux acteurs ensemble font toujours des merveilles...
Le metteur en scène n'a sans doute pas pris très au sérieux cette histoire, et lui a appliqué un traitement inattendu: d'une part il a constamment accéléré le tempo, rendant les dialogues presque surréalistes; ensuite il a appliqué à cette petite comédie une structure presque Shakespearienne, dissociant souvent l'action (avec des mouvements de caméra, des angles d'approche et des plans d'une grande invention) et des dialogues dont il a demandé à ses acteurs de souligner l'artifice: Francis est géniale dans ce registre. Enfin, il a laissé le farfelu s'installer avec tranquillité, tout en se ménageant des moments de pur cinéma "à l'Allemande". Bref, d'un petit film de rien, il a fait une petite merveille, pas si éloignée d'une rencontre entre Curtiz et Lubitsch...
Lois Ames (Kay Francis) est la rédactrice en chef du magazine dont son mari (Kenneth Thompson) est le propriétaire: il est riche, héritier, et ne fit absolument rien de ses journées. Leur vie est un arrangement perpétuel entre Madame, qui travaille cogite, ne se repose jamais et vit une vie exaltante, et Monsieur, qui papillonne, cocktailise, et flirte. Et pas qu'un peu: bref, l'arrangement a l'air, comme ça, de leur convenir, mais on s'imagine bien qu'un jour ou l'autre, ça ne pourra plus aller. Jusqu'au jour où Madame engage en qualité de secrétaire Thomas Sherman (David Manners), un représentant qui se lasse de son travail, et qui présente bien, voire très bien...
Il est fiancé, elle est mariée. Le mari est volage, la fiancée (Una Merkel) insupportable, donc forcément on sait où ça ira. N'empêche, Dieterle joue en permanence avec de la dynamite dans ce petit film où Kay Francis, qui pour la première fois avait un rôle en vedette pour un film Warner, est la meneuse du jeu dangereux de la séduction. Le film est d'ailleurs taillé pour elle, et c'est un délicieux interlude dans une carrière faite de hauts, glorieux et justement célébrés, et de bas, le plus souvent dispensables mais riches en petites qualités finement dispersées...
Et aux côtés de Ruth Chatterton, spécialisée dans les rôles de grande bourgeoise qui se fait rabattre son caquet plus souvent qu'à son tour, on apprécie au moins que Kay Francis puisse interpréter des rôles de femme forte... ...qui le reste.
L'unique film musical de Cecil B. DeMille est son deuxième film parlant, réalisé durant une époque particulièrement troublée: la faillite de sa société a obligé le metteur en scène à se réfugier à la MGM en attendant que l'orage cesse, et il n'y bénéficie bien sûr pas d'une grande liberté. Néanmoins, on peut parier en voyant ce film unique en son genre, qu'il y a eu une certaine marge de manoeuvre, tant Madam Satan lui ressemble... Pour le pire.
Angela Brooks (Kay Johnson) se désole: son mari Bob (Reginald Denny) va chercher le bonheur ailleurs, en particulier auprès de Trixie (Lillian Roth), une jeune femme dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle n'a pas froid aux yeux, ni ailleurs. Devant la situation, Angela que son mari prend pour une bourgeoise prude et rangée, joue le tout pour le tout, et lors de la soirée olé olé organisée par James Wade (Roland Young), le meilleur copain de Bob, elle apparait déguisée en femme fatale pour faire tourner toutes les têtes...
La soirée en question a lieu sur un zeppelin, c'est important à signaler puisque le film repose sur la promesse d'une catastrophe qui implique le vaisseau et une tempête, ainsi qu'un nombre potentiellement restreint de parachutes... Mais le film choisit en un peu moins de deux heures un cheminement paradoxal pour mener à cette séquence que le metteur en scène voulait spectaculaire. Ce n'est pas la première fois que DeMille s'adonne à ce genre de piment dramatique: Something to think about, The road to yesterday ou The Godless girl ont eux aussi leur séquence-choc, mais celle-ci est particulière: elle est excessive, prétentieuse et plutôt mal foutue!
En attendant, on a donc une ouverture à la Lubitsch, mais sans la moindre subtilité, un développement au rythme intéressant, qui tente de jouer la carte boulevardière comme le faisaient certains courts Hal Roach. Puis on a la fiesta dans le zeppelin, un chef d'oeuvre de mauvais goût involontaire, avec ses costumes et ses non-costumes, et ses ballets qui trahissent l'absence d'un Busby Berkeley pour prendre les idées extravagantes et en faire de l'or. Ici, c'est plutôt d'une autre matière qu'il s'agit, mais nettement moins précieuse...
Maintenant, tentons l'impossible: pourquoi verrait-on ce film?
Il y a Martha Sleeper. Un peu, mais c'est déjà ça.
This day and age est à la fois l'un des films les moins vus et les moins connus de Cecil B. DeMille, et une cause célèbre, un de ces films à la réputation sulfureuse. Pas pour des raisons d'excès de zèle dans le représentation du sexe, ou pour un quelconque prosélytisme religieux, non: ici, le mot qui fâche par un F... F comme fascisme. Nous sommes en 1933, et tout le monde à Hollywood est fasciné par Mussolini et dans une moindre mesure par Hitler, celui-ci ayant quand même le racisme trop voyant... Pourtant le film qui nous occupe n'a rien d'Italien, ni d'européen. C'est une histoire située dans une communauté de moyenne importance, dans les années 30...
Au lycée public, les garçons et les filles se préparent à vivre une expérience formatrice: ils vont durant une journée assumer le rôle d'un édile, d'un responsable du service public, ou d'un responsable de la sécurité publique. Ainsi, par exemple, Steve Smith (Richard Cromwell) sera procureur. Une expérience qui est destinée à leur ouvrir les yeux, même si Smith et ses copains sont dans l'ensemble des braves garçons et filles: même Morry (Ben Alexander), son rival pour les beaux yeux de Gay (Judith Allen) a beau être un peu voyou, et pas religieux pour deux sous, le vertueux Smith le maintient dans son groupe d'amis. Gay, de son côté, est tentée... mais elle ne sait pas exactement par qui, ni par quoi. Sous l'influence de Morry, elle traîne un peu dans le night-club de Louis Garrett (Charles Bickford) où elle attire l'attention de Toledo (Bradley Page), première gâchette du truand Garrett...
Pendant ce temps, tout irait mieux dans le meilleur des mondes, et Smith et ses copains continueraient à se retrouver chez leur ami, le tailleur Juif du coin, Herman... Si celui-ci n'était éliminé par la machine de Garrett: celui-ci, qui travaille pour une mafia locale, était venu lui faire comprendre qu'il fallait payer et adhérer au "syndicat", s'il voulait continuer à travailler ...ou respirer, et la discussion a tourné court. Les garçons, qui voient la justice et la police s'écraser devant Garrett lors de son procès, voient rouge et décident de faire justice eux-mêmes...
Nous y voilà: le film, à l'instar d'autres oeuvres de l'époque (The Cat's paw, de Sam Taylor et Harold Lloyd, Gabriel over the White House, de Gregory La Cava, ou encore Meet John Doe de Capra) s'intéresse à ce moment où le citoyen devient inventif et décide de régler ses comptes lui-même. Une ligne rouge à ne franchir que dans une comédie (Le Lloyd, par exemple) sinon la sanction sera dure! La plupart de ces films ont d'ailleurs fait de monumentaux flops au box-office. Malgré tout, on se pose la question: en imaginant cette histoire dans laquelle des garçons s'improvisent juges, policiers, et bourreaux, et vont jusqu'à torturer un bandit, DeMille voulait-il se placer dans une limite acceptable du fascisme?
Disons que ce qui a fait tiquer plus d'un critique, et qui reste aujourd'hui le plus difficile à accepter, c'est la torture à laquelle un groupe d'une centaine de gamins soumet Charles Bickford. Une séquence rehaussée par les plans de gamins tous unis dans une certaine dose de fanatisme, avec des torches, et certains des gosses qui portent un uniforme. DeMille a peut-être de bonnes intentions, mais il ne sait pas s'arrêter, contrairement à Borzage, qui sait lui que quand on laisse les gamins mettre des uniformes, il n'en sort rien de bon: voir l'admirable No greater Glory (sorti l'année suivante) pour s'en convaincre. Sentant le danger venir (il avait l'habitude de s'en prendre plein la figure, il faut le dire) le metteur en scène avait multiplié les précautions, à la fois à l'extérieur du film (Une série d'interviews dans laquelle il insistait sur le fait qu'il ne fallait pas faire ça à la maison!) et à l'intérieur (les gamins, contrairement aux deux groupes rivaux et fanatiques de Godless Girl, sont ouverts les uns aux autres, et viennent de tous les horizons: W.A.S.P., juifs, et noirs cohabitent et sont unis dans leur quête de justice). Par ailleurs dans son film, si le système politique est corrompu, les politiciens sont dépassés, comme la police et la justice: pas responsables, en attente d'un salut que les gamins leur apportent sur un plateau.
Et puis bien sûr, dans ce film super chargé en épices DeMilliennes de toutes sortes, on a droit aux montagnes Russes: des scènes de suspense et d'action inattendues et d'une grande rigueur, et un sauvetage de dernière minute d'une jeune femme enfermée en robe de soirée avec décolleté révélateur, qui doit rester le plus longtemps possible avec un gangster qui n'a qu'une envie, celle de la consommer sur le champ: une situation risquée mais la mission pour Gay est d'empêcher l'intervention de Toledo auprès de Garrett, par tous les moyens, pendant que les gamins s'occupent de lui... Bref, ça va loin, et en toute logique DeMillienne, ça n'en finit pas d'aller très loin... tout en durant que 85 minutes.
On ne résoudra pas les questions posées par le côté sulfureux du film, mais en l'état (mauvais, le film n'a pas bénéficié de toute l'attention de la Paramount, et a un peu souffert du passage des années) ça reste un des films, justement les plus fascinants de DeMille. Tellement meilleur que, disons, au hasard, son film de 1956 The Ten commandments...
Bon, autant le dire tout de suite: Fast workers, le film qui a suivi l'extraordinaire Freaks dans la carrière du metteur en scène, n'est pas un bon film. Ni dans sa conception, ni dans son accomplissement, et le fait de confier un tel scénario à Browning était sans doute plus ou moins une insulte, une façon de plus ou moins remettre à sa place non seulement l'auteur du bide le plus gênant de toute l'histoire de la MGM, mais aussi sa star, l'acteur John Gilbert, qui n'en finissait pas de payer, par sa participation à des films de série B, le bourre-pif qu'il avait allongé à Louis B Mayer en 1927...
L'histoire est hautement improbable, et concerne deux travailleurs du bâtiment (ils sont sur des poutrelles métalliques en plein New York, bref ils participent à l'élévation... des autres), qui ont une drôle d'habitude: l'un d'entre eux (Robert Armstrong) tombe amoureux toutes les cinq minutes, alors l'autre (John Gilbert) s'emploie à séduire l'élue pour prouver à son copain que la fille ne vaut rien. ca marche, ça a toujours marché, ils restent copains comme cochons... Jusqu'au jour où Armstrong tombe amoureux d'une femme que Gilbert connaît...
On le voit, cette intrigue semble déplacée dans la carrière d'un metteur en scène qui a passé sa vie entière à réaliser des films d'aventure, des films fantastiques, et ces nombreuses bizarreries, qui ont fait sa renommée. Mais après tout, pourquoi pas? Mais voilà, le film a beau être vendu comme une comédie, le jeu constamment amer de John Gilbert (qui a un sérieux problème d'alcool, et ça se voit) rend la chose désagréable, la naïveté du personnage de Robert Armstrong fait que tout le film se joue contre lui. Maintenant, le "truc" des deux hommes, connu de leurs copains, vire parfois à la représentation, ce qui occasionne des scènes curieuses, mais attachante, et les deux personnages, brièvement, rejoignent les professionnels du spectacle qui abondent dans l'oeuvre de Browning... Mais par endroits seulement.
Il devait y avoir une sorte de fascination pour l'aspect spectaculaire obtenu en ajoutant «of the century» à n'importe quel substantif chez Hal Roach, comme en témoigne le superbe Battle of the century de 1927. Mais pour les deux filles Thelma Todd et Zasu Pitts, c'est la bonne affaire qui est celle du siècle: une allusion essentiellement aux six premières minutes du film. Zasu et Thelma, pour échapper à une contredanse, inventent un scénario improbable qui calme les ardeurs du policier (James Burtis) qui s'apprête à verbaliser: Zasu serait la fille de son lieutenant, ce qui est bien sûr faux.
Il les aide ensuite à faire du shopping dans un magasin, ce qui se termine par une émeute, et il est viré quand il est repéré en petite tenue par... son lieutenant. Les deux filles l'hébergent afin de le dédommager, et vont essayer de se rattraper en invitant son capitaine (Billy Gilbert à goûter, ce qui s'avère une très, très, très mauvaise idée.
Charley Chase, c'est notable, a signé de son pseudonyme et non de son nom réel, Charles Parrott, la direction de ce film, l'un des meilleurs du duo Pitts/Todd. Il y apporte sa rigueur, qui se manifeste dans la clarté de l'intrigue. Son savoir-faire technique lui permet non seulement d'assumer des gags superbes, mais il tente aussi à plusieurs moments de supprimer tout son direct, ce qui est un plus, tant l'utilisation du son dans ces courts métrages est souvent embarrassante. Et il dirige avec un timing impeccable des acteurs aguerris, qui ne demandent que ça, bref: c'est un (petit) régal.
Doté d'un des titres les plus glorieusement idiots qui puissent être (et qui fait allusion à l'étrangeté particulière dont fait preuve le personnage décalé de Zasu Pitts), ce petit film de deux bobines a la réputation d'être l'un des meilleurs parmi les courts métrages de Thelma Todd et Zasu Pitts. Il a été réalisé par un nouveau venu, qui est arrivé sur le plateau avec un principe : aucun gag ne sera gratuit, tout dans le film sera motivé par l'intrigue. D'où une évidente unité...
Todd et Pitts ont appris que leur voisine va être priée de quitter sa chambre, car elle n'a pas les 20 dollars du loyer. Une autre voisine (Anita Garvin) leur suggère de venir avec elle pour danser moyennant finances dans un établissement tenu par Billy Gilbert (avec son accent Germanique quasi contractuel). Mais dans le dancing où les hommes et les femmes ont l'habitude de se laisser aller, un trio de pères-et-mères-la-pudeur, dont un shérif, vont faire un raid...
L'essentiel du film (après un prologue durant lequel Thelma et Zasu doivent dire adieu à tous les aliments qu'elles ont acheté pour préparer le dîner, les uns après les autres) se déroule dans le dancing, et le show est surtout assuré par les difficultés de Zasu Pitts à se comporter normalement, mais surtout à séduire les hommes pour qu'ils aient envie de l'inviter à danser. En résulte une scène à la fois très drôle et un peu inquiétante, dans laquelle l'actrice adopte un maquillage excessif qui ne lui va pas, mais alors pas du tout, se dandine en tortillant du popotin, et surtout lâche avec son manque total d'assurance habituel, des Poo-poo-pi-doo volontiers gênants...
Jules White est un troupier de la comédie de court métrage aux Etats-Unis, un routier du deux bobines : de 1924 à la fin des années 50, par principe, il n'a jamais été amené à réaliser seul un film de long métrage, préférant le champ d'expérimentation et la permissivité du court... Il a tourné avec Buster Keaton, Harry Langdon (ces deux exemples à l'époque du parlant), les Three Stooges auxquels il est souvent associé, et Charley Chase. Et il a parfois été amené à réaliser des courts métrages pour Hal Roach avec Thelma Todd et Zasu Pitts, dans la mesure où Roach voulait garder l'équipe des Laurel et Hardy intacte, entièrement consacrée aux aventures des garçons...
C'est toujours à Laurel et Hardy qu'on pense quand on voit un film de cette série féminine, mais avec celui-ci plus que d'habitude : car une bonne part de ce film est une variation sur le film Berth Marks (1929) : Zasu et Thelma, artistes de music-hall, sont engagées pour une tournée, et doivent prendre le train en compagnie d'autres artistes. Elles ont un numéro avec un singe, et bien sûr, c'est l'animal qui va fournir l'essentiel des problèmes, mais pas seul... Un accrochage homérique avec Anita Garvin (dans un grand numéro d'auto-parodie) fait tout le sel de ce film, qui n'est pas excellent, mais qui est plutôt réussi face à d'autres courts métrages moins convaincants du duo.
Les courts métrages mettant en vedette le duo Thelma Todd et Zasu Pitts (remplacée quelques années plus tard par Patsy Kelly, moins nunuche et plus pro-active que Zasu Pitts) ont des hauts et des bas, et on comprend ce qui motivait Roach en créant cette série : profiter d'une dynamique similaire à celle de Laurel et Hardy, tout en explorant les aspects d'une intrigue que les deux célèbres comédiens s'interdisaient, à savoir tout ce qui avait trait au charme et à la romance...
Les deux filles sont en couple avec deux musiciens, qui leur donnent rendez-vous pour une petite période de vacances. Mais en partant en voiture, elles ont un petit accident, et la voiture se retrouve dans un étang. La riche personne responsable de leur malheur les invite dans sa maison, où on donne justement une fête somptueuse... Si Thelma n'aura aucun mal à s'imposer et à séduire son monde, Zasu a plus de mal à s'adapter aux façons du grand monde...
...Le problème ici vient de la direction : on sait que Hal Roach, qui s'est longtemps entêté à mettre en scène, n'était doué que s'il avait face à lui des acteurs capables de supplanter son absence de talent : Charley Chase, Stan Laurel ou Harold Lloyd, par exemple. Ici, on a le sentiment que Roach a décidé de calquer le rythme de son film sur Zasu Pitts, justement, ce qui en fait un film lent, très lent... Même si elle a du génie, à sa façon, c'est parfois pénible : le film, qui a ses qualités, est surtout une occasion manquée.